Telerama du 21-07-2021
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Date de parution 21 juillet 2021
Langue Français
Poids de l'ouvrage 19 Mo

Exrait

M 02773 - 3732 - F: F: 3,303,30E
3’:HIKMRH=XUXXU\:?d@h@n@c@k";
MERCREDI 21 JUILLET 2021
HEBDOMADAIREFR 3,30€
BEL, LUX 3,90€DOM 5,50€
CH 5,70 CHFMAR 43 MAD
CPPAP Nº 0621C80864
Nº 3732
DU 24 AU 30 JUILLET 2021
L’HUMORISTE
ET ACTRICE
NORA
HAMZAWI
JE SUIS TOUT
CE UE
JE CRITIUE
CANNES
PALME
AUDACIEUSE,
FESTIVAL
ÉTONNANT
codes 8000
20.05.2021 10:27 (tx_vecto) PDF_1.3_PDFX_1a_2001 300dpi YMCK ISOcoated_v2_300_eci GMGv5m
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L’invitée
1983
Naissance
à Cannes.
2012
Harmonie
hormonale,
à la Comédie
des 3 Bornes.
2014
Chroniqueuse
dans La bande
originale, sur
France Inter.
2018 
Nora Hamzawi.
Nouveau
spectacle.
2019
Swann d’or/
révélation
féminine au
Festival du film
de Cabourg pour
Doubles Vies,
d’Olivier Assayas.
2020 
En novembre,
difusion sur
France Inter
du monologue
Public imaginaire,
spectacle inédit
et en direct,
écrit pendant
le confinement.
Humoriste repérée sur France Inter, Nora
elle joue la carte de la flle
« normale ». Dans ses spectacles,
elle aime explorer nos contradictions
et nos petits vertiges existentiels. Hamzawi
3
SyliSme Charltte enard | Coiffure et maquillage Valérie jian | Pull yéra blanC et une, eller S @ er C PariS . ean en Con oranique, eaneriCh
L’invitée L’humoriste et comédienne nora amzawi
proche du public, et surtout ne pas prétendre à quoi que
ce soit. J’ai trop peu confance en moi pour me défnir
d’une manière ou d’une autre. Je voudrais que les gens se
retrouvent dans mes doutes.
Sur l’afiche dessinée pour le théâtre du Rond-Point, vous
êtes assise sur un cerveau. Une référence à Woody Allen ?
Maris et Femmes est un de mes flms préférés. On m’a
beaucoup parlé de lui car j’évoque la névrose, les psy, la
Propos recueillis par Guillemette Odicino Elle se prétend femmarde et pour- thérapie, des sujets peu abordés dans les seuls-en-scène
Photos Samuel Kirszenbaum tant, en quelques années, son CV n’a en France quand j’ai débuté, parce que considérés comme
pour Télérama cessé de s’allonger. Depuis 2009 et bourgeois. Aujourd’hui, la série En thérapie est un tel
son premier one-woman-show, Nora succès… Mais je n’ai jamais de références conscientes car
Hamzawi, 38 ans, a notamment mar- les modèles me terrifent.
qué de son empreinte les chroniques radio des émissions
On va tous y passer puis La bande originale, de Nagui, sur votre spectacle comme vos chroniques ou vos livres
France Inter entre 2013 et 2017. Après Harmonie hormonale interrogent les codes bobo parisiens…
(2012) à la Comédie des 3 Bornes, puis Nora Hamzawi, dans Mais il existe aussi en province le caviste parisien tatoué qui
toute la France, elle remonte sur scène à la rentrée avec un ressemble à un mannequin, vous tutoie d’emblée, et vous
dernier spectacle simplement intitulé Nora Hamzawi. On y vend un vin qui coûte une blinde mais qu’on n’ose pas
refuretrouve cet humour sans fltre qui repose sur un efet mi- ser parce qu’il est beau gosse ! Je ressens une attirance-
roir : douter de tout à notre place. Elle y hésite entre la répulsion pour le monde bobo, et pour les modes en
génémode et l’antimode, et dessine, dans un mélange de trivia- ral car je suis toujours partagée entre envie de critiquer et
lité parfois, et de mélancolie, toujours, les petits vertiges envie d’en être. Idem pour les réseaux sociaux. Nous
existentiels, les névroses féminines quotidiennes. Dans ces sommes tous doubles et ambivalents sur ces sujets. Je suis
deux livres, « 30 ans (10 ans de thérapie) » et « 35 ans (dont 15 tout ce que je critique : je fonce dans tous les pièges — le bio,
avant Internet) », tout juste parus chez Mazarine, son style les trucs sans gluten, me comparer avec la flle sublime qui
direct de journal intime fait mouche, et ses souvenirs d’en- poste ses photos sur Instagram. Il faut avoir de la tendresse
fance et d’adolescence r ésonnent avec les nôtres, quel que pour les choses qu’on épingle.
