Telerama du 13-11-2019

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Date de parution 13 novembre 2019
Langue Français
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M 02773 - 3644 - F: F: 3,303,30E
3’:HIKMRH=XUXXU\:?n@g@o@e@a";
MERCREDI 13 NOVEMBRE 2019
HEBDOMADAIREFR 3,30€
BEL, LUX 3,90€DOM 5,50€
CH 5,70 CHFMAR 43 MAD
CPPAP Nº 0621C80864
Nº 3644
DU 16 AU 22 NOVEMBRE 2019
codes 8000
RÉUSSITE
SCOLAIRE
ÉVALUATIONS
COURS
PARTICULIERS
NOS ADOS
VONT CRAUER
CONTRÔLE
PARENTAL
SURMENAGE
PEUR
DE L’AVENIR28.10.2019 16:20 (tx_vecto) PDF_1.3_PDFX_1a_2001 300dpi YMCK ISOcoated_v2_300_eci28.10.2019 16:20 (tx_vecto) PDF_1.3_PDFX_1a_2001 300dpi YMCK ISOcoated_v2_300_eciL’invité
Dès l’enfance, l’ombre de la Shoah et le dessin
salvateur… Les installations du plasticien
se dressent contre ce qui nous broie, l’oubli,
la mort, la soufrance. Chacun s’y reconnaîtra.
Christian
Boltanski
Propos recueillis par Yasmine Youssi Il a parié sur sa propre mort. Et donné Au début Je suis né en septembre 1944, juste après
Photo Jean-Francois Robert à ce déf insensé la forme d’une œuvre. de chaque œuvre, la Libération de Paris — mon vrai prénom
pour Télérama Christian Boltanski, auquel le Centre dites-vous, est Christian Liberté, ce qui est un peu
Pompidou à Paris consacre une rétros- il y a un choc qu’on lourd à porter. Jusque-là, mon père, juif,
pective, se souvient encore de sa ren- a du mal à dire. avait passé la guerre dans une cache
contre avec le collectionneur australien David Walsh, ma- Quel était le vôtre ? aménagée sous le plancher. Ma mère, qui
thématicien « prodigieux » à l’origine d’un algorithme était corse, avait simulé une grande
dispermettant de gagner aux jeux de hasard. Le plasticien au- pute et était allée voir la concierge en disant qu’il avait quitté
rait pu lui vendre une pièce déjà existante. Ils ont préféré la maison. D’entendre que son père a été pourchassé, caché,
en créer une ensemble, vendue en viager : flmer son atelier humilié est marquant. Mais surtout j’ai grandi avec les récits
vingt-quatre heures sur vingt-quatre jusqu’à sa mort. Walsh des amis de mes parents, tous survivants de la Shoah. L’idée
avait fait ses calculs : selon lui, l’artiste en avait pour huit du danger, de l’horreur du monde m’est venue très tôt.
ans. Perdu ! Les années ont passé, il est toujours là et les
flms s’accumulent dans un bunker de Tasmanie. Peut-on Quel regard J’étais un enfant maladivement stupide.
acheter le destin de quelqu’un, interroge cette installation ? portez-vous Dès qu’on me déposait à l’école, j’en
sorComme toutes les œuvres de l’artiste, elle tient de la para- sur l’enfant tais en hurlant. À 12 ans, mes parents ont
bole. Les premières, réalisées dès la fn des années 1960, fai- que vous étiez ? arrêté de m’y envoyer. J’ai eu de la chance,
saient la part belle à la photo, délaissée ensuite pour inves- ils auraient pu me mettre en pension. Au
tir l’espace dans des installations magistrales. Comme celle lieu de cela, ma mère et moi accompagnions mon père,
médévoilée au Grand Palais, à Paris, en 2012 : une grue pio- decin, à l’hôpital où il exerçait. Nous restions des heures
chant inlassablement dans des monceaux de vêtements, dans la voiture à l’attendre et à observer la rue sans être vus.
qui renvoient aux camps de concentration. Aujourd’hui, Je n’avais pas d’amis, ne parlais presque pas, j’étais dans mes
Boltanski, 75 ans, invente des légendes aussi folles que le rêves. Un jour, j’ai fait un dessin, et mon frère aîné l’a trouvé
pacte noué avec Walsh. Il nous reçoit donc dans son atelier, très bien. Pour la première fois, j’entendais quelque chose de
À voir sous l’œil des caméras. Généreux, drôle, passionnant. Aux positif sur ce que j’avais réalisé. Alors j’ai demandé à peindre,
« Christian murs de son antre, les photos de bébés utilisées pour son et fait des centaines de tableaux dont il ne reste presque rien.
