Figaro Littéraire du 16-12-2021
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Figaro Littéraire du 16-12-2021 , magazine presse

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Date de parution 16 décembre 2021
Langue Français
Poids de l'ouvrage 14 Mo

Exrait

jeudi 16 décembre 2021 le figaro - N° 24050 - Cahier N° 4 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
lefigaro.fr/livres littéraire
roma Ns poli Ciers Éri C-emma Nuel
raf vallet, sam millar, sChmitt
Camilla lä Ckberg, deuxième volet de sa folle robert harris… « le figaro histoire du mo Nde Page 6PageS 4 et 5 litt Éraire »
sera de retour
le 6 Ja Nvier
f
Une saison
de beaux livres
doss ier Art, voyage, littérature, histoire, poésie…
Notre sélection pour les fêtes. Page S 2, 3 et 8
PRIXFEMINA2021Des personnages pour Proust
PRIXGONCOURTDESLYCÉENS2021
HÔTEL des Camondo est à le roi Victor Emmanuel leur octroiera un ti- littérature quelques années plus tard : les
eParis ce que la Wallace Col- tre de comte, et à Paris à la fin du XIX siècle. Rothschild, les Fould, les Cahen d’Anvers.
lection est à Londres : une Ils se choisissent une belle devise : « Fides et Rien n’est trop grand pour ces familles qui
plongée dans un paradis du caritas » : fidélité à leur histoire familiale et tiennent un rôle important dans la France L’ goût et de la beauté. En générosité pour leurs coreli gionnaires de de l’époque. Éternel mouvement des
homquelques secondes, on quitte le tumulte de France et du monde entier. « Dans son mon- mes, l’aristocratie de l’argent cherche à
rela ville pour entrer dans un monde où tout, de, le château de Versailles s’inscrivait natu- joindre celle de la naissance. Leur
prodigaselon la formule, n’est que « luxe, calme et rellement entre la Judée-Samarie des premiers lité, leur raffinement sont sans bornes. Ils
volupté ». Il y a un quart de siècle, l’écrivain temps et l’empire de la Sublime Porte », écrit donnent la matière à Huysmans pour créer
Pierre Assouline avait relaté l’histoire pro- Assouline pour résumer le destin de celui des Esseintes et à Proust pour Swann.
digieuse de la famille Camondo. Il nous qui deviendra le dernier des Camondo. L’extraordinaire roman des banquiers des
avait appris l’origine de la somptueuse de- Leur quotidien se confond vite avec celui sultans devenus arbitres des élégances à
meure que Moïse de Camondo fit construire d’une société chic que Proust introduira en Paris s’achèvera comme une tragédie : en
rue de Monceau, à la veille de 1914, un écrin 1917, Nissim de Camondo, lieutenant
d’obconçu pour ses magnifiques collections de servation dans l’aviation, tombe pour la
porcelaines, ses bustes et ses toiles de maî- France, et vingt-cinq ans plus tard sa sœur
LA CHRONIQUEtres. L’essai reparaît, heureusement agré- Béatrice et sa famille sont déportés à
Ausmenté de photos des lieux et des trésors chwitz : « L’un mort pour la France, l’autre d’Étienne
qu’ils recèlent. Ici l’escalier surmonté d’une par la France », conclut Assouline, achevant de montety
mezzanine, là la bibliothèque, là encore le par ce mot terrible un récit superbe,
pasparc et ses massifs de buis. Et tant, et tant de sionnant de bout en bout.
photos de famille. Reste un musée au parc Monceau que
BOULEVERSANT. ÉtiennedeMontety,LeFigaroLa saga des Camondo, quand com- l’on arpente en songeant à ceux qui
mence-t-elle, et où ? On la situera à vécurent ici, dans une époque qui
SPLENDIDE. OliviadeLamberterie,ElleConstantinople, où cette famille de vouait un culte au beau et fit des
essaraf, prêteurs changeurs à Galata, thètes leurs dieux. ■
UNJOYAU. MarinedeTilly,LePointréalise une immense fortune : les
Rothschild du Levant, dit d’eux
UNEMERVEILLE.Assouline. « À quoi bon la richesse si Le dernier des Camondo
elle ne se manifeste pas par la beau- De Pierre Assouline, édition illustrée, PaulineLeduc,L’Express
té ? », ajoute-t-il. Cette noble as- Gallimard/Musée des arts
décorapiration les conduira en Italie, où tifs, 320 p., 32 €.
Alexey Novikov/Alex/stock. Adobe, FRAN ck FeRville/le Fig ARo M AgAziNe, M ARiAkRAy/stock. Adobe, F RANçois bouchoN/le Fig ARo
Photographie©OlivierRoller
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jeudi 16 décembre 2021 le figaro
2
Victor Hugo à flot pas, avec la mer, la même relation gés que chante, dans L’Énéide, Durant ces années, il écrivit Les
« La religion, la société, la nature ; qu’ont Dumas et Verne », raconte Virgile : ‘‘Quelques-uns nagent Châtiments, Les Contemplations,
telles sont les trois luttes de Claude Aziza en préface du ma- dans le gouffre profond.’’ » Rap- Les Misérables et Les Travailleurs
l’homme. » En 1866, depuis Hau- de la mer, roman de la tempête, gnifique ouvrage qu’édite Omni- pelons-le, en 1852, Hugo est
teville House, sur la « vieille terre bus, il rédige, sur son « rocher de contraint de quitter le territoire avec pour héros Gilliatt, pêcheur À normande » de Guernesey, Victor liberté », un roman océanique français après le coup d’État de sublime et rejeté de la société.
Hugo publie Les Travailleurs de la d’où surgissent Eschyle, Homère, Louis Napoléon Bonaparte. S’en- Dans ce formidable coffret
illusmer. Le succès est immense dès tré, le lecteur pourra également Shakespeare et son propre pas- suit un exil de dix-huit ans, passé LIRELIVRES sa parution, au point qu’il dépasse sé. « Il se débat dans une vie de entre la Belgique, Jersey et Guer- lire L’Archipel de la Manche.L'événementL'événement
celui des Misérables. Si « Hugo n’a drames, semblable à ces naufra- nesey, où il resta jusqu’en 1870. Alice DeveleyCADEAUXLittéraire
Notre-Dame de tous les Français
L'événement His to ire Le rôle
de la cathédrale
otre- ame dans la vie politique des sièc L
De Mathieu Lours,
Éditions du Cerf,et l’imaginaire du pays
336 p., 39 €.
edepuis le VI siècle.
Astri D De lA A
adelarminat@lefigaro.fr
OURQUOI Notre-Dame
suscite-t-elle tant de
passion ? Mathieu Lours
montre dans cet ouvrage très Pbien illustré le rôle qu’a
tenu la cathédrale dans la
tumultueuse histoire de France, depuis
Childeerbert 1 , fils de Clovis, qui fit faire de
somptueux travaux dans l’église
construite sur l’île de la Cité au
eIII siècle, jusqu’à l’incendie qui
embrasa d’émotion le monde entier
en 2019. Historien, Lours retrace de
façon rigoureuse, chronologique,
dépassionnée, les événements qui firent
de Notre-Dame un haut lieu politique
et un réservoir d’imaginaire facteur
d’unité. Pourtant pendant des
siècles, la cathédrale de Paris fut en
concurrence avec celles de Noyon
ou d’Orléans puis avec Reims et
Saint-Denis, où les rois se faisaient
sacrer et inhumer. Notre-Dame
était alors plutôt la « paroisse »
des souverains, surtout quand
ceux-ci commencèrent à résider
dans le palais de l’île de la Cité.
Un événement décisif fut la
première réunion des états généraux
dans Notre-Dame en 1302 par Philip- Journal, mon beau journal intime…pe le Bel, qui consulta les trois ordres
au sujet de la bulle papale qui
l’admonestait. L’assemblée soutint le roi On commence par les amours postface de Philippe Lejeune et d’un
contre le pape. La cathédrale devenait de Benjamin Constant et on termine entretien bienvenu et instructif avec
le berceau de l’idée que le souverain par les carnets de route d’Édouard Annie Ernaux, dont la richesse de
était garant des droits de son peuple Glissant. Entre les deux, on entre l’œuvre est, pour partie au moins, née
contre toute autorité supranationale, dans l’intimité de quatre-vingts auteurs de son travail de diariste. Elle a
explique Lours. Pendant la guerre de qui parlent, ou plutôt écrivent commencé son journal intime à l’âge
Cent Ans, Notre-Dame devint un en- veut rationaliser l’espace en y appor- sur le deuil, la solitude, le quotidien, de 17 ans
jeu politique – on y sacra roi de France tant de la lumière (des vitraux médié- les médisances ou la grande Histoire – un samedi 26 janvier 1957 –,
le jeune roi d’Angleterre Henri VI en vaux sont remplacés par du verre (ce sont ici les principales entrées). parce que ses parents lui avaient
réponse au sacre de Charles VII à transparent, le sol est pavé de marbre, Chaque texte est en fait un fac-similé interdit d’aller au bal. C’était aussi
Reims, plus tard on y réhabilitera les murs blanchis). Ce qui fait dire à des journaux intimes d’auteurs la naissance d’une romancière.
