Figaro Littéraire du 20-05-2021
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Date de parution 20 mai 2021
Langue Français
Poids de l'ouvrage 11 Mo

Exrait

jeudi 20 mai 2021 le figaro - N° 23870 - Cahier N° 4 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
lefigaro.fr/livres littéraire
roma N histoire
stépha Ne dura Nd-souffla Nd da Ns les Coulisses
publie u N livre impla Cable du sa C, la mystérieuse
sur u N fait divers glaça Nt orga Nisatio N gaulliste
Page 2 Page 6
Stars
de l’écran,
stars
de l’écrit
doss ier Harper Lee,
Romain Gary et Jean Seberg,
Scott et Zelda Fitzgerald,
John Wayne, Yves Montand,
Jorge Semprun…
Jamais les personnages
flamboyants n’ont autant
inspiré les écrivains.
Page S 4 eT 5
En haut, Scott et Zelda Fitzgerald
avec leur fille Scottie
à Virginia Beach, en 1927.
Ci-contre, Romain Gary
et Jean Seberg à Rome, en 1961.
Tribulations d’un Romain en Gaule
SÉBASTIENLAPAQUE
ARDANUS, héros du roman vers qui son tempérament généreux le ront par domestiquer, l’auteur dessine
de Jean-Robert Pitte, n’est guide, avec l’assentiment d’Ovide dont il aussi une magnifique fresque de l’empire
pas ce fils de Jupiter dont Ra- est un lecteur gourmand. Son mariage finissant. Troubles aux limes, corruption,
meau fit une tragédie lyrique. avec Nevia Galla, une cousine de l’empe- médiocrité des hiérarques, on perçoit
eD C’est un Romain du V siècle ; reur Théodose, va tout changer : la jeune maints échos du monde contemporain
saint Augustin et saint Jérôme parlent de fille est chrétienne et il ne le sait pas, mais dans les événements qu’il relate : « De
lui dans des lettres et, surtout, une pierre d’Augustin à Clovis, le salut vient par les moins en moins de membres de l’élite de
gravée en Ardèche l’évoque. Il y est ques- femmes, épouses ou mères. L’exécution l’Empire croient encore assez à (leurs
vation de Dardanus, préfet du prétoire des d’un rebelle allant à la mort avec le sourire leurs) au point de sacrifier leur vie pour elles
Gaules, fondateur d’un phalanstère chré- en rendant grâce à Dieu l’impressionne et d’éprouver le désir de les transmettre tant
tien dénommé Théopolis en référence à la grandement. Il se convertira sur l’île de à leur descendance qu’aux barbares. »
Cité de Dieu de l’évêque d’Hippone. Lérins. Çà et là, un détail nous intrigue.
ChantaiteDe ce Claudius Postumus Dardanus on ne on Christus vincit au V siècle ? Notre héros
sait guère. Une limite sérieuse pour l’his- rencontra-t-il saint Martin de Tours ? Et
torien mais pas pour le romancier, surtout « le poisson commence à puer par la tête »,
rquand il est, comme le P Pitte, doté d’une est-ce une maxime de la sagesse grecque, LA CHRONIQUE
puissante érudition sur cette ère de déclin un adage d’Érasme - ou de Mao ? Qu’im-d’étienne
de la civilisation antique et d’essor du porte, puisque Dardanus nous le dit.de montety christianisme. Géographe et gastronome, Jean-Robert
Le héros de Pitte naît en Illyrie, dans les Pitte est un conteur, qui sait camper des
actuels Balkans, et devient officier de l’ar- Le roman de Pitte est constitué par l’auto- personnages, décrire des lieux avec soin,
mée romaine. Son courage et sa loyauté biographie de Dardanus - on n’ose écrire des tenues, des repas. Une plume
sensuelle mènent à Trèves, à Milan, à Lyon, au les « confessions », tant le mot est associé le et heureuse parcourt ce récit. La belle
service de l’empereur Gratien, puis de à Augustin, ni ses « Mémoires », terme nature de Dardanus nourrit le lecteur et le PRIXJEANFREUSTIÉ
ses successeurs, dans le grand maelstrom indéfectiblement lié à Hadrien, Yourcenar remplit d’aise. En ces temps étriqués, c’est 2021
de l’empire divisé entre l’Occident et oblige, mais on y songe, bien sûr. Au cré- assez précieux pour être
l’Orient. Ses pas croisent des personna - puscule de sa vie, l’officier romain raconte savouré. ■
lités de son temps, le poète aquitain Auso- le long chemin qui l’a conduit de la côte
ne, le grand évêque de Milan saint Am- dalmate à un plateau reculé de la Gaule
“Cemondeesttellementbeau semble nous demander :
Dar Danusbroise… Hédoniste, Dardanus jouit sans méridionale, pour vivre dans le silence et « Qu’attendez-vous de la vie ? » Et il nous rappelle que « pour vivre
détour de la vie que son rang lui autorise. la prière. Inventant des détails de la vie de De Jean-Robert Pitte, heureux, il faut vivre » ! Raison bien suffisante pour lire cet hymne.”
Calmann-Lévy, Il dîne chez Lucullus et profite notamment ce personnage, lui prêtant un caractère de Alice Ferney, Le Figaro littéraire
des belles esclaves et autres courtisanes jouisseur que l’âge et le catéchisme fini- 270 p., 18,50 €.
Shaw Family archiveS/Getty imaGeS ; Zuma/ leemaGe ; Françoi S Bouchon/le Fi Garo ; collection elZinGre /Brid Geman ima GeS
At
jeudi 20 mai 2021 le figaro
2 En toutes L’intrigue ? Après quelques mois d’un Patti Smith lue par Isabelle Huppert
amour intense, Luc et Édith tirent un Après le succès planétaire de son autobiogra-confidences
trait sur leur histoire, mise à mal par phie, Just Kids, traduite en France en 2010 chez
le métier de cette dernière, membre Denoël puis disponible en Folio, les Éditions Des
Philippe Djian dans la rentrée des forces spéciales d’intervention. femmes-Antoinette Fouque ont l’excellente
de Flammarion Quand, rescapée d’une mission qui a idée de proposer le récit des années de bohème
Le titre est arrêté, ce sera Double Nelson, mal tourné, elle le prie de la cacher de la chanteuse dans le New York des années
expression qui désigne une prise de soumis- chez lui le temps de tromper l’ennemi, 1970 en version audio. Et c’est Isabelle Huppert
sion au catch. Un an après 2030, le prochain c’est la vie de Luc qui bascule. Tous qui se charge de nous en faire la lecture, 5 h 30 Critique erroman de Philippe Djian paraîtra à la rentrée deux doivent réapprendre à s’apprivoi- durant. Le disque compact sortira le 1 juillet
littéraire, le 25 août, toujours chez Flammarion. ser tandis que la menace grandit… dans « La Bibliothèque des voix » (24 €).Littéraire
Aux frontières du réelLes morts
ne nous
aiment p L Philippe Grimbert Un écrivain endeuillé tente de dialoguer avec sa femme disparue.De Philippe Grimbert,
Grasset,
198 p., 18 €. Écrivain et psychanalyste, Paul silence des jours agréables qui de- nambule », tantôt « sous hypnose ». avec les êtres chers disparus. Est-ce Alice Develey
adeveley@lefigaro.fr est un spécialiste du deuil. Ses pa- vient soudain insupportable, les si- Il le montre d’autant mieux que son possible ? Quel coût cela aurait-il ?
rents sont décédés, ceux de sa fem- rènes, la peur et les larmes. Et puis, personnage paraît flotter comme Depuis qu’il a un cœur artificiel, Paul
AIRE revivre un mort. Est- me également, et avec elle, il a per- le retour à la vie. Paul a désormais un fantôme au milieu de tout ce qui est prêt à tout, y compris à céder aux
ce là de la science-fiction ? du un jeune enfant. Sur ces cendres une pile dans son cœur. Peut-être lui rappelle Irène. « Les morts qui chimères du monde virtuel…
Il y a quelques années, une sont nés des livres. Paul écrit des es- va-t-il enfin profiter de cet acci- nous hantent ne portent pas de suai- Avec ce tragique mais très beau
société a mis au point un sais, Irène, des poèmes. « Notre cou- dent pour arrêter les colloques qu’il res, ni de chaînes aux tintements lu- roman, Grimbert nous amène aux Fparfum permettant de ple m’apparaissait comme une créa- déteste tant ? Mais non. Il court, il gubres. » Ce sont des habits, des portes de la folie. De quoi
sommesrestituer l’odeur d’un défunt. Il est ture à quatre mains. » Mais depuis fuit. Il ne veut pas voir Irène qui parfums, des lignes oubliées dans nous capables, seuls, apeurés et
dédepuis possible de s’imprégner d’un peu, les fantômes du passé sont re- s’étiole, qui sursaute au moindre un cahier. Il ne peut pas l’oublier… sespérés ? Les ombres grignotent les
disparu en quelques pschitts. Qu’en venus. Se sont faufilées entre eux bruit, qui se perd dans la nuit. Le Mais il ne veut pas. paragraphes. On croirait presque
est-il de sa voix, de son visage et de toutes ces nuances du silence qui di- vrai drame est là. « L’amour qu’elle entendre Lautréamont et sa terrible
La vie comme une blessureses pensées ? Peut-on ressusciter un sent l’échec du langage, le désastre éprouvait pour son mari, pour sa fille phrase : « J’ai reçu la vie comme une
être cher, en kit ? Cela facilite-t-il le de l’écriture. Irène broie du noir (…) ne suffisait pas à lui donner la Lui, le ténébreux, le veuf, l’inconsolé blessure et j’ai défendu au suicide de
deuil ? Philippe Grimbert a réfléchi à dans ses cahiers. Paul n’arrive plus à force de continuer. » C’est Irène qui refuse que son deuil, comme une guérir la cicatrice. » Mais Paul fait
ces questions avec ce que promet- écrire une ligne. On le comprend, la ne reviendra pas. plaie, puisse cicatriser. Il a besoin avec l’écriture le pari de la vie.
L’autent les nouvelles technologies dans perte de l’inspiration constitue le Les jours passent et ne se lèvent d’Irène pour mener à bien son dernier teur nous rappelle par la grâce de
un roman inquiétant et touchant. prodrome d’une mort. plus. Cet impossible réveil, Grim- projet : écrire un roman. Mais com- mots étincelants que la littérature
Une histoire au confluent de la série Paul fait une crise cardiaque. bert le formule très bien en dépei- ment faire ? Un apprenti sorcier de console et peut donner un second
Black Mirror et du mythe d’Orphée. Grimbert décrit l’attente d’Irène, le gnant Paul tantôt comme un « som- l’informatique propose de dialoguer souffle à ceux qui l’ont perdu. ■
Le massacre
des innocents
Stéphane Durand-Souffland
Inspiré d’un fait divers terrible, ce roman
s’interroge sur la culpabilité des fous.