Boltanski. installation de la Biennale de Venise 2013. Et ce portrait de Mon enfance m’a fait. Elle était étrange mais pas
malheuFaire son temps » sa mère uniquement fgurée par les dates de celle-ci : 1907- reuse. Mes parents ont eu l’intelligence de ne pas en faire un
jusqu’au 16 mars, 1989. Car son travail porte toujours sur ce qui est commun drame et de ne pas m’envoyer chez le psychiatre. L’art a des
Centre Pompidou, à tous les humains, telle la mort, l’amour ou la mémoire. Ce efets bénéfques : ne pas parler du malheur mais le montrer,
eParis 4 . www. qui fait de lui un artiste accessible à tous. « Grand public », mettre une distance entre ses problèmes et ce qu’on réalise
centrepompidou.fr comme il le revendique fèrement. aide à guérir. Comme une longue psychanalyse sauvage. ☞
4 Télérama 3644 13 / 11 / 191944
Naissance à Paris.
1972
Documenta
de Cassel.
1984
Exposition
au Centre
Pompidou.
2010
Monumenta,
au Grand Palais.
2011
Représente
la France
à la Biennale
de Venise.
2016
Pleine Nuit,
à l’Opéra Comique.t
o
L’invité L’artiste Christian BL anski
Qui vous a initié J’ai tout appris par l’oreille. Mes deux L’art n’a donc Pas d’utilité pratique, en tout cas. Il ne
aux arts frères me racontaient ce qu’ils faisaient, pas d’utilité ? peut que poser des questions et ne
suret à la culture ? ce qu’ils voyaient. Par la suite j’ai beau- tout pas donner de réponses. J’ai
horcoup écouté France Culture, et j’ai fré - reur des réponses. Toutes mes œuvres sont de petites
paraquenté les musées, comme le musée d’Art moderne. Je m’y boles sans réponse à la fn, qui posent des questions.
suis tellement baladé que je peux attribuer et dater presque
tous les tableaux. Mes parents nous amenaient au Louvre, étrangement, D’abord, je dis ça par pure mauvaise foi !
surtout parce que l’endroit est fermé et qu’on ne peut s’en vous vous L’art se partage en deux catégories : les
échapper. Je le percevais comme un lieu abritant la mé- revendiquez arts du temps — cinéma, musique,
littéramoire d’inconnus. Prenez les petites sculptures en argile de comme peintre. ture — et les arts de l’espace — peinture,
la période mésopotamienne. On ne sait plus qui les a faites. sculpture. Les premiers, contrairement
Reste l’objet : la dernière trace de quelqu’un qui a voulu aux seconds, ont toujours un début et une fn. Prenez la
faire quelque chose de bien. vidéo, que j’ai utilisée parfois : si vous êtes assis et qu’il y a un
début de séance, alors il s’agit de cinéma. Si vous pouvez
entrer et sortir dans l’espace à votre guise, c’est de la sculpture.
« A vec mes étudiants, nous pouvions parler Ce n’est pas le média qui compte, mais la manière dont on le
regarde. Ce que je fais relève des arts de l’espace, mais pour d’une tache au sol, ou de la couleur
ma nouvelle exposition à Beaubourg, j’ai imaginé un chemin,
du ciel pendant des heures… En art, il n’y a qui commence avec le mot Départ et se termine par Arrivée.
rien à enseigner, rien à apprendre. »
Et entre les deux ? Le musée m’a demandé de faire une
rétrospective. À partir de là, j’ai essayé de
Comment vous Toute ma vie a été une question de composer une seule œuvre, constituée de toutes celles que
êtes-vous chance et de hasard. D’être né à l’art j’y mets. Je vais donc réaliser quelque chose de nouveau
fait connaître ? vers 1968, par exemple, à l’époque du avec des pièces qui existent déjà. Comme une mise en
minimalisme et du conceptuel. Tous scène. Et comme au théâtre, seuls ceux qui l’auront vue
ces artistes créaient contre le système et ceux qui ven- pourront en parler. Cette exposition sera unique, même si
daient étaient considérés comme des imbéciles. Les gale- je reprends les mêmes éléments dans un autre lieu.
ries étaient vides. Dans les vernissages, on tombait
toujours sur les mêmes dix personnes. À force, on devenait t out dépend Chaque fois que j’expose dans un musée,
amis, ce qui facilitait les choses pour un jeune artiste. Rien donc du lieu ? j’essaie de reconstruire un nouvel espace.