Jeanne d’Arc. De même pendant les l’écrivain Louis-Sébastien Mercier et d’artistes célèbres, tous issus « Mon journal a constitué, à partir
guerres de religion. Mais c’est le vœu dans son Tableau de Paris : « Je ne de collections de musées, de de mes 20 ans, le dépositaire
de Louis XIII, enregistré au Parle- vois plus à l’intérieur qu’un bibliothèques ou de fonds spécifiques. de mon désir et de mes tentatives
ment, qui en fait le temple de l’âme de temple neuf ; les temples doi- Une véritable plongée dans la vie d’écrire », dit-elle.
la France. Le roi supplie la Vierge de vent être vieux. » L’histoire quotidienne. On ne peut bien sûr ohammed SS
lui « inspirer une sainte conduite et de de Notre-Dame sous la pas les citer tous, mais pour donner
défendre avec tant de soin ce royaume Révolution est passion- une idée de la diversité, on évoquera
(…) qu’il ne sorte point des voies de la nante, le récit du sacre de Adèle Hugo, Kafka, Beauvoir, Croquis et arabesques de Kafkagrâce qui conduisent à celle de la gloi- Napoléon aussi. Après les Kierkegaard, Gide, Lewis Carroll,
re ». En instituant une fête commé- rapports tumultueux entre Segalen, Nicolas II, les Goncourt,
morative de ce vœu le 15 août, en pré- la République et l’Église, Orwell, Marie Curie, Sand, Il aura fallu attendre 2019 pour Sans relâche, Kafka a croqué des
Journaux intimes. sence des autorités de l’État, il crée un c’est de Gaulle, à la Libération Alfred Dreyfus, Henri Calet… que soit rendue publique l’intégralité personnages (fixes ou en action),
aconter La vielien de maternité spirituelle et politi- de Paris, qui réinstitue la cathé- C’est un superbe ouvrage des dessins de Franz Kafka, suite des silhouettes fugitives, saisi des
De Sophie Pujas
que entre la cathédrale de Paris et drale comme lieu d’union sacrée qu’offrent Sophie Pujas, à des problèmes de succession. Cet visages, des scènes, des paysages et Nicolas Malais, entretien
toutes les églises de France. dans l’épreuve. Lors de l’attentat journaliste et romancière, ensemble pictural particulièrement urbains, à l’encre ou au crayon à avec Annie Ernaux,
Lours montre aussi comment les contre Charlie Hebdo, la sonnerie du et Nicolas Malais, libraire riche, cher au cœur du romancier, papier ou de couleur, sur papier Hoëbeke,
événements qui jalonnent les siècles bourdon de Notre-Dame n’a-t-elle de livres rares à Paris, spécialisé éclaire d’un jour nouveau une œuvre ocre, feuilles quadrillées ou simple 324 p., 35 €.
métamorphosent l’intérieur de la ca- pas rappelé que son cœur bat pour dans les manuscrits anciens. aussi singulière que magistrale, pour papier d’emballage. On y lit
ethédrale. Au XVIII par exemple, on tous les Français, sans distinction ? ■ Le livre est « agrémenté » d’une l’essentiel publiée après sa mort. le tourment, la chute, la peur,
On y découvrira des dessins l’attente, l’errance, non sans
autonomes et de nombreux autres humour ou dérision. Là surgissent
issus de sa correspondance et un groupe de soldats et un cheval, Pour célébrer le mystère de l’Incarnation de ses carnets de notes, avec une des baigneurs ; ailleurs, c’est un
grande partie d’entre eux réalisés danseur, puis un joueur de
En tête de ce volume, un sermon une formulation constante et d’homélies patristiques du temps entre 1901 et 1907 (l’année où cartes, une grosse femme
de Bernard de Clairvaux, issu assurée au cours de l’Antiquité de Noël qui constitue une il entre comme simple employé à la poitrine généreuse,
de la merveilleuse collection tardive. Une belle volée d’entre eux merveilleuse porte d’entrée dans chez l’assureur Generali), un buveur solitaire
de 86 homélies qu’il a consacrées figure au sommaire de ce recueil ce que Pascal a nommé y compris de simples devant son ballon
au Cantique des cantiques, permet « les mystères de Jésus ». croquis et des arabesques. de vin.
Kaf Ka,
d’entrer de plain-pied dans « Par sa conception, il est venu La mère Les dessins
le mystère de l’Incarnation que participer à notre mort ; par sa de Kafka, Julie, « Cahiers dessinés »,
l’Église célèbre tous les ans le résurrection, il nous a fait partager apparaît aux Buchet Chastel,
25 décembre depuis le début du sa vie », écrit ainsi le berbère côtés de son fils, 368 p., 35 €.
eIV siècle. « Bien souvent, je médite Fulgence, évêque de Ruspe, en dans un dessin
sur l’ardeur qu’avaient nos pères à Tunisie, dans un sermon de la nuit de jeunesse, puis
soupirer après la présence du de Noël qui témoigne d’une ce sont quelques
Christ dans notre chair… » conscience aiguë du rôle médiateur autoportraits. Plus
D’Orient (Origène, du langage dans le mystère du salut surprenant, le portrait de Gabriele
Grégoire de dans le temps et de son annonce D’Annunzio, d’après photo, ainsi
Naziance, Jean à travers la parole de Dieu. que la maison d’été de Goethe,
Chrysostome) L’âge baroque, à travers Bossuet à Weimar, dessinée en 1912, au
La nativité.et d’Occident notamment, se souviendra moment du pèlerinage avec son ami
Homé Lies (Augustin de ses paradoxes, comme de ceux Max Brod, qui a sauvé par la suite
patristiques d’Hippone, de Tertullien, autre « père dans son œuvre, y compris picturale,
du temps de LLéon le Grand, la foi », autre Africain de Carthage. de l’oubli.
Migne/Cerf, Maxime de Un livre pour avoir le « cœur À noter que les 163 œuvres
386 p., 26 €.
Turin), ces intelligent » (1 Rois 3, 9) la nuit présentées font toutes l’objet
pères ont donné de Noël. d’un commentaire détaillé.
à la foi chrétienne Séba Stien Lapaque thierry c Lermont
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le figaro jeudi 16 décembre 2021
3
La beauté des contes « De Metin Arditi à Pierre Adrian, participent aussi à cette fête
litSimple mais belle idée : proposer en passant par Sylvie Germain téraire. En guise d’épilogue,
Dicà dix écrivains de nous offrir un ou Olga Lossky, un fil ténu se kens s’invite avec le dernier
moment – et quelques pages – dessine. Entre ciel et terre, il re- couplet d’un Chant de Noël,
qui raconte, à la manière d’un lie les hommes entre eux, par- quand le personnage décide de À conte, leur façon de vivre et de delà les fragilités. Et les tient de- devenir un homme meilleur…
penser Noël. François-Xavier bout », écrit-il joliment. Erri de L’Esprit de Noël, collectif sous
Maigre, écrivain, poète et rédac- Luca, Franz-Olivier Giesbert, la direction de François-Xavier LIRE teur en chef au Pèlerin, est le Henri Gougaud, Jacqueline Kelen, Maigre, Bayard, 194 p., 21,90 €. LIVRES
maître d’œuvre de ce cadeau. Alexis Jenni et Christiane Rancé Moha MMed aïssaoui CADEAUX
Cuisiner
avec espritLes « petits barbouillages »
de Winston Churchill
p einture L’homme politique, Prix Nobel de littérature, aimait peindre pour
chasser les idées noires. Ses décors favoris se trouvaient dans le sud de la France.
Au total, 600 toiles, dont passion pour les tapis verts. Avant- Quand il était satisfait du résultat, il par Éric neuhoff
150 réalisées dans le sud de la Fran- guerre, le casino n’avait jamais en- accrochait ces toiles sur les murs de eneuhoff@lefigaro.fr
ce. Le premier tableau date de caissé son chèque de Chartwell ou dans sa maison de
N GROS, l’athlète com- 1920. Sujet : la Provence. Voici le 1 300 000 francs de l’époque. Hyde Park. Méthode de
cuisine à l’usage plet. Winston Churchill décor : sous son parasol et devant Sous son Stetson, il s’installait Paul Rafferty a retrouvé et
phodes personnes savait tout faire : la guer- son chevalet, le Britannique capital devant la montagne Sainte-Victoi- tographié les lieux qui inspiraient
re et des discours, des li- saisit son pinceau en grommelant, re, dépliait son tabouret sur les ro- l’homme politique avec ses lunettes
De Marie Delcourt, Evres et des bons mots. Ils ses cigares et son verre de whisky à chers de Saint-Jean-Cap-Ferrat. à monture métallique et sa chère
Les Belles Lettres, doivent se compter sur les doigts portée de main. « Je cherche la Son talent ne lui laissait guère d’il- bouteille de Pol Roger. « Nous ne
334 p., 23 €.
d’une main, les premiers ministres France que j’aime », confie-t-il lusions. Cette modestie est contre- pouvons aspirer à des
chefsqui ont eu le prix Nobel de littéra- face à ses paysages écrasés de cha- dite par cet album où se récapitule d’œuvre. Nous pouvons nous conten- Ce livre de cuisine, un
chefture. En plus, il peignait. L’exerci- leur. La région lui a toujours plu. une œuvre impressionniste, ce que ter d’une petite aventure avec une d’œuvre, fut publié en 1947
ce chassait les chiens noirs qui lui En 1946, un soupçon le taraude : Churchill appelait ses « petits bar- boîte de peinture.» par une helléniste belge, Marie
assombrissaient l’humeur. Le so- « J’espère que même une France bouillages ». Il adorait les bleus. L’aventure vaut d’être visitée. En Delcourt, professeur à l’université
leil du Midi repoussait la mélanco- communiste ne m’interdira pas l’ac- L’exécution était rapide : une heu- prime, une préface du prince Char- de Liège, dont l’intelligence
lie du bout du pied. cès à Monte-Carlo. » On connaît sa re et demie pour le port de Cannes. les. Excusez du peu. So british. ■ débordait sur tous les domaines
de la vie pratique. La préface,
rédigée après sa mort lors d’une
réédition, est signée de son mari,
l’écrivain Alexis Curvers. Il raconte
comment, au début de l’occupation
allemande, ils avaient accueilli
un couple d’amis qui venaient de
perdre leur fils. Après leur départ,
Marie dit avec gravité et malice :
« Tu sais, le premier moyen de
réconforter des âmes qui souffrent,
c’est de leur donner quelque chose
de bon à manger. » Elle a écrit cet
ouvrage pour ceux qui n’ayant pas
appris à cuisiner dans leur jeune âge
par imitation ont besoin qu’on
le leur enseigne en s’adressant
à leur intelligence. On dirait
un argument marketing fallacieux,
eh bien non ! En effet, la plupart
des livres de recettes ressemblent
à des modes d’emploi qu’il faut
appliquer sans comprendre
pourquoi on fait comme ci ou
comme ça. Or en cuisine il y a « des
vérités de conseil et des vérités
de préceptes », explique Marie
Delcourt dans son introduction,
qui est un morceau d’anthologie
d’humour et de liberté d’esprit. Il y a
des lois chimiques auxquelles on ne Marie-Antoinette, en majesté et dans l’intimité
peut déroger et des façons de faire churchill peint
Une biographie illustrée de plus sur illustrer la séquence du « temps des de la reine au troisième étage qui sont question de goût ou la ôte d’
Marie-Antoinette ? Pas du tout. plaisirs (1774-1778) », un choix de la grande tour du Temple ; de pays. Elle classe donc ensemble De Paul Rafferty,
Hélène Delalex, conservatrice du d’estampes et eaux-fortes vient ou encore un feuillet les recettes qui obéissent à des traduit de l’anglais
patrimoine au Musée national des rappeler que « Marie-Antoinette manuscrit par Antoine Capet, principes similaires qu’elle énonce
Albin Michel, châteaux de Versailles et de n’était pas à la mode, elle était qui liste les dépenses en début de chapitres – les rôtis, les
207 p., 39 €. Trianon, est allée à la la mode ». Ce décor d’insouciance de la famille royale pendant fritures, les timbales, les soufflés,
source, en l’occurrence ne fait pas oublier que la reine va son emprisonnement : une les puddings, etc. Certains plats
les riches collections montrer une force de caractère peu brosse fine à bouche, deux paraissent datés, qu’importe,

Mariede la BnF, commune quand « le rideau tombe ». ballons pour le prince royal, deux ils nous inspirent. Le bon sens de D’Hélène Delalex
pour composer À l’ambassadeur d’Autriche, son bouteilles de fleur d’orange… Au fil l’auteur dont le style nous restitue Perrin/Bibliothèque
un parcours aussi fidèle Mercy-Argenteau, Marie- des pages, Hélène Delalex donne une la voix et la personnalité est nationale de France
instructif que Antoinette explique que « c’est dans large place aux témoins de l’époque, galvanisant. Guidé par elle, on brûle 310 p., 25 €.
