Telerama du 05-01-2022
148 pages
Français

Telerama du 05-01-2022 , magazine presse

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Date de parution 05 janvier 2022
Langue Français
Poids de l'ouvrage 18 Mo

Exrait

M 02773 - 3756 - F: F: 3,803,80E
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MERCREDI 5 JANVIER 2022
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Nº 3756
DU 8 AU 14 JANVIER 2022
DE RETOUR AU THÉÂTRE
LAETITIA
CASTA,
L’INSOUMISE
SPÉCIAL RÉCITS
UATRE ÉCRIVAINS
RACONTENT LEUR FRANCE
codes 8000Des femmes et des hommes qui partagentLA NOUVELLE
des idées et des projets qui réussissent. ICI, ON PA RLE D’ ICI .
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LE RÉ VEIL
DE L’ÉCONO MIE
LOC ALE
A SONN É.L’invitée
1978
Naissance
à Pont-Audemer
(Eure).
1993
Défilé de
haute couture
Jean Paul Gaultier.
2004
Ondine, de Jean
Giraudoux, mise
en scène de
Jacques Weber.
2006
Le Grand
Appartement,
de Pascal Thomas.
2009
Visage, de Tsai
Ming-liang.
2015
Des apaches,
de Nassim
Amaouche.
2017
Scènes de
la vie conjugale,
d’Ingmar
Bergman,
mise en scène
de Safy Nebbou.
Propos recueillis par Jacques Morice
Photos Patrick Swirc pour Télérama
Laetitia Muse malgré elle, mère, Marianne…
Toujours là où on ne l’attend pas,
la comédienne n’a jamais eu peur
de casser les codes. Seule sur scène, Casta elle nous blufe encore une fois.
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L’invitée L’actrice Laetitia c asta
On se souvient du moment précis où Laetitia Casta s’est ré- À voir piano n’est pas un Pleyel. Elle vit les concerts comme une
vélée à nos yeux une actrice de talent. C’était dans The Is- épreuve épouvantable. Au début, le piano est du jeu, elle
land, du Bulgare Kamen Kalev (2011), flm méconnu où, iso- reproduit dès l’âge de 3 ans n’importe quel morceau. Mais n
lée sur une île, angoissée et désarmée, elle assistait à la La Croisade, dès que ce don est remarqué et qu’on l’oblige à travailler,
folie progressive de son compagnon. Le rôle était ardu et de Louis Garrel, elle soufre. Clara avait une scoliose très paralysante,
elle l’assurait en étant solide, juste, sensible. Après avoir en salles. qu’un médecin de Berck a voulu guérir en lui faisant subir
été mannequin d’élite et modèle pour incarner notre Ma- un calvaire. Elle n’a pas eu de vie sociale. Des hommes
rianne nationale, Laetitia Casta n’a pas choisi la facilité. d’orchestre lui ont tourné autour, mais son oncle veillait Y
Elle s’est vite lancée dans l’épreuve de feu qu’est le théâtre, Clara Haskil, au grain. On suppose juste qu’elle a eu des relations avec
interprétant Ondine, mis en scène par Jacques Weber. Plus prélude et fugue, des femmes, au moment où la princesse de Polignac, une
prévisible était son rôle de Falbala dans Astérix et Obélix de serge Kribus, mécène, l’a prise sous son aile. Cette vie à part, le contexte
contre César (1999), mais elle a bifurqué par la suite vers des mise en scène safy historique, l’émigration m’ont passionnée. J’y ai trouvé
fctions plus confdentielles, signées Raoul Ruiz, Pascal Nebbou, jusqu’au des résonances avec ma propre histoire.
Thomas, Damien Odoul, Tsai Ming-liang. Elle est actuelle- 23 janvier, théâtre
ment à l’afche de La Croisade, fable écologique aussi drôle du r ond-Point, C’est-à-dire ?
eque responsable, de Louis Garrel. Paris 8 , Dans la séparation précoce d’avec la famille. À 7 ans pour
Nouvelle étape : un seul-en-scène. Dans Clara Haskil, theatredurond- Clara Haskil. À 14 ans pour moi, l’âge où j’ai commencé à
prélude et fugue, elle interprète cette pianiste juive rou- point.fr. travailler en étant moi aussi en représentation. Je suis
pasmaine prodige, spécialiste de Mozart, au destin contrarié, sée directement de l’enfance à l’âge adulte, sans ce
laboradisparue en 1960. Une pièce et une héroïne a priori à des toire qu’est l’adolescence, où l’on expérimente. Après mon
années-lumière d’elle. Déjouer les préjugés, surgir là où premier déflé Jean Paul Gaultier avec tatouages et
pieron ne l’attend pas, semble être justement la vocation de cings, qui a fait un buzz énorme, tout s’est enchaîné très
cette comédienne. Qui témoigne d’une force de caractère vite. J’avais 15 ans. Gaultier a été le premier à me faire jouer,
peu commune. il fait de la mise en scène sur le podium. Ensuite Herb Ritts
« Je suis passée de l’enfance à l’âge
adulte, sans ce laboratoire qu’est
l’adolescence, où l’on expérimente. »
Dans Clara Haskil, prélude et fugue, vous êtes seule m’appelle, je pars aux États-Unis. Je parcours le monde,
sur scène. Un défi ? j’acquiers une étrange maturité. Et je me souviens de ce
Cela répond surtout à un besoin d’espace de liberté. Je ne jour où, après Milan, New York, Tokyo, je dors vingt-quatre
suis pas tout à fait seule : Isil Bengi m’accompagne au piano. heures d’aflée, ma mère vient me voir dans ma chambre
Mais je ne dépends plus d’un partenaire de jeu. Je goûte au et me dit : je ne te connais plus.
plaisir d’être le maître à bord. C’est très égoïste.
