Figaro Littéraire du 29-04-2021
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Date de parution 29 avril 2021
Langue Français
Poids de l'ouvrage 16 Mo

Exrait

jeudi 29 avril 2021 le figaro - N° 23853 - Cahier N° 4 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
lefigaro.fr/livres littéraire
HÉlè Ne de l auzu N aN to Nio peNNa CCHi
uNe passio NNa Nte Histoire uNe saga da Ns l’ italie
de l’ a utri CHe Page 6 post-fas Ciste Page 7
Antoine et
Consuelo,
un couple
de légende
Doss ier La correspondance de Saint-Exupéry
avec son épouse est enfin publiée.
Leur amour, malgré les orages, fut indéfectible.
Page S 4 eT 5
Léon Blum écrivain Gallimard
présente
AUTEUR ne peut pas ne pas d’évoquer dans un salon. Il parle de désir, mais aussi encore des auteurs du moment,
attirer notre attention : Léon de prostitution initiatique, de virginité, de Anna de Noailles, Marcelle Tinayre.
Blum. Titre de son livre : Du jalousie pour exprimer ce que l’on sait : C’est évident, il cherche dans la littérature ’
ALEXIS JENNI
mariage. Le président du Con- qu’elle est difficile, la concorde entre deux d’hier et de toujours la confirmation de ses L seil aurait-il eu l’occasion de êtres. Qu’il y faut d’efforts, de grâces ! intuitions d’homme. La beauté
travailler le sujet à l’occasion de quelque loi Combien elle demeure un mystère… On laisse aux psychologues, aux sociolo- dure toujours
romande l’été 1936 ? C’est chose connue, le socié- gues et aux théologiens le soin de les
discutal est bien porté à gauche. ter. Évidemment son propos a vieilli.
Nous n’y sommes pas. L’ouvrage date de Qu’est le mariage devenu ? Et que doit
LA CHRONIQUE1907 ; à l’époque Blum est un jeune esthète, l’émancipation générale des temps
précritique littéraire et dramatique. Son nom sents à l’essai iconoclaste d’un jeune écri-d’Étienne
eest déjà fameux, mais seulement pour les vain du début du XX siècle ? Peu importe. de Montety GAGALLIMARDLLIMARD
lecteurs de La Revue blanche. Il n’a pas en- Contentons-nous de lire le livre d’un
écricore écrit son magistral Stendhal et le bey- vain dont demeure le style, étincelant. De
lisme, pourtant il s’intéresse à l’amour. En Et le docteur Blum d’exposer ses solutions. grandes phrases claires et élégantes sont au ALEXIS
théoricien et, croit-on savoir, en praticien Son essai est constitué de réflexions, illus- service d’un raisonnement ample, étayé,
éprouvé. trées de nouvelles, et de scènes de théâtre sans jamais que le propos ait à souffrir de la
Loin de s’arrêter à la fameuse « cristallisa- aux dialogues virevoltants : « Ainsi, ce n’est lourdeur d’une démonstration. Un pur JENNI
tion », il va jusqu’au mariage et ce qui s’en- pas la même chose d’aimer et de se marier ? plaisir, une leçon. La beauté dure toujourssuit. Échaudé par tant d’échecs rapportés N’en doutez plus. » Et plus loin : « Je ne me L’histoire de Blum est connue. La
politiROMANpar la presse, la littérature et peut-être par suis pas mariée pour être heureuse, je me suis que ignorera le livre et s’emparera de
son expérience, le jeune écrivain échafaude mariée pour t’avoir ». Cette réplique n’est l’écrivain, qui désormais réservera sa «Le Prix Goncourt 2011 met en scène
une théorie. Selon lui, il faut séparer le sen- pas de Blum, mais d’un auteur dramatique belle plume aux arrêts du Conseil d’État et un écrivain et un dessinateur discutant
du sentiment amoureux. […] Une manièretiment du contrat. Aimer, aimer à la pas- qui a sa dilection : Porto-Riche. On se serait aux projets de loi défendus par la SFIO.
de s’interroger sur ce qui nous tient,sion et, la raison venue, la sagesse installée, mépris. L’histoire littéraire n’est pas en Qualis artifex pereo. De
nous maintient en vie, sur ce besoin vitalse marier. En 1905, l’idée est audacieuse. reste avec Adèle Hugo et Sainte-Beuve, ap- quel écrivain a-t-on été
devoirlabeautéchezl’autre,des’ennourrir
L’Église mais aussi la société et même l’État pelés par l’auteur à la barre pour privé ? ■ pour ne pas dépérir, d’en redouter aussi
veillent sur l’institution du mariage, qu’elle témoigner. les sortilèges.»
soit sacrée ou non. Qu’importe à Blum. À À l’appui de ses thèses, l’ancien élève de Bruno Corty, Le Figaro Littéraire
l’appui de sa démonstration, il explore sans l’École normale convoque les livres de ses Du mariage
fard (au moins pour son époque) le cœur de grandes heures d’études. Daphnis et Chloé, De Léon Blum,
l’homme et le corps de la femme, prêtant à La Physiologie du mariage, de Balzac, bien Bouquins,
gallimard.fr facebook.com/gallimardIceux-ci des élans qu’il n’est pas séant sûr, les Liaisons dangereuses, évidemment 298 p., 20 €.
Photomontage le Figaro, Photos : Coll. PartiCulière/Coll. suCCession Consuelo de saint- exuPéry/ suCCession antoine de saint- exuPéry/ luminis-sto Ck.adobe. Com ; editions Perrin ; m.aVanZato/oP ale/ leemage
PhotoF.Mantovani©Gallimard
A
t
jeudi 29 avril 2021 le figaro
2 Sylvain Tesson dans les pas de RimbaudEn toutes le publiés dans les volumes précédents,
avec Gobineau, Louis de Kergorlay, Jean- Après Homère il y a trois ans, Sylvain Tesson nous confidences
Jacques Ampère ou encore Lamartine, entraîne à la suite de Rimbaud, depuis les
Ardenentre autres. Des relations épistolaires nes jusqu’à l’Afrique, en passant par Londres et
Tocqueville en toutes lettres qui témoignent également des posi- Java. Fruit de son émission diffusée l’été dernier
Entamée il y a plusieurs décennies, l’édition des tions et des jugements du penseur, sur France Inter, ce vagabondage littéraire et
Œuvres complètes d’Alexis de Tocqueville montrent l’élaboration de sa réflexion, géographique permet de redécouvrir « l’homme
(1805-1859) arrive à sa fin. Le 27 mai, Gallimard tout en mettant en avant les thèmes aux semelles de vent ». Comme dit Tesson :
publiera en effet les trois derniers volumes, con- qui traversent son œuvre, comme les « Le monde demeurera inerte si le poète ne le fé-Critique sacrés à sa vaste correspondance. Ces trois to- problèmes politiques, l’Amérique, le colo- conde pas de son regard. » Un été avec Rimbaud
mes viennent compléter les échanges de Tocquevil- nialisme, l’éducation ou la démocratie. pa raîtra le 5 mai aux Éditions des Équateurs.Littéraire
AFFAIRES ÉTRANGÈRESLa grisaille et la grâce
Par Éric Neuhoff eneuhoff@lefigaro.fr
Hanna
Krall Dans Les souvenirs
la Pologne
de l’après-guerre, et fantômes de
une femme José Carlos Llopse demande
ce qu’on peut OMMENT dit-on ne joue Norma de Bellini et
Modiano, en espa- cela évoque Manaos, la folie, espérer. gnol ? José Carlos une séquence de Fitzcarraldo.
Llop, comme son Il y a des îles qui ressemblent Chomologue français, aux Baléares, des villas à moi-Astrid de L Armi NA
adelarminat@lefigaro.fr a le don de la nostalgie, des tié abandonnées (les fêtes
paysages enfuis, de qu’on y donnait, à
MAGINEZ que vous assistez à la poussière qui re- l’époque !), des
une conversation entre deux couvre les souvenirs avenues désertes
personnes perdues dans leurs qu’on a peut-être comme si c’était le
pensées qui se coupent la paro- inventés. couvre-feu en plein I le, laissent leurs phrases en sus- Dans ses nouvelles, soleil, des voisins
pens, mêlent souvenirs anciens et il y a des cantatrices avec « un nom
récents. Au début, vous avez du mal frivoles, les talons d’Europe centrale
à suivre. Lorsqu’elles réfléchissent d’une mère qui ré- saupoudré
d’innomsur le monde, vous pensez à Ionesco, sonnent dans un brables
consonà Kafka ou à Kundera. Renonçant à couloir le soir, des nes ».
saisir tout ce qu’elles disent, vous bains de mer, un Les textes sont
vous laissez porter par leur voix, perroquet qui s’ap- émaillés de
réfévous les écoutez avec une attention pelle Ulysse. rences. Voici
La passive et précise : alors des histoires Dans des hôtels aus- La Mangeuse d’huî-«
et des personnages se dessinent et si vides que celui du tres de James Ensor, musique
vous vous surprenez à les aimer. Silence de Bergman le rituel qui consis-que
Quand elles auront fini, vous vous se croisent des per- tait à regarder
chaj’entendais repasserez la bande de la conversa- sonnages interlo- que Noël Docteur
Jition que vous avez enregistrée. Et là, pes, des Roumains vago en VHS, la dans
miracle. Un monde, leur monde et aux revenus indéfi- découverte de Re-le noir était
leur vision du monde, apparaît et nis. Et ce couple de becca au cinéma
de couleur vous parle. Voilà l’effet que produit la suite 501, est-ce Le Rialto.
la lecture de ce roman de la grande que ça n’était pas les Cette galerie de fan-bleue
Des habitants de auteur polonaise Hanna Krall, le La narratrice se montre d’abord Cette notion d’attente, récurrente, se Windsor ? tômes - « la fantas-et avait Szczecin, dans le nord deuxième qu’elle a écrit, paru condescendante envers Celina, son nuance au fil du récit, se retourne à la Cela se passe sou- magorique légion
la douceur d’abord à Londres en 1987, enfin tra- héroïne, qui s’essaie à l’écriture. fin lorsqu’elle lit Simone Weil. « Le de la Pologne, pendant vent pendant la d’oubliés que compte
l’état de siège, duit en français. Avec ses gros mollets de paysanne, temps est l’attente de Dieu qui mendie guerre, dans des toute ville de provin-d’une
en décembre 1981. Ces deux personnes sont comme elle la verrait mieux entonner des notre amour » ; « l’humilité dans l’at- époques troublées. ce » - envoûte. Llop femme
M. Czasnoj C/Foru M/la narratrice et l’héroïne du roman, chants patriotiques ou communistes. tente nous rend semblables à Dieu ». Les militaires a un ton, une oreille.