à voir avec aujourd’hui. Et puis j’ai eu la chance de partici- J’ai présenté mon travail dans des garages,
per à la Documenta de Cassel en 1972, et de rencontrer Ha- des églises. Chaque fois je souhaite que l’endroit ait un passé.
rald Szeemann — son commissaire. Je ne veux pas que le public se retrouve devant mes œuvres,
mais à l’intérieur de celles-ci. Idem pour les spectacles que je
Pourquoi Je n’y ai vu que des fous, et des gens ex- réalise avec le designer lumières Jean Kalman et le
compoune chance ? traordinaires. Je me souviens d’un siteur Franck Krawczyk. Nous présentons le prochain dans le
homme habillé en lapin rose, son zizi à parking de Beaubourg pendant l’exposition. Là encore, les
l’air, se promenant dans les salles du musée. Vendre des spectateurs ne seront pas dans un fauteuil face à une scène,
œuvres n’était pas le sujet — d’ailleurs, je ne vendais mais dans une errance. Quand on entre dans les églises des
presque rien, même si j’étais dans une grande galerie pari- pays du Sud, on sent l’odeur particulière des lieux, on entend
sienne, que j’avais intégrée grâce à Sarkis. Parler, chercher, une musique, on s’assoit cinq à dix minutes pour réféchir. Et
se comprendre soi, comprendre le sens de la vie, poser une quand on en a marre, on repart dans l’agitation, et on reprend
question et donner des émotions : voilà ce qui était impor- la vie. Je conçois mes expositions de la même manière.
tant. Szeemann avait placé mon travail entre celui du Comme un endroit où l’on n’a pas besoin de tout comprendre,
sculpteur Étienne-Martin, dont l’œuvre parle de l’exis- où l’on prend ce qui nous touche avant de repartir.
tence et du passé, et de Wölfi, qui faisait de l’art brut. Pour
lui, il n’y avait pas de diférence entre un artiste et un fou : À vos débuts, vous Elle m’intéressait comme preuve du
chacun vit dans sa propre mythologie. avez beaucoup réel : si on y voit un monsieur, on se dit
utilisé la photo. qu’il a vraiment existé. Je n’ai jamais fait
Mais si vous ne J’ai été prof aux Beaux-Arts jusqu’à l’âge de photo de ma vie, mais récupéré des
vendiez pas, de de la retraite. À Bordeaux, tout d’abord, tirages dans diférents fonds. Comme pour L’Album de la
quoi viviez-vous ? puis à Paris. J’ai aimé ces écoles d’art f ami ll e D ., l’une de mes œuvres les plus anciennes, pour
laparce qu’il s’agit d’endroits totalement quelle j’avais demandé à un ami qui s’appelle Durand — quoi
inutiles. Or seuls les endroits inutiles sont utiles. Les études de plus commun ? — de me donner ses photos de famille. Moi,
de droit ou de médecine ont un but. Pas les études d’art. je n’en avais pas. Il venait de la petite bourgeoisie, ce qui me
Avec mes étudiants, nous pouvions parler d’une tache au convenait parfaitement parce que je voulais composer
l’alsol, ou de la couleur du ciel pendant des heures. Je com- bum le plus universel possible, dans lequel chacun pourrait
mençais toujours par leur dire que dans le domaine de l’art se retrouver. Les albums photo montrent des rituels
famiil n’y a rien à enseigner, rien à apprendre. Ils savaient qu’ils liaux, comme les départs en vacances ou les anniversaires.