soit notre âge. Au cinéma, où elle avance à petits pas,
l’humoriste est autre : superbe femme dure mais follement vous ne cessez de vous comparer à d’autres femmes
amoureuse dans Doubles Vies, piquante chronique senti- dans vos textes. Pourquoi ?
mentale d’Olivier Assayas, et bientôt à l’afche des pro - Mon enfance ne me quitte pas. Cette période où l’on se
prochains flms de Jacques Doillon et de Laetitia Masson. En jette dans la vie des autres, dans des imaginaires. Pendant
2012, le comédien Jean Benguigui, juré du télé-crochet co- des années, les flles comme moi souhaitaient le carré
mique de Laurent Ruquier On n’demande qu’à en rire, sur dégradé du personnage de Rachel dans la série Friends,
France 2, avait décrété à son sujet : « Elle ne sait pas bouger, mais au fond ce n’était pas seulement la coupe de cheveux
elle ne sait pas jouer, elle ne sait même pas porter une robe ! » que nous voulions : nous rêvions d’être Rachel Green, et de
Nora Hamzawi, dont la beauté est à mi-chemin entre un vivre dans Friends. De plus, petite, j’étais pressée d’être
reste d’adolescence et une féminité avertie, préfère efecti- adulte, et ces femmes libres qui travaillaient, dans la fction
vement les jeans et le cinéma d’auteur, comme en témoigne comme dans le réel, m’ont aidée à me construire. Je me
soula grande afche des Nuits de la pleine lune, d’Éric Rohmer, viens avec tant de précision de la boulangère, de la libraire,
dans son salon. Désormais, plus personne ne conteste son des institutrices, des caissières. Tout à l’heure, encore, je
talent d’actrice, et c’est fou comme ses mots bougent bien. regardais la feuriste, fascinée qu’elle connaisse tous les
noms de feurs. Tout me paraît plus beau chez les autres.
Heureuse de reprendre votre spectacle à la rentrée ? J’aime regarder les flles. Les femmes sont tellement
cinéJe n’ai attendu que ça et, maintenant, j’ai peur d’y retour- matographiques ou romanesques. Je leur invente des
liberner, après le choc des confnements successifs que nous tés, des vies, selon leurs vêtements, leur démarche, leur
avons tous vécus. Je culpabilise un peu de ne pas être tota- parfum. Je ne me projette pas du tout sur les hommes…
À voiR lement euphorique, mais je crois qu’il faut retrouver ses
n ora Hamzawi. marques, son rythme… Nous avons été beaucoup seuls, et vous avez encore besoin de rêver à ce que vous pourriez être ?
n ouveau je vais me retrouver avec quatre cents personnes que je ne Complètement. Jusqu’à quand est-on fasciné par ce que
spectacle, connais pas. Exactement comme en amour après une rup- sont les autres ? Peut-être toute la vie. Je n’aspire pas du tout
le 23 juillet, ture ou au retour des grandes vacances. Cet être qui m’a à être contente de moi, dans cette époque où l’injonction
Le r épublique, tant manqué sera-t-il le même ? Serais-je pareille à ses yeux ? est si forte de savoir qui l’on est… Je revendique le droit aux
eParis 3 , reprise complexes. J’espère que, dans la cour du collège, les
gaen septembre. Beaucoup d’humoristes se créent des personnages. vous mines ne veulent pas toutes ressembler à la même femme.
Puis en tournée. arrivez sur scène en jean, avec vos lunettes, et un chignon… Même si les 20-35 font plus de chirurgie esthétique que
Paradoxalement, cette normalité me sert de carapace. Je leurs aînées, ce qui est dingue. J’aime le fait que vivre soit
À écoUteR n’aime pas trop les modes d’emploi dans l’humour : la difcile, que l’existence soit fragile, que tout s’efrite. Mais
Public imaginaire vanne qu’on sent arriver, les déguisements… D’ailleurs, demain, sûrement, j’aurai changé d’avis, et je serai
heusur franceinter.fr mon spectacle n’a pas de mise en scène, pour être au plus reuse en faisant des bouquets de feurs séchées. ☞
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L’invitée ’humoriste e comédienne nora amzawi
est une bulle, et l’actualité la fait péter. Il y a quelques
années, quand je parlais des règles et du syndrome
prémenstruel, on me disait que c’était des trucs de gamine, et
maintenant que c’est féministe et transgressif. Je n’ai pourtant
pas bougé de ligne. Tant mieux si le regard sur les femmes
change. Dommage que tout soit une question de timing.
votre livre 35 ans (dont 15 avant Internet) est pétri
de souvenirs d’adolescence.