çaise des boîtes à vœux ». Il nie et Astri D De lA A
adelarminat@lefigaro.fr niera toujours être l’auteur du
mission divine meurtre mais évoque la possibilité
De Stéphane EPUIS vingt ans, le qu’un clone ait pris sa place, sur
Durand-Souffland,
couple sillonnait la l’ordre d’une puissance maléfique. L’Iconoclaste,
France sac au dos, te- Lorsqu’elle est interrogée, sa com-257 p., 19 €.
nant en laisse un chat. pagne, Sylvia, se montre hautaine, DAux automobilistes qui parle avec dureté de son «
secrétailes prenaient en stop, Étienne expli- re » et décline toute responsabilité.
quait qu’ils étaient en «mission di- À chaque fois qu’on lui demandera
Un couple désaxé au cœur du premier roman de Stéphane Durand-Souffland. kai - stock.ado Be.comvine», chargés de remettre en route pourquoi le prénom de l’enfant
asl’horloge du destin en exorcisant les sassiné figurait dans l’un des
carlieux où ils passaient. nets où elle consignait ses théories Le roman de Stéphane Durand- De sa plume incisive, avec un art phose en monstre ? Si
DurandInterpellé pour le meurtre d’un cosmiques et mystico-magiques, Souffland, chroniqueur judiciaire au consommé du portrait, Durand- Souffland entre avec grand talent
enfant, interrogé par un gendarme, elle évoquera une coïncidence. Figaro, est librement inspiré d’une Souffland montre à la perfection dans l’esprit et la sensibilité fragiles
Étienne raconte la même chose, triste histoire vraie, le meurtre de comment l’engrenage hiérarchique, du meurtrier, nous faisant sentir
Apprentis sorciersavec le plus grand sérieux, tout en Valentin en 2008 dans l’Ain. L’au- du capitaine des gendarmes jus- son innocence malgré le mal
compiochant de sa main non menottée Sylvia : une déesse, la déesse teur a assisté aux procès du couple, qu’au garde des Sceaux, en passant mis, un lecteur de Dostoïevski ou de
dans un paquet de chips. C’est aussi d’Étienne, son gourou, son initiatri- condamné en appel, lui à trente ans par tous les échelons de la magistra- Bernanos pourra regretter qu’il ne
ce qu’il dira au juge d’instruction ce, qui lui a révélé le sens de tout et de réclusion, elle, à cinq ans. Il a eu ture, se met en branle dans ce genre pousse pas plus loin l’investigation
après qu’on aura retrouvé son ADN le sens de sa vie. Ils s’étaient ren- accès aux pièces du dossier, échangé d’affaires, et comment la raison po- psychologique et spirituelle. Le
persur la petite victime déchirée de contrés lorsqu’il avait 18 ans, et avec les avocats. Il en a tiré la con- litique, obsédée par l’opinion publi- sonnage de Sylvia, très intelligente,
44 coups de couteau. Il appelle sa elle 28, dans un bar où elle tirait les viction, nourrie par son expérience, que, peut peser sur la justice. ambivalente, est passionnant et
compagne « Majesté » et se présen- cartes. Il était timide, tourmenté, que juger des personnes dont le cer- En principe, les fous ne tuent reste énigmatique. Une chose est
te comme son secrétaire, qui a né- orphelin d’un père mort en criant veau est détraqué n’a pas de sens, personne, note l’auteur au début de sûre, on ne manipule pas
impunéanmoins des fonctions éminentes que Satan l’attaquait. Lorsque Sylvia une question complexe et sensible son récit remarquablement cons- ment les pauvres en esprit et on ne
puisqu’elle l’a nommé « général lui expliqua qu’il était né pour être que le meurtre de Sarah Halimi a truit. Alors, qu’est-il arrivé à Étien- joue pas sans risque aux apprentis
major supérieur de la légion fran- roi, il se leva et la suivit. mise au centre des débats. ne pour qu’un soir il se métamor- sorciers. ■
La nuit des temps
Hugues Simard Dans un Paris postapocalyptique, un homme et une femme s’aiment envers et contre tout.
Le grand
population s’est « volatilisée » ; rite d’offrir une représentation ou d’un événement, sa main le semblent à celles que l’on entend
pAr Alice Ferney demeurent des bandes et des mili- d’un avenir noir. Fulgence possè- brûle qui porte comme un stigma- partout communément. Faire de D’Hugues Simard,
ces. Le métro désaffecté sert de de une voix miraculeuse, au pro- te. Jane est en chemin vers la con- l’écrit quelque chose qui diffère Éditions La Valette,
U MILIEU des romans refuges aux déclassés. Les immeu- pre comme au figuré ; il donne des naissance profonde de soi et du de l’oral est de toute évidence 164 p., 12 €.
à gros tirage, n’oubli- bles se fissurent, l’eau manque, les concerts de rue avec Scipion et monde qui mène au contrôle des l’un des désirs de l’auteur qui
ons pas de parler des hommes providentiels se mettent l’Orchestre du Jour du Jugement forces obscures et à la rédemption. cherche une langue sophistiquée,
parutions plus discrè- en avant. Hugues Simard a le mé- dernier. À l’approche d’un danger L’espoir repose en elle, en larmes onirique, hors du temps. Il a le Ates, qui souvent le à l’idée de la fin des temps, et, goût des mots rares, des belles
sont en raison de leur originalité comme dans le film de Luc Besson choses, l’architecture, la
musimême. Je range dans cette catégo- Le Cinquième Élément, c’est que, les couleurs, la danse, il veut
rie le premier roman d’Hugues l’amour de Jane et Fulgence qui écrire la beauté. On sent qu’à
Simard, que préface avec brio mettra fin au chaos. l’instar de son personnage, il
l’écrivain Hubert Haddad. La litté- « veut voler, échapper à la
trivialiDésagrégationrature est inassignable et ceux qui té », dans une « époque maussade,
aspirent à « écrire », au mode in- Image métaphorique de la désa- fuie par l’enchantement ».
transitif comme disait Barthes, rê- grégation environnementale et Il faut entrer dans cette grande
vent d’attraper le monde présent sociale, Le Grand Chimérique est le vision, laisser couler le sens
obsdans un chef-d’œuvre qui s’auto- roman postapocalyptique d’un cur, trouver celui que soi-même
rise le lyrisme. Cette haute idée de poète. Il y a un dragon, des atta- on décrypte. C’est le plaisir
l’écriture littéraire habite Le Grand ques occultes, des transes, des de l’interprétation. Flaubert,
Chimérique et l’on peut dire que rêves alchimiques, des chimères Beckett, Virginia Woolf ont rêvé
c’est émouvant. sifflantes, des apparitions. L’aspi- d’écrire un livre qui serait un tissu
Paris est le cadre et le personna- ration à la beauté et le refus des de mots à parcourir, à caresser, à
ge principal de ce petit livre dans questions prosaïques sont per- écouter. Ici, comme dans un tel
lilequel le précieux côtoie l’occulte. ceptibles dans chacune des pages. vre, on ne sait pas où on va, on ne
Fulgence cherche Jane dans un On n’y trouvera rien de ce qu’on subit aucun hameçonnage, mais
Paris décrépi et mal approvisionné Paris est à la fois le cadre et le personnage principal de ce livre prend peu à peu l’habitude de on va, on suit, hypnotisé et enrichi
dans lequel le précieux côtoie l’occulte. Jean Bernard/Leemaged’après le Grand Effondrement. La lire, des phrases banales qui res- d’une chose invisible. ■
A
Fr. Mantovani/Galli Mard/ opale
chimérique
rmin
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le figaro jeudi 20 mai 2021
3vrages selon lui indispensables 2020 pendant le confinement : Autrement, avec une préface de blier deux nouveaux livres du
en ces temps délétères. De Philip Indices. Selon son éditeur, « au fil Mathias Énard. Un document prolifique Argentin César Aira ÇÀ Roth à Despentes, de Thomas de ces textes émouvants, elle fascinant et autobiographique (Les Nuits de Flores, Varamo…) :
Mann à Colette, de Kate Tem- dévoile les pensées, les ré- qui annonce Vie et destin et Le Tilleul (2003), sur son
enfanpest à Chardonne, un livre aussi flexions et les sentiments que la nous mène de Stalingrad à la ce, dans les années 1950, et &LÀ
joyeux que corrosif. période a suscités en elle ». chute de Berlin en passant par Esquisses musicales, qui campe
Le top 50 littéraire les massacres de Babi Yar et un peintre procrastinateur
mede Beigbeder Zadie Smith à l’essai La guerre selon Grossman Treblinka. nant une vie d’ermite. On y
reLe critique du Figaro Magazine Le 17 juin, la collection « Folio » Ouvrage classique de Vassili trouve l’atmosphère de sa ville, Critiquepublie à l’Observatoire Bibliothè- publiera un recueil d’essais de Za- Grossman, Années de guerre Coup double pour Aira Coronel Pringles, dans la
provinque de survie, ou la liste des ou- die Smith, écrits à New York en vient d’être réédité aux Éditions Christian Bourgois vient de pu- ce de Buenos Aires. Littéraire
et aIntelligent et lucide,
Hari Kunzru propose Complotiste
un roman ambigu Le cas Weinstein
et passionnant.
Clayton Cubitt (ftu) Emma Cline est devenue riche
et célèbre en 2016 avec son malgré lui premier roman, The Girls, inspiré
par la sinistre famille Manson.