pouvaient venir quand ils le voulaient, et moi aussi. Il est Nous avons donc tous plus ou moins le même. Un artiste peut
prodigieux qu’un tel endroit existe encore. parler de lui, mais le spectateur doit pouvoir s’y retrouver.☞
6 Télérama 3644 13 / 11 / 19o
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t
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L’invité L’artiste Christian BL anski
Utilisez-vous Non. Plusieurs interdits me guident : ne vous vous C’est mon histoire, du moins celle que
des éléments pas montrer de cadavres, ni d’images de réclamez des Juifs j’ai choisie. Mes grands-parents
paterbiographiques la Shoah — c’est trop sacré. Et ne pas uti- germanophones nels venaient d’Odessa, d’où ma
grandedans vos œuvres ? liser d’éléments biographiques. Seule qui ont fait le XX mère est partie avec un grand samovar,
une de mes pièces contient une image siècle. Pourquoi ? et j’ai toujours rêvé de l’y ramener en
de mes parents. Ma mère avait eu la polio. Elle ne pouvait train. Nous avons tous deux pays : le
se déplacer sans être aidée. Cela n’est jamais apparu dans pays normal et le pays rêvé. Le mien se trouve entre la mer
mon travail parce que je veux que les gens s’y reconnaissent. Blanche et la mer Noire. Quand j’ai exposé à Varsovie en
Au Japon, où j’expose souvent, on me dit que ce que je fais 2003, j’ai intitulé mon e xposition « Revenir », même si je n’ai
est tellement japonais que je dois en connaître parfait-e jamais en visagé de m’y installer. Mais je suis lié à cette
traQuand les baleines ment la culture. J’en ai été si heureux. Plus un artiste vieil- dition d’Europe centrale qui commence en Allemagne.
chantent le récit
lit, plus son visage disparaît. À la place, nous avons un mi- Mon art n’est pas très français. L’art français, c’est Du-des origines.
Misterios, 2017. roir et chaque personne qui nous regarde s’y voit. champ et Matisse : l’intelligence et la perfection du bon
goût. Le mien est plus expressionniste, bavard, mal foutu.
Quelles leçons Ils m’ont appris à me méfier des
tirez-vous croyances, qu’il s’agisse des utopies ou
des drames de la religion, sauf le bouddhisme et le
edu XX siècle ? judaïsme, parce qu’être juif ne nécessite
pas de croire en Dieu. C’est appartenir à
une histoire. Il faut chercher Dieu, ou chercher une solution
pour le bonheur des hommes, mais ne jamais penser qu’on
l’a trouvé. Sinon on devient dangereux pour les autres.
Quel est votre Un rabbin m’a dit qu’un des noms de
rapport Dieu est « peut-être ». J’aime cette idée.
au judaïsme ? La force des Juifs, c’est la parole. Pour
eux, la transmission ne se fait que par ce
biais-là. Tant que quelqu’un connaît l’histoire, les Juifs
continueront à exister. J’ai réalisé lors d’un repas de la
Pâque juive que les mots prononcés ce soir-là à Paris avaient
Comment J’ai connu plusieurs périodes : quand je été dits à Bagdad il y a mille ans, en Pologne il y a deux cents
votre travail a-t-il suis devenu adulte, tout d’abord. Ce que ans. Les Juifs ont survécu parce qu’ils n’ont pas construit. Ils
évolué ? je réalisais alors à partir de photos ou de peuvent donc partir à tout moment et reconstruire ailleurs.
livres était peu formel. Il avait une appa- Vous connaissez l’histoire : un rabbin allume un feu dans la
rence conceptuelle, même si je n’aime pas le mot. Tel L ’Album forêt, connaît les paroles et le lieu où il faut les prononcer.
de la famille D. J’y vois comme une mise en place de ce qui Le suivant ne connaît plus l’endroit, mais se rappelle des
allait êt re ma vie, tout ce que je fais aujourd’hui vient de là. paroles. Et ainsi de suite. À la fn, le dernier ne sait plus rien,
Au milieu des années 1980, à la mort de mes parents, j’ai pris mais il connaît l’histoire et c’est sufsant. Dans mon travail
un tournant plus visuel. La dernière période a commencé il aussi, la plupart des choses sont détruites et elles peuvent
y a dix, douze ans, quand je suis devenu vieux. J’ai eu l’idée être refaites. La transmission passe par la connaissance.
de faire des règles du jeu : des pièces qu’on détruit mais
qu’on peut refaire, comme une partition. Tant que je suis vi- On demande Annette Messager et moi avons toujours
vant, je la rejoue. J’espère que d’autres s’en empareront et toujours aux veillé à maintenir une vie
professionqu’on présentera l’œuvre comme une pièce de Boltanski in- épouses ce que nelle séparée — nous n’avons réalisé que
terprétée par X. Aujourd’hui, j’essaye de fabriquer des lé - vivre avec deux œuvres ensemble. Nous parlons
gendes. Il n’y a plus d’objet. Les Indiens de Patagonie sont un grand artiste d’art, pas de notre art. Mais il nous serait
persuadés que les baleines ont connu le début des temps. J’ai apporte. Et vous ? difcile de vivre avec quelqu’un qui n’est
construit d’énormes trompes qui reproduisent leur langage. pas artiste. Le soir, quand je vois qu’elle
Comme si à travers celles-ci je demandais aux baleines à quoi fait la gueule, je sais qu’elle a raté un dessin. Un autre ne
ressemblaient les origines. Dans quelques années, mon nom pourrait pas comprendre d’être mal accueilli pour ça.