Je suis fascinée par cet âge où chaque événement est un
saut dans le vide. J’ai gardé ces sensations de première
liberté, ces secrets qui sont autant de cartes d’accès à
l’indépendance. Comment les jeunes d’aujourd’hui vont-ils
se fabriquer des souvenirs ? Nous stockons des milliers
de photos sur nos téléphones comme si nous n’avions plus
la capacité mentale d’emmagasiner des images ou des
odeurs dans notre mémoire. Pendant longtemps, j’ai été
capable de me rendre dans mon magasin à souvenirs
olfactifs pour créer de la mélancolie. Quand j’ai eu le Covid,
j’ai perdu l’odorat. C’est dingue que ce virus nous ait
enlevé ce sens-là ! Alors j’ai convoqué l’odeur du lilas, l’odeur
de mon premier mec…
Dans quelle famille avez-vous grandi ?
C’est délicat d’en parler. J’ai grandi dans une famille un peu
dysfonctionnelle. Préservée mais chaotique. Ma mère était
veuve avec quatre enfants. J’avais un an et demi quand mon
père est mort. Il avait fait en sorte de nous mettre à l’abri
matériellement, mais l’ambiance était dépressive, et moi,
la petite dernière, j’ai tout de suite senti que mon rôle était
d’alléger l’atmosphère. Je ne pouvais servir qu’à ça.
et vos racines ?
Je n’ai pas connu mes grands-parents maternels car ma
mère, d’origine syrienne, élevée dans un pensionnat
catholiq ue au Liban dès son plus jeune âge, s’était
éloignée de ses parents. Le chaos familial à la suite du décès
de mon père nous a écartés de mes grands-parents
paternels. Sans doute pour préserver notre mère, nous ne lui
posions jamais aucune question sur son passé. Si j’ai eu
en tant qu’artiste pourriez-vous vous passer « Je revendique tant besoin de faire une thérapie, c’est que je ne sais
absole droit aux des réseaux sociaux ? lument pas d’où je viens. J’ai fni par accepter ce fou, ces
complexes […]
Il faudrait que je fasse le test de ne pas communiquer sur mystères dans ma vie. L’avantage de cette éducation au J’aime le fait que
mes spectacles ou mes livres, pour voir… D’un point de vue vivre soit dificile, jour le jour est que je n’ai eu aucun modèle, je n’ai obéi à
que l’existence personnel, je poste des photos de moi quand je ne vais pas aucune autorité. De 5 ans à 18 ans, je n’ai été que dans
soit fragile. »
bien et que j’ai besoin qu’on me trouve jolie. Il est tout aussi l’imagination. Dans l’attente d’être libre. De pouvoir enfn
inquiétant et bizarre que je sois blessée par un commentaire faire mes preuves.
méchant sur une de mes chroniques à la radio… et que je
sois fattée par un like ou un cœur sur une photo. Mais, vous souvenez-vous de votre premier choc artistique ?
quand j’écris pour la radio, je ne pense jamais au fait que ça Enfant, je regardais surtout la télé. Je faisais un peu
sempuisse devenir viral. À une exception près : une chronique blant, aussi : j’avais une afche de Pulp Fiction dans ma
sur la charge mentale, qui a été très appréciée. Deux se- chambre alors que j’avais détesté ce flm de Quentin
maines plus tard, je me dis : allez tiens, je vais faire un texte Tarantino . La cinéphilie me paraissait intimidante. La
sur le « mansplaining », ces comportements de mâle domi- décou verte des fctions autobiographiques de la
plastinant. Il ne m’était jamais arrivé d’utiliser autant de mots-clés. cienne Sophie Calle, en revanche, à l’entrée dans l’âge
J’en ai été malheureuse après. Au lieu de partir d’une émo- adulte, a été un choc. J’ai alors pris conscience que l’art
tion, de l’incarner, j’étais partie d’un concept à la mode. peut panser les blessures de vie.
est-ce pour cela que vos textes sont si peu politisés ? Quid de vos études ?