En juin 2020, elle a publié dans
le New Yorker un texte intitulé Hari Kunzru Un écrivain
Harvey. Le sujet, c’est le célèbre
producteur américain Harvey américain en résidence à Wannsee
Weinstein, 69 ans, condamné
en mars 2020 à vingt-trois ans sombre dans la paranoïa.
de prison pour viol et agression
devant son ordinateur, sur lequel il sexuelle. L’idée de la romancière, Chris Tophe C
regarde compulsivement les épiso- c’est de le mettre en scène
ANS le jargon du des d’une série américaine ultra- à la veille du verdict. Il est logé
web, le “red pill” violente, Blue Lives, dans laquelle chez un ami dans le Connecticut. « est un mouvement un flic soumet ses victimes à des Emma Cline dépeint un homme
de conversion à tortures minutieusement reconsti- affaibli physiquement Dl’idéologie de tuées et filmées. dans l’attente d’une décision
l’extrême droite américaine. » Mer- Le jeune écrivain sombre alors qui pourrait l’achever. Arrogant,
ci Wikipédia, car le titre du nou- dans une forme de paranoïa, ag- atrabilaire, il est totalement
veau roman de Hari Kunzru sem- gravée par le fait que c’est à Wann- dans le déni, ne comprenant pas
blait quelque peu hermétique. Mais see que se tint, en 1942, la confé- ce qu’on lui reproche. Persuadé
une fois éclairci ce détail, tout rence lors de laquelle Heydrich que son voisin n’est autre
s’éclaire, et le titre, en deux mots, annonça son plan d’extermination que le grand écrivain Don DeLillo,
dit bien ce qu’est le livre. Ce qu’est systématique des Juifs d’Europe. Et il décide, pour se remettre
une part du livre, en tout cas, car le que c’est aussi sur le bord du lac de en selle, d’adapter l’un
roman de Kunzru ne se borne pas à Wannsee que se suicida Heinrich de ses romans. Il y avait un risque
une évocation des milieux d’intel- von Kleist en compagnie d’Hen- d’humaniser un prédateur.
lectuels démocrates américains, et riette Vogel, dont le narrateur est Emma Cline s’en sort bien. Elle
de leur déception lorsque Donald persuadé qu’elle n’était même pas montre le ridicule et le pathétique
Trump fut élu. sa compagne, mais une jeune fille du nabab déchu. Belle réussite !
Le héros narrateur, comme séduite par les idées saugrenues suprémaciste exaltant la pureté et la vie d’un individu respecté et par- Bruno corty
Kunzru lui-même, est de père d’un romancier et dramaturge fou, supériorité des races nordiques, faitement intégré à l’Angleterre red pill
indien et de mère anglaise, et vit éperdu de gloire. De Hari Kunzru, écœuré par l’afflux à Berlin d’émi- d’aujourd’hui. Avec Red Pill, il
réétraduit de l’anglais aux États-Unis. Écrivain et cher- grants venus des pays arabes. De là crit un peu la même histoire, à ceci
Ex-punkette par Elizabeth cheur dilettante, époux d’une à ce que le jeune Américain sombre près que le passé qui ressurgit au
Peellaert, du Berlin communisteprospère avocate d’affaires, père dans la folie, dans la théorie du visage du héros, et manque le
déChristian Bourgois, d’une petite fille, il a obtenu un La seule personne avec laquelle le complot, et, dépourvu de tout re- truire, n’est pas le sien, mais celui
360 p., 23 €.succès d’estime pour l’un de ses narrateur sympathise un tant soit père, ne scrute internet de façon de l’époque nazie, de l’époque de la
rares livres, et ce succès lui vaut peu, c’est la femme de ménage du obsessionnelle jusqu’à ce qu’il trou- guerre froide, du temps où chacun
une bourse du Centre Deuter, à Centre Deuter, Monika, qui lui ra- ve trace de l’île, au nord de l’Écosse, devait se méfier de tout et de tous.
Wannsee, dans la banlieue de Ber- contera son histoire. Ex-punkette où se réfugie Anton, il n’y a pas loin. Hari Kunzru est intelligent et
lulin, où il pourra se concentrer sur du Berlin communiste, elle s’est Le retour aux États-Unis et à la cide, il ne prend rien pour argent
son prochain travail. trouvée manipulée par les diri- vie de couple sera sans doute rude, comptant. C’est ce qui fait le prix de
Mais le Centre Deuter ne ressem- geants de la RDA, avant de s’aper- mais inutile d’en dire plus. Car Red son roman ambigu et passionnant :
ble pas à ce qu’il imaginait : salle de cevoir que la chanteuse de son Pill, aussi chargé soit-il de ré- il ne conclut pas. Et on ne saura
jatravail en open space, murs blancs, groupe punk, devenue plus tard flexions sur un monde que certains mais si son personnage est réelle- Harvey
personnel rigide, surveillance vi- une égérie de l’Allemagne unifiée, pensent voir échapper à l’homme, ment convaincu d’un complot D’Emma Cline,
déo sur les avancées du travail de était aussi un agent de la Stasi. est avant tout un roman. Hari d’extrême droite destiné à repren- traduit de l’anglais (États-Unis)
chacun : l’étude prévue sur « le Moi Là-dessus, il fait la connaissance Kunzru, dans Mes révolutions, avait dre les rênes du monde de demain, par Jean Esch,
lyrique » n’avance pas, et notre hé- d’Anton, le célèbre auteur de Blue déjà conté le ressurgissement d’un ou juste un paranoïaque obsédé par La Table Ronde,
ros se réfugie dans sa chambre et Lives, et s’aperçoit qu’il s’agit d’un passé terroriste et gauchiste dans la internet et le délire interprétatif. ■ 106 p., 14 €.
Le vieil homme et l’enfant
AvecTatiana de Rosnay,
Domenico Starnone Huis clos dans un appartement
emménagez dans un appartementde Naples entre un grand-père et son petit-fils âgé de 4 ans.
avec ascenseur émotionnel.dialecte napolitain. Suivent des scè-Thierry Clermon T
tclermont@lefigaro.fr nes entre cocasse et absurde,
menées par le gamin turbulent et
espièANS son précédent gle, toujours à l’affût des quatre
roman, Les Liens, Do- cents coups, mais curieux du coup
menico Starnone ra- de crayon de son grand-père. Tout
diographiait avec ta- en lui lisant des histoires ou en par- la farce
De Domenico Dlent l’enfer conjugal tageant ses jeux, le grand-père se
Starnone, d’un couple à bout de souffle. Cette regarde vieillir et replonge dans ses
traduit de l’italien fois-ci, il s’est attardé sur la relation souvenirs, à Naples ou ailleurs. Les
par Dominique Vittoz, grand-père/petit-fils à travers une deux sortent peu, croisent leurs
voiFayard, fiction menée à la première per- sins irascibles, vont au bistrot,
pren230 p., 18 €.sonne, avec en toile de fond la crise nent le métro. L’occasion de faire un « Suspense psychologique
matrimoniale vécue par la fille du bref éloge de Naples et des quartiers rondement mené,
narrateur, après vingt ans d’union. de Sant’Anna alle Paludi, de Porta ces Fleurs de l’ombre sont
Ce narrateur est un illustrateur Lonala, du Carmine. aussi les feurs du mal.»
de renom, Daniele Mallarico, un
Dialogue de sourdsveuf de 75 ans, installé à Milan, et Bruno Corty, Le Figaro littéraire
qui planche sur une nouvelle de Et arrive ce qui devait arriver : la
méHenry James, probablement sa saventure du vieillard, enfermé ce
dernière commande. Originaire de soir de novembre sur le balcon de
Naples, il retourne dans sa ville na- l’appartement de la place Garibaldi,
« C’est diablement réussi.»tale à la demande de sa fille Betta, alors que la porte du salon ne peut
âgée d’une quarantaine d’années, s’ouvrir que de l’intérieur. Suit un
Marine deTilly, Le Pointafin de s’occuper pour quelques dialogue de sourds entre le vieil
homjours de son bambin de 4 ans, Ma- me et l’enfant, où se mêlent peurs,
esrio, alors qu’elle doit se rendre à un poirs, conjectures, spéculations,
quicolloque universitaire en Sardai- proquos, jusqu’à la délivrance finale.
gne, en compagnie de son époux. Ce n’est toutefois pas l’acmé du
À partir de là, Starnone a bâti un roman, qui se situe tout à la fin,
étrange huis clos situé dans la sécu- dans les dernières pages, quand le
laire maison familiale où cohabitent grand-père, le nonno, fils du peu- 352 pages
7,60€et s’opposent, avec soixante-dix ans ple, relit son histoire personnelle à
d’écart, Daniele et Mario, enfant la lumière de l’intrigue spectrale de
turbulent, farfadet plein d’énergie et la nouvelle de Henry James, The
intelligent, véritable « Pinocchio au Jolly Corner, écrite au soir de sa vie.
sang belliqueux ». Reste que Daniele, Du grand art narratif dont ne
usé par la vie et désabusé, ne se sent s’est jamais départi ce romancier
pas vraiment une âme de Geppetto. subtil, soupçonné par certains Un livre, une rencontre.
Désabusé, mais toujours habité par d’être le coauteur, avec sa femme Nouveauté
grand formatcette rage qui ne l’a pas quitté depuis traductrice, des best-sellers de la
son enfance difficile, la « raggia » en Napolitaine Elena Ferrante. ■
A
ier er
ussi
i
a
a
a
jeudi 20 mai 2021 le figaro le figaro jeudi 20 mai 2021
1. Romain Gary et Jean Seberg 4 5dans les années 1960.
2. John Wayne et Susan Hayward les deux cary grantsur le tournage du Conquérant,
dans le Nevada, en 1956. Originaire de Bristol, Archibald Leach devint pour
3. Gerald et Sara Murphy Hollywood le divin Cary Grant. Un homme au
au Cap-d’Antibes, en 1923.
physique avenant, incarnant des personnages
4. Harper Lee au bras
flegmatiques, caustiques, romantiques, comiques. de Gregory Peck en 1962.
Sous le masque, pourtant, une vie marquée par le 5. La ballerine des Ballets russes, L'événement mensonge, le doute, la fragilité. Un beau portrait L'événementLydia Lopokova, en 1916.
6. Jorge Semprun de Martine Reid (Être Cary Grant, Gallimard). B.C.Littéraire Littéraireet Yves Montand, en 1983.
Romain Gary Les Murphy et les Fitzgerald
à Hollywood : un
contrôlable, Scott de plus en plus Lauren Ce Cara C LL
sombre. Tout comme Picasso, il
LS SONT bien plus qu’un est amoureux de Sara, le pilier, diplomate peu ordinaire
couple de légende. Sans Ge- celle qui excuse tout et tout le
rald et Sara Murphy, les An- monde et dont la patience est sans
nées folles n’auraient sans cesse mise à rude épreuve. Et de
Bruno Corty tient tant à faire plaisir à sa mère Idoute jamais été aussi my- la patience, il lui en faut beaucoup
bcorty@lefigaro.fr adorée ! thiques : frivoles mais surtout pour supporter ces merveilleux et
Le voici logé à deux pas de Hol- exaltantes, joyeuses mais surtout insupportables convives.