sera oublié. Mais j’espère que dans la tradition des habitants
de cette région, on dira : « Il y avait un fou qui est venu pour Pourquoi La Nuit Dans mes premiers catalogues, je
metposer des questions aux baleines. » Ça me sufrait. du chasseur est-il tais souvent une photo de Robert
Mitvotre film préféré ? chum tirée du flm, avec sa main tatouée
L’artiste a-t-il L’art a malheureusement peu de pouvoir. des mots love et hate, l’amour et la haine.
un pouvoir ? J’ai une passion pour Schubert, les nazis Comme beaucoup d’artistes, je suis à la fois un prêcheur et
aussi et ça ne les a pas empêchés d’être un mauvais homme parce que je suis dans la vie et pas dans
nazis. L’art peut avoir un pouvoir individuel : quelqu’un peut la spiritualité. J’aime la scène où Lilian Guish et Mitchum
se poser mieux une question parce qu’il a vu une œuvre. Et chantent le même cantique. On ne sait plus qui est la
vicpuis il peut avoir des émotions. Mais je ne pense pas qu’on time et qui est le bourreau. J’ai souvent travaillé sur ce
puisse changer le monde. Rien ne peut changer le monde. thème. Car le bourreau est aussi humain •
8 Télérama 3644 13 / 11 / 19
© Christian Banskiol / ,gpad aris 2019PUBLICITÉ
ET SI ON BUV AIT
RESPONSABLE
Pour l’immense majorité d’entre nous, la question n’est pas de vouloir consommer
mieux, mais de trouver comment le faire. Un déf auquel certains s’attaquent sans
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CONSOMMER
MIEUX SANS
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Environnement, santé,
mondialisation, les
problématiques d’époque
transforment la consommation
durable en véritable enjeu.
Et les principaux intéressés
PLUS DEne s’y trompent pas :les
TRANSP ARENCEconsommateurs exigent des
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Photos :©irina/Adobe St ock -©iStock :F reila /Natle /RinaOshi /kate_sun /fatumwrt
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du 16 au 22 novembre 2019 Sommaire
L’enfance, ’e cré
Dans une société angoissée par des len-32 demains qui ne chantent plus, les
parents mettent-ils trop d’attente, trop
de pression sur leurs enfants au sujet
de leurs résultats scolaires ? Et les
adolescents eux-mêmes, inquiets de leur
avenir, deviennent-ils de plus en plus
souvent victimes de ce fameux
« burnout » qu’on croyait réservé aux adultes ?
C’est l’objet de notre enquête… Le
magnifque plasticien Christian Boltanski, Sur
75 ans, exposé au Centre Pompidou et TéLérAMA .fr
notre invité, hurlait dès qu’il arrivait à
l’école, où ses compréhensifs parents
ont choisi de ne plus l’envoyer… La 36 reine des musiques urbaines
françaises, l’insolente et gouailleuse Aya
Nakamura, d’origine malienne et
grandie à la cité des 3 000 en
Seine-SaintDenis, a toujours su se préserver, elle
aussi ; courir seule les bibliothèques
pour y dévorer des mangas ou
accompagner sa mère chanteuse-griotte dans
les mariages où elle ofciait. Elle se
savait diférente. Le respect de l’enfance
devrait être sacré, sans qu’on y projette
nos anxiétés ou nos désirs d’adulte. Se
souciait-on mieux des enfants à la cité
Gagarine d’Ivry-sur-Seine, ex-feuron
de la banlieue communiste et bientôt
détruite ? Que reste-t-il de ces utopies
sociales des années 1960 ? Deux
cinéastes flment leurs traces. Pour ne 4 pas oublier. — Fabienne Pascaud
Couverture Sur télérama .F 28 Mal-aimés, les clowns ? CritiqueS
Photo À lire dans la zone abonnés une discipline boudée… qui 49 Le rendez-vous
Jérôme Bonnet Jean-michel Jarre sort son dit pourtant la folie du monde J’accuse, un film
pour Télérama, autobiographie, Mélancolique 31 La voix du féminisme de r oman polanski
d’après Rodéo, et il nous en parle charlotte Bienaimé raconte 52 Cinéma
une afche sur arte radio ce que vivent 58 Musiques
de Josef Müller- zine les femmes 62 Livres
Brockmann 4 L’invité 32 La guerrière du « 9-3 » 69 Arts
L’artiste christian Boltanski aya nakamura a sorti le r’n’B 70 Scènes
13 Premier plan français de son aphasie 72 Enfants
pauvreté mal pansée 36 Gagarine, le dernier voyage
