Figaro Littéraire du 17-12-2020
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Date de parution 17 décembre 2020
Langue Français
Poids de l'ouvrage 40 Mo

Exrait

jeudi 17 décembre 2020 LE FIGARO - N° 23743 - Cahier N° 4 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
lefigaro.fr/livres littéraire
BEAUX LIVRES VICTOR SEGALEN
BAMBI, FRANÇOIS D’ASSISE, DEUX VOLUMES DE LA
DES JARDINS « PLÉIADE » POUR DÉCOUVRIR
ET DES RUINES LE POÈTE ET LE ROMANCIER
PAGE 6 À 8 PAGE 4
LE FIGARO
LITTÉRAIRE
SERA DE RETOUR
LE 7 JANVIER
f
polar
DOSSIER Deux ouvrages mettent en lumière Léo Malet et Albert Simonin,
figures majeures du roman noir français injustement oubliées. PAGES 2 ET 3
L’appel de la forêt
PERRIN
PRÈS une sévère désillusion, tirer ce que le monde ces derniers temps servation précise des mœurs des cervidés.
Édouard Cortès prend un jour lui a refusé, la plénitude, et même risquons Il est « à l’affût de l’inattendu ». LELE MEILLEUR DE LMEILLEUR DE L’’HISTOIREHISTOIREla décision de se retirer quel- le mot : la joie. Il y a quelque chose de Robinson dans cette
que temps de la compagnie De ces mois dans la forêt, il ramène un aventure. Son naufrage personnel l’en-Àdes hommes. magnifique récit qui touche d’abord par traîne lui aussi à reconstruire le monde.
Coutumier des fourmis dans les jambes, son humilité : un homme à terre s’aide Coopérateur du Créateur, rien de tel pour
cet homme au nom de conquistador avait d’un arbre pour se relever. Il « s’enfores- retrouver une dignité. Son île est modeste :
naguère effectué des milliers de kilomètres te », écrit joliment ce petit frère de Sylvain une cabane, formée de vieilles
portes-fevers Saïgon, Kaboul ou Compostelle. Cette Tesson, dont certains accents laissent à nêtres. Une source non loin où aller
cherfois, c’est de quelques mètres qu’il s’éloi- penser qu’il est aussi le neveu de Georges cher l’eau, un morceau de bois pour
sculpgne. Et la direction a changé. Il trouve re- ter des couverts, la méditation, la lecture,
fuge près du ciel, au sommet d’un arbre, des heures passées à regarder et à prendre
en pleine forêt. Quelle mouche l’a piqué, des notes, suffisent à le combler. LA CHRONIQUE
quel rêve de vieil adolescent, à l’âge (il en a Il vit, nous dit-il, dans « un avant-poste surd’Étienne
quarante) où la raison généralement l’em- la beauté du monde ».
de Montetyporte ? L’entreprise est plus profonde, plus Ses compagnons s’appellent Dante et Marc
émouvante aussi. Affecté par la dispersion Aurèle. Chez ces grands anciens, il puise
de son troupeau, ce berger orphelin de ses des mots pour nommer son expérience.
brebis veut solder dans la solitude ses illu- Brassens ; celui-ci, nul ne l’a oublié, Échec, abattement, sursaut, leçon, action
sions, et panser ses plaies. auprès de son arbre avait vécu heureux et de grâce.
Se révolter contre la société ? Maudire les se lamentait de l’avoir plaqué. Hormis quelques lignes noires, Édouard
ténèbres ? Il a mieux à faire. Chacun vit, Une fois passé le temps de l’installation, Cortès s’épargne et nous épargne le
dissonge-t-il avec justesse, entravé de liens Cortès se met à l’écoute de son nouveau cours de la déploration. Sur tout, ses
blesinutiles, regrets ou remords, rien de tel voisinage. sures, comme ses petits bonheurs, il met
que la solitude pour s’en défaire. C’est le Ça tombe bien, au printemps, la nature une poésie douce qui ne laisse pas
d’enmoment. s’éveille, les insectes s’agitent, les ani- chanter le lecteur. ■ Dites-leAdieu le Périgord noir et ses délices que maux ressortent. Une société inconnue
sont les truffes et le foie gras, adieu beauté l’accueille pour sa convalescence.
L’éréde Rocamadour, mélancolie de Tourtoirac, mitisme demande que l’on soit un peu en- AVEC DES BIOS !
Cortès rentre en cabane comme on entre tomologiste et botaniste, afin de goûter PAR LA FORCE
en religion : pour faire le plus grand et le pleinement le chant du monde. L’auteur DES ARBRES
D’Édouard Cortès,plus fructueux des voyages. Notre jeune nous épate par son émerveillement devant
baron perché sur un chêne est bien décidé le bal des oiseaux, sitelles torchepot, mé- Éditions des Équateurs, Retrouvez-nous sur Retrouvez-nous sur
170 p., 18 €.à profiter pleinement de son séjour, d’en sanges bleues, buses et faucons, et son
obLes tontons flingueurs du
LOUIS MONIER/BRIDGEMAN IMAGES, ULF ANDERSEN/AURIMAGES VIA AFP, FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO, ARCHIVIO GBB/CONTRASTO-REA
Ajeudi 17 décembre 2020 LE FIGARO
2
Deux durs
L'ÉVÉNEMENT à cuire dans
Littéraire
les rues Guérif : « Malet est
le père du roman noir de Paname français »
qui s’appelle The Sun Is Not For Us.PROPOS RECUEILLIS PAR DOSSIER Le père de Nestor En sortant, Léo me dit : « VousBRUNO CORTY
bcorty@lefigaro.fr croyez, mon vieux Guérif, que c’est Burma et celui de Max le Menteur en hommage à mon roman Le soleil
Éditeur phare du polar depuis qua- n’est pas pour nous ? » Je
m’esclafrante ans, François Guérif préface fe : « Alors là, Léo, aucune chance ! » reviennent en force.
les deux livres qui sortent sur Léo Or il y avait un gars
Malet et Albert Simonin. à Cannes qui
tournait autour de
JarLE FIGARO. - En 1971, vous musch et lui pose la
interrogez écrivains et cinéastes question qui brûlait
de polar pour les besoins d’un livre. les lèvres de Malet.
Albert Simonin vous dit : Et Jarmusch répond :
« Êtes-vous allé voir Léo Malet ? » « Bien sûr que c’est un
Et là, que se passe-t-il ? hommage à Léo
MaFrançois GUÉRIF. - Un grand mo- let ! » Un ou deux
timent de solitude ! (Rires.) Je n’étais tres de Malet avaient
même pas né quand les grands ro- été traduits en
anmans de Malet sont sortis. Ensuite, glais. Ça n’avait pas
il n’était pas publié dans les collec- échappé au cinéaste.
tions policières habituelles que je li- Et c’est comme ça
sais : la « Série noire », « Un mystè- qu’on a fait cette photo
re », les Presses de la Cité… Quand je incroyable de Malet et
le rencontre en 1972, il ne publie Jarmusch place
Denplus. Alors, je suis allé sur les quais fert-Rochereau !
et j’ai acheté ses Nouveaux Mystères
de Paris que j’ai trouvé formidables. Malet a été moins
chanceux avec
Quand vous le rencontrez, il a déjà le cinéma dans son
publié 70 romans. Marcel Duhamel propre pays ?
le refuse à la « Série noire » Ce n’est rien de le dire !
au prétexte que ses intrigues Il y a eu en 1946 une Léo
sont « trop fantaisistes ». adaptation de 120, rue de
Un bon argument ? la Gare par Norman avec René MALET
Je crois que les éditeurs sont passés Dary. Une en 1959 d’Énigme aux
1909à côté de Malet. Il n’a jamais été re- Folies Bergère par Mitry qui fera dire
connu à sa juste valeur. Il est pour- à Léo : « Je déteste ses films car les Naissance
le 7 mars à Montpellier.tant le père fondateur du roman films de Mitry datent ! » Mais rien n’a
noir et le seul. Il a été snobé car le vraiment abouti. Il voulait Montand 1925
côté populo formidable de son pour incarner Burma et il a eu Gala- Débarque à Paris,
œuvre ne plaisait pas trop. Il a bru, ce qui lui est resté en travers de erle 1 décembre,
pourtant un style inimitable, un la gorge. Et puis il y a eu le catastro- « avec 105 francs
univers. C’est vrai que Les Nou- phique Nestor Burma, détective de en poche ».
veaux Mystères de Paris, ce sont choc avec Serrault en 1981 dans le- 1930
avant tout des promenades, une at- quel le rôle de la secrétaire de
BurPublie ses premiers
mosphère. Ce n’est pas l’intrigue ma, Hélène Chatelain, un peu
franpoèmes surréalistes,
qui fait leur force, c’est le personna- chouillarde, est confié à Jane
Le Rêveur absolu,
ge de Nestor Burma, ce sont les ren- Birkin ! Malet avait l’impression et rencontre Breton
contres qu’il évoque. qu’on ne l’avait pas lu.
en mai 1931.
1940Dès 1930, Malet publie de la poésie, Simonin n’a pas eu
Arrêté et accusé en 1931 il rencontre Breton cette scoumoune !
de « complot surréalo-et les surréalistes. C’est décisif pour Son coup de pot hallucinant, c’est
trotskyste », la suite, non ? que, lorsque Touchez pas au grisbi
est envoyé Oui, je pense. Il avait un profond sort, avec une préface de Pierre Mac
dans un stalag. respect pour Breton. L’histoire des Orlan, Simonin a le prix des Deux
textes automatiques, il en plaisan- Magots et rencontre Jacques Bec- 1941
tait en disant : « Si c’est comme ça ker. Le livre a un succès formidable Johnny Metal, premier
qu’on obtient du succès, moi aussi je et le film de Becker est un chef- roman sous le pseudo
vais m’y mettre ! » Il y a beaucoup d’œuvre du cinéma français qui de Frank Harding.
d’allusions au surréalisme dans les marque le retour de Gabin après sa 1943
Nestor Burma. Il y a ces digressions traversée du désert. 120, rue de la Gare,
poétiques qu’il retrouvait et aimait premier roman mettant
chez Raymond Chandler. Il me ci- Pourtant, comme Malet, le nom en scène le détective
tait toujours ce roman dans lequel de Simonin ne dit pas grand-chose privé Nestor Burma.
