Le Point du 07-06-2020

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Français
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Date de parution 07 juin 2020
Langue Français
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L’éditorial de Franz-Olivier Giesbert
Et si Jupiter devenait Hercule?
Le quinquennat de M. Macron est-il déjà terminé ?Il en a maintenant pour des mois à éco per, remblayer, rafistoler. Ce n’est pas une vie, surtout pour un président qui a fêté son élection en fanfare, au son deL’Hymne à la joie.
Si Jupiter veut laisser sa marque dans l’his-toire de France,ce qui est encore loin d’être le cas, il n’a qu’une chose à faire : se métamorphoser en Hercule pour décoloniser les régions, redistribuer les pouvoirs, libérer les territoires.
R id ic u le s , le s « é lite s » p a r is ie n n e s deviennentlesfourriersdupopulismequand, pendant une grande partie de la crise sanitaire, elles traitent de la même façon l’Auvergne et l’Îlede France. Ou quand l’auguste président parisien du pom peux comité scientifique francilien, le professeur Delfraissy, prétend confiner les plus de 65 ans jusqu’à la fin de l’année, voire jusqu’à leur mort.
Au service de l’État ou de leur idéologie, les « désinformateurs », profession en pleine expansion, s’échinent à nous faire croire que, sur le coronavirus, la France s’en sort beaucoup mieux que les ÉtatsUnis de Donald Trump et le Brésil de Jair Bolsonaro. Ils oublient seulement, les farceurs, de rap porter le nombre de morts aux populations globales, ce qui change tout.
En matière d’efficacité sanitaire, nous avons été tout en bas du tableau,avec l’Italie, l’Espagne, la Belgique, la GrandeBretagne. Une sorte d’anti modèle, malgré le dévouement et la compétence de notre personnel médical. Au lieu de continuer à pra tiquer le déni, ce sport national, ne pourraiton pas tirer les leçons du fiasco sanitaire, dynamiter le mam mouth, tout décentraliser et régionaliser, à commen cer par notre système de santé ?
Avec le plus mauvais ministre de la Santé depuis des lustres, le populaire Olivier Véran,produit de ce système et ravi de la crèche qui déconseillait le port du masque il n’y a pas si long temps, on ne va certes pas dans la bonne direction. Or, beaucoup des 30 000 morts français du coronavirus sont les victimes de notre organisation sanitaire cen tralisée, obsolète, caricaturale du tant décrié monde d’avant. Nous leur devons une réforme de fond qui passe par la régionalisation et la suppression de struc tures aussi superfétatoires que tentaculaires.
La crise sanitaire nous a permis de mesu-rer l’efficacité des régions, départements et collectivités territoriales,qui ont suppléé, à tous les niveaux, les monstrueuses défaillances de l’État, notamment pour les achats de masques. Depuis cinquante ans, des livres à succès commeLa Société bloquée,de Michel Crozier, ouLe Mal français,d’Alain Peyrefitte, nous ont décrit une France nécrosée, arrê tée, suradministrée, sans que rien jamais ne changeât.
Si la France va mal,n’en déplaise aux « désinfor mateurs »,c’est parce qu’elle vit,à travers le jacobinisme, sous une gouvernance à irresponsabilité illimitée. Par définition, le fonctionnaire parisien, loin du terrain, n’est pas responsable, encore moins coupable. Les écha faudssontdéjàencoursdeconstruction,maislacondam nation de quelques boucs émissaires politiques, au nom du principe de précaution, ne résoudra rien. C’est le système tout entier qu’il faut remettre en question.
Jusqu’à présent, sur les Gilets jaunes comme sur le Covid-19,le pouvoir a toujours eu au moins une quinzaine de jours de retard sur l’événement, et, apparemment, ce n’est pas près de s’arranger. Alors que la grande vague du coronavirus est passée sur la France, ceux qui nous gouvernent sont comme tétanisés, on dirait qu’ils n’ont toujours pas repris leurs esprits.
