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Nouvel Obs du 08-10-2020

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Date de parution 08 octobre 2020
Langue Français
Poids de l'ouvrage 29 Mo
Cahier numéro un de l’édition n° 2919 du 8 au 14 octobre 2020 LES AMBITIONS CES FEMMES AFRIQUE CFA 3800 F CFA, ALGÉRIE 410 DA, ALLEMAGNE 6,20 €, ANDMORRE 5,50 €,OAUTRICHE 5,S90 €, BELGSIQUE 5,30 €A, CANADA 8D,35 $CAN, DOM 5,30 €, ESPAGNE 5,50 €, GRANDEBRETAGNE 4,90 £, GRÈCE 5,50 €, ITALIE 5,50 €, LUXEMBOSURG 5,50E€, MAROCR45 DH, PIAYSBASA5,60 €, POLRTUGAL CONKT. 5,50 €I, SUISSLE 7,20 CHLF, TOM 9E50 XPF, TRUNISIE 6,00 DT DU PATRON DU QUI AIMENT UN P. 48 P. 44
JeanPierre Jouyet L’HOMME DESPRESIDENTS RACP.2O6NTE
E 4,90 F:
- 2919 -
M 02228 3:HI3K:HMIMKC=M]MUCY=]^UY^@@l:Xj@m?@m?:XUj;"a@j@l@";@a MONTAGE PHOTO : DAVID BALICKI POUR “L’OBS”  BETTINA RHEIMS  GAMMARAPHO  P. WARRIN / SIPA RAYMOND DEPARDON / MAX PPP  S. DE LA MOISSONNIÈRE / RUE DES ARCHIVES / PICTURE ALLIANCE
L’OPINION Le séparatisme selon Macron
ParTATU NATACHA e ut, c’est vraî, un beau dîscours. Ferme, équî-lîbré, sans aux-sem-pproéusrîdceeCnqtuaelnlomtamîté,tlaoumteennaacsseuîsmlaanmtîlsetseblant. Un de ceux quî marqueront, peut-être, ce quînquennat. Dans son înterventîon sur le séparatîsme, le erreurs, les errances, les responsabîlîtés de la Républîque. Il a dénoncé la crîse de l’îslam, gangrené par des orces radî-cales, maîs rappelé aussî notre passé colonîal, quî a sa part de responsabîlîté dans cette relîgîosîté quî tend à placer la oî au-dessus de la loî. Les îndîgnatîons tout à la oîs des élus RN, quî regrettent qu’îl n’en aît pas dît davantage, et de ceux quî, du côté de La Franceînsoumîse, luî reprochent destîg-matîser les musulmans, le prouvent : le che de l’Etat, sur ce terraîn glîssant, a su garder la lîgne de crête. On pourra toujours luî reprocher d’avoîr aît l’împasse sur d’autres sépara-tîsmes, et de n’avoîr centré son dîscours que sur les seules dérîves îslamîstes. Faut-îl s’en îndîgner ? Ce sont rarement des catholîques întégrîstes ou des juîs ultraorthodoxesquî réclament des certî-ficats de vîrgînîté pour leurs filles. Ce ne sont pas eux quî partent aîre le djîhad, pasplusquîlsnarmentîdéologîquementles tueurs de dessînateurs. Au moîns le présîdent n’est-îl pas tombé dans lepîège de l’hypocrîsîe… Dîicîle pourtant de ne pas être prîs d’un sentîment de malaîse en écoutant cette longue înterventîon entîèrement dédîée aux ghettos de la Républîque, et ocalîsé sur le seul problème du radîca-lîsme relîgîeux. Sur plus d’une heure qu’aura duré ce dîscours, quelques mots seulement pour évoquer les trafics, la vîolence, le bandîtîsme quî mînent ces quartîers, et quî sont, de aît le premîer acteur de ghettosatîon menant tout droît au séparatîsme.
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L’OB S/N ° 2919- 08/ 10/2020
Les règlements de comptes, la mîsère socîale, les déaîllances des servîces publîcs, ces aîlles dans lesquelles s’en-goufrel’hydreîslamîste,sontàpeîneévo-qués.Leprésîdentsedîtdécîdéàînterdîre l’écoleàdomîcîle, provoquantaupassage la colère des parents avorables pour dîversesraîsonsàl’înstructîonenamîlle. Combîend’enantséchappentréellement à la scolarîsatîon pour des motîs relî-gîeux ? Mystère. Que des centaînesde mîllîersd’élèvesreléguésdansdesétablîs-sements ghettos soîent conrontés au détermînîsme socîal et à l’échec scolaîre est en revanche une certîtude. Certes, 300000enants ont bénéficîédudédou-blement des classes en prîmaîre, et cela restera l’une des mesures phares de Jean-Mîchel Blanquer. Maîs îl reste tant à aîre… L’îslamîsme, c’estvraî, n’estpassoluble dansl’argentpublîc.Maîsîlnedîsparaïtra pasnonplussansvolontarîsmepolîtîque, sans la restauratîon d’un Etat de droît, sans un mînîmum de mîxîté socîale. Le séparatîsme, aut-îl le rappeler, c’est celuî desbeauxquartîersetdesétablîssements scolaîres d’élîtes quî ont sécessîon. Or, depuîs le début du quînquennat, malgré la volonté aichée de aîre de ce défi une prîorîté, malgré quelques plans de rénovatîon urbaîne, rîen – ou sî peu – n’a été aît pour les banlîeues. Aucune prîse de parole symbolîque orte. Aucun acte majeur. Depuîs la claque înflîgée à Jean-Louîs Borloo et à son grand plan pour le« vivre ensemble », elles sont res-tées l’angle mort du quînquennat.Aborder le séparatîsme dans undîscours-fleuve, très polîtîque, sous le seulangledelamenaceîslamîste, nourrît orcément chez tous ceux quî y tra-vaîllent, quî y vîvent, le sentîment de ne pas être entendus. A moîns de deux ans del’échéanceprésîdentîelle, ondîraqu’îl est trop tard pour s’emparer sérîeuse-ment delaquestîon?Comment nepasle regretter !N. T.