qui n’est complices et rivales. La première Mais la voix des deux femmes finira Celina avait l’habitude de remer- Bridge Man i M veillent. L’ombre de « La musique que
nous montre la façon dont elle in- par s’accorder à mesure que Celina, cier le Créateur dès l’aube et mettait Franco plane sur ces j’entendais dans le heureuse
vente son personnage, en s’inspirant qui a 47 ans en 1984 quand elle prend un point d’honneur à ne rien lui pages qui sentent le noir était de couleur que
de sa propre vie. La seconde écrit el- la plume, gagne en assurance - grâce demander. Il va devenir son « In - grenier et la perdi- bleue et avait la
doulorsqu’elle le-même une sorte de journal médi- à sa liaison avec un vieux professeur terlocuteur » après qu’un ancien tion. Le passé de ceur d’une femme qui
tatif adressé à un enfant dont elle d’anthropologie. Celina s’était tou- communiste qui redécouvre son ju- certains n’a pas été n’est heureuse que ment »imagine qu’il le lira dans trente ans. jours sentie indésirable. Elle laissait daïsme, personnage complexe com- forcément très glo- lorsqu’elle ment. »
« Un livre est comme une arche bibli- les autres prendre les décisions à sa me les affectionne Hanna Krall, lui rieux. Llop a une fascination Une Allemande déclare : «
Aique où l’on se doit de sauvegarder place. Une passi vité et un manque de dira de Jean Paul II qu’« il ne prie pas pour les détails, une carte de mer me rapproche de la
mécertains détails pour la postérité » : à combativité qui pouvaient être aga- comme les autres, il Lui parle, il prie visite au nom de Jean Monta- chanceté. » Toute cette
cohorLes fenêtres
ce sujet, la narratrice et l’héroïne çants. Mais on comprendra que sa comme les vieux juifs qui n’avaient pas gue Hazard, un volume de te de silhouettes remontent à De Hanna Krall,
la surface. «Ces phrases dé-sont d’accord. Rappelons que Hanna posture n’était pas que négative. honte de Dieu ». Jouhandeau acheté dans une traduit du polonais
Krall, juive, née en 1935, a survécu à Parallèlement, grâce à un jeune librairie avenue de la Grande- cousues s’accumulaient pêle-par Margot Carlier, Dieu comme la guerre cachée dans une famille et homme qui lui raconte que les In- Armée, une mosaïque où est mêle dans ma mémoire, comme Noir sur Blanc,
« Interlocuteur »que son père et ses sœurs ont été ex- diennes laissaient des imperfec- inscrit Nitrate du Chili (« Je s’accumulent les objets dans la 160 p., 18 €.
vitrine d’un brocanteur. » terminés. Pourtant la narratrice dé- Au fond, elle était comme un enfant tions dans leur tissage pour que savais où était le Chili grâce
clare d’emblée qu’elle voudrait que qui se sent impuissant, observe à la l’âme puisse passer à travers, Celina aux cartes postales de ma En espagnol, Modiano se dit
ce roman soit écrit sans les mots juif, dérobée, trouve que ceux qui préten- affine son art. Un jour où elle pho- mère. Mais j’ignorais si Nitrate José Carlos Llop.
guerre, polonais, allemand. Elle dent décider le font rarement à bon tographie son vieil ami juif attablé était une ville, un parfum ou le
n’aime pas les généralités, les visions escient, se dit que pour ne pas ajouter seul pour Pessah, la porte ouverte nom d’un cheval»).
héroïques, les grands mots exaltés, du mal au mal, il vaut mieux se tenir afin que le prophète Elie puisse en- Le narrateur est souvent un
les foules, les certitudes. Elle veut en retrait, ne rien espérer. Ce regard trer, elle lui dit : qui sait, sur la pho- enfant, un voyeur qui n’ose le roman du siècle
donner à voir le monde entier dans d’enfant, inconvenant, fera d’elle to, « nous verrons peut-être le pro- pas fermer les yeux dans son De José Carlos Llop,
des détails. Elle est comme Hanna une artiste photographe reconnue. phète Elie à côté de toi ». Dans Les lit. Plusieurs textes embar- traduit de l’espagnol
Krall, grande figure du reportage lit- Au début du roman, assise sous Fenêtres d’Hanna Krall, tableau de quent pour l’étranger, Afrique par Jean-Marie Saint-Lu,
téraire, qui s’est fait un nom en ra- une véranda et contemplant une la Pologne de 1940 à 1984, l’Invisi- ou Amérique du Sud. Éditions Do,
contant la vie d’anonymes dans la berge où des pêcheurs patientent, ble est silencieusement présent. Dans la jungle, un gramopho- 142 p., 17 €.
Pologne communiste. Celina se targue de ne rien attendre. Miraculeux. ■
Petit traité Un libraire qui en connaît un rayon
du L
De Shaun Bythell,
traduit de l’anglais Shaun Bythell Bouquiniste, l’auteur décrit les clients qui fréquentent
(Écosse) par Laurent
Cantagrel, sa boutique. Un récit savoureux.
Éditions Autrement,
160 p., 12 €.
sept catégories, un jeu des sept fa- traité en quête de compagnie, cet au- trouve, entre autres, le fureteur libi-ANtho Ny P ALou
apalou@lefigaro.fr milles cocasse et caustique, en latin de teur autoédité qui cherche à caser ses dineux qui vient « sous prétexte de
cuisine. Dans celle de l’Homo peritus ouvrages sur les rayons, ce voyageur s’intéresser aux livres anciens, mais
IBLIOPHILE, misanthrope (l’expert), il y a l’espèce Homo doctus qui sait tout sur tout ou encore ce gé- (qui) ne tarde jamais à aller musarder
sympathique et propriétai- (le spécialiste) : « Ce type de personne néalogiste spécialiste en livres an- dans le rayon littérature érotique ». Et
re d’une librairie dans une entre dans une librairie sans autre mo- ciens. Ethnologue de sa boutique, puis, des gens presque ordinaires, oui
petite bourgade du sud- tif que de faire au libraire une conféren- Shaun Bythell observe ce petit monde ça existe : un Parentes lassi (un parent Bouest de l’Écosse, Shaun ce sur un sujet quelconque de son do- drolatique. « Bonjour, je cherche un li- exténué), un Homo reprobans (un
râBythell a déjà raconté les tribulations maine de prédilection, quel qu’il soit, et vre bleu », dit celui-ci. « Je peux vous leur), un Homo vestimentis strictis
de sa vie de bouquiniste dans Le Li- éprouve un plaisir singulier quand son assurer sans l’ombre d’une hésitation amictus (un porteur de Lycra) ou un
braire de Wigtown (Autrement), tra- interlocuteur n’y connaît absolument que Tarquin, qui vient de fêter ses qua- Homo sternuens (un renifleur). Avec
duit dans plus de 20 langues. En mars rien, comme cela arrive presque tou- tre ans, n’a AUCUNE envie de lire un humour so scottish, Shaun Bythell
2020, au début du premier confine- jours. » Guerre et Paix », dit, eh, eh, un père épie ces amateurs de papier sans
ment, lorsque les librairies écossaises Parmi les lecteurs repérés, ce fada ambitieux. lesquels il reconnaît qu’il serait au
Ethnologue de sa librairie, baissent le rideau de fer, il décide de de SF et ces parents qui prennent le Une panoplie d’énergumènes tra- chômage. Le sous-titre français du
Shaun Bythell observe ce petit « mettre au point une sorte de taxino- rayon jeunesse pour une garderie. verse ce récit facétieux, de drôles livre ? Un libraire raconte ce que le
mie » de ses clients : ceux qu’il appré- Aussi ce flâneur qui se protège de la d’oiseaux, flatteurs ou irritants, vôtre pense (peut-être) tous bas. Sa- monde drolatique.
Ben Please/ editions autreMentcie, ceux qu’il évite. Il les classe en pluie (la librairie est un refuge), ce re- passe-muraille ou excentriques. On y voureux. ■
A
Selva/ leemage
ecteur
ages
le figaro jeudi 29 avril 2021
3La poésie selon La jeunesse mari. Elle raconte les aventures « Ce livre est une
autobiogramatrimoniales de 25 hommes, phie ambulante, un tour du globe Gérard Macé d’Alejandra PizarnikÇÀ Du Guesclin, d’Artagnan, le grand des années 2010, une balade à Le 13 mai, la collection « Folio » Les Éditions Ypsilon viennent de
Condé, le Montespan, l’archiduc travers cinq continents, une publiera un ouvrage inédit de publier le passionnant Journal de
François-Ferdinand, etc. Une fa- trentaine de pays et mille situa- Gérard Macé, La Pensée des jeunesse de la poète argentine &LÀ
çon de s’interroger sur l’éternel tions. » Ainsi Julien Blanc-Gras poètes, où l’on retrouvera Bau- Alejandra Pizarnik (1936-1972),
Les maris de masculin… (Éditions Perrin, en li- présente-t-il son Envoyé un peu delaire, Reverdy, Apollinaire, admirée par Borges, André
BreJuliette Benzoni brairie le 10 juin.) spécial que vient de publier Tsvetaïeva, Desnos et une ving- ton et Yves Bonnefoy. Cet inédit
Le prochain livre de Juliette Ben- Stock et qui nous emmène de taine d’autres écrivains, sous de 360 pages, traduit par Clé- Critiquezoni s’intéresse à des personna- Le globe-trotteur Kinshasa au Kansas, en passant forme d’anthologie poétique en- ment Bondu, couvre les années
Julien Blanc-Graslités historiques dans leur rôle de par le Népal. richie de commentaires. 1954 à 1960. Littéraire
Défaut de carburant
Un garçon romantique Adeline Dieudonné Le nouveau roman
de l’auteur de « La Vraie Vie » est décevant.Philippe Bordas La liberté réinventée dans les bras d’une femme.