Marlowe, à son bureau, voit une à grand monde aujourd’hui ?
1948mouche, et Chandler consacre une C’est Audiard qui a tiré le bénéfice
Premier lauréat page aux évolutions de l’insecte. du succès des films scénarisés par
du grand prix de Dans un roman policier, ce n’est pas Simonin. Les Tontons flingueurs,
littérature policière vraiment indiqué ! Dans les Nestor tout le monde pense Audiard, pas
pour Le Cinquième Burma, et c’est pour moi ce qui en Simonin. Lui, Simonin trouvait qu’il
Procédé. fait le prix, il y a énormément de di- ne s’en était pas trop mal tiré
comp1996gressions comme ça. te tenu de son passé pas très
gloDécède le 3 mars.rieux (lire page 3). Je l’ai rencontré
Malet disait aimer les romans trois fois. Albert avait un côté assez
américains écrits à la première humble, très paisible. C’était un
pepersonne : ceux de Hammett, tit pépère rondouillard, très gentil.
Chandler, Hemingway… Un jour que nous avions rendez- L’homme à la pipe à tête de taureau
Celui qu’il préférait, c’était Chan- vous et qu’il était en retard, il a dit :
dler à cause de Marlowe. À travers « Excusez-moi jeune homme, comme et le jeune grizzlison personnage, Chandler exprime on est vendredi, j’étais allé chercher
ses vues sur le monde, ses coups de de la fraîche pour le week-end ! »
cafard. Malet fait pareil avec Burma. AVENTURE a com- à 1989. L’éditeur y ajoute quatre de faire la connaissance d’un fou de
« MON VIEUX Quand j’ai rencontré Léo, il avait Dans le Journal secret de Malet, mencé en 2015. entretiens réalisés par Guérif en- littérature et de cinéma de 27 ans
GUÉRIF »des réserves sur Hammett parce il y a cette phrase : Cette année-là, tre 1978 et 1986. Cerise sur le gâ- qui adore ses livres.
Lettres et dédicaces
qu’il avait été détective chez Pin- « Écrire des livres à 30 ans et n’être François Guérif, qui teau (Malet aurait dit « sur le gâ- À cette époque, Malet est dans lede Léo Malet
kerton, puis stalinien, et ça, il reconnu que quarante ans plus tard, L’règne sur le polar teux ! »), 80 pages de fac-similés creux de la vague et l’intérêt de ce-à François Guérif,
n’aimait pas ! ce n’est pas une réussite, hexagonal depuis plusieurs décen- des dédicaces pour « collection- lui qu’il appelle « Mon cher Guérif » La Grange Batelière,
c’est la consécration de l’échec. » nies, fait don de ses archives à la Bi- neurs avertis ». Quand il adresse pendant dix ans avant de passer à 290 p., 24 €.
À la fin des années 1970, il sort C’est un mot d’auteur bliothèque nationale. Dans ses car- des exemplaires de ses livres à « Mon vieux Guérif » lui fait chaud
peu à peu de l’anonymat. Comment ? ou son ressenti profond ? tons, un trésor : sa correspondance Guérif, Malet, qui n’a pas fréquenté au cœur. Le vieux grigou en profite
Il a été redécouvert et défendu par Il le pensait vraiment. Quand il s’est avec des auteurs comme Jean-Pa- les surréalistes pour rien, s’amuse à pour se plaindre de sa situation, des
des gens auxquels il ne s’attendait senti partir, en mars 1996, il a, il n’y trick Manchette, James Ellroy, Ho- les illustrer en détournant des pho- éditeurs qui ne savent pas mettre en
pas. C’est Libération qui l’a remis en a pas d’autres mots, convoqué les ward Fast et Léo Malet. tos érotiques assaisonnées de jeux valeur ses livres (ce qui est vrai),
selle. Une année où j’étais au Festi- deux ou trois personnes avec qui il À partir de là, Arnaud Frossard, à de mots égrillards. des cinéastes qui les massacrent (ce
val de Cannes, il faisait des chroni- était en contact dont moi. Il était la tête des Éditions de La Grange qui est également vrai). Il voit aussi
Petit pépère fragileques sur Cannes pour Libé ! Il y a une terriblement amer et triste. Sa si- Batellière, aidé par son acolyte en Guérif, de plus en plus désireux
belle histoire qui arrive d’ailleurs tuation financière était pourtant Christophe Mercier (traducteur L’ensemble est édité avec soin, de devenir éditeur, un possible
parlà-bas. Un jour, on voit ensemble meilleure. La collection « Bou- pour Guérif), décide de publier la comme chaque volume de cette pe- tenaire. Bientôt, les deux hommes,
Stranger Than Paradise. Dans le film quins » l’avait publié. Tardi l’avait correspondance Malet-Guérif. Ces tite maison, et dessine un portrait à le jeunot à la carrure de grizzli et le
de Jim Jarmusch, à un moment, les adapté en BD. Mais il disait : « Tout dizaines de lettres occupent une la fois savoureux et touchant de petit pépère fragile, son éternelle
deux personnages vont voir un film ça est arrivé trop tard. » ■ assez longue période qui va de 1972 l’écrivain, trop heureux, en 1972, pipe à tête de taureau au bec, sa
gaFrançois Guérif
et Léo Malet
en plein interview
en novembre 1985.
COLLECTION GUÉRIF
Une scène du film Les Tontons flingueurs réalisé
par Georges Lautner (1963). Le film est une adaptation
du roman Grisbi or not grisbi d’Albert Simonin. GAUMONT
DISTRIBUTION / SNE GAUMO/COLLECTION CHRISTOPHEL VIA AFP
ALE FIGARO jeudi 17 décembre 2020
ET LA BD SAUVA MALET Jean Gabin dans 3
Touchez pas Léo Malet doit en partie sa renommée à la BD et à un homme de
au grisbi ! de Jean grand talent, Tardi. Célèbre pour Les Aventures extraordinaires
Becker, adapté
d’Adèle Blanc-Sec, Tardi accepta d’adapter les romans du roman d’Albert
de Nestor Burma. Entre 1982 et 2000, il publiera Brouillard Simonin (1953).
au pont de Tolbiac, 120, rue de la Gare, Casse-pipe à la Nation
et M’as-tu vu en cadavre ?. Quatre albums magnifiques en noir et
blanc. Moinot, Barral et Ravard aujourd’hui prendront la suite en L'ÉVÉNEMENTcouleur. Grâce à eux, depuis vingt ans, Nestor Burma,
le détective qui met le mystère KO n’a plus quitté l’affiche ! Littéraire
Ombres et lumières d’Albert Simonin
SÉBASTIEN LAPAQUE Terry Stewart et une histoire à de la violence et de la virilité » qui plus souvent des brutes fascistes ou
slapaque@lefigaro.fr l’américaine. En 1953, le tout-Pa- encombrait une grande partie de des voyous gauchistes »,
m’expliris littéraire s’est précipité sur le la littérature policière de l’époque. quait il y a un quart de siècle
FréEPUIS quelques an- premier roman de gangsters à la Dans la suite de romans de la tri- déric H. Fajardie. Cet ancien
milinées, de nombreux française porté à l’écran l’année logie de Max le Menteur - Touchez tant de la gauche prolétarienne en
auteurs de romans suivante par Jacques Becker avec pas au grisbi ! (1953), Le cave se riait. Le roman et le cinéma noirs
noirs se sont mués Jean Gabin, Lino Ventura, Paul rebiffe (1954), et Grisbi or not gris- ont pour territoires la rue, lesDen agents de la cir- Frankeur et Jeanne Moreau dans bi (1955) - que rééditent aujour- marges, les bas-fonds. L’on ne
culation idéologique. Surveillan- les rôles principaux. Marcel Du- d’hui les Éditions La Manufacture s’étonne pas de savoir que
beauce, coercition, délation, listes hamel, Pierre Mac Orlan et Léo de livres, on trouve quelque chose coup de romanciers et de
scénades suspects : tous les moyens Malet adoraient la verve colorée de tendre, d’enfantin, de joyeux et ristes qui se sont illustrés dans le
sont bons pour interdire l’accès de Simonin, son argot de dur à de constamment fraternel. C’est genre - Albert Simonin fut à la fois
des salons spécialisés aux « dé- cuire au cœur tendre. vif, c’est drôle, c’est lé- un grand écrivain et un immense
viants » - entendez ceux qui Touchez pas au gris- ger, c’est français. Ce scénariste - ont fréquenté des
coln’appartiennent pas à l’empire bi !, qui s’est écoulé à LE GRISBI. qui n’a pas empêché une labos, des maquereaux, des sa-Albert L’INTÉGRALEdu Bien. Il n’en allait pas de 215 000 exemplaires, cabale des dévots de lauds, des terroristes, des
trafiD’Albert Simonin,même dans les années 1950, où le reste à ce jour la s’improviser en 2010 quants de drogue et des fabricantsSIMONIN
La Manufacture fait d’avoir navigué du côté obscur meilleure vente de contre Albert Simonin de fausse joncaille - nul besoin de
de livres, e1905 de la force du temps des « années l’histoire de la « Série dans le 18 arrondisse- police de la littérature pour le
510 p., 22,90 €.Naissance à Paris. terribles, sous l’Occup » — comme noire ». Sorti en li- ment de Paris après la pressentir. Ce fut ainsi le cas de
1917 le dit Francis Blanche/maître Fo- brairie le 3 janvier, il a décision, prise par le so- Michel Audiard, de José Giovanni
lace dans Les Tontons flingueurs — été couronné trois se- cialiste Daniel Vaillant et même d’Alphonse Boudard.Quitte l’école
ne faisait pas d’un écrivain un tri- maines plus tard par et son équipe, de lui dé- Lorsque l’on est fasciné par leset devient commis,
électricien, fumiste, card à la « Série noire » chez Galli- le prix des Deux-Ma- dier une rue dans son mauvais garçons comme a pu
chauffeur de taxi. mard. Il pouvait même boire des gots, fait unique pour arrondissement natal. l’être Simonin, l’on ne traverse
coups avec Raymond Queneau et un roman noir, de Pourtant peu soupçon- pas sans risques ni périls une pé-1940-1950
Jacques Prévert sans que ceux-ci surcroît publié en col- nable d’accointances riode aussi troublée que l’Occupa-Journaliste à
aient l’impression de trinquer lection de poche. avec la Bête immonde, tion. Car l’histoire de la Collabo-La France au travail,
avec le diable. Voyez Ange Bastia- Daniel Vaillant a été ration n’est pas simplement unejournal favorable
Une affaire ni, l’auteur d’Arrête ton char, Ben contraint d’annuler la histoire d’idéologues à la Rebatet.en 1941 à la
de truandsHur ! (1954), de Polka dans le décision. C’est une affaire de truands re-Collaboration.