Ils ont une excuse : tous les problèmes sont devant eux, « en même temps »,pour reprendre une formule chère à M. Macron. Mais il est temps qu’ils se réveillent. Gouverner, c’est prévoir, trancher, anticiper. Si l’on se réfère à nos voisins, notamment à l’Allemagne, qui s’en est mieux sortie que nous grâce à l’autonomie des Länder, il faut casser les pyramides et décentraliser les décisions. Le président se grandira en redistribuant les prérogatives de l’État. En se hâtant de débureaucratiser la santé, la société. « La France est un pays extrêmement fertile,disait déjà Clemenceau.On y plante des fonctionnaires et il y pousse des impôts. »La crise sanitaire a révélé que nos sols sont épuisés. Même si les choses ne risquent pas de s’arran ger, par les temps qui courent, nos 56 % de dépenses publiques par rapport à la richesse nationale – un record mondial – nous ont précipités dans une sorte de communisme mou, lequel se traduit par la tiers mondisation de certains secteurs de la société.
Alors que l’État semble exsangue après avoir tout pompé,n’estce pas le moment de réfléchir à faire marche arrière ?§
Le Point2493 | 4 juin 2020 |5
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Les infortunes de la censure
es mots de George Floyd, le cou écrasé pendant huit procédures.»ne peut s’arrêter sur sa pente « L’arbitraire , L minutes et quarantesix secondes par le genou d’un affirma Clemenceau en 1915, combattant la censure ad policier de Minneapolis, tournent autour de la planète : ministrative en temps de guerre. « Je ne peux pas respirer. »C’est lui qui suffoque, puis meurt,Ces joursci, c’est Twitter qui expérimente cette machine mais l’Amérique, et derrière elle le monde, n’a pas encore infernale. Le réseau social est partout prié de « modé repris son souffle. rer » ses contenus en raison des flots d’immondices, no Seulement en Amérique, et c’est heureux, cela ne reste tamment racistes, qui y circulent. Ironie de l’époque, le pas secret. La culture de la liberté d’expression et le precompte de Donald Trump est désormais visé. Il fallait s’y mier amendement à la Constitution empêchent d’y attendre, vu le nombre de contrevérités et d’outrances étouffer une telle horreur. La vidéo, les photos ont cir que le président américain y débite. Mais voilà : une en culé dans les médias et sur les réseaux sociaux. La ré treprise privée, Twitter, indique désormais audessus volte s’en est emparée. Avec ses débordements et ses de certains tweets d’un homme démocratiquement élu pillages, certes, mais elle est là. que ceuxci ne sont pas conformes à ses« règles »et en Regardons les images, atroces, de George Floyd en train réduit la visibilité. Comme le réseau social est en posi de mourir : ce sont elles qui ont tout déclenché. Et son tion dominante, ce n’est plus vraiment de la régulation geons que certains souhaitent, en France notamment, d’un espace privé qu’il s’agit, mais bien d’une ébauche bannir des documents qui témoignent des événements de censure privatisée du débat public. majeurs s’ils sont trop violentsMark Zuckerberg, le patron de ou choquants. On publie voFacebook, a refusé, lui, de « mo La liberté d’expression lontiers, chez nous, les photos dérer » le compte du président et vidéos de Floyd le cou écrasé,des ÉtatsUnis. Sage décision. permet la diffusion du pire. mais seraitce le cas s’il avait Pourtant, Zuckerberg est cri Mais une expérience sans été d’ici ? Les images de l’inté tiqué par ses employés. Parce rieur du Bataclan après l’attenque ce que dit Trump est faux, cesse renouvelée montre tat de 2015 n’ont été diffusées injurieux, incendiaire ? Qui en que tout système qui la par personne ou presque. Par juge ? Eux ? pudeur, ou crainte de l’opinion,La liberté d’expression a des in contraint recèle des dangers ou bien de la justice. Certes, il convénients colossaux : elle plus grands encore. s’agit ici de terrorisme (pour leheurte, blesse, elle permet la quel la médiatisation est un obdiffusion du pire. Mais une ex jectif), mais le principe s’étendpérience sans cesse renouvelée à d’autres crimes ou délits. Une loi de 2000 plutôt immontre que tout système qui la contraint recèle des