vent au même moment au même Laurence caracaLLa
endroit, mais n’ont d’autre point
commun que leur inhumanité, leur Séba Stien Lapaque
slapaque@lefigaro.fr CRIRE un deuxième ro- cruauté, des « affreux, sales et
méman, Adeline Dieudonné chants », diraient les Italiens, qui
L PARUT un cheval noir, le sait, n’est pas une min- ont l’art de faire rire avec des
monset celui qui était monté ce affaire. Surtout quand tres. Mais n’est pas Ettore Scola qui « dessus avait une balance à Éle premier a été un phé- veut et l’humour d’Adeline
Dieula main » : Philippe Bor- nomène de librairie. Quelque donné nous échappe. Idas songeait probable- 300 000 exemplaires de La Vraie Malgré notre goût pour la co -
ment à ce verset de l’Apocalypse de Vie, paru en 2018, ont été vendus et médie grinçante, certaines scènes,
saint Jean lorsqu’il a choisi le titre de on ne compte plus le nombre de prix censées être loufoques, nous
plonson roman : Cavalier noir. Choisi ou qu’il a récolté. « Être attendu au gent dans la perplexité : raconter les
élu, certainement, car ces mots tournant », c’est le lot états d’âme d’une
fempuissamment évocateurs ne s’im- de ces écrivains devant me placide qui se laisse
posent pas par hasard dans l’imagi- prouver à leurs lecteurs examiner l’utérus par
nation d’un artiste. Né trop tard que leur coup d’essai deux gynécologues ob-Kerozene
dans un siècle trop vieux, à une épo- n’a rien à voir avec le sessionnels avant le dé-D’Adeline Dieudonné,
que où les détracteurs des logocrates hasard. jeuner du dimanche, L’Iconoclaste,
prétendent censurer Homère, Dante La romancière s’y at- 312 p., 20 €. d’une nymphomane qui
et Joseph Conrad pour racisme, an- tendait et dit même jo - tue soudain son mari et
timodernisme et homophobie -, les liment qu’elle sentait le jette dans le coffre de
seuls trois crimes aujourd’hui inad- 300 000 paires d’yeux sa voiture, d’une
manmissibles « à l’exclusion de tout le au-dessus de son épaule nequin qui hait les
daureste » observait Guy Debord -, en rédigeant son nouvel phins et rêve de
particiPhilippe Bordas,Philippe Bordas s’est posé ailleurs. que de continuer à emmener un nequin suédois modifié aux ciels ouvrage. C’est donc per à un massacre de
Cavalier noir est le récit de cette grand braquet. d’Afrique » que le narrateur, un cin- et son vélo, symbole avec une certaine impa- ces mammifères marins
de son individualitééchappée belle, depuis l’époque où il À sa panoplie médiévale, l’écri- quantenaire au cœur adolescent, tience que ses admira- dans les îles Féroé, est,
et de sa libertéingurgitait du jargon structuraliste vain associe aujourd’hui l’imaginai- retrouve sur les bords du Neckar, teurs attendaient la sor- certes, audacieux.
personnelle. en classe de lettres supérieures re romantique dans un livre dont dans la cité palatine d’Heidelberg, et tie de Kerozene. Comme
Brutalité jusqu’aux jours heureux de la pu - l’ambition est de provoquer la ren- celui de la langue française, dont il Colle Ction personnelle il aurait été réjouissant
systématiqueblication de son premier roman, contre du fin’amor et de la cheva - s’est fait le chevalier redresseur de d’être enthousiasmé par
Chant furieux : une célébration de lerie sous le regard inquisiteur des torts. ce texte. D’autant que Et, de l’audace, Adeline
Zinédine Zidane en héros d’une satellites de télécommunication. Son vélo ne l’abandonne jamais choisir une station-ser- Dieudonné n’en
manCavalier noirquête arthurienne d’un genre un dans ses tribulations. Cette monture vice comme décor était une formi- que pas. Reste qu’il est difficile de
De Philippe Bordas,Lutte peu particulier. de carbone et d’aluminium est aussi dable idée. Pensez : ce rendez-vous s’intéresser au sort de Victoire, Mo-Gallimard,pour la résurrectionDès cette époque, Philippe Bordas importante pour lui que la veste en obligé de conducteurs hagards, à la nica, Julie, Olivier et les autres. Car 332 p., 21 €.
avait congédié les mots trop usés de Cavalier noir, c’est aussi, c’est sur- peau de serpent du personnage fraî- recherche d’un café revigorant, cet la romancière se noie dans une
brula tribu postmoderne et révélé à ses tout un grand combat contre la dis- chement sorti de centre de correc- endroit étrange où se croisent une talité systématique. Certains y
vercontemporains médusés qu’il « sça- solution du Temps, une lutte pour la tion interprété par Nicolas Cage population bigarrée et anonyme, ront une satire de la violence du
voit parler moult biau françois ». La résurrection avant même d’avoir dans Sailor et Lula de David Lynch : des milieux sociaux éclectiques. On monde, de l’abus de pouvoir des
« décoloration progressive des dra- éprouvé « le terrible choc de l’au-de- le symbole de son individualité et de salivait déjà devant tant de situa- uns, de la soumission des autres.
peaux, des saisons et des amours » là » dont parlait le poète cubain sa liberté personnelle. À sa manière, tions pittoresques à venir. Mais cela ne suffit pas : le recueil
dont se désolait naguère Guy Dupré Lezama Lima. Cette possibilité de le doppelgänger de Philippe Bordas Mais ce roman, si c’en est vrai- part dans tous les sens et nous laisse
n’a pas cessé, la rage de Philippe ressusciter avant d’avoir connu la est lui aussi « fraîchement sorti de ment un, nous parlerons plutôt de perdu. Seul un personnage sort du
Bordas contre la veulerie de son siè- mort est le privilège du poète. Doué centre de correction ». Dans la lu- recueil de nouvelles, est une décep- lot, cruel parce qu’il ne peut faire
cle non plus. Parti sans se retourner, pour retrouver le Temps, Philippe mière et les bras de Mylena, ce gar- tion. D’abord parce qu’on aurait autrement, sentimental et solitaire,
ce cavalier français qui a troqué son Bordas en dispose librement. çon romantique aux tempes grises aimé un lien entre ces histoires, au en un mot terriblement humain et
cheval de tournoi pour un vélo de Son roman est hanté par deux va trouver un trésor : la liberté moins un bouquet final, et qu’il n’y émouvant. Il s’appelle Red Apple. Et
course n’avait pas d’autre possibilité amours : celui de Mylena, un « man- grande. ■ en a pas. Les personnages se retrou- c’est un cheval. ■
Étrange retour aux sources
Thierry Dancourt Une femme a rendez-vous
avec un amant mystérieux dans une station thermale en faillite.
sa rue principale, son église, sa ri-aL exandre Fi LLon
vière et sa fabrique d’embouteillage
d’eau, cerné de montagnes, tout en
UNIVERS littéraire de calme et sérénité malgré les nuits
Thierry Dancourt est va- froides. Là où elle vient retrouver
poreux et ensorcelant. son amant, Franck Delage, qu’elle
Depuis son apparition en surnomme « le passe-muraille ». Un ’L2008 avec Hôtel de Lau- homme mystérieux tout en
dérobasanne, qui lui valut de recevoir le des, en tours et détours. Franck s’est
prix du Premier Roman, cet écrivain installé dans un ensemble hôtelier de
discret n’a cessé d’affiner sa manière quatre immeubles, avec baies
visingulière de faire évoluer ses per- trées, adossé à un centre thermal en
sonnages dans des décors à chaque faillite après avoir accueilli des
colofois particulièrement choisis et soi- nies de vacances. L’imposant
Aquagnés. Promeneur infini d’un Paris lis, on n’y trouve plus qu’un
régisperdu qu’on dirait dessiné par le dé- seur anglais et laconique prénommé
Silen Ce radiofunt Pierre Le-Tan, Dancourt excelle Francis, et un gardien énigmatique,
De Thierry Dancourt,aussi à peindre une province tou- M. Cathomas.
La Table Ronde,jours un peu flottante et hors d’âge.
230 p., 18,50 €.Ambiance cotonneuseAvec le remarquable Silence radio,
il nous entraîne aujourd’hui d’abord Les échos du passé remontent à la
en Suisse. En 1960, Cécile Caprile surface. Ceux d’une vie à Paris pour
regagne la Suisse romande où elle a Franck. Pendant la guerre. Lorsqu’il
grandi. Le lecteur tombe aussitôt ne s’appelait pas encore ainsi. Qu’il
sous le charme entêtant d’une fem- œuvrait pour le service de
renseime mariée à un époux toujours en gnement militaire soviétique. Une
voyage d’affaires. Cécile a travaillé à époque où il était marié à une Per-
Radio Lausanne où elle collaborait à rine Volodine que lui rappelle tant
une émission dramatique puis pour Cécile… Quand il naviguait entre un
une maison d’édition parisienne. appartement à Passy et les quais de
Elle porte une eau de toilette citron- Seine. Il y a des choses qu’on oublie,
née ayant le joli nom d’Adieu Sa- d’autres jamais. Surtout quand tout
RetrouvezlesmotscroisésdevotreFigarodansuneéditionexclusivegesse. Elle fume des Du Maurier, bascule inexorablement… Parfait
prend souvent des comprimés d’Al- metteur en scène et chef opérateur, regroupantunesélectionde100grillessignéesVincentLabbé.
ka-Seltzer. Cécile ne peut laisser Thierry Dancourt pose ses cartes les
personne indifférent avec son sou - unes après les autres. En prenant le
rire « de côté, espiègle, un peu dé - plus grand soin d’installer une am- ENVENTEACTUELLEMENT€luré », sa manière de ramener « in- biance prenante et cotonneuse, en
chez tous les marchands de journauxlassablement une mèche de cheveux passant du présent au passé pour 6,90 et sur www.figarostore.frrebelle derrière son oreille », de nager assembler les pièces d’un puzzle
avec élégance. Après plusieurs complexe. Silence radio est le plus
changements, la dame arrive enfin à abouti des romans de l’auteur de
destination. À Vals. Un village avec Jardin d’hiver et de Jeux de dame. ■
NOUVEAU
Ap
p
jeudi 29 avril 2021 le figaro le figaro jeudi 29 avril 2021
Le petit rince et La 4 5
Pour rendre hommage au héros de l’Aéropostale que fut
Saint-Exupéry, La Poste émet un timbre à l’effigie du
CASABLANCA, 1931 Petit Prince, dont on fête cette année les 75 ans. Ce livre
mythique, paru pour la première fois en 1946, a été traduit
Ma méchante petite femme, depuis en 400 langues et s’est vendu à 200 millions « d’exemplaires. Le timbre a été émis le 12 avril à 720 000 Pourquoi me dites-vous que je rends tout difficile au lieu de rendre
exemplaires. Et, le 21 juin, sortiront 3 millions tout facile ? Pourquoi profitez-vous de l’heure du départ pour me reprocher
d’exemplaires d’un carnet de 12 timbres qui L'événement L'événementun pauvre retard d’un quart d’heure et du poulet trop cuit ?