Comment cela s’est-il passé ensuite avec vos parents ?
D’où est venue votre envie d’incarner Clara Haskil ? Il y a toujours eu un décalage. Ils sont très pudiques. Tout ce
Safy Nebbou m’avait mise en scène avec Raphaël Person- qui est du domaine des sentiments n’est jamais exprimé. J’ai
naz dans Scènes de la vie conjugale, adapté d’Ingmar Berg- de bons rapports avec eux, même si cela n’a pas toujours été
man, et on cherchait à retravailler ensemble. J’ignorais facile. Mon père est corse, avec ce côté patriarcal, impérieux,
tout de Clara Haskil et je ne suis pas une grande connais- que j’ai du mal à supporter. Ma mère, normande, elle, s’est
seuse de la musique classique. J’ai découvert le livre de beaucoup sacrifée pour mon frère, ma sœur et moi, elle m’a
Serge Kribus grâce à une jeune femme qui m’a un jour donné l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire. Cela a compté
abordée dans une boutique. J’ai été très touchée par son dans mes choix, dans mon refus d’être corsetée.
écriture particulière, simple, presque enfantine, qui
éclaire le destin de cette pianiste hors du commun. Son hy- vous l’étiez, dans le mannequinat ?
persensibilité, ses doutes, son obstination à ne pas vouloir Je n’étais pas grande, j’étais un peu ronde. Il est même
archanger de cap malgré les vexations reçues, tout cela m’a rivé qu’on me traite de « grosse vache ». On a voulu me
parlé secrètement. Lors de ses récitals, le public était saisi transformer, changer ma dentition. Claude Zidi, plus tard,
par ce bout de femme qui arrivait toute courbée sur scène sur Astérix et Obélix contre César, m’a dit que j’avais les
caet se métamorphosait dès qu’elle touchait le clavier. Son nines trop pointues et m’a même demandé si on pouvait
jeu était pur, fulgurant, d’une maturité exceptionnelle. les limer ! Peut-être avait-il peur que je morde ! J’ai résisté,
je n’ai jamais voulu changer quoi que ce soit. Je tiens ce
caComment expliquez-vous qu’elle ne soit pas davantage ractère fort de mon éducation, qui n’avait pas que des
déconnue ? fauts. À la maison, il n’était pas question de se laisser
Elle a gardé son âme d’enfant. Sa vie est une suite de ren- abattre, ni de se plaindre. J’ai toujours vu mes parents
tradez-vous manqués, par sa faute souvent. Lorsqu’elle peut vailler beaucoup, mon père sur ses chantiers, ma mère
décrocher des contrats, elle refuse, sous prétexte que le comme comptable ou femme au foyer . ☞
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Pge 3 : Blouse en mousseline de crêP et Pumes d’utruche, Pantalon en velour Bodé et Pumes d’utruche et Boo Pteflaorme en cuir aint urent Par nthony ccarell✁
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L’inVitéE L’trice Laetitia
« La beauté n’a jamais été pour moi
un trophée ni un triomphe. Qui décide
de ce qui est beau et de ce qui ne l’est pas ? »
Comment s’est passée la rencontre avec Yves Saint Laurent, La nudité ne vous fait pas peur ?
que six musées parisiens vont célébrer dès le 29 janvier ? Le corps nu peut diriger le désir vers le haut ou vers le bas.
