Figaro Littéraire du 24-06-2021
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Date de parution 24 juin 2021
Langue Français
Poids de l'ouvrage 10 Mo

Exrait

jeudi 24 juin 2021 le figaro - N° 23900 - Cahier N° 4 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
lefigaro.fr/livres littéraire
he Nry kissi Nger Fra Nçoise bourdi N
portrait d’u N gra Nd r eNCo Ntre ave C
diplomate i Nspiré uNe auteur à su CCès
par le Football Page 6 eNCore mé CoNNue Page 8
Page 6
La Fontaine,
l’éternel
enchanteur
doss ier La France commémore les 400 ans
du plus populaire de ses poètes.
Celui dont les « Fables » ne cessent de nourrir
l’imaginaire national. Page S 2 eT 3
La poésie comme un baume
E10
ÉDITION
ONGTEMPS Olivier Frébourg s’est inutiles les voyages, la poésie et la prière ? Au détour d’une page de ce bréviaire écrit
promené un livre de poésie à la Non, répond Frébourg d’un ton qui trahit pour ses contemporains, ses enfants et ses
main. Une poésie de voyage ou son désarroi, ils l’isolent et l’enferment. amis, l’auteur s’autorise des confidences : le
une poésie intérieure, William Rien d’un réflexe conservateur dans son in- souvenir d’un voyage aux Antilles sur le ba-LCliff, Brauquier ou Pirotte, au- dignation, plutôt l’expression instinctive teau de son père, capitaine au long cours,
teurs dont la lecture allait de soi, comme al- d’un mouvement de défense : il se sent ac- Baudelaire en main célébrant « la
langoulaient de soi les voyages que l’écrivain-édi- teur, complice même de cet avènement fu- reuse Asie et la brûlante Afrique » ; sa rencon- 3-4JUILLET2021
teur effectuait. Cet art de vivre éprouvé lui neste, mais son inquiétude est grande. Il tre de jeune homme avec Philippe Soupault,
semblait, à lui comme à tout le monde, songe à ses fils, et c’est poignant. vestige à visiter d’un temps où les Grands CAROLE MARTINEZ
l’acmé d’une existence paisible et cultivée. Et de se réfugier en poésie, « colonne de s’appelaient Éluard, Char, Renard. Son ami- PRÉSIDENTE
Depuis quelques années, la civilisation du la beauté », comme les Bénédictins en leurs tié avec Arnould de Liedekerke, bâtie sur les
papier, du mot, de la conversation vacille, bords du Tage, autour de Pessoa et Antonio
emportée par l’écran, les signes et les ima- Tabucchi.
ges, crachés par le moloch numérique : la Nonobstant les menaces, les chagrins et les LA CHRONIQUEplus formidable emprise jamais exercée sur blessures, la poésie apaise notre homme.
d’étienne autant d’hommes. Tous n’en meurent pas Elle le mène aussi au sacré (il suffit de lire
mais tous en sont atteints. Frébourg vit cette de montety Rimbaud) et par conséquent le conduit vers
mutation comme une grave altération. Les les églises. Leur fraîcheur, leur silence plein
prophéties d’Orwell et du Pasolini des Écrits d’une présence adorable le reposent du
tincorsaires se réalisent donc. Et en pire : Big bibliothèques pendant la chute de l’Empire tamarre, de punchlines en bad buzz, qui
Brother a un visage avenant, il jure qu’il romain : pour préserver l’essentiel. La poé- échauffe la bile.
veut le bonheur de l’homme, et celui-ci se sie est un baume, une eau fraîche jamais On sort ragaillardi de la lecture de ce livre
précipite vers son maître, soumis, repu. tarie, capable de revivifier une existence. doux et cinglant à la fois : « Le vent se lève, il
Un si beau siècle est le livre d’un cri, d’un À portée de main, on note la présence faut tenter de vivre ». ■
pleur, d’une révolte. Certaines pages font de Cavafy, La Ville de Mirmont, Apollinaire
écho à Saint-Exupéry : « Je hais mon époque et Odysseus Elytis, dont le seul prénom
de toutes mes forces. L’homme y meurt de est une invitation au voyage : autant
d’ansoif. » Frébourg ne hait rien, ni personne, tidotes à la grande révolution sans âme PARC DE LA PLANCHETTE - 14H À 19H
Rencontres - Dédicaces - Animations jeunessemais il déplore. qui s’accomplit. Aux images virtuelles,
salonromanhistorique-levallois.frQue faire, puisque sitôt passé l’extase de Frébourg préfère La Fontaine et, comme
Un si bea U sièclel’utilisation des technologies nouvelles, une lui, le jeu, l’amour, les livres, la musique.
D’Olivier Frébourg, question point : les plateformes, les applis, Ces menus plaisirs seront-ils longtemps
Éditions des Équateurs,les réseaux sociaux comblent-ils vraiment permis sans le recours à Betclic, Amazon et
LEVALLOIS155 p., 14 €.le cœur de l’homme, au point de rendre Spotify ?
ILLUSTRATION - KIM ROSELIER
Jci-contre :osse/Leemage; ci-dessus : Jean- christophe marmara et sebastien soriano/Le Figaro,
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jeudi 24 juin 2021 le figaro
2 En toutes la vieillesse dans notre civilisation et notre Des écrivains visitent leurs maîtres
société », sous forme d’une « odyssée Excellente idée de Catherine Sauvat : recenser confidences
vagabonde qui digresse sur l’or du les visites que de futurs grands noms de la
littétemps, la mélancolie ». À 71 ans, il y évo- rature ont effectuées chez leurs idoles et leurs
L’odyssée vagabonde de Compagnon que notamment le Chateaubriand tardif maîtres. Le sommaire est de première catégorie :
erLe 1 septembre, Les Équateurs publieront Fins de la Vie de Rancé, les peintres Hokusai Edgar Allan Poe chez Dickens, Victor Hugo chez
de la littérature, d’Antoine Compagnon. L’auteur et Titien, Beethoven et ses ultimes Chateaubriand, Gide chez Verlaine puis Conrad…
des Antimodernes et des Chiffonniers de Paris, quatuors à cordes, en s’interrogeant : un La visite des auteurs de la Beat Generation
spécialiste de l’œuvre de Proust, retiré du Collège artiste est-il plus génial dans sa jeunesse Burroughs et Ginsberg à Céline puis à Beckett Critique de France, où il a enseigné pendant une quinzaine ou sa maturité ? La vieillesse est-elle un sont surréalistes ! Depuis que je vous ai lu, je
d’années, s’y livre à une « réflexion sur la place de déclin ou au contraire une apothéose ? vous admire paraîtra le 25 août chez Fayard.Littéraire
Mensonges Petits
et dissimulationmeurtres
Emiliano Monge
Avec un brio époustouflant, l’écrivain conjugaux mexicain se livre à l’art du roman vrai
en train de s’écrire.
Katja Schönherr
était. Disparitions, réapparitions, Quarante ans de la vie i Abe LLe sPAA
silence. Le cycle est perpétué par
d’un couple : un thriller ILENCES. Mensonges. leur fils Carlos Monge Sanchez.
Fuites. Quoi que l’on C’est à lui, à ce père revenu «
dédise ou espère d’une fa- truit par les tortures qui l’avaient psychologique implacable.
mille, la plupart jouent laissé au bord de la folie » après Ssur ces trois cordes. avoir été emprisonné dans les
geôAstrid de L Armin A Avec plus ou moins de maîtrise, les de la prison de Lecumberri où, adelarminat@lefigaro.fr
il est vrai. En la matière, difficile en 1968, nombre d’étu diants
révod’égaler la lignée mexicaine des lutionnaires com me lui avaient été
N DIMANCHE de mars, Monge père & fils. Le patriarche, jetés à la périphérie de Mexico,
tôt le matin, sur une Carlos Monge McKey a minu- qu’Emiliano Monge vient
demanplage du nord de l’Alle- tieusement orchestré sa mort der des comptes. Car le petit-fils
magne, une femme en fictive en faisant exploser sa voi- McKey se sent plonger à son tour Uchemisier et jupe noire ture dans une carrière avec un dans les abîmes du mensonge et de
se livre à une étrange cérémonie. Dé- cadavre supposé être lui à l’inté- la dissimulation. « L’indicible,
séquilibrée par le vent, elle s’acharne rieur du véhicule. En metteur en Emiliano, lui jette son père devenu
à remplir de sable deux sacs en plas- scène méticuleux, McKey a un vieil alcoolique cloué dans une
tique. Puis, ployant sous le poids du poussé le détail jusqu’à affubler maison de retraite, est une force qui
fardeau, elle repart, passe devant les son double du pistolet qu’il porte te retient, qui ne te laisse pas
avancabines de plage, traverse les dunes toujours à la ceinture. Aucun cer. Et je ne te parle pas de secrets…
jusqu’à un lotissement. « Marta Zim- doute possible. Le macchabée, je te parle de quelque chose de pire,
mermann est une petite femme de c’est lui. Baoum ! Plus rien. Plus de quelque chose qui te pourrit de
59 ans aux bras assez longs. » de Carlos Monge Mckey. Restent l’intérieur comme à l’extérieur. »
Pendant la nuit, son mari est mort. sa veuve et cinq enfants en bas
Katja s chönherrPas exactement son mari, car Arthur âge. Une fille, quatre fils. Dont
Marta et fait l’autopsie d’un enferne voulait pas l’épouser. Au-dessus Carlos Monge Sanchez, le père
De Katja Schönherr, L’indicible, Emiliano, conjugal ordinaire, mélange de la sonnette de l’appartement où ils d’Emiliano Monge, narrateur et traduit de l’allemand “est une force ont vécu ensemble pendant quarante de terreur et de pitié. auteur du roman que l’on tient par Barbara Fontaine,
ans et eu un enfant, leurs noms sont entre les mains. qui te retient, ZOE,
superposés, sans même un trait Mais ne brûlons pas les étapes, 250 p., 21 €. qui ne te laisse pas
d’union entre les deux. Un détail qui vèrent un jour en dehors du lycée, 1982 à Dresde, tisse ensemble les ne plaçons pas les faits survenus