accompagneront nos courriers dans les airs à travers le
Quand, pendant huit jours, je vais vivre loin de vous avec votre seul souvenir pour m’aider.Littéraire Littérairemonde, comme le fit autrefois Saint-Exupéry…
Ce que révèlentLe Petit Prince
BUENOS AIRES,
NEW YORK, HIVER 194322 JANVIER 1931 ces lettres et sa rose
Petite Consuelo
Chérie, j’ai toujours « chérie, longtemps cachées Thierry Clermon T battre de l’aile, fait chambre à part. « du vent dans le cœur.tclermont@lefigaro.fr La fleur avait pour truc Chacun vit sa vie, mais toujours à
C’est doux de t’écrire. l’ombre de l’autre. Entre-temps, surprise. Olivier d’Agay, qui repré-de toujours mettre françoise dargen T
fdargent@lefigaro.frOILÀ des années pilote d’essai pour Latécoère, sente la famille d’Antoine, évoque Je pensais en regardant le petit prince dans
qu’elle était attendue, Saint-Exupéry a remporté le prix dans la préface le « choc » que lui a par la fenêtre que son tort. C’est pour ça cette fameuse corres- Femina pour son Vol de nuit, préfa- L Y A 90 ANS presque jour pour causé la lecture de cette
corresponj’aimerais bien acheter pondance, enfin ex- cé par son ami et protecteur André jour, le 22 avril 1931 à Nice, se dance. Il nous le confirme. « Ces let-que le pauvre est parti !Vhumée aujourd’hui. Gide. mariaient Consuelo Suncin tres remettent Consuelo au centre, un lac d’été. Je le donnerais C’est pour ça, moi,
Quatorze ans d’échanges intimes, Gide apparaît furtivement dans Sandoval et Antoine de Saint- nous aident à comprendre leur rela-pour elle seule à une petite que je grogne.pour entrer dans le vif du couple cette correspondance, comme IExupéry. Elle, robe de dentelle tion. Il le dit : elle est la chose la plus
fille que je connais. formé par Antoine et Consuelo de d’ailleurs la plupart des personna- Si tu m’avais téléphoné : noire à l’espagnole, lui, en costume importante qui lui soit arrivée dans la
Saint-Exupéry, entre 1930 et 1944, ges que le couple a fréquentés, et sombre, posent l’air grave pour le vie et s’il ne cesse en même temps Pour qu’elle s’y baigne. « Mon petit mari je suis
l’année de la disparition en plein non des moindres : Max Ernst, Jean photographe. « Apporte-moi un d’écrire à d’autres femmes, on ne Alors mon petit lac bien contente de vous ciel de l’auteur de Vol de nuit. Renoir, Jacques Maritain (« Une stylo. Je veux écrire de belles lettres à peut douter de sa sincérité envers
deviendrait riche et C’est à Buenos Aires qu’ils se sorte de saint aux cheveux entendre, c’est très mon Quetzal aimé », lui a écrit Con- elle. » Une parole qui tranche avec
sont rencontrés, à la fin de l’été blancs »), André Breton (traité de merveilleux comme ces suelo quelques jours auparavant l’image que l’on a longtemps col-gentil de travailler… »
1930. Saint-Exupéry, alors res- « con »), Maeterlinck, le couple alors que l’aviateur devait la rejoin- portée de Consuelo qui ne fit jamais grandes coupes claires Ç’aurait été bien ponsable de l’Aeroposta Argen - Werth. On l’aura compris, leur dre dans la maison familiale à Agay. l’unanimité au sein de la famille et avec un seul poisson d’or. paisible.tina, a fait ouvrir plusieurs lignes, à relation épistolaire est centrée S’ensuivra une correspondance des proches de son époux. « Petit
oiTu es plus belle que Greta destination de Rio, Montevideo et sur leur destin commun, sans CASABLANCA, 1931 jusqu’en 1944, date à laquelle dis- seau de proie », disait d’elle Nelly de
Porto Alegre. Il a publié un premier relâche commenté, analysé. paraît l’écrivain-aviateur. C’est Vogüe, amie d’Antoine, qui sous le Garbo, sois plus sage aussi.
roman, Courrier Sud, où l’on peut En 1942, au plus fort de leur cette correspondance croisée, ri- nom de Pierre Chevrier écrivit la Il fait une nuit très lourde. Je crois l’avoir avalée entière, CASABLANCA, AUTOMNE 1943Toniolire le prémonitoire : « Chaque crise, Antoine lui adresse ces che de 160 lettres, que publie au- première biographie de l’homme. « parce que j’ai le cœur gros et qu’il est difficile de respirer.femme contient un secret : un ac- mots : « Votre bonheur, vous jourd’hui Gallimard. On n’y Elle détestait Consuelo qui le lui ren-Vous avez été Mon mari chéri, je n’ai pas d’autre ami qui comme vous cent, un geste, un silence ». D’un an l’avez toujours tenu dans vos croyait plus tant il fut, ces der- dait bien. Il reste que pendant près
sa cadette, Consuelo, mains. Vous n’avez « patiente et sans doute, nières années, difficile de con- d’un demi-siècle, le récit de la vie me comprenez et sachez m’aimer à mon désir.
née Suncin, est une jamais voulu le bâ- cilier les deux familles qui re- du héros mentionna bien une par votre patience, J’ai un grand secret qui me torture. Je vous le confierai :
veuve séduisante, tir sur la confiance représentent la succession de épouse mais ne lui accorda pas une
Correspondan Ce vous m’avez sauvé. je vous aime. Je vous aime Monsieur chéri.native du Salvador, en moi et la fraî- l’écrivain, d’un côté les ayants place très importante, les griefs
1930-1944 « Le Petit Prince » est né petit pays d’Amérique cheur de la vérité. droit de sa famille « de sang », s’étant durcis dès sa disparition.
D’Antoine
centrale célèbre pour (…) Vous n’avez les Giraud-d’Agay, de l’autre de votre grand feu et Consuelo Un climat apaiséses volcans. Elle a jamais voulu de ceux de Consuelo, en l’occur-de Saint-Exupéry, de Bevin House,
vécu en Californie, au ce bonheur que je rence José Martinez Fructuo- Lorsque Saint-Ex fut déclaré mort Gallimard, ma certitude présente Mexique et à Paris rêvais de vous so, son secrétaire, qui hérita pour la France en septembre 1945, 324 p., 25 €.
où elle a fréquenté donner. Vous ne de ses biens à la mort de cel- Consuelo réclama sa part d’héritage, En librairie le 6 mai. est née de vos tendres efforts.
l’avant-garde litté- vous êtes intéres- le-ci en 1979. produisant des papiers testamen- Consuelo chérie chérie
raire, et est passion- sée qu’à celui que On se souvient qu’en 2008, taires qui se révélèrent être des faux. « J’ai toujours du vent dans le cœur » tout de vous, je vous le jure née de peinture. Fin vous pensiez la maison d’édition Les Arènes N’ayant pas eu d’enfant, l’auteur du
observateur, Henri “prendre” comme avait été condamnée par le TGI Petit Prince avait désigné sa famille sur mon honneur,
Jeanson la décrira le fruit d’un pro- de Paris à verser 68 500 euros comme dévolutaire des droits sur sera toujours récompensé.
comme « un séduisant cès gagné. Vous de dommages et intérêts et son œuvre et son nom, c’est-à-dire Doss ier Ni avec toi, ni sans toi. La vie conjugale d’Antoine et Consuelo petit animal dont le ra- préférez votre mi- frais de justice à la famille ses deux sœurs survivantes,
Gabrimage valait le pluma- sère de cœur – et d’Agay. Son tort : avoir publié, elle et Simone. C’est Marie de
Saintge. Très amusant, très vous préférez la de Saint-Exupéry fut tumultueuse. La publication de leur correspondance sans lui demander l’autorisa- Exupéry, la mère d’Antoine, qui
intelligent, très vif, séparation totale, tion, des lettres dans Antoine et coupe court aux revendications de
très gazouillant ». au don du climat Consuelo de Saint-Exupéry, un sa bru tout en respectant l’autre vo-dévoile à quel point l’écrivain était attaché à son épouse, qui lui inspira OUJDA (MAROC),
Coup de foudre dès simple, du respect amour de légende, ouvrage coécrit lonté de son fils : que Consuelo soit la VERS LE 15 JUIN 1943la première rencon- simple, de la fraî- par Alain Vircondelet et José Mar- récipiendaire de la moitié des droits le personnage de la rose dans « Le Petit Prince ».
tre. Saint-Exupéry lui cheur dont j’ai besoin. tinez Fructuoso. Le tribunal avait d’auteur engendrés par l’œuvre.
écrit d’emblée : « Il était une fois un Vous êtes bête, bête, bête, bête, si argué du fait que cette reproduction Une convention est signée en 1947. Mon chéri ma petite
enfant qui avait découvert un trésor. bête ! » Elle lui répond : « Serez- portait atteinte au droit de divulga- Les d’Agay ont seuls la propriété « femme ma Consuelo,Mais ce trésor était trop beau vous l’ange noir ? » tion post-mortem dont les Giraud- morale de l’œuvre, c’est-à-dire
Il y a trois semaines, passant pour un enfant dont les yeux ne sa- Au fil des années, Consuelo d’Agay sont titulaires. En 2014, c’était qu’il leur reviendra de décider
quelvaient pas bien le comprendre ni les s’était éloignée, alors qu’Antoine, au tour de José Martinez de gagner les seront les œuvres à publier ou à par Alger, j’ai revu Gide.
bras le contenir ». Une première toujours en quête d’une « entente une bataille judiciaire pour réclamer rééditer. Je lui ai dit que c’était fini
lettre qui ouvre cette passionnante miraculeuse », trouve réconfort et sa part des droits sur des produits dé- À l’époque, Le Petit Prince n’est
avec Nelly, que je t’aimais. consolation ailleurs. Pour autant, correspon dance croisée, riche de rivés du Petit Prince, notamment les pas encore l’un des livres qui se NEW YORK,
quelque 160 missives, accompa- Consuelo est toujours là qui appa- droits audiovisuels d’une série ani- vend le plus au monde, mais la mé-Je lui ai fait lire ta lettre. FIN DÉCEMBRE 1941,
gnées d’illustrations inédites. Dans raît dans Terre des hommes, en mée lancée par les d’Agay. Le tribu- moire de l’écrivain de la famille est Il m’a dit : 4 HEURES DU MATINson livre de souvenirs, publié après 1939 : « Je revois les yeux de ma nal l’avait cependant débouté dans sa déjà jalousement protégée. « Jusqu’à
« C’est extraordinairement femme. Je ne verrai rien de plus que sa mort, Mémoires de la rose, Con- demande de cotitularité du droit mo- la fin des années 1980, Antoine faisait
suelo notera : « Lui, le Chevalier ces yeux. Ils interrogent. » ral réclamée depuis le début des an- l’objet d’un culte que se disputaient émouvant. » Tonio,
Volant, m’offrait tout, son cœur, Éclate la guerre, vient le temps nées 2000, décision réaffirmée depuis les femmes, mon arrière-grand-mère « Si tu savais ce que je regrette Parce que, un jour, son nom, sa vie. Il me disait que sa de l’exil. Fin 1941, elle rejoint son en cassation à l’issue de deux procès Marie (morte en 1984), ses sœurs
Gale plus, Consuelo ? « Chevalier Volant » à New York, je t’ai vu une larme vie était un vol, qu’il voulait m’em- en appel. C’est ce contentieux autour brielle et Simone, Nelly de Vogüe…, se
porter. » où il s’est établi un an auparavant. C’est de ne pas vous avoir du droit moral qui empêchait toute souvient Olivier d’Agay, qui ajoute : qui venait de très loin,
Et au cœur de l’été 1942, en pleine forme de publication. « Consuelo, on la voyait de temps en dédié « Le Petit Prince ».du pays où tu dors, Volage et capricieuse tempête sentimentale, survient le NEW YORK, 29 OU 30 MARS 1943 « Cela faisait très longtemps qu’on temps jusqu’à sa mort en 1979, un
de là où tu souffres, miracle de la paix retrouvée, sur la Suivront donc quatorze années en parlait. José Martinez souhaitait personnage dans le paysage familial.
