Figaro Littéraire du 14-10-2021
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Français

Figaro Littéraire du 14-10-2021 , magazine presse

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Date de parution 14 octobre 2021
Langue Français
Poids de l'ouvrage 11 Mo

Exrait

jeudi 14 octobre 2021 le figaro - N° 23996 - Cahier N° 4 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
lefigaro.fr/livres littéraire
Val Érie Do CuMeNts
Fra NCe-a lg Érie :t oNg Cuo Ng
o Mbres et lu MièresuN ro Ma N sur la Fragilit É D’uNe lo Ngue histoire Page 6Des Fa Milles Page 7
dossier Avant
d’écrire pour
les enfants,
l’auteur de « Charlie
et la chocolaterie »
a été un nouvelliste
hors pair,
irrévérencieux
et sarcastique.
Page S 2 eT 3La face cachée
de Roald Dahl
Histoire mondiale de l’héroïsme
Gallimard
présente
histoire est écrite par les gent de belles figures, celle du chef camisard Soldats du Reich assiégés dans Berlin ou
isovainqueurs, assure un dic- Jean Cavalier, de Bonnie, le dernier des lés en Courlande, communards
anticlériton. Elle fait donc peu de Stuart, dont l’élan se brisa sur la grève de caux mettant le feu à Paris, phalangistes
place au « dernier carré », Culloden. Et, plus près de nous, celle de ayant sur les mains le sang de Sabra et L’ces irréductibles qui au mé- Maximilien, le Habsbourg romantique, qui Chatila, le « dernier carré », pour héroïque
pris de tout ont mené le combat jusqu’au rêvait d’un empire au Mexique ; et encore qu’il fût, est-il toujours louable ? Pour
bout, en vain. Il fallait par conséquent un celle de Béchir Gemayel qui émerge au mi- l’heure, ne retenons que leur bravoure et
bataillon – le mot quarteron serait par trop lieu des inextricables querelles des Atrides leur détermination, eussent-elles été au
restrictif pour qualifier les vingt-cinq histo- service d’une cause détestable ou dévoyée.
riens et journalistes de talent choisis - pour Le sujet du livre de Buisson et Sévillia est d’un
illustrer des pages d’histoire, connues ou autre ordre : il se propose de montrer par
non, souvent tragiques, jamais médiocres. l’exemple qu’il y a dans l’âme humaine un LA CHRONIQUE
Notre mémoire nationale associe le « beau ressort communément partagé, qui va au-d’Étienne geste » aux chouans, aux cadets de Saumur, delà de la hardiesse physique. C’est celui qui
CLAIREde Montetyaux soldats de Diên Biên Phu, comme s’il meut Antigone : dans la conscience de
chaétait l’apanage des Français, frères d’armes cun est en effet nichée une loi supérieure qui
de Cyrano. Or c’est l’un des mérites de ce li- commande contre toute prudence, contre CASTILLONvre riche et passionnant que de dessiner une libanaises : qu’importe ce qui ressortit à la toute raison, de se battre et de mourir pour
histoire mondiale de l’héroïsme. Soldats de réalité et ce qui nourrit la légende : depuis une certaine idée de l’homme et de sa patrie. Sonempire
Massada et des Thermopyles, Indiens du roi L’Iliade, les barouds d’honneur ont besoin Ces preux, ces rêveurs, ces gens de sac et de
ROMAN
de France abandonnés par le traité de Paris, de chevaliers, et de destins christiques. corde, les historiens peuvent leur présenter
républicains espagnols combattant le Fran- Il entre souvent dans l’analyse de ces com- les armes comme on le fait à un ennemi
« Ce livre n’est pas un roman, c’est un
quisme jusque dans les années 1950 : voilà bats l’idée qu’ils étaient inutiles et que les vaincu, mais valeureux. C’est chose faite,
kidnapping. Celui d’une femme enlevée àdes braves ! Et que dire des valeureux YPG protagonistes, en persistant, faisaient preuve avec ce beau livre d’or de la force d’âme. ■
elle-même par un homme fascinant mais(soldats kurdes) du siège dramatique de d’un incorrigible idéalisme : « C’est bien plus
pervers. Un “page turner” redoutable. »Kobané (2014-2015) puisque, comme l’écri- beau lorsque c’est inutile. » Une étude
approFrancine Kreiss, Paris MatchLe dernier carrévent Jean-Christophe Buisson et Jean fondie montre que le courage va souvent de
Sous la directionSévillia, maîtres d’œuvre de cet imposant pair avec l’efficacité exigée d’un soldat. La
de Jean-Christophe Buissontravail, « l’actualité récente a démontré que résistance de Camerone – devenue
l’archéet Jean Sévillia,edes hommes, au XXI siècle, savaient encore type du « dernier carré » - permet à un convoi
Perrin, 382 p., 21 €.écrire des pages d’histoire, “pour l’honneur” ». de vivres et de munitions de passer et assure
Au milieu des tourments des siècles se déga- la victoire de Puebla quelques jours plus tard.
gallimard.fr facebook.com/gallimardI
CBS Photo Ar Chive/Getty imAGeS, PAtriCe Norm ANd/©N ormANd/Leextr A vi A Leeem AGe, ©Key StoNe/Zum A/Leem AGe
©JFPaga
Ajeudi 14 octobre 2021 le figaro
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Roald Dahl, chez lui,
le 4 février 1979 (ci-contre).
L’auteur photographié
par Carl Van Vechten, 1954
(ci-dessous, à gauche).
Roald Dahl avec son épouse L'événement Patricia Neal et leurs
enfants, en 1966Littéraire (ci-dessous, à droite).
Avant la gloire,
un long parcours
Ce fils d’immigrés norvégiens élevé à la dure
dans un pensionnat anglais fut rond-de-cuir
dans la City, pilote de guerre dans la RAF
et agent du contre-espionnage. La collection
« Quarto » publie ses œuvres pour adulte.
celui dont la rencontre, en mai François rivière
1942, est décisive: C.S. Forester,
l’auteur de la célèbre série
HornANS SES MÉMOIRES blower qui va l’inciter à écrire
publiés en 1981, le son premier texte, une nouvelle
romancier anglais intitulée C’est du gâteau. L’impé- La vie mouvementée Kingsley Amis évo- trant a trouvé le format avec le-D que sa rencontre, dix quel, bientôt, se forgera sa
répuans plus tôt, avec Roald Dahl lors tation d’écrivain. Mais avant
d’une réception chez le dramatur- cela, par un des nombreux tours
ge Tom Stoppard. Après avoir fait que lui réserve son capricieux
sensation par son arrivée à bord destin, une mythologie commune
d’un hélicoptère, l’auteur de Bi- à tous les chevaliers du ciel se de Roald Dahl
zarre !, bizarre ! s’adresse à son manifeste, lui inspirant de mettre
confrère : « À quoi travailles-tu en en scène dans un conte pour
ence moment, Kingsley ? Quelque fants les malicieux Gremlins. Ce
chose de brillant comme d’habitu- premier livre, publié en 1943
de… et de lucratif ? Pourquoi n’écri- mais jamais traduit en français, production romanesque de Roald l’art de la nouvelle. « J’ai eu l’intui- recueils baptisés Bizarre !, Bizarre !
rais-tu pas un livre pour enfants ? intéresse Walt Disney qui envisa- Dahl. Son premier roman, Some tion très forte que c’était mon mé- et Kiss Kiss.
Tu sais que c’est ce qui rapporte ge d’en faire un film, lequel pour Time Never, paru chez Scribner’s, tier. Et j’avais probablement raison. On y trouve non seulement
aujourd’hui ! » Roald Dahl s’éloigne toutes sortes de raisons liées à la n’inspirera pas plus les critiques Je ne suis pas un romancier. Écrire d’authentiques perles macabres
un instant puis revient à la charge : guerre ne se fera pas. que les lecteurs. Quant à son se- une nouvelle exige de vous de la maî- dignes du maître Edgar Poe
com« Laisse-moi te donner un conseil. Cette première frustration res- cond manuscrit, il ne verra jamais trise, de la tenue, de la concision. » me Coup de gigot, Venin ou
MadaSi tu décides d’écrire pour les gos- sentie de manière assez vive est le jour, le laissant amer et l’incitant C’est ce que n’ont cessé de penser me Bixby et le manteau du colonel,
ses, sache que tu dois y mettre tout bientôt compensée par le réseau de même, des années plus tard, à va- tous ceux qui font, dès le début des mais chez un certain nombre de
ton cœur, sinon ils ne te laisseront relations privilégiées que tisse loriser de façon peut-être excessive années 1950, un heureux sort aux leurs protagonistes les obsessions
pas une seconde chance. Crois-en Roald Dahl à New York et
mon expérience. » Washington où il opère comme
Fils d’immigrés norvégiens agent du contre-espionnage
briayant connu des sévices corpo- tannique. Il fréquente la résidence
rels dans un pensionnat du privée du président Roosevelt, ar-
Derbyshire, Roald Dahl avoua dent bibliophile et croise la route
plus tard avoir « souvent fait des d’Ernest Hemingway. On imagine
rêves de gloire » avant de connaî- qu’il n’a aucun mal à se faire
putre celle-ci comme auteur mon- blier dans la très select revue The
dialement connu de livres pour Atlantic Monthly. Car son plus
arenfants. Mais avant de consacrer dent désir est alors de se faire un
cet infatigable chercheur d’or en nom comme auteur de fiction. Si les
aventurier des lettres, son par- magazines américains les plus
côcours aura été semé de plaies et tés, comme le New Yorker, mais
de bosses. L’imposant «Quarto» également ceux qui paient le
qui lui est dédié avec ferveur par mieux, acceptent les nouvelles d’un
Julien Bisson montre à satiété la auteur qui consacre une énergie
fapalette d’un imaginaire à l’unité rouche à la mise au monde de
chaprofonde sous les dehors d’une cune d’elles, les éditeurs
montrediversité trompeuse. Laquelle ne ront moins d’enthousiasme pour la
fait que refléter la somme
d’expériences humaines d’un
personnage à la vitalité peu
ordinaire.
Roald Dahl, après avoir, à Un nouvelliste prolifique et licencieux
Françoise Dargent « le plus grand fornicateur de tous où une femme tue son mari avec l’hydrocéphalie dont souffrait son J’ai eu l’intuition fdargent@lefigaro.fr
les temps », et qui imagine récolter un cuissot congelé avant de servir enfant. L’instinct farouche du “très forte que c’était
la semence des puissants de la pla- en sauce l’arme du crime aux en- père et l’imagination sans bornes
mon métier. Et j’avais OALD DAHL ? Ce sont nète pour faire fortune. Écrivain, quêteurs venus l’interroger (cette du romancier illustrent l’alchimie
ses nouvelles qui en Roald Dahl ne recule devant rien : nouvelle sera la première à être qui pouvait opérer chez cet être probablement raison
parlent le mieux. le « name dropping » lubrique adaptée par Hitchcock dans sa sé- plus grave que ne le laissent sup-Roald dahl ” Nombreux sont ceux (tout le monde passe à la cassero- rie télévisée « Alfred Hitchcock poser certaines de ces nouvelles.Rqui glosent aujour- le, de Proust à Bernard Shaw en Presents »).
