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Nouvel Obs du 05-11-2020

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Date de parution 05 novembre 2020
Langue Français
Poids de l'ouvrage 27 Mo
Cahier de l’édition n° 2923 du 5 au 11 novembre 2020 P. 56 P. 85 “TRUMP, LE COUP AFRIPQUE CFA 3A800 F CFA,UALGÉRIEL410 DA, ALLEMAAGNE 6,20U€, ANDORSRE 5,50 €,TAUTRICHEE 5,90 €,RBELGIQUE 5,30 €, CANADA 8,35 $CAN, DOM 5,30 €, ESPAGNE 5,50 €, GRANDEBRETAGLNE 4,90 £U, GRÈCE 5Z,50 €, ITALIE 5,5D0 €, LUXEEMBOURGS5,50 €, MAPROC 45 DEH, PAYSBANS 5,60 €,TPORTUGAEL CONT. 5,S€, SUISSE 7,20 CHF, TOM 950 XPF, TUNISIE 6,00 DT50 CE POISON” DE FOUDRE
LA FRANCE À L’ÉPREUVE “COMBATTRE LA PEUR” PAR SERGE HEFEZ P. 28
“SE DÉCONFINER DE LA HAINE” PAR LAURENT BERGER P. 37
 MONTAGE D’APRÈS ENGIN AKYURT/ UNSPLASH M 02228- 2923 -F:4,90E
M02228F:4,90 3:HIKMMC=]UY^UX:?m@t@c@d@a";
Fondateurs:JeanDaniel,ClaudePerdriel 67, avenue Pierre-Mendès-France, 75013 Paris TéléphoneStandard: 01.44.88.34.34 Pourjoindrepartéléphonevotrecorrespondant,ilsuffitdecomposer01.44.88 puislesquatrechiffresquifigurententreparenthèsesàlasuitedesonnom. Pouradresserune-mailàvotrecorrespondant,ilsuffitdetaperl’initiale desonprénompuissonnomsuivide@nouvelobs.com DIREC T ION Conseildesurveillance:Catherine Sueur (présidente), LouisDreyfus(vice-président),Frédéric Curtet, LouisGautier,UrsulaGauthier,Jacques-AntoineGranjon,XavierNiel,ClaudePerdriel,MatthieuPigasse, Edouard Tetreau. Directoire:Grégoire de Vaissière(président),Dominique Nora(directricedel’Obs,directricedesrédactions) RÉDAC T ION Directrice:Dominique Nora. Directeuradjoint:PascalRiché(34.35). Directeurdu numérique:Alexandre Phalippou(34.61). Rédacteursenchef:SylvainCourage(40.16),GéraldineMailles(37.80), FrançoisSionneau(Numérique : 34.22),NatachaTatu(35.73). Directeurdelacréationetdirecteurartistique:SergeRicco(35.43). 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STÉPHANE MANEL
L’OPINION
càsTex GriboUille Par natacha tatu ette nouvelle (semî-) mîse à l’arrêt du pays étaîtsansdoutenéces-c saîre. Sans doute al-rsdaauucîrîstevossîne«.sqnSupoaaonnndsuersldseboesâncutltihîeebelryrsal»lî-tîavasneonbdeepro-deyonssradsegarrîesndurs-laît-îl ermer les petîts commerces, mêmes’îl en va, pour nombre d’entre eux, de leur es demandaîent juste le droît de contînuer à vendre, eux aussî, des lîvres. Aussî încompréhen-sîbles, aussî absurdes qu’elle pussent paraïtre, ces décîsîons étaîent peut-être les bonnes. L’avenîr le dîra, et îl aut en attendant s’eforcer d’y croîre et, autant que aîre se peut, les respecter… Le moment est trop grave, la sîtuatîon, trop complexe pour s’en remettre aux «toulogues»patentés,cesexpertsentout quîdîvulguentleursbonsconseîls,arpen-tant les plateaux et enchaïnant les trî-bunes. Maîs orce est de constater que Jean Castex, à supposer qu’îl aît aît les bons choîx, n’a ranchement pas su les explîquer ; et ses volte-ace, ses explîca-tîons un brîn ébrîles, au lîeu de nous ras-surer, nous embrouîllent. Leameux«monded’après»,quîdevaît réhabîlîter les cîrcuîts courts, les com-mercesdeproxîmîté,estdoncenaîtceluîdu trîomphe d’Amazon ? Le Premîer mînîstre a eu beau nous încîter à ne pas céder à cette tentatîon et à« diférer nos achats»luaars,îtuohcâtresséuàîtourrut lemonde,avecunemesurequîsera,àl’évî-dence, bîen dîicîle à mettre en œuvre… Allez donc démêler, dans les rayons, l’es-sentîel du superflu ! Il n’est manîeste-ment pas acîle de passer du rôle de « Monsîeur Déconfinement » à celuî de « Monsîeur Reconfinement », surtout quand le premîer, à l’évîdence, n’a pas été aussî bîen réussî qu’annoncé. Et que dîre de cette stupéfiante sortîe sur la colonîsatîon, partîculîèrement mal