plaisant, même si le malheur qu’on sent davantage tous emportés dans un maelström de passer aux exercices pratiques.
parfois bouleversant. ce qu’on est ». Parmi les documents que personne ne maîtrise. Un régal.
Par exemple, pour ici présentés, le plan d’appartement FrÉdÉriC de mOniCAULt Astrid de L Armin A
Un livre acheté = 4 repas distribués
15 nouvelles inédites écrites par
ToninoBENACQUISTA Karine GIEBEL Étienne de MONTETY
FrançoiseBOURDIN Marie-Hélène LAFON François MOREL
MarinaCARRÈREd’ENCAUSSE Alexandra LAPIERRE Romain PUÉRTOLAS
Jean-PaulDUBOIS Cyril LIGNAC Tatiana de ROSNAY
Françoisd’EPENOUX Agnès MARTIN-LUGAND Leïla SLIMANI
Depuis 7 ans, près de 6 millions5€
de repas ont été distribués
LE FIGARO SOUTIENT LES RESTOS DU CŒUR
©RéalisationKosept
Illustration deRiad SATTOUF
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jeudi 16 décembre 2021 le figaro le figaro jeudi 16 décembre 2021
■ Hambourg, année zéro4 entre 2011 et 2013 sa trilogie sur plusieurs morts violentes ou 5 ■ aujourd’hui, avec Pour rien au monde, il qui va tenter d’éviter l’a rmageddon ! a fin du monde ?
a vec sa Trilogie berlinoise hambourgeoise, composée étranges. l e second, qui a perdu toute nous propose un thriller de fort tonnage en quarante-deux chapitres menés À 72 ans, le Gallois Ken f ollett
(1989-1991) et les nombreuses de L’Assassin des ruines, L’Orphelin des sa famille, trouve dans ce travail âpre dans lequel il imagine une crise au pas de charge, f ollett imagine le pire est l’auteur de trente et un
bestsuites des aventures docks et Le Faussaire de Hambourg une occasion de s’investir pour ne pas internationale qui pourrait entraîner une scénario et son histoire est si réaliste sellers et l’un des écrivains
de son héros, Bernie Gunther, (l e Masque, 2018-2019). t rois histoires sombrer. Une série passionnante tirée troisième guerre mondiale ! t erroristes, qu’elle fait froid dans le dos ! f . l . les plus populaires au monde.
Philip Kerr a influencé un nombre situées dans l’a llemagne dévastée d’histoires vraies. B. C.trafiquants de drogue et d’armes, « Pour rien au monde », de Ken Follett, Il a tout essayé avec réussite :
considérable d’auteurs de l’après-guerre. Plus exactement « La Trilogie hambourgeoise » de Cay espions, politiques véreux et, au-dessus traduit de l’anglais par Jean-Daniel romans d’espionnage, romans
s’adonnant au roman policier à Hambourg, occupée par les Rademacher, traduit de l’allemand de cette aimable clique criminelle, Brèque, Odile Demange, Christel à suspense, romans historiques
historique. a insi, l’a llemand Critique Britanniques. l à, un lieutenant écossais par Georges Sturm, Le Masque, 1 100 p., Critiqueune certaine Pauline Green, première Gaillard-Paris, Éditions Robert Laffont, (les fameux Piliers de la terre,
Cay r ademacher, a-t-il publié et un inspecteur allemand enquêtent 23,90 €.femme élue présidente des États-Unis, 777 p., 24,90 €.27 millions d’exemplaires !) et Littéraire Littéraire
Le bon, les brutes et les truands Le papy du néopolar est de retour
loween. Tout se passe bien sauf Mort d’un pourri, roman dont la bruno corty Séba Stien apaque
bcorty@lefigaro.fr slapaque@lefigaro.frqu’ils découvrent que le coffre- lecture n’arrangera rien à la
fort de l’agence est vide. Sans fameuse « défiance » des Français
EPUIS On the Brinks, raison, énervés, les trois lascars E N’ÉTAIT pas si mal, envers le système démocratique.
sa formidable auto- emportent avec eux la valise d’un sous Giscard. Et même Paru deux ans plus tard dans la
biographie, on sait des clients qui avait eu la mau- sous Pompidou. Alain collection « Super noire » qu’il
que les romans de vaise idée de leur tenir tête. Et là, Delon, Mireille Darc, inaugurait, Adieu poulet ! est du DSam Millar, né à bingo ! Le magot en billets cra- CMaurice Ronet, Miou- même tonneau de vinaigre : « Les
Belfast en 1955, reposent sur un quants. Le problème c’est que cet Miou et Lino Ventura tournaient voyous sont partout, même dans mort
vécu solide. Rebelle engagé du argent appartient à quelqu’un qui d’un pourri dans des films adaptés de romans l’État. » Incarné par Lino Ventura
De Raf Vallet,côté de l’IRA puis casseur de apprécie très modérément leur noirs écrits par des premières gâ- dans le film de Pierre
Granier« Série noire », banque aux États-Unis, Millar a indélicatesse. Du jour au lende- chettes de la « Série noire », ayant Deferre, le commissaire principal
Gallimard,payé comptant ses choix de vie : main, ils vont avoir à leurs bas- pour noms Raf Vallet, Jean-Pa- Germain Verjeat n’a pas exac -
297 p., 14 €.huit ans d’enfermement à Long ques des policiers, un chef en fin trick Manchette, Francis Ryck ou tement confiance dans la justice de
Kesh, effroyable prison d’Irlande de carrière qui voudrait bien finir Pierre Siniac. C’est Pierre Granier- son pays. Persuadé qu’on veut lui
du Nord connue pour le sort ré- en douceur et quelques planches Deferre, Robert Enrico ou Claude faire porter le chapeau dans une
servé aux catholiques. À savoir : pourries, ainsi que des tueurs à Chabrol qui tenaient la caméra. Et ténébreuse affaire de bordel à
humiliations, tortures, actes de gages, certains méchants, les dialogues étaient souvent notables et de prévarication, il Le bel hiver
barbarie. Et soixante mois aux d’autres très méchants. signés Michel Audiard, ce qui ne décide de se venger, quitte à jouer
États-Unis avant d’être renvoyé gâchait en rien le confort du les ripoux. « Le complexe du bon
Trio infernaldans son Irlande natale avec in- spectateur dans les fauteuils des Jean Laborde, alias Raf Vallet, shérif », écrit Raf Vallet.