14 Qui ? Comment ? Pourquoi ? La cité de la banlieue rouge éléviSion
18 Coup d’éclat est en cours de démolition. 75 Le meilleur de la semaine télé
L’actrice a dèle haenel deux cinéastes l’avaient filmée Mon enfant est homo,
ce numéro comporte : 20 Temps forts sur Télérama.fr 39 Hommage sur France 5
une couverture spécifique
« paris-ÎdF » pour les et courrier La chanteuse marie Laforêt 86 Programmes
abonnés et les kiosques de
paris-ÎdF et une couverture et commentaires
nationale. posés sur
ela 4 de couverture pour LE do SSiEr utrement
les abonnés de la France
métropolitaine : un encart 22 Les ados en passe de craquer 41 Penser adio
6 p. cigale voyage t urquie
sur l’édition nationale ; Les professionnels de santé accusé de tous les maux, 142 Le meilleur de la semaine radio
une enveloppe Télérama
parrainage 2019 en quatre s’alarment : le burn-out scolaire l’universel est cependant Une lettre d’Amérique
versions sur une sélection
d’abonnés. Édition touche de plus en plus d’ados garant de diversité et Un air d’, sur rtL
régionale, Télérama+Sortir,
pages spéciales, foliotée et d’enfants. obsession 44 Voyager 147 Les programmes
de 1 à 64, jetée pour les
kiosques des dép. 75, 77, de la réussite, compétition Léonard, de vinci à Florence
78, 91, 92, 93, 94, 95, posée
esur la 4 de couverture exacerbée, cours particuliers… 46 découvrir 152 T alents
pour les abonnés des
dép. 75, 78, 92, 93, 94. sommes-nous trop sur leur dos ? une tapisserie Bauhaus… 155 Mots croisés
Télérama 3644 13 / 11 / 19 11
Bruno Gasperini | r oBerto FrankenBer G/modds | Les Écrans, 1999 archives christian BoL tanski, photo marius michaL ski, varsovie/ada Gp | c yriL annettacci pour tÉLÉrama | couverture : maquiLLa Ge BLandine des Graz, modèLe noanne/ cute modeL ss
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Premier Pan
Image extraite
du travail d’Ulrich
Lebeuf sur la précarité
en milieu rural. Ici
dans la Somme, une
maison où vivent des
bénéficiaires du RSA.
Pvr al P an
Par Olivier Pascal-Moussellard
çaise, Esther Dufo, vient de recevoir l’équivalent du prix  No-« Manque de moyens et de volonté politique », mais
bel d’économie pour ses travaux sur la pauvreté dans le
aussi « approche morcelée des problématiques, monde, sa méthode clé — cesser de traiter ce féau « d’en
haut », descendre dans l’arène pour étudier chaque enjeu alors que tout est lié » : invitée à se prononcer dans
dans sa spécifcité et recueillir les réactions des personnes
aiLe Figaro sur les causes de la pauvreté en France, dées — paraît encore incongrue chez nous. « Tout est lié »,
rapVéronique Fayet, présidente du Secours catholique Caritas pelait pourtant Véronique Fayet : logement, santé, vieillesse,
France, n’a pas épargné les pouvoirs publics, coupables transport, culture… la pauvreté est un manteau d’Arlequin
d’impéritie dans l’attitude comme dans la méthode. Igno- troué qui doit être rapiécé territoire par territoire, avec
imarant, injuste et défaillant : ce sont bien les mots qui viennent gination et détermination. Pour cela, il faut qu’elle devienne
à l’esprit quand il s’agit de juger l’action de l’État dans la lutte une grande cause nationale. Que l’on interroge les plus
contre la pauvreté. Défaillant, puisque la pauvreté ne recule pauvres sur leurs besoins, et qu’on les entende. Qu’on se fxe
opas (lire Télérama n  3641) ; injuste, puisque le discours of- des objectifs et des délais, et que l’on tienne un bilan détaillé
ciel glisse dangereusement vers un tri sélectif entre bons des expériences menées. Mais surtout, pour réussir, il faut se
pauvres et mauvais pauvres, les migrants revêtant preste- rendre compte de l’enfer qu’est la pauvreté. Ce n’est pas
comment l’habit des seconds. Ignorant, enfn. Alors qu’une Fran- pliqué, Monsieur le Président : il suft de traverser la rue…  •
Télérama 3644 13 / 11 / 19 13
Ulrich EBEUF/MYOPREPÉRÉ Âge ans. prédisposait pas vraiment ce jeune
KaActualité Il vient de décrocher le prix li’na à toucher un jour à une caméra.