venue dans le contexte :« Je veux ici dénoncertouteslescompromissionsqu’il y a eues pendant trop d’années, les justifica-tionsàcetislamismeradical.Nousdevrions nousautoflageller,regretterlacolonisation, je ne sais quoi encore ! »s’est-îl exclamé dîmanche au 20-heures de TF1. Faut-îl rappelerauPremîermînîstrecequedîsaît Emmanuel Macron quelques moîs avant d’entrer àl’Elysée, quî qualîfiaît lacolonî-satîon d’« acte de barbarie »et même de « crime contre l’humanité »? Regarder en ace le passé, porter sur l’hîstoîre un regardcrîtîque,celaneaîtpaslelîtduter-rorîsme, c’est même une nécessîté pour évîtercetteormede«gangrène»évoquée parBenjamînStoradès1991…Eneîgnant de l’îgnorer, Jean Castex ne sert pas la cause qu’îl prétend déendre. En cette sombre pérîode, la tâche du Premîer mînîstre est plus complexe que jamaîs. AlorsquelesFrançaîssont àcran, atîgués, autrement moîns résîgnés qu’en mars,îlestîmpératîdeconvaîncre.Sîdes mesures restreîgnant les lîbertés sont nécessaîres, encore aut-îl les aîre passer avecpédagogîeetcohérence.Paraîlleurs, îl eût mîeux valu y assocîer le Parlement. Jean Castex est-îl bîen l’homme de la sîtuatîon?Avecsontonbonhommeetson accent rocaîlleux, îl devaît nous rassurer. Alavérîté,îlnouségare.Etsanomînatîon en remplacement du populaîre Edouard Phîlîppe ressemble de plus en plus à une erreur de castîng. Ancré dans le terroîr, îl devaît încarner ladécentralîsatîondupouvoîr,larégîona-lîsatîon des décîsîons. Ce reconfinement a-t-îl été mené avec toute la concertatîon nécessaîre?Passîsûr.Cînqmoîsaprèsson arrîvée à Matîgnon, îl peîne en tout cas autant à convaîncre qu’à împoser son autorîté. Sans surprîse, sa cote de confiancedévîsse.Encesens,îljouebîen, jusque-là,sonrôledebouclîer,protégeant le présîdent de la Républîque. Au rîsque de servîr de usîble.N. T.
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C E F A S C I S M E I S L A M I S T E Q U ’ I L N O U S F APaUrO M B AT T R ET C SA R A DA N I E L
« épousant la vision du monde véhiculée par les tenants de l’islamisme radical »! Comment, alors, ne pas craîndrequ’Erdogan, lenouveauchampîondesFrères musulmans, quand îl învectîve la France, les încîte à passer à l’acte, comme l’îmamKhomeînî lorsqu’îl édîc-taît sa fatwa contre l’écrîvaîn Salman Rushdîe ? Pourtant, le sang de nos compatrîotes assassînés dans l’églîse de Nîce est à peîne séché que l’on entend déjà les leçons de tolérance que nous donnent les démocratîes communautarîsées, comme celle du Canada, ce pays prêchant une lacîté de compromîs au nom de sa théorîe des « accommodements raîsonnables » quî résonnent aujourd’huî comme autant de compromîssîons. Et les leçons de ceux quî préfèrent acheter l’apaîsement avec le renonce-ment à quelques-uns de nos prîncîpes. Et puîs les îndîgnatîons des îdéologues îndîgénîstes et autres décolonîaux pour lesquels toute crîtîque de l’îslam, voîre de ses dérîves, est îllégîtîme quand elle vîent de ceux quî ont commîs le péché orîgînel du colonîalîsme. Ouî, îls osent. Alors déjà le fascîsme vert grîgnote de nouveau nos înstîtu-tîons et faît régner la peur et l’autocensure chez les professeurs. L’hommage à Samuel Paty a été réduît à sa plus sîmple expressîon… Est-ce à dîre qu’une majorîté de musulmans françaîs professent cette haîne de la France et de ses valeurs ? Non, bîen sûr, la pétîtîon émanant d’un collectîf d’întellectuels musulmans publîée par « le Monde » le dît claîrement. Maîs îl faut que leurs voîx s’airment. Certes, îls n’ont pas tous le courage et les convîctîons de Fatîha Boudjahlat, de Sonîa Mabrouk, d’Amîne El Khatmî ou de l’îmam Chalghoumî, pour ne cîter qu’eux. Maîs les voîx de musulmans modérés, aujourd’huî réduîts à chuchoter enregardant derrîère eux, doîvent enfin exîger un aggîornamento de l’îslam, sans se sentîr traïtres à leur communauté. Ouî, on peut îmagîner que le Coran n’a pas été dîcté par l’ange Gabrîel à Mahomet. Ouî, onpeut analyser ses textes et les remettre en contexte. Il faut qu’îls le dîsent haut et fort. Il est peut-être encore temps. S. D.