Sam Millar livre un bijou d’humour était fasciné par l’envers terdiction de remettre les pieds Comme dans un western de cinémas des Champs-Élysées à Sur sa route, Verjeat affronte des
et de noirceur, porté par une de l’histoire contemporaine.sur le territoire américain. Bref, Sergio Leone, Sam Millar s’amuse Paris. messieurs pas très tranquilles. des polars traduction aux petits oignons. Ainsi un substitut retors qui garde un dur de dur. De la même fa- follement, notamment dans une La bonne maison Gallimard
mille qu’Edward Bunker, bra- scène où l’un des tueurs à gages ULF AndERsEn/AURimAgEs/AFP réédite deux polars dont la lecture « Si nous parlons du même pays, je une dent contre la police depuis
queur de fort calibre tombé à est surveillé par un second tandis ranimera la nostalgie de cette pense même que ça craque depuis son arrestation dans une manif. Le
plusieurs reprises et qu’un flic ripou est films. Ce qui est à la fois grotes- époque chérie autour de la table les derniers Valois »… On a beau flic est étonné par la capacité de s électi o n Romans policiers,
nuisance de cet ancien gauchiste. longuement reclus au également en embus- que et suprêmement énervant familiale à l’occasion des fêtes. dire, mais Alain Delon reste le
quartier de haute sé- cade. Ce qui fait le sel pour ses acolytes, qui menacent Cette année, le concours de meilleur dans les rôles de dandy « Que des connards de Mai 68 un tueur romans historiques, thrillers,
curité du pénitencier de cette histoire de de lui tirer une balle dans la tête. citations de Michel Audiard aura porte-flingue. soient maintenant devenus magis-sur mesure
adieu poulet !de San Quentin. L’un De Sam Millar, Pieds nickelés punis La violence est omniprésente sur pour sujet Mort d’un pourri, film de trats, admis à la rigueur. Mais suspens...Huit livres à placer De Raf Vallet,traduit de l’anglais qu’ils en profitent pour vider une et l’autre sont rentrés sévèrement pour leur ce territoire longtemps déchiré Georges Lautner tiré d’un roman
«Série noire», (Irlande) Les voyousdans le rang. Ils ont amateurisme, c’est, par la guerre civile. Le sadisme de Raf Vallet paru en 1972, à l’âge vieille querelle en déquillant des po- sous le sapin. Gallimard, par Patrick Raynal, troqué le flingue entre autres choses, de ces hommes durs n’a pas de d’or du gaullisme immobilier. “ licierssont partout, 261 p., 14 €.Éditions Métailié, contre la plume. les dialogues savou- limites. On pense parfois à cer- Avantage à ceux qui se sou - - et avec la bénédiction générale, même dans l’État285 p., 21,50 €. braves petits juges courageux, Découvert par Pa- reux. « Quoi de neuf taines scènes des livres des An- viendront du flegme impeccable
raf vallettrick Raynal, ex-pa- dans le canard ? de- glais Ted Lewis ou David Peace. d’Alain Delon dans le rôle de propres et tout - c’était un joli ”
tron de la « Série noi- mande l’un des bra- Un tueur sur mesure est un Xavier Maréchal (Xav Maupin retournement. »
re » et de « La Noire », queurs. - Pas grand- ouvrage qui se lit d’une traite, dans le roman) et de ses reparties Entré au catalogue de la « Série À distance, on observe que
l’impertinence se portait bien, en Sam Millar est devenu chose, répond l’autre, sans le moindre temps mort. Un qui vaudraient aujourd’hui à leur noire » sous le nom de Jean
Decet auteur dont on at- mais il y a quand même roman qui commence par l’exé- auteur d’être assassiné verba- lion, un pseudonyme qu’il a tro- ce temps-là. Les jeunes gens en
tend chaque livre avec une statistique intéres- cution d’un couple par son gamin, lement sur France Inter pour qué pour celui de Raf Vallet, Jean colère du néopolar, auxquels
impatience. sante. On a acheté cet- qui retourne tranquillement se crime de populisme… « Certains Laborde (1918-2007) était fasciné « papy » Laborde s’était affilié à
50 ans passés sous le nom de Raf Le petit dernier, Un te année à Belfast huit coucher pour lire ses magazines élus du peuple vont connaître une par l’envers de l’histoire contem-
tueur sur mesure, est mille battes de base- préférés consacrés aux super-hé- petite traversée du désert… Au pas poraine qu’il a eu le don de resti- Vallet, défouraillaient sur les
un bijou d’humour et ball. Le plus marrant, ros. Ce gamin meurtrier devien- de course, rassure-toi. Quand ils tuer sans apprêts. Coups tordus, vieilles barbes et les nouveaux
de noirceur, porté par c’est qu’on a acheté dra, bien sûr, l’un des personna- reviendront, ils se seront fait le inti mi dations, partouzes, filatu- bien-pensants sans que personne
n’ose s’en plaindre.une traduction aux que vingt-quatre bal- ges centraux de ce roman noir qui masque républicain, comme les res, barbouzes, brutes fascistes du
petits oignons de les… » Dans ce trio in- s’achève comme il a commencé, vieilles putes se font retendre les SAC (la police parallèle du pouvoir La censure était bonne fille. Ses
Raynal. L’histoire est simple : fernal qui met du temps à réaliser dans le sang. Un magazine améri- fesses »… « Les deux fléaux qui me- gaulliste) et agents doubles du ciseaux cliquetaient dans un
soustrois braqueurs portant des mas- que le ciel va lui tomber sur la cain a écrit un jour que Millar était nacent l’humanité sont le désordre Sdece (le service de rensei- bureau du ministère l’Intérieur.
Pas dans les journaux ou sur les ques de loup attaquent une ban- tête, l’un passe son temps à par- un « poète des ténèbres ». On ne le et l’ordre. La corruption me dégoû- gnements extérieur français) :
que de Belfast le jour d’Hal- ler en utilisant des répliques de contredira pas. ■ te, la vertu me donne le frisson »… aucun ingrédient ne manque à plateaux de télévision. ■
soleil levant e econd
D’Alexandre Galien,Le boucher des fortifs La nouvelle bataille de Valmy Les pires parents Un jeune prêtre anglais
Michel Lafon De Robert Harris,
« Polar », traduit de l’anglais
298 p., 18,95 €. par Natalie du monde face aux diables des boisHAQUE ANNÉE, le Sa reconstitution d’un Paris LEXANDRE GALIEN voitures ont trois cent mille bornes peu commun. Dans la chambre
Zimmermann,prix du Quai des Orfè- qui n’est plus, avec ses métiers n’a pas perdu de au compteur, qu’on a un ordinateur d’un palace parisien, on retrouve
Belfond Noir, vres récompense un disparus, ses maisons d’abattage, temps. Après des étu- pour quinze, et qu’un soir sur deux, le corps sans vie d’un homme
361 p., 21 €.
roman policier inédit ses gazettes, est passionnante. des de droit et de il n’y a pas de soupe à distribuer d’origine asiatique ayant, appa- alice develey tre amis vont inventer leurs pro- a lexandre fillon dans un endroit reculé de la mon- le défunt, dans une maison tenue
adeveley@lefigaro.fr meCécrit en français. Le Sur les traces du tueur au mar- Asciences criminelles, parce que la préfecture oublie de remment, pratiqué le seppuku, pres règles. Le lecteur s’en doute tagne, son corps déjà très attaqué par la gouvernante, M Agnes
prix rapporte 777 euros au vain- teau, effrayant écorcheur, Des- il a intégré la DRPJ (direction ré- nous l’envoyer… En gros, tu es le ci- suicide par éventrement. Suicide ? déjà, cela va mal tourner. Au début, OBERT HARRIS se re- par les animaux des bois. La ru- Budd, où il est aussitôt attiré par
queur ainsi qu’un tirage minimum sange et sa brigade font face à gionale de la police judiciaire). metière des ombres. Un service où A priori, mais très vite tout indi- ES SOIRS de réveillon, le ce sont des questions puériles : « Tu nouvelle avec dextérité meur circule que le père Lacy, âgé son étrange collection d’objets et
de 50 000 exemplaires assurés par toutes sortes de pressions, à En 2019, à 30 ans, il a adressé le viennent se faire oublier ceux qu’on que que les choses se sont passées monde entier rivalise en as couché avec combien de mecs ? », à chaque nouveau livre. de 56 ans, aurait été assassiné, tué de volumes qui semblent fort
héla vénérable maison Fayard. On commencer par celle de leur hié- manuscrit d’un polar très sombre n’a jamais vraiment remarqués autrement. Des empreintes par- paillettes et cotillons. Mais mais très vite les défis s’enchaî- Le journaliste et écri- par les diables des bois… rétiques. Ainsi que des lettres plus
doit à la vérité de dire que ces rarchie. Des élections appro- au jury du prix du Quai des Orfè- avant. Évidemment, tu fais figure lent ainsi qu’une clé USB retrou- il suffit qu’on gratte un nent : il faut se raser la tête, déver- Rvain anglais a toujours Mandaté pour officier à l’enter- que troublantes…
dernières années, le jury présidé chent. Les grèves à répétition, la vres. Les Cicatrices de la nuit ont d’exception… » Au cours de sa pre- vée dans la rue, à proximité de Lpeu le vernis des appa- ser une bouteille de vin hors de prix eu un don particulier pour s’ap- rement – où il évoquera « un sort Sur place, il rencontre
rapidepar le directeur de la PJ (police ju- mobilisation des Camelots du roi raflé la mise, Galien devenant, mière tournée, Valmy fait la l’hôtel. rences, et la réalité est souvent peu sur la moquette, prendre un club de proprier les époques et les genres contraire » -, le père Fairfax dé- ment le capitaine Hancock. Celui
diciaire) en place s’est peu trom- d’un côté, qui ciblent autant les pour la petite histoire, le plus jeu- connaissance de plusieurs SDF as- Désormais à la tête de l’ancien reluisante. Si l’on sourit et l’on boit, golf et bousiller les phares d’une littéraires. On ne rate aucun de ses couvre un village isolé de la région qui, avec les employés de sa
fabripé. Les amateurs de polars l’ont anarchistes que les Africains de la ne lauréat depuis la création du sis devant un brasero, jouant de la groupe de Valmy, Alice Quinet, dans le silence de verres, on entend voiture… Où vont-ils s’arrêter ? textes depuis l’éblouissement ini- d’Exmoor, dans le sud-ouest de que de tissus, a retrouvé le cadavre
bien compris ; ils achètent les Goutte d’Or et les Russes juifs, les prix en 1946. guitare et partageant des grillades. transfuge de la DGSI ayant contri- les reproches et la colère. Parfois tial procuré, au début des an- l’Angleterre, entre le Devon et le du père Lacy. Et aussi lady Dur -