Yves Saint Laurent, c’était Louis XIV à Versailles. Il fallait Tout dépend du photographe, de sa manière, statuaire ou
franchir les barrages de sa cour. J’y suis venue une première vulgaire. Dominique Issermann m’a beaucoup appris
làfois, j’étais encore jeune, pas du tout dans les canons. Le dessus et sur plein d’autres choses, en me conseillant des
tailleur a tourné autour de moi en disant : attendez, ce n’est livres à lire, des flms à voir. J’ai eu la chance de tomber sur
pas possible, où va-t-on ? Comment voulez-vous que je des photographes créateurs d’une esthétique où l’érotisme
prenne des mesures de ça ? Je ne disais rien, tout le monde et la grâce peuvent aller ensemble. J’ai le même rapport à
pensait que je ne parlais pas le français, que j’étais russe. mon corps que les danseuses. C’est du mouvement, du
moJ’appelle mon agent, je lui dis : plus jamais je n’irai dans cet delage. Au cinéma, si le nu se justife dans la scène, pas de
endroit. Deux ans passent. YSL me réclame de nouveau. souci. J’ai un rapport naturel à la nudité. Là-dessus, la mode
Son entourage avait empêché notre première rencontre, je m’a totalement décomplexée. En y entrant, j’ai basculé
pense. J’y suis retournée, à contrecœur. On a voulu me pas- dans un autre monde. L’exubérance, la liberté de créer,
ser la blouse blanche, me faire un chignon, j’ai refusé. Ils l’homosexualité, tout cela était extraordinaire pour moi. À
m’ont mis un col roulé et une jupe noire. Je suis arrivée, j’ai mon premier shooting, avec le photographe Michel Comte,
découvert qu’il était d’une timidité maladive, pire que la je me souviens qu’il y avait une flle avec un immense
chamienne. On avait tous les deux la tête baissée. Puis il l’a re- peau et en talons aiguilles, qui a traversé le studio
entièrelevée, m’a regardé et m’a dit : comme vous êtes belle ! C’est ment nue, avec son tampon hygiénique ! Peu après, pour le
une phrase banale, mais c’est comme si je l’entendais autre- Glamour italien, le photographe m’a demandé d’embrasser
ment. Notre collaboration a commencé à partir de ce coup un garçon. Je ne l’avais jamais fait, je lui ai dit. Heureuse -
de foudre réciproque. ment, il a été touché et n’a pas insisté.
Vous doutiez à ce point de votre beauté ? Après L’Homme fidèle, La Croisade est votre second film
Lorsque j’ai débuté, mes parents me disaient qu’il y avait sous la direction de Louis Garrel. En quoi est-ce diférent
des flles plus jolies que moi, que ce n’était pas cela qui d’être dirigée par son mari ?
comptait. Ils avaient le sens des réalités des gens modestes. Au départ, je ne voulais pas, par pudeur. J’avais peur que
Ils avaient peur que je sois déçue, alors que je n’attendais cette intimité, même maquillée par la fction, mette en
pépas grand-chose. Je n’ai jamais rêvé d’être mannequin. ril notre couple. Quoi qu’on en dise, la vie est plus
imporC’était un métier à l’époque qui n’était pas si envié qu’au- tante que le cinéma. J’ai fni par accepter car je risquais de
jourd’hui. La beauté n’a jamais été pour moi un trophée ni manquer quelque chose qui lui tenait à cœur. Mais sur
un triomphe. Qui décide de ce qui est beau et de ce qui ne L’Homme fdèle, où j’interprétais une Marianne calculatrice,
l’est pas ? Le fait de voyager m’a permis de découvrir à la fois froide et sage comme la chouette de la déesse
d’autres conceptions du beau. La beauté est culturelle, so- grecque Athéna, il a été dur. Il devait mettre un point
d’honciale, toute relative. L’image fgée ne me contentait pas. À neur à montrer à l’équipe que je n’avais pas de traitement
mes débuts, je voyais les mannequins poser, s’arrêter pour de faveur. Du coup, il m’a étoufée. Une fois je me suis éner -
les instantanés. Je me disais, si je fais ça, je suis foutue. vée, j’ai hurlé : « Laisse-moi jouer ! » Sur La Croisade, il m’a
davantage fait confance… Louis est tout de même arrivé un
Vous êtes aussi indocile avec les metteurs en scène ? jour en me disant « Mon amour » devant tout le monde. Je
Cela m’est surtout arrivé de remettre en question certains l’ai arrêté tout de suite : « Non, ton amour est resté à la
maipassages de scénario. Sur La Bicyclette bleue, par exemple, son. » C’est donc une situation spéciale, mais très gratifante,
je me souviens avoir dit à Jean-Loup Dabadie : « Vous étiez car on crée quelque chose de fort ensemble. À côté, les
en vacances quand vous l’avez écrit ? » Il a été vexé. N’em- autres projets paraissent d’un coup fades.
pêche, il a réécrit et a fni par convenir, mais bien plus tard,
que c’était justifé. Même chose quand j’ai interprété Bar- Vos modèles d’actrices ?
dot dans Gainsbourg, vie héroïque. J’ai compris qu’elle- J’admire Anna Magnani, que j’ai découverte dans Mamma
même n’était pas au courant du flm. Je me suis dit : autant Roma. Quelle ampleur, quelle générosité dans son jeu !
lui parler, elle est vivante quand même ! Elle m’a complète- J’adore aussi les actrices de Bergman, Liv Ullmann et Bibi
ment déculpabilisée, en se confant pas mal. Elle est perti- Andersson. Elles ont la grâce des femmes de la rue et en
nente et impertinente, elle vous cloue le bec en deux se- même temps une force d’extraterrestre. Ce sont des « sur -
condes. En me disant qu’elle était avec les hommes comme femmes », malgré les épreuves. Quand on lit
l’autobiogradevant une boulangerie, ça m’a servi. Joann Sfar voulait phie de Liv Ullmann, on se rend compte qu’elle en a bavé !
une chorégraphie sophistiquée. J’ai réussi à en imposer J’ai eu la chance de la rencontrer. Elle m’a raconté que
Bergune autre, plus simple, plus sexy. Il n’y avait pas besoin de man avait vraiment écrit Scènes de la vie conjugale en
penfaire des entrechats. sant à elle, en s’inspirant énormément de leur relation.