xpulsez le chien rançais » ou encore« Décapitez le blasphéma-teur ! »De la Tunîsîe au Pakîstan, son eiEgîe et le drapeau trîcolore ; à Gaza, des Palestînîens ont prîs des centaînes de mîllîers de musulmansse déchaïnent contre le présîdent françaîs. Au Bangladesh, les manîfestants appellent à« punir »Macron en brûlant part à des rassemblements antî-Françaîs en scandant« Avec nos âmes et notre sang, nous rachèterons le Prophète »; en Arabîe saou-dîte, une attaque au couteau a eu lîeu dans un consulat françaîs ; en Iran, Macron est représenté en dîable aux oreîlles et aux dents poîn-tues. Il n’y a pas que la rue quî déverse sa haîne. Un grand îmam, celuî d’Al-Azhar au Caîre, appelle à« poursuivre en justice quiconque ofense l’islam et ses symboles sacrés »; un ancîen Premîer mînîstre de Malaîsîe, Mahathîr Mohamad, explîque que« les musulmans ont le droit d’être en colère et de tuer des millions de Français »; un pré-sîdent en exercîce, Recep Tayyîp Erdogan, accuse notre présîdent d’être atteînt de« troubles mentaux ». Et quel est le déclencheur de ces appels aumeurtre ? La réairma-tîon de notre soutîen à la lîberté d’expressîon et à la lacîté, après l’as-sassînat de Samuel Paty. Ce professeur quî contînuaît à croîre à sa mîssîon d’explîquer, notamment, ce que représente en France la tra-dîtîon des carîcatures, même sî on ne les trouve pas drôles, ou gros-sîères. Maîs ce quî est vîsé, c’est aussî, bîen sûr, le dîscours d’un pré-sîdent quî aenfinnommé«lacrisedel’islam»(l’écrîvaînAbdelwahab Meddeb parlaît, luî, de« maladie de l’islam»)et le« séparatisme isla-miste ». Ouî, nous en sommes là. On pourraît relatîvîser l’împortance de ce déferlement de haîne, s’îl ne rendaît pas de plus en plus vîsîble la « stratégîe djîhadîste pla-nétaîre », s’îl n’armaît le bras de terrorîstes sur notre terrîtoîre, s’îl ne flattaît pas une frange mînorîtaîre – maîs de moîns en moîns néglî-geable – de sympathîsants de l’îslamîsme. En France, selon Jérôme Fourquet del’Ifop, onnecompteraît pas moîns de750000personnes
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L E S
STÉPHANE MANEL
L’OB S/N ° 2923- 05/ 1 1/2020
4€. 92 036 6 44 al soci l ta pi Ca 1 – 94 7 90 4 40 e B terr Nan S RC S – SA
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LES MOTS CROISÉS ParY V E SCU NOW
Horizontalement 1.Tire le signal d’alarme à l’œil. 2.Travailla pour une presse très orientée • Facteur d’exclusion. 3.Sautille dans la savane africaine • Cet article est très court.4.De l’an 40, elles ne s’en sont pas moquées pour résister • Il est dans la position du lotus.5.Califat salafiste djihadiste • Courage, chef à « l’Obs ».6.« Nous continuerons, professeur. »7.Met en état de marche • Le parvis de Notre-Dame.8.Imposer des mesures de compression.9.Subit une élimination directe • À l’état d’ébauche quand il est inscrit à lire.10.Ont viré au rouge.