« Grammatisatrice »20 ans, goûté à la vie de rond-de- d’hui à propos de l’auteur britan- passant par D. H. Lawrence) ne le On retrouve aussi cette touche contes
cuir dans la City, prend son envol nique, adulé en son temps et dé- bride absolument pas. Le rythme dans deux nouvelles jusqu’alors C’est dans les années 1950 que sa de l’inattendu
et partage sous d’autres cieux les sormais rhabillé du suspicieux trépidant du roman et son incor- inédites en français, L’Auto- production romanesque s’accélè-De Roald Dahl,
plaisirs douteux des expatriés au costume de l’incorrect personna- rection assumée révèlent l’auteur stoppeur et Ah, doux mystère de la re. Elle semble loin l’époque où, Édition établie
service d’une grande entreprise. et présentée ge. Ne parlons plus mais lisons parfaitement libre qu’était cet vie. Toujours l’auteur fait preuve jeune aviateur de la RAF marqué
Une brochette de types humains par Julien Bisson, donc l’épais volume que consacre homme. Quant à l’Oncle Oswald, d’une imagination débordante, par la guerre, il racontait des
hisGallimard, « Quarto », saisis sans pitié est mise au congé- la collection « Quarto » à son il apparut pour la première fois rien ne l’arrête pour épingler les toires de pilotes anglais envoyés
1 568 p., 32 €.lateur de sa mémoire implacable œuvre destinée aux adultes. Une dans L’Invité, une nouvelle desti- travers des hommes qui peuvent loin de chez eux pour combattre
dont il n’extirpera pas seulement, pléiade de nouvelles publiées en- née à Playboy. Ceci explique cela. être malhonnêtes, jaloux, concu - l’ennemi, des nouvelles, on le
dédes années plus tard, le gigot dont tre 1944 et 1987, d’abord dans des piscents, tricheurs, et parfois tout couvre, souvent teintées de
méL’art de la chutese régaleront quelques flics dans magazines puis sous forme de re- à la fois. Dans William et Mary, une lancolie. Dahl a fini par se forger
la série Alfred Hitchcock présente. cueils, un roman, le très licen- Grivois, Roald Dahl l’est assuré- épouse pense ainsi être débarras- l’armure d’un nouvelliste rompu à
Roald prend de la hauteur à bord cieux Mon oncle Oswald, ainsi ment, en tout cas dans une part de sée de son mari, un triste sire, la tâche. Il y pense certainement
d’un Hurricane de la Royal Air qu’un ensemble de récits autobio- ses nouvelles qui s’adresse au ma- lorsqu’il meurt d’un cancer. Avant en écrivant La Grande
GrammatiForce pour « aller tuer des Alle- graphiques qui en disent long sur gazine mais aussi parce que le sexe de découvrir qu’un neurologue a satrice automatique, dans laquelle
mands ». Une grande aventure la vie mouvementée de l’auteur de lui permet de chahuter l’ordre prélevé au mourant son cerveau son héros, un écrivain en herbe,
commence, exaltante pour le jeu- Charlie et la chocolaterie, grinçant moral de ses contemporains, aris- qui, relié à son unique œil, lui per- met au point une gigantesque
mane homme épris d’émotions fortes roman pour les jeunes lecteurs. tocrates comme petits-bourgeois. met encore d’observer le monde chine à écrire des nouvelles. Ce
mais qui décidera aussi d’une vo- Aux adultes, il réserva d’autres Ainsi, dans Le Libraire, un ven- d’une cuvette remplie de formol. « Géo Trouvetout » les peaufine
cation d’écrivain. Un Roald Dahl fantaisies. D’autres gourmandises. deur de livres et sa secrétaire in- Et de se venger. L’art de manier le grâce à une table de
programmadécomplexé fera un jour le tri de Un chocolat dans lequel se cache ventent une tactique d’extorsion macabre à l’humour. tion permettant de combiner
pluses amours et de ses détestations une pilule à base de poudre de mé- de fonds ciblant des veuves éplo- On se souvient des cachets de sieurs paramètres dont l’intrigue,
en littérature, glorifiant Hemin- loé, un puissant aphrodisiaque, rées auxquelles ils font croire que l’Oncle Oswald mais bien d’autres les personnages, les lecteurs à qui
gway (« Il nous a enseigné à tous la telle est ainsi l’arme choisie par la leur défunt mari commandait des textes montrent le goût de l’auteur elles sont destinées mais aussi les
valeur de la phrase courte ») mais belle Yasmin pour corrompre un ouvrages érotiques. Un trafic bien pour les sciences et les inventions. magazines. Tout en critiquant le
répudiant Maupassant, jugé tota- scientifique et l’amener à faire don juteux jusqu’au jour où… La chute Un tropisme qui relève, dans sa monde de l’édition, Roald Dahl
lement surfait. de son sperme. Cette scène épique n’en est que plus savoureuse. Cet- vie d’homme, d’une nécessité. porte le coup fatal aux écrivains
Son expérience de pilote de et graveleuse est l’une de celles qui te chute qui nécessite un art Lui-même, lorsque son fils fut qui finissent par faire la fortune de
guerre que ses futurs lecteurs truffent son roman publié en 1979, consommé chez tout nouvelliste victime d’un accident de la route, l’inventeur.
découvriront dans les années Mon oncle Oswald. Un héros aven- atteint parfois des sommets chez conçut, avec un chirurgien pédia- Ainsi gagnent-ils de l’argent,
1980, Dahl les confie d’abord à turier, présenté par Dahl comme Dahl. Comme dans Coup de gigot, trique, une valve pour pallier tous ses héros sans scrupules mais
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1916 comme « élève pilote 1961 1990
de première classe ». Parution de JamesNaissance dans la banlieue Il décède le 23 novembre
et la grosse pêchede Cardiff. après avoir dit
aux États-Unis. à sa fille Ophelia :1945
« Je n’ai pas peur. 1939 Signe un contrat Maisvous allez tous
Annonce à sa mère 1964pour la parution beaucoup
qu’il vient de s’engager L'événementde son premier recueil Parution de Charlie me manquer. »
dans la Royal Air Force de nouvelles, À tire-d’aile. et la chocolaterie chez Knopf. Littéraire
Une personnalité controversée
trait dans le caractère juif qui pro- Par un communiqué publié dis- pièce commémorative pour célé-arnaud de la grange
Correspondant à Londres voque de l’animosité, peut-être une crètement sur le site officiel de la brer le centenaire de la naissance
sorte de manque de générosité en- Roald d ahl Story Company en dé- du romancier. Cette institution
indignation a des vers les non-juifs. Je veux dire qu’il cembre dernier, la famille dahl a avait alors estimé que dahl ne
ressorts très sub- y a toujours une raison pour laquelle présenté ses excuses « pour le pré- pouvait être « considéré comme un
jectifs, surtout des sentiments “anti quelque chose” judice durable et compréhensible auteur de la plus haute
réputaquand une joliesurgissent. » il enfonçait le clou en causé par certaines déclarations » tion ». des associations juives L’cassette de dollars ajoutant : « Même un salaud comme de l’écrivain. ils ajoutaient : « Ces avaient salué cette décision,
estiest en jeu. il est savoureux de voir Hitler ne s’en est pas pris à eux to- propos empreints de préjugés mant que le statut de grand auteur
netflix, engagé avec le prince talement sans raison… » contrastent fortement avec l’hom- pour la jeunesse de d ahl n’effaçait
Harry et Meghan - idole de la pla- Quelques années plus tard, d ahl me que nous avons connu et avec pas le fait qu’il était « raciste ».
nète woke -, frayer sans comple- confirmait ses sentiments dans un les valeurs au cœur de ses histoires, La polémique qui a frappé la
xes avec Roald dahl. L’écrivain article publié par The Independent. qui ont eu un impact positif sur des mère de Harry Potter, J.K.
Rowbritannique s’est pourtant trouvé « Je suis tout à fait anti-Israélien et générations de jeunes. » La com- ling, pour des propos jugés
dans le viseur des snipers de la je suis devenu antisémite de la munauté juive a déploré que cette « trans phobes », a contribué à
« cancel culture ». même façon qu’une personne juive contrition vienne bien tard et cu- mettre dahl sous les projecteurs
C’est avant tout pour des propos vivant dans un autre pays, comme rieusement au moment où netflix des censeurs. S’ils étaient tenus
aux relents antisémites que Roald l’Angleterre, soutiendrait le sionis- s’engageait dans la partie. aujourd’hui, ses commentaires
dahl a soulevé une polémique. me. » il déplorait que cela soit tou- En 2016, la Royal Mint, l’agence lui vaudraient d’être « annulé »
d ans un entretien avec le New Sta- jours la même vieille histoire, cel- qui frappe la monnaie britanni- sur-le-champ. Le débat a
tesman, à l’occasion de l’incursion le d’une omnipotence : « Il n’y a que, s’est montrée moins compré- d’ailleurs lieu dans la presse
briisraélienne au Liban de 1983, pas un éditeur non juif. Ils contrô- hensive que la plateforme de tannique, qui note qu’il n’a
jal’écrivain déclarait qu’il y a « un lent les médias. » streaming. Elle a renoncé à une mais été anobli par la reine. o n
rappelle aussi que l’écrivain était
une personnalité excentrique peu
portée sur le politiquement
correct. n’hésitant pas, au milieu de
ses œuvres pour la jeunesse, à
brouiller son image en écrivant
un roman érotisant, Mon oncle
Oswald, publié en 1979.
de celui qui agite ces cruelles
maCes propos rionnettes. Le monde de Roald
dahl est celui d’un tourmenté “empreints de préjugés
hanté par ses échecs, toujours en contrastent fortement
quête d’une réussite, qu’il atteint
avec l’homme que nous enfin au milieu des années 1960.