d’une relation aussi intense que côte nord de Long Island, à North- que la correspondance soit publiée Je fais aujourd’hui la distinction entre de là où tu te caches, Voyez-vous Consuelo, j’ai 42 ans. J’ai subi un tas d’accidents.
tendue, houleuse, faite d’exal- port. C’est là, sous les yeux et l’ins- chez nous, souligne Alban Cerisier, mes souvenirs d’enfant et mon regard j’ai connu l’amour. « Je ne puis même pas me jeter en parachute. J’ai deux jours tations, de ruptures, comme si le piration de Consuelo, avec la bien- éditeur et spécialiste de l’œuvre professionnel (en tant que directeur
J’ai su que je t’aimais. veillance du fidèle Denis de sur trois le foie bloqué. Un jour sur deux le mal de mer. couple ne pouvait ni se séparer ni chez Gallimard. De part et d’autre, je de la succession, NDLR). Il n’en reste
vivre ensemble. C’est ce qui trans- Rougemont, que naîtra Le Petit n’ai jamais senti de prévention parti- pas moins qu’il m’est difficile de rap-J’ai su aussi toute Une oreille qui, à la suite d’une fracture au Guatemala,
paraît dans ces échanges dont le Prince. Elle en sera la rose. Pour culière sur le principe de la publica- procher la Consuelo de 1944 qui écrit l’amertume de l’amour bourdonne nuit et jour. Des soucis matériels immenses.
foyer principal est la conception autant, Consuelo n’en sera pas la tion de cette correspondance, mais il ces très belles lettres de celle que j’ai
dans une larme, Des nuits blanches usées contre un travail que les angoisses dédicataire, et son manuscrit, il et la naissance du Petit Prince, à fallait régler le contentieux sur le connue ».
New York, en 1942, le temps d’une l’offrira à son amante new-yorkai- dans une seconde. droit moral. Je voulais vraiment une Aujourd’hui, les deux parties non épargnées rendent plus difficiles à réussir
exceptionnelle éclaircie conjugale. se, Sylvia Hamilton, à qui il confie : correspondance croisée, c’est impor- évoquent un climat apaisé, propice à que le déplacement d’une montagne. Je me sens tellement las !
Consuelo est volage et capricieuse, « Un être humain vaut ce que vaut le tant pour ce couple-ci. » Un couple la tenue de projets communs dont
jardin que l’on y trouve. » Des mots Antoine toujours aussi tourmenté, bien particulier que celui-là, établi une exposition à la Sucrière de Lyon
absent, naïf. Les deux sont pour- qu’il aurait pu adresser à Consuelo. dans un mariage « marqué par l’ins- qui doit ouvrir ses portes dès que les
tant indispensables l’un à l’autre. Neuf mois plus tard, alors qu’il tabilité, la tension constante entre mesures sanitaires le permettront.
En détail, cette correspondance est en mission au Maroc, il écrit : l’absence et la présence, le retour et « La correspondance est un symbole
« Si tu savais ce que je regrette le nous rejoue la vieillerie romanes- l’éloignement… Et un territoire oniri- de notre rapprochement. Notre
intéque qu’est l’amour. À savoir le plus, Consuelo ? C’est de ne pas vous que bien à eux », écrit Alban Cerisier rêt est que l’on parle de Saint-Exu -L’aviateur et l’alpiniste, une formidable histoire d’amitié
Tou Cher le C désir, l’absence et l’attente, l’in- avoir dédié Le Petit Prince. » Elle dans la préface. Les lettres révèlent péry », conclut Olivier d’Agay en
De Bernard Bonnelle, quiétude et les déceptions, les lui répond : « Une grande consola- d’anecdotes savoureuses, Bernard Ex, à l’âge de 44 ans, après une ex- fant, de leurs amours, enfin celles Jean Prévost ou à Pierre Dalloz. Il bres la bonne gauloiserie. » Le que Le Petit Prince est né en 1930 gestionnaire diplomate. Pour Mar- mohammed aïssaoui
Arthaud, maissaoui@lefigaro.frtion dans ma solitude, c’est votre peines de cœur, les jalousies et les Bonnelle raconte une histoire pédition en vol qui s’est soudain d’Antoine surtout, etc. Des ex- faut raconter la création du « GB », « GB » se réunissait dans l’hôtel dans la première missive échangée tine Martinez, qui gère aujourd’hui
234 p., 19 €.soupçons, les soucis de santé, les première grande lettre, où vous me d’amitié exceptionnelle. Comme achevée sur les côtes marseillaises – ploits d’Henry (chef de la première qui rassemblait des anciens du particulier de la famille Vilmorin, par les amants et qu’il fut écrit en la succession avec ses deux enfants,
serments solennels et les repro- dites si tendrement combien tu re- LS AVAIENT dix-huit ans dans les meilleurs contes, tout c’était le 31 juillet 1944. Sur la fiche expédition française en Himalaya Groupe Bossuet, où ils avaient pré- tous étaient amoureux de Louise, 1943, abreuvé par « l’humaine aven- l’enjeu se joue aussi sur le terrain
ches, les remords et les suppli- grettes de ne pas m’avoir offert Le quand ils se sont croisés oppose les deux protagonistes. de mission, il était indiqué, en an- en 1936…). D’une ja lousie amicale, paré - vainement - le concours dite Loulou. Elle se fiança avec An- ture » de ce mariage hors norme. de l’honneur. Elle évoque une
vériPetit Prince, pour m’asseoir bien cations. Antoine est par monts et pour la première fois, au ly- D’ailleurs, le livre est sous-titré glais : « Pilote n’est pas retourné. aussi. Le Petit Prince était dédié à d’entrée à Navale. Les premiers toine, malgré « sa bouille de Pierrot Il a fallu d’abord reconstituer le table réhabilitation pour cette
fempar vaux, entre ciel et escales : Al- protégée dans la traîne de ton cée Saint-Louis, boulevard « l’amitié malgré tout ». Présumé perdu. Pas d’images ». Léon Werth, « le meilleur ami que membres furent Olivier de Vilmo- lunaire »… Leur histoire n’a pas corpus de lettres précieusement me qu’elle n’a jamais connue.
ger, Casablanca, Toulouse, Saint- rayon, je crois que tu m’as dit vrai, ISaint-Michel, dans le Quar- C’est vrai, on se demande j’ai au monde ». Henry de Ségogne rin, Élie de Vassoigne, nommé fru- duré mais la nouvelle avait fait conservé par Consuelo mais souvent « Consuelo a souhaité pendant une
Une jalousie amicale Raphaël. Il l’appelle « Ma Pimpre- je pleure d’émotion, j’ai si peur tier latin. Antoine de Saint-Exupé- comment ces deux garçons ont pu en fut blessé. Est-ce pour cette rai- gal intendant, Bertrand de Saus - l’effet d’une bombe au sein du non daté. « C’est comme un puzzle. grande partie de sa vie que la
corresd’être exilée de ton cœur… » Dans la nelle », « Petit poussin chéri », ry et Henry de Ségogne. L’aviateur se lier. Née par hasard, leur amitié C’est peu de dire que le défi d’em- son qu’il qualifiait le fameux conte sine, secrétaire archiviste. Saint- groupe. Tout à coup, les lettres se mettent à pondance soit publiée. Ses lettres
« Plume d’or », « ma petite femme même lettre, il avait ajouté : « Con- et l’alpiniste. L’homme à « l’ac- avait prospéré sans raison, comme brasser une amitié aux mille facet- de « monument de niaiserie ». Pas Exupéry avait été admis à titre de Antoine, Henry : quelque chose leur place dans le temps. L’histoire se prouvaient ce qu’elle ne cessait de
un peu folle ». Elle lui donne du suelo, toutes nos disputes, tous nos coutrement hétéroclite » et le du chiendent, et leurs innombrables tes était difficile à relever. Bernard rancunier, Antoine lui dédicacera poète sentimental et comique, il y de profond unissait ces amis dis- précise et on découvre le rôle de Con- dire, qu’elle avait joué un rôle dans la
« Tonino », « mon horloge de litiges sont morts. Je ne suis plus dandy… Dans un récit à la fois chamailleries au long de leurs vingt Bonnelle s’en sort admirablement. Terre des hommes, « au premier de avait aussi Honoré d’Estienne semblables. « Pour Antoine, l’avia- suelo, explique au Figaro Mar tine création du Petit Prince. De cette
hisqu’un grand cantique de reconnais- sable », « ma couleur de demain ». sacrément bien renseigné - avec années de compagnonnage n’ont Il parle de la jeunesse des deux, des mes amis ». d’Orves, cousin germain des tion avait été comme la montagne Martinez Fructuoso, l’épouse de toire, elle sort par la grande porte, Le
Après les noces de coton et celles sance. » ■ des lettres et des documents in- fait que la renforcer. Cette amitié milieux desquels ils sont issus, de On en croise du beau monde Vilmorin. L’objet de leur associa- pour Henry : une élévation au-des- José Martinez aujourd’hui décédé. Petit Prince, et dans ce livre, il n’y a
de cuir, le couple commence à édits – et emplie d’empathie et n’a cessé qu’avec la mort de Saint- la politique, de leurs rêves d’en- dans ce Toucher le ciel. On songe à tion ? « Favoriser parmi ses mem- sus des médiocrités. » ■ Elle n’est pas la seule à avouer sa qu’une femme. » ■
A
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jeudi 29 avril 2021 le figaro
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Fioretto pastiche le Goncourt 2020 on en
Pascal Fioretto a une telle répu- pas passer à côté du phénomé- « la punkitude apaisée » ; Aurélie dont il s’inspire. Beau joueur, ce parle
tation qu’on le désigne souvent nal Goncourt 2020, L’Anomalie. Valognes, « prodigue de maxi- dernier sait qu’être pastiché,
comme « le roi du pastiche ». Il a Au lieu du vol Paris-New York de mes lénifiantes qui font du c’est entrer dans la cour des
fait rire avec à peu près tous les Le Tellier, il a choisi Paris-Brive- bien » ; Sylvain Tesson, « qui tout grands. Il en a été tellement « L’Anom ALie du tr Ain 006 »
célèbres auteurs français, de la-Gaillarde, en train… Les pas- voyage en solitaire accompagné heureux qu’il signe la préface de s’inspire de « L’Anom ALie », m Ais se
Asse d Ans Le tr Ain pA ris-Brive. Marc Levy à Michel Houellebecq sages ont pour noms Emmanuel d’une équipe de reporters » ; Joël ce pastiche ! L’Anomalie du train
Hervé Le LLier, Heureux de ce Histoire en passant par Christine Angot Carrère, « en pleine reconstruc- Dicker, « en quête de vérité 006 sortira le 17 juin, chez
HeroA He, A signé LA préf Ace !