Verticalement 1. Courroie de transmission.2.Autant à l’aise avec des perroquets qu’avec des indiens • Il n’aura jamais son bac. 3.Type de société • Baves.4.Un vieux rouge coupé dans la charcuterie • B.C.B.G. friqués.5.Ne manque pas de coffre • Belle de Marseille.6. Traversai en tyrolienne.7.Un accord entendu entre Trump et Biden • Fis du boudin.8.Hitlérienne ou coutumière pour Charlie.9.Mesure anti-tabac • Dépôt d’armes.10.Vas filer du taf.
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Solution du n° 2922
yvescunow.obs@gmail.com L’OB SN ° 2923 05 1 12020
LES CHRONIQUES
R E T O U R A U R É E L
Par M A R A G OY E T Essayiste
n a longtemps prié l’accro aux « heures Mais maOintenant que l’heure est grave, on se sombres des années 1930 » de faire un usage plus modéré du point Godwin. On a eu raison. retrouve quasi incapable d’appréhender le moment –tragique –que nous traversons, de peur de passer pour une Cassandre réac qui hulule l’arrivée du désastre imminent et accable chacun de son pessimisme pesant. On a plaidé pour un usage raisonné d’Orwell. On a soupiré à la millième évoca-tion du fameux« voir ce que l’on voit »de Péguy. Onseretrouvedésormaisunpeugêné pour évoquer lefait qu’ona, quandmême, un problèmeavecles mots commeavecles faits; qu’on peine à nommer ou à regarder en face l’idéologie qui a conduit à la décapitation d’un professeur : l’islamisme. Onnous aappris quec’était «toujours plus compliqué ». Il est vrai que les bourrins qui piétinent la réalité de leurs sabots démago-gues et populistes, c’est insupportable. Ainsi, en réaction, comme des ouistitis agiles et lettrés qui sautent de branche en branche, avons-nousparcourul’arborescencedesdos-siers et sous-dossiers, des questions annexes et des problèmes adjacents. Nous finissons par discuter d’un peu tout, des rayons de supermarché, delaconsommationdeKiri au Koweït, des programmes scolaires, aurisque de reléguer l’horreur initiale : Samuel Paty a été assassiné. On a été nombreux à convenir qu’il fallait un peu de nuance, qu’il n’était plus possible de continuer à se vautrer dans la radicalité stérile, poseuse ou violente. Avec l’eau du bain de la radicalité, on a peut-être aussi jeté la fermeté. La nuance, si nécessaire, si belle, s’est parfois peuàpeu, àsoncorps défendant, transformée en une mollesse qui finit par estomper la lame brandie par l’assassin.
On a tellement raison de détester les coups de menton martiaux, les rodomontades et autres trucs dits « de droite ». Mais le temps n’est malheureusement pas toujours auxlâchersdeballonsetdecolombes. On se croirait parfois, à gauche, dans cette scène de « Rio ne répond plus », quand OSS 117 s’adresse aux nazis : «Mes amis! Je comprends votre colère, je comprends votre haine.[…]Bon, bien sûr, je vois bien ce qui vous plaît dans le nazisme. D’ailleurs qui pourrait vous jeter la pierre? Moi-même, parfois, il m’arrive de me fâcher. Mais êtes-vous sûr qu’il e n’y a pas d’autre solution?[…]ReichEt si le V était plutôt celui de l’amour! » Il est des moments où il faut hausser le ton. Quand ce qui nous est le plus cher est attaqué, il faut le défendre opiniâtrement dans le cadre de l’Etat de droit. On a bien rigolé des « belles âmes », des pétitionnaires compulsifs, qui dénoncent un peu tout, qui s’engagent dans des tribunes émouvantes à ne plus manger de viande le lundi (personne n’a vérifié, c’est très gentil). Dans le silence culturel assourdissant qui a suivi l’attentat contre un enseignant, on finit par regretter que la condamnation des crimes d’une idéologie totalitaire ne soit pas perçue comme assez consensuelle ni pro-gressiste. La plupart des « belles âmes » se sont tues. On aurait aimé qu’elles se sen-tissent « Samuel ». On a un talent fou et primesautier pour discuter, s’invectiver, intellectualiser, se contredire, être incohérent, pétitionner, se moquer, pinailler, finasser, s’indigner, faire des mèmes hilarants, dénoncer. Mais une qualité vient à nous manquer : être capable de nous concentrer et de prendre réellement la mesure de ce qui vient d’arriver. Le 16 octobre, la tête d’un professeur a été coupée. M. G.