avancercrucifie Marta. mais il prit peur. Sa réputation. Elle deux versions, tient le suspense jus- avant qu’ils ne surviennent à la
Que s’est-il passé cette nuit-là ? n’avait que dix-sept ans. Il la repous- qu’au bout. Dans ce thriller psycho- manière d’Emiliano parlant de lui ”
Quand le carillon de l’église l’a ré- sa. C’était la première fois qu’un logique d’une maîtrise exceptionnel- à la troisième personne du singu- Cette chose, cette impression de
veillée, elle était à genoux dans leur homme s’intéressait à Marta. Depuis le, elle fait l’autopsie d’un enfer lier. Un être qui ne cesse de « mê- marcher toujours à côté de soi
lit et serrait son oreiller contre son son enfance, ses camarades se mo- conjugal ordinaire, suscitant chez le ler des faits établis à d’autres qu’il sont au cœur de cette œuvre
maventre. Arthur ne respirait plus. quaient d’elle : Marta la naïve, la bou- lecteur un mélange de terreur et de souhaiterait voir advenir ou qu’il gnifique qu’Emiliano Monge finit
Maintenant qu’elle a posé les sacs de lotte, la pot de colle. Sa propre mère la pitié. Le récit va et vient entre l’ap- imagine, d’enchevêtrer ce qui s’est par écrire. Une œuvre comme une
sable dans leur chambre, elle se de- haïssait. Elle supplia Arthur qu’ils se partement où repose le cadavre passé avec ce qui au- bouée de sauvetage qui
mande si elle doit prévenir leur fils, revoient. Ils se donnèrent rendez- d’Arthur, autour duquel Marta va se rait pu se passer ou lui permet enfin de
Michael, 40 ans. Elle n’est autorisée à vous le jour de ses 18 ans dans une ca- livrer à un rituel troublant, et ce plutôt ce qu’il aurait vivre.M
l’appeler qu’en cas d’urgence. Elle a bine de plage. Cela dura dix minutes. qu’ils ont vécu dans ces lieux. voulu qu’il se passe ». Omissions tient du D’Emiliano Monge,
peur de se faire rabrouer. Et si Arthur « Merci, on se revoit bientôt » : Arthur, Pourtant, Marta aurait pu être Tels le font les écri- roman, du récit, de la traduit de l’espagnol
faisait semblant d’être mort pour se un « porc » ordinaire. heureuse. Avant qu’elle ne tombe vains avec le réel. fable. De tout cela à la (Mexique)
moquer d’elle ? enceinte, lorsqu’elle était décoratrice D’autant plus quand fois. Conversations par Juliette Barbara,
Victime ou coupable ?En scrutant les objets qui peuplent dans un grand magasin, l’un de ses ce réel leur échappe. Grasset, brutes et brutales,
épi464 p., 24 €.l’appartement, des souvenirs lui re- Une autre version insisterait sur la collègues, Georg, futé, gentil, était Ainsi, pourquoi, sodes d’introspection,
viennent, l’aquarium devant lequel suite. Le jour de ses 18 ans, mise à la amoureux d’elle. Les heures qu’elles après avoir disparu extraits de journaux
inArthur restait des heures en adora- porte par sa mère, Marta se réfugia passaient avec lui étaient merveilleu- durant près de quatre times juxtaposés sans
tion, ses fascicules de mots croisés, chez Arthur, où elle fit tout pour se ses. Mais elle l’a fui. Comme si c’était ans, son grand-père transition ni
temporalil’empreinte de son doigt sur une rendre aimable, ménage, cuisine, lin- trop doux pour elle. Elle n’avait pas Mckey est-il réappa- té. Un Monge se
substifeuille de cahier qu’elle avait subtilisée ge. Lorsqu’il l’emmènera visiter un l’habitude. Lorsqu’elle démissionna ru comme par mira- tuant au suivant.
Jusla première fois qu’elle l’avait vu. Il studio pour qu’elle s’y installe, elle de son poste, sa directrice s’en déso- cle sans un mot d’ex- qu’à cet aveu déchirant
était professeur stagiaire et elle lycé- le menacera de dire au directeur du la : « J’aimerais tant pouvoir te forcer à plication ? Sa femme sur les extrémités
inenne. Il avait seize ans de plus qu’elle. lycée qu’il avait abusé d’elle quand être heureuse. » Mais la fatalité psy- Dolorès, tellement en sensées et vaines
auxIl y aurait deux manières de elle était mineure. Elle arrêta sa con- chique est ici implacable. Tragédie colère qu’elle dispa- quelles un parent peut
raconter comment Arthur et Marta se traception. Arthur était fait. Marta, naturaliste, ce roman est aussi une raît à son tour, plante se livrer pour que rien
sont rencontrés. L’une dirait que les une pauvre fille qui a piégé son amant. magistrale peinture de la folie, de ses là mari et enfants du- ne parvienne à ses
enformes voluptueuses de Marta avaient Lequel est la victime, lequel est le raisons secrètes et de ses racines : le rant quinze jours sans fants de ses propres
attiré le regard d’Arthur. Ils se retrou- coupable ? Katja Schönherr, née en manque d’amour. ■ jamais révéler où elle traumatismes. ■
AFFAIRES ÉTRANGÈRES
Par Éric neuhoff eneuhoff@lefigaro.fr
Les bonnes nouvelles de l’ex-ministre
L N’Y A PAS de justice. curcit les contours de la plaine toile sur son épaule. Un quasi- tremblement de terre, un pay- blent la surface d’un lac, des
Une certaine On peut avoir été minis- du Pô. Le soleil écrase les rues centenaire désire brusquement san inculte qui se met à jouer notes de Satie qui résonnent
tre de la Culture et avoir de Ferrare. Un gamin nul en avoir un enfant. du violon comme un virtuose, dans le silence. étrangeté baigne «
du talent. Une seule con- sport marque son premier but Il y a un SDF dont le sac ne une énorme caisse en bois Sacrés Italiens. Ils ne connais- le recueil. I dition : être italien. On au football. Un vieillard em- contient que des livres, un contenant une moto BMW avec sent pas leur chance. En
Franne sait pas ce que valait Dario mène sur sa bicyclette la fem- amoureux des boîtes aux let- un side-car. ce, quand un ministre de la Le paysage joue
Franceschini dans un gouver- me de sa vie qui n’est plus tou- tres, une guichetière du métro. Tout est inattendu. Beaucoup Culture écrit des livres, il s’ap- un grand rôle.
nement : comme écrivain, il se te jeune - et soudain tout leur À la Libération, une femme de gares, de trains. Les souve- pelle Aurélie Filippetti.
MamLe brouillard pose un peu là. Ses nouvelles amour leur saute à la figure. coud ensemble trois morceaux nirs fournissent un terreau ma mia !
ont un ton particulier, quelque En Sardaigne, un grand-père de tissu (rouge, vert, blanc) propice. Peut-être qu’ils sont obscurcit les
chose d’irréel et de très quoti- n’a jamais vu la mer. Ailleurs, pour en faire un drapeau gé- inventés. Ça n’est pas grave. contours de la plaine dien à la fois. Question de lu- la Méditerranée s’est retirée et ant. Dans un village, une La vie se repeint de couleurs dépouillée
du Pô. Le soleil mière, de façon de voir. Textes la Crête n’est plus une île. Les chambre d’hôtel n’a pas été surprenantes. Le nom du cou- et autres histoires
courts, prose limpide, sens du fils reviennent du continent, louée depuis quarante-sept reur Gimondi lâché au détour De Dario Franceschini, écrase les rues
détail, il y a un don évident. ou même des États-Unis. Un ans. Un homme d’État à la re- d’une phrase, fait surgir des nouvelles traduites de l’italien
de FerrareUne certaine étrangeté baigne président de tribunal prononce traite atteint d’Alzheimer re- images du Tour de France. Ces par Chantal Moiroud, »
le recueil. Le paysage joue un un interminable discours vient au bras de sa petite-fille brèves vignettes tombent Gallimard, « L’arpenteur »,
grand rôle. Le brouillard obs- d’adieu et une araignée tisse sa dans sa ville natale. Voici un comme des gouttes qui trou- 121 p., 12,50 €.
A
Jean-Christophe M arMara/Le Figaro
suzanne sC hwiertz
issions
rthurs
le figaro jeudi 24 juin 2021
3Deux destins Julien Delmaire a le blues L’Écossais de Pierre Féryl’Olivier un nouveau recueil
de nouvelles, Rien à déclarer pour Catherine Cusset Delta Blues : c’est le titre du ro- Une presqu’île sur laquelle, un hi-ÇÀ (Sorry for Your Trouble dans L’entrelacement de deux desti- man de Julien Delamaire, à paraî- ver, un milliardaire étranger
l’original). Le grand écrivain nées : celle de Clarisse et celle tre le 19 août chez Grasset. L’au- vient construire une villa. Qui est
américain, auteur d’Indépen- d’Ève, entre New York et Paris, teur remarqué de Georgia et de donc « l’Écossais de la Pointe » ? &LÀ
dance (1995), y traite de per- depuis les années 1980 jusqu’à Frère des astres a planté son Les habitants du village
s’intersonnages se penchant sur leur aujourd’hui. Tel est l’argument décor dans le Mississippi des an- rogent, entre fascination et
susLes affres du passé passé, entre amertume et mé- du prochain roman de Catherine nées 1930, « où des femmes et picion. Les Châteaux de sable, le
selon Richard Ford lancolie, entre Dublin, La Nou- Cusset, La Définition du bonheur, des hommes opprimés trouvè- premier roman de Pierre Féry, CritiqueLe 2 septembre, Richard Ford velle-Orléans, le Michigan, New qui paraîtra chez Gallimard, le rent les voix qui firent écho à qui fut éditeur, paraît aux
Édi(77 ans) publiera aux Éditions de York et Paris. 19 août. leur humanité ». tions Terres de l’Ouest. Littéraire
L’île, un monde
en résistance L’homme
contre les sales
courants du siècle.
au mystère
de vent
sylvie tanette Sur une petite île
en Méditerranée débarque
un beau jeune homme fuyant
la dictature. Un roman solaire,
onirique et envoûtant.