champ de tir (1955) et des Immor- Dans la mémoire po- On s’étonne presque tournés par les Boches. Que l’onÀ la Libération,
telles pour Mademoiselle (1956), un pulaire, Albert Simo- aujourd’hui de voir pa- songe à l’utilisation contre la ré-est condamné
prince de l’argot au matricule plus nin n’est pas tant ce raître l’intégrale du cy- sistance de la Carlingue de la rueà une peine
que chargé. En 1983, cet écrivain Français égaré qui a travaillé pour cle Max le Menteur avec, en cou- Lauriston dirigée par les sinistresde cinq ans de prison.
passé par le quartier politique de des journaux et des officines col- verture, une photographie de Bonny et Lafont. 1953
la prison de Fresnes et repéré par laborationnistes sous l’Occupation Robert Dalban tirée du film Les Dans les années 1950, AlbertPublie Touchez pas
André Breton était mort depuis six que le « Chateaubriand de l’ar- Tontons flingueurs. Parce que, Simonin, qui « s’était farci le total
au grisbi !, premier
ans lorsqu’un fin limier de la gau- got », un forçat de la Remington après Albert Simonin, c’est à Mi- d’une pigette à Fresnes », était
volume de La Trilogie
che morale a exhumé son passé de qui a enrichi la littérature et le ci- chel Audiard que s’en sont pris les passé à autre chose. Il songeait àde Max le Menteur.
responsable gestapiste du dépar- néma français de joyaux. Si cet « salisseurs de mémoire ». Dans un Francis Carco. Le cycle Max leRemporte le prix
tement de l’Eure-et-Loir. enfant de la Chapelle a traîné ses numéro de la revue Temps noir Menteur est ainsi davantage un
des Deux-Magots.
Ou encore Albert Simonin, qui guêtres chez les malfaisants dans publié en octobre 2017, François tableau de mœurs qu’un
ensemEn écrit l’adaptation
l’avait précédé de peu au catalo- les années 1940 et a été condamné Lhomeau, un historien plus expert ble de romans de détection.pour le film
gue de la plus célèbre collection de à cinq ans de prison à la Libéra- en police littéraire qu’en littératu- Comme le rappelle François Gué-de Jacques Becker
romans noirs français en publiant tion, c’est de sa langue savoureuse re policière, a collé au mur le plus rif dans sa préface du volume qui
avec Jean Gabin.
Touchez pas au grisbi ! en 1953, à dont on se souvient. Dans leur fameux dialoguiste français dans paraît aujourd’hui, les énigmes
1968 une époque où c’étaient surtout dictionnaire Les Auteurs de la Série un article intitulé « La vérité sur n’intéressaient pas spécialement
Publie Le Hotu. les maîtres américains qui étaient noire (1945-1995) (Éditions Jo- l’affaire Audiard » en exhumant sa l’écrivain, qu’il a rencontré en
Chronique de la vie à l’honneur — Serge Arcouët, le seph K., 1996), Claude Mesplède et carte d’adhésion au groupe 1971. Atmosphère, atmosphère…
d’un demi-sel, premier Français à être publié par Jean-Jacques Schleret observent Collaboration. Un bon roman, pour Albert
Sipremier volet la « Série noire » en 1948, avait qu’on ne trouve nulle trace, dans « J’ai connu l’époque où les monin, c’était d’abord une
affaide la trilogie d’ailleurs choisi le pseudonyme de Touchez pas au grisbi !, du « culte auteurs de romans noirs étaient le re d’atmosphère. ■
du même nom.
1980
Meurt le 15 février.
L’éducationsentimentale LeComtedeMonte-Cristo Knock+ + +++
L’homme à la pipe à tête de taureau
et le jeune grizzli
Albert Simonin pette vissée sur le crâne, prendront Pierre Siniac). Celle de La Mort de
en 1953. La même l’habitude de déjeuner ensemble le Jim Licking signée Manchette
mardimanche à Châtillon-sous-Ba- quera durablement les esprits, le année, il s’est vu
décerner le prix gneux, dans le HLM de Malet. prince du néopolar alors
tout-puisdes Deux-Magots Il est assez amusant de voir Malet sant reconnaissant la dette de ses Lesadaptations
pour son roman noir hésiter ou faire mine d’hésiter à pairs à l’égard de Malet, qu’il
déconfier à Guérif ses vieux livres crète « inventeur du roman noir Touchez pas au grisbi !. littérairesCOLLECTION écrits sous pseudos au motif qu’ils français ». Tout au long de cette
MARIE-HÉLÈNE SIMONINne seraient peut-être pas assez correspondance, Malet se montre etbienplusencore…
bons. Guérif, patient, ne brusquera drôle, joueur de mots à la dent
jamais le romancier. À défaut de dure, inquiet pour l’état de ses
fiSurTV5MONDEplusl’installer au catalogue de sa mythi- nances et d’une santé de plus en
que collection « Rivages/Noir », il plus chancelante. En face, Guérif Laplateformefrancophonemondiale
réussira tout de même à rééditer (dont on n’a pas les lettres) se
mondix titres de Malet dans la superbe tre patient, aux petits soins, pour tv5mondeplus.com
collection « Le Miroir obscur » des cette légende vivante du polar.
Éditions NéO avec, pour chaque Bientôt, un autre monument va en- 100%gratuit
volume, une préface ou une postfa- trer dans sa vie et la bouleverser
ce d’un spécialiste du polar (Michel durablement : James Ellroy ! ■
Lebrun, Jean-Baptiste Baronian, B. C.
GAUMONT DISTRIBUTION / SNE GAUMO/COLLECTION CHRISTOPHEL VIA AFP
©LCJProductions
RogerCorbeau/LesProductionsJacquesRoitfeld
SociétéFrançaisedeCinématographie
Ajeudi 17 décembre 2020 LE FIGARO
4 EN TOUTES Gallimard. Les enfants sont rois arrive deux 2021, année Leiris
ans après Les Gratitudes. La romancière Mort en 1990, Michel Leiris aurait eu 100 ans enconfidences
imagine Mélanie, une femme accro à la 2021. Une nouvelle édition – critique – de son
téléréalité qui devient influenceuse. Le imposant Journal, tenu entre 1922 et 1989,
Delphine de Vigan personnage met en scène ses deux paraîtra dans la collection « Quarto » le 27
janen mars chez Gallimard enfants et dévoile leur vie sur sa vier. Quelques jours plus tôt, Gallimard publiera
Delphine de Vigan publiera en mars Les en- chaîne YouTube. Un événement vient sa correspondance inédite avec Marcel
Jouhanfants sont rois chez Gallimard. La romancière, bouleverser cette histoire qui évoque deau, échangée entre 1923 et 1977, et
rassemjusqu’à présent éditée chez JC Lattès par Karina la violence des réseaux sociaux. Entre blera dans un coffret de quatre volumes de sonCRITIQUE Hocine, a suivi cette dernière lorsqu’elle a été thriller et roman sociétal, ce livre est une autobiographie, La Règle du jeu, qui était
disponommée en 2019 secrétaire générale éditrice de dystopie qui s’achève en 2031. nible en « Pléiade » depuis 2003.Littéraire
Victor Segalen était CLASSIQUE fasciné par la Chine, ET AUSSI
passionné par l’œuvre Deux volumes et le destin
de Paul Gauguin, L’île mystérieusede la « Pléiade » qui le poussèrent
jusqu’en Polynésie. Il existe un jeu étrange pour découvrir LOUIS TALBOT/GALLIMARD/ entre les îles et les hommes.
DOMAINE PUBLIC Parce qu’elles semblent flotter un écrivain
dans le temps et ancrées en lisière
du monde, elles lancent complexe.
un irrésistible appel. Ces bouts
de terre en mer nous laissent
imaginer, rêveusement dériver.
THIERRY CLERMONT Chez ceux qui y prennent pied,
tclermont@lefigaro.fr elles exacerbent les sens libérés
des convenances terriennes.