(sa victime préférée). Il n’allait tion de soi » ; Virginie Despentes, comptable ». Et Hervé Le Tellier, dios. Moha MMed Littéraire
L’Autriche, cœur de la Mitteleuropa
Hélène de Lauzun La longue histoire d’un pays qui fut à l’avant-poste de la civilisation occidentale.
Seul subsistera le cœur d’origine de l’aveuglement des Républicains Jacques de aint-Victor
jdesaintvictor@lefigaro.fr cette étonnante histoire impériale, français, farouchement hostiles à ce
Histoire
la petite Autriche des fondateurs, « bloc catholique ». Hélène de Lau-de l’Autric H
IL EST une leçon à tirer non pas les Habsbourg, mais une zun nuance cette thèse, sans la re- D’Hélène de Lauzun,
de l’histoire énigmati- dynastie aujourd’hui méconnue, les pousser entièrement, en rappelant Perrin,
que et millénaire de Babenberg, premiers margraves aussi les hésitations de Charles, ’ 440 p., 24 €.
l’Autriche, c’est celle de d’Autriche dont Hélène de Lauzun l’héritier de François-Joseph. S la très grande vitalité rappelle qu’ils auraient quelques L’autre mérite de son livre est
des « nations ». Là où les empires liens avec les Capétiens. d’insister sur la période
postérieutrépassent, les espaces nationaux, re à l’effondrement de la double
Rempart contre eux, survivent aux vicissitudes his- monarchie, histoire souvent
négliles Turcstoriques. Car l’ancien margrave gée. Après 1919, que devient
l’Aud’Austria, comme l’évoque pour la L’histoire de l’Autriche que propo- triche, « ce qui reste », comme
dipremière fois une Histoire des Lom- se cette jeune et brillante histo- sait ironiquement Clemenceau,
bards rédigée dans les années 780 rienne offre l’insigne mérite, outre une petite République qui essaiera
au Mont-Cassin, va devenir le puis- l’agrément d’une parfaite maîtrise d’instrumentaliser le catholicisme
sant empire de Charles Quint qui synthétique, d’engager une ré- contre l’Allemagne nazie ? On est
était déjà « multiculturel » avant la flexion sur le rôle majeur de l’Eu - surtout très intrigué par la vie de ce
lettre puisqu’on prête au grand em- rope centrale dans la lutte civilisa- territoire après 1938, lorsque l’Au -
pereur ce mot célèbre : « Je parle tionnelle contre l’Empire turc. À triche disparaît entièrement à la
espagnol à Dieu, italien aux femmes, partir de Soliman, Vienne devien- suite de l’Anschluss (seul le
Mexifrançais aux hommes et allemand à dra pour deux siècles, comme elle que protestera contre cette viola-
mon cheval .» Autant dire que l’es- l’écrit, « l’avant-poste de la lutte tion des traités). N’y avait-il que
pace germanique n’était pas au contre les Turcs » soutenus en par- 60 000 Autrichiens à applaudir à
centre de ses préoccupations. Ce fut tie par la France. Vienne l’arrivée des troupes de
surtout son fils Ferdinand, qui se Car l’Autriche fut, depuis Charles Hitler, comme l’affirma en 2008
passionna pour la nouvelle monar- Quint, l’ennemi héréditaire de la Otto de Habsbourg ? Combien
chie danubienne. Couronne capétienne et elle semble d’Autrichiens ont réellement
réeAu XVIII siècle, avec le règne l’être restée même après le retour- sisté ? Hélène de Lauzun rappelle le
brillant de Marie-Thérèse puis du nement des alliances sous le règne nombre incalculable de suicides
premier ministre Metternich, l’Au- de Louis XV. Ce fut d’abord à la cour qui ont accompagné l’annexion
triche redessinera l’Europe au con- de Versailles, bien avant les haren- hitlérienne.
grès de Vienne, en 1814, puis se his- gères des Halles de 1793, que Marie- Après le second désastre de 1945,
sera à nouveau au rang de « double Antoinette fut désignée sous le so- l’Autriche renaît de ses cendres mais
monarchie » avec François-Joseph briquet de « l’Autrichienne » et ce connaît, depuis les errements
euroet Sissi. Elle rayonnera pendant un dédain trahissait la prévention des péens, de nouvelles interrogations.
demi-siècle mais cette brillante Le Congrès grands du royaume. Ce préjugé per- Cela n’empêche pas Hélène de
Laude Vienne en 1815. construction « Mittel Europa », dont dura après 1789. Dans son célèbre zun de conclure sur les « secrets d’un
Gravure Zweig, Musil ou Roth ont montré la Requiem, François Fejtö prétendait bonheur de l’Autriche » dont les
edu XIX siècle (détail).richesse, s’achèvera dans le désastre qu’en 1919 l’éclatement de l’Empire Français semblent, selon elle, fort
de la Première Guerre mondiale. Costa/ŠCosta/Leemage austro-hongrois aurait été le fruit de loin de saisir la recette. ■
L’éducation sentimentale de Socrate
Armand d’Angour Portrait du philosophe en amoureux par un professeur d’Oxford.Ate in love
D’Armand d’Angour,
traduit de l’anglais lice V tion du verbe « socratiser » qu’il ma- Armand d’Angour tente de démê- - 469 dans les faubourgs d’Alopèce. de l’impétueux Alcibiade, pupille de
adeveley@lefigaro.frpar Silvia Milanezi niait le gourdin et ne se lavait pas… ler le vrai du faux dans un livre d’en- D’Angour se focalise d’abord sur le Périclès. Mais aussi un amoureux de la
et Sylvie Taussig, Des contrevérités, inventions et viron 180 pages. Voilà un vaste projet personnage de Diotime, considéré musique, de la danse et de la poésie. À
Albin Michel, AVANTAGE avec les clichés, Socrate en a fait les frais du- accompli en peu de mots. Est-ce par- comme fictif, derrière lequel se ca- travers l’histoire des guerres
athé272 p., 21,90 €. morts, c’est qu’on peut en rant deux millénaires. Mais il faut dire ce qu’il y avait peu de choses à dire ? cherait Aspasie de Milet, épouse de niennes et des bouleversements
polidire n’importe quoi. Nietz- que son refus d’écrire et sa mort, émi- À en juger le nombre de redites, on Périclès. Pour quelle raison ? Parce tiques, d’Angour montre un homme ’
sche le prouva dans Le Cré- nemment romantique - tout élève de peut le penser. En vérité, comme le qu’elle serait à l’origine de sa philoso- d’action, robuste et pieux, amoureux Lpuscule des idoles en affir- terminale se souvient qu’il but la ci- confesse le professeur de lettres phie sur l’amour et que l’ambition de de sa patrie.
mant que « Socrate appartenait, de guë -, en ont fait un héros, et comme classiques à Oxford, il ne s’agit pas l’auteur est de nous montrer un So- Ainsi l’auteur montre très bien les
par son origine, au plus bas peuple : So- tels, ont construit sa légende. Que re- d’un ouvrage pour spécialistes. Bien crate amoureux. raisons pour lesquelles Socrate devint
crate était de la populace ». Mais on lui tenir pour autant de l’homme ? Le So- que richement nourri d’éléments bi- philosophe, du grec philos, « aimer ».
Homme d’actionpardonne, parce que, même de son crate de Platon n’est pas celui de Xé- bliographiques, le recueil doit se lire Bien que la forme éclatée de ce livre
vivant, Socrate était victime d’infox. nophon qui n’est pas celui d’Aristote. comme un essai de vulgarisation. Voilà qui est intéressant. Dans ce siè- interroge, le fond du propos de
Aristophane, dramaturge et contem- Qu’on relise l’Apologie de Socrate, le Étonnamment, le portrait de So- cle de la Grèce classique, on redécou- d’Angour reste captivant et offre une
porain du philosophe, le décrivit dans Phédon et le Criton, le philosophe est crate ne commence pas par sa nais- vre un homme qui eut un amant du jolie mise en bouche pour espérer
Les Nuées comme un sophiste impie janusien, tantôt d’une ironie cin- sance, mais par une scène du Banquet nom d’Archélaos ; un mari qui eut comprendre celui qui, comme le
et immoral tandis que, dans Les Oi- glante, tantôt d’une drôlerie bien- - il faut attendre la page 175 pour en- deux épouses et trois enfants ; un pensa Cicéron, « fit descendre la
philoseaux, il sous-entendit par l’inven- veillante. Alors ? fin apprendre que Socrate naquit en compagnon d’armes qui sauva la vie sophie du ciel sur la terre ». ■
VOUSRÉVÈLELESDESSOUSDELACULTURE
SICILE ÉTERNELLESICILE ÉTERNELLE
Les Les Grecs, ecs, lesRs Romains, omains, lesAs Ar raabes, bes, lesNs Normands, ormands, les sE Espaspagnols gnols l’ont ont conquise. e. Garibaldldi iyay a
débarqué qué pour pour lancer er l’unifiunific cation ion itita allienne.ienne. Des Des plus plus beaux aux templeses de de l’Antiquité Antiquité aux aux mosasaïquesïques
dorées dorées des des cathédrales, es, l’architecture es s’’yy déploie oie avec ec faste, e, transformant ormant églises, es, palais is et et villvillasas
en en scène ène de de théâtre. e. Les Les cinéastes es y yo ont nt trouvé ouvé un un décor or fabuleuxeux et et une une inspirationion ; ;llaam mafiaafi a yy
pratiqueique le ccrimerime selonln lees s règles es d’unun impénétrable ec coodede d’honneur. .CC’’eest st la ppluslus grande ande îlîle ed de e
la MMédédit iterranée, anée, elle es s’’eest st trouvée ouvée au au carrefourour de de notre eh hististoire e:l: laaS Sicile ee est st unique, unique, fascinantinante.e.
LeLe F Figigararo oH Horors-s-SérieSérie luiconsacre un numéro double, magnifiquement illustré, où revivent son
histhistoiroire, se, sees besbea autés, sutés, soon charme incncharme incomparomparablable.e.
LLee FigFigararo Horo Hors-s-Série, Série, «Sicile éternelle », 172 pages.