Aujourd’hui tout le monde afrme ses opinions, hurle son Bac avec mention pour qu’on me fche la paix. Puis mon
avis, y compris dans son statut Facebook, et c’est presque frère m’a conseillé de m’inscrire en droit. Il faut dire qu’à la
politique de ne pas faire de politique ! Le spectacle vivant maison on m’avait afublée d’un surnom atroce : Maître ☞
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SyliSme Charltte enard | Coiffure et maquillage Valérie jian | ee Shir blanC meriC an Vintge. ean en Con oranique, eaneriCSHELLAC présente une production O SOM E A FURIA & UMA PEDRA NO SAPATO
“UN CONTE MALICIEUX OÙ INTELLIGENCE
ETET SENSUALITÉ S’EXACERBENT AVEC FOUGUE”
LES INROCKUPTIBLES
“UN ANTIDOTE SALUTAIRE À L’ENFERMEMENT”
TÉLÉRAMA
“UN FILM LUMINEUX OÙ SE DESSINE
UNE PETITE UTOPIE”
LIBÉRATION
JOURNAL
TDE
Û
OUn fi lm de
MAUREEN FAZENDEIRO
& MIGUEL GOMES
ACTUELLEMENT AU CINÉMA A
Télérama 209x272 Journal de Tuoa.indd 1 15/07/2021 12:21h
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L’invitée ’humoriste e comédienne nora amzawi
☞ Vergès, car je défendais tout le temps ma sœur. J’ai tenu dans Quotidien, car Yann Barthès fait partie de ces gens,
trois semaines à peine, tellement je m’y ennuyais. Entre- comme Yann Chouquet ou le réalisateur Olivier Assayas,
temps, j’avais commencé le cours Florent. Puis j’ai passé dont le regard est un soutien, un éclairage.
le concours du Celsa, l’École des hautes études en sciences
de l’information et de la communication. À l’oral, l’exami- Comment avez-vous rencontré Olivier Assayas ?
nateur m’a demandé ce que je voulais faire plus tard, et j’ai Sa directrice de casting, Antoinette Boulat, lui a parlé de
r épondu… comédienne. C’est sorti tout seul. La tête de ma moi. Dès nos premiers échanges, j’ai le sentiment que
mère quand je lui ai raconté ! Et pourtant, j’ai été prise. quelque chose se noue entre nous. Je suis étrangement
Comme il n’était pas question que je bosse dans la com, je ser eine : il va me choisir pour son flm. Mais il décide de
jouais des spectacles amateurs avec des supers potes. Ma venir voir mon spectacle, et là, je veux tout annuler ! J’ai
meilleure amie me pousse, alors, à écrire le mien. J’avais des propos trop gras sur scène, il va détester. Mon agent
déjà des tonnes de textes — je ne sa vais même pas d’où ils m’engueule : je ne vais pas tout réécrire en alexandrins
venaient —, que j’ai joués, le soir, devant quinze personnes sous prétexte que c’est Assayas, non ? Le tournage fut
au mieux. En journée, je travaillais aux Galeries Lafayette. doux. Et mon partenaire, Vincent Macaigne, est le plus
Un temps, j’ai pensé m’inventer un double : une Sandy grand acteur de sa génération.
Bulot qui serait attachée de presse, mais fnalement j’ai
envoyé moi-même des invitations aux journalistes. Le vous venez de tourner successivement avec Laetitia
ma gazine Glamour m’a sollicitée pour écrire des chro- Masson et Jacques Doillon...
niques, que je trouvais toutes plus nulles les unes que les Doillon m’avait vue à la sortie de la maternelle car nos
enautres. Voilà comment tout a commencé. fants sont dans la même école. Et comme son flm, CE2,
traite du harcèlement scolaire… J’incarne la mère de la
est-ce à la même époque que vous passez dans l’émission petit e flle harcelée. J’avais entendu qu’il faisait refaire les
On n’demande qu’à en rire ? prises à ses acteurs, encore et encore. Pas du tout. Il ne faut
L’atroce émission télé de Ruquier. J’y vais, car on ne peut jamais croire les réputations. Laetitia Masson, elle, a eu la
pas tout le temps se planquer en attendant que quelqu’un volonté de me transformer complètement. Aux côtés de
vous découvre. Mon premier passage se passe bien. Benjamin Biolay, je joue une éboueuse très maquillée, très
Jusqu’au moment où je suis éliminée par Jean Benguigui, romantique, sans une once de cynisme, dans un flm qui
alors juré, qui me dit que je suis nulle et qu’il faut que traite du sentiment d’urgence. Comment nos décisions,
j’ arrête ce métier. Plus violent à mes yeux était le fait que nos choix, notre façon d’aimer, sont bouleversés en
j’avais voulu leur plaire, leur obéir en composant un période de chaos. Elle a écrit le scénario avant le Covid,
personnag e. C’est ma soumission qui m’a le plus choquée. mais c’est fou comme le sujet résonne.
Je décide, alors, d’arrêter de croire que les autres savent
mieux que moi qui je suis : je quitte le magazine Glamour, Pourquoi avoir conçu, pendant le confinement,
les petits jobs alimentaires, je me donne trois mois pour un spectacle pour expliquer la pandémie aux enfants ?