UARANTE ans après le lywood. À tu et à toi avec les stars. créatives. Ces Américains de la
Payer le prix fortsuicide du double prix Roulant en Oldsmobile décapota- grande bourgeoisie new-yorkaise
Goncourt, les critiques ble. Déjeunant avec l’ogre Orson ne sont pas des personnages de Quant à Hemingway, il n’est
jale (re)découvrent avec Welles chez Frascati. S’amusant à fiction, ils ont bel et bien existé mais très loin, « Papa », l’ami in-Qbienveillance et les ro- écouter chanter Maurice Chevalier. même si l’histoire a préféré rete- dispensable, le concurrent direct
manciers s’inspirent S’offrant des escapades amoureuses nir leurs illustres amis. Que l’au- de Scott malgré leur admiration
de sa vie hors norme. Hier, Fran- sans lendemain. Bien sûr, l’actuali- teur de ce « roman vrai » soit ici réciproque. Fitzgerald le
tourçois-Henri Désérable partait à la re- té mondiale l’intéresse : la guerre remerciée d’avoir sorti du purga- menté – Hemingway l’invulnéra-1 2cherche d’un mystérieux voisin d’Algérie qui s’annonce, le dange- toire les splendides Murphy ! ble : tout un programme ! Deux les heureux
d’enfance de l’écrivain (Un certain reux blocus du canal de Suez. du monde Comme nombre de leurs com- génies, deux personnalités
irréDe Stéphanie M. Piekielny) tandis que Laurent L’homme de sa vie, de Gaulle, n’est patriotes, Gerald et Sara s’instal- conciliables. Les petits Murphy,
Des Horts,Seksik retraçait une journée du jeu- pas encore de retour aux affaires. lent en France au début des an- eux, construisent des châteaux de
Albin Michel,ne Gary (Romain Gary s’en va-t-en Gary écrit comme un possédé, en- nées 1920 et côtoient les artistes sable avec Paulo Picasso et Scottie
378 p., 19,90 €.guerre). Aujourd’hui, c’est au tour couragé par Camus et Malraux, ses venus du monde entier. Tous Fitzgerald, respirent la santé et
d’un auteur de 34 ans, Kerwin Spi- deux amis et soutiens chez Galli- louent leur générosité, tous sont vivent un bonheur intense. Ils
re, de se pencher sur un épisode mard. Pour lui les choses sont sim- sous le charme de leurs trois ado- sont loin de se douter que leurs Et la légende continue...moins connu et ples : il veut avoir le rables bambins. Stéphanie parents cachent l’essentiel.
pourtant essentiel de Goncourt pour Les Raci- des Horts nous embarque avec C’est tout l’intérêt de ce roman
la biographie de nes du ciel. L’affaire est elle dans cet entre-deux-guerres qui ne semble d’abord que luxe, 3Gary : ses années à monsieur rondement menée. À insouciant, où le champagne cou- calme et volupté : les apparences doss ier Acteurs ou écrivains, ils ont fait de leur vie un roman.
romain garyLos Angeles en tant peine sacré, il entame le à flots, où Montparnasse est en- sont trompeuses. Zelda amuse le
De Kerwin Spire,que consul général de l’écriture de La Promesse core le centre du monde et la monde avec ses excentricités mais
Gallimard, France (1956-1960). de l’aube. Se transforme « French Riviera » un havre de ne sombre-t-elle pas dans la
fo324 p., 20 €.Quand il débarque en scénariste surdoué paix, mieux, un paradis. Dans leur lie ? Gerald et Sara sont-ils aussi
en Californie en fé- pour l’adaptation des maison du cap d’Antibes, la Villa soudés qu’ils veulent le faire
croivrier 1956, Gary a Racines que produit Za- America, les Murphy reçoivent re ? Scott n’est-il pas en train de se
42 ans. Le compa- nuck et va réaliser John leurs intimes, autant dire les plus noyer ? Le ciel de la Côte d’Azur
gnon de la Libéra- Huston. Un instant, le grands artistes de leur temps : Pa- s’assombrit soudain et ce n’est que
tion, héros de l’ar- producteur songe même blo Picasso, Scott Fitzgerald et le début. Dans des pages
boulevermée de l’air, est à l’engager comme ac- son épouse, Zelda, Dorothy Par- santes, Stéphanie des Horts
raconmarié depuis 1945 à teur tant son charisme ker, Jean Cocteau, Cole Porter… te une tragédie innommable, puis
une anglaise plus est grand ! Au quai d’Or- La romancière, toujours aussi une seconde, qui terniront à
jaâgée que lui, Lesley say, on s’agace de ce di- bien documentée, revient sur ces mais ces fantasques années et
sonBlanch. Écrivain re- lettantisme, de ces étés féeriques où on ne dit jamais neront le glas de cette parenthèse
connu, ce qui n’est voyages transatlantiques de bêtises, où on se baigne nus enchantée. On est alors en droit de
pas le cas de Gary, sans rapport avec sa quand on ne danse pas le charles- se demander : doit-on être punis
elle va le suivre dans mission. ton, évoque ces soirées arrosées, pour avoir été beaux, riches,
tasa carrière diplomatique à Sofia, Kerwin Spire marie avec doigté beaucoup trop arrosées. Tout lentueux ? Doit-on payer le prix
Berne, Paris, New York et donc faits réels et fiction. Le sujet est en n’est pourtant pas aussi léger : fort parce qu’on a voulu être les
Los Angeles. or. Impossible de se rater. Et puis, Zelda devient de plus en plus in- heureux du monde ? ■
La consultation de plusieurs alors qu’il semble manquer une
fonds d’archives a permis à Kerwin pièce au puzzle de sa vie, voici que
Spire (qui a œuvré à la confection surgit un elfe, une adorable
garde « la Pléiade » Gary en 2019), de çonne, Jean Seberg. Gary est dans
retracer l’existence de ce consul tous ses états. D’un côté, une très Semprun l’aristocrate,
pas comme les autres qui, très vite, jeune femme qui le bouleverse ; de
semble éprouver un ennui certain l’autre, la solidité de Lesley, le
pour sa charge et se réfugie dans poste d’ambassadeur qui l’attend… Montand le saltimbanque
l’écriture au grand dam de son en- Au 1919 Outpost Drive, Los
Angetourage. Un Gary qui savoure sa les 28, California, monsieur le 4 5 6
position sociale, belle revanche sur Consul choisit l’amour fou. Les Moha MMed ïssaoui les mêmes désillusions, on peut se
maissaoui@lefigaro.frune enfance difficile à Vilnius. Il drames attendront. ■ sentir frères. Et ce faisant, ce récit
peut aussi se lire comme une
peinQUOI tient une ami- ture de la grande désillusion du
etié ? C’est mystérieux XX siècle, et de ses combats. Cette
une relation qui se fraternité, qui touche le petit gar-atomic film John Wayne et noue entre deux çon pauvre des quartiers de Mar-De Vivianne Perret,Harper Lee : Keynes et la danseuse russe
La Manufacture êtres. On pourrait se seille comme l’enfant chéri d’une
de livres, contenter de la fa- grande famille madrilène, on la À
358 p., 20,90 €. les irradiés du Nevada des Ballets russes, Lydia Lopokova, personnel qu’aux personnalités qui meuse formule de ressent dès les premières pages isaBeLLe spaakl’enquête impossible vo & Jorge
Susan Sellers braque cette fois la l’adulent, sa spontanéité ne cadre Montaigne, « parce que c’était lui, consacrées à la projection, à Mos-De Patrick Rotman,
ACROÉCONOMIE lumière sur l’ambiguïté des deux pas avec la réserve britannique. Son Grasset, parce que c’était moi ». Dans un cou, de L’Aveu, de Costa-Gavras -
364 p., 20,90 €.ses recherches au Kansas pour nouvel oiseau moqueur commençait à EST l’histoire sateur, Dick Powell, les acteurs keynésienne, key- sœurs et de leurs amis. babillage exaspère. Comme cette roman où tout est vrai, Patrick Semprun avait signé le scénario, et par Éri C neuhoff
De sang-froid. Elle s’installe à ressembler à un albatros ». Lee trou- d’un film qui n’a principaux, John Wayne et Susan nésianisme, révolu- Une communauté aux relations habitude de s’asseoir sur les genoux Rotman, réalisateur de documen- on sait le rôle qu’a joué Montand, eneuhoff@lefigaro.fr
Alexander City, gribouille dans son ve un tas d’excuses. Le fisc lui prend pas laissé un sou- Hayward, étaient du nombre. Bien tion keynésienne, amoureuses croisées : Vanessa de Maynard, lui lécher fougueuse- taires et écrivain, apporte ses ré- avec Signoret, dans l’impact de
UTOUR de lui, c’est carnet au fond du tribunal, interro- trop d’argent (70 % de ses revenus). venir mémorable sûr, le Duke fumait comme un sa- Mnéokeynésianisme, n’aime que le peintre Duncan ment les joues et tolérer ses amants. ponses avec ce portrait croisé de cette œuvre. C’était, certes, en
l’hécatombe. Les pro- ge la terre entière. Des Elle n’ose pas glisser la C’aux cinéphiles et peur. Et comme son patriotisme postkeynésianisme… L’essayiste Grant, dont elle a une Grand échalas malhabile Jorge Semprun et Yves Montand. juin 1990, vingt ans après la sortie
ches du révérend Wil- tonnes de notes s’ac- moindre fiction dans sa ce n’est rien de le dire ! était grand, il n’accepta jamais de britannique John Maynard Keynes fille, Angelica, re- et moustachu, Maynard Une chose est sûre : l’amitié ne du film en France, mais cela restait
liam Maxwell avaient cumulent. Le temps moisson de témoigna- Le Conquérant, voulu par le pro- mettre en accusation les autorités a influencé plusieurs générations connue par Clive se prête à toutes les fan- tient pas par les ressemblances. inimaginable. Ce moment ouvre et les heures un oiseau de feuA tendance à mourir bi- passe. Rien ne vient. ges. « Je suis davantage ducteur mégalomane et hygiéniste américaines alors engagées dans d’économistes et de politiques. Bell, le mari de Va- taisies de la minuscule et Rotman s’amuse presque de cette clôt le roman, tant il est fort. « Le De Susan Sellers,
zarrement et à une cadence réguliè- Lee a rassemblé « as- une réécrivaine qu’une Howard Hughes, à la tête du studio une course contre la montre avec Haut fonctionnaire du Trésor, fi- nessa qui, lui-même, gracieuse balle rine. relation profonde entre deux hom- miracle s’est produit », écrit Rot-De Casey Cep, traduit de l’anglais
re. En tout, six victimes, dont son sez de rumeurs, fan- écrivaine. » RKO, est hélas plus intéressant par les Russes en matière de dévelop- gure de l’université de Cambridge vit avec sa maîtresse Quitte « à se rendre ridi- mes que tout oppose, vraiment man, narrateur, témoin et compa-traduit de l’anglais par Constance
frère, deux de ses femmes. Ce prê- tasmes, rêves, conjec- Elle joue de petites sa dimension dramatique que par pement du feu nucléaire. après être passé par le prestigieux alors que Duncan fut cule », tempêtent les tout. Les paragraphes qui décrivent gnon de cette amitié. Ivo n’en re-(États-Unis) par Lacroix,
cheur noir d’Alabama souscrivait à tures et purs C. Colin-Kapen, sommes au casino (« Le l’éclatante mise en scène de Dick On lit donc cette histoire améri- collège d’Eton, il est un pivot du li- l’amant de Maynard Mercure de France, deux sœurs. Ce qui l’écrivain-ministre et le chanteur- vient pas : « Vous vous rendez
Sonatine, 354 p., 23,50 €.chaque fois de juteuses assurances- mensonges pour écrire pire châtiment que Dieu Powell ou l’interprétation de John caine sur deux plans, celui du film bre-échange, de l’interventionnis- Keynes et, de David les exaspère le plus ? comédien se mêlent ; c’est le riche compte, les enfants, ce qu’on a vécu
456 p., 22 €.vie qui garnissaient son compte en l’Ancien Testament ». puisse concevoir pour Wayne en impayable Gengis Khan ! et de ses stars et celui des anony- me de l’État, de la réforme de la Garnett, futur époux « L’enviable faculté qu’à et le pauvre, l’aristocrate et le sal- aujourd’hui ? », dit-il aux deux
aubanque. L’avocat Tom Radney lui Elle tape sur son Oli- cette pécheresse serait Ce que raconte Vivianne Perret, mes. Peut-on comparer les déboi- monnaie. Théories qui continuent d’Angelica… Heu- Lydia de vivre dans l’ins- timbanque, celui qui a fréquenté les tres. C’est qu’avec L’Aveu,
Monobtenait l’acquittement. Coup de vetti. L’éditeur attend de forcer son esprit à ré- c’est tout simplement l’un de ces res sentimentaux de John Wayne d’être analysées bien après sa reusement, Susan tant présent. » Une li- plus prestigieux établissements et tand a, comme Semprun, réglé son
théâtre : Maxwell est tué de trois en vain. Le verdict de sider pour l’éternité au grands scandales sanitaires dont et de Susan Hayward, le mode de mort, le 21 avril 1946, à 62 ans. Sellers débute son berté qui participe à son l’autodidacte qui n’a jamais tenu compte à la machine communiste
balles durant les funérailles de sa Radney, qui l’a soute- Trump Taj Mahal d’At- les États-Unis se rendirent coupa- vie surréaliste de Howard Hughes Voilà pour le visage public. En pri- roman par une liste aura et « lui insuffle ce une heure sur le banc d’une école, avec ce procès Slansky décrypté
belle-sœur. Ni une ni deux : l’avo- nue dans ses efforts, lantic City »), ne rate bles en utilisant le désert du Neva- et de sa garde prétorienne compo- vé, Maynard Keynes fréquente de courtes biogra- dynamisme qui la rend si le sang-froid et le sang chaud… En sur grand écran.