UELLE IMAGE la posté- C’est au Paradis que Mathieu
rité a-t-elle laissée de a entendu l’appel. Dans ce bar
Victor Segalen ? Celle du continent où il est serveur
d’un écrivain-voyageur l’été, le jeune homme observe Q
mort mystérieusement une étrange famille qui mène le
dans la fleur de l’âge, reste de l’année une vie insulaire.
fasciné par la Chine, passionné par ŒUVRES, T. I Un père et ses deux filles
De Victor Segalen,l’œuvre et le destin final de Paul qui suscitent convoitises
édition publiée Gauguin, qui le poussèrent jusqu’en et interrogations. Il y a Esther,
sous la direction Polynésie, au début du siècle der- l’aînée, « qui porte l’amour sur
de Christian Doumet, nier ? Au-delà de la légende et des son corps ». Et puis Abigaëlle,
« Bibliothèque mythes bienveillants, le médecin de plus terne et revêche, plus
de la Pléiade », marine brestois Segalen, disparu il y troublante aussi tant la perte,
1 232 p., 62,50 €.
a cent un ans, était d’une nature et la folie et la mort lui semblent
d’une ambition bien plus complexes, attachées.
avec une œuvre foisonnante, essen- C’est pourtant vers cette cadette
tiellement posthume, comme l’illus- qui « augure de dangers flous »
tre cette superbe édition en deux vo- que le jeune homme se sent porté.
lumes, pilotée par Christian Doumet. À ces périls attirants, il décide
De la Chine, où Segalen vécut de de se frotter en acceptant
longues années, on retiendra le re- l’invitation du père à les rejoindre
cueil Stèles, imprimé à quelques sur leur île.
dizaines d’exemplaires à Pékin, dé- Un parfum gracquien enveloppe
dié au consul Paul Claudel, et son ces rivages étrangers où Mathieu
étrange roman René Leys, admiré par et les jeunes filles s’éveillent
Rilke. Stèles et ces vers ponctués à la sensualité. L’île est
d’idéogrammes, « symboles nus insaisissable, sombre sous le soleil,
courbés à la courbe des choses ». De- à la fois indolente et cruelle.
puis la Polynésie, ce sera Le Maître- Des arpents de roche en marge :
du-Jouir, Gauguin dans son dernier « Aux exigences du siècle,
ŒUVRES, T. IIdécor et le roman ethnographique à celles du tourisme, le lieu oppose
De Victor Segalen,Les Immémoriaux, sorte de grand la fin de non-recevoir Richesses « Bibliothèque opéra du panthéon tahitien et de d’une arrière-saison perpétuelle ».
de la Pléiade »,
« cosmo-poème », selon Kenneth Entre les autochtones 1 312 p., 62,50 €.
White. Autant d’œuvres largement et les continentaux, coule un venin
rééditées au fil des décennies. Même de défiance et de jalousie rentrée.
chose pour Le Double Rimbaud, où il de Segalen Et dans la maison familiale,
expose sa fascination pour le poète se tapissent le désir de la chair
ayant abandonné les anciens et la concupiscence. Au jeune
parapets, « spectre douloureux et garçon, le père a confié ces
d’augure équivoque », et dont il sui- étranges mots : « N’ayez jamais
vra la trace à Aden. d’enfants, et surtout pas
Nouveau Monde, loin des empires, lement la Bretagne, où la mort le fau- ciel. Nuages, nuées, et pluies sur les de filles ». Par souci de devancer
« Le Mystique orgueilleux » et les terres d’avenir. Et on ne peut chera, dans la forêt de Huelgoat, à crêtes. » l’inéluctable, par vice autant
Admiré par Saint-Pol-Roux qui fut que conseiller à ce titre son extraor- deux pas de la Mare aux fées. Pour Ce souci de la plume se retrouve que par tristesse, le vieil homme
son ami, Pierre Jean Jouve, Mi- dinaire Journal de route. L’expres- lui, sa terre natale était « aussi exoti- jusque dans sa correspondance, réé- a désigné celui qui sera le premier
chaux, Nicolas Bouvier, et, plus près sion « au long cours » y prend tout que que le corail d’Océanie ». À preu- ditée il y a un an dans « L’imaginai- homme d’Abigaëlle. Celle-ci
de nous, Jean-Luc Coatalem, Sega- son sens. ve, ce texte de jeunesse, A Dreuz an re » (Lettres d’une vie). Illustration : se confirme être une étrange fille,
len est également là où on ne l’at- Le 18 octobre 1902, Segalen dé- Arvor, chantant les landes, les sous- « Je cherche délibérément en Chine, à la fois innocente et perverse,
tend pas, là où son talent se déploie barque à New York, « la tumultueuse bois giboyeux et les ruisseaux de cet- non pas des idées, non pas des sujets, effacée et impudique,
sans contraintes. Lui qui affirmait : cité », après avoir longé les côtes de te terre extrême et « suraiguë », chè- mais des formes qui sont peu connues, vraie vierge mais fausse ingénue.
« Il y a toujours le Mystique or- Long Island, et note : « Les bateaux re à Saint-Pol-Roux. variées et hautaines, c’est-à-dire Le livre est porté par une écriture
gueilleux qui sommeille en moi. » Cet surgissent : paquebots yankees aux une idée de la Chine. » On a envie d’une beauté qui semble presque
Le souci de la plumeorgueil du voyageur, qui s’accom- longues cheminées qui semblent d’in- d’ajouter : « Et une idée du monde. » hors d’âge. D’une rare pureté,
pagne d’un mépris pour l’exotisme, vraisemblables faux cols guindés ; Fin mélomane, Segalen, qui avait En août 1903, dans une missive la langue navigue entre l’onirisme
la pacotille et les « proxénètes de la paquebots allemands plus tassés, ardemment collaboré avec Debussy adressée à ses parents, depuis les et le réalisme cru. On pense
sensation du divers », Segalen l’a ba- moins “usines” et tout en avant la pour un opéra qui ne vit jamais le Marquises, il note : « Venir en plein à Gracq, dans la poésie de la prose
ladé non seulement en Asie, aux goélette numérotée du pilote. Tout jour, Orphée-Roi, a inlassablement Équateur, dans la saison sèche, et descriptive, à Jean-René Huguenin
Marquises, mais aussi à Petrograd cela se passe sur fond de brume qui versé de la musique dans sa prose, et trouver les plus belles ondées que ja- aussi. Et l’on se laisse porter
en 1917 et à bord du Transsibérien, à encotonne les silhouettes croisées. » avec quel brio. Rouvrons Briques et mais laissèrent tomber les nuages par ces heures de passage,
Ceylan, à New York et à San Fran- Même Morand n’a pas fait mieux tuiles et lisons : « J’arrive absurde- brestois, c’est assez paradoxal. » Et ces temps d’initiation. « La saison
cisco. L’ombre tutélaire de Cendrars dans son New York. ment dans la nuit. Tumulte des sam- c’est ce paradoxe, aujourd’hui enco- décline ; autre chose cependant,
n’est pas loin, qui lui préférera le Les ailleurs de Segalen, c’est éga- paniers. Réveil dans les torrents du re, que l’on admire. ■ que l’été et le siècle, est en train
de prendre fin », écrit joliment
Mathias Rambaud.
Sa trajectoire littéraire, elle,
ne fait sans doute
que commencer.Europe, mon beau mirage
ARNAUD DE LA GRANGE
M. A. OHO BAMBE Après avoir tenté d’émigrer à Rome, le héros, camerounais, met en garde ses frères.
MOHAMMED AÏSSAOUI Dans Les Lumières d’Oujda, on Le récit commence à Rome, place mer, ses dauphins et nous, réfugiés,
maissaoui@lefigaro.frLES LUMIÈRES entend Mano, né à Douala, au Ca- Saint-Pierre, par une histoire sauvés de la mort par noyade. » Il dit
D’OUJDA meroun. Comme beaucoup d’ado- d’amour entre Mano et Mélodie. aussi la honte d’être un « rapatrié »,
De Marc Alexandre LNI : objet littéraire lescents qui rêvent d’eldorado, il a Elle s’arrêtera net. On passera par la revenu sans gloire. On est dur avec
Oho Bambe, non identifié. Rare- tenté d’émigrer à Rome, mais rapi- case prison, puis Oujda, mais aussi ceux qui ont échoué.
Calmann-Lévy, ment expression aura dement il s’est retrouvé renvoyé Paris, Douala, Beyrouth, Lille, Co- Les lumières de ce récit
provien334 p., 19,50 € autant collé à un livre. dans son pays natal. Au lieu d’es- nakry… Partout, Mano veut racon- nent des rencontres de Mano. Il y aOLe texte de Marc sayer à nouveau, Mano se rend à ter – maître mot de ce livre : « Je le père Antoine, cet être habité par
Alexandre Oho Bambe est saisis- Oujda, au Maroc, où il s’engage au pouvais témoigner, je devais le faire, la parole divine, prêtre et mystique
sant aussi bien dans sa forme que sein de l’association Aladji qui vient au nom de toutes celles et tous ceux à la fois, dit-il ; la grand-mère, Sita,
dans sa profondeur. C’est à la fois en aide aux migrants. Pas pour les qui n’avaient pas eu la même chance magnifique et courageuse, qui ne
un recueil de poésie, un roman, aider à partir, mais pour les alerter : que moi. On m’avait peut-être rapa- laisse jamais rien paraître de son FILLES DONNÉES
des fragments de vie et un récit le pays rêvé n’est pas cet eldorado trié, mais j’étais vivant. » Il va dans angoisse ni de son désarroi. Et puis, AUX ADAMITES
salutaire. Le poète et slameur dont que vous croyez. Dès la première les collèges, les lycées, les villes et la belle Imane, cette main tendue De Mathias Rambaud,
le nom de scène est Capitaine page, il déclame : « Gamins, gami- les villages. « Raconter./ Ce que qu’on ne veut plus jamais lâcher. Éditions Pierre-Guillaume
Alexandre (nom de résistance nes./ En quête d’Azur./ De vie j’avais vécu./ Ce que j’avais subi./ Ce Ces êtres et tant d’autres sont la de Roux,
de René Char) avait reçu le prix meilleure./ D’Europe./ D’ailleurs./ que j’avais appris, compris. » beauté du récit. Les poèmes Pour- 200 p., 18 €.