STÉPHANE MANEL
LES CHRONIQUES
R É S E A U X A N T I S O C I A U X
Par DA N I E L C O H E N Directeur du département d’économie de l’Ecole normale supérieure
amuel Paty a été dénoncé sur les réseaux sociaux mandiSplus ou moins proches de cetaires comme ennemi de l’islam, et cela a su pour qu’un assassin se réveille et passe à l’acte. Il y a certes des com-dernier qui entretiennent la haine contre la France et ses valeurs, mais la nouveauté de la période que nous vivons doit beaucoup à l’émergence de ce qu’on devrait appeler des réseaux antisociaux. La violence qui s’y manifeste est étourdissante, même sur des sites anodins, qu’ils soient consacrés au sport ou à la vulgarisation scientifique. Pour le sociologue Cyrille Bret, interrogé par « le Monde », la brutalité croissante de la vie politique contemporaine vient en grande partie de cette violence en ligne, où le contradicteur est un ennemi qu’on n’hésite plus à menacer. En termes freudiens, on pourrait dire que les réseaux sociaux dissocient le sur-moi et le ça, sans médiation du moi. Il y a les réseaux du surmoi, Facebook et Insta-gram, où l’on se montre le plus beaux pos-sible, où l’on multiplie les selfies souriants, où l’on photographie tout, y compris la nourriture. Et il y a le ça, le siège des pul-sions, laissé à lui-même, masqué par l’ano-nymat, libérant les haines et cruautés qui sommeillent dans la société. L’islamisme radical prospère sur ces cir-cuits de haine. C’est sur ces réseaux que se fait le recrutement des terroristes, bien davantage que dans les mosquées. Le méca-nisme à l’œuvre est le même que celui qui prévaut sur les autres sites. Il s’agit de prendre sa revanche sur une société qui vous ignore, de gagner le quart d’heure de célébrité promis par Andy Warhol, de ne
STÉPHANE MANEL
reculer devant rien pour attirer l’attention sur soi, y compris par la mise en scène de sa propre mort, une fois commis le crime contre autrui. La gravité de ce qui se joue sur les réseaux numériques impose de réfléchir à leur régulation(voir aussi p. 46). La pire réponse serait de remettre en question la liberté de la presse en général, quand il s’agit en réa-lité d’en imposer les principes. Ce qu’un journal patenté, avec directeur de publica-tion, n’a pas le droit d’écrire ne peut être toléré sur le Net. On ne peut traiter quelqu’un de sale Juif ou de sale Arabe sans faire l’objet de poursuites. Ce qui est en jeu n’est pas du côté des principes mais des moyens. Il faut que la loi puisse s’appliquer partout et qu’un juge parvienne à la faire respecter. L’idée selon laquelle ce serait à Facebook ou autre Google de faire leur propre police serait une formidable régres-sion vers une justice privée. C’est au juge de trancher. Il doit accéder à l’identité des auteurs de propos qu’il estime passibles de sanctions et, en l’absence de réponse des hébergeurs, décider de bloquer en urgence le message incriminé. Il faut aussi et peut-être surtout, en pensant très fort à Samuel Paty, que toute personne attaquée ad homi-nem sur un réseau numérique, et qui s’es-time menacée dans son honneur ou dans sa vie, puisse obtenir un jugement en référé ou sur requête, qui permette de retirer sous 24 heures le message qui le menace, ainsi que toutes les traces qui pourraient y conduire. Cela exige une justice dont la vitesse d’exécution soit adaptée au temps numérique. Plutôt que des lois nouvelles, ce sont surtout des moyens supplémen-taires, en personnel surtout, qui sont néces-saires. La liberté est à ce prix.D. C.