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SyliSme BarB ara oiS on, quillage arion Bine, coiffure ie ama, omBinaiS on courte en SBlé et Boo S plateforme en cuir Saint urent ar nthony VccarellVous avez réalisé un court métrage, En moi,
avec Yvan Attal ?
J’avais à mon tour envie de regarder les autres. À travers les
afres d’un réalisateur face à son actrice, le flm évoque la
création, comment on peut s’y perdre et comment on s’y
révèle. Il explore les rapports de pouvoir et de séduction
réciproque entre celui qui flme et son modèle, comment l’un
devient la muse de l’autre à tour de rôle.
D’autres projets du côté de la réalisation ?
Un documentaire au long cours sur des écoliers d’une
dizaine d’années, un peu difciles, qui ont pu bénéfcier de
violons et de professeurs, grâce à l’action d’une association
liée à l’Opéra. Je les ai suivis en m’intéressant à leurs rêves, à
leur idéal de vie plus tard. J’ai parfois réussi à approcher
leurs parents immigrés, discrets, qui travaillent dur souvent
pour élever leurs enfants. C’est la France d’aujourd’hui,
tellement fère d’être française. J’ai fait cette première partie il
y a sept ans. Je souhaiterais maintenant retrouver une
partie de ces enfants, voir ce qu’ils sont devenus.
Top-modèle, comédienne, mère de quatre enfants,
c’est assez rare de pouvoir tout combiner…
J’avais 23 ans lorsque j’ai eu mon premier enfant. Tout le
monde m’en a dissuadé en disant : « Tu es en pleine carrière, tu
ne peux pas être mère maintenant. » C’est le malheur de
beaucoup d’actrices qui n’ont pas eu d’enfants. Je suis fère
rétrospectivement de ne pas avoir cédé à cette pression, d’avoir
répondu à mon instinct. Il faut casser ces schémas. Une femme
peut faire plein de choses à la fois. Être une bonne mère, c’est
savoir être une mauvaise mère, c’est penser à soi. Les enfants
passent par nous, mais ils ne sont pas à nous.
Qu’espérez-vous de notre prochain président ?
J’attends qu’il soit habité d’une conviction profonde, d’un L’urgence écologique ?
idéal ouvert sur l’extérieur, qui vise à rassembler, non à sépa- Ce qui m’inquiète le plus, c’est de voir la catastrophe due au
rer. On a besoin d’une vision large qui dépasse le cadre strict dérèglement climatique arriver déjà dans les pays sans
resde la France, sinon on ne s’en sortira pas. Il faudrait que ces sources, et qui sont abandonnés parce qu’ils n’ont aucun
inconvictions soient celles d’un être humain avant d’être celles térêt économique pour nous autres. Que vont devenir leurs
d’un homme politique. J’enfonce peut-être des portes ou- populations ? Où vont-elles aller ? Toutes ces richesses sur
vertes, mais j’ai la sensation que sans convictions il ne peut y la planète qui ne sont pas réparties de manière équitable
avoir de président qui porte le peuple. Au fl des présidences, créent un déséquilibre qui n’est bon pour personne.
Auj’ai l’impression d’avoir vu tous les dirigeants se dessécher jourd’hui, on ne fait que recoller les morceaux, la France se
un à un, devenir rabougris, à force de compromis et d’insin- drape encore derrière le symbole des droits de l’homme,
cérité. Quelqu’un comme Éric Zemmour n’est pas sincère, mais c’est une vieille image hélas dépassée. La véritable
voc’est un ambitieux, un pur démagogue. Ses paroles réduisent cation politique, ce devrait être de penser la protection
hutout en petit et ne font qu’attiser la haine, c’est efrayant. maine. On en est loin  •
« J’ai l’impression d’avoir vu tous
les dirigeants se dessécher un à un,
à force de compromis et d’insincérité. »
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Sommaire Du 8 au 14 janvier 2022
Pur 2022, l’e Prit !
Vous présenter nos meilleurs vœux 41 pour 2022 avec une de nos plus
singulières top-modèles, une de nos plus
belles comédiennes en couverture. Et
le corps libre et nu, prêt à toutes les
renaissances. À partir du 5 janvier,
Laetitia Casta incarnera en efet, pour la
première fois seule sur scène, l’immense
pianiste Clara Haskil au Théâtre du
Rond-Point. Un déf de plus pour cette
frondeuse. Et un bel exemple d’audace
pour nous aider à traverser avec
panache cette année présidentielle de
tous les dangers, à lui forger
collectivement des lendemains qui chantent.
Pour ce premier numéro de l’année,
nous avons ainsi demandé à quatre
écrivains d’univers et horizons variés quel
regard ils portaient sur la France de
2022 et ce qu’ils y appréciaient toujours.
À travers leurs fns récits, Nathacha
Appanah, Marc Dugain, Jean-Marie
Laclavetine et Maryam Madjidi partagent
curieusement mêmes émotions et
inquiétudes : que notre société,
angoissée, se referme dangereusement sur
elle-même et rejette toute altérité. C’est
ce repli sur soi, sur l’intime, que raconte
aussi, dans la France de 2026, Anéantir,
dernier roman de Michel Houellebecq.