spécial du jury du premier Festival in- Mais, loin de sa Guyane natale, l’ancien
ternational du film documentaire ado semblable à «n’importe quel ado de
Amazonie-Caraïbes (Fifac) pour Unti, n’importe quelle série» a rencontré le
les origines. Hypnotique, poétique, ce militant de la cause amérindienne qui
premier lm du porte-parole de la sommeillait en lui. Son deuxième lm
Jeunesse autochtone de Guyane té- portera sur la transmission, alors que
moigne de la disparition lente des le dernier chaman de sa communauté
Amérindiens et de leur culture, vic- est sur le point de disparaître.
times de la mondialisation après Signes particuliers Il s’appelle
Chrisl’avoir été de la colonisation et de l’ac- tophe. «À l’époque de ma naissance, ma
tion évangélisatrice de l’Église catho- mère ne savait pas qui était Christophe
lique. Au regret de si peu connaître les Colomb», raconte-t-il comme une
traditions de son peuple, Christophe preuve ultime de l’acculturation subie
Yanuwana Pierre mêle avec pudeur par les Amérindiens de Guyane.
ses chagrins intimes, disparition de Observations «Chez nous, on ne hausse CHRISTOPHE son père et perte d’un enfant. Une in- pas le ton.» Si la colère de Christophe
vitation au silence et au respect, mais Yanuwana Pierre ne fait pas de bruit, YANUWANA aussi au combat. elle est ot de paroles qui devient crue
Ascendants Sa licence en aménage- à mesure qu’il en détaille les motifs. PIERRE ment du territoire, suivie à Nancy, ne Impressionnant. — Aude Dassonville
AHMET ALTAN, LIBÉRÉ
MAIS PAS AMADOUÉ
Il pensait ne plus revoir le monde,
c’est même le titre de son magni que
recueil de textes de prison, paru à la
rentrée dernière aux éditions Actes
Sud. Victime des purges de l’ère
Erdogan, et condamné à la perpétuité
après une série de comparutions
kafkaïennes, le célèbre écrivain et
chroniqueur turc Ahmet Altan a été remis
en liberté sous contrôle judiciaire le
novembre, après mille cent
trentehuit jours passés derrière les
barreaux. En l’absence de miroir pour se
regarder dans sa cellule, il avait craint
Des boutiques, une piste de ski sous cloche: ce qu’aurait pu être ce «grand projet inutile». de perdre son identité, comme il le
raconte dans un passage de son livre,
terres fertiles d’Île-de-France. Mais le d’une puissance exceptionnelle: «J’ai
EUROPACITY feuilleton de Gonesse est-il clos? Et levé les yeux au-dessus du lavabo. Mon
ENTERRÉ… ET APRÈS? quel projet pour venir à bout du chô- visage avait disparu. J’ai eu
l’impresClap de n pour EuropaCity, le giga- mage de masse et de la pauvreté qui sion de me cogner la tête contre ce mur.