cat (blanc) défendra l’assassin est clair : « Je crois que pas un match de foot- da et une partie de l’Utah comme sée de Mormons avec la tragédie poètes, romanciers et artistes. En phies permettant de fascinante sur scène ». apparence, prévient Rotman. Ivo La place manque pour dire la
ri(noir) de son client décédé. sa vie est le terrain d’un ball, donne à un maga- terrain d’expérimentation pour la vécue par les tribus indiennes lo- particulier, les membres du nous y retrouver Lydia Lopokova dansa Livi prendra le pseudonyme d’Yves chesse de ces destins croisés -
noCe fait divers de 1977 emballa combat entre le livre et zine une recette bombe nucléaire au cours des an- cales ou les éleveurs ruinés ? Bloomsbury Group. Un cercle fon- parmi les protago- pour le tsar Nicolas II, Montand (tous les jours, sa mère le tamment pour évoquer le jeune
Harper Lee dont le roman Ne tirez la bouteille de scotch. humoristique de nées 1950. Le tout sans vraiment Le choix de la romancière se dé dans le quartier éponyme à nistes, tous nommés fut l’égérie de Diaghilev, hélait de sa fenêtre : « Ivo, mon- résistant Semprun, ses combats, sa
pas sur l’oiseau moqueur (1960) Et c’est le scotch qui « crackling bread ». tenir compte des retombées terri- justifie dans la mesure où les pre- Londres autour des sœurs Stephen. par leur prénom pour la partenaire de Nijinski, ta ! »), tandis que Jorge de Semprun déportation à Buchenwald, son
s’était vendu à 40 millions d’exem- gagne. » Ce blocage inspire à fiantes pour les cultures, les trou- mières conséquences des essais L’une deviendra la peintre Vanessa en accentuer la part l’amie de Stravinsky. y Gurrea enlèvera la particule. rôle dans la culture. Dans Ivo
plaires et avait décroché le prix Pu- Avec sa coupe à la Casey Cep ce portrait peaux et les êtres humains vivant à atomiques surviennent au mo- Bell, l’autre, l’écrivain Virginia romanesque, mais Avant d’épouser May- et Jorge, on croise un mélange
Une fraternitélitzer. Elle n’avait rien publié de- garçonne, sa discré- d’une époque et d’un proximité. ment même où débute le tournage Woolf. Dans Vanessa et Virginia moins tolérants et af- nard Keynes en 1925, étonnant de personnalités
politipuis. L’affaire allait lui donner un tion, Harper Lee reste pays, cette enquête du Conquérant. À l’époque, les (2019), l’auteur de L’Oiseau de feu franchis que leur sexualité et leurs elle se produisit aux États-Unis, à Il y a quelque chose de plus fort ques, des stars du cinéma et de la
Une histoire américainesecond souffle. Il y avait là-dedans une énigme. Rien à voir avec son ri- fouillée, méticuleuse, presque at- locaux avaient deux distractions : s’était penchée sur leurs relations œuvres ne le laisseraient penser. Berlin. Pour Parade, à Paris, en que tout qui unit Ivo et Jorge, qui chanson, et des grands écrivains.
les ingrédients indispensables à une val Capote. « Truman était un paon tendrie, sur cette dame qui n’eut Il fut établi que sur les 220 person- suivre le tournage et apercevoir les complexes et fusionnelles. Nous les D’origine modeste, Lydia déton- 1917, Picasso lui peignit son costu- les soude. C’est ce sentiment Patrick Rotman brosse des
catragédie contemporaine, la violen- qui se pavanait d’un bout à l’autre du aucune liaison connue et demeure nes travaillant sur le film, prati- stars, ou s’approcher pour con- retrouvons ici. Sans doute pas dans ne parmi ces intellectuels, la plu- me à même la peau. Corps libre, d’avoir cru si fort au communisme ractères profonds, intérieurs - la
ce, le Sud profond, les questions de globe ; Lee, un pigeon qui tournait en une légende américaine. Elle est quement la moitié a développé templer le fameux champignon leur meilleur rôle. Car en éclairant part nantis. Tout comme sa passion tempérament de feu, Lydia méritait et de tomber de si haut. Tous les manière de parler de la
psycholorace, le vaudou. Après tout, Nelle, rond dans sa volière », résume Casey morte en 2016, à 89 ans. Sur sa tom- dans les années qui ont suivi un sans savoir qu’il avait de fortes l’amour inattendu, aussi tardif que sans arrière-pensée pour Maynard, d’être célébrée à la hauteur de la deux partageaient cette dette à gie de Montand est fascinante.
comme on l’appelait, avait bien se- Cep, qui s’est plongée dans cette be, on lit simplement, ultime signa- cancer et que sur ce nombre, la chances de raccourcir leur passionnel, de l’homosexuel May- son savoir-vivre à la russe, son flamme jamais faiblie qui porta les l’égard d’eux-mêmes, les plus C’est un grand livre où chaque
condé son ami Truman Capote dans histoire de perte et de silence. « Son ture : « Nelle Harper Lee ». ■ moitié y a succombé. Le réali - existence… ■ B. C. nard Keynes envers une danseuse exubérance. Aussi attentive au petit deux amoureux. ■ chères à payer. Quand on a vécu page est une pépite. ■
A
everett/Bri DgemAn im Ages DPA/ Picture Alli Ance/ leemAge
culver Pictures/ collection D Agli orti
Ševerett / Bri DgemAn im Ages
louis monier/Bri DgemAn im Ages
Dom Aine PuBlic

furieusesl
a
jeudi 20 mai 2021 le figaro
6 Franck Bouysse, éditeur chez « Libretto » on en
Il y a quelques mois, Franck Le romancier rejoint, en tant a confié Bouysse. L’écriture res- un récit intitulé Fenêtre sur ter-parle Bouysse remportait le prix que conseiller éditorial, l’équipe tera sa première occupation, re. Son premier titre en tant
de « Libretto », cette collection avec un programme chargé. Son qu’éditeur chez « Libretto » sera Jean-Giono pour Buveurs de
vent, paru chez Albin Michel. Le de semi-poche dirigée par Julia prochain roman devrait paraître L’Homme incendié, de Serge Fi-Le romancier Franck Bouysse
arrive comme consei LLer bruit courait qu’il pourrait inté- Pavlowitch et Éric Lahirigoyen. en septembre 2022 chez Albin lippini, paru pour la première fois
éditoriaL de « Li Bretto », grer l’organigramme du groupe « Je souhaite défendre des Michel. Mais il publiera, dès octo- chez Phébus en 1990. Un livre La co LLection de semi-poche
coups de cœur, mais il ne s’agira bre chez Phébus, maison qui qui l’avait fortement marqué à Histoire Libella. Information confirmée des éditions phéBus.
hier par Livres Hebdo. pas d’un travail à plein temps », abrite la collection « Libretto », l’époque. B.c.Littéraire
En mai 1968, de Gaulle est
en visite officielle à Bucarest. Alger 1961 :
Jusqu’à cette date,
le SACse veut une garde
rapprochée du Général. UPI/AFP un coup pour rien ?