dan précise et une jurisprudence erratique ne permettent gers plus grands encore. Imaginez que l’on ait cherché pas vraiment de savoir ce qui est puni ou pas. La photo à dissimuler le supplice de George Floyd… du petit Alan (initialement écrit Aylan), enfant syrienLaleçonestàretenirenFrance,oùlatentationducontrôle de 3 ans échoué mort sur une plage turque en 2015, symde l’information est plus vive que jamais. Entre la loi Avia bolisant le drame des migrants, fut brandie par tous : contre la haine en ligne et celle dite « antifake news », le elle était devenue un signe de ralliement. Un peu commegouvernementnecessededéléguerlacensureauxgrandes celle de George Floyd. D’autres sont à cacher, au nom deplateformes,souslepatronaged’uneinstitutionpublique, la dignité des victimes, des familles ou de la « protec le CSA, qui dans ses avis interprète la « perception » du tion » du public. Des préoccupations plus que légitimes,public. Ce haut conseil du Bien ne se gêne pas pour pen mais pourquoi cette variation dans la réponse ? La di ser à notre place : les simples citoyens sont des enfants, gnité de Floyd seraitelle moins importante ? Sa famille,c’estconnu.Quedirontcesdirecteursdeconscienceàpro moins respectable ? pos des vidéos de George Floyd ? Irontils expliquer aux Le cas de George Floyd illustre tragiquement les infor Français que le meurtre de Minneapolis bouleverse, qu’il tunes de la censure au nom du Bien, notion – forcément aurait mieux valu pour eux qu’ils ne les voient pas ? Les – fluctuante. Et dès lors qu’une institution est chargée débats sur ces sujets sont complexes et nécessaires. Tout de le dire, ce Bien, Ubu règne. Le problème de la censure ne se justifie pas. Mais la réponse par le coup de ciseau au réside toujours dans le choix du censeur. On n’en trouve toritaire n’est pas la bonne. Nos apprentis censeurs sont pas qui aurait la légitimité ou la perspicacité nécessaire, remplis de bonnes intentions. Il ne leur manque que la en dehors de la justice, a posteriori, avec le temps et les modestie§Étienne Gernelle
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Mais qu’arrive-t-il à l’Amérique ?
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Le continent Kessel, par Marc Lambron
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L’éditorial de FranzOlivier Giesbert
6L’éditorial d’Étienne Gernelle 9La chronique de Patrick Besson 10Éditoriaux : Luc de Barochez, Peggy Sastre, Nicolas Baverez
LE POINT DE LA SEMAINE 14La réunion qui a failli sceller le sort de Buzyn
EN COUVERTURE 28Dormez bien les petits 32Le fantasme de l’annulation de la dette 36Allemagne, la revanche de la fourmi 38Agnès PannierRunacher, la libérale de Bercy 40La guerre des assurances aura bien lieu 46Emmanuel Moulin, l’homme qui aimait le crises 50Numérique, un malaise à la française
FRANCE 51Baromètre : un Philippe peut en cacher un autre
MONDE 52Mais qu’arrivetil à l’Amérique ? 56Trump face aux émeutiers : la tactique de l’huile sur le feu, par Gérard Araud 58Le fol espoir d’un été grec
CULTURE 64Livres  Le continent Kessel, par Marc Lambron 70Olivia Ruiz, tout sur sa (grand)mère 72Sureau, sa « patrie personnelle » 73Les meilleures ventes de la Fnac ; la Minute antique 74Cinéma  Spike Lee : « Arrêtons nos conneries » 76Brèves
STYLE 78100 manières de redécouvrir la France 78 EPA/MAXPPP - COLLECTION PARTICULIÈRE/DR - FRANCOIS CAVELIER 100 manières de redécouvrir la France 94Bridge & Mots croisés
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Le Point2493 | 4 juin 2020 |7
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Pensées déconfinées 2
La scierie du père Sorel ouvre à 6 heures du matin, trop tôt pour ce fainéant de Julien (Le Rouge et le Noir,1830). *
Il« tressaille »à la page 51 et« tressaille »de nouveau à la page 53 (édition La Pléiade, 1932) : en 2020, une préparatrice de Gallimard n’aurait pas laissé cette répétition. *
Croire en Dieu demande un minimum d’esprit de sérieux. *
À la mort de JeanLoup Dabadie,« une page se tourne »dans la vie de Michel Drucker : qu’estce que JeanLoup devrait dire ! *
À Nice, Joseph Roth (1894 1939) se saoulait au Café de France, 64, rue de France.