après s’être vu refuser plusieurs avons connu et avec
nouvelles par la direction du New les valeurs au cœur
Yorker dont il était devenu l’un
de ses histoiresdes plus prestigieux
collaborala famille Dahl teurs, il a fui l’a mérique. C’est au ”
calme de la campagne anglaise où
son épouse, l’actrice Patricia neal
et lui s’établissent qu’il va puiser dahl est aussi suspecté de
ral’inspiration d’une fiction desti- cisme et de misogynie. il y a
née au jeune public. Charlie et la quelques années, la BBC a publié
chocolaterie connaît dès sa sortie un article intitulé « La face
somen 1964 un succès foudroyant. bre de Roald d ahl », estimant que
L’écrivain au parcours tortueux a James et la grosse pêche était
imrepris goût aux contes nordiques prégné de racisme, rappelant que
dont sa mère lui faisait la lecture les o ompa-Loompas de Charlie et
dans son enfance. il a trouvé la la chocolaterie étaient décrits
recette d’une potion littéraire comme des Pygmées et que les
magique en connivence avec un personnages féminins de ces
petit monde dont notre auteur œuvres étaient souvent soumis
partage depuis toujours les bon- ou diaboliques…
heurs secrets, les hantises et les À l’aune de la mansuétude dont
frustrations. ■ bénéficie Roald dahl de la part de
netflix, certains commentateurs
se demandent si l’antisémitisme
n’est pas considéré comme un
racisme moins « offensant » que
d’autres. dans un article publié
par The Critic en décembre der-Un nouvelliste prolifique et licencieux
nier, l’historien et journaliste
alexander Larman s’interrogeait
non sans idées. En inventant mais sur ce que serait « la réputation
aussi en pariant, autre terrain de posthume de Dahl s’il avait été
jeu favori de l’écrivain, qui y puise “anti-Noirs” ». Selon lui, il ne faut
de nombreuses intrigues et nourrit ni l’annuler ni l’aduler. Mais
pluson goût pour l’absurde. En pa- tôt le considérer « comme nombre
riant, tout peut basculer d’un côté de ses personnages, un homme naïf
ou de l’autre. tout homme peut et inadapté au réel, qui n’a jamais
pousser ses limites jusqu’au cou- vraiment quitté son royaume de
peret final. Une nouvelle échappe l’imaginaire ». ■
peut-être à la règle, une nouvelle
aux accents qui ne sont pas sans
rappeler L’Homme qui voulut être
roi, de Kipling. dans La
Merveilleuse Histoire de Henry Sugar, Une manne pour Netflix
l’auteur métamorphose un
homme cupide en bienfaiteur de
l’hualice develeymanité par la grâce d’une conver- gagné son ticket d’or ! Le 22 sep- succès de Roald d ahl, dont Charlie et netflix travaille avec Sony et
Woradeveley@lefigaro.frsion au yoga. Et ce n’est pas un tembre dernier, la plateforme amé- le grand ascenseur de verre, Le Bon king title sur une adaptation de Cette
hasard si les destinataires de la ricaine de streaming a annoncé le gros Géant, Les Deux Gredins, Matilda the Musical.«
acquisition bonté d’Henry Sugar sont les en- o Ut ES les 2,6 secondes, rachat de la compagnie gérant les L’énorme Crocodile et La Potion ma- À quoi faut-il s’attendre alors
fants. Jamais loin des pensées de un livre de Roald dahl droits du génie de la littérature jeu- gique de Georges Bouillon ! que le très sourcilleux Roald dahl, s’appuie sur le
l’auteur. est vendu dans le mon- nesse. « Cette acquisition s’appuie avait désavoué Charlie et la choco-partenariat La plateforme voit loinCette imagination débordante, de. Un exploit, d’autant sur le partenariat que nous avons laterie de Mel Stuart et dénigré
que nous cet humour permanent, cette fa- t que l’auteur est mort… commencé il y a trois ans pour créer o n s’en doute, en déboursant une l’adaptation de Sacrées Sorcières de
culté à pointer la fatuité chez les depuis plus de trente ans. ainsi, une gamme de séries télévisées d’ani- telle somme, la plateforme a prévu nicolas Roeg ? « Nous nous enga-avons
adultes ne se révéleront pas étran- avec plus de 300 millions de livres mation », ont indiqué dans un arti- de sortir les grands moyens. d e fait, geons à maintenir l’esprit unique et commencé il y
gers au succès de Roald dahl en écoulés, traduits en 63 langues, cle de blog t ed Sarandos, directeur netflix sur l’épaule de ce géant les thèmes universels de surprise et
a trois ans littérature jeunesse. dans ses ro- l’auteur n’a peut-être jamais été général de netflix, et Luke Kelly, Roald dahl voit encore plus loin de gentillesse des contes de Roald
mans pour la jeunesse, les enfants aussi vivant ! t out lecteur, aujour- petit-fils de l’auteur et directeur de avec « des projets d’édition, de jeux, Dahl, tout en saupoudrant une nou-pour créer
ont le beau rôle, petits guerriers en d’hui, qu’il ait découvert Matilda la compagnie Roald d ahl Story. de théâtre, des expériences immersi- velle magie dans ce mélange », ex-une gamme
butte à l’adversité et aux aléas de sous les pinceaux de Quentin Blake, En ce faisant, netflix étend un peu ves et des produits dérivés ». pliquent t ed Sarandos et Luke
Kelde séries la vie. Comme il le fut lui-même, Willy Wonka derrière la caméra de plus son empire – déjà gros Pour l’heure, le réalisateur néo- ly. Et ce, comme un écho à la
kid anglo-norvégien dans l’a ngle- t im Burton, Le Bon Gros Géant chez de 209 millions d’abonnements zélandais taika Waititi, lauréat phrase de l’auteur dans Les Minus-télévisées
terre de l’entre-deux-guerres, or- Spielberg ou Sacrées Sorcières en payants dans plus de 190 pays. Mais d’un o scar pour Jojo Rabbit, écrit cules : « Et, surtout, ayez les yeux d’animation
phelin de père. o n peut lire ses ré- » bande dessinée illustrée par Péné- cet achat ne s’est pas fait sans un une série d’animation Charlie et la ouverts sur le monde entier, car les
Te D Saran D S, cits autobiographiques en fin de lope Bagieu, a une histoire avec le certain coût. d’après la presse an- chocolaterie et prépare une minisé- plus grands secrets se trouvent
touD Teur généralvolume. il s’y raconte sans fard et monde merveilleux du Britanni- glophone, la plateforme aurait dé- rie animée sur les o ompas-Loom- jours aux endroits les plus inatten-De Tflix e T
sans jamais se départir de ce déta- que. d e fait, en acquérant les droits boursé 1 milliard de dollars rien que pas, ces lilliputiens que l’on retrou- dus. Ceux qui ne croient pas à la ma-uke elly, pe T T-fil S
chement très british. ■ De roal D D des œuvres de Roald d ahl, netflix a pour adapter en séries animées seize ve chez Willy Wonka. de plus, gie ne les connaîtront jamais. » ■
(c) TopFo To / Roge R-Violle T, gR angeR nYc/©gR angeR/BRidgeman images, © gloBe/Zu(map Ress/ leemage
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jeudi 14 octobre 2021 le figaro
4 En toutes de Michel Tournier (photo), de son art ac- Les finalistes des prix Hennessy
compli de conteur et de ses sources litté- Le prix Hennessy du journalisme littéraire se confidences
raires d’inspiration. Ainsi, dans la premiè- jouera le 24 novembre entre Virginie Bloch-Lainé
re, « Le Métier d’écrivain », présentée (Libération), Jérôme Dupuis (free-lance), Sophie
Michel Tournier inédit devant les élèves du lycée Montaigne, il Joubert (L’Humanité) et Marine Landrot ( Télé -
Le 4 novembre, la collection « Arcades » (Galli- évoque avec force anecdotes Vendredi rama). Le prix Hennessy du livre, entre Régis
mard), présentera plusieurs conférences inédi- ou les Limbes du Pacifique, La Goutte Jauffret (Le Dernier Bain de Gustave Flaubert,
tes de l’auteur du Roi des aulnes, disparu en 2016. d’or, tout en répondant aux questions du Seuil), Mohamed Bougar Sarr (La Plus Secrète
Sept interventions publiques réunies sous le titre public. Sa formation, il l’évoque avec hu- Mémoire des hommes, Philippe Rey), Irène Critique Contrebandier de la philosophie, données entre 1994 mour dans « Contes et philosophie », Vallejo (L’Infini dans un roseau, Belles Lettres) et
et 2004. Elles offrent un aperçu du parcours d’écrivain avouant : « Je suis essentiellement lent. » Cécile Vargaftig (En URSS avec Gide, Arthaud). Littéraire
Des voix brisées
Raphaël haroche
Un volume d’histoires tragiques,
cocasses, tendres, signées par
un auteur au mieux de sa forme.
bruno corty
bcorty@lefigaro.fr
propos de son
premier recueil de
nouLe deuxième livre velles, Retourner à la
du chanteur Raphaëlmer, paru la même
anest un voyageÀ née que l’album
Anticyclone (2017), raphaël Haroche en douze étapes.
Séba Stien SOR ianO/nous confiait : « Au départ, il me
Le Figa ROfaut une image, la sensation d’une
peur. » Dans Une éclipse, qui paraît
quelques semaines après
l’envoûtant album Haute fidélité, la peur
est omniprésente. peur pour le
narrateur de la première nouvelle
une éclipsede perdre la femme aimée, Claire ;
De Raphaël Haroche,un joli prénom qui revient à
pluGallimard,
sieurs reprises dans le recueil. peur jour après jour la partie pour cette la pologne et ce qu’il y construisit, amoureux d’elle. Elle le reçoit en semble prendre plaisir à dresser 191 p., 18 €.
pour un homme de se souvenir femme malade. Elle doit vider la situation dégénère… peignoir. Lasse et aguicheuse à la sur sa route.
d’une croisière en Égypte avec ses l’appartement pour le prochain lo- fois. Et lui reproche de ne jamais Coda à ce recueil, tout aussi
Face à ses lecteursparents. pour une fête costumée, sa cataire. Le voisin lourdaud donne l’avoir fait danser. La scène qui maîtrisé que le précédent mais
mère l’avait habillé en fille et tous un coup de main en espérant une Il y a souvent un personnage bi- suit est de toute beauté. r aphaël beaucoup plus sombre, ce compte
les adultes le dévoraient des yeux. récompense en nature. Un autre, zarre, inquiétant ou grotesque parle bien de l’amour qui s’use, rendu de la discussion entre les
surtout le grand type qu’on appe- fasciné par ses yeux, lui propose de dans ces histoires. Dans Une reli- qu’on voudrait retenir mais qui patients d’un hôpital de jour et
lait « le professeur », qui l’avait tourner dans un film. Le rôle ? Une que, c’est le copain du narrateur, s’échappe. Dans Signe particulier, l’écrivain. o ù tout ce qui a été écrit
emmené dans sa cabine (Aida). survivante des camps ! (Le Monde à un soi-disant bricoleur mais sur- le narrateur a rendez-vous avec précédemment est disséqué, remis
peur des jeunes à moto qui hurlent venir). C’est le thème de la nouvelle tout fainéant, qui tient le rôle. Au une inconnue dans un restaurant. en cause. r aphaël face à ses
lecautour de la maison isolée où vi- Terrain à bâtir. En Amérique du grand dam d’une certaine Claire, Cette Irène, sublime, a juste oublié teurs. o u ses démons ? Est-il
l’envent deux hommes, anciens mili- sud, le narrateur voyage avec un qui ne peut plus le voir en peintu- de lui dire qu’elle n’avait qu’un fant abusé de la nouvelle ?
pourtaires. « On va tous vous cramer, on ami de son grand-père qui ron- re. La troisième Claire apparaît bras, l’autre étant remplacé par quoi utilise-t-il des proches pour
va faire un feu dans la maison des chonne sans arrêt. Cataracte, pros- dans Bowie. Elle convoque son ex une prothèse. La conversation est, les caricaturer ? Jeux avec le je.