Paul-Verlaine de l’Académie D’eldorado, qui chante./ Faux. » Sur- quoi on part ? prennent aux tripes.
Parole lumineusefrançaise qui honore l’auteur tout, il veut leur éviter ces voyages On ne sait par quelle magie Marc
d’un recueil de poèmes – c’était vers « les cimetières de sable et Il parle de « Lampedusa, avec ses Alexandre Oho Bambe transforme
pour Le Chant des possibles (La d’eau », vers ce désert et cet océan plages, ses eaux peu profondes, sa chaque épreuve en une parole
luCheminante). emplis de frères d’infortune. faune marine colorée, ses tortues de mineuse. Sa voix sublime le réel. ■
A
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGAROLE FIGARO jeudi 17 décembre 2020
5Gérard Guégan médienne Maria Casarès, dont européen ont récompensé l’au- nuit paraîtra aux Éditions de
la vie avait bénéficié d’un regain teur slovaque Pavol Rankov et le fantôme L’Olivier, le 4 février.ÇÀ du surréalismed’intérêt avec la publication de pour son roman C’est arrivé un
Michaël Ferrier, sa correspondance amoureuse premier septembre, paru en Après Stendhal, Aragon, Drieu la
prix Jacques Lacarrièreavec Albert Camus. L’Unique. mars 2019 aux Éditions Gaïa. Le Rochelle et Hemingway, Gérard&LÀ
Maria Casarès sortira le 6 jan- jury de ce prix, créé en 2007 Guégan s’est penché sur la vie Michaël Ferrier vient de recevoir
Maria Casarès vue vier, chez Stock. par Jacques Delors et l’assoc- du docteur Théodore Fraenkel, le prix Jacques Lacarrière, présidé
par Anne Plantagenet iation Esprit, était prési- figure oubliée et singulière du par Gil Jouanard, pour Scrabble,
Traductrice de l’espagnol, au- Pavol Rankov, dé cette année par Carole surréalisme, proche d’André l’histoire d’une enfance au Tchad, CRITIQUEteur de Nation Pigalle, Anne prix du livre européen Bouquet. Il est doté de 10 000 Breton et ami de Robert Des- à la fin des années 1970, un
roePlantagenet fera revivre la co- Les jurés du 14 prix du livre euros. nos. Fraenkel, un éclair dans la man paru au Mercure de France. Littéraire
Anar, soiffard et fou de Jésus
RENÉ FALLET Un truculent roman rustique et mystique par l’auteur du « Triporteur » et des « Vieux de la vieille ».
ASTRID DE LARMINAT bénédictin n’auraient pas refusé grogne : « Ces anciens hommes
lile verre qu’elle lui offre ; l’achève bres saluaient patrons et
contreEST par une nuit sans enfin par des subtilités théologi- maîtres (…), la société les avait
nilune de 1943 que Gré- ques, lui expliquant que c’est bien velés, rénovés, civilisés d’un seul’
goire Quatresous at- d’aimer Dieu et la vie comme il le coup de bulldozer. » Mais dans ces
territ chez les moi- professe, « à condition de les mé- terres protégées du Bourbonnais,C nes. Imbibé de vin langer comme l’eau et le pastis ». on vit encore à cette époque
blanc, rentrant à vélo avec un Frère Grégoire est fait. Il « n’était comme on l’a toujours fait.
ami de chez la mère Françoise - plus qu’un homme, un misérable à Le petit monde de Fallet
resqui n’avait plus 20 ans mais la l’image de tous les hommes quand semble à celui de son copain
grande qualité d’avoir la cuisse les femmes, ces dockers insoup- Audiard. Il faut laisser au
vestiailégère et un mari prisonnier –, çonnés, les soulèvent comme plume re tout esprit de sérieux pour en
LE BRACONNIER poursuivi par une patrouille alle- entre leurs faibles bras, les empor- goûter la saveur mais aussi la
DE DIEU mande, il avait escaladé le mur tent, les gardent ou bien les jettent profondeur. Car cette comédie
De René Fallet, d’enceinte de l’abbaye de Sept- à la poubelle ». burlesque est moins légère et
imédition illustrée Fons, grand monastère trappiste pudente qu’il n’y paraît. Elle est
et commentée, du Bourbonnais. même bouleversante dans son
Bleu autour, Ce fut en allant Lorsqu’il avait ouvert les yeux désir éperdu de réconcilier l’eau
290 p., 27 €. le lendemain et vu, penché sur “ bénite et le bon vin, l’ivresse et lavoter Pompidou
lui, le visage souriant d’un moine louange, l’amour des créatures,que Frère Grégoire
l’informant qu’il était recherché l’amour de la bonne chère et de la
rencontra le péchéet lui proposant de rester chez chair et l’amour du Bon Dieu.
eux, il s’était montré on ne peut René Fallet est plus théologien et”
plus honnête : les curés, il ne les Fou d’amour, il décide de quit- chrétien qu’il ne veut le laisser
aimait point. « Aime-les point, ter l’abbaye pour épouser sa dul- voir.
mon gars, aime-les point, aime cinée. « Elle l’aimerait. Elle aime- Cette édition est augmentée de
seulement le bon Dieu. C’est lui qui rait Dieu, par la suite, et Dieu les photos et d’une quinzaine de
text’a sauvé », lui répondit le frère. aimerait. » Le lendemain, la belle tes sur l’écrivain et ses sources
Tout compte fait, Grégoire se s’était envolée mais le cœur sim- d’inspiration, avec des
témoignatrouva bien à l’abbaye. Pour un ple de frère Grégoire continua de ges de ses proches, Agathe Fallet,
paysan, il y avait du travail, croire qu’elle lui reviendrait. En sa femme, son neveu, Gérard
soixante hectares de bonne terre. attendant, il irait évangéliser les Pussey. Lorsqu’il écrit Le
BraconIl retrouva aussi naturellement le paysans de la région. Il s’engage nier, Fallet est au sommet de sa
Jésus de ses 10 ans. À la dans une ferme du canton de Jali- carrière - L’Amour baroque paru
Libération, il refusa de s’en aller. gny, où il retrouve ses bonnes en 1971 a été salué comme un
Voilà comment un joyeux luron vieilles habitudes et une bande de chef-d’œuvre. Mais sa santé
dédevint frère Grégoire – jusqu’en joyeux compères parmi lesquels cline, il souffre et se sait atteint
1969… un fils de famille qui a déçu les d’un mal dont il peut mourir. Dès
« Ce fut en allant voter Pompi- attentes bourgeoises de ses pa- lors comment douter qu’à travers
dou que Frère Grégoire rencontra rents aristocrates. frère Grégoire, passant outre les
le péché », écrit René Fallet en in- Qui eût cru que René Fallet curés, il s’adresse directement à
cipit du Braconnier de Dieu. En (1927-1983), l’ami de Brassens, ce Jésus qu’il ne craint pas de
faichemin, en effet, le moine tomba anar et anticlérical, pût écrire un re apparaître pour rappeler son
en arrêt devant une dame en roman mystique ? On connaissait héros à sa mission.
maillot de bain deux pièces qui le grand amour que ce romanti- Et comment ne pas regretter
prenait le soleil sur une péniche. que vouait aux femmes, au petit que l’abbé de Sept-Fons qui
s’ofCommence un dialogue d’antho- peuple de Paris et à son Bourbon- fusqua que l’auteur n’ait pas
malogie où la gouaille parisienne de nais d’origine. Mais Jésus… Dans quillé le nom de son abbaye et le
la belle joute avec le parler bour- ce roman, paru en 1973 et dédié à lui écrivit en des mots qui
manbonnais du frère convers cramoi- Antoine Blondin, Fallet pourtant quaient pour le moins d’humour
si. Elle le prend par les senti- ne se renie pas. À travers son hé- et d’amour, ce qui affecta
profonments, lui parle de son âme en ros, qui entend des paysans dément l’intéressé, n’ait pas
enRené Fallet tente de réconcilier le bon vin et l’eau bénite, l’amour déshérence ; pique son orgueil en transformés en ouvriers parler du tendu dans ce roman gaillard
des créatures et l’amour du bon Dieu. ULF ANDERSEN/AURIMAGES VIA AFPlui disant qu’un chartreux ou un programme télévisé, l’auteur l’appel d’une âme. ■
En vert et contre tous… les pollueurs
OLIVIER NOREK Un ancien militaire se lance dans une guerre contre ceux qu’il juge responsables
de la crise climatique. Un thriller écologique efficace.