BIANCHETTI/LEEMAGE /AFP
Patrick Besson
Toutes les femmes en robe du soir sont ridicules, sauf dans les films. *
Récit d’une évasion : un écrivain réussit à s’échapper de l’histoire de la littérature. *
Stendhal, romans de mathéma ticien : rien que des calculs. *
« Il n’a que 63 ans et il est en pleine possession de ses facultés »(Ellery Queen,Le Cas de l’inspecteur Queen,1957). *
Disparus : le dévot et l’anticlérical.
Henri Beyle (Stendhal).
Difficile, après le premier chapitre deLa Curée(1872), de raconter un dîner en ville. *
Roth fuit l’Allemagne hitlérienne en 1933 pour Paris où le Pernod ne lui laisseraaucune chance. *
Mort d’une crise cardiaque après avoir couru derrière un ado qui venait de lui voler sa carte de crédit devant un distributeur automatique de la rue des Abbesses. *
La Curéeplus érotique queNana(1880), car la salope est une bourgeoise. *
Modèle de lettre de rupture après confinement :« Être tout le temps ensemble nous a éloignés l’un de l’autre jusqu’à ce que nos silhouettes forment deux petits points de chaque côté de l’horizon avant de disparaître. »§
Récit d’une évasion : un écrivain réussit à s’échapper de l’histoire de la littérature.
Le Point2493 | 4 juin 2020 |9
ÉDITORIAUX L’Amérique en feu peutelle réélire Trump?
Pandémie, chômage, émeutes raciales… Dans ce décor lugubre, Trump attise les braises. Se désigner des ennemis est sa stratégie de campagne.
par Luc de Barochez amais depuis la Seconde Guerre mondiale, l’enjeu d’une élec J tion présidentielle aux ÉtatsUnis n’aura été aussi élevé. À l’approche du rendezvous du 3 novembre, le pays est dans un état pitoyable. Le nombre de morts du Covid19 y a dépassé le seuil sinistre des 100 000 morts fin mai. La récession provoquée par le confinement a jeté 40 millions d’Américains au chômage. Le meurtre d’un Noir par un policier blanc à Minneapolis a dé clenché les pires émeutes depuis un demisiècle. Un second mandat de Donald Trump achèverait d’ébranler des institutions démocratiques américaines, qui suscitent déjà la défiance d’une partie croissante de la population – c’est d’ail leurs un trait commun entre les ÉtatsUnis contemporains et la France d’Emmanuel Macron.« Je ne peux pas respirer », les pa roles tragiques que prononça George Floyd, écrasé sous le ge nou d’un policier à Minneapolis, pourraient aussi décrire une société américaine étouffant sous le poids des rancœurs et des frustrations accumulées. Le président américain n’est pourtant coupable ni de la dis crimination raciale ni de la violence endémique. L’une comme l’autre existaient bien avant son arrivée à la MaisonBlanche.
10| 4 juin 2020 |Le Point2493
Il n’est pas plus responsable de l’apparition du coronavirus, ou de la mise à l’arrêt de l’économie qu’il a plutôt, à sa manière brouillonne, cherché à empêcher. Sa désignation comme can didat républicain puis son élection avaient montré, déjà en 2016, à quel point le peuple américain était fracturé. Cependant, Donald Trump n’est plus seulement le symptôme du malaise national. Il en est devenu l’une des causes. Sa prési dence pyromane a polarisé à l’extrême la société. Si la propaga tion du Covid19 est hors de contrôle aux ÉtatsUnis, c’est parce qu’il a contribué à saboter toute action cohérente et coordonnée des autorités sanitaires. Sous son impulsion, même le port du masque est devenu un objet d’affrontement politique. Son style agressif et sa rhétorique populiste attisent la confrontation. Là où tous ses prédécesseurs confrontés à des crises cherchaient à rassembler la population et à calmer les tensions, lui jette de l’huile sur le brasier. Pour la première fois, Twitter a placé un avertissement pour apologie de la violence sur un message qu’il a posté fin mai sur le réseau social. Donald Trump est le diviseur en chef. Il s’épanouit dans la zizanie. Son caractère l’y pousse.
Trump rejoue la partition de Nixon en 1968, qui exploita les peurs de la classe moyenne face aux violences.
« Et posez ce bâton. »
ILLUSTRATION : JEAN POUR 7 LE POINT »