Moins provocant, plus tendre voire
généreux que d’ordinaire. Y souferait
presque l’Esprit. Il nous en faut. Bonne 14 année ! — Fabienne Pascaud
Couverture zine 24 « Un peuple d’écureuils CritiqueS
Laetitia Casta 3 L’invitée oublieux », de Jean-Marie 41 Le rendez-vous
à Paris, l ’actrice laetitia c asta Laclavetine de la rentrée littéraire
21 décembre 2021. 9 Premier plan la f rance, rongée par les peurs Anéantir, le nouveau roman
Photo 2022, rêvons au meilleur… mesquines. mais elle n’a pas de michel houellebecq
Patrick Swirc 10 Ici et ailleurs renoncé à vivre et à se battre 44 Rentrée littéraire 1/2
pour Télérama 12 Hommage 28 « Un rien », de Nathacha 50 cinéma
l ’écrivaine Joan Didion appanah 58 Musiques
13 Repéré en un seul mot, comment 63 Scènes
l ’acteur Joaquim f ossi aimez-vous la f rance ? une 64 arts
baguette ? un croissant ? rien ? 66 Enfants
ce numéro comporte pour
la totalité des kiosques : SPécIaL RécIt S
une couverture spécifique
« paris-iDf » pour les abonnés 14 Vivre en France utrement éléviSion
et les kiosques de paris-iDf,
et une couverture nationale. quel regard portez-vous 33 Penser 67 Le meilleur de la semaine télé
eposés sur la 4 de couverture
pour les abonnés de la sur la f rance d’aujourd’hui ? l e terme « femme puissante » The Tragedy of Macbeth,
f rance métropolitaine : un
catalogue 20 p. linvosges quatre auteurs répondent est partout. mais gare de Joel coen, sur apple tv +
sur la totalité des abonnés et
les gpub ; un 4 p. f estival 16 « Un amour invisible », à ne pas en faire une injonction 78 Programmes et commentaires
f aits d’hiver pour les abonnés
du dép. 75 et les gpub ; de Marc Dugain qui nuise au combat féministe
un 2 p. Télérama portage
port22 posé sur les codes l ’un a quitté la f rance 36 Voyager adio
postaux suivants :
33000-33100-33110-33170- il y a longtemps, l’autre à Düsseldorf, la ville natale 134 Le meilleur de la semaine radio

33200-33290-33300-3331033320-33360-33370- a tout fait pour y rester du cinéaste Wim Wenders Histoire de, par patrick

33400-33600-33610-3370033800-33850. édition 20 « Le Boulanger et son 38 Vivre Boucheron, sur f rance inter
régionale, Télérama+Sortir,
pages spéciales, foliotée apprenti », de Maryam Madjidi mieux tenir son stylo. 139 Les programmes
de 1 à 56, jetée pour les
kiosques des dép. 75, 77, 78, l e jour de ses 18 ans, Stéphanie l eprêtre, ancienne
91, 92, 93, 94, 95, posée
esous la 4 de couverture une lettre remet en question instit, en a fait son métier : 144 t alents
pour les abonnés des dép.
75, 78, 92, 93, 94. le destin d’un apprenti graphoéducatrice 147 Mots croisés
8 Télérama 3756 05 / 01 / 22
couverture : StyliSme : BarB ara l oiS on. BotteS en réSille à Stra SS : Saint laurent par anthony vaccarello. maquillage : marion r oBine. coiffure : tié t oyama |  aline Bureau |  getty imageS /r oom rfv
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IcI et aIlleur
PREMIER PLAn
R
melle R
des dangers du monde. Rien n’a changé. Pour ne considé-On ne regrette pas toujours qu’une année
s’arer que cet univers culturel qui vous passionne autant que
chève, emportant désillusions publiques et cha- nous, même soutenu à tout-va par un bienveillant ministère
— le meilleur de l’exception française, comparé à nos voisins grins privés. L’inextinguible Covid et son cortège
européens ! —, il n’aura guère profté des temps d’arrêt
oblide mesures sanitaires ne nous auront pas rendu gés par le Covid pour réinventer ses relations avec le public
faciles, en 2021, les joies et les plaisirs collectifs ou intimes. et ses pairs. Les mieux dotés se sont au contraire repliés sur
Longues fermetures des cinémas, théâtres, salles de leurs privilèges. Au risque que la compétition règne
auconcerts, musées, classes, restaurants, salles de sport… jourd’hui entre eux davantage. Repenser collectivement
Souhaitons-nous de savourer mieux, en 2022, tout ce que aurait été plus utile et judicieux. Imaginer des solidarités,
l’art et la culture permettent d’ouverture et de dépasse- des liens neufs. Mais le ministère de la Culture, qui depuis
ment de soi dans nos sociétés devenues si frileuses face à des années se contente de réguler, n’apporte de son côté
aul’étranger, l’altérité. Comme toujours, on n’a guère enten- cune vision globale, aucune impulsion. Qui voudrait faire
du nos candidats à la présidentielle les évoquer… Quand a douter de son utilité ne s’y prendrait pas autrement…
Rêéclaté en 2019 la pandémie, que d’espérances avait-on ! Elle vons pour vous, quand même, en 2022, les meilleurs flms,
Par Fabienne allait transformer nos comportements individuels et poli- livres, spectacles… Et qu’ils nous aident à triompher du
Pascaud tiques, nous rendre solidaires, conscients de nos limites et « temps mauvais », comme disait le vieux poète Rutebeuf…  •
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À nos L e Cteurs
Parmi les nombreuses et lourdes conséquences
de la crise sanitaire qui nous frappe encore, la forte
augmentation des coûts des matières premières.