écrire un nouveau spectacle au plus proche de ce que j’ai Nous, adultes, avions déjà du mal à comprendre la
situaenvie de dire. Je commence en septembre grâce à une tion, et on répétait à nos enfants de se laver les mains tout
amie à la Comédie des 3 Bornes. En octobre, je suis repé- le temps, de ne pas paniquer. Soudain ils n’allaient plus à
rée par France Inter. J’étais fère et terrifée, mais Yann l’école, ils nous voyaient toute la journée à la maison à
Chouquet, le programmateur d’Inter qui appréciait mon faire le ménage, à cuisiner des cookies, alors que
d’habistyle « miroir », m’a soutenue. tude on leur fourguait des pizzas surgelées ! J’ai tenu à ce
que ce petit spectacle difusé sur Internet ressemble le
vous aimez la radio ? plus possible au vrai théâtre de Guignol. J’ai donc
convoC’est merveilleux. Immuable comme un fauteuil vintage. qué Guignol à la maison. J’ai adoré fabriquer ce petit objet ,
Comme un jean Levis. Mais j’étais stressée : je passais et je suis devenue l’idole de mon fls…
d’un public de trente-cinq personnes à des centaines de
milliers d’auditeurs. Êtes-vous attachée à développer l’imaginaire 
de votre enfant ?
et l’expérience Canal+ ? À la maison, nous parlons aux objets. Tout est jeu, du ma tin
Au Before du Grand Journal, qui est un petit labo, j’essaye au soir. Quand il me pose une question, je ne lui montre pas
de monter ma propre minisérie, qui ne vaut rien ! D’autant la réponse sur l’écran de mon téléphone, je lui en fais une
que je débarque en même temps que l’incroyable Camille description pour qu’il visualise ce qu’il veut. Qu’il entende
Cottin et sa Connasse, donc autant dire que je n’existe pas. les mots à sa manière. Quand j’étais petite, je n’avais pas
Je passe ensuite au Grand Journal, où je vis mal d’avoir compris le verbe « déguiser » : je croyais que c’était « on se
a utant de pression pour pas grand-chose, et où je ne me déglise » à cause des habits des gens dans les églises. J’étais
fais aucun ami. Je tombe enceinte. Tant mieux. Je me jure majeure quand j’ai découvert que le catch, c’était souvent
de ne plus faire de télé. Et… j’y retourne deux ans durant, pour de faux ! La candeur est essentielle, non ? •
« La radio ? C’est merveilleux.
Immuable comme un fauteuil vintage. »
8 Télérama 3732 21 / 07 / 21FAITES BRILLER VOS VALEURS
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Sommaire du 24 au 30 juillet
Le femme a p L utha
Vive les femmes ! Qu’elles aient un
humour ravageur et lucide, sans pitié avec
elles-mêmes et la société, telle la
brillante comédienne Nora Hamzawi,
notre couverture et notre invitée.
Qu’elles nous bouleversent de leur
violence et de leur désespoir, telles les
brillantes héritières — entre jazz, soul et
pop — de la chanteuse Amy Winehouse,
dont on célèbre le dixième
anniversaire de la mort. Qu’elles nous fassent
traverser de dérangeantes frontières, 22 et afronter crânement nos
monstruosités, comme la cinéaste Julia
Ducournau — l’invitée de notre précédent
numéro — à qui le Festival de Cannes vient
d’attribuer sa Palme d’or, pour le tout
ensemble ténébreux et lumineux
Titane. Vingt-huit ans, depuis Jane Cam-14 pion, qu’une artiste femme n’avait
remporté ce trophée. Et elles ne sont que
deux dans l’histoire du Festival.