Efpédés », entendent-ils avant de tate, tout se dérègle. Cet architecte pour qu’il vienne dire adieu à leur dès lors, peu naturelle, et, obsédé fets de miroir. C’est léger et
pros’emparer de leurs armes (Les Pa- renommé est nostalgique de la chien, Bowie, qu’elle va faire par le faux bras, l’homme tombe fond à la fois. Ambiguïté de
l’artistriciens). peur de la mort qui gagne suisse allemande. Quand il évoque piquer. Le narrateur est toujours dans tous les panneaux qu’elle te aux multiples talents. ■
Un hidalgo en Jaguarla vraie vie
de atrick
G Frédéric Martinez La quête d’un Don Quichotte contemporain assoiffé de beauté et de panache.De Frédéric Martinez,
Belles Lettres,
lièrement de personnalité. » En réali- cule, mais ne lui donnent pas la clé chercher ce « quelque chose perdu », un caméléon au flegme imperturba-295 p., 19 €. Astrid de L A A
adelarminat@lefigaro.fr té, il va et vient entre son canapé et pour sortir de l’impasse. Il n’a plus cette « chose cachée » dont notre ble. Ensemble, ils vivront des scènes
sa table de travail, épris d’une jolie foi dans les pouvoirs hiérophani- héros pressent qu’elle attend quel- d’anthologie, d’une beauté comique
MAGINEZ un Don Quichotte garce qui le malmène, gagnant peti- ques de la littérature, mais ne par- que part de se révéler à lui. Dans le extraordinaire. Au fil des
kilomècontemporain qui rêve non tement sa vie comme auteur de gui- vient pas à s’en désintoxiquer et à même temps, tandis qu’il vit enfin tres, au milieu de paysages
fantastipoint de voler au secours de la des régionaux, car notre amateur vivre, simplement. l’amour fou avec une jeune fille qui ques, le versant mystique de la
quêveuve et de l’orphelin, mais d’horizons lointains n’aime rien pourrait être une sœur de la Nadja te du héros se précise. À bout de
Alter ego parodiqueId’être un écrivain baroudeur tant que les vieilles provinces, les de Breton, il est abordé par un vieil forces, il « engueule le ciel », « braille
qui vit de grandes amours romanti- petites villes doucement assoupies Le premier tiers du récit, cinémato- écrivain désabusé qui le prend en à la face de Dieu ». Il envie les
ques en cavalant à travers les espa- dans les plis du paysage, Barbe- graphique en diable, avec un en- otage et l’emmène manu militari surfeurs qui se hissent vers le ciel
ces sauvages. Notre homme, patrick zieux, Collonges-la-rouge, souvi- châssement de mises en abyme qui dans la Creuse sur le plateau de tel des « archanges désinvoltes »,
rodriguez, quadragénaire, habite gny - de la mesure avant tout chose. mêle le réel et l’irréel, raconte par Millevaches. s’émeut de la fidélité d’une vieille
un deux-pièces à paris. Il a lu tous Ces guides écrits avec style lui va- quels concours de circonstances no- C’est de là que notre Don Qui- dame qui espère depuis des lustres le
les livres et vu tous les films. Ah, la lent une certaine réputation littérai- tre héros narrateur s’arrachera au chotte mâtiné de r imbaud embar- retour de son époux marin – «
peutnonchalance virile des grands ac- re, pourtant son rêve d’être un dédale des rues parisiennes où ses quera sur son bateau ivre, en l’oc- être que c’était ça, Dieu, ce qu’on
apteurs de l’âge d’or de Hollywood ! grand écrivain est loin d’être ac- pensées s’entortillent. son éditeur, currence une Jaguar bleu nuit, pelle Dieu, cette force d’amour
infiDepuis qu’il est enfant, il veut être compli. « J’ai une âme d’aventurier personnage flamboyant, sorte de modèle XJ super V8, sièges en cuir nie, inlassable ». patrick r odriguez,
r obert Mitchum, Humphrey Bogart dans un corps de comptable. » son producteur hollywoodien qui se crème, dont on ne révélera pas somptueux alter ego parodique de
et Gary Cooper, Malraux et Hemin- humour de désespéré et l’élégance serait parachuté à saint-Germain- comment elle lui est échue, avec en l’auteur, attend que quelque chose
gway, ou rien : « Je manquais singu- de son mal-être le sauvent du ridi- des-prés, le presse de partir au loin guise d’écuyer sur le siège passager ou quelqu’un se manifeste à lui. ■
Faut-il qu’il m’en souvienne…e Garçon
de mon père
D’Emmanuelle Emmanuelle lambert Le portrait tendre et tremblé d’un père, saisi aux dernières heures de sa vie.Lambert,
Stock,
178 p., 18,50 €. hierry c L vie qui est une maladie dangereu- programmeur informatique pre- défilent, depuis le HLM puis le pa- beau, Hugo, Isaac Asimov. Au
détclermont@lefigaro.fr se. » par petites touches successi- nant l’ascenseur social. Un « prodi- villon de banlieue, la mère, sa tour d’un chapitre, une photo fait
ves, éclatées, comme projetées sur ge d’intelligence brute et agitée », sœur, la grand-mère maternelle son retour dans le présent, d’où
OUT bas, Magali un papier-calque, ou révélées désormais, confie Emmanuelle Betty, qui vit à Avignon, descen- jaillit « la beauté des corps jeunes, la
m’a appelée, elle ne comme on dit en photographie, Lambert, « disséminé dans ma mé- dante de juifs espagnols convertis, chair glorieuse, le temps qui vien-« savait pas, elle l’auteur de Giono, furioso, revisite moire, ma chair et mon langage ». et d’autres « rejetons de filiations dra. » C’était ce qu’on a appelé les
croyait que. Je me sa mémoire, où le chevet du père En déroulant la ronde des souve- tristes et brisées. » « années Tapie », avec leurs char-Tsuis penchée vers invite à la remontée des souvenirs, nirs, en explorant l’archéologie fa- rettes de laissés-pour-compte,
Un kaddish laïquelui, son souffle s’est éteint. Je lui ai perdus dans l’embu du monde de miliale, l’auteur de La Désertion, « leur course compétitive à la
réuscaressé la tête, déposé un baiser sur l’enfance et de la jeunesse. sans tomber dans les pièges gros- reviennent les instantanés d’un site, au confort, leur survalorisation
le front, et à l’oreille, je lui ai dit, ça r etrouver « la vigueur du pré- siers de l’autofiction, nous offre un réveillon de Noël, d’une randon- de la séduction et de la performance
va aller, papa. » Au terme d’une sent », en présence d’un mourant livre qui tient à la fois du récit et du née, d’une fête foraine. L’écho de sociale, sexuelle. »
agonie rythmée sur cinq journées qui se sait condamné, et où se mê- roman, voire de l’essai sociologi- rengaines d’hier chantées par Da- Ce kaddish laïque – osons
l’exde visites, Emmanuelle Lambert, lent cathéters, potences à sérum, que, tout en retenue. En multi- lida, Gérard Lenormand, Joe Das- pression – s’achève sur la mélodie
accompagnée de sa sœur cadette plateau-repas, toilette, râles, in- pliant les allers-retours entre la sin, avec, en fond d’écran, la série de schubert, An die Musik, qui
Magali, fait ses adieux à son père, terventions de l’infirmière, propos chambre de l’hôpital Bégin et le Dallas et Gym Tonic (le dimanche semble résonner par-delà ces
paépuisé par la maladie sur son lit du docteur K. alors que les « fantô- passé recomposé, elle nous livre le matin). sans oublier l’initiation à la ges à la haute sensibilité, comme
d’hôpital. mes douloureux du passé » guet- film d’une vie découpée en saynè- littérature par son père, avec la on dit haute fréquence, et qui vous
Ni requiem, ni thrène, Le Garçon tent, ou tendent la main. tes, émaillée d’anecdotes, enrichie convocation, de Jean Genet (dont laissent en partie bouche bée.
de mon père, dessine le portrait in- Le père : un grand gaillard qui de révélations familiales inavoua- Emmanuelle Lambert est spécialis- « Quand m’étreignait le poids de la
timiste de celui qui disait : « C’est la s’est fait à la force du poignet, un bles, avec ses scènes majeures. Y te), Apollinaire et son pont Mira- vie », dit le lied. ■
A
Jean-Christophe M arMara/Le Figaro
ermont
rmin
uez rodrile figaro jeudi 14 octobre 2021
5André Suarès et la mer Coetzee et la fin de Jésus Franck Bouysse intimechez Métailié. D’une part, un
Bestiaire illustré, avec L’Histoire Auteur injustement oublié, An- Lauréat du Nobel en 2003, le L’auteur de Buveurs de vent et ÇÀ d’une mouette et du chat qui lui dré Suarès réapparaît de temps Sud-Africain J. M. Coetzee vient de Né d’aucune femme publie
apprit à voler et L’Histoire d’un à autre avec quelques réédi- d’achever sa trilogie romanesque aujourd’hui Fenêtre sur terre
chien mapuche. D’autre part, Ra- tions. Cette fois-ci, Gallimard dite « de Jésus », entamée en (Phébus), un récit intime dans &LÀ
conter c’est résister, qui regrou- proposera une anthologie de ses 2013. Dans ce troisième volet, on lequel il raconte au moyen de
pe son best-seller Le Vieux qui textes liés à la mer ; en premier retrouve David, gamin exception- poèmes, de fragments de prose
Hommage à Sepulveda lisait des romans d’amour (1992), lieu, celle qui borde la Bretagne, nel, désormais âgé de 10 ans, ob- poétique et de photos sa Corrèze
Un an et demi après sa dispa - Le Monde du bout du monde, qui lui avait inspiré le superbe sédé par Don Quichotte et ses natale, territoire de son inspira- Critiquerition, Luis Sepulveda se verra Le Neveu d’Amérique et L’Ombre Livre de l’émeraude . Ports et ri- parents adoptifs. La Mort de Jé- tion. Une « géographie
précieuhonoré par deux coffrets publiés de ce que nous avons été. vages paraîtra le 11 novembre. sus sortira le 4 novembre (Seuil). se » et émouvante. Littéraire
et aNoir Brésil Baricco et le monde
Sous le titre Le Nouveau Barnum, milton hatOum Récit d’une éducation
l’écrivain italien a réuni « pour
le meilleur et pour le pire » des sentimentale et politique dans les années 1970.