BRUNO CORTY sa tête, on le comprend dès le dé- les spécialistes de l’unité Enquêtes qui les dénonce ? Le plus effrayant c’est bougrement efficace ! Le Time
bcorty@lefigaro.fr part, un ancien des forces spé- informatiques et par une psycho- dans cette histoire, c’est que Norek ne s’y est pas trompé qui vient de leIMPACT
ciales, Virgil Solal, fracassé par la criminologue. La question que n’invente, hélas, pas grand-chose, placer dans sa liste des meilleursD’Olivier Norek,
E THRILLER français mort à la naissance de sa fille, vic- pose le romancier est forte : « Qui étayant ses propos sur des faits auteurs de polars de la fin d’année.Michel Lafon,
aura connu une belle time de la pollution atmosphéri- puniriez-vous ? » Ceux qui n’agis- réels, vérifiables. Engagé dans Un exploit, pour un auteur fran-349 p., 19,95 €.
année en 2020. Après le que. Sa première action, qui n’est sent pas pour protéger la planète, l’humanitaire, il utilise son succès çais, et un bel encouragement pour
succès de Franck pas sans rappeler les mises en les espèces et les hommes ou celui pour faire passer un message. Et la suite ! ■L Thilliez avec Il était deux scène de Daech, destinées à
terrofois (qui ressort en édition collec- riser ses ennemis, montre un cube
tor au Fleuve noir), et de Bernard de verre dans lequel est retenu le
Minier avec La Vallée (qui reparaît PDG de Total, considéré par
LAMAIRIEDELÈGE-CAPFERRETlui aussi en version collector !), Greenwar comme l’un des
princic’est au tour d’Olivier Norek de paux responsables des problèmes LALIBRAIRIEALICECAP
régaler son lectorat avec Impact. d’environnement sur la planète.
félicitent et remercient tous les écrivains qui étaient présents
Trois ans après Entre deux mon- Le cube dans lequel il est
prisoneàla16 édition (27, 28 et 29 août 2020) dedes sur la jungle de Calais, le lieu- nier est relié à un tuyau, lui-même
tenant de police du SDPJ 93 en relié à un véhicule. Si Total ne LARENTRÉELITTÉRAIREDUCAPFERRET
disponibilité se lance un nouveau règle pas un montant de plusieurs
défi. Plutôt que de continuer les dizaines de milliards en quelques CorinneAtlas(«LesRiverains»,Hérodios),MaÿlisBesserie(«Tierstemps»,Gallimard),
aventures de son héros récurrent, heures, l’homme sera exécuté. MiguelBonnefoy(«Héritage»,Rivages),CarolineDorkaFenech(«RosaDolorosa»,
le capitaine Coste, découvert en LaMartinière),CarolineLaurent(«Rivagesdelacolère»,LesEscales),SimonLiberati
Des faits réels2013 dans Code 93, il s’est lancé («LesDémons»,Stock),EloïseLièvre(«Notredernièresauvagerie»,Fayard),
dans l’aventure à risques du polar La police et la DGSI sont aux pre- AlainMabanckou(«Rumeursd’Amérique»,Plon),DominiqueMaisons(«Avantles
diamants»,LaMartinière),BasilePanurgias(«L’inconnuedelaFactory»,Hérodios)écolo engagé. Entre deux chapi- mières loges, consternées par le
tres consacrés aux dérèglements modus operandi du criminel.
climatiques et à leurs désastreuses Contrairement à ses sbires qui
apSejoignentauxorganisateurspour féliciterleurs confrèresquiles
conséquences un peu partout sur paraissent masqués sur les vidéos,
accompagnaientfinaoûtauCapFerretetquiontétédistinguésdepuis:
la planète, Norek met en scène la Solal montre son visage. Et son
HervéLeTellierpour«L’Anomalie»(Gallimard)France très actuelle, qui panse discours, relayé par des millions
PrixGoncourt2020,encore ses plaies post-« gilets d’internautes, fait mouche.
Sijaunes » et terrorisme, tout en tuation inédite : tout à coup, les ThibaultdeMontaigupour«LaGrâce»(Flammarion)
redoutant d’autres attaques. foules se prennent de sympathie PrixdeFlore2020.
Une France qui découvre, via pour le méchant ! L’enquête pour
Etleursouhaitentsuccèsetbonheur! ville-lege-capferret.fr-alicecapferret.comles réseaux sociaux, un groupe le débusquer est confiée au
capiécoterroriste baptisé Greenwar. À taine Nathan Modis, entouré par
Ajeudi 17 décembre 2020 LE FIGARO
6
■ postales de la Belle Époque Plonk et Replonk
retouchées et photomontages font de l’écologie
agrémentés de légendes Qu’il est bon de rire, gratuitement,
loufoques qui jouent avec sans ricaner. Plonk et Replonk, À les poncifs. Ils publient deux auteurs suisses bien connus pour
nouveaux albums, édités par leur joyeux sens de l’absurde, sont
Philippe Rey : l’un est dédié à d’une créativité intarissable. Leur LIRE
l’écologie, l’autre aux bains de mer. technique artistique est toujours
(64 p. et 13,50 € chacun). A. L.la même : détournement de cartes BEAUX
Livres
UNE HISTOIRE
UNIVERSELLE
DES RUINES
D’Alain Schnapp,
Seuil, « La librairie
edu XXI siècle »,
744 p., 49 €.
Voici un sujet
délicat, en réalité, Les vestiges du jour
que celui des débris
d’édifice ancien. Le message Les trésors FRANÇOIS BOUCHON/JEAN-MARC BASTIÈRE Pourtant, la conception queUne magnifique
nous avons des ruines, d’une sen- LE FIGARO des fresques de la retrouvés
U’EST-CE qu’une sibilité exacerbée, est l’aboutisse-et passionnante
ruine ? Que nous di- ment d’une longue maturation. Is- basilique d’Assise de la BnF…
sent les vestiges ? sue des Lumières, cette vision doitréflexion
Que devons-nous beaucoup à Diderot, Volney etQ en faire ? Voici un Chateaubriand. Ce dernier écriten mots
sujet délicat, en réa- d’ailleurs avec limpidité : « Tous
lité, que celui des les hommes ont un secret attraitet en images
débris d’édifice ancien, qui n’est pour les ruines. Ce sentiment tient à
pas sans entretenir quelque rap- la fragilité de notre nature, à unesur les ruines
port avec le respect dû aux morts conformité secrète entre ces
monuet à leurs dépouilles dans toutes ments détruits et la rapidité de notreà travers
les cultures. Cette appréhension existence. »
dépasse les aspects techniques de l’histoire. Civilisations anciennesla conservation tout comme le
vague frisson esthétique que nous Évoquant l’antique pluralité des
pouvons éprouver devant un pan livres, cet ouvrage appartient sur- perceptions sur cette question,
de mur écroulé dans l’herbe, ulti- tout au cercle étroit des (très) bons l’auteur nous fait voyager dans les
me témoin d’un château ou d’une livres. civilisations anciennes : des «
ruiabbaye médiévale. Ces « résidus » parfois magnifi- nes apprivoisées » du monde
grécoL’historien et archéologue Alain ques des civilisations anciennes ou romain aux « ruines de l’être » du
Schnapp insuffle même à ces ques- des générations passées nous sem- monde islamique en passant par SINDBAD LE MARIN FRANÇOIS
ET AUTRES CONTEStions une ampleur - et une impor- blent sans défense, à la merci du « l’art d’accommoder les vestiges » De Chiara Frugoni,
Illustrés par Dulac, tance anthropologique - que nous fanatisme extrême ou de la simple des Chinois. Si on ne saurait en traduit de l’italien
préface et intro Claude ne soupçonnions pas. C’est un im- négligence. Car porter atteinte à quelques lignes épuiser ce livre Chiara Frugoni Au sein de la par Lucien d’Azay,
Habib et Carine Picaud, pressionnant monument, bien de- ces reliques, aussi désagrégées fus- gorgé de références littéraires, on Les Belles Lettres, est une médiéviste prestigieuse
BnF, 800 p., 55 €.bout, bien vivant, que son Histoire sent-elles, c’est, apparaît-il ne peut qu’inciter chacun à très rigoureuse, BnF, il existe un
194 p., 29 €.
universelle des ruines. Si on le place aujourd’hui à presque tous, effacer contempler au fil de la lecture les une des principales département
volontiers, par ses illustrations va- de la mémoire un héritage fleurs sauvages qui poussent dans spécialistes européennes dont le nom fait
riées, dans la catégorie des beaux commun. les ruines. ■ du Moyen Âge, qui a dédié rêver : la réserve des
sa vie (elle est née en 1940) livres rares. C’est là qu’a été retrouvée
à François d’Assise en s’appuyant une édition des contes des Mille et Une
notamment sur sa représentation Nuits illustrée par Edmund Dulac
(1882iconographique. Ce beau livre tente 1953), l’un des plus grands illustrateurs
ede nous proposer une relecture du début du XX siècle, français avant Bambi, tragique et sublime
des fresques magnifiques de devenir britannique – il a « peint »
de la basilique d’Assise peintes des œuvres de Flaubert, Verlaine,
L’artiste Benjamin Lacombe redonne sa profondeur par les plus grands artistes de l’époque, Musset… La BnF a eu l’heureuse idée
en particulier Giotto. Elle insiste d’exhumer Sindbad à cette fable interdite sous l’Allemagne nazie.
sur le projet au fond caché de ces le Marin et autres contes d’après
fresques qui annoncent la Renaissance : l’édition de Piazza publiée en 1919.