Paul François Paoli raît aussi flou que précaire. Au
passage, l’historien montre à
UATRE jours et quel point ils ont été
caricatucinq nuits : c’est le rés. Aucun des quatre généraux
temps qu’aura n’était ces excités décrits par
duré le putsch or- l’image d’Épinal. Ni Jouhaud, Qganisé par quatre ancien FFI, ni Salan, très
critigénéraux - Salan, qué par les partisans de
l’AlgéChalle, Jouhaud et Zeller - que rie française à son arrivée
d’Inde Gaulle qualifiera de « quarte- dochine, ne souhaitaient
ron » dans un de ses plus célè- instaurer un régime de type
bres discours. Spécialiste des franquiste même si, autour
relations internationales, Mau- d’eux, gravitaient des
extrérice Vaïsse, qui a déjà publié en mistes et des intégristes
catho1983 un essai sur le putsch d’Al- liques.
ger, apporte des documents
isDeux conceptions sus de sources inédites et
node la légitimitétamment le témoignage de
Pierre Racine qui dirigeait à Maurice Vaïsse tente de
coml’époque l’École nationale d’ad- prendre les motivations de ces
ministration. putschistes, tel le colonel
ArSon livre est saisissant de vie. goud, polytechnicien pour qui
On a l’impression, en le lisant, l’armée ne pouvait renier ses Un SAC de nœuds
d’assister à l’événement heure promesses sans se déshonorer.
par heure aussi bien à Alger Il campe un de Gaulle aussi
suqu’à Paris. Nous suivons les ac- perbe que hiératique dans le e ss ai François Audigier poursuit ses recherches sur l’organisation
teurs du putsch comme ceux rôle de Créon et montre que
qui les combattent cette tragédie a op-politique, garde prétorienne du général de Gaulle, créée en 1959.
au cours de leurs tri- posé deux
concepbulations. Leurs tions de la
légitimile putsch jacques de saint victor du SAC on compte des noms comme ces « barbouzes » des membres du doutes, leurs hésita- té. D’un côté, il y a
d’Jacques Foccart, Charles Pasqua ou SAC qui n’ont pas participé à la lutte tions sont décorti- la raison d’État,
De Maurice Vaïsse, ES plus anciens se sou- Pierre Debizet. Il n’y a qu’en France armée contre l’OAS, ce qui ne signi- quées à la loupe. dont la politique
Éditions Odile Jacob, viennent du Juge Fayard, où certains peuvent écrire une his- fie pas que le SAC soit resté passif du- « Grâce à des sources peut varier à tout
330 p., 25 €. dit « le Sheriff ». À sa toire politique sans se préoccuper de rant cette guerre. En réalité, à l’ori- nouvelles, j’ai précisé moment, de l’autre,
sortie, en 1977 le film ces arrière-cuisines peu ragoûtantes gine, le Service d’action civique est et détaillé les événe- une forme d’hon-Ld’Yves Boisset contenait du pouvoir. un service d’ordre, comme en dis- ments de ces qua- neur qui n’exclut
un étrange bruit. À chaque fois que posaient la plupart des partis car, tre jours, en particu- pas la
Crime et renseignement le mot « SAC » (Service d’action ci- après-guerre, la lutte politique était lier les réactions de désobéissance au
vique) était prononcé dans le scé- Quel rôle joua alors le SAC dans les particulièrement violente. Les mee- l’Élysée et de Mati- pouvoir,
transgresnario original, une décision de jus- différents événements peu glorieux tings étaient souvent attaqués par le gnon et leurs réper- sion dont de Gaulle
tice remplaça le nom du service qui émaillèrent l’histoire du régime ? camp adverse, et il y avait parfois des cussions sur la vie lui-même a donné
d’ordre gaulliste par un « bip », ce Car si le gaullisme a une face brillan- morts. Le mouvement du général politique », écrit l’exemple en 1940.
qui provoqua, lors de la sortie du te, celle d’un héros et d’institutions avait dû, dès la fondation du RPF en histoire du sac l’auteur. Il décrit la Enfin, Maurice
De François Audigier,film en salle, de curieuses scènes où qui rétablirent la stabilité de la Fran- 1947, se doter d’un service d’ordre panique qui s’empa- Vaïsse, qui a assisté
Perrin, une partie du public se faisait fort ce, il a aussi une face sombre, faite de (SO) assez musclé qui, dans certaines re du pouvoir tandis en direct aux
évé367 p., 24 €.de remplacer par des cris ce que ca- disparitions bizarres, d’affaires mal- régions, comme celle de Marseille ou que de Gaulle garde nements –il était
chait le son de la censure. Il faudra saines, de barbouzeries souvent mal de la Côte d’Azur, fut infiltré par une son sang-froid. « Le lycéen à Alger -,
attendre la dissolution du SAC en élucidées. La tâche de l’historien bonne partie du milieu. plus grave, dans cet- fait montre d’une
1982, après la tuerie d’Auriol, pour n’est pas facile pour démêler le vrai Jusqu’en 1968, le SAC se veut ce- te affaire, c’est grande impartialité
que cette censure soit annulée. Ce du faux puisque les archives du SAC pendant plutôt une garde rappro- qu’elle n’est pas sérieuse », pro- tout en apportant son
témoidétail en dit long sur la puissance ont été détruites en avril 1969 sur or- chée du Général, marquée par un fère celui qui ne croit pas une gnage personnel. Il suit les
méconnue d’une organisation dre de Jacques Foccart par les servi- ethos militaire et une mystique du seconde que les parachutistes hommes et tente de les com-
créée en 1959 dont on ignore encore ces de la Préfecture de police. Les ar- chef très bonapartiste. Il est vont sauter sur Paris. Il laisse la prendre en relatant leurs
probien des secrets et qui nourrit bien chives ultérieures ont disparu et il d’ailleurs présidé par Paul Comiti, le gauche, qui le traitait de fasciste pos. Il met aussi bout à bout
souvent, comme le précise l’histo- n’est pas possible avec certitude « gorille » de De Gaulle. Et, à cette et continuera par la suite, s’ex- toutes les déclarations de
rien François Audigier, des « légen- d’affirmer que tel ou tel personnage a époque, le SAC produit mais aussi citer de manière pathétique en De Gaulle sur l’Algérie depuis
des noires ». appartenu à cette organisation pré- contient, par ses techniques, la vio- se mobilisant pour la défense son arrivée au pouvoir en 1958
L’auteur est un spécialiste de ce torienne, ces hommes qu’Audigier lence politique. C’est surtout à par- d’une République pour laquelle et montre leur caractère
équisujet, puisqu’il a déjà consacré un qualifie de « mamelouks du Général ». tir de 1968 que les choses se perver- « personne ne se fera tuer », se- voque ou contradictoire. Selon
remarquable travail à l’histoire du L’auteur refuse d’y voir une « po- tissent, même si l’auteur tend à lon de Gaulle. lui, de Gaulle ne savait que faire
SAC des origines à sa dissolution lice parallèle » et confirme que le SAC nuancer cette dérive. Pour lutter On a l’impression, en lisant exactement pour maintenir
après la tuerie d’Auriol et publié en ne fut pas, à l’origine, un organisme contre la « chienlit », le SAC s’ouvre Maurice Vaïsse, que les acteurs l’Algérie dans le giron français,
2003. Il reprend dans ce livre une de « barbouzes », selon le nom qui à des éléments plus troubles, fédé- du putsch, malgré la sympathie s’il ne croyait plus à « l’Algérie à
partie de ses recherches en les ap- lui a été donné maladroitement en rés par l’anticommunisme, et sur- que leur cause suscitait dans la papa » et savait la
décoloniprofondissant sur une période plus France car cette expression plutôt tout quelques escrocs, ce qui per- une armée qui n’était pas gaul- sation inéluctable. Seule
certilimitée, celle de la présidence gaul- folklorique, digne des Tontons flin- mettra de donner naissance à une liste, ne croyaient pas eux-mê- tude : il souhaitait se dégager,
liste, de 1958 à 1969. L’auteur inscrit gueurs, a fini par faire oublier l’hor- autre époque, celle du « gaullisme mes à leur chance de l’empor- coûte que coûte, d’un bourbier
à juste titre ce travail dans une « his- reur que cachait ce mélange entre le immobilier », fait de scandales à ré- ter. Après l’exaltation et qui entravait son ambition :
faitoire politique à part entière », puis- monde du renseignement et le mon- pétition, mais postérieur à la prési- l’euphorie des débuts, leur pro- re de la France une « puissance
que parmi les principaux dirigeants de du crime. Audigier distingue bien dence du Général. ■ jet de rupture avec l’État appa- mondiale ». ■
Hélie de Saint Marc, un procès pour l’histoire
tard devant le Haut Tribunal militaire couverte de décorations souvent ga- Les témoins abondent en compli-Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr créé pour la circonstance. gnées au feu. Sa déclaration liminaire ments sur la stature de l’accusé :
e procès Les minutes de son procès sont - « Depuis mon âge d’homme, M. le Philippe Richer, haut fonctionnaire
du commandant IMMENSE succès des publiées ici dans leur intégralité. De- président, j’ai vécu pas mal d’épreu- et camarade de déportation de Saint
de saint marc Mémoires de Hélie de venues un document pour l’histoire, ves… » - est fameuse : elle fait partie Marc, explique ainsi sa décision : « Il
Présenté et annoté Saint Marc, Les elles sont passionnantes : nulle re- désormais des trésors de l’éloquence faut pour lui qu’il prenne une
décipar Bernard Zeller, Champs de braise, la constitution comme pour un essai et dit le niveau auquel va se dérouler sion, qu’il se décide. Il n’attend pas
préface L’biographie de Lau- historique, nulle mise en scène, nul son procès ; non pas celui d’un fana- qu’on le décide. Et c’est cela, à mon d’Olivier Dard,
rent Beccaria, ainsi que ses innom- parti pris que ce soit à charge ou à dé- tique ou d’un homme perdu, mais sens, qui l’a conduit à Buchenwald et Nouvelles Éditions
brables conférences ont contribué à charge. La littérature n’est pas de aujourd’hui à la Santé. »latines,
faire de l’ancien officier une figure et mise dans un tribunal, des paroles y « S’il y a quelqu’un au sujet de qui 210 p., 19 €. Depuis mon âge une référence morale de ces trente sont prononcées. Le greffier les saisit, je suis au regret d’avoir été cité
comdernières années : par son propos in vivo. On y trouve une atmosphère “ me témoin à charge, c’est lui car de d’homme,
toujours fin et ajusté, l’homme est et des hommes magistrats, avocats, tout ce que je sais de son passé et de M. le président,
parvenu à dépasser le cadre de l’his- officiers qui s’expriment, en leur âme tout ce que je sais de cette aventure, je
j’ai vécu pas mal toire - le putsch d’Alger en avril 1961 et conscience. Pour tous l’exercice ne pense pas qu’il y ait eu en lui un
- pour se situer sur les hauteurs de la est difficile : il s’agit de tracer un che- mobile qui soit vil, un mobile qui soit d’épreuves…
conscience, de l’honneur et des di- min, et d’y voir clair, entre l’obéis- mesquin », déclare le général HÉlie de Saint Marc ”lemmes qui en sont inséparables. sance exigée pour des militaires et les Moullet. Même l’avocat général
Les faits sont connus : en avril 1961, états d’âme des meilleurs d’entre s’écarte des recommandations du
une opération de prise de la ville par eux. celui d’une génération de soldats qui garde des Sceaux (!) et requiert
l’inquelques unités de l’armée française L’affaire n’est pas nouvelle : « An- a connu la fracture de 1940, la dépor- dulgence : dix ans de détention.
tourne court et le commandant par tigone a raison, Créon n’a pas tort », tation, les déchirements de l’Indo- Le 25 novembre 2011, Hélie de
erintérim du 1 Étranger de parachu- disait Camus. chine et de l’Algérie. Ses propos frap- Saint Marc a été fait Grand-Croix de
tistes, Hélie Denoix de Saint Marc, Le 5 juin 1961, Hélie de Saint Marc pent par leur sobriété, ils sont d’une la Légion d’honneur par le président Hélie de Saint Marc en 2005.