articles publiés en Italie entre 1990
et 2016. Dans sa préface, l’auteur
de Châteaux de la colère et de
sébastien lapaque les universitaires du pays et Soie précise : « J’ai mis de côté les
slapaque@lefigaro.fr oblitéré le progrès que procure plus moches, ratés ou ennuyeux -
l’éducation en pourchassant les car il y en avait, bien sûr. » Ce
EST le récit enseignants et les étudiants dans Barnum, c’est le monde tel que
éducation senti- les disciplines jugées gauchistes : l’écrivain le voit et le vit au jour le
mentale, politi- lettres, philosophie, sociologie, jour, avec une curiosité sans limite.
que et artistique sciences politiques. À l’UnB, Tout l’intéresse. La politique, le C’dans le Brésil l’université de Brasilia fondée en sport, la littérature, la musique, les
des années 1960 et 1970 que pro- 1962 par l’anthropologue Darcy lieux qu’il visite. Il faut piocher au
pose Milton Hatoum avec La Nuit Ribeiro, un spécialiste des In- hasard dans de gros volume. On y
de l’attente, premier volet d’une diens d’Amazonie, Martim a trouve toujours son bonheur. 16 et
suite romanesque intitulée Le connu cette traque aux lettrés, 18 juin 1998 : Baricco chronique le
Lieu le plus sombre dont le lec- aux érudits et aux amoureux de triomphe en deux temps du plus
teur espère qu’elle le conduira roman, de poésie et de théâtre grand basketteur de tous les
jusqu’à nos jours, dans un pays avec ses amis Nord — dont la temps, Michael Jordan, « Mister la nuit
de l’attente dévasté par l’alternance morti- personnalité évoque celle de Air ». Vient un compte rendu de
De Milton Hatoum, fère des « bolivaristes » et des Milton Hatoum —, Vana, Fabius Soumission. Puis l’écrivain salue la
traduit du portugais « bolsonaristes ». et Dinah. mémoire d’Umberto Eco. Il a le
(Brésil) par À la première page du livre, sens de la formule. « Je simplifie :
Michel Riaudel, datée de décembre 1977 à Paris, c’était le plus grand. » À la mort
Actes Sud, Dans le silence un exilé s’exprime à la première de Jean-Paul II : « C’était l’heure
256 p., 22 €. “personne du singulier. Comme du pape. » Commentaire sur les de la capitale,
tant d’intellectuels, d’artistes et causes du 11 Septembre : « Je ne des visages
d’étudiants, Martim a trouvé re- sais pas. » C’est décalé, drôle,
invisibles épient, fuge en France après avoir fui la pertinent, intelligent. Prenez votre
« folie du Brésil et de l’Amérique billet pour le Barnum de Baricco. et puis dénoncent,
latine » et Brasília, la « capitale de Vous ne serez pas déçus ! accusent,
la grande caserne ». Depuis le bruno corty
calomnient…coup d’État anticommuniste de
1964, le Brésil est en effet gouver- ”
né par des militaires à la mine de L’atmosphère
utopique/dystobouledogue : le maréchal Castelo pique de Brasilia et les jours
Milton Hatoum plonge le lecteur dans l’atmosphère utopique/dystopiqueBranco, le maréchal Costa e Silva, d’émeute de l’hiver austral 1968,
de Brasilia, en 1968. Lou Avers/©DPA/Bri DgemAn im Agesle général Médici… La tradition de quand ça bardait sur tous les
trahison chez les maréchaux du campus du monde, sont
admiraBrésil n’étant pas moins vive que blement restitués dans La Nuit de professeur de français, Martim a dresse, la littérature et la bagarre
chez les maréchaux de France l’attente. « Dans le silence de la quitté sa ville natale de São Paulo avec ses amis du lycée puis de
(Bernadotte, Bazaine, Pétain), les capitale, des visages invisibles et le quartier résidentiel de Parai- l’université où il étudie
l’archipremiers chefs de la junte instal- épient, et puis dénoncent, accu- so en janvier 1968 après la sépa- tecture et améliore son français
lée au pouvoir à Brasilia avec sent, calomnient… » Mais pour ration de ses parents. Un tête-à- en lisant Flaubert, Rimbaud et
l’aide de la CIA ont hargneuse- Martim, le narrateur, la nuit qui tête mutique avec son père dans Apollinaire. « Le bonheur au
ment piétiné la devise comtienne donne son titre au roman n’est un édifice de l’aile nord de Brasi- compte-gouttes, lui écrira son
Ordem e progresso inscrite sur le pas tant celle de la démocratie lia, la ville géométrique organisée ami Nord depuis São Paulo, quel- le nouveau barnum
drapeau national en 1889. que celle de l’amour maternel. en « superquadras », le condamne ques années plus tard. Une rose si D’Alessandro Baricco, traduit
Ils ont fait régner l’ordre à Né d’un père ingénieur positi- à un exil intérieur dont seuls vont rare dans ce désert. » Un roman de l’italien par Vincent Raynaud,
coups de matraque dans les vil- viste et d’une mère rêveuse et le tirer l’amour, l’amitié, la ten- mélancolique et déchirant. ■ Gallimard, 468 p., 24 €.
AFFAIRES ÉTRANGÈRES
par éric neuhoff eneuhoff@lefigaro.fr
SIDÉRATIONSSalinger vu par Charyn
RichardPowersseral’invitéde
ette odeur. Il ne s’en remettra ja- recommandable lui sert du Château Lafitte. Les LaGrandeLibrairie
mais. Cela sentait la pourriture, le pages ont soudain un parfum à la Modiano.
sang, la chair brûlée. À la fin de la le27octobresurFrance5 Jerome Charyn redonne vie à Salinger, qui
guerre, J. D. Salinger durant toutes les hostilités trim-Cdécouvre l’horreur balla dans sa sacoche le début “Sidérations est à nos yeux un
chefdes camps de concentration en d’un roman sur Holden
d’œuvre. L’auteur poursuit sonAllemagne. Cette vision lui col- Caulfield. Il n’est plus le même.
lera à la peau. Avant, il y avait ce Sa sœur, la douce, l’adorable combat écologique dans un récit
jeune homme amoureux d’Oona Doris, s’en rend compte. Elle
O’Neill, la fille du célèbre dra- romanesque, qui relie avec maestrial’emmène chez Bloomingdale’s.
maturge. C’était en 1942. Ils al- Il ne retournera pas au Stork l’intime au cosmos – rien que ça.
laient au Stork Club, s’instal- Club. Il rêve d’autre chose, se
laient à la table du chroniqueur Inoubliable.”souvient de leur père qui leur
MarieChaudey, LA VIEWalter Winchell. Hemingway racontait l’histoire du
poissondînait à côté d’eux. Puis ce fut la banane. Comment se trans-
guerre. Oona épousa Charlie forme-t-on en écrivain génial ? “Sidérationsestunromancomplexe,
Chaplin. Sous l’uniforme, Salin- Quel miracle vous permet d’être qui va bien au-delà d’une réflexionger se prépare au débarquement, l’auteur de L’Attrape-cœurs ?
débarque pour de bon en Nor- Charyn apporte des bribes de sur les effets pervers de la science,
mandie, participe à la bataille réponses, évoque une
barsur la morale du progrès. II s’agitdes Ardennes. Un cauchemar. Le mitsva, décrit ce garçon qui se Son écrivain
soldat du contre-espionnage a « cherchait et qui en quelques an- aussi d’un roman sur les relationspréféré désormais un pays : la trouille. nées avait appris ce qu’étaient la
« Il se sentait en fer-blanc. » Les familiales,surlerapportpère-fils,surétait devenu tragédie et la trahison des
femhostilités se terminent. Il préfère mes. Il lui fallut toute une vie une sorte la façon de vivre un deuil
insurmonrester là-bas, dans un hôpital pour avaler ça. Peut-être que de Falstaff,psychiatrique où travaille Sylvia, table,etd’unromansurlemondedecela expliquait son silence futur.
l’infirmière qu’il épousera et que une caricature Voilà sans doute la raison de son demain.”ses parents surnommeront « la retrait. En prime, la résolution de lui-même ChristopheMercier,»fille de Dracula ». d’un mystère. Ils sont nom- LEFIGAROLITTÉRAIREMaintenant, sa joue est affectée breux, ceux qui se demandaient
d’un drôle de tremblement. Son regard se ce que signifiaient les initiales J. D. Charyn
perd dans on ne sait quels lointains. Il a connu “Un émouvant roman écologiste etcontourne le problème : dans le livre, tout le
la boue, les corps en lambeaux, les nuits sans monde surnomme le héros Sonny. Ouf. humaniste.”
sommeil. À Paris, il est cet Américain qui
disChristineFerniot, TÉLÉRAMAtribue des barres de chocolat Hershey.
Hemingway, il l’a revu au Ritz. Son écrivain
préféré était devenu une sorte de Falstaff, une le sergent salinger
caricature de lui-même. Au Sphinx, le bordel De Jerome Charyn, traduit de l’américain
du boulevard Edgar-Quinet, un baron peu par Isabelle D. Philippe, Baker Street, 332 p., 21 €.
A
ussiv
jeudi 14 octobre 2021 le figaro
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Proust, un centenaire qui s’annonce bienon en
À la veille des célébrations du ques jours plus tard par Proust de Céleste Albaret. À signaler amie Anna de Noailles chez « Ri-parle ercentenaire de la disparition de amoureux de Patrick Mimouni également la réédition de l’excel- vages poche ». Enfin, le 1
déProust, de nombreuses publi - (Grasset). Précédemment, Michel lent essai d’Élisabeth de Gramont, cembre, L’Herne exhumera Les
cations lui rendent hommage. Erman a fait paraître Marcel Marcel Proust (1948), chez Bartil- Amis de Marcel Proust de Geor-Avec quelques mois d’ A A
Son biographe de référence, Proust, la vie, le temps, et Laure lat, le 4 novembre, ainsi que la pa- ges Cattaui (publié en 1956). Et le sur 2022, de nombreuses
Ations et rééditions Jean-Yves Tadié, publiera Proust Hillerin s’est penchée sur la vie de rution, il y a quelques semaines, 12 janvier, Grasset publiera Le
de proust commencent à sortir Histoire et la société chez Gallimard le sa gouvernante Céleste, chez de la passionnante correspon- Grand Monde de Proust, de
Maen libr Airie. petit tour d’horizon.