Les dialogues fusentyeux fermés ces titres au format communistes de l’autre, ne faci- Fort de ce succès public et criti- Et puis, il découvre un certain Zig- bué à la chute du commandant, même, on décèle des envies de nées 1990, par l’extraordinaire Fa- Somerset. Ni l’ambiance ni le
clipoche estampillés du bandeau litent pas les choses. D’autant que, le jeune flic écrivain a logi- gy, colosse dont le passe-temps doit résoudre cette affaire et com- meurtre… Cette pulsion de mort, Camilla Läckberg raconte moins les therland. Un thriller de haute volée mat des lieux ne sont accueillants
Robert Harris rouge « Prix du Quai des Orfè- plus que ces mouvements sont en quement remis en scène l’année semble être de frapper à mains poser avec un groupe d’hommes et c’est ce que raconte Camilla Läck- dérives d’un jeu de société qu’un où il imaginait que les Beatles de prime abord… “vres ». Après Les Cicatrices de la proie à des scissions. Des taupes suivante le commandant de la nues les arbres… de femmes qui ont pour elle assez berg dans son dernier livre, Sans tragique jeu de regards et d’appa- chantaient Yellow Submarine à Le jeune serviteur de notre a toujours eu un don
nuit d’Alexandre Galien, prix sont infiltrées partout. Faire Crim Philippe Valmy dans Le Souf- Son ancienne équipe est, quant à peu d’estime, voire pas mal de passer par la case départ. Une nou- rences. Est-ce par fierté, par honte Berlin en 1964, pour l’anniversaire Sainte Mère l’Église s’installe chez particulier pour
e2020 (lire ci-contre), et Cap Ca- tomber la III République est fle de la nuit (disponible depuis peu elle, mobilisée sur un fait divers rancœur. velle de 99 pages dans laquelle la ou par peur que l’on se terre dans le d’Adolf Hitler, après la victoire des
s’approprier les naille de Christophe Gavat, prix dans toutes les têtes. Et puis, il y chez Pocket). Dans cette histoire Comme toujours, Alexandre Ga- vengeance a un arrière-goût de silence ? Au fil des pages, l’auteur forces de l’Axe…
2021, le prix 2022 va à Véronique a la politique coloniale. Le gou- publiée chez Michel Lafon (l’édi- lien lance des lignes dans tous les vodka. montre bien qu’on ne connaît ja- Depuis, Harris nous a emmenés époques et les genres
de Haas pour La Muse rouge. vernement veut accélérer le teur d’Olivier Norek), l’ex-flic du sens et brouille les pistes sans ver- Stockholm. Quatre camarades mais vraiment ceux qui nous entou- à Pompéi, à Munich, au temps de littéraires
chantier Congo-Océan. Les co- « 36 », brisé par plusieurs décès gogne. Quel rapport entre les SDF d’un quartier huppé se rejoignent rent, et plus particulièrement les l’affaire Dreyfus ou de nos jours
Ambitieux et distrayant lons n’en veulent pas, qui refu- brutaux dans son entourage, s’est dont s’occupent Valmy et son pour fêter la nouvelle année. La soi- personnes que l’on aime. Alors sans passer par avec L’Homme de l’ombre, porté à ”
la case départSon roman a pour originalité de sent de voir leurs terres ampu- réfugié en Afrique avant de re- équipe de la Bapsa, le citoyen ja- rée n’est pas encore très avancée comment les protéger ? Les dialo- l’écran par Roman Polanski sous le ston, personne de condition qui a
De Camilla Läckberg,nous faire quitter l’ambiance du tées. Les locaux sont vent trouver son groupe et ses cauche- ponais éventré et un petit Français mais Liv, Max, son ami-amant, et le gues fusent et l’émotion monte en titre The Ghostwriter. connu des jours meilleurs mais
traduit du suédois polar actuel pour celle du roman debout, à deux doigts de la révol- mars parisiens pour vivre une dont on découvre progressive- couple Martina-Anton sont déjà intensité. L’écriture, sous tension, Le Second Sommeil, son dernier parvient à faire bonne figure.la muse rouge
par Susanne Juul, policier historique. Nous sommes à te. Un navire quitte Bordeaux le De Véronique nouvelle enquête sur fond de trafic ment l’histoire violente à Tokyo ? complètement ivres. Ils sont les devient électrique. né, constitue une nouvelle Plus british que jamais, Robert
« Actes noirs », de Haas,Paris dans les années 1920. Un sol- ventre chargé de matériel et de drogue et de magie noire. On ne sait pas si Alexandre Ga- parfaits archétypes d’une jeunesse Les révélations tournent aux prouesse – et fait, qui plus est, Harris installe un climat et pose un
Actes Sud, « Fayard noir », dat rentré de la guerre, Victor Des- d’armes de contrebande. Mais Aujourd’hui, avec Soleil levant, il lien, qui dispense depuis peu un superficielle et détestable qui estime aveux, et les aveux à la haine incan- preuve d’une belle audace. Son décor évoquant avec bonheur 99 p., 11,90 €.408 p., 8,90 €.sange, entre à la brigade criminelle l’Afrique n’arrivera jamais, com- achève (peut-être) la « trilogie cours intitulé « Roman noir, épo- sa vie au nombre de ses abonnés sur descente. Jusqu’ici, les personnages héros du jour est un homme de l’univers de l’immense Thomas
où il va être confronté à une série pliquant les plans des uns et des Philippe Valmy » en beauté. que sombre » à Sciences Po et tra- les réseaux sociaux. Tout semble se cachaient leur vrai visage mais, Dieu. Christopher Fairfax, un jeu- Hardy. Celui de Tess d’Urberville et
d’assassinats perpétrés sur des autres. vaille en tant que scénariste pour leur sourire et pourtant, depuis la en quelques phrases, ils s’aperçoi- ne prêtre à la barbe noire et four- de Jude l’Obscur.
Cimetière des ombresprostituées. Une clientèle dont la Au-delà de son enquête, déjà la télévision, aura le temps et l’en- fenêtre où ils voient leurs parents vent qu’ils ont un même et seul re- nie officiant dans l’Angleterre de Le Second Sommeil est un
fascidisparition n’émeut guère les auto- prenante, Dessange doit gérer sa Pas tout à fait remis de ses trau- vie de continuer la série Valmy. En danser, leur regard est mauvais. flet. Leurs confessions se lisent l’an 1468. nant labyrinthe. Une toile
d’arairités. Jusqu’au jour où un diploma- vie privée, tiraillé qu’il est entre mas, Valmy est muté à la Bapsa, tout cas, comme Bernard Minier Qu’ont-ils fait ? comme dans un miroir. Ils n’ont Après le décès de ses parents, le gnée dont on ne peut se dépêtrer,
te de la république de Chine est re- sa famille et sa jeune maîtresse. Et brigade d’assistance aux person- avec Martin Servaz, Franck Dans ce huis clos d’or et de plus qu’un mot aux lèvres : la ven- futur père Fairfax a été envoyé à ni révéler les secrets. Nous
laissetrouvé mort dans une maison close puis il y a le jeune Pierrot, formi- nes sans-abri. A priori pas grand- Thilliez avec Sharko, Olivier No- paillettes, Liv veut se changer les detta. Comme dans ses précédents l’âge de 10 ans à l’école de la ca- rons donc le mot de la fin à
Steréputée. dable personnage de poulbot qui chose à voir avec l’activité du rek avec le Capitaine Coste ou idées. « Que faire pendant ces six ouvrages, Camilla Läckberg pro- thédrale d’Exeter, puis au sémi- phen King, qui résume mieux que
Robert Harris installe un climat Professeur de lettres pendant taille sa route, observant les uns « 36 », désormais installé rue du Niko Tackian avec Tomar Khan, il heures à tuer ? Boire, bien sûr. Mais pose une histoire, qui dans ses der- naire. Le voici qui vient de se voir personne la situation : « En un
Comme toujours, Alexandre Galien et pose un décor évoquant plusieurs décennies, Véronique de et les autres, chouchou de ces da- Bastion, aux Batignolles. « L’avan- a réussi à créer un personnage de elle a envie d’autre chose. Sur une nières pages tourne au récit confier une mission par sa hié- mot : merveilleux. En deux mots :
lance des lignes dans tous les sens avec bonheur l’univers Haas s’est passionnée pour l’his- mes. La Muse rouge est un roman tage, c’est qu’on a une paix royale flic crédible, attachant, dur et fra- des étagères, un Monopoly. » Rien défouloir. Un bouquet final qu’on rarchie. Le père Thomas James lecture compulsive. En trois mots :
etoire du XX siècle et plus particu- ambitieux et distrayant à la fois. résume un vieux briscard à son ar- et brouille les pistes sans vergogne. gile à la fois, humain. À 32 ans, ce de plus innocent qu’un bon vieux attendait mais qui ne déçoit pas. Lacy, de la paroisse d’Addicott de l’immense Thomas Hardy. achetez-le maintenant. En quatre
J. FAURE/LEExtRA/Éditions F AyARd dAVid HARtLEy/REx/siPAlièrement l’entre-deux-guerres. Une très belle réussite. ■ b. . rivée. L’inconvénient, c’est que nos n’est déjà pas si mal ! ■ b. . jeu de société et pourtant… Les qua- Amoral et absolument fatal. ■ St. George, a été retrouvé mort mots : ce soir si possible ! » ■
A
à lire
à lire
Viachesla V peretiatko/realstock1/stock.adobe
collection personelle
ommeil

jeudi 16 décembre 2021 le figaro
6 En toutes 1954 pour s’installer en banlieue parisienne, 2017 sous l’œil de Marc Lambron
à Vitry-sur-Seine. « Dans ce boulever- L’Année du Coq de Feu : c’est le titre donné par confidences
sant récit des origines, précise son édi- Marc Lambron au volume de son journal
consateur, leur petit dernier, Tonino, restitue cré à 2017, année électorale. Plus de 700 pages
L’enfance de Tonino Benacquista avec fantaisie cette geste. Il raconte de rencontres, d’anecdotes, de lectures, de
Deux ans après Toutes les histoires d’amour aussi les batailles qui ont jalonné sa confidences de celui qui se dit « scrutateur de
ont été racontées, sauf une, Tonino Be - conquête de la langue française (…), l’aléa ». On y retrouve, sous sa plume aussi
alernacquista (né en 1961) nous livre un roman traçant la lumineuse trajectoire d’un te qu’impertinente, ses confrères de l’Académie,
autobiographique, Porca miseria. L’auteur de autodidacte que l’écriture a sauvé des Macron en campagne, Angelina Jolie, et, bien sûr, Critique La Maldonne des sleepings y raconte l’histoire de affres du réel. » Michael Jackson et Mick Jagger, le « Noureev du
ses parents, Cesare et Elena, qui ont quitté l’Italie en À paraître le 6 janvier, chez Gallimard. rock’n’roll ». Chez Grasset le 26 janvier.Littéraire
L’homme qui murmurait à l’oreille des pur-sang
theresa révay Le destin hors norme de François Mathet, qui a consacré sa vie aux chevaux.