CATHERINE REBOIS/LE FIgARO MAgAzINEcomparaît quelques semaines plus se présente en uniforme, la poitrine âme belle et stoïque. Nicolas Sarkozy. ■
A


lgerle figaro jeudi 20 mai 2021
7LE CHIFFRE dE la s Emain Eles Français sont
Retrouvez sur internet en attente d’un nouveau la chronique
« Langue française »messie 7jEAN-MAr IE rou Art, DANS « LE po INt »
François B oUCHon/Le Figaro C’est le nombrewww.lefigaro.fr/
langue-francaise d’auteurs apparentés au Nouveau Roman (Butor,
Mauriac, Ollier, Pinget, Robbe-Grillet, Sarraute, Simon) En vuE@
dont les Éditions Gallimard publient le 3 juin la
correspondance croisée entre 1946 et 1999. Littéraire
Et aussiREPORTAGE La ville du Calvados
inaugure un musée consacré Le français acadienLa villa du temps
Comment parlait-on le français à l’auteur de la « Recherche »
sur les bords de la
BasseeLouisiane au XIX siècle ? Avant et à la Belle Époque.
1861, le dialecte acadien « était
la langue des trois quarts retrouvé ouvre
de ses habitants ». Et puis,
maguelonne de gestas
Proust par Jacques-Émile Blanche, avec la guerre de Sécession, mdegestas@lefigaro.fr
ENVOYÉE SPÉCIALE À CABOURG grand ami de l’écrivain, sont ex- « sa décomposition a été
posés, mais aussi une sculpture de rapide ». C’est en partant de ce à CabourgSSEYEZ-VOUS, pio- Rodin et un tableau de David constat qu’un homme, peut-être
chez un livre de Hockney. « Nous voulions des « planteur, prêtre ou simple
Huysmans ou d’Ana- œuvres que les visiteurs peuvent re- curieux » a décidé de recenser
tole France, buvez connaître, et qu’il est agréable de dans un glossaire le parler de ce Aune tasse de thé, et voir dans un autre cadre, pour les peuple. Achevé en 1901, puis édité
savourez. Le temps d’une heure, redécouvrir, avoir l’impression de en 1932, Les Acadiens louisianais
d’une matinée, ou toute une jour- les voir pour la première fois », et leur parler reparaît dans sa
née, le public est invité à remonter souligne Jérôme Neutre. Ces col- version originelle chez Lux.
le temps jusqu’à la Belle Époque, lections emblématiques de la Belle L’ouvrage s’ouvre sur une brève
dans cette villa bâtie en 1860 par Époque sont exposées grâce au histoire de la déportation
l’architecte Louis Parent, ami de concours entre autres du Musée des Acadiens pour aboutir
Marcel Proust, où il séjourna plu- des beaux-arts de Rouen, du Mu- sur leurs coutumes, leurs
sieurs étés. Jérôme Neutres, le sée d’Orsay ainsi que des prêts traditions et leur langue.
Qu’estcommissaire général privés. elle donc ? Elle se présente sous
d’exposition de « La Fait inédit, le cahier deux formes : le créole, « français
villa du temps retrou- manuscrit d’À l’ombre transporté directement de
vé », précise : « Ce des jeunes filles en France » et l’acadien, « français
n’est pas un musée sur fleurs est exposé pour arrivé du Canada », qui fait l’objet
Proust, mais avec la première fois. Les de grandes particularités. Ainsi,
Proust. Il est la figure yeux émus, le visiteur l’auteur sans nom recense les
tutélaire de cette villa, contemple les lignes mots qui s’écartent de leurs
qui est une machine à allongées, maintes fois analogues français. Citons :
remonter le temps. Le raturées, et les fameu- « intéressé » (avare), « monter
visiteur part à la re- ses paperolles de son à poil » (monter un cheval non
cherche de la Belle Épo- auteur. « La villa est un sellé), « tomber » (être attaqué
que, de Cabourg et de la musée sur le texte d’épilepsie). De ce lexique
côte normande à tra- proustien. Proust com- émanent une certaine influence
vers les yeux de Proust, mence à écrire des pas- anglaise : « play » (bataille),
de son texte, mais aussi sages fondamentaux de « godamer » (jurer en anglais), et
À droite : la villa de Monet, Jacques- la Recherche à Ca- un monde de légendes : « jack »
où séjourna Marcel Émile Blanche, et bien bourg. La ville est le (génie qui monte les chevaux la
d’autres peintres, ar- Proust accueille commencement de son nuit), « warou » (loup-garou)…
une exposition tistes, ou écrivains qui texte », explique le Évidemment, ce tableau des
consacrée à Fantômas, ont fréquenté la côte commissaire général. Acadiens louisianais révèle
un roman écrit normande à la Belle À la Recherche du certains préjugés de l’époque.
Époque. » au moment temps perdu est la ma- Mais il ressuscite bien l’âme
de la Recherche. Point d’écriteau trice de la villa, une d’un peuple et ses survivances
ville de cabourg ; biliPoprescrivant de reculer, « boîte à outils qui nous françaises qui résistent toujours
invite à regarder le d’avancer, de s’éloi- en Amérique. Intéressant.
gner, ou de laisser la place aux vi- monde à travers les yeux des artis- Alice Develey
siteurs suivants. On déambule li- tes et des écrivains », ajoute
Jérôbrement dans les salons, la salle de me Neutres.
jeux et de musique, où un piano
inDeux miroirsvite à jouer quelques notes si l’en- écrit », précise Jérôme Neutres. deux mondes opposés », explique
de la Belle Époquevie nous prend. On se promène L’ensemble de la série originale le commissaire. Des extraits de
dans les salons décorés de ta- Une exposition temporaire dédiée de Pierre Souvestre et Marcel Al- films, des affiches (Magritte et
bleaux, en compagnie d’artistes à la culture populaire de l’époque lain est présenté, dont certains Gino Starace), des couvertures
chers à Marcel Proust, « dans un est proposée en amont, et contre- exemplaires sont dédicacés par originales et quelques œuvres
lieu où il aurait été bien, heureux de balance la culture proustienne Allain. Le premier film de Louis picturales rendent hommage au
retrouver ses repères avec des artis- plus élitiste. Fantômas en est le Feuillade est un succès fulgurant héros sans visage. La villa, qui a
tes qu’il aimait », sourit Emma- premier sujet : « Il est l’exact con- et sort la même année que Du côté ouvert ses portes le 19 mai, joue
nuelle Le Bail, adjointe à la culture temporain de Proust. Les trente- de chez Swann, négligé du public. volontairement la carte intimiste les Ac ADiens louisi AnAis
de la mairie de Cabourg. deux volumes sont dictés entre 1911 « Fantômas et Proust sont deux et escompte attirer 30 000 visi- et leur p Arler Édité par
Un dessin et un portrait de et 1913, au moment où Proust miroirs de la Belle Époque, vue de teurs à l’année. ■ jay K. Ditchy, Lux, 280 p., 18 €.
La première BD de Nicolas Deh-Les Pieds nickelés ghani, né en 1987, formé au cinéma
d’animation à l’école des Gobelins,
illustrateur pour des magazines du commissariat comme XXI ou le New Yorker, est
très réussie. Le récit est rythmé
comme une série, avec des décors de Nicolas Dehghani Deux drôles de policiers mènent
roman noir - commissariat, paysage
urbain à l’américaine, boîte de nuit l’enquête sur un meurtre glaçant. Un polar noir et tendre.
avec des danseurs à tête de chacal
façon dieu Anubis, usine désaffectée.
feur, un peu poète, il a toujours une Le graphisme, très structuré et
blague ou une petite histoire sous la monumental, ainsi que les
nombreumain pour détendre l’atmosphère. ses scènes nocturnes créent une
atAlex et La Pouille : une gamine et mosphère crépusculaire et
déshuun grand tendre que leurs collègues manisée. Même si les quelques
ne prennent pas au sérieux. Alex est éléments fantastico-mystiques ne
furieuse qu’on lui ait collé ce grand sont pas très bien exploités ni
intéILS FORMENT un duo de choc, dadais bavard comme partenaire. grés à l’intrigue, ils ont l’avantage
Ceux l’inspecteur Mills, dite Alex, et son D’autant que leur première mission d’envelopper le récit d’une menace
qui brûlent acolyte Pouilloux, dit La Pouille. en binôme est plutôt humiliante. Al- diffuse, comme si le combat contre le
De Nicolas Dehghani, Elle a l’air d’avoir 17 ans, une brin- ler fouiller une benne à ordures que mal se jouait à plusieurs niveaux.