L’administration déteste toujours arnaud de la grange
adelagrange@lefigaro.fr ce qui lui échappe. Hommes de
peu de mots, les insulaires ne s’en
ARCE qu’elles ont la laissent pas conter. Affables et
magie des terres non bonhommes, ils savent ce qu’ils ne
liées, les îles approchent veulent pas. Au « progrès » qu’on protègent. Mais ils montrent que ne devrait jamais les rattraper. Elle porte en lui toutes les civilisations
la liberté absolue qu’of- leur propose, ils répondent sim- l’on peut vivre à part sans être re- frappera pourtant, dans sa plus qui ont touché leur rivage. Le vieil Pfre le grand large. Où plement « non, merci ». plié. L’homme au mystère de vent rude cruauté. homme connaît la langue du
peuDe Sylvie Tanette,
que portent les yeux, il n’y a que le Un matin où « un petit vent fure- est accueilli dans les criques et les L’écriture poétique de Sylvie ple des profondeurs et la musique Grasset,
ciel et la mer à regarder. On peut y tait dans le port et (où) la mer sem- oliveraies. L’île devient l’un de ces Tanette est aussi éblouissante que du temps. Lui aussi a été tenté de 115 p., 14 €.
vivre à l’écart, à l’abri du bruit du blait vouloir s’échapper de toutes mondes en résistance contre les le blanc craie des maisons à l’heu- partir pour Marseille ou Brooklyn,
monde et parfois de ses fureurs. parts », un jeune homme beau sales courants du siècle. re méridienne. D’une élégance comme tous ces jeunes enfuis pour
Parfois, pourtant, la réalité débar- comme un dieu grec saute du ba- épurée, elle pose une atmosphère ne pas répéter les mêmes gestes
Une écriture éblouissanteque sur la jetée. teau-navette sur le quai. On ne lui onirique, envoûtante comme les chaque jour. Au fil des ans, ces
Alliance d’âpres rochers et de pose pas de questions. Ici, on Benjamin va trouver la fraternité créatures marines peuplant les départs ont changé la vie des in -
douceur, l’île de Sylvie Tanette est prend les hommes comme ils sont, et l’amour, l’amour absolu et pur, grands fonds depuis la nuit des sulaires, sans qu’ils s’en rendent
une « miette dans la Méditerra- pour ce qu’ils montrent. Chacun celui qui dépasse les frontières de temps. Celles-ci ne sont pas néfas- compte, « comme si une brise
née ». Ses habitants n’aspirent se doute bien que l’inconnu est en la raison. Michaëla est belle com- tes, les hommes vivent en bonne s’était levée sur la mer ». Le vieux
qu’à vivre à leur immémoriale fa- fuite devant la dictature qui écrase me la mer, que sa mère a rejointe, entente avec elles et préfèrent leur pêcheur est resté. « J’ai eu le
sentiçon, en se contentant de peu sans le continent. Quelqu’un d’impor- une créature de rêve et de grâce, compagnie à celle des préfets. Les ment que quelqu’un devait rester ici
se préoccuper de rien. Cette ma- tant, de dangereux pour ceux qui venue d’ailleurs. Le couple flotte, mondes terrestres et sous-marins et garder les lieux », dit-il.
nière d’exister autrement, de ne asservissent et nivellent. Les pê- irradie, enchante les pierres et les ne sont pas étanches, ils se parlent On sort de ce roman solaire
pas donner prise, est vécue par les cheurs de l’île savent la folie qui vieilles femmes, porte la promesse et s’épaulent. Par touches subtiles, avec autant de regrets que d’un
autorités continentales comme court là-bas, à terre. Ils la voient d’une vie différente. Les jeunes Maritimes s’aventurent dans les rêve éveillé. Court, ciselé, il est
une offense, un insupportable défi. les jours de temps clair, ils s’en gens s’aiment comme peuvent brumes du conte et de la mytholo- un hymne à la beauté des terres
s’unir deux êtres tombés d’une gie. En Méditerranée, l’ombre de lentes et à la liberté. À
l’insouautre planète et qui ne sont pas ar- l’Antiquité n’est jamais loin. mission, la vraie, celle qui fait se
més pour la dureté du réel. Ils vi- Le narrateur est d’ailleurs un lever contre l’ordre absurde des
vent au-dessus du monde, à pêcheur vieux de trois mille ans. choses pour protéger le mystère
l’écart d’eux-mêmes, là où la vie Il est l’histoire, la mémoire, il de la vie. ■Le don et le pardon
Sophie Brocas Une femme malade ne peut être sauvée
que par son frère… Mais ils se haïssent depuis vingt ans.
Mado a un frère, Léon, vingt ans Moha MMed aïssaoui
maissaoui@lefigaro.fr de plus qu’elle. Leurs parents ne sont
plus de ce monde. Leurs relations ? Il PREM RAWAT
OPHIE BROCAS nous y a de la haine entre eux, depuis
touavait offert un somptueux jours, profondément. Peu de mots La
Baiser en 2019, en cours entre eux, sinon des humiliations. Et De Sophie Brocas,
d’adaptation pour le ci- un secret qui pèse lourd. Vingt an-Mialet-Barrault Snéma. Elle mettait en scè- nées que ça dure. Mado rêvait d’une Éditeurs,
194 p., 19 €. ne une avocate qui se voyait en- autre relation avec son grand frère,
quêter sur une drôle d’affaire : elle aurait tant voulu qu’il l’aime,
identifier le propriétaire d’une qu’il lui apprenne les choses de la «C’est un livre
statue de Brancusi, scellée sur la vie. Mais Léon avait fort à faire : il d’une profondeur et d’une
tombe d’une inconnue au cime- devait soutenir la famille après la
élégance rares.»tière du Montparnasse. Elle partait mort du père, soutenir la deuxième
sur les traces d’une jeune exilée sœur, adulte handicapée, travailler Amélie Nothomb
russe, à Paris en 1910. Dans La de manière acharnée dans l’usine
Sauvagine, le personnage princi- créée par les Sauvage, qui ont donné
pal, Mado, doit mener une autre leur nom au quartier où nombre
sorte d’enquête : comprendre d’ouvriers vivent de cette industrie. «Prem Rawat permet
pourquoi elle est atteinte d’une L’usine est en crise. Faux espoirs et aux individus de se connaître
leucémie ; ce faisant, elle part en vraies désillusions, l’entreprise finit
davantage: je pense quequête d’elle-même, de sa famille, par fermer. Léon est licencié. Les
sade son histoire, et c’est, sans au- lariés fuient le lieu qui les a vus naî- c’est ce dont le monde a
cun, doute le chemin le plus tor- tre et grandir, des « bobos » s’instal- actuellement le plus besoin.»
tueux. Tout le long des 200 pages, lent dans les maisons d’ouvriers. Des
Serge MarquisMado écrit une lettre et se raconte cas de leucémie sont déclarés,
comà un destinataire que le lecteur ne me celui de Mado. Pour espérer
guéconnaît pas – on le découvre vers rir, la jeune femme n’a qu’une voie :
la fin. Tout commence par un seul son frère peut la sauver grâce à
«Un manuel pour libérer« drôle » de dilemme : le lundi une greffe de moelle. Jamais, elle
26 novembre 2007, Mado, 33 ans, n’oserait le lui demander… nos vies de la confusion.»
serveuse, gagne une forte somme La Repubblica
Cruel dilemmeau Loto… et apprend qu’elle est
atteinte d’une leucémie. La joie et À partir de ce cruel dilemme, Sophie
la terreur. Brocas tisse une belle histoire de don
Au début du récit, il y a des airs et de pardon, un grand roman social «Comment reprendre
de La Liste de mes envies, de Grégoi- et psychologique. Social, parce que le contrôle de notre vie
re Delacourt : un sort apparemment l’auteur, ancienne préfète et
conet en déterminer le sens ?»positif qui chamboule la tête et la seillère d’une ministre, dépeint,
vie d’une femme pour qui existence avec une rare puissance, comment Aurélie Godefroy,
rime avec dureté. Elle n’ose pas al- une crise gangrène l’intime. Psy- Le Monde des religions
ler réclamer son argent, cache le chologique, parce qu’elle décrit
billet gagnant, ne le retrouve plus… avec une précision de laser, à
traOn ne lui a pas appris à être riche. vers la relation entre Mado et Léon,
« On ne m’a même pas appris à me les dettes morales et ces liens
invisifaire plaisir. Être pauvre, je te jure, bles qui nous gouvernent, qui nous
ça te colle à la peau », confie-t-elle à attachent et, parfois, nous
empoison destinataire. sonnent. C’est très fort. ■
aerial-drone-stock.adobe.com
A
auvagine
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jeudi 24 juin 2021 le figaro le figaro jeudi 24 juin 2021
4 5Hors
La fontaine
Le Figaro publie un passionnantLe monde inépuisable de La Fontaine
numéro consacré à La Fontaine :
soit une vie et une œuvre
commentées par Marc Fumaroli,
Jeandoss ier D’une incroyable modernité, ses écrits touchent tous les publics avec un égal succès. Michel Blanquer, Fabrice Luchini… L'événement L'événementAvec des dessins originaux de
Rébecca Dautremer (106 p., 8,90 €).Littéraire Littéraire
2
3
Le classique La lecture
par excellence de Michel Serres
sébas Tien lapaque nalité desséchante de la Renais- Thierry T
slapaque@lefigaro.fr tclermont@lefigaro.frsance. À l’Oratoire, comme à
Port-Royal, l’on se nourrissait de
CHAQUE fois que pa- l’Écriture sainte, cette grâce of- ISPARU en 2019, à
raît une nouvelle édi- ferte par le dire de Dieu, et des 89 ans, Michel Serres
tion des Fables, il faut commentaires des Pères de l’Égli- avait jeté ses dernières
s’employer à lire La se, saint Augustin en tête. Et l’on forces dans la rédac-ÀFontaine autrement. n’avait pas tout à fait révoqué la Dtion d’un ouvrage
meDe 1668 à 1694, l’ami de M de la grande clarté du Moyen Âge. consacré au célèbre fabuliste. À
Sablière a créé un monde inépui- Mais, plus que l’enseignement de partir de ces fragments incomplets,
sable. Pour George Steiner, cette saint Thomas d’Aquin, c’est la rédigés au soir de sa vie, les
Édicapacité à se prêter à langue des bestiaires tions Le Pommier en ont tiré un
ouedes lectures infinies du XIII siècle qui a vrage, sobrement intitulé La
Fonfait le classique. Et La durablement marqué taine, édité et présenté par
JeanFontaine est le classi- le poète. Indifférent Charles Darmon. Pour incomplet De Jean de La Fontaine,
que par excellence. au programme de qu’il soit, et malgré l’exigence ex-édition de Jean-Pierre
Mieux qu’un classi- Malherbe, qui se van- trême du propos, multipliant les Collinet, illustrée
que : un très vieil ami tait d’avoir « dégas- références, ce livre nous donne sa par Grandville,
dont le léger sourire a Gallimard, conné » le français lecture originale de La Fontaine.