laurence caracalla malgré les obstacles : le premier prédécesseurs. Il le sait, on ne redoutable Gabrielle Chanel et la spectateurs des hippodromes qui
est cette volonté de faire carrière gagne pas le Prix de l’Arc-de- star Alain Delon, tous deux pro- voyaient en lui un homme sans
la course ONGCHAMP, 1924 : là où on ne l’attend pas. Il faut Triomphe ou de Diane en dilet- priétaires de chevaux, qui ont fard. Sa réserve, son
intransiFrançois Mathet assiste être du sérail pour entrer dans le tante. Bientôt, sa réputation trouvé avec Mathet une person- geance, le couple fusionnel qu’il
De Theresa Révay, pour la première fois à milieu très fermé des courses. n’est plus à faire et il devient un nalité rivalisant sans mal avec la formait avec Marguerite des
Tallandier, une course. Il a 16 ans et Or, il est le fils d’un officier et entraîneur… indépassable. leur ! Il forme aussi de futurs Courtils, jeune aristocrate de
443 p., 22,90 €. L son destin est déjà scel- lui-même songe un temps suivre grands jockeys, comme le sur- vingt ans de moins que lui, n’en
Chanel et Delonlé: sa vie sera consacrée aux pur- les pas de son père en intégrant doué Yves Saint-Martin, qui ga- font pas seulement un acteur
essang. Il sera cet entraîneur mon- Saint-Cyr. On est loin des pistes De sa collaboration avec François gnera quinze ans durant les sentiel du monde des courses,
dialement connu, personnage en herbe de Deauville ! Pour se Dupré, le propriétaire du Geor- courses les plus prestigieuses. mais surtout un personnage
rocomplexe, taiseux au grand cœur, faire une place, il devra être le ge V et du Plaza Athénée, naît Cette éblouissante carrière est manesque. Pourtant, Theresa
Réqui méritait bien une biographie. meilleur. Le voilà cavalier, mais une amitié faite d’admiration et pourtant émaillée de grandes vay l’avoue : n’aurait-il pas
déTheresa Révay a revêtu sa casaque après une chute en 1944, il chan- de respect mutuel. Puis il règne difficultés : soupçonné d’avoir testé voir révéler son intimité, lui,
et s’est lancée au grand galop sur ge son fusil d’épaule. Il se rêve en maître sur les écuries du prin- dopé ses chevaux, son honneur le pudique ; aurait-il supporté
les traces d’un destin hors norme, maître-entraîneur et réussit son ce Aga Khan IV qui, d’abord est en jeu. Il accuse le coup, ri- qu’on dévoile ainsi sa sensibilité,
qui ne ravira pas seulement les pari. Son secret ? Une passion néophyte, dira : « Tout ce que je poste et sera finalement inno- lui qui se donnait tant de mal à la
amateurs de turf. dévorante, un perfectionnisme sais des courses, c’est lui qui me centé. Cent fois on le croit fini, cacher ? Gageons qu’il aurait été
François Mathet est en quelque parfois démesuré et une métho- l’a enseigné ». Enfin Guy de cent fois il renaît de ses cendres. heureux, fier sans doute, de ce
sorte un homme de son siècle, de très personnelle, bien diffé- Rothschild le recrute et devient François Mathet était jalousé portrait flamboyant, de cet
homeffectuant un parcours sans faute rente de celle de ses illustres son meilleur allié. Sans oublier la par ses pairs mais admiré par les mage inspiré et inspirant. ■
Amours
babyloniennes
Éric-Emmanuel Schmitt
Deuxième tome d’une saga
où l’auteur raconte son histoire
du monde.
pas celles d’un jeune homme de alice develey
adeveley@lefigaro.fr 25 ans, bien qu’il en ait l’apparence,
mais de 8 000 ans, puisque ce
derL Y A des livres dont les phra- nier est né durant le néolithique. À
ses jubilent, dont on sent ses côtés, nous avons vécu la petite
qu’elles ont été écrites par un histoire, l’amour avec une certaine
auteur en joie. La Noura, les guerres de IPorte du ciel pouvoir, et puis la
d’Éric-Emmanuel grande histoire, avec le la porte du ciel
Schmitt est de ceux-là. Déluge, une relecture D’Éric-Emmanuel
Il est la deuxième bri- fantasmagorique de la Schmitt,
que (plus de 500 pages) Bible. Avec La Porte du Albin Michel,
d’une saga de huit ro- ciel, nous quittons 585 p., 22,90 €.
La Grande Tour mans magistraux qui maintenant des temps tout pas qu’il les retrouve, et en- de création ne va pas se passer faudra être habile, les espions sont
de Babel (1563), racontent non moins antédiluviens pour des core moins qu’il voie Noam, car il comme prévu. Noura va disparaî- légion. Qui est donc le magicien
de Pieter Brueghel que l’histoire de l’hu- siècles babyloniens. comprendrait qu’il est invincible et tre et Noam va partir à sa recher- Gawan ? Que veut la reine Kubaba,
manité. Il en fallait Aux dernières nouvel- l’Ancien. Leemage/ aFP sa soif de violence n’aurait plus de che. Si le temps n’est plus, le des- rivale de Nemrod ?
donc de la fougue, de les, Noam avait la tête limite. En somme, c’est la peur qui tin, lui, est en marche. Complots, trahisons,
fourbel’érudition, de l’imagi- tranchée par un bour- fait l’homme. Avec Schmitt, l’histoire est une ries… C’est Dumas ressuscité dans
nation pour construire reau. Oui, mais depuis femme. Noura. Partout où Noam le texte ! À travers ce roman,
SchDumas ressuscitéun tel monument litté- le premier tome, on sait va, il la voit, ou du moins, il la fan- mitt est tour à tour philosophe,
raire ! Les dialogues que l’homme est im- Loin du monde, Noura et Noam tasme. Durant son enquête, il dé- historien, métaphysicien,
fabulisabreuvent, l’écriture mortel. s’aiment et veulent construire une couvre l’écriture, l’astronomie, la te. Il réécrit l’épisode de la tour de
est vive, les aventures Tandis qu’il reprend famille. Mais est-ce possible alors ville et notamment Babel. Une cité Babel, le sacrifice d’Abraham,
sont folles. Disons-le connaissance, la belle qu’ils ne répondent plus au temps monstrueuse, « sortant de terre l’épopée de Gilgamesh. Sa
relecd’emblée : cette suite à Noura lui raconte ce biologique ? « Noura habitait l’éter- comme une montagne », dans la- ture du passé fait écho à notre
nulle autre pareille est qui s’est passé depuis nité en femme ; or l’éternité n’est pas quelle vit un chaos de gamins et monde moderne, qu’il s’agisse de
époustouflante. sa « mort ». Elle lui parle du terrible féminine. » Schmitt interroge notre d’esclaves. Celle-ci est régie par un la critique des puissants, des
mysAvec Paradis perdus, nous avions Derek qu’elle a fui il y a quelques condition d’homme. Est-on tou- tyran nommé Nemrod qui se garde tiques, ces « ventriloques » de Dieu
découvert le personnage de Noam décennies et qui la cherche depuis. jours vivant si l’on ne peut plus pour lui les plus belles femmes du qui veulent concurrencer le ciel.
qui consignait ses Mémoires. Non Noura est inquiète : il ne faut sur- mourir ? On s’en doute, ce projet monde. Noura est-elle là-bas ? Il Vivement le troisième tome ! ■
l’embuscade
D’Émilie Guillaumin, deux ans sous l’uniforme de l’ar-Des hommes d’instinct
Harper Collins, mée de terre - expérience dont elle
292 p., 17 €. a tiré un premier livre - écrit juste
émilie guillaumin Le récit d’une femme confrontée et fort. Elle peint tout en nuances
l’attachement à la famille militaire, à la disparition de son mari soldat. et en même temps, le rejet que les
dures règles de l’institution
peuarnaud de la grange vitent à tout sauf au malheur. Elle crâne de cette caste d’élite brûle vent parfois susciter. Clémence se
adelagrange@lefigaro.fr comprend tout de suite, son mari désormais les lèvres de Clémence. révolte, a envie de hurler, de griffer
lui a expliqué la procédure. L’ad- Elle prend le choc en plein ventre, ces hommes raidis par le devoir. À
OUR les proches de judant Cédric Delmas est mort, protège ses trois enfants alors d’autres moments, elle admet
ceux qui servent leur tombé avec cinq camarades au qu’elle porte le quatrième. Com- comme Cédric consentait. Elle
pays par les armes et front de la guerre contre le djiha- mence un combat qu’elle n’a pas le comprend que l’on ne peut «
applicombattent au loin, la disme dans les sables du Levant. Il droit de perdre. « Veuve de guer- quer à la guerre les règles de la Pmort est toujours en était membre des « FS », ces fa- re », une « expression d’une laideur paix ».