complexe immobilier prévu à Gonesse, minent le Val-d’Oise? À l’Élysée, il est Chacun regardait autour de lui en
cherdans le Val-d’Oise, et mené, notam- toujours question d’«aménagement» et chant son image. Rien. Comme si on
ment, par le groupe Auchan. Ainsi en a d’«urbanisation», mais de façon «plus m’avait e acé de la vie.» À peine libéré,
décidé le gouvernement, moins de mixte, plus moderne». Le Collectif pour Ahmet Altan a prouvé qu’il était
toudeux ans après l’abandon de Notre- le triangle de Gonesse (CPTG) défend, jours le même, inébranlable homme
Dame-des-Landes et quelques mois lui, un tout autre projet alternatif, qui d’engagement et de liberté. En
téaprès celui du projet minier de la Mon- ferait de ces terres le réservoir alimen- moigne sa première déclaration au
tagne d’or, en Guyane. Comme ces der- taire du Grand Paris, en bio et circuits sortir de la prison: «Ils essaient de
niers, EuropaCity (ses boutiques, ses courts. En attendant, les premiers faire en sorte que les intellectuels évitent
salles de spectacle, sa piste de ski sous coups de pioche ont été donnés, en de poser des questions. Nous allons les
cloche…) était devenu le symbole de pleins champs, sur le chantier de la fu- interroger. Nous avons vu ce qu’est la
ces «grands projets inutiles» qui ture gare Triangle-de-Gonesse, prévue prison. Si nécessaire, nous y
retourneémettent toujours plus de CO et dé- pour desservir le futur pôle d’activités, rons. Ils doivent revenir à l’État de droit.
truisent toujours plus de champs —en sur la future ligne du Grand Paris Nous n’avons pas peur.»
l’occurrence, le plus vaste réservoir de Express… — Weronika Zarachowicz — Marine Landrot
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ALYATUWAN HÉRAULT ARNOD ARCHITECTESEUROPACITY SOPHIA SPRING GUILLAUME RIVIERE Qui ? Comment ? Pour Quoi ?
U n bon cr U po Ur les p rix littéraires
À quoi les prix littéraires servent-ils ? À Ci-contre :
Edna O’Brien, honorer les écrivains, certes, à les
prix spécial du jury
mettre en lumière, mais plus prosaï- Femina pour Girl.
quement, et de façon tout aussi cru- Ci-dessous :
Jean-Paul Dubois, ciale, à faire parler des livres et à les
un Goncourt
faire vendre — c’est même là leur prin- bien mérité pour
cipale raison d’être. l e plus prescrip- Tous les hommes
n’habitent pas teur, le prix Goncourt, a été décerné le
le monde de
lundi 4 novembre à Jean-paul dubois, la même façon.
pour Tous les hommes n’habitent pas le
monde de la même façon (éd. de l
’olivier). Une récompense qui annonce,
pour ce beau roman, un tirage fnal qui
pourrait atteindre les quatre cent mille
exemplaires — peut-être davantage, eu
égard à la notoriété de l’écrivain et aux
lecteurs assidus que ses livres
précédents lui ont déjà attachés.
ce judicieux choix de l’académie
Goncourt a semblé donner le la de la
semaine la plus stressante de l’année çoivent, nous semblent académiques,
pour le monde de l’édition, qui a vu les médiocres ou de connivence — ou
enjurys des grands prix littéraires de l’au- core davantage soucieux
d’homolotomne égrener leurs palmarès au fl des guer des succès de librairie que de
pojours. et distinguer notamment s ylvain ser de vrais choix, tel le renaudot
prudhomme (Par les routes, prix Femi- donné cette année à sylvain t esson et
na), luc l ang (La Tentation, prix médi- sa Panthère des neiges, déjà en tête des
cis), emmanuelle l ambert (Giono, fu- ventes —, il n’est que justice de les
aprioso, prix Femina essai), claudie plaudir lorsqu’ils s’attachent à mettre
Hunzinger (Les Grands Cerfs, prix dé- en évidence de beaux livres et de bons
cembre), manuel Vilas (Ordesa, prix Fe- auteurs. c e jeudi 14 novembre, ce sera
mina étranger), audur ava Ólafsdóttir au tour des jeunes jurés du Goncourt
(Miss Islande, prix médicis étranger) ou des lycéens de faire connaître leur ver -
encore la grande edna o ’brien (Girl, dict. dont l’importance n’est pas des
prix spécial du jury Femina)… moindres, puisque la force de prescrip -
puisqu’on ne manque pas de s’agacer tion du prix est comparable à celle du
des jurys lorsque leurs choix nous dé- « vrai » Goncourt. — Nathalie Crom
ViVement demain
… o u plutôt après-demain ! L’emballement de
l’Arc de triomphe façon « Pont-Neuf 1985 »
par le même Christo était prévu pour
la fin mars. Au grand dam d’un couple
de faucons crécerelles qui niche là
au printemps depuis des années, dans
les replis d’une sculpture. L’artiste plein
de sagesse n’emballera finalement qu’en
septembre 2020. Merci pour les oiseaux !
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