« Bibliothèque fait la France, comme parlé à la cour, le fa- Un auteur qui n’a cessé de
l’accomde la Pléiade », ont fait la France ce- buliste prolonge une pagner durant toute sa vie, et qui
1 248 p., 49,90 € lui, radieux, de veine colorée inaugu- apparaît au fil de son œuvre, depuis
jusqu’au 30 septembre.l’ange du portail de la rée par Le Roman de Hermès IV, paru en 1977 et Le Para-la fontaine
Michel Serres commente les Fables cathédrale de Reims Renart. Une fable site, jusqu’à Petite Poucette (2012). De Michel Serres,
comme un miroir du monde ou celui, empreint comme Le Chat et le Le Pommier, Et même Rameaux, paru en 2015,
d’une douloureuse Renard sort tout droit 422 p., 21 €. où il avait noté : « Toute ma philoso- contemporain. JOEL SAGET/AFP
timidité, de l’auto- du Moyen Âge chré- phie crie dans les lettres et la voix.
portrait d’Élisabeth tien français. « Le La Fontaine chante le pouvoir des fa- tisme, de la mémoire et du savoir, à
Vigée-Lebrun avec sa Chat et le Renard, bles ; je célèbre et cultive celui des travers ces « petits poèmes (qui) se
fille, accroché au comme beaux petits langues. À chacun son rameau. » présentent au petit bonheur, en
déLouvre. Le portail de saints,/ S’en allaient en Michel Serres commente les Fa- sordre comme des îles éparses ».
Reims, les Fables, la pèlerinage./ C’étaient bles, les éclaire, les compare, extra- Toujours à propos des Fables, il
peinture d’Élisabeth deux vrais tartufs, pole, nous décortique les différen- souligne qu’elles « décrivent l’enfer
Vigée-Lebrun : trois deux archipatelins, / ces entre mythe et fable, transcrit des relations humaines, avarice,
exemples, assez rares Deux francs patte- selon son bon plaisir (Perrette de- cruauté, sottise, pouvoir, vanité,
chez nous, d’un par- pelus qui, des frais du vient ainsi une ballerine agile en obéissance volontaire… en tendant
fait continuum entre voyage,/ Croquant minijupe, qui « maximise les coûts » aux acteurs des miroirs de
représenla culture érudite et la culture po- mainte volaille, escroquant maint et « fait du “capital risk” »). Son tation, à la façon de La
Rochefou4pulaire. Dans l’âge moderne, la fromage,/ S’indemnisaient à qui érudition est extrême, l’intelligen- cauld ». Et plus loin, il rappelle 1
pédanterie, dont La Fontaine est mieux mieux.» Et Raminagrobis, le ce aiguisée. Sa lecture se fait égale- qu’on y voit « mille rapports divers
un témoin féroce, a érigé des bar- « saint homme de chat, bien fourré, ment au miroir d’écrivains qu’il a de force, de puissance, de hauteur et
rières toujours plus hautes entre gros et gras », qui fait la loi dans Le Loup et l’Agneau (1) légée de l’impeccable édition de Bossuet. La Littérature entre théo- tendance à l’oublier dans notre et la sagesse judéo-chrétienne - longuement côtoyé : Ovide (celui de domination », qui en « déplorent,
et Les deux Pigeons (2), la sensibilité des uns et celles des Le Chat, la Belette et le Petit Lapin Jean-Pierre Collinet, dont un pre- logie et anthropologie (Honoré civilisation à la dérive, coupée de ainsi dans sa critique de l’usure et des Métamorphoses), Ésope, Phè- ensuite, les contradictions, montrant Un bonheur dessins de Grandville. autres. et Le Vieux Chat et la Jeune Souris, mier volume a paru en 1991. Elle Champion, 2020). Comme l’a na- ses racines spirituelles. Comme de l’argent pourrissant et pourris- dre, Horace, Aristote, l’Odyssée donc les pertes d’équilibre et,
parLa Tortue et les deux Mais La Fontaine est ailleurs. En est l’héritage d’un moine copiste ne reprend que les Fables, ras- guère observé Marc Fumaroli, Port-Royal, qui se méfiait du thé- seur. De L’Avare qui a perdu son d’Homère, Perrault. tant, de l’équité ».
son siècle déjà, et pour l’éternité. de l’abbaye de Saint-Denis au Canards (3), illustration semblées en douze livres : du pain La Fontaine est le poète des « deux âtre, ne remettait en cause ni les trésor à La Chauve-souris, le Buis- Ici ou là, il fait quelques crochets pour ses illustrateurse « L’enfer des relations de Percy J. Billinghurst.Peut-être parce qu’il a reçu sa XIV siècle. pour un siècle de littérature. Antiquités » : l’Antiquité gréco- fables ni la poésie dans leur capa- son et le Canard, sa dénonciation ou retours en arrière, s’attarde sur
Le Singe et le Chat (4), humaines »formation philosophique et théo- Pour saluer le quatrième cente- Cet été, qui voudra lire La Fon- latine, ainsi qu’on l’apprend aux cité première à accoutumer de de l’idolâtrie de l’avoir est cons- Les Amours de Psyché et de Cupidon
gravure de Gustave logique dans la congrégation des naire de la naissance de La Fon- taine autrement pourra se repor- écoliers, mais aussi l’Antiquité bonne heure le cœur des enfants à tante, publique, assurée. La Fon- Françoise T tour de l’œuvre littéraire puisque les À ses yeux, La Fontaine est le poète (1669), inspiré d’Apulée, qui « peint
fdargent@lefigaro.frprêtres de l’Oratoire, où il a passé taine, entré dans le monde le Doré. ter à la judicieuse étude de Gérard juive, celle du Pentateuque, des la vertu, La Fontaine s’est em- taine, épicurien et augustinien à deux hommes travaillent en étroite du « corps fantomatique et char- le ciel du bonheur », et qui constitue
dix-huit mois à l’orée de son âge 8 juillet 1621 à Château-Thierry, la Feyrrerolles intitulée Les Fables et Prophètes, des psaumes de David ployé en diverses rencontres à la foi, poète chrétien pour finir ? collaboration. Sans vraiment se nel », du « corps inépuisable en ses une « image inversée » des Fables,
d’homme, il a échappé à la ratio- « Pléiade » publie une version al- la Bible publiée dans De Pascal à et de L’Ecclésiaste, ainsi qu’on a faire coïncider la morale païenne Venez et voyez. ■ H BIEN dessinez mainte- soucier de vérité zoologique. « Lors- transformations » (page 260), peuplées de « créatures
parlannant ! », aurait pu écrire que Chauveau représente la Cigale et louant au passage l’« extraordinaire tes », de bergers, meuniers, laitiè-« Jean de La Fontaine s’il la Fourmi, il ne dessine pas une cigale virtuosité » de cet « esprit fort ». res, laboureurs, savetiers, curés
avait eu vent de sa gloire et une fourmi mais deux insectes qui Défilent Le Meunier, son Fils et (lire ci-dessous).Eposthume. Et ils ne s’en ressemblent à de petits cloportes ins- l’Âne, La Chatte métamorphosée en Et l’épilogue, laissons-le à cet
sont pas privés, les dessinateurs des tallés sous un arbre avec, au loin, une femme, Le Loup et le Chien et des homme à fable que fut Michel Ser-Maxime d’Aboville : « La morale, chez lui, ne fait pas la morale »
siècles suivants. Les plus illustres masure, où figurent aussi des pay- textes moins connus : Le Pâtre et le res : « La Fontaine fait naître la
lancomme Grandville, Doré et Rabier, sans, donc des humains. Ce même ar- Lion, Le Chat, la Belette et le Petit gue française à travers les usages
des soucis majeurs de La Fontaine : Le regard de La Fontaine serait-il placée au début, l’enjeu est con- matin jusqu’au soir » en menant notamment parce qu’il prend des les peintres comme Oudry à qui bre se retrouve dessiné dans la fable Lapin, Le Coq et la Perle, Les Pois- paysans, populaires et enfantins. PROPOS RECUEILLIS PAR
la vie en société, l’artiste, plus naturel que moral, pour nu. L’agneau a beau avoir raison une vie chiche, simple et heureuse libertés incroyables. Il passe de Louis XV commanda six tableaux suivante et ce jusqu’à la dernière. sons et le Cormoran. L’auteur des Quand les Français oublieront sébasTien lapaque
slapaque@lefigaro.fr l’amitié, l’amour, les contrariétés reprendre la fameuse distinction parce qu’il est en aval du ruisseau de labeur, à la Péguy, perdre sa l’alexandrin à l’octosyllabe, il pour Versailles. Jusqu’aux contem- C’est le fil rouge d’un recueil dont les Cinq Sens s’interroge sur les notions La Fontaine, ils perdront leur source
du mariage… que La Bruyère établissait et ne peut donc pas troubler la joie et sa voix à cause de cent écus. écrit en vers libres et cela semble porains, puisque c’est Joann Sfar ou images sont pleines d’astuces », re- d’hospitalité, de justice, de parasi- même. » ■
L’acteur, qui répète le Dom Juan À l’époque, je travaillais pas mal entre Corneille et Racine ? boisson du loup, ce dernier va Là, en effet, La Fontaine va peut- toujours naturel. Je peux croire Rébecca Dautremer, parmi d’au- connaît Yves Le Pestipon,
spécialisde Molière et poursuit ses Leçons Feydeau et j’étais amusé par les fa- Oui, parce que ce qui intéresse nous montrer que la force elle être plus loin que le moraliste. Il que la prose lui coûtait autant que tres, qui ont illustré le recueil offert te du fabuliste, qui a écrit la préface
d’histoire de France avec un ta- bles misogynes contre le mariage. La Fontaine, c’est de décrire clini- aussi a ses raisons — et une raison met en garde sur la fascination de les vers. Il faut imaginer une fami- aujourd’hui à chaque écolier en- de l’édition 2021 des Fables dans la
bleau de la Révolution française Ainsi cette femme noyée qui con- quement la nature humaine. En finale en la circonstance. Mais il l’argent. Dans Le Laboureur et ses liarité avec le vers dont nous trant au CM2. Mais voilà, l’enfant Pléiade. Inspiré par l’Antiquitécomposé d’après Michelet, Du- tinue de contrarier son mari après faisant intervenir des animaux, il n’y a aucun jugement sur le loup, enfants, c’est un autre ton, d’une n’avons pas idée. Il coûtait plus à prodige, le seul qui eut le privilège Pour cette reprise des vers les plus