elle n’épargne pas la presse. La hausse du prix
du papier y dépassera en 2022 les 50 % ; alors
que nos revenus publicitaires ont déjà chuté, touchés
par les difcultés que rencontrent nombre
de secteurs économiques, tel le secteur culturel.
a fn de maintenir l’équilibre fnancier de notre
magazine, nous avons dû prendre la décision
d’augmenter le tarif de Télérama de 50 centimes ;
ertarif qui n’avait pas évolué depuis le 1 janvier 2019.
nous avons conscience que cette hausse — appliquée
dès ce numéro — aura un impact pour vous, et sera
pour certains difcile. m ais la santé économique
de Télérama, son exigence éditoriale, son
développement aussi, sont à ce prix. soyez persuadés
que toutes les équipes du journal resteront mobilisées,
continueront de vous proposer avec science et
conscience chaque semaine le meilleur magazine
possible. votre fdélité est le gage et la raison de notre
existence. nous vous en remercions sincèrement.
et vous souhaitons une très belle année.
— Catherine Sueur et Fabienne Pascaud
Je me souviens de… Jean- mar C vaLL ée,
Le doux rveur de Ho LLywoodPierre Le Pa Pe rares sont les cinéastes québécois à blessés de la vie qui firtent souvent
avoir réussi à percer à Hollywood. Jean- avec le mélo : r eese witherspoon en
s’est éteint le 18 décembre, à 80 ans, un des journalistes qui marc vallée, mort à 58 ans, était, après randonneuse toxicomane dans Wild
ancra le mieux Télérama dans la culture puisqu’il y fonda la denis v illeneuve (Blade Runner 2049, (2014), Jake Gyllenhaal en fnancier
enrubrique littéraire. Pierre Lepape entra en efet au journal Dune), le plus connu d’entre eux. Le deuillé dans Demolition (2015) et,
suren 1979, en repartit en 1983 pour L’Autre journal, fut engagé triomphe au Canada de son quatrième tout, matthew mcConaughey, oscarisé
en 1985 au Monde. de ces trop courtes années à Télérama, film, C.R.A.Z.Y., une comédie au pour son interprétation
jusqu’au-bouon garde le souvenir d’un homme discret et taiseux, au re- charme rétro-moderne, avait grande- tiste d’un cow-boy homophobe malade
gard observateur et malicieux, souvent teinté d’ironie. sa ment facilité sa carrière américaine, du sida dans Dallas Buyers Club (2013).
culture, dès qu’on l’interrogeait, semblait encyclopédique. marquée par des portraits de grands C’est, notamment, pour sa capacité
Historique comme littéraire. Homme de gauche engagé, à tirer le meilleur de ses actrices que
passionné par la politique, Lepape aimait à décrypter, tou- Jean-marc vallée fut recruté par le
jours brillamment, les liens entre pouvoir et littérature. s’il showrunneur david e . Kelley pour
diriconsacra à diderot (1991), v oltaire (1994) et Gide (1997) d’ori- ger le casting en or massif (nicole
Kidginales biographies, ses goûts étaient variés. en témoignent man, reese witherspoon, Laura
Le Pays de la littérature (2003), remarquable variation sur le dern…) de la saison 1 de Big Little Lies,
rôle du langage, de l’écriture dans l’histoire de France, Une en 2017. et c’est grâce à amy a dams,
histoire des romans d’amour (2011), et ce Noir et or (2015), réé- avec qui il avait travaillé sur un projet
crit d’après Le Rouge et le Noir de stendhal avec son épouse de biopic de Janis Joplin, qu’il s’était
reromancière, michèle Gazier, qui reprit après lui la rubrique trouvé sur le plateau de Sharp Objects
« Livres » de Télérama. Ces dernières années, quelques-uns (2018). il avait, comme à son habitude,
de nos plus beaux articles nécrologiques sur de grands au- tourné caméra à l’épaule, en
priviléteurs disparus étaient aussi signés Pierre Lepape, et il en giant la lumière naturelle. il avait adoré
reste encore, commandés à l’avance, que vous découvrirez travailler sur ce thriller psychologique,
à l’occasion. ironie de la mort. Qu’un immense merci soit qu’il comparait à « du Tennessee
Wilrendu à ce fn lettré à l’écriture si lumineuse et qui sut géné- liams sous acide ». on le comprend :
reusement partager ses passions. et toute notre afection à cette minisérie restera comme sa plus
michèle Gazier, son épouse. — Fabienne Pascaud belle réalisation. — Samuel Douhaire
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John Foley/ ale/eemage |  nne arie F-2016 TwenTieT CenTur F Film Corp.s
IcI et aIlleur
Enfant, jardin
du Luxembourg,
Paris, 1956.