ALICE DEVELEY L’Étonnante Famille Appenzell, essayer de relativiser la dichotomie Pour cette œuvre, l’artiste s’était inspiré
adeveley@lefigaro.fr concrétise son engagement dans ce entre la vision hagiographique de l’Église des miniatures islamiques, indiennes,
superbe livre ciselé de 176 pages. C’est et la tradition orale de la vie du saint. tibétaines et japonaises pour être
U MILIEU des fourrés, un bel hommage qu’offre l’illustra- Au fond, selon elle, ces fresques au plus près de l’esprit des Mille et Une
dans l’une de ces cham- teur à travers ces pages d’une téné- auraient pour ambition de dévoyer Nuits. Ces 200 pages rassemblent Les
bres vertes que tient se- breuse beauté. cette existence ascétique très proche Voyages de Sindbad, mais aussi Aladin
crète la forêt, vit un cer- des Évangiles qui embarrassait les ou la lampe merveilleuse, Histoires des
Symphonie d’illustrationsAtain Bambi. Là, protégé autorités religieuses trois calenders et Le Dormeur éveillé.
par sa mère, le petit chevreuil Lacombe s’approprie le texte de Sal- de l’époque. La principale leçon du saint Dans une introduction passionnante et
contemple les farandoles de fleurs, il ten en le parant de personnages in- n’était-elle pas d’inviter ses disciples à instructive, Carine Picaud, conservatrice
cavalcade au son des bourdons et as- quiétants et lui redonne sa pro- s’occuper des pauvres à travers la joie à la réserve des livres rares à la BnF,
siste sous les feuilles des arbres au mi- fondeur en révélant par un jeu et la prière ? Il prônait une certaine explique la genèse de cette publication,
racle de la création. Depuis le chef- de clair-obscur les mystè- distance avec l’étude et la richesse qui évoque la maison d’édition d’art Piazza
d’œuvre des studios Disney de 1942, res du bois noir. Les ne pouvait manquer d’embarrasser les et parle de Dulac, qui donne libre cours
l’animal est associé à ce monde de images sont synco- ordres contemplatifs qui n’étaient pas à son admiration pour les miniatures BAMBI
l’innocence, cette terre brune où pées au fusain et les prêts à renoncer à l’étude, sinon persanes, inspiration nouvelle De Félix Salten,
l’homme n’a pas sa place et, bien sûr, pages, habitées par à la richesse. Les fresques tentent à l’époque. Elle explique que, même si les illustré par Benjamin
à ce pays du chagrin, quand on se Lacombe, traduit mille et une âmes. donc de dessiner un François très isolé, fameux contes ne prêtaient guère à rire,
de l’allemand souvient qu’un chasseur laissa l’en- Chaque dessin fait notamment à travers la représentation « l’humour, si cher au dessin de Dulac,
par Nicolas Waquet,fant orphelin. plus qu’une ode à la na- crépiter les feuilles. de ses disciples, qui, démontre Frugoni, pointe dans l’expression éberluée
Albin Michel,Mais, au-delà du film émouvant, se ture, le livre est une pa- La forêt résonne de apparaissent sous des apparences du sultan découvrant à nouveau
176 p., 29,90 €.rappelle-t-on que le livre originel fut rabole du climat de haine leçons de courage. moins sévères, plus conformes le palais d’Aladin », et cite d’autres
interdit par les nazis parce que pro- qui visait la jeunesse juive Gare à « Lui », l’homme aux moines de leur temps, afin de exemples. Dans la préface, l’essayiste
fessant « une allégorie politique sur le viennoise de l’après-guerre. que les bêtes croient « tout- déculpabiliser les esprits. Le livre innove Claude Habib dit ce que les célèbres
traitement des Juifs en Europe » ? À Une interprétation qui a touché puissant »… À travers cette sympho- à travers la relecture de ces messages contes – évidemment extraits de
el’aube du XX siècle, Felix Salten est Benjamin Lacombe. « Depuis long- nie d’illustrations, le lecteur entend oubliés d’un art au service l’œuvre originale – ont apporté et ce
un intellectuel juif. S’il est connu pour temps, je voulais, dans un livre illustré, de nouveau la « petite musique qui d’une institution ecclésiale désireuse de que l’on doit aux traducteurs. Il écrit :
avoir publié l’un des classiques de la traiter du mal absolu. Un mal qui re- annonce la catastrophe » et qui avait passer par perte et profit le legs du saint « Avec le conte oriental, arrive un
littérature érotique, il l’est autrement surgit toujours, sous une autre forme, disparu sous les pinceaux de Disney, tout en assurant sa promotion. personnel fantastique composé de fées
pour ses essais dans lesquels il dénon- ou de biais, comme les mille dangers de comme l’explique en préface le phi- Une démonstration érudite, richement et de génies hideux. » Et il souligne :
ce l’antisémitisme. En 1923, il méta- la forêt de Felix Salten », écrit-il en losophe Maxime Rovere. Avec ce illustrée, pour les spécialistes d’histoire « Les Mille et Une Nuits vont donner
phorise ce combat avec Bambi. Le ouverture de son Bambi. L’artiste qui Bambi se redécouvre une histoire de l’art. le coup d’envoi de l’orientalisme. »
succès est immédiat et immense. Bien a récemment abordé le sujet dans tragique et sublime. ■ JACQUES DE SAINT VICTOR MOHAMMED AÏSSAOUI
ALE FIGARO jeudi 17 décembre 2020
7
■ de la Vierge, le symbole de la nous regarde et se regarde ? Au Dans la peau des femmes
fertilité. Pourquoi ? « Il n’existe fil des pages, Laure Adler donne « Au commencement était
pas de regard neutre ni d’histoire une couleur féministe au corps le phallus. » Ainsi s’ouvre le livre
de l’art qui détienne la vérité », féminin, de sa représentation d’art de Laure Adler. À travers À note l’auteur. Mais « il y a jusqu’à son émancipation, une série de toiles, sculptures
quelque chose qui pense dans de Raphaël à Cindy Sherman. et performances, l’auteur
chaque tableau et cette pensée Intéressant. ALICE DEVELEY montre la fabrication des LIRE
est sans mots quand nous Le Corps des femmes, femmes dans l’œil des hommes.
le regardons ». Que dit la femme de Laure Adler, Albin Michel, Sous le nom d’Ève se dessine BEAUX
que nous regardons ? Celle qui 176 p., 35 €.une séductrice, sous celui Livres
Jardins extraordinaires
Alain Baraton nous
propose un voyage
poétique et
consolateur
au cœur des plus
beaux jardins.
ANTHONY PALOU
OUS fredonnions,
enfants, cette chanson
lorsque notre
professeur un peu scout nousNsortait, alors que nous
étions tout confinés dans la salle de
classe, et il nous disait : «
Aujourd’hui, nous allons visiter un jardin,
vous allez découvrir des couleurs,
des senteurs, des fleurs, des
champignons, des arbustes et des arbres,
des mulots et des ragondins. »
Avant de partir, nous
chantions, donc, au pas de l’oie
Charles Trenet : « C’est un jardin
extraordinaire/ Il y a des canards
qui parlent anglais/ Je leur donne
du pain, ils remuent leur
derrière/ En me disant “Thank you
very much monsieur Trenet. » Et
puis, cette chanson nostalgique DICTIONNAIRE
AMOUREUX de Jacques Dutronc : « C’était
ILLUSTRÉ un petit jardin/ Qui sentait bon le
DES JARDINSmétropolitain/ Qui sentait bon le Alain Baraton nous fait voyager à il m’est permis de débuter ce diction- “perles d’Azur”, rosiers anglais,
D’Alain Baraton, bassin parisien… » côté de chez nous. Voyez celui-là, naire par un hommage aux abeilles. plantes en pot et arbres libres… »
Plon-Grund, On ne présente plus Alain de Chenonceau, voyez les aligne- Sans elles, pas de fleur, pas de fruit, Les plus beaux jardins sont dans
288 p., 29,95 €.
Baraton. Depuis trente-cinq ans, il ments de Versailles, son potager, pas de jardin. » Voilà un livre de nos têtes. Nous les avons tous
desest le jardinier en chef des jardins voyez, voyez… voyage. Ouvrez-le au hasard. sinés sur des feuilles de chêne.
de Trianon et du Grand Parc de Page 70 : Chantilly, page 106 : Fon- L’Éden était peut-être, nefs que
Livre de voyageVersailles, ce n’est pas rien. Le tainebleau, page 156 : le Jardin Majo- nous sommes, à notre portée. Nous
coiffeur de nos coups de buis. Les La dédicataire de son dictionnaire relle au Maroc, page 154 : le jardin nous pensions platanes alors que
jardins sont nos consolations. On amoureux illustré des jardins ? La d’Eyrignac et, merveille, le bois des nous n’étions que sublimes
rofeuillette le livre de Baraton ainsi voici, l’abeille : « Ces charmants pe- Moutiers à Varengeville-sur-Mer : seaux. Baraton nous envoie au
qu’on effeuille une marguerite. tits insectes étant ainsi orthographiés, « Hortensias et lavandes, clématites paradis. ■
Cassavetes, L’histoire
portrait de de France, 1livre acheté 4repas distribués=
l’artiste en une affaire
génial artiste de femmes
Ne le dites pas au Père Noël : cet Combien de destins de femmes
album n’est pas un cadeau. Il a-t-on étudiés à l’école ? Cinq, dix, Desauteurss’engagent :
s’agit tout simplement d’un des quinze… Vingt tout au plus. C’est un
meilleurs livres de cinéma qui tort. Car, il demeure dans les couloirs
Tonino Benacquistaexistent. Ray Carney a compilé de l’histoire de France, une centaine
toute une série d’interventions de personnalités féminines qui ont Philippe Besson
de John Cassavetes qu’il marqué, voire révolutionné leur
Françoise Bourdinaccompagne de ses époque. Ces facettes parfois oubliées,
commentaires judicieux et le lecteur les redécouvre
Maxime Chattam
documentés. Cela dresse un dans un formidable ouvrage collégial,
portrait fouillé, touchant, du réalisé sous la direction d’Hélène de François d’EpenouxCASSAVETES
réalisateur hors norme. « Ceci est Champchesnel, maître de conférences PAR CASSAVETES
Jean-Paul DuboisDe Ray Carney, l’autobiographie que John à Sciences Po. Bien sûr, certaines têtes
traduit de l’anglais Cassavetes n’aurait pas écrite. » sont connues : Christine de Pisan, Éric Giacometti
(États-Unis) Aux acteurs de Husbands, il Jeanne d’Arc, Olympe de Gouges,
par F. Raison, AlexandraLapierredisait : « Pas de joli. Absolument Édith Piaf, Simone Weil… Mais parmi
Capricci, rien de joli. » cette galerie de portraits se trouvent Agnès Martin-Lugand608 p., 45 €. Son énergie est sidérante. Le d’illustres immémorées.
cinéma est sa vie. « Bien qu’on ne Se souvient-on d’Elisabeth Vigée- Véronique Ovaldé
le dise pas, parce que ça fait Lebrun, portraitiste officielle
Roman Puértolasringard, on doit être prêt à mourir de Marie-Antoinette ? de Madeleine
pour le film. » Alors Cassavetes Brès, première Française à avoir fait Jacques Ravenne
hypothèque sa maison, se des études de médecine ?