mas, Lamartine et Hugo, évoque sa mort et remonte le courant de la donne d’ailleurs à son travail de ni même sur l’homme capable simplicité admirable, car chez Racine de trouver le plan, l’enjeu, de se voir dédicacer les Fables par La célèbres de La Fontaine, ce ne sont
pour Le Figaro littéraire sur son rivière au fil duquel il cherche son classement une dimension ento- d’être un loup pour l’homme, La Fontaine le style rejoint tou- l’intrigue et l’agencement de ses Fontaine en 1668 n’était pas n’im- plus les gravures de Chauveau,
chèattachement aux Fables.* corps… Chez Jean-Laurent Co- mologique. Pour moi, c’est cet in- comme l’a dit Hobbes. La Fontai- jours le fond. « Un trésor est caché tragédies que d’écrire mille cinq porte lequel: « A Monseigneur le res aux dix-huitièmistes, qui ornent alice develey que Vénus, son amante, couvre
adeveley@lefigaro.frchet, on commençait par une fable ventaire qui fait le moraliste. Et ne a une manière tout à fait ami- dedans », dit un père mourant à cents alexandrins. Cela lui était dauphin », écrit le fabuliste. « Vous les fables, mais celles de Grandville, son cadavre de larmes. Le Songe
LE FIGARO. — De quelle manière et, entre deux scènes du répertoire n’oublions jamais qu’il est d’abord cale de nous dire : ne nous voilons ses enfants en leur transmettant le totalement naturel. L’intérêt, êtes en un âge où l’amusement et les publiées en 1837 et 1840. Gallimard a de Vaux, qui suit ce récit, est
La Fontaine peut-il devenir théâtral, on revenait toujours à La un grand styliste. pas la face. Dans mon travail champ qu’il a labouré toute sa vie. quand on travaille une fable de jeux sont permis aux princes ; mais profité de la redécouverte par le N 1658, La Fontaine quant à lui une œuvre inachevée,
un écrivain aussi important Fontaine. C’est une langue très d’acteur, j’affectionne cette ma- Ses enfants qui l’entendent fini- La Fontaine, est d’arriver à déce- en même temps vous devez donner Musée de Nancy de dessins prépara- n’est pas encore l’au- entrecoupée dans sa rédaction,
que Molière et Racine aboutie et très intéressante théâ- Non pas un professeur nière de dire la cruauté humaine ront par comprendre ce testa- ler une espèce d’évidence profon- quelques-unes de vos pensées à des toires de l’enfant du pays. Ils per- teur des Fables. Il a la durant trois ans. La Fontaine y
D’une dans le travail d’un acteur ? tralement. Contrairement à ce que de morale, mais un écrivain avec tendresse. Je pense à cette ment : « D’argent, point de caché. de. Il y a parfois des archaïsmes, réflexions sérieuses… L’apparence en mettent de mesurer les tâtonne- trentaine et seulement entremêle ici songe et épisodes les amours «
Maxime D’ABOVILLE. - Quand je peut laisser penser la morale qui qui décrit les mœurs… phrase de Jouvet : « Le théâtre est Mais le père fut sage / de leur mon- des tournures de langage compli- est puérile, je le confesse ; mais ces ments de l’artiste, dévoilant le jeu Epublié une comédie « d’un caractère galant ». La histoire de psyché
suis arrivé chez Jean-Laurent Co- commence ou achève les poèmes, Non seulement les mœurs mais le là pour rendre aux hommes la ten- trer avant sa mort / que le travail quées, des rimes étranges mais el- puérilités servent d’enveloppe à des auquel il s’est livré entre représen- et de cupidon traduite et adaptée du latin, Beauté y est sublimée par une qui paraît
De La Fontaine, chet, en 2006, je connaissais mal le fabuliste ne prend pas parti et ne fondement du cœur humain dans dresse humaine. » Je la comprends est un trésor. » Le rude travail de les ne doivent pas arrêter l’acteur vérités importantes », lui confie tation humaine et représentation L’Eunuque, d’après Térence. Au nature luxuriante, aux couleurs
charmante, Folio classique, La Fontaine. Même à l’école pri- fait jamais la morale. Chaque fable ce qu’il peut avoir de cruel. Com- très bien à propos de La Fontaine. l’homme n’est pas menacé par la ou le lecteur. Jean-Laurent Co- l’écrivain. animale. « Grandville fait énormé- printemps de cette même année, antiques et mythologiques, où
464 p., 9,70 €.maire, je n’ai pas tellement le sou- a un enjeu et un sujet singuliers qui me il le fait de manière assez gaie, Il est l’expression idéale de cette tyrannie de l’argent. chet nous apprenait que les pieds ment d’allusions à la vie humaine son père meurt. L’homme, qui apparaissent muses, nymphes et La Fontaine
venir d’avoir étudié les Fables. Je sont des moteurs pour le comé- assez légère, cela lui permet ambition. Chez lui, c’est la lucidi- et les rimes appartenaient à ce dans ses illustrations qui restent très croulait déjà sous un monticule dieux. Enfin, Les Amours de Psy-a le don Pour servir son texte, vois que mes enfants le font au- dien, tout autant que pour le lec- d’éviter de se voiler la face avec té qui donne la vie, le charme, la Dans la préface d’un conte qu’il appelait le papier, la brochu- savantes sur le plan du dessin, mais de dettes, doit maintenant ac- ché, dont la lecture des
Métamorde faire jourd’hui, mais j’appartiens à la teur, d’ailleurs. Quand un acteur de la facilité ou des bons senti- bienveillance. Et sa lucidité n’est en prose intitulé Les Amours re. Le rôle de l’acteur était pour La Fontaine travaille aussi plus pathétiques », analyse Le quitter celles du paternel. Pour phoses d’Apulée lui a inspiré
génération qui en a été dispensée. s’en empare, cela lui permet de ments et même, au bout du pas du cynisme. de Psyché et Cupidon, La Fontaine lui de fondre la langue et le sens – Pestipon, qui cite dans cette veine survivre honorablement, il n’a l’écriture, offre un « raffinement une petite de concert avec l’un
Quand on arrivait chez Cochet, il dire la fable comme un plaidoyer compte, de nous réconcilier avec explique qu’il a adopté cette forme et la langue dans le sens – de ma- romantique l’œuvre de Doré. d’autre choix que de solliciter de préciosité ». comédie qui des plus célèbres demandait en amont de choisir, et de donner le mouvement de la cette nature humaine si imparfai- La Fontaine ne juge pas le loup, parce qu’elle est « la langue nière à ce que l’écriture ne se sen- Reste Benjamin Rabier, le père de « mécènes, dédicataires… », ex- Quatre amis conversent ; l’un
se prête tout graveurs de son temps, d’apprendre et de dire une fable pensée. La morale, chez La Fon- te. C’est aussi le rôle du théâtre. mais cet animal revient tout de naturelle de tous les hommes » te pas, qu’elle ne pèse jamais. La Vache qui rit. Publiée chez Tal- plique Patrick Dandrey, dans sa d’eux, Poliphile, raconte
l’histoipour se présenter. J’ai retrouvé le taine, ne fait pas la morale : elle En parlant intelligemment du même quinze fois au fil des deux La Fontaine, c’est du pain bénit landier en 1906, sa version des Fa- passionnante préface. Ainsi, « ai- re d’une femme idéale qui s’attire à fait à mais qu’elle lui « coûte autant François Chauveau
volume dans lequel sont notées les donne un sens et une direction conflit, de la dureté, l’œil rivé sur cent quarante-trois fables. que les vers ». Comme si la poésie, pour cet exercice. Il donne sans bles est entrée dans l’histoire de la guillonné par la nécessité » le voici la jalousie de la reine de Cythère. un exercice
fables que j’ai apprises durant mon auxquels est ordonné ce qui est ra- la vérité, l’on se met en situation N’est-ce pas une manière d’en les mètres et les rimes lui étaient cesse l’impression de raconter littérature. Il y pose les fondements offrant Adonis à Fouquet, alors Condamnée à mort, la belle se
red’acteurannée passée dans son cours : Le conté. L’acteur doit se soumettre à de vivre avec le public (ou avec le faire un personnage central du devenus des choses naturelles. une histoire au débotté alors que Pour servir son texte, La Fontaine de la ligne claire, inonde ce monde qu’il entre à son service. trouve finalement à épouser un »
Coq et le Renard, Le Loup et le cette ordonnance. La fable est re- lecteur) un moment fraternel. sa langue est très travaillée et qu’il travaille de concert avec l’un des de couleurs et ose la touche comi- La pièce en vers, aujourd’hui monstre magnifique, « Dieu, Dé-Maxi Me D’ BOV LL monde rationaliste, mécaniste et Est-ce difficile pour un acteur
Chien, Conseil tenu par les Rats, Les marquable pour cela : elle a son C’est ainsi que les Fables de La individualiste en train d’émerger de suivre sa muse qui « traduisait a quelque chose de sérieux, de plus célèbres graveurs de son que. Il est celui qui fera sourire les conservée au Petit Palais, à Paris, mon, ou bien enchanteur ». Mais
Deux Amis, Deux chiens et un âne exposition, sa dramaturgie, ses Fontaine, comme le théâtre, peu- depuis le XVI siècle, un héros en langue des dieux / tout ce que grave et de vrai à nous faire en- temps, François Chauveau. En cette animaux. Le frontispice de ses Fa- offre un superbe conte lyrique, tout ne se passera pas pour le
emort, Deux pigeons, La Femme personnages. D’une histoire qui vent être des lieux de réconcilia- du capitalisme naissant disent sous les cieux / tant d’êtres tendre. ■ fin du XVII siècle, l’édition que bles montre un gamin faisant la lec- épique et élégiaque, qui par bien mieux… À travers ce recueil
noyée, Le Mal Marié, La Chauve- paraît charmante, La Fontaine a le tion. Quand il dit : « La raison du * La Révolution, cet été en festivals conçoit le libraire parisien Claude ture à tous les animaux. L’éditeur des aspects pourrait rappeler nourri d’amours et métamorpho-et de ses appétits dévorants ? empruntant la voix de la nature » ?