 NIAID  DR/ANDROSWITCH  INSTITUTE OF NATIONAL REMEMBRANCE/TWITTER
RIENQUESURLEWEB Les articles de « l’Obs » ne sont pas seulement dans le journal. Reportages, analyses, enquêtes, interviews, débats... découvrez tous les jours des inédits réservés aux abonnés surwww.nouvelobs.com
CES QUESTIONS AUXQUELLES IL FAUT ENCORE RÉPONDRE POUR VAINCRE LE COVID19 Les scientifiques ont beaucoup appris sur le virus et sa propagation, mais les zones d’ombre restent nombreuses. PAR JEANPAUL FRITZ http://bit.ly/ZOcov
ILS ONT CHOISI LA CONTRACEPTION MASCULINE Il existe plusieurs méthodes destinées aux hommes. Ils ne sont pourtant qu’une poignée à s’en saisir. PAR JOHANNA CINCINATIS http://bit.ly/contramasc
SON VRAI NOM ÉTAIT… JAMES BOND. ET IL ÉTAIT PROBABLEMENT ESPION Les archives polonaises ont exhumé le dossier d’un diplomate britannique en poste à Varsovie en 1964. Son nom était James Bond. Tout porte à croire qu’il était ocier de renseignement. PAR VINCENT JAUVERT http://bit.ly/JBondvrai
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ET SI ON FERMAIT LES HYPERS ? Allez chiche! Et si, à l’occasion de ce deuxième confinement, nous changions un peu les règles du jeu ? Si l’on partageait un peu le gâteau? Je suggère, du haut de mon absence de pouvoir et d’influence, que nous fermions cette fois-ci l’ensemble des grandes surfaces. Ainsi les caissières et autres salariés auront, eux aussi, droit à leur période de chômage « spécial confinement ». Quant aux actionnaires, ils se contenteront de leurs rentes et auront du temps libre pour compter le contenu de leur bas de laine. Dans le même temps, je suggère d’interdire, juste le temps du
confinement, la vente et l’achat sur le site d’Amazon. Là aussi, un petit chômage d’un ou deux mois pour les salariés qui courent toute l’année dans les entrepôts serait bien mérité. Quant à Je Bezos, son patron milliardaire, il peut bien laisser quelques milliards en route. En revanche, ouvrons les librairies indépendantes, les petits magasins de jouets, les fleuristes, les cinémas, les salles de spectacle… Tous ces commerces et activités « non essentiels » aux yeux de ceux qui ont accepté un monde sans culture, sans cœur, sans âme mais avec des écrans plein les yeux, des pâtes et du PQ plein les placards. RNARD SO BE RBIER
CONFINEMENT SAISON 2 A quoi rime ce nouveau confinement? Hormis les petits commerces pénalisés, tout le monde travaille. Les écoles sont ouvertes pour permettre aux parents de travailler. Résultat : ils se rencontrent en allant chercher leurs enfants à l’école, alors qu’on empêche les gens de faire du vélo ou de se promener dans la campagne. Et pourtant, il est reconnu que faire de l’exercice est un moyen pour rester en bonne santé. Ce kilomètre à nouveau autorisé pour faire le tour de nos quartiers, une fois dans un sens, une fois dans l’autre, est juste ridicule. Nos grands stratèges auraient pu décider d’un couvre-feu généralisé à 18h30 ou 19h et ça, jusqu’à ce qu’on ait un vaccin ou un médicament efficace. Car, pour sauver Noël, on va ouvrir à nouveau les vannes dès que la circulation du virus aura ralenti… et la pandémie repartira de plus belle. A nouveau, on confinera. C’est sans fin. NICOLE BROUCHOUD
CHERCHEZ L’ERREUR Lycées, entreprises, métros : tous ouverts… 800 lycéens peuvent donc se rassembler, mais pas deux clients masqués dans une librairie. Cherchez l’erreur. Les frontières européennes sont ouvertes; la Corse fermée. Cherchez l’erreur. Interdiction de passer 1h30 masqué dans un théâtre ; autorisation de travailler 8 heures dans un open
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space. Cherchez l’erreur. Maintien de l’ouverture des supermarchés avec des jauges supérieures à 500 clients; fermeture du marchand de meubles qui fait entrer un client après l’autre. Cherchez l’erreur. La liste pourrait s’allonger. Nous savons déjà qu’il y aura plus de morts des conséquences de l’enfermement, de l’augmentation de la pauvreté et
des répercussions psychologiques, psychiatriques de ce confinement. Et en attendant, les pubs pour des sociétés de coiure à domicile continuent de déferler; on ne ferait pas mieux pour tuer tous les petits commerces de proximité. Je me sens épuisé. Quelle société prépare-t-on pour les générations à venir? ALAIN PIERRE
SECTARISME Dans un récent Courrier des lecteurs, l’abonnée Roseline Bourdon affirme qu’elle n’ira pas voter en cas de second tour Macron-Le Pen en 2022. Je suis contre cette position: on peut être pour une candidature unique de la gauche, mais cela ne doit pas se traduire par une position radicale et sectaire en cas d’élimination au premier tour. Ne prenons pas un risque inconsidéré alors que les démocraties vacillent dans le monde actuel. Nous savons ce que les extrêmes pourraient engendrer. JEANFRANÇOIS LEFEUVRE
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