Olivia Ruizdispute avec son épouse, la de Marguerite Durand qui travailla au
géniale Gena Rowlands à qui il Figaro et fonda le journal Leïla Slimani
offrira le superbe Une femme La Fronde, réalisé par
sous influence. des femmes ? et de Marie Marvingt, FranckThilliez
Avec Shadows, il se retrouve grande aviatrice qui se battit aux côtés
avec vingt-six heures de des poilus ? Le riche recueil qui se veut
pellicule. « Je ne fais jamais rien « le reflet d’une société dont les Illustration de couverture:
pour des raisons financières. » évolutions se font bien souvent par les
Riad SattoufAprès la projection d’Un enfant femmes » n’est pas une hagiographie.
attend, il colle son poing dans la « Toutes ne sont pas des modèles
figure du producteur Stanley mais toutes ont un destin exemplaire,
Kramer. Il avait calculé que pour un parcours riche d’enseignements
rembourser les frais d’Opening et de passions. » Au-delà Depuis6ans,plus100 HÉROÏNES Night, il aurait fallu que chaque de leur genre qu’elles purent
DE L’HISTOIRE spectateur paie sa place transcender, ces femmes d’exception de4millions de repas
DE FRANCE 3 000 dollars. méritent d’être retenues
D’Hélène de ont étédistribuésÀ sa mort, aucun de ses films pour leur engagement et les causes
Champchesnel,
n’était disponible en vidéo. Le qu’elles défendirent. Gründ,
temps, heureusement, a réparé Un livre passionnant qui ouvre de belles208 p., 29,95 €. LE FIGAROLITTÉRAIRE SOUTIENT LES RESTOS DU CŒURcette injustice. pages d’Histoire.
ÉRIC NEUHOFF ALICE DEVELEY
€5
Ajeudi 17 décembre 2020 LE FIGARO
■ première ascension de cette dans ces pages enrichies par L’air des cimes8
montagne où l’on disait que le diable les textes de Charles Rochat-Il prit le nom de « Balmat du
Montavait été exilé. Il grimpait pour le Cenise. C’est un hymne à Blanc » après avoir été le premier
plaisir de grimper. Sa vie était là- l’aventure et à la liberté. homme à en atteindre le sommet.
haut. C’est à son monde que ARNAUD DE LA GRANGEL’histoire de Jacques Balmat est À
l’alpiniste et photographe Julien Les Grandes Solitudes magnifique de volonté et d’amour,
Lacroix rend un très bel hommage. Il de Jacques Balmatcelui qui peut lier un homme à la LIRE dit la montagne avec un œil humble De Julien Lacroix,nature, à la montagne. Le 8 août
et vrai, des images sobres et Librairie des Alpes, 1786, le jeune cristallier chasseur de BEAUX r naturelles. Il souffle un air vivifiant 96 p., 26 €.chamois réussit avec le D Paccard la
Livres
À la mer !
À la mer !
Une sublime anthologie
de 130 textes littéraires illustrée par
les œuvres des grands peintres.
œuvres littéraires et picturalesBRUNO CORTY
inspirées par la mer. De la Bible à
ES RAPPORTS entre lit- J.M.G.Le Clézio, chacun y trouvera
térature et peinture sont matière à rêver, à dériver au gré des
au cœur de l’œuvre du mots des uns et des images des
critique littéraire et criti- autres. La Ballade du vieux marin deLque d’art Daniel Bergez. Coleridge a inspiré à Gustave Doré
Il le prouve une fois encore avec des gravures d’où sourd une belle
cette sublime anthologie qui présen- solitude. Celles d’Alphonse de
Neute, de l’Antiquité à nos jours, les ville illustrant Vingt Mille Lieues sous
les mers nous transportent toujours lette, La Mer jaune, La Vague verte).
autant au temps de l’enfance. Valery Larbaud par Pierre Bonard et
La Tempête de Turner semble Marcel Proust par Claude Monet…
avoir été peinte pour illustrer un pas- une évidence ? La Mort à Venise de
sage des Mémoires d’outre-tombe Thomas Mann baigne dans le flou, le
dans lequel Chateaubriand raconte brouillard d’Henri Le Sidaner, pour
une traversée maritime mouve- mieux dire la lente désagrégation
mentée. Dans le même regis- de l’existence de Gustav von
tre, en plus dramatique, on Aschenbach.
est saisi par les naufrages Pour sublimer LesMURIELBARBERY
de Théodore Gudin et Vagues de la sublime
Eugène Isabey, ac- Virginia Woolf, leÉCRIRE LA MER
compagnant La Bou- choix de GeorgiaAnthologie réunie
teille à la mer d’Alfred par Daniel Bergez, O’Keeffe surprend
Citadelles et Mazenod, de Vigny :«Il voit les dans un premier
512 p., 219 €.masses d’eau, les toise temps, puis les
foret les mesure,/Les mé- mes, les couleurs, les
prise en sachant qu’il en est ondulations de ses toiles
écrasé,/Soumet son âme au nous envoûtent
durablepoids de la matière impure/Et se sent ment, comme les ténèbres du
passamort ainsi que son vaisseau rasé. » ge choisi. La Peste d’Albert Camus
Des ténèbres, on passe à la lumière du accompagnée par Max Ernst et
NiSud méditerranéen lorsque Henri- colas de Staël, L’Été par Edward MURIEL Edmond Cross sert Sur l’eau de Mau- Hopper : que de couleurs, de beauté !
passant. La fameuse Brise marine de Et que dire des Bains de mer de
MoMallarmé, « La chair est triste, hélas ! rand illuminés par La Baie de
Tréet j’ai lu tous les livres./Fuir ! là-bas gastel de Félix Vallotton ! Tant de
fuir ! Je sens que des oiseaux sont voyages en mer à vivre l’espace d’unBARBERY ivres… » inspire à Georges Lacombe instant, d’une page à tourner. Un
des couleurs oniriques (La Vague vio- régal. ■
UNEROSE
Autun et Angers :
la belle histoire des cathédrales SEULE
Toutes proportions gardées, trente ans alors qu’elle était au
ROMAN les deux nouveaux ouvrages bord de la ruine, s’est achevé en
de la collection « La grâce d’une 2020. Il a rendu toute sa splendeur
cathédrale » sont aussi riches et à ce joyau roman, serti dans
monumentaux que les cathédrales les murailles de la haute ville et dans
d’Autun et d’Angers auxquelles l’écrin de verdure de la campagne
ils sont consacrés : près environnante. Dans sa préface,
gr de 500 pages et autant de photos M Rivière, évêque d’Autun,
et illustrations, respectivement cite Malraux : « Dans les figures
quarante et trente auteurs bourguignonnes du roman,
de différentes disciplines, un peuple entier entre dans
et plusieurs kilos de papier chacun ! l’humanisation de Dieu. » À Angers,
Comme une cathédrale, on peut la cathédrale romane construite
e eles contempler, se contenter au XI fut reconstruite au XII
de regarder les images, les lire dans et témoigne de la naissance du
le détail, où s’arrêter sur tel ou tel gothique angevin. À Autun comme
aspect développé, l’architecture, les à Angers, la présence de chrétiens
dégradations et restaurations au fil et d’un évêque est attestée dès
edu temps, la sculpture, la peinture le début du IV siècle : c’est aussi
et tout ce qui constitue ce qu’on l’histoire mouvementée de la France
appelle le trésor de la cathédrale – chrétienne, contrastée selon les
dont fait partie à Angers le chef- régions, que déroulent ces
d’œuvre graphique, narratif ouvrages qui sont une
et spirituel invitation au voyage
de la tapisserie de dans ces si bellesAUTUN
l’Apocalypse. Fidèles provinces.Sous la direction
au cahier des charges gr de M Benoît Rivière, ASTRID
de la collection, ces Éditions Place DELARMINAT
livres racontent aussi des Victoires,“Unerose seule est un roman comme il en existe peu. la vie de la cathédrale, coll. « La grâce
d’une cathédrale », l’histoire de ses Beau, délicat, intelligent... Il est un livrequi infuse en nous comme 442p., 85 €.évêques et des
chanoines qui devaient en du thé dans sa chapelle d’eau. Il faut le lireparce qu’il est intense,
assurer le service et la
parce qu’il est grand, parce qu’il est bouleversant.” gestion, leurs rapports avec le
pouvoir civil. Ils relatent également
les événements dont l’édifice a été Alice Develey, Le FigaroLittéraire
témoin, qui l’ont marqué parfois
dans sa chair de pierre, la Réforme,
la Révolution, notamment à Angers
pendant les guerres de Vendée.
La beauté visuelle du volume
sur la cathédrale d’Autun
est particulièrement époustouflante.
Il faut dire que le chantier
de restauration, engagé il y a
A