Souris et les Deux Belettes, Le Cygne don de faire une petite comédie plus fort est toujours la meilleure : / Il est vrai qu’à propos de travail et Non, parce que le naturel qu’il re- et à partir du 21 octobre au Théâtre Barbin est de luxe, représentant dix voulait souligner l’intérêt qu’il y a Érec et Énide. La Fontaine pré- ses, leçons éthiques et
esthétiet le Cuisinier. qui se prête tout à fait à un exerci- nous l’allons montrer tout à l’heu- de l’argent La Fontaine regarde le vendique est très intéressant de Poche-Montparnasse. « Dom ans de travail d’un artisan ordinaire de laisser le recueil entre les mains sente cette œuvre déchirante ques, se dévoile un La Fontaine
ce d’acteur. Et c’est pour les mê- re », le poète est tout à fait là-de- monde changer. Je pense à la fable théâtralement. Il écrit en vers, Juan », mise en scène de Christophe d’alors. Ses petites gravures som- des plus jeunes. Il n’était plus le comme « la fin malheureuse du étonnant. Lui qui cherchait tant à
erUn choix parlant, où mes raisons que la fable est aussi dans : il énonce une vérité mais ne Le Savetier et le Financier, où l’on c’est très ciselé, très travaillé, très Lidon, à partir du 1 octobre au bres ne sont plus de notre goût mais temps où seul un petit prince pou- beau chasseur Adonis », tué lors plaire et à instruire, nous a
se concentrent quelques-uns un bonheur pour le simple lecteur. s’en indigne pas. Ici, la morale est voit un savetier qui « chantait du formel, mais cela ne se voit pas, Théâtre d’Orléans et en tournée. elles s’articulent parfaitement au- vait s’en prévaloir. ■ d’une chasse au monstre tandis envoûtés ! ■
A
Dessins De Gran Dville conservés Dans les Bi Bliothèques De nancy, Fototeca/ leemaGe, ŠBianchetti/ leemaGe

argen
fables
lermon
ériecorrespondant
a
d
s
jeudi 24 juin 2021 le figaro
6
Raizer : les mots, le sabre et la méditation on en
Zen pays fascinant, il apprend la lan- va prendre des notes sur cette dans un monde à la dérive. parle Auteur de polars de qualité (la gue, les coutumes, les rites. En expérience forte, unique : « J’ai Alternant travaux manuels et
trilogie L’Alignement des équi- avril 2020, alors que la pandémie eu besoin de mots pour mettre méditation, rédaction de haïkus
noxes et Les Nuits rouges, dans arrive au Japon, lui qui pratique en perspective la voie dans la- et conversations avec le bonze, « la caverne aux chauves-souris
la « Série noire »), éditeur, tra- déjà l’art du sabre choisit de mé- quelle je m’engageais. » Les Édi- Raizer nous initie à une pratique, sous la montagne noire »,
de sébastien raizer, éditions ducteur, Sébastien Raizer vit au diter, très tôt, chaque matin, au tions du Relié publient le fruit de le « zazen », qui nécessite juste
du relié, 180 p., 16 €.Histoire Japon depuis quelques années. temple zen Kosho-ji, à Kyoto. cette immersion dans la vie d’un « de s’asseoir et de respirer ».
Pour épouser au plus près ce Les premières semaines, Raizer temple et cette quête de sens bruno CortyLittéraire
Une diplomatie inspirée du football
Essai Portrait personnel et intellectuel de Henry Kissinger, américain né dans une famille juive allemande en 1923.
Enfin, en européen convaincu, Par lexandre uval- talla
Jérémie Gallon en profite pour
attaquer une diplomatie
européES CUBAINS jouent enne pénétrée de morale et
au base-ball ! Les d’idéalisme : « Le temps n’est-il
Russes, eux, jouent pas venu de reconnaître que trop «
au football. » C’est peu de vies ont été sauvées, trop Lgrâce à sa passion peu de prisonniers politiques
relâpour le football que Henry Kissin- chés et trop peu d’autocrates
renger a ainsi évité au monde une versés par la seule magie de notre
nouvelle confrontation nucléaire diplomatie des bons sentiments ? » henry kissinger :
l’européenavec l’ennemi soviétique. Né au Il appelle de ses vœux un
KissinDe Jérémie Gallon,cœur de l’Europe, Kissinger, in- ger européen, à savoir un
intelGallimard, coll. « Hors terdit de stade dans l’Allemagne lectuel-homme d’action, doté
série connaissance », nazie parce que juif, n’en bravait d’une colonne vertébrale
intel243 p., 19 €.pas moins l’interdiction pour as- lectuelle et d’une épaisseur
husister aux matchs de son équipe, le maine acquise par son travail et
SpVgg Fürth, dont les résultats lui par ses expériences pendant
pluétaient toujours donnés des an- sieurs décennies ; ce qui n’est
nées plus tard, alors qu’il dirigeait malheureusement pas le cas de
la diplomatie américaine auprès l’actuelle gé nération politique
des présidents Nixon et Ford. européenne : « Produits de
sociéC’est à ce genre de détail que se tés de l’instantané dans lesquelles
mesure la qualité du travail de la communication règne en maître,
biographe réalisé par Jérémie ils tentent sans relâche de capter la
Gallon dans son nouvel essai, lumière. Étoiles filantes vouées à
Henry Kissinger, l’Européen, pour disparaître aussi vite qu’elles sont
décrire un homme complexe, au- apparues. »
réolé du prix Nobel de la paix tout En réalité, la leçon de Henry
en étant accusé d’être un criminel Kissinger aux Européens est que,
de guerre et qui restera, au même comme au football, les victoires
titre que Talleyrand et Metternich, diplomatiques se construisent en
un des plus grands diplomates de amont, avec une équipe de joueurs
l’histoire. d’expérience et de talent, une
stratégie de long terme fondée sur
Le sens du jeu Henry Kissinger lors d’une fin de la guerre du Vietnam qui lui De ce portrait, le jeune diploma- une véritable réflexion et un sens
conférence de presse à Nashville, Pour avoir été l’architecte de la vaut le prix Nobel de la paix en te qu’est Jérémie Gallon en retient du jeu et de l’histoire et, point
déreconnaissance de la Chine par les 1973. À son passif, le coup d’État la leçon de diplomatie de Henry en 1990. Bill Ste Ber/ the tenneSSean/ terminant, l’envie de gagner
enUSa tODaY netWOrK via reUterS COÉtats-Unis en 1971, Henry Kissin- au Chili, un génocide au Bangla- Kissinger : face à une politique er- semble. ■
ger se prête parfaitement au por- desh, les bombardements au ratique, moraliste et discontinue, la
trait chinois qu’en dresse Jérémie Cambodge, les massacres au Ti- seule politique qui vaille est celle
Gallon à travers de pertinentes mor oriental. Dans une défense des réalités, qui suppose presque
entrées qui nous font mieux com- sans concession, mais non sans toujours de choisir entre deux
opprendre le personnage à la fois équilibre et complexité, Jérémie tions imparfaites et « le responsable Le journalisme
plus complexe et plus humain que Gallon montre que « chez Kissin- politique doit dessiner le nécessaire à
sa caricature. À son actif, la poli- ger, la grandeur côtoie la vanité. partir de ce qui est possible ». Avec
tique de la détente avec les ac- Le séducteur cohabite avec le tac- pour idéal ultime d’éviter la guerre comme sport de combat
cords d’Helsinki et le début de la ticien. Le succès coexiste avec par la mise en place et la
préservafin des régimes communistes et la l’anxiété. » tion des équilibres des puissances.
Charles Enderlin L’ex-correspondant de France
Télévisions fait le bilan de trente années sur le terrain.
les accords d’Oslo, meurt en arri-Cyrille louis
clouis@lefigaro.fr vant à l’hôpital. Les images diffusées
par les télévisions du monde entier
E JOURNALISME selon seront celles tournées par l’équipe
Charles Enderlin, qui fut d’Enderlin…ALDE
pendant trois décennies Ce grand témoin, qui a baigné dans
Maison de ventes spécialisée correspondant d’Anten- le conflit israélo-palestinien autant
Livres –Autographes – Monnaies Lne 2 puis de France Télévi- qu’il l’a couvert, en retrace l’histoire
sions à Jérusalem, est un sport de à coups de saynètes personnelles et
combat. Ses détracteurs ne lui ont ja- souvent savoureuses. Un jour, il
hée eÉditions originales littéraires du XIX au XXI siècle mais pardonné d’avoir diffusé les berge des négociations secrètes entre
images de la mort d’un enfant pales- Israéliens et Palestiniens dans les
buVente aux enchères publiques tinien, Mohammed al-Dura, le reaux de France 2. Un autre, Yasser de notre
30 septembre 2000 dans la bande de Arafat lui fait demander conseil
Jeudi 24 juin 2021 à Jérusalem Gaza. Militant, « bidonneur », traître : avant de mettre sur pied la nouvelle
De Charles Enderlin, peu de qualificatifs lui furent épar- télévision palestinienne. Et puis, il y
Don Quichotte, gnés par ceux qui, sans relâche, a ce reportage lors duquel Enderlin,
342 p., 20 €. cherchèrent à le discréditer. Ender- constatant que les hôpitaux de
Ralin, qui a le cuir épais et un caractère mallah manquent d’oxygène, se
rebien trempé, s’est longtemps em- trouve à appeler le directeur d’une
ployé à leur rendre coup pour coup. ONG israélienne qui organisera leur
Au risque de se laisser parfois enfer- ravitaillement…
mer dans d’interminables
règleLe goût du vraiments de comptes…
L’inventaire dressé aux premières Là, sans doute, résident le secret de
lignes de son livre-témoignage, De ce « correspondant indigène » et la
notre correspondant à Jérusalem, source de ses malheurs : le petit
rappelle pourtant que sa carrière ne Français de Nancy, qui a grandi dans
se résume pas, tant s’en faut, à cet une famille juive peu observante
épisode. Arrivé en Israël un jour de avant de « partir à la recherche d’un
décembre 1968 après des études de nouveau début au pays des
kibboutmédecine avortées, le journaliste a zim », a constamment refusé de
couvert deux traités de paix, cinq choisir son camp. Peu après le début
guerres, deux Intifada, le processus de la première Intifada, des collègues
de paix d’Oslo et deux révolutions s’interrogent : « Charles peut-il
couégyptiennes. vrir le soulèvement ? » Lui répond en
Il fut aux premières loges lors de la mettant en avant son identité
provisite historique du président égyp- fessionnelle. « Ce n’est qu’en tant que
tien Anouar el-Sadate à Jérusalem journaliste, écrit-il, que j’ai pu me
(1977), tout comme le soir où un ex- trouver sans broncher face à un
diritrémiste juif tira sur Yitzhak Rabin geant islamiste auteur d’attentats
en plein cœur de Tel-Aviv. Ce 4 no- sanglants (puis) devant un ancien
tervembre 1995, alors que la foule ve- roriste juif m’expliquant qu’il faudra
nue assister à un rassemblement que le judaïsme fasse la guerre à
l’ispour la paix se disperse, Enderlin et lam. » Ses vieux ennemis, en lisant
son caméraman sont parmi les der- ces lignes, y trouveront une preuve alde.fr
niers journalistes encore sur place. supplémentaire qu’Enderlin est « un
Le chef du gouvernement travaillis- Juif qui a la haine de soi ». Les autres Tél. +33 (0)1 45 48 30 58 – contact@alde.fr
te, auquel la droite israélienne re- se diront qu’il a surtout le goût du
proche depuis des mois d’avoir signé vrai. ■
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le figaro jeudi 24 juin 2021
7LE CHIFFRE de la semaineil ne faut pas croire
Retrouvez sur internet que le footballeur la chronique
« Langue française »lit seulement des bandes 804dessinées !