12 novembre, volume suivi quel- Flammarion, avec À la recherche dance croisée de Proust avec son thilde Brézet. T. C.Littéraire
France-Algérie,
l’incompréhension
e ss ais La colonisation, l’OAS, les barbouzes : trois ouvrages éclairants
eLe général Henry Martin, commandant du 19 corps en Algérie (1944-1946, troisième en partant de la droite) assiste à la cérémonie officielle de reddition des tribus, à la plage des Falaises, près de Kherrata, le 22 mai 1945.
Ombres et lumières d’une longue histoire
paul françois paoli d’un projet prédateur ! Ce serait si nation de masse qui va booster la villes et les Arabo-Berbères très l’œuvre française de ce pays. » Les
simple ! Ce que voulait la France ré- démographie. « Très légitimement, majoritaires dans les campagnes. oulémas proches du Cheik Ben Badis
algérie 1914-1962N finira-t-on jamais avec publicaine, c’était, bien sûr, la colonisation peut s’enorgueillir Il n’y a jamais eu d’apartheid en lui répondirent dans le journal
elDe Jacques la guerre d’Algérie ? Il y a s’agrandir, mais c’était aussi appor- d’une œuvre sanitaire remarquable, Algérie mais jamais d’authentique Chihâb : « Notre communauté a sa
Frémeaux,
quelques raisons d’en ter le bien-être à des masses dému- passée par l’assainissement des ma- mixité non plus car les mariages culture, ses habitudes et ses mœurs, Éditions du Rocher,
douter quand on voit à nies de tout. « Quant à la question rais et la lutte contre le paludisme, la étaient impensables entre musul- bonnes ou mauvaises (…) Elle ne sau-305 p., 20,90 €.Equel point tout ce qui tou- des écoles, avons-nous fait ce que fin des grandes épidémies et notam- mans et Européens, malgré les sen- rait être la France. Elle ne veut pas
che aux relations avec ce pays reste nous devions ? Avons-nous fait ce que ment de la peste, vaincue grâce aux timents de fraternité qui ont pu lier devenir la France. Elle ne pourrait pas
ultrasensible. Et si nous étions capa- nous pouvions ? Je réponds hardi- contrôles sanitaires établis dans tous tant de musulmans à tant d’Euro- devenir la France, même si elle le
voubles, une fois pour toutes, de pren- ment : non ! Non nous n’avons pas fait les ports de la Méditerranée en 1931, péens. N’en déplaise à ces notables, lait. Elle est même une nation très
dre nos distances avec cette histoire ce que nous devions ; nous n’avons ainsi que le choléra, et la variole qui comme le pharmacien de Sétif, éloignée de la France, par sa langue et
terrible qui ne cesse de fermenter pas fait ce que nous pouvions », dé- combattue par la vaccination. » Ces Ferhat Abbas, voulaient s’acculturer ses mœurs, sa race et sa religion et
depuis tant d’années ? Parce qu’il ne clare Jules Ferry en 1891. progrès n’enlevant rien à l’iniquité à la France sans cesser d’être musul- elle ne veut pas s’y intégrer. » Dix ans
cède jamais à la polémique ni à Est-ce là le langage de la domina- initiale de la situation coloniale qui man. « Si j’avais découvert la nation avant les émeutes de Sétif, la messe
l’outrance, le nouveau livre de Jac- tion ? Non, et c’est cela qui compli- fait des musulmans des éternels mi- algérienne, je serais nationaliste, était dite et toutes les initiatives,
noques Frémeaux, Algérie 1914-1962, que l’affaire algérienne. C’est que ce neurs alors que leur population écrit-il en 1936. Et cependant je ne tamment celles, remarquables,
mipeut nous y aider. pays a été le tombeau de mille bon- s’accroît. Frémeaux insiste sur mourrai pas pour la patrie algérienne ses en œuvre par le plan de
ConstanAuteur d’une vingtaine d’ouvra- nes volontés. Frémeaux montre, l’ignorance mutuelle des deux com- car cette patrie n’existe pas… Nous tine pour remettre l’Algérie au
ges ayant trait à l’histoire de ce pays, chiffres à l’appui, le bond en avant munautés qui vivent parfois côte à avons écarté une fois pour toutes les niveau, allaient se heurter à un
imnotamment à sa conquête et à Abd qu’a connu l’Algérie sur un plan sa- côte mais jamais ensemble. Les nuées et les chimères pour lier défini- placable antagonisme identitaire.
el-Kader, Frémeaux est doté d’une nitaire avec notamment une vacci- Européens principalement dans les tivement notre avenir à celui de L’Algérie ne serait pas la France. ■
indéniable légitimité dans ce
domaine. Son projet est à la fois
modeste - il ne prétend pas juger les uns
et les autres à l’aune de ses convic- Une guerre franco-françaisetions - et très ambitieux car il
rétablit des vérités qui ont été
minimisées ou censurées et sans lesquelles
on ne comprend rien à l’extrême ja Cques de sain T Vi CT sèrent plus de 1 600 assassinats en- SS français de la Carlingue. Mais La France, qui aime l’euphémisme
violence de ce conflit. « Tout ce que tre 1961 et 1962. Le chef des com- ces Mémoires sont aussi intéres- quand cela touche à ce qui
concerfils de barbouzel’historien cherche à faire consiste à A gu Err E d’Algérie ne mandos Delta, roger Degueldre, sants car ils montrent les complici- ne son fonctionnement le plus
seDe Christian
fournir à la France et à ceux qui l’ha- fut pas seulement une fut condamné à mort et exécuté en tés dont un simple homme de main cret, a préféré parler de « barbou-Hongrois,
bitent un savoir structuré, solide, li- guerre entre Français et 1962. À cet égard, les confessions pouvait jouir au sein de l’appareil zes ». Car tous n’étaient pas en Nouveau Monde
bre des pressions et des manipula- musulmans d’Algérie. d’Edmond Fraysse, fils de colons et d’État, policiers, militaires, es- effet des gangsters, comme le sou-Éditions,
tions idéologiques permettant de bâtir LElle fut aussi une guerre membre de ces commandos Delta, pions, etc. C’est parce qu’il savait ligne la préface de Frédéric Ploquin 328 p., 17,90 €.
l’avenir sur autre chose que des franco-française entre partisans et sont passionnantes, même s’il faut que la plus large majorité des ser- à propos des archives de Christian
rancœurs et des ressentiments », adversaires de l’Algérie française. toujours en histoire se garder de vices secrets penchait en faveur de Hongrois. Cet anthropologue est le
écrit l’auteur. Ce livre atteint son Deux livres publiés aux Éditions prendre tout témoignage au pied l’Algérie française que le pouvoir fils d’un « barbouze », instituteur,
but car, d’une certaine manière, Nouveau Monde permettent de se de la lettre. gaulliste éprouva le besoin d’avoir fils de l’Assistance publique, et
antout y est. Et d’abord un fait massif faire une idée du climat sanglant et recours, comme à l’époque de la cien résistant, qui a œuvré pour
Des « barbouzes »que Frémeaux étaye tout au long de brutal qui se répandit en France à r ésistance, à ce que le général de l’indépendance algérienne. Il y a,
cet essai saturé de chiffres et de do- partir de la décision du général L’auteur nous apprend des choses gaulle, lui-même, dans sa célèbre précise Ploquin, « barbouze et
barcuments : les masses paysannes qui de gaulle de procéder à un réfé- inouïes, comme le fait que le FLN conférence de presse sur l’affaire bouze ». Ce fut la grande force du
formaient l’essentiel de la popula- rendum sur l’autodétermination aurait reçu l’appui des restes des Ben Barka, appellera des « éléments pouvoir gaulliste de mélanger les
tion de l’Algérie n’ont jamais adhéré des Algériens. C’est au début de Waffen SS de la tristement célèbre clandestins ». Mot pudique pour genres et de ne pas se laisser
seuleau projet colonial. l’année 1961. Le g énéral était reve- « SS Mohamed », à savoir la « Bri- cacher une réalité qui, elle, était ment enfermer dans ces sombres
nu au pouvoir en 1958 sur la pro- gade nord-africaine » de Moha- loin d’être très brillante. Le pou- « barbouzes », comme l’ancien SS
Côte à côte mais jamais messe de restaurer l’ordre en Algé- med El Maadi, un ensemble de jeu- voir eut recours à des criminels, en français Bouchesseiche, qui
monensemble rie. Il avait eu des mots ambigus (le nes Arabes de Belleville qui particulier des membres de la teront l’enlèvement de 1965 contre
Au-delà des résistances qu’il a fallu célèbre « Je vous ai compris ») mais menèrent d’abominables massa- « mafia » corse, pour exécuter un Ben Barka avec la complicité du
commando briser par la force, les paysans de ce qui laissaient plutôt croire qu’il dé- cres en 1944 en Périgord avec les certain nombre de basses œuvres. gouvernement marocain de
l’épopays sont restés encore plus hermé- fendrait la présence française en que. Certains étaient plus
présenD’Edmond Fraysse, tiques qu’hostiles à une modernité Algérie. L’armée avait gagné la ba- tables, comme ce Marcel Hongrois
Nouveau Monde laïque importée de l’extérieur. taille sur le terrain. Mais de g aulle, qui rendrait ces individus presque
Éditions, L’origine du malentendu entre la au cours de l’année 1960, changea sympathiques. On assiste
cepen240 p., 17,90 €.