Seraiton plus sensible au génie féminin après
la tourmente #MeToo ? Tant de
créatrices, peut-être, jusqu’alors
injustement ignorées. Hommage au Festival
de Cannes donc, même si l’absence au
palmarès du virtuose cinéaste russe
Kirill Serebrennikov laisse des regrets. La
disparition du plasticien Christian
Boltanski plus encore, lui qui sut si fort
réveiller nos mémoires et faire vivre nos
morts. Tisser des liens indéfectibles 41 13 par-delà le deuil. — Fabienne Pascaud
Couverture zine 28 amy Winehouse CritiqueS
Nora Hamzawi 3 L’invitée dix ans après sa disparition, 41 Le rendez-vous
Photo l ’humoriste et comédienne son esprit perdure : laura l ’opéra Innocence, de Kaija
Samuel nora hamzawi mvula, jorja smith, arlo parks saariaho et sofi oksanen,
Kirszenbaum 11 Premier plan ou celeste chantent les fêlures au festival d’aix-en-provence
spectateurs, vos papiers ! de toute une génération 44 Cinéma
12 Mise à jour 52 Musiques
13 Christian Boltanski CoMMUna Uté S d’artiS te S 4/5 53 Livres
32 Le groupe n ovos Baianos 54 arts
SPéCiaL Canne S au brésil, dans les années 55 Scènes
14 Le Festival en flash-back 1970, ils ont créé une bulle 56 enfants
l e bilan, les femmes en force, hippie en pleine dictature
une séquence inoubliable, éléviSion
des acteurs non professionnels, C’eSt B on, C’e St d’i Ci 4/5 57 Le meilleur de la semaine télé
des maternités déviantes, 35 La Chartreuse verte l e cycle mastroianni,
nos révélations… sa recette, un secret sur ocs Géants
jalousement gardé depuis 64 Programmes et commentaires
Un LieU , Une hiS toire 5/5 plus de quatre cents ans
22 Saint-hilaire-du- t ouvet adio
ce numéro comporte pour
la totalité des kiosques : un sanatorium accueillait drLe S de Pa SSionné S 4/5 120 Le meilleur de la semaine radio
une couverture spécifique
« paris-idF » pour les des étudiants tuberculeux 36 Les fans de « Kaamelott » Infiniment, de nicolas martin,
abonnés et les kiosques de
paris-idF, et une couverture ils s’habillent en manants ou sur France culture
nationale. édition régionale,
Télérama+Sortir, pages ProFe SSion : ProdUC triCe 5/6 en troubadours… et trépignent 123 Les programmes
spéciales, foliotée de 1 à 48
jetée pour les kiosques des 25 Sylvie Pialat, l’audacieuse avant la sortie du long métrage
dép. 75, 77, 78, 91, 92, 93,
e94, 95, posée sous la 4 de dotée d’un sacré flair et guidée 128 t alents
couverture pour les abonnés
des dép. 75, 78, 92, 93, 94. par le plaisir de la rencontre 131 Mots croisés
10 Télérama 3732 21 / 07 / 21
jérôme bonnet pour télérama |  archives F seF | jean-louis Fernandez |  jean-Francois r obert pour téléramac
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Mise à jour
PrEMIE r PLAN
S S,
S p S !
Le public du Festival
d’Avignon durant
une représentation
de La Cerisaie,
le 10 juillet.
toute manifestation de plus de cinquante personnes. S’obli-« Mieux v aut serrer la vis aujourd’hui que
reconfgeant au passage à des contrôles d’identité. Par quel miracle
ner en septembre » : le constat se répète chez les cafés, restaurants, centres commerciaux ont-ils obtenu un
délai jusqu’en août ? Quant aux salariés de ces lieux de professionnels de la culture, efrayés à l’idée de
culture, ils devront être vaccinés au 31 août, faute de quoi des
voir nos vies repasser sous cloche. Imprudent, qui sanctions leur seraient imposées. Comme toujours, chacun
remettrait en cause le bien-fondé du tournant présidentiel s’adaptera ! Ici, une pharmacie retarde sa fermeture pour
opéré la semaine dernière. Mais que dire de la méthode (bru- coller à l’heure d’arrivée des spectateurs du théâtre voisin.
tale), de la concertation (inexistante) et de la communication Là, une salle se rapproche de la protection civile pour tester
(brouillonne) ? Après dix mois de fermeture, une réouverture en masse lors des concerts. Mais combien de passionnés
tant ajournée et conditionnée à des protocoles sanitaires s’acharneront à fréquenter et faire vivre la culture ? Celles et
dans l’ensemble respectés, le secteur est, encore, le premier ceux qui étaient tentés par l’Été culturel, interventions
artisà faire les frais de la situation. Aucune donnée scientifque sé - tiques déployées, pour la deuxième année, dans les maisons
rieuse ne laisse pourtant craindre des foyers de contamina- de quartiers, centres sociaux et Ehpad, risquent de trouver
Par Sophie tion dans nos théâtres, musées et cinémas, mais ils devront, porte close. C’est le gouvernement qui avait lancé le
proRahal dès le 21 juillet, exiger de leurs visiteurs un passe valide pour gramme. Ne vient-il pas de se tirer une balle dans le pied ? •
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Chrisophe ynaud de Lage
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Vu de l’étranger
c uba, pourquoi cette
ré Volution qui V ient ?