Le nombre de pages www.lefigaro.fr/DiDiER DESc Ha MpS, Da NS LE Figaro,
langue-francaise du tome V de la « Correspondance générale » EN RÉpo NSE à u NE qu ESTio N DE Mic HEL BuSSi
d’Alexandre Dumas, éditée par Claude Schopp, François B oUCHon/Le Figaro En vuE@
et que vient de publier Classiques Garnier.
Il couvre les années 1847 à 1849. Littéraire
Récit d’une
explosion familiale
emmanuelle hutin
Le témoignage poignant d’une mère
face à la maladie de son enfant.
n’oublie pas qu’elle a aussi une frédéric de monicault
fdemonicault@lefigaro.fr fille, qui lui répète « pauvre
petite maman, pauvre petite
EST un au- maman ». Ce n’est plus une
fathentique dra- mille, c’est un esquif sur une
me qui se joue mer démontée.
dans La
GrenaDescente aux enfersC’de, le premier
texte d’Emmanuelle Hutin. Un La compassion du lecteur face à la
récit tendu dans lequel la nar- situation est une chose, mais d’où
ratrice déroule le fil de son vient qu’il puisse ressentir la
déDominique Guiou existence avec Solal, son fils flagration à ce point ? La Grenade
et Thomas Morales épileptique. Un récit sombre est écrit sans pathos. Les épisodes
se sont amusés comme dans lequel la maladie empêche ploient sous la dureté, sans pour
des fous à bâtir de souffler, de autant être relevés
ce roman policier. s’évader, de s’apai- d’épithètes. La
puisColl. parti Culière ser. À elle seule, sance d’évocation La gre N
Épilepsie devient suffit : « Jamais je D’Emmanuelle Hutin,
presque un person- Stock, n’aurais imaginé
vi283 p., 19,90 €.nage central, qui vre un tel état de
faibroie Solal le jour blesse, et qu’il faille
comme la nuit. encore se lever la nuit,
« Son corps s’arc- habiller, nourrir, la-Le privé s’appelle Yvonne
boute, ses membres ver, travailler. » À
frappent le vide, les aucun moment les
veines de son cou mots ne cherchent à guiou et morales Le duo d’auteurs met en scène une détective qui
sont sur le point transcender cette
d’exploser, sa tête descente aux enfers. aime Lamartine et les chansons des années 1970. Fantaisiste et savoureux.
est figée… » Dans La narratrice est dans
ces descriptions un état de sidération
industriels spoliés », mais aussi à seille, « une ville qui aime la vie », physiques, indé- encore aiguisé par le alexandre fillon
« attendre et à attendre ». Yvonne dont elle goûte la chaleur, le « côté pendamment de fait qu’elle a
longLa dame ES PLUS fidèles lec- Vitti ne fait rien comme tout le grande braderie », l’« amateurisme tout contexte spiri- temps cru cocher
au cabrio Lteurs du Figaro litté- monde. Elle roule au volant de réconfortant » et la « simplicité ». tuel, il y a un peu toutes les cases : de
De Dominique Guiou
raire se souviennent « sa vieille compagne suédoise », La dame au cabriolet aura fort à de la lutte de Jacob bonnes études, un et Thomas Morales,
des articles subtils et une Saab 900 cabriolet jaune faire entre un règlement de compte avec l’Ange : un combat dispro- bon job, l’amour d’un « homme Serge Safran Éditeur,Lprécis de Dominique poussin qui donne quelques signes à Montrouge, l’arrivée de gitans et portionné, qui échappe à l’en- mûr, intelligent, en pleine réflexion 146 p., 16,90 €.
Guiou. Une fine plume qui vient de faiblesse au niveau du moteur. de malfrats, d’une boulangère et tendement, avec la volonté dé- sur le sens de sa vie », un enfant En librairie le 2 juillet.
de s’acoquiner avec le journalis- Elle porte un inusable tailleur d’une esthéticienne ou d’un frère cuplée du garçonnet de rapidement… Et puis patatras.
te et écrivain Thomas Morales, Chanel bleu marine. Jamais ma- fugueur, et la disparition d’une continuer à respirer. L’autre force de La Grenade
un grand amateur de châssis en riée, elle affiche un penchant pour mallette rose bien garnie. L’occa- Dans les remerciements, à la réside dans sa capacité à sortir
tout genre à qui l’on doit no- les passions futiles, les poèmes de sion de croiser sur sa route un « Bel fin du livre, le soutien du père de ce huis clos et à dérouler la
tamment plusieurs livres dont Lamartine, les abats et les chan- Orlando » au côté un peu dandy et de l’enfant est salué pour vie d’une femme en pleine
interAdios ou Un été chez Max Pécas. teurs de charme italiens. Ce qui la au regard douloureux ou un hôte- « avoir accepté ce jeu entre réa- rogation : jusqu’où se remettre
Les deux compères ont uni leurs rend éminemment attachante, lier de charme en Sologne, Marcel, lité et fiction ». Que l’on ne s’y en cause, changer d’horizon,
forces le temps d’un roman noir comme on peut l’imaginer. Dès qui n’est pas insensible à ses atouts. trompe pas : la vérité affleure à abandonner ou pas des certitudes
singulier fomenté à quatre que ses finances le permettent, Messieurs Guiou & Morales se chaque page. Emmanuelle – professionnelles et intimes -,
mains, La Dame au cabriolet. Miss détective part s’aérer en sont manifestement amusés com- « est » la narratrice ; elle se met subir ou non le regard des autres…
L’héroïne du duo, Mademoiselle Corse, dont le soleil « apaise les me des fous à bâtir les chapitres de à nu pour décrire ce cataclysme Des questionnements habituels
Yvonne Vitti, a bientôt 45 ans. blessures de l’âme », où elle est re- leur réjouissante fantaisie policiè- des crises de Solal et de son au commun des mortels, mais
Ancienne actrice lassée des « salles jointe par sa truculente amie re, Meccano dont les pièces com- équilibre tout entier affecté. l’universalité n’empêche pas la
vides », des « rôles minables » et Brigitte, dite Bibi, à la descente mencent peu à peu « à s’emboîter Double équilibre en réalité, car finesse de l’approche. Ici, pas de
des « mises en scène navrantes », phénoménale. les unes dans les autres, à se vis- la mère vacille en permanence. complaisance : l’existence est
elle exerce un métier plein de sur- ser ». Un plaisir on ne peut plus Obligée de se protéger du peu éclairée d’une lumière blafarde,
Un plaisir communicatifprises depuis déjà deux décennies. communicatif pour le lecteur. de diplomatie du corps médical, utile pour gommer les
faux-semCette femme, qui se décrit « déli- Elle apprécie aussi d’aller se réfu- Boileau-Narcejac, Fruttero & des remarques de l’école, des blants. On ne dira pas comment se
bérément old school » est détective gier chez son toujours très chic on- Lucentini n’étant hélas plus de ce amis qui vous veulent du bien… termine La Grenade : le propos est
privé. Un boulot « sans petit chef » cle Alfred, en Seine-et-Marne, monde, ils sont sommés de re- Une mère Courage autant suffisamment décapant pour ne
qui l’amène à aider « les faibles et dans un village oublié des promo- prendre le flambeau et de conti- qu’une Mater dolorosa, obligée pas guetter d’emblée la fin de
les naïfs, les femmes trompées et les teurs. Ou encore de filer à Mar- nuer à nous régaler au plus vite ! ■ de redéfinir ses priorités et qui l’histoire. ■
Magritte, enquêteur surréaliste
nadine monfils La romancière met en scène le célèbre peintre et sa femme en détectives de choc. Humour garanti !
françois rivière artiste que la romancière n’a pas eu proche des étangs d’Ixelles. Ou,
la chance de connaître, mais dont pire encore, Ginette Dutilleul, la
À k
NokkeA silhouette de petit ren- elle a pu rencontrer l’épouse, mère de Jefke, le copain flic du Le-zoute !
tier belge coiffé d’un cha- Georgette, qui partage la vedette de peintre, qui fera vivre à celui-ci, Les LLes
peau boule est presque sa fiction. Laquelle se présente sous devenu détective, des instants eN quêtes
aussi célèbre dans le mon- la forme d’une intrigue policière proprement surréalistes. de agritte Sde que ses toiles aux titres orchestrée autour d’une série de Les développements de son en- et
mystificateurs, com- meurtres singuliers. quête mêlent astucieusement à la De Nadine Monfils,
me Ceci n’est pas une Les victimes sont des découverte d’une Belgique pro- Robert Laffont,
260 p., 14,90 €.pipe. Mais ses femmes, la première fonde aux mœurs savoureuses la
Nom d’u Ne pipe !
admirateurs savaient- d’entre elles ayant pour descente aux enfers privés de Les fo LLes
ils René Magritte au- ainsi dire jailli du che- marginaux joyeusement portrai-Nquêtes
teur, dans sa jeunesse, valet sur lequel travaille turés par Nadine Monfils. Celle-ci de agritte
de romans policiers Magritte dans son salon ne fait pas que nous divertir en et
signés Renghis, de la rue des Mimosas, à enfilant des perles de langage De Nadine Monfils,
contraction de sesSchaerbeek, une des typiquement bruxellaires. Elle fait Robert Laffont,
deux prénoms ? 297 p., 14,90 €. communes de l’agglo- aussi appel à notre émotion. Une
Nadine Monfils nous mération bruxelloise. autre de ses admirations vient
l’apprend dans son alors à la rescousse, celle qu’elle
Folie doucedernier livre (et la sui- porte au grand Jacques Brel. Elle
te arrivée entre- Nadine Monfils ne se va jusqu’à lui faire rencontrer
L’intrigue policière est orchestrée autour d’une série de meurtres singuliers.temps) à l’intitulé aus- prive pas de nous faire Magritte au bar de l’Hôtel Métro-
si réjouissant que tout découvrir, avec hu- pole, le peintre offrant au
chance qu’elle a publié jus- mour, la vie souvent Georgette et René de détails sau- fois gentiment outrancière des teur la clé de son œuvre : « Les
qu’à présent. Et c’est pittoresque de nos voi- grenus ne tardant pas à rendre ses personnages qui sortent de l’ordi- titres de mes tableaux ne sont pas
avec une jubilation sins d’outre-Quié- héros particulièrement atta- naire pour sombrer dans une folie des explications et les tableaux ne
croissante que le lec- vrain, saupoudrant le chants. La réalisatrice du film Ma- douce très romanesque. Ainsi les sont pas des illustrations des titres.