Sarbacane, dille de 1, 60 m qui arrive à peine à la police scientifique a déjà ratissée Dans cet univers où la brutalité et
192 p., 24,50 €. l’épaule de son partenaire, un géant après qu’on y a découvert un corps la performance priment, nos deux
dont la tête ne passe pas sous les por- démantibulé et brûlé à l’acide. Alex Pieds nickelés, avec leurs failles,
tes. Elle, tout en nerfs, mâchoires enrage. Et les plaisanteries de leurs doutes, leurs larmes
d’impuisserrées, sourcils froncés sous un cas- Pouilloux n’arrangent pas son hu- sance, la façon dont ils tentent de
caque de cheveux bruns, marche à meur. Elle a bien compris que le cher leurs fragilités derrière une
cagrandes enjambées, le front en commissaire les a envoyés fouiller rapace de dureté ou de gentillesse,
avant, comme si elle avait envie de dans les poubelles pour les neutrali- paraissent éminemment humains et
foncer tête baissée dans tout ce qui ser pendant que leurs collègues mè- émouvants.
bouge. Parfois, avec son large imper nent l’enquête sur le meurtre. Mais la On verra que dans certaines
ciren guise de cape, elle a la dégaine et lenteur de La Pouille, qui lui permet constances, la faiblesse de Pouilloux
l’air rêveur d’Albator. de noter des détails que sa coéquipiè- fera sa force. Ce personnage candide
Lui est un géant tout en rondeur et re focalisée sur son objectif ne voit et sacrificiel, qui marche d’abord
débonnaire, crâne chauve, mousta- pas, les mettra sur la piste. La témé- dans l’ombre de la fière Alex, passera
che à la Dupond-Dupont, lunettes rité d’Alex fera le reste. Mais feront- d’ailleurs au premier plan, comme
rectangulaires, avec une tendance ils le poids face à la bande de tueurs Ce premier album de Nicolas Dehghani met en scène Alex et La Pouille : un nouveau Prince Mychkine.
deux flics atypiques que leurs collègues ne prennent pas au sérieux.Pierre Richard dans La Chèvre. Gaf- en série qu’ils vont débusquer ? ASTRID DE LARMINAT
la BD
de la semaine
sarBaCane
A
surf
o
p
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l
jeudi 20 mai 2021 le figaro
8
L’histoire Le Femina 1917, une supercherie ?
de la
Tout commença par un récit paru ge littéraire au courage des ma- la guerre sur les mers, vitale pour être le Goncourt). Y ne se
dévoien feuilleton dans La Revue de rins de la marine marchande con- le ravitaillement du pays. L’accueil lera qu’en 1920 : il s’agissait de semaine
Paris en 1917. Son directeur, Er- frontés aux sous-marins alle- critique fut excellent : ces marins Maurice Larrouy, officier de la
nest Lavisse, cherchait alors à mands. L’Odyssée d’un transport sont « des poilus des mers », Royale, et écrivain maritime ré-Réédition de « l’ dyssée
d’un t R Rt to Rpillé » susciter un livre qui serait à la mer torpillé, parut, conçu comme la écrivit Jules Isaac. Ses qualités lui puté (sous le nom de René Milan)
( RRin, p Réface de fR ançois ce que les récits de Genevoix ou correspondance d’un jeune offi- vaudront de recevoir le prix Fe- ayant transposé avec talent une
Rent), liv Re pa Ru sans nom
Le Feu de Barbusse étaient aux cier du cargo Pamir, Y, relatant la mina en 1917, malgré l’anonymat partie de son expérience et de En margE d’auteu R en 1917 et qui Reçut
le p Rix emina. combats terrestres : un homma- vie quotidienne d’un équipage et de l’auteur (qui lui coûta peut- ses réflexions. e. M.Littéraire
document À l’occasion
edu 150 anniversaire du soulèvement
parisien, une anthologie
très complète raconte
la manière dont les écrivains
ont vécu l’événement.
plus radicale et plus subversive sébastien lapaque
slapaque@lefigaro.fr encore : « La Commune a été la
eplus grande fête du XIX siècle. On
ANS une conférence y trouve, à la base, l’impression des
de 1930 intitulée « La insurgés d’être devenus les maîtres
Commune de 1871 » en de leur propre histoire, non tant au
partie reprise dans La niveau de la déclaration politique DGrande Peur des bien- “gouvernementale” qu’au niveau
pensants Georges Bernanos obser- de la vie quotidienne dans ce
prinve que l’insurrection dura deux temps de 1871. »
longs mois, du 18 mars au 28 mai. « Parmi les rouges froissements »,
« Exactement dix semaines. Juste les Communards ont peut-être
le temps des grandes vacances ! », perdu une manche décisive dans la
écrit-il, sensible à la joie enfanti- rude bataille entre le travail et le
ne de subversion de l’ordre établi capital, mais ils avaient les plus
de ces citoyens réunis en conseils belles chansons. Non seulement le
et comités pour contester les dé- Chant de guerre parisien d’Arthur
cisions du parti des honnêtes gens Rimbaud, mais aussi La Semaine
- qui était aussi le parti de l’étran- sanglante de Jean-Baptiste
Cléger, comme cela s’est régulière- ment ou L’Internationale, rédigée
ment vérifié tout au long de l’his- par Eugène Pottier au plus fort de la
toire de France. En 1940, répression avant de devenir
Bernanos s’en est souvenu quand l’hymne du mouvement ouvrier.
la France a connu le joug « de ce Dans La Commune des écrivains,
poids mort que fut la Révolution une anthologie très complète
pueprétendue nationale de Vichy ». bliée pour marquer le 150 anni- La Commune, une histoire
Plus sensible aux franchises féo- versaire du soulèvement parisien,
dales qu’à la monarchie adminis- Alice de Charentenay et Jordi
Bratrative, le royaliste Bernanos son- hamcha-Marin accordent un statut
geait peut-être à un parallèle littéraire à ces chansons à la fois d’encre et de sangpossible entre la Commune et la martiales et douces-amères en les
mutinerie menée par le cardinal présentant entre des extraits du
de Retz contre le cardinal Mazarin Journal des Goncourt, des articles
Pendant la Semaine en 1648 ainsi qu’à « l’extraordi- de Jules Vallès, des lettres de Gus- Vuillaume, sans oublier Louis Na- aussi celui de ce programme et ce- décennies après la fin de la guerre
sanglante en mai 1871, naire valeur ludique de la vie de tave Flaubert et des Tableaux de thaniel Rossel, polytechnicien et lui d’un socialisme français, égali- froide et la chute du mur de Berlin,
les troupes Gondi, et de cette Fronde dont il fut siège de Théophile Gautier (1). artilleur, issu d’une famille de pro- taire, libertaire et non dogmatique, l’on s’étonne cependant
d’obserl’inventeur le plus marquant » que Depuis Les Écrivains contre la du gouvernement testants nîmois, stratège très subtil bientôt relayé par l’idéologie du ver à quel point un possible retour
Thiers fusillent célébrera Guy Debord à l’époque Commune de Paul Lidsky, publié devenu ministre de la Commune, matérialisme historique et le projet à Proudhon est lent. Pour penser à
des communards de l’Internationale lettriste. chez Maspéro en 1970 et repris par fusillé à l’âge de 27 ans le 28 no- de collectivisme autoritaire adopté la fois l’histoire de la Commune et
edans le jardin La Commune vient de haut et de les Éditions de La Découverte cette vembre 1871 sur le plateau de Sato- par la II Internationale en 1889. celle de notre temps, on lira donc
loin, elle s’inscrit dans un long année (2), on n’ignorait plus que la du Luxembourg à Paris. ry après avoir choisi de rester du Pierre-Joseph Proudhon, l’anarchie
Šbianchetti/Leemagecycle de jacqueries du peuple de grande majorité des écrivains côté des vaincus et du peuple écra- sans le désordre de Thibault
IsaL’écrasement Paris contre le parti du renonce- bourgeois de l’époque, même ceux sé. De ce héros émouvant et digne bel (3), qui paraît avec une préface “ment, toujours prêt à se soumettre qui pensaient et penchaient « à auquel Jean Dutourd a jadis dédié dans laquelle Michel Onfray rap-de la Commune fut
à une volonté de puissance étran- gauche », s’étaient laissé dicter Les Taxis de la Marne - « Grand pelle que les « vingt mille cadavres aussi celui d’un La Commune gère pour sauvegarder ses inté- leurs réactions par « la grande peur dans des circonstances médiocres, de communards ont contribué au
des é C socialisme français, rêts. Et encore une fois, elle fut un des bien-pensants » de l’an 1871. supérieur à son parti et à ses adver- plus grand bonheur de Marx et des
Anthologie établie
moment de renversement carna- Tous n’en moururent pas de ridi- saires, une patrie indigne de lui l’a marxistes ».égalitaire, libertaire par Jordi
valesque du monde, une démons- cule ou de honte, mais tous étaient dévoré » —, l’on découvrira des Brahamcha-Marin et et non dogmatique
tration de spontanéité populaire frappés. Alice de Charentenay et extraits bouleversants de ses pa- (1) À découvrir en intégralité Alice de Charentenay,
créatrice où la parole était offerte Jordi Brahamcha-Marin ont épin- piers posthumes. ” dans Tableaux de siège, Paris, Folio,
à tous, où tous travaillaient pour glé ces recrues inattendues du Ailleurs, quelques pages de Karl Dans sa conférence sur la Commu- 1870-1871 de Théophile Gautier, 800 p., 10,90 €.
un salaire d’ouvrier, depuis les « parti de l’ordre » comme des pa- Marx et de Lénine ne peuvent pas ne, Georges Bernanos juge cet édition établie, préfacée
92 membres du Conseil de la pillons de nuit effrayés par la lu- faire oublier l’influence primor- écrasement « définitif ». Après la et annotée par Michel Brix,
Commune jusqu’aux relieurs, aux mière dans les pages de leurs flori- diale de la pensée proudhonienne répression de la révolte dans les Bartillat 288 p., 20 €.
typographes et aux maçons. « La lèges : Edmond de Goncourt, sur les événements du printemps Asturies (1934), la liquidation des
révolution commençait comme une George Sand, Gustave Flaubert, 1871. Pour les éléments ouvriers militants anarchistes du Poum par (2) Les Écrivains contre
fête », observe l’historien et ro- Leconte de Lisle, Théophile Gau- comme pour les éléments bour- les agents du Komintern à Barce- la Commune de Paul Lidsky,
mancier Henri d’Alméras dans La tier, Maxime Du Camp, Anatole geois du Conseil insurrectionnel, le lone (1937) et la conversion de La Découverte, 204 p., 12 €
Vie parisienne pendant le siège et France, Émile Zola. programme de la Commune tenait l’intelligentsia française et anglaise
pendant la Commune (Albin Mi- De l’autre côté de la barricade, les tout entier dans Du Principe fédé- au stalinisme (1944), George Or- (3)Pierre-Joseph Proudhon,
chel, 1927). En mars 1962, aux familiers de l’histoire du mouve- ratif, publié en 1863, et De la capa- well et Albert Camus, qui pen- l’anarchie sans le désordre
grandes heures de l’Internationale ment ouvrier se réjouiront de cité des classes ouvrières dont chaient eux aussi du côté de l’au- de Thibault Isabel, préface
situationniste, Guy Debord, Raoul trouver à leurs côtés les noms de Proudhon avait dicté les dernières togestion économique et du de Michel Onfray, Autrement,
Vaneigem et Attila Kotanyi ont Jean Allemane, Louise Michel, Alix pages sur son lit de mort en 1865. fédéralisme politique de Prou- coll. « Universités populaires
prolongé cette idée de manière Payen, Arthur Arnould, Maxime L’écrasement de la Commune fut dhon, ont fini par le croire. Trois & Cie », 180 p., 19 €.
pprréésseennttee
présente
Édition collector
LeFigaroMagazinerendhommageaupapedesverbicrucistes.
Unecompilationde40de sesmeilleuresgrillespourvousfaire
découvrir ou apprécier ànouveau l’art de croiser les mots.

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