France et l’Algérie nationaliste est son fusil d’épaule. Il considéra que dant à des massacres, à des
tortulà. Ce ne sont pas tant les inégalités l’ère de la France en Algérie rele- res, à de bien tristes épisodes dans
et la dureté du régime colonial qui vait du passé. cet « Alger nid d’espions ». Les
méheurtaient le fellah que l’illégitimité C’est alors qu’à l’intérieur de moires de l’ancien soldat de l’OAS
de ceux qui l’incarnaient à ses yeux. l’armée une vague de fronde se et du fils de barbouze se
complèL’Algérie n’a pas eu son Mustafa Ke- leva contre ce que certains jugent tent pour éclairer d’un jour
noumal. Le ferment islamiste n’a jamais comme une « trahison ». L’OAS veau un pan bien oublié d’une
cessé de travailler le nationalisme (Organisation armée secrète) se guerre civile franco-française qui
algérien, comme le montre l’épopée constitue et commence à organiser fut brève mais intense et qui ne
d’Abd el-Kader. Au passage, Fré- des attentats en Algérie mais aussi s’effaça qu’à la faveur de Mai 68, où
meaux rétablit la vérité sur l’essence en France. une des branches de le général de gaulle privilégia la
du colonialisme républicain fran- l’OAS, la plus meurtrière, fut les réconciliation des frères ennemis
Des Algériens celèbrent l’indépendance à Alger, le 3 Juillet 1962. çais. Eh non, celui-ci n’est pas né « commandos Delta ». Ils organi- contre le gauchisme. ■
A
Agip/ bridgemAn imAges
bridgemAnimAges/ leemAge
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le figaro jeudi 14 octobre 2021
7LE CHIFFRE dE la s Emain EC’est la détresse
Retrouvez sur internet qui génère l’art la chronique
« Langue française » 896PAUL AUSTeR AU « GUARDIAn » à PROPOS
De LA MOnUMen TALe BIOGRAPHIe q U’IL C’est le nombrewww.lefigaro.fr/
COnSACRe à STePHen CRAne (A CTeS SUD) langue-francaise de pages du fameux « Journal » d’Edmond et Jules
eGoncourt, monument littéraire du XIX siècle En vuE@
qui paraît en « Folio classique » (13,50 €) Littéraire
Le bûcher
des vanités
Valérie tong cuong Un roman
brûlant sur l’effondrement d’une
famille dont le fils est envoyé en prison.
alice develey voulez ? », hurle Anna. « C’est une
adeveley@lefigaro.fr affaire grave », lui répond-on,
sans plus de précision. Le fils est
PREMIÈRE VUE, Anna menotté. Son téléphone et son Dans Un tesson
d’éternité,et Hugues Gauthier ont ordinateur sont embarqués. Au
Valérie t ong cuong une vie banale. Elle est moment de monter dans la
fourtente de saisir l’instant pharmacienne, lui tra- gonnette, il se retourne : « Ne
t’invaille dans la culture. quiète pas, Maman, ça ira. » fugitif où le monde
familier vire Elle est épanouie, n’a Il aura fallu vingt minutes pour
à l’imprévisible.Àjamais un mot plus que le monde parfait des Gauthier
P. Matsas/Leextrahaut que l’autre, elle mène une vie bascule. Vingt minutes pour que le
bourgeoise « tranquille et rassuran- jour devienne avec ses barreaux de
te ». Il est très respecté, il a hérité de lumière aussi épais que la nuit sous
la belle villa de son père, il connaît un ciel d’hiver. Anna n’inspire personnes que l’on aime. Hugues Il y a ce passage dans L’Homme
le monde entier. Leur fils, Léo, a plus, elle expire. Son sang tourne à et Anna ont beau vivre sous le révolté de Camus : « La loi de ce Et aussi
18 ans. Il s’apprête à intégrer une l’envers, son histoire aussi. même toit, ils n’ont rien vu venir. monde n’est rien d’autre que celle de
école spécialisée dans les métiers du Le fils a frappé un policier à plu- la force ; son moteur, la volonté de
numérique. « L’avenir semble sûr. » sieurs reprises. Il consomme des puissance. L’ami du crime ne
resNe t’inquiète pas, Du moins en apparence. Car cette stupéfiants. Il dort désormais en pecte réellement que deux sortes de James Sallis :
existence qu’ils offrent avec des vi- “ prison. Deuxième constat : l’épo- puissances : celle, fondée sur le ha-n tesson maman, ça ira l’as de l’Arkansassages de cire est moins ordinaire d’éternité que est un bûcher. L’acte de Léo a sard de la naissance, qu’il trouve
Léo, Menotté ” De Valériequ’elle n’en a l’air… été filmé et repris sur les réseaux dans sa société, et celle où se hisse Dans la mythique collection
Tong Cuong,Il est 6 h 30 ce week-end de mai sociaux. Les internautes n’hésitent l’opprimé. (…) Qui doute, même une « La noire », créée par Patrick
Lattès, 2019 quand des coups déchirent le Valérie Tong Cuong remonte le pas à se servir de lui comme d’une seconde, de ce redoutable privilège Raynal en 1992 chez Gallimard,
237 p., 19 €.silence. « Gendarmerie nationale, temps. Comme dans son précédent oriflamme – ou d’un bouc émissai- est aussitôt rejeté du troupeau, et James Sallis publia sept romans,
ouvrez ! » Des hommes – cinq ou roman, Les Guerres intérieures, elle re -, alors que le climat social est redevient victime. » dont six consacrés au détective
six, cagoulés, vêtus de noir - en- veut saisir cet instant fugitif où le déjà hautement inflammable. Valérie Tong Cuong, en parfaite noir Lew Griffin. Chez Rivages,
tourent leur maison. Hugues monde familier vire à l’imprévisi- Troisième constat : il ne faut jamais Pythie de notre époque, montre l’Américain a publié cinq titres
« connaît bien les gendarmes du ble. Certains le nomment destin, se fier aux apparences. Ce qu’Anna ces rapports de force entre domi- dont les best-sellers Drive
coin, ce ne sont pas leurs voix ». d’autre hasard, mais à quoi tient appelle la vie n’est qu’une fuite en nés et dominants, victimes et cou- et Driven. Ce fan de jazz, grand
Faut-il leur ouvrir ? Fuir ? La main cet enchaînement d’événements avant. Les pages se tournent et pables. Elle analyse avec une jus- connaisseur de littérature,
d’Anna tourne mécaniquement le qui domine nos vies ? Qu’est-ce Valérie Tong Cuong révèle l’envers tesse désarmante la fragilité du traducteur d’écrivains français,
verrou. Les ombres se ruent dans qui se cache derrière les chemins du décor : le poids de l’héritage, la contrat social et la tragédie hu- auteur d’essais brillants
la bâtisse. Ils cherchent Léo. Est- que l’on emprunte ? Qu’advient-il violence et la souffrance, la peur maine qui se jouent sur la scène du sur David Goodis, Jim Thompson,
ce qu’il les attendait ? L’ado est lorsqu’on ne maîtrise plus rien ? de dire la vérité et les plaies du monde. Un récit clinique pertur- Chester Himes, incarne depuis
déjà habillé, il descend l’escalier, Premier constat de ce roman : passé, qui malgré le temps ne cica- bant et haletant. Jusqu’à la derniè- quelques décennies le meilleur
cerné. « Qu’est-ce que vous lui on ne connaît jamais vraiment les trisent jamais vraiment. re page. ■ du roman noir contemporain.
Il le prouve encore une fois avec
Sarah Jane, héroïne et narratrice
de cette histoire. Celle d’une
petite délinquante sauvée
de la prison par l’armée devenue, L’éclatant retour de Blacksad
après bien des aventures,
policière dans une petite ville.
Guarnido et canales Le tandem espagnol signe Le jour où le sherif, qui était
son modèle, disparaît, le sixième tome de cette somptueuse série.
elle accepte de prendre sa place
pour mener l’enquête.
tout tombe. L’album débute à Central « Chaque roman, chaque poème,
Park lors d’une représentation théâ- Blacksad. est la même histoire unique,
lors,trale improvisée autour d’un classi- qu’on raconte encore et encore.
tout tom Be.que de Shakespeare : La Tempête. Comment on essaie tous de
Première PSous un soleil printanier, un parterre devenir véritablement humains,
Juan Diaz Canales, de badauds assiste à la pièce, captivé. sans jamais y parvenir », dit
Juanjo Guarnido. Présent avec son vieux copain le un des personnages de ce roman
Éditions Dargaud, journaliste Weekly (personnalisé par sublime, moitié confession,
60 p., 15 €.
LES CHATS noirs portent malheur, un petit renard malicieux), Blacksad moitié récit d’une traque.
d’après le dicton. Celui-là aura plu- a tombé la veste. Allongé sur l’herbe, Sarah Jane est le livre
tôt porté chance à ses deux créa- il goûte aux plaisirs de cet impromp- d’un écrivain qui connaît et aime
teurs, le tandem d’origine espagnole tu spectacle, une cigarette à la main. son prochain, même s’il reconnaît
Juan Diaz Canales (scénariste) et On le sait pourtant, dès qu’il y a tem- son incapacité au bonheur.
Juanjo Guarnido (dessinateur). pête, le tonnerre gronde. Les éclairs Il le fait au moyen de digressions
Élégant, racé, cravaté, portant un ne sont pas loin… qui ne sont jamais gratuites,
complet-veston vert pomme sous de métaphores justes, d’ellipses
Adage hitchcockienson imper mastic, John Blacksad est efficaces, comme le souligne
un beau spécimen de félin détective En attendant la bourrasque, on re- très justement Jean-Bernard
qui emprunte sa gestuelle souple au trouve avec un frisson de plaisir le Pouy dans sa préface. Sarah Jane
mythique acteur hollywoodien dessin virtuose de Guarnido ainsi est dédié à ses étudiants.
Marlon Brando dans Sur les quais. que les monologues de John Black- On envie sacrément ceux qui ont
Après huit ans de réflexion, paraît le sad. Sa voix off à la Marlowe, que suivi les cours de l’immense
sixième volet de ce grand polar ani- l’on devine grave, granuleuse et sé- James Sallis !
malier. Attention, il s’agit d’un dip- duisante, égraine un flot de bruno corty
tyque dont le deuxième tome paraî- conscience façon Raymond
Chantra début 2023. dler : « La vie n’est qu’un spectacle.
Depuis deux albums, le félin dé- Ça, tout le monde s’en doute. »
Celuitective un brin désabusé, amateur de ci sera vite interrompu par une
esbelles filles et de scotch, s’était extir- couade de chiens policiers venus
inpé des gratte-ciel new-yorkais pour terrompre Shakespeare, cette pièce
explorer les grands espaces de jouée de manière illégale,
enfreil’Amérique des années 1950. Dans gnant soi-disant le règlement
muniL’Enfer, le Silence, il enquêtait à La cipal. Blacksad s’interpose et tout
Nouvelle-Orléans sous l’influence rentre dans l’ordre… Ou du moins, le
e des vapeurs artificielles d’un jazz croit-on. En boxe, il existe une rè- métro et des transports en commun. lui le grand méchant de ce 6 tome.
parfois enfumé de violence. Dans gle : il faut suivre son adversaire De l’autre, un urbaniste mégaloma- Ce Solomon, étincelant de suffisance
Amarillo, on le voyait dériver dans quand on l’a à sa main. Aussi méfiant ne à la tête d’aigle, Solomon, compte et de certitude, rappelle bien sûr le
une rutilante Cadillac Eldorado jau- soit-il, Blacksad n’a rien vu venir. bâtir de gigantesques autoroutes ur- célèbre adage hitchcockien : « Plus
sarah janene aux côtés du trio infernal de la L’intrigue de cet album est habile. baines. Juan Diaz Canales s’inspire réussi est le méchant, meilleur sera le
Beat Generation, Jack Kerouac, Al- Elle place notre cher privé à mousta- de manière évidente de l’architecte film. » Cet axiome vaut également De James Sallis,
len Ginsberg et William Burroughs. ches au centre d’un imbroglio poli- controversé Robert Moses (1888- pour la bande dessinée. Et fait de la traduit de l’anglais (États-Unis)
par Isabelle Maillet, Cette fois, notre matou au museau tico-mafieux qui le dépasse. New 1981) que l’on surnomma le « maître première partie de ce diptyque une
Rivages/noir, blanc est de retour au bercail. New York se déchire. D’un côté, une de la construction », mais qui fut réussite magistrale… On attend la
York est l’un des personnages prin- chauve-souris et des taupes tra- honni par les New-Yorkais au début suite avec impatience. 207 p., 19 €.