Retrouvez Le FigaroHors-Série€ €Actuellementdisponible Version digitaledisponibleégalement à 6,9912,90 chez votremarchand de journaux et sur www.figarostore.fr/hors-serie sur TwitteretFacebook
NUMÉRO
DOUBLE
172 pages
A
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d
le figaro jeudi 29 avril 2021
7LE CHIFFRE dE la s Emain EVerlaine est entré dans
Retrouvez sur internet ma vie comme la foudre la chronique
« Langue française »dans une maison fermée.
GuY Go FFETTE, à PRo Po S 555
DE So N « VERLAINE » DANS LA Co LLECTIo N C’est le nombrewww.lefigaro.fr/
« LES AuTEuRS DE MA VIE », langue-francaise de pages des « Lions de Sicile », le premier volume
ChEz BuChET-ChASTEL LE 6 MAI. En vuEde la « Saga des Florio » de l’Italienne Stefania Auci,
MANTOVANI ©GAllIMArd/Op Ale @
à paraître le 6 mai chez Albin Michel. Littéraire
Et aussiDans Diomede,
nous sommes à Latina
(ex-Littoria), Le bestiaire
ville sortie à la fin
de Pierre Lotides années 1930
des marécages pontins Infatigable voyageur au long
infestés par la malaria. cours, l’officier de marine Pierre
Farabola/Leemage Loti (1850-1923) n’aura cessé
de porter un regard attendrissant,
voire compatissant, sur
les animaux, et leur « part d’âme
humaine », selon Alain
QuellaVilléger. Celui-ci nous a concocté
une anthologie du vaste bestiaire
de l’auteur de Pêcheur d’Islande,
a puisé dans ses Journaux intimes,
romans, récits ou articles (parus
notamment dans Le Figaro).
De Tanger à New York, en passant
par Istanbul, le Sénégal, la Guinée,
Tahiti et la Patagonie, on y trouve
phoques, baleines, chauves-souris
(liées à des souvenirs d’enfance),
chameaux, singes et crocodiles,
tortues, papillons nocturnes, une
perruche « étonnamment câline »,
des écureuils gris et une chouette
aux yeux jaunes. Et, plus près de
l’homme : des chats aux « petites
âmes ombrageuses », Le clan des Corleone, sauce pontine
âmes de câlinerie, de fierté
et de caprice », dont sa fidèle
Moumoutte, des chiens errants, Antonio Pennacchi Dans ce deuxième tome de la saga familiale des Peruzzi,
des ânes d’Égypte et
el’auteur poursuit son épopée de l’Italie des petites gens au XX siècle. Magistral. des chevaux.
Également défenseur avant
l’heure de la cause animale,
isAbeLLe spAAk 1904 à 1944 avec, pour départ, Né en 1950, l’écrivain oscille nommé « le Battant » ou « Big Pierre Loti s’était insurgé
l’arrestation du grand-père lors d’abord entre néo-fascisme et ex- Boss » à cause de son membre, et avait dénoncé les maltraitances
NVENTIONS langagières, d’une révolte paysanne. « Le début trême gauche. Ouvrier durant aussi conséquent qu’encombrant, dont ils sont victimes,
« Qu’le mildiou t’étouffe ! » ; d’une longue série d’aventures et de trente-cinq ans, il profite d’une notre colosse est passé de simple condamnant notamment
phrasé populaire, « c’te tête- mésaventures… qui l’obligera à période de chômage pour passer maçon à entrepreneur omnipo- la chasse, « conservatoire
denœud, ouais ! » ; interjec- émigrer avec sa femme et ses seize une licence de lettres, puis enchaî- tent. Nous sommes à Latina (ex- des petites cruautés lâches Itions sonores, « Bodobom… enfants au sud de Rome, dans la ner livre sur livre. Notamment, Littoria), ville sortie à la fin des an- et bourgeoises ».
Ronf ronf … Roârr roârrr… plaine Pontine. » Mon frère est fils unique (2007). À nées 1930 des marécages pontins T.C.
splackf ! », réalisme magique, per- sa parution, Canal Mussolini dé- infestés par la malaria. Un rêve de
Une écriture picaresque D’Antonio Pennacchi, sonnages par centaines, réalité tonne autant par son écriture pica- pierre mussolinien auquel
Diometraduit de l’italien historique entremêlée à la fiction. Comme eux, trente mille person- resque, son souffle jamais relâché de prend sa part.
par Nathalie Bauer, Diomede, d’Antonio Pennacchi, nes originaires de Vénétie, du que par l’expression de sympa- Emporté dans cette Italie des
Globe,est le second volet d’un objet lit- Frioul et du Ferrarais seront for- thies fascistes pas tout à fait ré- petites gens, héros qui varient,
480 p., 21 €.téraire hors norme, une aventure cées d’assécher les marais Pontins glées, dans une Italie qui ne les a trahissent ou se sacrifient pour
vibrante, foisonnante (480 pages), sur ordre de Mussolini. Pennacchi pas réglées non plus. Second volet, leurs idées, femmes fortes ou
fandéroutante, magistrale. dit avoir été missionné par sa Diomede démarre en 1944 pour tasques, on pourrait craindre de
Ayant débuté avec Canal Mus - grand-mère pour écrire cette his- s’achever en 1954, aux prémices perdre le fil, n’y connaissant rien.
solini (prix Strega en 2010), la saga toire - comme elle chargeait cha- du bien-être économique. Entre- Ni à ces événements, ni à l’océan
protéiforme ambitionne de racon- cun d’une corvée, « Toi, tu t’occu- temps, la guerre civile a fait rage de noms, dates, chevauchements
ter un siècle de la famille Peruzzi peras des poules. Toi, du potager. entre les chemises noires et les burlesques, croisements drama -
en plusieurs volumes. Combien ? Toi, des bêtes, de la cuve à rem- communistes, Mussolini est mort tiques, revirements idéologiques
Son auteur n’en sait encore rien. plir ». Mais, avant de s’attaquer à pitoyablement, l’Italie s’est rele- et historiques. Ni au cri de guerre
Canal Mussolini était déjà un livre- sa tâche phénoménale, Pennacchi vée d’un cauchemar. « Crémone, Crémone ». Et
poursomme. Il couvrait quarante ans de renâcle. « Demain, demain ! Éloigne Durant ces dix ans, Diomede tant. Pas une ligne, pas un mot de Le Marabou T, La Perru Che
la vie de ce clan Corleone version encore un peu de moi cette coupe, nous sert de fil rouge. Bâtard des ce miracle transalpin ne nous eT Le Singe De Pierre Loti,
Italie du Nord. Grosso modo de Seigneur. » Peruzzi, rouquin débrouillard sur- échappe. On en redemande. ■ Actes Sud, 328 p., 21,80 €
à 27 ans, est intimidante. Pour
approcher le cœur de l’homme Un petit génie tourmenté
equi a conçu la 9 Symphonie,
Mikaël Ross, auteur et
dessinaMikaël Ross Le récit des tribulations du jeune Beethoven teur allemand, a décidé non sans
audace de raconter les tribula-qui a dû batailler pour s’imposer. tions de son enfance et de sa
jeunesse avec les codes de la BD
en sang, il rentre chez lui, un ap- d’humour, exagérations, gags,
partement pauvre dans une rue bouffonneries, emphase,
caricabourgeoise, et se jette sur le pia- tures, onomatopées. En jouant
no où sa fureur, son humiliation sur les contrastes du
tempéraet son besoin de consolation se ment mouvementé de
Beethotransmuent en musique. ven, il en dessine un portrait
Hélas, ses improvisations ne subtil. Le résultat est délicieux,
sont pas du goût des voisins, en- émouvant, drôle, enlevé, féroce
LE RÉCIT commence pendant core moins de son père. Celui-ci, et tendre, plein d’énergie, de
l’hiver 1778, Beethoven a 7 ans, la qui a une modeste charge de mu- mélancolie et d’irrévérence.
campagne qui environne Bonn, sicien à la cour du prince électeur Le récit s’achève en 1795, le Ludwig
et Beethoven, sa ville natale, est couverte de soir où l’un des premiers
concerDe Mikaël Ross, neige. Seul, sur les rives du Rhin, tos de Beethoven, joué à la cour
traduit de l’allemand il va et vient, plein de rêves et de Il trouve refuge de Vienne, fait un triomphe.
par Jean-Baptiste rage, il voudrait soulever les En attendant, que d’adversité il “dans le silence de Coursaud, montagnes, renverser le cours aura surmonté. Doué d’un talent
Dargaud, 196 p., ses rêves éveillés où des choses, commander à la na- inné, le petit Ludwig n’était
19,99 €.
ture. Un peu plus loin, ses deux une musique venue pourtant pas sorti du ventre de
petits frères se courent après, se sa mère tout armé de son génie. d’on ne sait où l’enlève
roulent par terre, se battent à Il a dû travailler, peiner pour le et l’élève hors coups de nom d’oiseaux, l’inter- déployer.
de ce monde dans pellent. Leurs jeux exaspèrent Mikaël Ross nous présente un
Ludwig qui n’a pas la tête à ça. jeune homme om brageux, im-lequel il se sent
Fort de son autorité d’aîné, il les pulsif, indiscipliné, sûr de lui tellement contraintattelle à sa luge et leur ordonne mais terriblement inquiet,
excesde le promener en l’appelant sivement sentimental, torturé ”
« Votre Majesté »… de Cologne et dépense une bonne par des maux de ventre, qui a dû
Surviennent des mauvais gar- part de ce qu’il gagne à la ta - batailler contre lui-même pour
çons qui insultent les fils Beetho- verne, veut exploiter le talent réussir. Mais comme d’autres
ven, en se moquant de leur père, exceptionnel de son fils en le surdoués irascibles, il a été
souun bon à rien. Le petit Ludwig présentant en public comme un Obligé de se soumettre à la que venue d’on ne sait où l’enlè- tenu par l’admiration et le
dévoit rouge, et nonobstant le rap- pianiste prodige. Mais il n’entend férule paternelle, il ronge son ve et l’élève hors de ce monde vouement inconditionnels de
port de force qui joue clairement rien à la musique que compose frein. Il trouve refuge dans les dans lequel il se sent tellement quelques proches. Ludwig et
Beeen sa défaveur, il leur fonce de- l’enfant ; pour lui, c’est du vacar- doux bras un peu tristes de sa contraint. thoven, c’est aussi une très belle
dans tandis que ses cadets se ca- me. Ludwig doit interpréter des mère, et surtout dans le silence L’aura qui entoure Beethoven, his toire d’amitiés. ■
rapatent. Œil au beurre noir, nez partitions, rien d’autre. de ses rêves éveillés où une musi- génial compositeur devenu sourd Astrid de L A A
la BD
de la semaine
MIkAel rOss/dArGAud
A
rmin
iomede
suro
jeudi 29 avril 2021 le figaro
8
L’histoire Jane Austen accusée de boire du thé ?
de la
teurs de thé, de sucre et de co- sonnages boivent du thé ? C’est vanche, dans la mesure où les Un article paru dans le Telegraph semaine a mis la Grande-Bretagne en ton, la famille d’Austen consom- ainsi que le bouche-à-oreille mé- visiteurs posent énormément de
mait des produits de la traite es- diatique a résumé l’affaire, pro- questions sur les rapports de la émoi. La directrice de la
maisonclavagiste. » De plus son père, voquant un tollé. Le musée a pu- romancière à l’esclavage et à musée de Jane Austen y décla-Le musée Jane- austen va mettre
à Jour ses panneaux d’exposition avant sa naissance, avait été ad- blié une mise au point, dont le l’abolition, de nouveaux pan-rait que son équipe était en train
pour mettre en Lien La vie de réinterpréter la vie et l’œuvre ministrateur d’une plantation de Guardian s’est fait l’écho. Il assu- neaux d’exposition informeront
et L’œuvre de La romancière En margE sucre aux Antilles. Jane Austen re qu’il n’est pas question d’accu- le public sur ces sujets. de la romancière à l’aune du con-avec Le contexte co LoniaL.
mise au pilori parce que ses per- ser Austen d’aimer le thé. En re- Astrid de L ArminAttexte colonial : « Comme ache-Littéraire
Frédéric
BrunnquellEinar Kàrason Deux récits
haletants nous embarquent sur les
chalutiers où les marins pêcheurs
affrontent les éléments.