sabine Weiss,
un modè Le
d’humanité
La reconnaissance est venue tard. mais elle a été à la
hauteur pour célébrer sabine Weiss qui, jusqu’à sa mort,
survenue le 28 décembre 2021 à l’âge de 97 ans, était la
dernière représentante de la photographie humaniste
française de l’après-guerre.
son parcours, comme son œuvre, n’a rien à envier à
ceux de ses pairs, Robert doisneau et Willy Ronis en tête,
même si les institutions et le milieu ont longtemps tenu son
travail pour mineur comparé aux leurs. née en 1924 en
suisse, elle s’installe à Paris en 1946, et les plus grands
journaux français et internationaux lui passent des commandes
dès les années 1950. ses reportages, ses photos de mode ou
pour la publicité sont impeccables. ses vues nocturnes de
Paris, dijon ou Lyon, magiques. mais ce sont les sans-grade
qui l’inspirent le plus : clochards, aliénées, Gitans, et tous
ces gamins qu’elle croise dans les rues. « Lorsqu’elle
photographie les enfants, elle devient elle-même une enfant », disait
d’ailleurs son mari, le peintre américain h ugh Weiss.
est-ce parce qu’elle était femme qu’elle a été reconnue
aussi tardivement ? Peut-être. Ce qui ne l’a pas empêchée
d’être tôt exposée en europe comme aux états-u nis. elle se
moquait surtout de sa notoriété, ayant mieux à faire :
courir la planète, raconter le monde, saisir ce qui demain ne
sera plus, révéler ce qui ne se voit pas. et faire de chaque
personne croisée un être digne, symbole même de l’humanité.
— Yasmine Youssi
La va Lse sans fin des annu Lations
Coup de grisou sur le monde de la mu- pace, les plus grandes, faute de renta- jà chamboulé, et le calendrier 2022
ensique. avec les annonces du 27 dé- bilité. Le Prodiss et le sma , les deux gorgé. olivier Poubelle, d’a stérios
procembre, toute la flière replonge tête la syndicats représentatifs, accusent le ductions (orelsan, feu ! Chatterton),
première dans la crise. discothèques coup, avec le sentiment d’un retour à parie sur un retour à la normale
mifermées jusqu’au 31 janvier, concerts la gestion d’urgence, sans concerta- avril. au-delà, l’été serait fragilisé,
debout interdits, jauges limitées à tion, ni prise en compte des études pour la troisième année consécutive.
2 000 en intérieur, 5 000 en extérieur (ambition Live again, Reviens la nuit). « Si la crise perdure, les producteurs
depour trois semaines, au moins, depuis elles montrent que sans bar et avec vront se mettre autour d’une table pour
le 3 janvier… Conséquences : une cas- masques les concerts, même debout, réféchir à ce que veut dire être solidaire
cade de reports (orelsan, Julien doré, ne sont pas des lieux plus dangereux dans une saison réduite à six mois de
eddy de Pretto…), d’annulations (b en- que d’autres. mais une telle discipline l’année. Reporter quand on s’appelle
jamin biolay) et de fermetures de est-elle possible voire souhaitable Orelsan n’est pas trop compliqué. Tous
salles. Les plus petites ne peuvent pas- dans ce type d’événements ? Les avis les artistes n’ont pas cette chance. »
ser en confguration assise faute d’es- divergent. Le premier trimestre est dé- — Odile de Plas
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Sabine WeiSSs
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IcI et aIlleur
Ho MMAGE
UNE CEr TAiNE vi Sio N DE L’AMÉri QUE
Écrivaine et journaliste iconique aux États-Unis, surtout rente au plan intellec tuel. En 1979, la parution de The
connue en France pour ses récits autobiographiques, Joan White Album enfonce le clou, avec un tour de force en
ouDidion est morte ce 23 décembre, à 87 ans, des suites de la verture du recueil où Didion résume en quinze fragments
maladie de Parkinson, laissant une œuvre protéiforme et sin- la décennie 1968-1978 — la crise conjugale, un rapport
psygulière. Dans Joan Didion. Le centre ne tient pas (2017), excel- chiatrique et Jim Morrison se conjuguant pour former un
lent documentaire sur celle qui fut sa tante, l’acteur Grifn kaléidoscope conforme à l’époque décrite.
Dunne revient avec elle sur les repères essentiels de sa vie. L’écrivaine se tourne ensuite vers la politique et les afai r es
Née à Sacramento en 1934, elle y avoue avoir toujours eu une étrangères. Partie au Salvador vérifer que les États-Unis
sou« prédilection pour l’excès », se dépeignant avec un sens aigu tiennent un régime dictatorial et cruel, elle en revient avec
de l’autodérision. Elle raconte aussi comment sept années à un livre consacré à cette expérience, avant d’écrire sur le
raVogue lui ont appris à écrire court, mordant et ironique. Et cisme à travers des faits divers, ou sur Dick Cheney, vice -
comment, après la publication d’un premier roman, en 1963, président de George W. Bush, dont elle fait un portrait
« inelle prit la mesure de son incompatibilité avec la vie new- croyablement prémonitoire », selon les mots de Bob Silvers,
yorkaise, mettant le cap sur Los Angeles au bras de John son rédacteur en chef à la New York Review of Books.