cipaux de cet épisode intitulé Alors, vaillent pour le développement du des années 1960. Dans le fond, c’est OLIVIER DELCROIX
la BD
de la semaine
eVa TedesJo/dn/TT news aG enCy Via aFP
Canales Guardino darGaud
A
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c
n
jeudi 14 octobre 2021 le figaro
8
L’histoire J. K. Rowling : un nouveau livre magique
de la
sette. Jack est un petit garçon on arrivé là ? Tandis que l’enfant d’un conteur. C’est à la fois tou-Pas de sorcier ni de baguette. semaine Mais tout de même de la magie. très attaché à son cochon rose se lamente, ses jouets repren- chant et ensorcelant. L’ouvrage,
en peluche. C’est son ami quand nent vie la nuit. Avec eux, Jack illustré en noir et blanc, et destiné J. K. Rowling, la « mère » de Harry
ses camarades se moquent de embarque pour une aventure aux enfants dès 8 ans, est publié Potter, revient en librairie cette L’auteur de « Harry Potter »
revient en Librairie avec un Livre lui, son confident quand ses pa- merveilleuse et périlleuse au dans plus de vingt pays. La magie semaine avec un nouveau roman
Pour enfants. un voyage jeunesse, Jack et la grande rents se disputent et se sépa- Pays des choses perdues. continue dans le monde des
fantastique au conf Luent de « oy En margE rent. Mais, la veille de Noël, l’ani- Comme dans ses meilleurs ro- « moldus ».aventure du cochon de Noël, un tory » et de « asse- oisette ».
mal a disparu. Comment en est- mans, J. K. Rowling adopte le ton Alice develeylivre au parfum de Casse-Noi-Littéraire
Alexandre Najjar,
un écrivain engagéAlexandre Najjar,
pour la justice au Liban.
la francophonie
au cœur
P o r tr ait Écrivain et avocat libanais, il a deux amours
et deux combats : son pays et la langue française.
Moh AMMed Aïss Aoui qui a le flair pour repérer les ta- Liban à l’an 2000 jusqu’à mon
remaissaoui@lefigaro.fr lents. « Je peux dire que la France tour précipité en France en ce mois
m’a mis le pied à l’étrier », dit-il, de février 2021. Ces vingt ans et des
AI PLUS de souvenirs alors que nous le rencontrons au poussières ont été douloureux,
jaque si j’avais mille ans.» Livre sur la place, à Nancy. Il nous lonnés d’événements graves, et au ’
L’écrivain et avocat li- rappelle aussi une petite anecdo- lieu de permettre au pays de sortir « banais Alexandre Na- te : Le Figaro littéraire a publié la tête de l’eau l’ont enfoncé da-J jjar, 54 ans, pourrait l’un de ses poèmes de jeunesse ! vantage ! » Amira, c’est vous,
reprendre cette phrase de Baude- Alexandre Najjar est aujour- Alexandre Najjar ? On pose la
laire tirée des Fleurs du mal – elle d’hui avocat, romancier et jour- question à l’auteur, il n’esquive
se trouve en exergue d’une partie naliste : il s’agit toujours d’un tra- pas, il sourit. Sa voix est douce,
de son nouveau livre, Le Syndro- vail avec les mots. Et d’un posée, autant que son regard est
me de Beyrouth. Ce roman aux ac- engagement. déterminé. Il dit, comme sa
narcents autobiographiques est une Dans Le Syndrome de Beyrouth, ratrice : « On vante toujours la
cabelle occasion de parler de la vi- Amira est confinée dans un hôtel, pacité des Libanais à rebondir, on
vacité de la littérature libanaise à Saint-Malo. Cette ancienne salue leur “résilience”, mais cette
d’expression française. Rarement combattante est devenue grand résilience peut être synonyme de
un pays aura autant apporté à la reporter dans un quotidien liba- résignation, voire de lâcheté et de
francophonie, et Alexandre Najjar nais. Elle a échappé par miracle à complaisance dans le malheur.
est l’un de ses plus éminents por- l’explosion qui a dévasté le port de C’est cela, le syndrome de
Beyte-drapeaux. Cela a commencé Beyrouth, ce funeste 4 août 2020 routh, qui consiste à pactiser avec
très tôt. Quand il était enfant, les (200 morts, 6 000 blessés, le livre l’horreur sans se révolter, à
encaismurs de sa chambre n’étaient pas leur est dédié). Elle se souvient ser les coups sans les rendre, à
actapissés d’affiches de stars de la des vingt dernières années qui ont cepter comme une fatalité la
méchanson, du cinéma ou de grands secoué son pays – un va-et-vient diocrité de nos dirigeants et
sportifs. Sur ses posters figurait entre la mémoire collective et des l’hégémonie du Hezbollah, ce parti
Victor Hugo. Il s’était pris de pas- histoires plus intimes. À un mo- chiite inféodé à l’Iran qui tient le
sion pour les écrivains engagés. ment, la narratrice écrit : « J’ai Liban depuis des années. Ce
synOn ne s’étonne donc pas quand il ressenti le besoin de coucher mon drome est un poison. »
nous raconte qu’il a écrit son pre- expérience sur le papier plutôt que Najjar a deux amours : son pays
mier roman à l’âge de 9 ans ! Son de te la raconter, pour mieux ras- et la littérature française. Pour
lien avec la France et les lettres sembler mes souvenirs. Et puis, en cette dernière, il est un grand
miest décidément précoce. À 23 ans, tant que journaliste, les mots ont litant qui n’a jamais ménagé sa
il remporte la première bourse de toujours été mes complices, ils peine. Surtout à la tête de L’Orient
l’écrivain décernée par la Fonda- m’ont permis de ne pas faire nau- littéraire, supplément du
quotition Hachette (aujourd’hui Fon- frage pendant cette période de dien L’Orient-Le Jour - un
véritadation Lagardère), une institution vingt ans allant de mon arrivée au ble bastion de la francophonie.
Avec son équipe, il réalise un tra- anormal, une zone en perpétuelle
vail remarquable reconnu par ébullition. Le tragique et l’absurde
Le syndrome tous les amoureux et les défen- se confondent, comme les rires et
de Beyrouth
seurs de la langue française. Il a les larmes. Je suis quelqu’un qui D’Alexandre Najjar, PARDONNEZ-LEUR, bataillé et bataille tous azimuts. lutte pour le bonheur parce qu’on Plon,
Au ministère de la Culture, où il a est toujours assailli par les mal-314 p., 18 €.
été conseiller, à travers L’Orient heurs. Enfant, on croyait que les ILSNESAVENTPASCEQU’ILSFONT. des livres, maison d’édition fon- obus étaient des feux d’artifice…
dée en 2011, et son partenariat On allait à l’école le lendemain des
avec Actes Sud, avec sa fondation explosions. On avait apprivoisé
qui participait à l’animation du l’horreur. » C’est un sentiment
Salon du livre, mais aussi comme qu’il décrit avec force et finesse
avocat à travers la commission dans L’École de la guerre, et qui a
francophone, comme écrivain, été pour beaucoup dans sa
vocabien sûr, par ses romans et ses es- tion d’écrivain. Dans ce livre, il
sais, et comme auteur de pièces écrivait : « La guerre du Liban a
de théâtre jouées en français au été pour moi un cauchemar, mais
Liban. « J’ai toujours milité pour aussi - comment le nier ? - une
écoune francophonie synonyme de di- le de vie. » C’est sûr, sans ces
versité culturelle, d’ouverture et de guerres, il aurait été un autre
dialogue. » Ce travail - cette foi, homme. « Toute ma vie, je
regretdevrait-on dire - a été salué par terai sans doute de ne pas avoir eu
l’Académie française, qui lui a dé- une jeunesse paisible. Mais ces
recerné son Grand Prix de la fran- grets, ces épreuves, m’ont donné
cophonie en 2020. Il rejoint ainsi du bonheur un autre goût. » Et le Bio
un palmarès où figurent, excusez goût du combat qu’il mène en
du peu, Albert Cossery, Abdou permanence sur deux fronts, pour
Diouf, Albert Memmi, Hubert 1967 la littérature et pour améliorer le
Reeves, Boualem Sansal… Naissance à Beyrouth. sort de son pays.
1975 Sa prochaine bataille est plutôt
« La guerre du Liban, Début de la guerre d’ordre politique. On en revient
une école de vie » « civile » au Liban. au Victor Hugo de son enfance qui
Dans la plupart de ses livres, il est 1990 écrivait : « Posez la plume, et allez
Bourse de l’écrivain souvent question de Liban et de où vous entendez de la mitraille ;
justice. Si bien que le sort de son par la Fondation voici une barricade : soyez-en. »
pays et celui de Najjar semblent Hachette (Fondation L’explosion du 4 août a été un
déintimement liés. Là encore, sous Lagardère). tonateur encore plus fort que les
1999les traits d’Amira, il écrit : « À autres, elle a détruit la moitié de sa
bien y réfléchir, mon destin et celui Publie L’École de la ville de cœur, et les raisons ne sont
de Beyrouth se sont souvent guerre après d’autres pas que techniques ou logistiques.
confondus au cours de ces vingt titres et des recueils Cette fois, Alexandre Najjar s’est
de poésie.ans passés au Liban, comme si, par porté candidat au poste de
bâtonune sorte d’osmose, mon existence 2006 nier de l’Ordre des avocats de
et celle de ma ville se répondaient à Relance Beyrouth (les élections auront lieu
la manière de deux échos, comme L’Orient littéraire en novembre prochain). Il affirme
(anciennement dirigé si, complices, nous avions vécu avec cette conviction chevillée au
dans un mimétisme réciproque. » par Salah Stétié et corps : « On essaie de détruire la Une coédition En partenariat avec
L’émotion perce quand il parle Georges Schéhadé). justice au Liban. Une justice qui
d’un Liban rarement épargné par 2020 peut demander des comptes – c’est
Reçoit le grand prixles guerres, attentats, assassinats, la base d’un État de droit. Soit on
démissions, ingérences étrangè- de la francophonie de regarde le navire couler, soit on se
res… Il confie : « C’est un pays l’Académie française. retrousse les manches. » ■
A
coLLection ParticuLière
express

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