Arn Aud de LA gr A mer recouvrent d’une gangue adelagrange@lefigaro.fr
mortelle le pont, le bastingage, le
gaillard d’avant. Quand les lames
OUR évoquer des es- le bousculent, le bateau alourdi se
quifs bataillant dans la redresse de plus en plus lentement
tempête, on aime à dire et le chavirage menace.
que les marins sont aux Une lutte éreintante s’engage Pprises avec « les élé- contre ce danger qui prend la
forments ». Chez les âmes rêveuses, me « de glacier ou de sculpture de
cet étrange mot presque scientifi- cristal ». Armés de pics, de
pioque n’est pas forcé- ches, de barres de fer,
ment relié à la mer ou de gourdins cloutés de
au vent. Il évoque plu- fortune, les marins
orde tempêtetôt une horde de divi- ganisent un périlleux
De Einar Kàrason, nités plus ou moins relais où ils risquent à
traduit de l’islandais
bienveillantes, domi- tout moment d’être par Eric Boury,
natrices à coup sûr. emportés par une dé-Grasset,
Face à elles, l’homme ferlante. La dramatur-160 p., 15 €.
est ramené à sa taille, gie ne se relâche pas
petite, infime. plus que les
bourrasL’un est un roman ques neigeuses.
L’écriquand l’autre est un ture d’Einar Kàrason est
récit, mais dans ces d’un réalisme
saisisdeux livres cousins, les sant, confinant parfois
équipages des chalu- au précis de grande
pêtiers de haute mer sont che. Le lecteur vibre
peu de chose face aux sous les coups de bou- Dans la tempête, avec
forces de la nature. À la toirs de l’étrave dans la
merci d’une vague scé- lame, s’épuise dans la
lérate, ces montagnes lutte du corps contre la
d’eau imprévisibles qui nature en furie.
se dressent parfois au On pense inévitable- les travailleurs de la mer
ment au Typhon de milieu d’un train de
lames. Leurs vies sont Conrad, avec ce huis
Hommes Fasciné par la mer, suspendues au ronron- clos tragique qui se dé- un film documentaire sur les ma- et les erreurs ne se rattrapent pas ». dans la recherche du poisson qui des tempêtes
Brunnquell navigue nement du moteur roule entre la passerel- rins terre-neuvas, l’auteur embar- On sent chez Brunnquell les gran- boude obstinément l’écran du so-De Frédéric
le, le pont et les coursi- lui-même, cela se sent dans les entrailles du que à Saint-Malo sur le plus grand des références, Jack London ou nar. Plus que le naufrage, il redou-Brunnquell,
bateau. Qu’il vienne à ves. L’ombre du dans la justesse - et vieux - des chalutiers de haute Anita Conti, cette grande dame de te l’échec, le retour les cales vides.Grasset,
et l’humilité s’arrêter et le navire se capitaine Mac Whirr mer français, le Joseph Roty II. Un la mer qui écrivait si joliment : Nul romantisme maritime dans 220 p., 19 €.
des mots. Jean Gaumy/mettra travers à la va- plane sur les mers du monstre d’acier de quatre-vingt- « Quand on remonte le chalut, on ce récit de rudesse et d’épreuve
Nord. Et la marche pe- maGnum Photosgue, au risque de cha- dix mètres, armé par cinquante- remonte l’inconnu .» Et, bien sûr, consentie. Les hommes d’équipage
virer et de disparaître sante du Mafur fait pen- cinq hommes qui pêchent le mer- Joseph Conrad. ne vivent qu’à moitié, coupés de la
dans les noirs abysses. ser à celle du Nan-Shan, lan bleu dans l’Atlantique Nord. terre et de l’ombre des leurs.
FranSi Oiseaux de tempê- ce vapeur qui dans la Parti pour une campagne de cinq çais, Portugais, Polonais, matelots
Quand on remonte tempête tropicale avan-te est une fiction, elle semaines, le bateau va rester deux du pont, de l’usine ou « bouchons
s’épaule sur une histoi- ce « pesamment, comme mois en mer et passer à deux enca- “ gras » de la machine, tous ont leur le chalut, on remonte
re bien réelle, celle une bête épuisée qu’on blures de la catastrophe. Dans cet- histoire et des vies souvent cassées. l’inconnu
d’une tempête dantes- pousse à la mort ». Dans te zone où l’hiver les dépressions Tant que la pêche n’est pas lancée,
Anit A Contiles deux cas, nulle que qui, en février se relaient sans relâche, le Joseph ” ils traînent leur ennui dans les
1959, s’abattit sur des échappatoire. Il faut Roty II se retrouve au cœur d’un coursives en survêtement et
savachalutiers islandais au faire face, « bout à la ouragan, l’une de ces tempêtes Chez le patron du Joseph Roty II, tes, fumant dans leur bannette ou
large du Labrador. Ce lame ». Mais la compa- pour laquelle l’échelle de Beaufort, il y a du Mac Whirr, ce capitaine regardant une série sur l’écran de
raison bute sur une fai-fut l’un de ces mons- qui s’arrête à la force 12, semble taiseux qui par sa seule présence leur téléphone sans réseau. Ils n’ont
tres météorologiques blesse du roman de Kà- manquer de barreaux. prenait « le plus lourd de la tempête qu’une idée en tête, que la pêche
qui défient les prévisions. Le cha- rason. Si la lutte est décrite de Fasciné par la mer, Brunnquell sur ses épaules ». Alain ne quitte soit bonne et, avec elle, la paye.
lutier Mafur a rempli ses cales de manière magistrale, la psychologie navigue lui-même, cela se sent pas la passerelle et son fauteuil de Ce ne sont pas des rêveurs, ce
des combattants n’est que trop ef-sébastes et la campagne de pêche dans la justesse et l’humilité des semi-remorque en skaï noir monté luxe leur est interdit. Et pourtant…
se termine. Les matelots rêvent fleurée. Il manque cette plongée mots. Nous ne sommes pas ici dans sur des ressorts qui couinent au Pourtant ces marins qui n’ont pas
déjà aux lumières de Reykjavik, à dans l’intérieur des êtres, ce qui se l’océan fantasmé et la carte postale rythme du roulis. Dans une main, lu Conrad portent en eux autre
la promesse de draps propres et de joue chez l’homme quand le destin marine. L’univers de ces pêcheurs un joystick et une petite manette chose, le goût des hommes pour
cogne sur le corps et sur l’âme. bras enveloppants. Mais si la ren- « pue, il est trop sale, trop gras, trop qui règle le pas d’hélice. Dans l’au- l’ailleurs et le besoin de fuir
l’ordicontre du courant froid du Labra- Cette condition humaine des rouillé, pas assez glamour ni spon- tre, le bouton du pilote automati- naire. Cette mer qui prend chaque
dor et d’un flux chaud du sud rend travailleurs de la mer, on la re- sorisé pour attirer l’attention », que. Au bout des doigts, la vie de année huit à dix mois de leur vie
les eaux poissonneuses, elle crée trouve peinte avec beaucoup de écrit l’auteur. On entre dans cette tant d’hommes quand le bateau est leur douleur mais aussi leur
subtilité dans le récit de Frédéric aussi les conditions de vagues autre dimension « où tout est plus menace à tout moment d’enfour- fierté. Elle les rehausse. Leurs
exispuissantes. La glace est le grand Brunnquell. Là aussi, les hommes lent, où le rapport au temps change, ner dans un mur d’eau de vingt tences simples sont éclairées par
ennemi. En gelant, les paquets de sont la proie des vents ivres. Pour un espace où les décisions se pèsent mètres. Le capitaine se consume l’aura de ceux qui vont en mer. ■
AVRIL-MAI2021
RomeetCarthage:lechocdestitans
«Ilfaut détruireCarthage »: l’obsession du Romain Caton Flaubertaprolongélesouvenir,entrehistoireetlégende.
résonne encoreàtravers les siècles, et avec elle le fracas du Àl’occasion du bicentenairedelamortdeNapoléon,
plusfameuxdueldel’histoireantique.LeFigaroHistoirerevient Le Figaro Histoire rend aussi hommage àl’Empereur àtravers
sur l’affrontement qui opposa Rome àCarthage au cours des undossierdevingt-quatrepagesprésentantquatrereportages
trois guerres puniques. Comment la rivalité entreces deux exceptionnels.DesonenfanceàAjaccioàsamortsurlerocher
empires pour le contrôle de la Méditerranée se changea-t-elle deSainte-Hélène,leslieuxmarquésparsonpassages’animent
en un conflit impitoyable ?Aquoi ressemblait la civilisation ;l’empreinte éclatante et raffinée dont il marqua le monde
carthaginoise, qu’on disait fondée par la reine Didon et que des arts brille de tous ses feux. Quant aux passionnés de
la défaite finale précipita dans l’oubli ?Qui était le fameux reconstitutionhistorique,ilsfontrevivreàtraverslemondeses
Hannibal,qui franchit lesAlpes avec ses éléphants pour défier batailles héroïques, avec un brio époustouflant et un réalisme
Romeetluiinfligeaunemagistraleleçond’intelligencetactique troublant.Vivel’Empereur!
àlabataille de Cannes ?Aidé des meilleurs spécialistes, Le
FigaroHistoire fait revivreune épopée hors normeetlève LeFigaroHistoire,132pages.
le voile sur la mystérieuse Carthage, dont la Salammbô de
Enventeactuellementcheztouslesmarchandsde
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