embuscade. La paix, cette paix gé- meuses « forces spéciales » au archaïque mais non dépourvue de Émilie Guillaumin dit très bien
nérale et partagée, pour eux, cœur des batailles postmodernes. noblesse ». Ce statut ne lui suffit la fraternité de ces commandos
n’existe pas. Il y a toujours un bout Un commando du « Treize », le pas. Cette femme forte veut savoir, Émilie Guillaumin peint tout en entre eux. « Au “Treize”, les grades
e nuances l’attachement à la famille de guerre, ouverte ou secrète, mythique 13 régiment de dragons comprendre, bousculer la loi du se- semblaient parfois être donnés à
timilitaire et le rejet que les règles pour filtrer la lumière. Sans y pen- parachutistes dont la spécialité est cret. D’autant qu’elle finit par ap- tre indicatif tant ce qui primait était
de l’institution peuvent susciter.ser vraiment, ils redoutent le jour le renseignement : sauter derrière prendre que le corps de Cédric la valeur humaine et la compétence
où des mines officielles et gênées les lignes, s’enterrer des jours en- n’était pas le sien, qu’il est sûre- des soldats. » Au-delà de leur
sasonneront à leur porte pour an- tiers en se fondant dans la terre ou ment vivant et aux mains de Daech. sensibilité et émotion les zones om- voir-faire et de l’entraînement,
noncer que l’être aimé est tombé. le sable et observer. L’affût, subtil brées des guerres d’aujourd’hui et c’est ce lien humain qui permet à
Lien humainCe coup de sonnette de l’aube, et dangereux. leurs ondes de choc sur les âmes ces « hommes d’instinct » de rester
c’est ce que vit Clémence un jour « Un parachutiste ne va pas au Du point de vue rare d’une femme contemporaines. Émilie Guillaumin fidèle à la devise de leur régiment :
d’été où la chaleur et la nature in- ciel, il y retourne. » Cette phrase et épouse, ce roman explore avec connaît son sujet. Celle qui a passé « Au-delà du possible ». ■
A
Francesca MantovanI/Gall IMard/ opale
Melan Ia avanZato/opale
parfaiter
le figaro jeudi 16 décembre 2021
7Un thriller détonant Éric Chevillard eux, Nicolas Mathieu publiera vier chez Stock, dans la
collecson troisième roman, Conne - de Benjamin Dierstein au musée tion « Ma nuit au musée ».ÇÀ mara, le 2 février, chez Actes C’est l’une des révélations du Un an après la publication de
Tchekhov inéditSud. L’histoire d’un retour thriller français. Dans la lignée de son singulier bestiaire ( Zoolo -
au pays alors que les années James Ellroy ou de David Peace, giques, chez Fata Morgana), Le 20 janvier, les Éditions Arléa pu-&LÀ
ont passé, « l’histoire d’une Benjamin Dierstein publiera en Éric Chevillard publiera le ré- blieront la correspondance inédite,
tentative à deux, le récit janvier aux Arènes La Cour des cit de sa nuit passée au échangée de 1889 à 1900, entre
Le retour de Nicolas d’une autre chance, et d’un mirages, un thriller de 850 pages Muséum d’histoire naturelle, Anton Tchekhov et Lidia Mizinova,
Mathieu amour qui se cherche par-delà situé en 2012 sur fond de scanda- à Paris, dans la salle des espè- dite « Lika », de dix ans sa cadette, DocumentLauréat du prix Goncourt en les distances », selon son les politiques, d’organisation pédo- ces disparues ou menacées. qui fut celle qui lui inspira le
per2018 pour Leurs enfants après éditeur. criminelle, etc. L’Arche Titanic paraîtra le 19 jan- sonnage de Nina dans La Mouette. Littéraire
la guerre d’Indochine puis du
Vietnam, la construction du mur de
Berlin, nous livre ses réflexions sur Un grand témoin l’exil, la politique d’Eisenhower et de
De Gaulle. Il confie : « L’Europe est un
vieux marécage fumant, vénéneux,
exaltant et fascinant. Tout cela, je l’ai
vu de façon aiguë, palpable. » Et plus en exil
loin : « Les saints, les poètes, les
artistes, les femmes. Personne d’autre ne
peut aider à vivre. »Au passage, il se sandor marai La suite du « Journal » paie la tête de Beria (« le bourreau à
lunettes ») et de Nehru, le premier du grand écrivain hongrois qui se réfugie ministre indien, « ce type habillé en
clown musicien avec un bonnet de pâ-après guerre en Italie et aux États-Unis. tissier sur la tête ». En 1965, il note :
« Personne ne s’est empressé en 1956
de sauver les Hongrois qui, eux, ne
ture, y compris lorsque l’exil le porte voulaient pas du communisme, mais tclermont@lefigaro.fr
à New York, en 1952. Ce qu’il écrit, là, on secourt les Vietnamiens qui en
VEC ce nouveau volume ce qu’il vit, ce polyglotte le juge à veulent. Drôle de monde. » Vol.2, Les années
du passionnant Journal l’aune du Journal de Julien Green, et d’exil : 1949-1967 Narrateur hors pairde Sandor Marai, tenu surtout de celui de Gide, ainsi por- De Sandor Marai,
depuis 1943, ce sont ses traituré : « Ce huguenot malheureux Amer, inquiet, attentif au sort des traduit du hongrois A longues années d’exil que avait tellement peur du bonheur qu’il a traductions de ses livres en anglais, par Andras Kanyadi,
nous revisitons ici. Depuis l’Italie, trouvé refuge dans la volupté ». Au fil français ou allemand, il n’aura fina-Albin Michel,
jusqu’aux États-Unis, qu’il quittera des pages, il nous dit tout le bien qu’il 611 p., 25 €. lement trouvé le bonheur et
l’apaiavec sa femme Lola et leur fils adoptif pense de Dante, Proust, Malraux, sement que durant son exil en Italie,
Janos, en 1967. De son Journal, il dira : Tolstoï, Klaus Mann, Whitman, ses où il reviendra ensuite
régulière« Il s’empare de tout, aspire tout (…) compatriotes Attila Joszef (« le plus ment, en été, dans son appartement
C’est ma seule planche de salut. » grand poète hongrois »), Babits, Ku- de Salerne, en confessant : « En
ItaChassé de Hongrie par le régime dry et ses « personnages insensés », lie, j’aime tout. (…) Il n’y a pas cette
communiste, Marai trouve refuge en Soljenitsyne, et le désintérêt qu’il tension particulière, parfois
doulou1948 à Naples, dans le quartier du éprouve à lire Michel Butor (« un en- reuse qu’il y a “chez nous”. Il y a plus
Pausilippe, où il situera son roman nui insondable »), ou à relire Casano- d’équilibre, plus d’humanité ici… C’est
Le Miracle de San Gennaro. Naples où va (« un jocrisse »), qu’il avait fait re- un foyer, un jardin féerique, un éden. »
« tout est excitant, mystérieux et vivre dans La Conversation de Narrateur hors pair, Marai nous
magnifique mais en même temps Bolzano. offre également une époustouflante
languissant et douceâtre ». Il commente l’actualité interna- évocation du black-out de
Collaborateur de Radio Free Euro- tionale ou américaine, notamment New York en novembre 1965, alors
Dans son Journal, Sandor Marai commente l’actualité internationale et livre pe, Marai vit chichement, rencontre les dérives du maccarthysme, la vio- qu’il se trouvait au MoMA, où il allait
peu de gens, et se réfugie dans la lec- lente répression de 1956 en Hongrie, ses sentiments sur l’exil qui le touche, lui et sa famille. Fo ToTecA/Lee MAge régulièrement. ■
éclats de rire
De Régis Debray,
Gallimard, La légère gravité de l’esprit français
58 p., 8,50 €.
régis debray L’écrivain, qui a connu un accident vasculaire cérébral, revient plus vif que jamais
avec un recueil d’aphorismes aussi brillant que profond.
eugénie bastié ges ont fini presque entièrement ne. Le doctrinaire a laissé place au « Libéré des lendemains qui que. »), il n’oppose à la bêtise
ebastié@lefigaro.fr soulignées. moraliste, et ce costume lui va chantent », Debray ne s’adonne contemporaine qu’une «
combaTouché par un accident vascu- bien. La forme de l’aphorisme - si pas pour autant au désenchante- tive absence d’espoir ».
E SENS de la formule, laire cérébral il y a quelques mois, française - lui convient parfaite- ment. Sa lucidité ne se mue pas en Dans l’éternel combat entre les
c’est dangereux », lui Debray a connu les affres d’un ment, et il se hisse dans ces pages désespoir et s’il est acide parfois, « furieux et les narquois », ceux « disait son ami Julien cerveau en pagaille : « cohérence à la hauteur des grands… Cham- il n’est jamais amer. Nulle rancu- qui veulent changer le monde et
Gracq. Et en effet, on en baisse, trous de mémoire, désé- fort, Cioran et son maître Valéry. ne chez lui, nul déclinisme, mais ceux qui le contemplent de leur Lne peut pas lire un quilibre garanti ». Le pire qui Cela donne ces petites perles à un joyeux désabusement. Si, par fenêtre, il fait désormais partie
Debray sans se munir d’un stylo, puisse arriver à un intellectuel. encadrer : « Pour les idées qu’on se exemple, l’hommage rendu aux des seconds. Mais prévient-il,
et souligner frénétiquement des Mais, loin de lui faire perdre la fait du vaste monde, il est conseillé Invalides à Belmondo le conster- « qui reste assez froid est plus à
bouts de phrases qui frappent et boule, cette épreuve a comme af- de se rendre sur place, comme pour ne (« Quand un État, un chef même de rester droit ».
qui marquent. Régis Debray fûté sa plume, la délestant du gras acheter chaussures et pantalon » ; d’État et derrière lui toute une na- Le rire de Debray n’est pas
cyconnaît ses travers, et notam- des concepts, la transformant « On pourrait définir une civilisa- tion, dans la cour des Invalides, ja- nique. Il ne s’ajoute pas à la
dériment son goût incorrigible pour plus que jamais en scalpel agile et tion comme une brève phase de dis réservée à la célébration de ses sion systématique de notre
épole bon mot. Il manie l’apophteg- nerveux. transition entre l’envie d’en décou- serviteurs morts en service, ac- que ricaneuse. C’est un rire de
me comme un joueur de Ligue le dre et le besoin de se reposer » ; cueillent des sosies qui ont gagné sage, celui du vanitas vanitatum
Une « combativeballon. Il s’y adonne complète- « Faut-il encore mettre une majus- sans ménager leur peine la bataille venu du fond des âges. À un
absence d’espoir »ment dans Éclats de rire, court cule à histoire ? On n’a plus les des studios, des promos et des fes- temps de microdrames et d’esprit
recueil d’aphorismes publié chez Il est loin le temps ou le jeune Ré- moyens de la grande Hache ; on tivals, on peut dire qu’un pas déci- de sérieux, Debray oppose la
léGallimard, où l’on retrouve le gis, alias Danton, théorisait l’art doit se débrouiller désormais avec sif a été franchi dans le passage du gère gravité qui fait l’essence
meilleur de l’écrivain. Les 50 pa- de la révolution en Amérique lati- un couteau à poisson. » brut au fictif, du réel au symboli- même de l’esprit français. ■
Les femmes de plus de 50 ans
marie charrel Après Simone de Beauvoir et Susan Sontag, un nouvel essai sur la vieillesse au féminin.