Gr egory Dunne, qui deviendra son mari et son compagnon Sa vie bascule en décembre 2003, quand John Gregory
d’écriture. Son œuvre véritable pouvait alors commencer. Dunne trouve la mort au moment où leur flle, Quintana, est
En 1967, le Saturday Evening Post publie son reportage admise en soins intensifs pour une grave infection. Devant
sur Haight Ashbury, le quartier de San Francisco où les la nécessité de comprendre cet agencement tragique, Joan
hip pies ont élu domicile. Le texte, magnifque, dresse un Didion s’attelle à un majestueux récit de deuil. Traduit en
glaçant état des lieux d’une révolution psychédélique qui France après un immense succès aux États-Unis, L’Année de
dé vore ses enfants ; sa scène la plus marquante est celle la pensée magique reçoit, en 2007, le prix Médicis de l’essai.
où Didion est mise en présence d’une petite flle de 5 ans Elle est honorée la même année du National Book Award
en plein trip au LSD. Pièce maîtresse du recueil Slouching pour l’ensemble de son œuvre. L’hommage qui lui fut
renT ow ards B et hl e hem (1968), l’article fera de son autrice du à la Maison-Blanche en 2013 reconnaissait « sa maîtrise
l’une des fgures du Nouveau Journalisme. Alternant de l’écriture, son étude de la culture contemporaine et sa
destextes pour la presse, romans, scripts, Joan Didion de- cription des abîmes du chagrin ». Cet éloge oublie cependant
vient une référence en matière de style, posant un regard combien sa volonté d’explorer le cœur des ténèbres de la
inédit sur le monde qui l’entoure, réussissant à faire cir- vie humaine visait à encercler la peur, l’angoisse et la souf -
culer ses thèmes de la fction à la non-fction. Apparem- france, pour les rendre plus compréhensibles. Et peut-être,
ment dispersée, son œuvre reste formidablement cohé - si cela est possible, plus supportables. — Matthieu Rémy
Joan Didion
en 1970, au volant
de sa Corvette
Stingray jaune,
à Hollywood.
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1970 Julian Wser
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RepéR é
parisiens ! Mais il y a eu un désistement « Mon comique
repose sur le fait Nom a ctualité et ils se sont souvenus de moi. » et son
que je n’ai aucun
il est la révélation du Test, la percutante personnage de « Dylan, l’ado at tardé, sexe-appeal », Joaquim comédie familiale d’emmanuel pou- pauvre mais marrant » séduit tant que avoue l’acteur
révélé dans Test.lain-arnaud, dans le rôle d’un jeune les scénaristes doivent épaissir son Fossi homme apparemment sage, presque rôle. Joaquim qui, au départ, a fait du
mou, mais qui s’avère un danseur dé- théâtre comme énième activité
extrascomplexé lors d’une des meilleures sé- colaire, décide de passer des concours
Âge quences du flm, et, surtout, un séduc- d’entrée pour plusieurs scènes
natio23 ans teur à la vie sexuelle très active ! «  Le mec nales. il en réussit quatre, et choisit
qui ne paye pas de mine. Le fait de ne pas l’école du Théâtre du Nord, à Lille,
diriavoir un physique de jeune premier me gé, à l’époque par Christophe Rauck,
Profession force à avoir du recul, et fnalement je suis qui l’emmène, ensuite, aux amandiers.
a cteur ravi de ce registre ! » a u théâtre, Joaquim
vient d’incarner plusieurs personnages
du Henry VI de shakespeare, au Théâtre signe particulier
éphémère des amandiers de Nanterre, Roux. Nonchalant dans un tempo
étinsous la direction de Christophe Rauck. celant. « Mon comique repose sur le fait
que je n’ai aucun sexe-appeal. » modeste,
qui plus est. avec des ambitions de
ascendants caméléon comme le pr ouve son rôle
« J’ai toujours voulu être journaliste ! À chéri du répertoire, l’arlequin de
mariTélérama, à France Inter, ou au monde ! » vaux : « C’est émouvant de constater à
mais à 18 ans, après une année de quel point l’art de la comédie repose sur
sciences politiques, il est pris dans la des mécanismes millénaires. Un mélange
série télé de TF1 Demain nous appar- d’inné et de technique ultra précise. »
tient, qui se tourne à sète, la ville où il a Capable de r éciter par cœur le stand-up
grandi. « Dans le Sud, on appelle ça des L’Autre, c’est moi, de Gad elmaleh,
Par Guillemette castings fantômes car on sait qu’en fn de vi sionné en boucle quand il avait 15 ans,
Odicino compte la production choisira des act e ur s Joaquim a la mine d’un futur grand •
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Marie-CMille OrlandO © 24 25 FilMS/ POll O FilMS/FranC 3 CineM | Charl Otte JO ll de OS na POur éléraM Spécial
Récits
Par Nathacha Appanah,
Marc Dugain, Jean-Marie Laclavetine,
Maryam Madjidi

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