Fait inédit dans le Cuba communiste, la population a manifesté massivement dans
les rues le 11 juillet pour exprimer son ras-le-bol face aux restrictions et revendiquer
plus de liberté. En réponse, le pouvoir a usé d’une répression brutale, avant de lâcher
un peu de lest. Trop tard, une rupture s’est produite ce jour-là, explique le cinéaste
Carlos Lechuga, dont les films sont censurés dans son propre pays.
la réponse Ce qui s’est passé ce 11 juillet est une explosion
e Carlos face aux manquements de l’État et à la
mauleChu, vaise gestion de ce gouvernement. Ici, nous
cinéaste n’avons plus accès à une alimentation correcte,
indépendant, ni à une santé digne de ce nom. Toutes les
meréalisateur sures prises par les autorités vont à l’encontre de la volonté
de Melaza et et du bien-être de la population, au nom de la défense d’une
Santa y Andrés. supposée “révolution”, dont l’expression a été vidée de son
sens. Les gens n’en peuvent plus de cette vie sans dignité ni
liberté. J’ai l’impression que nous vivons dans un western, un
pays aride où règne le désespoir et où les autorités tirent dans
tous les sens contre le premier qui bouge. le revendiquer ! Il n’est d’ailleurs pas anodin que le
gouverneCes manifestations prouvent cependant que la population ment ait coupé Internet à la suite des manifestations. Il voulait
ne craint plus de s’exprimer. Surtout les jeunes. Le gouverne- nous empêcher de nous organiser et, surtout, donner sa
verment pousse ceux qui essayent de faire bouger les choses à quit- sion du récit des événements. Sauf qu’en réalité il a perdu le Le 11 juillet,
des manifestations ter Cuba, parce qu’il ne veut surtout pas de gens qui pensent à contrôle de l’information. Grâce aux armes que sont nos
téléont éclaté dans tout sa place ! Mais, aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, nous phones portables et les réseaux sociaux, nous pouvons
dévoile pays, comme ici
sommes beaucoup plus ouverts sur le monde que les généra- ler aux yeux du monde la vérité sur ce qui se passe actuelle-devant le Capitole,
à La Havane. tions précédentes, nous voulons du changement et nous osons ment à Cuba. » propos recueillis par Victor Clément
la radio se ressource dans l’audio
c’est historique : « seuls » 39,1 millions voire annihilé, l’écoute de la radio, no- de séries… des pratiques qui n’ont fait
de Français ont allumé leur poste de tamment durant les trajets travail/ que s’amplifer au fl des années, et qui
radio quotidiennement au printemps domicile. et a évidemment chamboulé sont notamment prisées des plus
2021. c’est un million d’auditeurs en les habitudes — or la radio est un mé- jeunes. À radio France, par exemple,
moins en un an, et le plus bas niveau dia, ô combien, d’habitudes. r este on valorise désormais l’« audio », qui
d’audience jamais atteint par le média que cette tendance à la baisse n’est pas regroupe tous les contenus, linéaires
radio depuis qu’il est mesuré par Mé- imputable au seul coronavirus : elle a ou podcasts, destinés à être écoutés.
diamétrie (France inter conservant sa émergé au début des années 2010. en plus question de tout miser sur les
première place devant rtl). on aura cause, l’apparition des plateformes bonnes vieilles ondes : la vénérable
ravite fait de trouver une coupable : la musicales, le boom des podcasts, dio, qui fête cette année son
centecrise sanitaire. avec ses confnements, l’écoute des programmes en replay naire, semble devoir se renouveler
ses enfants à la maison et son usage du — sans parler de la multiplication des pour sereinement perdurer.
télétravail, elle a fortement réduit, opérateurs télé, l’explosion de l’ofre — Laurence Le Saux
À nos La parution, dans notre numéro 3729 du 30 juin, passées de La Loupe en matière de piratage, et
lecteurs d’un article sur La Loupe, ce groupe de cinéphiles pointe les limite s de sa « charte de bonne conduite ».
qui discutaient et s’échangeaient des films par Tout en donnant largement la parole aux détracteurs
le biais de F acebook, et qui a été fermé le 12 juillet du groupe. Cela va sans dire, mais il faut croire
dernier, a suscité la publication en ligne d’une tribune que ça va mieux en le disant : jamais Télérama
de Vincent Paul-Boncour, cofondateur et directeur ne prônera ni ne fera la promotion du piratage.
de Carlotta Films, accusant Télérama de « prôner » Au contraire, nous continuerons à soutenir la
et de « promouvoir la piraterie des films ». Cette démarche exemplaire des distributeurs et éditeurs
accusation nous surprend, nous peine et nous comme Carlotta quand ils font vivre le patrimoine
choque. Car, loin d’inciter nos lecteurs à télécharger cinématographique dans le respect des ayants
et/ou à partager illégalement des œuvres, l’enquête droit, à travers leur travail essentiel de restauration
menée par Jérémie Couston rappelle les dérives et de difusion légale des films.