teur découvre, de l’in- récit de l’enquête aus- dame Édouard n’a pas sa pareille deux vieilles filles, Élise et Rosa, La relation entre les deux est juste
térieur, le monde d’un sitôt engagée par pour camper avec une malice par- prisonnières d’une sombre maison poétique. » ■
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jeudi 24 juin 2021 le figaro
8
L’histoire Robert Bober, Prix Jean d’Ormesson
de la
Carcassonne, et de Teresa âmes simples, et Robert Bober, Toussaint Louverture, d’autres C’est un jeune homme de 89 ans, semaine Robert Bober, qui a été désigné Cremisi, Malcy Ozannat et un le vétéran, avec Par instants, la Mon amie Nane, de Paul-Jean
quatuor d’académiciens, Domini- vie n’est pas sûre, bel ouvrage Toulet, ou L’Énergie vagabonde, lauréat du prix Jean d’Ormesson,
que Bona, Dany Laferrière, Erik célébrant les rencontres d’une de Sylvain Tesson. Bober l’a donc le 16 juin, au cours d’un dîner le prix jean d’Ormess On 2021
a été décerné à « ar instants, Orsenna et François Sureau. La existence, de Georges Pérec et emporté. Le dîner a fini en chez Françoise d’Ormesson, la
la vie n’est pas sûre », présidente du jury, entourée bataille fut âpre. Comment dé- François Truffaut à Paul Otcha- chansons. Et en émotion : Jean
de r Obert bO ber, En margE partager le benjamin de la sélec- kovsky-Laurens ? Certains jurés d’Ormesson aurait eu 96 ans ce des siens, Héloïse d’Ormesson, paru aux Ons .O. .
tion, Pierre Adrian, auteur de Des défendaient une biographie de jour-là. Bruno CortyGilles Cohen-Solal, Marie-Sarah Littéraire
elle a tant besoin d’espace. « J’avais Ce C C
enfin un bureau rien qu’à moi et même
ACCUEIL est chaleu- une magnifique bibliothèque où j’ai pu
reux. Joyce et Icare se caser tous mes livres. De Mauriac à ’
jettent littéralement Stephen King, ils y sont tous ! » À
l’ardans nos bras alors que rière, la vue du jardin puis des Dans L nous n’avons même pas champs et enfin de la colline boisée
été présentés. Leur maîtresse s’en est à couper le souffle. Françoise
amuse et couve ses deux chiens d’un Bourdin confie ne jamais s’en lasser.
regard plein de tendresse. Bienvenue Chaque matin, réveillée à 6 heures, le camp dans l’Eure, chez Françoise Bourdin, elle contemple ce petit bout de terre,
dans la commune de Port-Mort, à son paradis, avant de se mettre au
quelques encablures de Vernon. C’est travail. « Me lever tôt est une vieille
ici que la romancière aux 15 millions habitude. Les jockeys ne font pas la
de livres vendus s’est installée il y a grasse matinée. » On s’étonne : « Oui, du bonheur
une vingtaine d’années. Baptisée - j’ai été une des toutes premières
femLa Closerie, cette jolie demeure a mes jockeys ! L’équitation est ma
pred’abord appartenu au célèbre histo- mière passion. » Son allure sportive p o r tr ait Auteur à succès
rien André Castelot : « J’y étais venue aurait dû nous mettre la puce à
quelques fois et je partageais son en- l’oreille. Ainsi que ce cheval de ma- méconnue, Françoise Bourdin
thousiasme pour l’endroit. L’âge ve- nège, superbe, qui trône dans un coin
enant, il a préféré la vendre et je la lui ai du salon. « Un de mes arrière-grands- publie son 49 roman. Rencontre
Françoise Bourdin : achetée. Une décision que je n’ai jamais oncles était forain. J’ai pu récupérer
« Mépriser les romans regrettée. Je suis une vraie Parisienne cette rareté. Regardez, la queue est en avec une femme chaleureuse.
populaires, c’est mépriser qui chaque jour se félicite d’avoir quitté vrai crin de cheval. » Elle raconte alors
Paris. » Oui, Françoise Bourdin est l’ivresse des galops au petit matin son lectorat. »
bien dans son élément à La Closerie, sans une once d’aigreur. Pas le genre
de la maison. Pas non plus de vague à mouillés. Suivi d’un deuxième roman,
l’âme lorsqu’elle évoque sa drôle De vagues herbes jaunes, très vite
d’enfance : « Ma sœur et moi avons adapté au cinéma par Josée Dayan
vécu dans une famille d’artistes. Ma avec, dans le rôle principal, Laurent
mère était la cantatrice Géori Boué, Terzieff. Et puis… elle arrête tout. On
E une soprano très célèbre, mon père, imagine la tête de son éditeur lors-FESTIVAL 17 ÉDITION LITTÉRATURE,
Roger Bourdin, un baryton. Chez qu’elle annonce sa décision :
s’éloiINTERNATIONAL LYON CINÉMA, SÉRIES TV, nous, dans l’hôtel particulier de gner du monde de la littérature. « Je
Neuilly, c’était la vie de bohème ! En- me suis mariée, j’ai eu des enfants dont 2021 ENQUÊTE URBAINE tre répétitions et essayages de costu- je voulais m’occuper. Le reste avait
mes, mon imagination était pour le soudain moins d’importance. » Une
moins stimulée ! » Françoise a aussi décision compréhensible : l’enfance
accès à la bibliothèque de son père : de Françoise Bourdin fut marquée à
« Rien ne m’était interdit, je n’avais jamais par le départ de sa mère. Elle
qu’à piocher. J’ai découvert Bazin, sera, elle, présente pour ses deux filles.
Troyat, Druon et puis Mauriac, un Heureusement pour nous, vingt ans
grand éblouissement. » Ce père tant plus tard, « une très grosse envie de
raaimé semble toujours présent et pas conter des histoires » la titille et elle s’y
seulement dans sa mémoire : son attelle avec passion. Jusqu’à se
retroubuste a été installé dans la salle à ver avec deux manuscrits sur les bras.
manger, près de la porte qui mène Ils seront publiés simultanément chez
au jardin. Le visiteur ne manque ja- Denoël et à La Table Ronde ! Mais c’est
mais de le remarquer. sa rencontre avec Tony Cartano, des
Éditions Belfond, qui sera décisive : « Il
Vers de mirliton publiera Les Vendanges de juillet. J’ai
Enfant, la petite Françoise écrit des compris que le livre commençait à bien
nouvelles, des vers de mirliton. Elle marcher quand il m’a demandé d’écrire
n’a jamais imaginé être chanteuse : la suite… » Le succès ne s’arrêtera plus
« La barre était trop haute. J’ai une et Françoise restera à jamais fidèle à
grande admiration pour ma mère dont Belfond. « Je m’y sens bien. La
confianje me suis beaucoup occupée à la fin de ce est là, c’est essentiel pour moi. »
esa vie. Elle m’a un jour fait comprendre Dans son dernier roman - le 49 ! -,
que son métier avait été très dur, sous- il est encore question de maison de
entendant que le mien ne l’était pas. famille. Un couple de Parisiens est au
J’ai dû lui expliquer que je n’étais peut- bord de la rupture. Pour ressouder
être pas une interprète mais une créa- leurs liens, ils décident de s’installer
trice. La partition, c’est moi qui dans un manoir normand délabré.
l’écris. » « J’ai toujours rêvé de ces points
d’anL’écriture est en effet crage. Malheureusement,
la grande affaire de sa mes parents se sont
sépale meilleur
vie. Chaque année paraît rés lorsque j’étais très jeu-est à venir
un nouvel opus, la ro- ne et puis ils étaient tou-De Françoise Bourdin,
mancière ne ménage pas jours par monts et par Belfond,
sa peine. Pourtant, et vaux. J’aime l’idée de réu-273 p., 21,90 €.
malgré son immense nion familiale dans un seul
succès, elle se fait discrè- et unique lieu, alors j’ai
inte. Un adjectif qui l’aga- venté des intrigues autour
ce : « Discrète contre ma de cette idée ! Mes filles,
volonté ! C’est devenu elles, ont connu ce cocon
quasiment une étiquette irremplaçable et nécessaire
quand on parle de moi. Je grâce à la maison de
Portn’ai jamais refusé une in- Mort. » Elle dit ne rien
terview, ce sont les mé- mettre d’elle dans ses
dias qui m’ont longtemps livres. Pourtant, l’héroïne
boudée ! La littérature po- de son dernier roman,
pulaire, on le sait, n’a pas Margaux, nous rappelle
bonne presse, mais les quelqu’un : une
Parisienchoses évoluent peu à ne qui part vivre à la
campeu. On parle aujourd’hui de romans pagne, une battante qui fait bouillir la
“feel good” et l’image a changé. Au- marmite… Françoise Bourdin sourit :
jourd’hui, on s’intéresse davantage à « Il y a toujours un tout petit bout de
moi et j’en suis ravie. Mais en réalité, l’auteur dans ses livres. Mais, promis,
tout ça m’est un peu égal. J’en ai souf- tout le reste est pure fiction ! »
fert, je n’en souffre plus. Ce que je Cette éternelle optimiste, régnant
n’aime pas, c’est l’idée que mon public sur une famille devenue nombreuse,
soit parfois moqué, car mépriser les ro- a souffert du confinement : « Ne pas
mans populaires c’est mépriser son voir mes filles et mes petits-enfants a
lectorat. Celui-ci n’a pas forcément été difficile. J’aime la solitude quand je
mauvais goût, plaire n’est pas forcé- sais qu’elle ne durera pas ! Le jardin
ment suspect. » était magnifique et personne n’était là
Invitée dans l’émission de Laurent pour le voir avec moi. Je me suis même
Ruquier, elle a subi quelques critiques amusée à calculer le nombre de repas
peu aimables. Mais ne s’est pas dé- pris seule : 167 ! Et puis, impossible PARTENAIRE DE QUAIS DU POLAR
montée : « Après tout, c’est le jeu. Et d’écrire, impossible de lire. Je me suis
j’ai aimé dialoguer avec ces journalis- rabattue sur les séries Netflix ! » Elle
tes. » Les téléspectateurs, eux, étaient part alors d’un grand rire et balaie
ravis : ils mettaient enfin un visage, d’un revers de main les idées
somaffable, une silhouette, de sylphide, et bres. Françoise Bourdin a depuis
SOUTENUPAR
une voix, rauque, sur celle qui les em- longtemps choisi son camp : celui du
barque avec elle depuis tant d’années. bonheur. Dans sa vie comme dans ses PRÉFET
COORDONNATEUR
DUBASSIN
RHÔNE-MÉDITERRANÉE Car Françoise Bourdin a commencé livres. Son nouveau roman s’appelle
tôt. À 20 ans, elle signe chez Julliard Le meilleur est à venir. Un titre taillé
son premier contrat pour Les Soleils sur mesure. ■
A
sébastien sOrianO/le Figar O
alla ara lauren
diti

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