une rencontre pertinente, pas un résiste : vieillir, ce peut être mon- jours, des plateaux de cinéma aux
par alice ferney
acteur engagé sur le sujet qu’elle ter les marches de « l’escalier vers entreprises, Marie Charrel traque
n’ait rencontré. Marie Charrel sait la sagesse ». la domination et l’invisibilité des
qui a peur UI A PEUR des tout ! C’est du moins l’impression femmes. Elle note combien
l’écrides vieilles ? L’obsession vieilles ? L’apostrophe du lecteur qui commence en se re- ture de l’histoire est centrale : c’est
De Marie Charrel, de rester jeunemoqueuse donne son présentant peu de choses et qui là que la réussite féminine passe à Les Pérégrines,
titre à un essai docu- voit s’alourdir son bagage de don- Mais la même Jane Fonda a eu re- la trappe et que les femmes passent 272 p., 19 €. Q menté. Après Simone nées et mesures, de faits et remar- cours sans répit à la chirurgie es- pour des ventres.
de Beauvoir ou Susan ques, de témoignages qui complè- thétique. Celle qui construit son Des rébellions se dessinent :
Sontag, la journaliste Marie Charrel tent utilement son éventuelle existence sur sa beauté fragilise sa mannequins de plus de 50 ans,
ass’intéresse au troisième et au qua- expérience personnelle. maturité bien sûr. Si la capacité sociations au secours des « vieilles
trième âge des femmes, cette moi- D’abord, des femmes répon- procréative et la beauté font la va- femmes » (ainsi que se désigne
tié du genre humain à qui son corps dent. Vieillir, c’est « enfiler la cape leur de la femme, que reste-t-il à Ariane Mnouchkine), éloge de la
rappelle, plus précocement qu’à d’invisibilité », c’est « voir ses amis la fée du logis, à la reine de beauté, « vivance » plutôt que de la
jeul’autre sexe, que le temps passe. A- mourir », « avoir 20 ans dans sa lorsque le temps les a transfor- nesse, refus d’être victime,
t-on jamais parlé d’horloge biolo- tête et sursauter » devant le miroir, mées ? Tandis que l’homme « ac- convergence des genres. Il
degique à un homme ? Non. C’est tout « perdre son autonomie », « regar- quiert de l’expérience », la femme meure que la vieillesse se prépare
dire, et l’auteur de se demander : en der ses enfants vivre leur vie et se est « sur le déclin » et l’a intériori- pendant toute la vie, il faut donc
quoi l’expérience féminine diffère- dire qu’on voudrait recommencer ». sé. L’auteur nous démontre com- se battre pour l’accès à toutes les
t-elle ? Peut-on cerner les raisons C’est « penser à la mort ». C’est ment l’alliance de l’âgisme et du professions et pour l’égalité
saladu « double standard » à l’œuvre en « vivre » ! C’est « avoir plus de sexisme est fatale au sexe féminin. riale. Les femmes dans ce combat
matière d’âge ? Qu’est-ce que temps pour soi », « avoir une paix La presse féminine en relaie béate- ne peuvent se permettre d’être
Marie Charrel montre comment vieillir pour les femmes ? royale », « être plus exigeant avec le ment les discours parce que l’ob- désunies. Mon amie, ma sœur, tu
Pas une lecture, pas une réfé- désir »… Jane Fonda résume la session de rester jeune et sexy est n’as pas honte d’avoir honte de tes l’âgisme et le sexisme sont fatals
au genre féminin. P. MATSAS/Leex T Arence qu’elle n’ait absorbée, pas vision négative et l’autre qui lui lucrative. De la préhistoire à nos rides ? ■
A
journal
thierry clermont


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c
jeudi 16 décembre 2021 le figaro
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PLUMES ROCK Dominique Guiou écrivains dont deux Nobel, Kawa- de Jim Morrison et de Rimbaud. littéraire, comme une artiste qui
lance chez Plon, avec Nicolas bata et Kenzaburo Ôé, mais aussi Fabrice Gaignault se souvient du ne vit, depuis sa jeunesse, que
Gaudemet, la collection « Fide- Mishima et Murakami, un deuxiè- premier concert parisien de pour écrire et rendre hommage
Eurs Es lio ». Le principe en est simple : me volume, paraît intitulé Chan- Bob Dylan et Chantal Ringuet aux maîtres (de Rimbaud à
De Jérôme Attal, Fabrice des écrivains et des journalistes teurs & poètes. Jérôme Attal y déambule dans Montréal en Roberto Bolaño en passant par
Gaignault, Chantal Ringuet, font partager leur passion pour explique comment l’écoute d’une compagnie de Leonard Cohen. Virginia Woolf, Allen Ginsberg,
Bruno Corty et Nicolas
un artiste ou un auteur à travers chanson de Gainsbourg lors d’une Seule femme au programme, William Burroughs) qu’elle a lus Gaudemet, « Fidelio »/
des textes très personnels. sortie scolaire a changé sa vie. Patti Smith apparaît à Bruno et, pour certains, qu’elle a eu la Plon, 128 p., 13 €.LIVRES Après un volume intitulé Nicolas Gaudemet revient sur Corty, qui l’a rencontrée à plu- chance de rencontrer.
Esthètes japonais consacré à cinq une adolescence dans l’ombre sieurs reprises pour Le Figaro F. L.CADEAUX
L’espion,
L’Encyc L E de Xénophon
Es Espions Et
Es E E
D’Alain Bauer
Gründ,
288 p., 29,95 €.à le Carré
pions ont été les jouets. Ency cl o p éd ie À commencer par James
Jesus Angleton, directeur Tout sur du contre-espionnage de la
CIA de 1954 à 1974, et qui, mal-l’espionnage gré sa paranoïa anticommuniste,
s’est fait complètement manipu-par Alain Bauer. ler par les agents doubles du
Kremlin.
Cette belle somme, fort bien
illustrée, pose de vraies
quesJacques de aint Victor tions à l’historien. On sait la dif -
ficulté d’approcher la vérité
EPUIS le livre de Jo- en histoire depuis les contro-
seph Conrad, L’Agent verses entre l’archiviste Albert
secret, au début du Brackmann et l’historien Ernst
eXX siècle, la littéra- Kantorowicz, accusé par le pre-Dture se passionne mier d’être un adepte de
l’imagipour le genre « espionnage ». Le nation et d’une « vision
mythicriminologue Alain Bauer essaye, que » parce qu’il utilisait peu les
dans ce grand livre illustré, de re- archives.
tracer le pedigree des grands es- Mais les spécialistes de
l’espions (ou espionnes). Tout y passe pionnage savent fort bien eux que
depuis les origines, avec Xéno- l’essentiel de leur savoir ne se
phon ou Darius, en passant par trouve pas toujours dans les
arCasanova, le chevalier d’Éon ou chives. Parfois, « l’imagination »
James Armistead Lafayette (l’es- d’un Kantorowicz est plus «
parclave noir au service du marquis lante » que la fausse rigueur d’un
de La Fayette), Brackmann.
jusqu’aux James Aussi
liraBond d’aujour- t-on avec
d’hui. L’ouvrage grand intérêt
est instructif, les pages
agréable à lire, consacrées Noël
on découvre aux « espions
aussi les agen- de plume »,
ces de sécurité, d’Eric Ambler 2021
les réseaux à John le
Carétrangers et ré, en passant
Desidées,descadeaux,français, le par Frederick
SDECE ou la Forsyth ou desenviesDST, les agents Graham
Greedoubles. ne, qui sont
L’auteur n’oc- parfois plus
culte pas non proches de la
plus les coups vérité que bien
fourrés dont de travaux
sacertains es- vants. ■
Poètes de tous les pays…
C’est une somme, comme on dit, 400 poètes, forcément, on en
un travail titanesque : rassembler découvre beaucoup, et de toutes
– en deux volumes tout de sortes.
même - une anthologie de la Lire un poème aztèque donne une
poésie mondiale qui présente idée de l’universalité de cet art
372 auteurs venus de 96 pays. intime : « C’est pour cela que
Les artisans de cet ouvrage le chant s’accompagne/ de pleurs/
(dans tous les sens du Les morts s’enracinent dans le
terme) sont Nicole ciel/ & la musique/ me reste
Gdalia, Sylvestre L E en travers de la gorge car
Clancier et Jean E La poési E je les/ vois perdus dans
LEPortante. Ce qui cette ville des ombres
Composée par Nicole frappe d’emblée (…) » (anonyme).
Gdalia, Sylvestre Clancier est l’extraordinaire Certains textes
et Jean Portante, diversité, aussi bien sont présentés
Éditions Caractères,dans la forme dans leur langue
842 p., 55 €.
(collages, dessins, d’origine ;
gravures, photos…) que chaque fois une
dans le fond : avec près de petite
biographie
l’accompagne. Au Noscollectionsdemythologieetdelittérature
feuilletage,
Nosouvragesd’art,d’histoireetdelanguefrançaiseon tombe sur un poème
manuscrit inédit signé François LesaventuresdeLargoWinchetdeTintin…
Cheng. Quel beau symbole Etdenombreusesautresidéescadeauxàdécouvrir…
pour cette littérature
qui puise au monde :
né à Nanchang, dans la province du
Jiangxi, arrivé à Paris en 1948,
étudiant en langue www.fgarostore.fr/noel
et littérature, écrivain français,
traducteur des plus grands textes
classiques en chinois, élu à
l’Académie française… « L’être
n’estil pas cette musique/ Qui depuis
l’origine/ Cherche à se faire
entendre (…) »
Sa poésie est un ravissement,
comme cette anthologie.
MOhaMMEd aïSSaOUi
A
mondia
ogi ntho
spionn
opédi
oèt hant

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