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Ramon Espinoa/ ap /sip | LE CREspi/ CMise à jour
Ho MMag E trop tôt, l’œuvre ne coûtera pas cher
au collectionneur ; dans le cas LE JEu contraire, l’artiste fera une bonne af -
faire. Dix ans plus tard, la rétrospec-DE L’a Rt tive du Centre Pompidou à Paris
s’intitule « Faire son temps ». Boltanski avait Et DE peut-être fait une bonne afaire.
on attribue cette obsession morti-La Mo Rt fère à son père, médecin d’origine
juive, qui dut se cacher sous le
parL’artiste plasticien Christian Boltanski laisse une œuvre quet de l’appartement durant l’occu- Certains partent, d’autres en
réchapsombre, hantée par le destin et l’absence. Mais sur cette toile pation allemande. Elle se manifestera, pent, ainsi va le hasard de la vie. a ussi,
de fond torturée jaillissent des fulgurances d’humour après de mauvaises peintures, très tôt, tout au long de sa carrière, l’angoisse
et de poésie, comme autant d’antidotes à son obsession. en 1968, avec une exposition appelée et le hasard deviennent le sujet central
« La Vie impossible de C. B. » de ses installations : vêtements
entasChristian Boltanski vient de mourir. Il Boltanski, né en septembre 1944 à sés, photographies d’enfants, por -
avait 76 ans. En l’apprenant m’est ve- Paris, est baptisé et élevé dans la reli- traits de familles nazies, lits d’hôpital,
nue à l’esprit la célèbre réplique de gion catholique de sa mère corse, mais lumières blêmes, enregistrements de
Jacques Prévert que Michel Simon se- le père, laïc, lui transmet sa culture as- cœurs humains, et sa vie elle-même,
rine à Françoise Rosay dans Drôle de hkénaze. De la mère demeure dans sans cesse flmée.
drame, le flm de Marcel Carné : « À son atelier le portrait fait par son fls : Pourtant, malgré leurs thèmes peu
force d’écrire des choses horribles, les une simple plaque où sont inscrites la réjouissants, leur mélancolie, les
inschoses horribles fnissent par arriver. » naissance et la mort, 1907-1989, « deux tallations de Boltanski possèdent une
Car le plasticien ne cessait dans ses ins- dates et un tiret », disait-il pour résu- justesse extraordinaire qui les rend
attallations de mettre en scène la mort, mer la vie. Entre les deux on fait son tachantes. Leur mise en espace,
soude jouer avec elle, de la provoquer, temps, comme on peut. vent sans concession, sans aféterie,
même lorsqu’il passe en 2009 un Mais ce temps est parfois écourté, colle parfaitement aux obsessions. Les
Dans son atelier étrange pacte avec le collectionneur par la maladie, par les tragédies, par la lumières, la disposition de chaque
obde Malakof, australien David Walsh : lui vendre sa guerre, par la volonté démente d’ex- jet, le choix de ces objets (la célèbre
le 8 juillet 2020,
vie en viager par le biais des caméras terminer, et cette impossibilité de boîte à gâteaux secs en fer-blanc) et Christian Boltanski et
l’installation Chance. qui ne cessent de le flmer. S’il meurt « faire son temps » angoisse Boltanski. leur matière, tout est parfaitement
calculé, composé de telle sorte que, dans
ses expositions, à la vision dramatique
succédaient toujours une facétie, une
légèreté, une pointe d’humour
permettant de se détendre et suscitant parfois
un sourire. Car Christian Boltanski
avait de l’humour, aussi. o n le constate
dans ses premières Saynètes comiques
(1974), des montages photographiques
burlesques. ou, de façon beaucoup
plus poétique, dans Théâtre d’ombres,
exposé de 1984 à 1997 au musée d’art
moderne de la Ville de Paris — l’ombre
portée de fgurines en métal
grossièrement découpées. Car Boltanski est
poète, parfois, lorsqu’il se l’autorise et
lâche (un peu) ses obsessions, lorsqu’il
s’oublie (un peu) et laisse parler son
amour de la vie. alors tintent des
centaines de clochettes japonaises fxées
sur de fragiles piquets dans un désert
chilien ou sur la neige canadienne
(Animitas Chili, 2014, et Animitas blanc,
2017) ; alors, en Patagonie, trois
gigantesques trompes animées par le vent
reproduisent le chant des baleines
(Misterios, 2017). avec ces œuvres, il
voulait, disait-il, « fabriquer des
légendes », autrement dit faire son temps,
certes, mais demeurer. — Olivier Cena
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