Fondateurs:JeanDaniel,ClaudePerdriel 67, avenue Pierre-Mendès-France, 75013 Paris TéléphoneStandard: 01.44.88.34.34 Pourjoindrepartéléphonevotrecorrespondant,ilsuffitdecomposer01.44.88 puislesquatrechiffresquifigurententreparenthèsesàlasuitedesonnom. Pouradresserune-mailàvotrecorrespondant,ilsuffitdetaperl’initiale desonprénompuissonnomsuivide@nouvelobs.com DIREC T ION Conseildesurveillance:Catherine Sueur (présidente), LouisDreyfus(vice-président),Frédéric Curtet, LouisGautier,UrsulaGauthier,Jacques-AntoineGranjon,XavierNiel,ClaudePerdriel,MatthieuPigasse, Edouard Tetreau. Directoire:Grégoire de Vaissière(président),Dominique Nora(directricedel’Obs,directricedesrédactions) RÉDAC T ION Directrice:Dominique Nora. Directeuradjoint:PascalRiché(34.35). Directeurdu numérique:Alexandre Phalippou(34.61). Rédacteursenchef:SylvainCourage(40.16),GéraldineMailles(37.80), FrançoisSionneau(Numérique : 34.22),NatachaTatu(35.73). Directeurdelacréationetdirecteurartistique:SergeRicco(35.43). 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L E S
ne grande controverse a opposé les économîstes concernant l’împact de la malarîa (le paludîsme) sur l’éco-geant leUtourîsme et les învestîssements înternatîonaux, la mala-nomîe arîcaîne. Pour une école de pen-sée emmenée par Jefrey Sachs, proesseur à Columbîa, ce vîrus est l’une des causes de la pauvreté du contînent. En désorganîsant l’actîvîté, en découra-rîa a constîtué un reîn récurrent au développement de l’Arîque, rendant dîicîle son întégratîon dans les flux économîques înter-natîonaux. Sachs et ses coauteurs ont montré par des analyses économétrîques que le vîrus étaît à luî seul responsable d’une perte de croîssance de plus de 1% chaque année ! Peu de temps après, comme c’est souvent le cas en économîe, une contre-étude remettaît en questîon ces conclusîons. Pour Daron Acemoglu, du MIT, et ses coauteurs, le problème posé par le paludîsme est polî-tîque, pas sanîtaîre. C’est le legs d’une colonîsatîon européenne dysonctîonnelle quî est en cause. Sî la malarîa a joué un rôle, selon ces auteurs, c’est îndîrectement : elle est une des raîsons pour lesquelles les colonîsateurs ne se sont jamaîs vérîtablement înstallés en Arîque, préérant se soîgner en Europe ou y envoyer leurs rejetons pour leurs études, plutôt que de créer des înstîtu-tîons adaptées în sîtu. Karen Blîxen, înterprétée par Meryl Streep dans le film « Out o Arîca », en donne un exemple : elle rentre au Danemark quand elle doît être soîgnée de la syphîlîs que son marî luî a transmîse. Il n’est pas dîicîle de aîre un parallèle avec les débats quî nous occupent aujourd’huî, en France, avec le Covîd. Pour les crîtîques du gouvernement, açon Acemoglu, la crîse sanîtaîre est surtout la conséquence d’une mauvaîse gouvernance. Une meîlleure ges-tîon des tests, des masques, du traçage et une augmentatîon des lîts d’hôpîtal auraîent permîs d’évîter le confinement du moîs de mars, très coûteux économîquement, et d’empêcher aujourd’huî le rebond des contamînatîons. A quoî le gouvernement répond
mezza voce, açon Sachs, que le vîrus est plus têtu que les polîtîques publîques. Nos dîrîgeants semblent se résoudre à l’îdée que celuî-cî leur împose son tempo. Quî est coupable : le vîrus ou sa gestîon par le gouver-nement ? Ce qu’un débat scîentîfique n’a pu trancher, même avec le recul, pour la malarîa n’a aucune chance d’être réglé, à chaud, pour une épîdémîe qu’on comprend encore très mal. Ce quî est certaîn, c’est que l’opînîon publîque est à cran, et n’aura aucune îndulgence pour les polîtîques quî ont aîllî. Tous les gouvernements prîent en aît pour qu’un vaccîn vîenne les délîvrer du vîrus. Et en ce domaîne aussî, les leçons des arî-canîstes sont utîles à entendre. Pour Mîchael Kremer, quî ut corécîpîendaîre du dernîer Nobel d’économîe avec Esther Duflo et Abhîjît Banerjee, le vérîtable scandale de la malarîa est l’ab-sence de vaccîn. Il împute cet échec au désîntérêt des entreprîses pharmaceutîques à l’égard de pays trop pauvres pour payer leurs médîcaments. Pour résoudre le problème, îl avaît proposé une ormule sîmple et radîcale : que les gouvernements des pays rîches s’engagent à l’avance à récompenser les découvreurs d’un vaccîn, pour assurer sa abrîcatîon et le mettre dans le domaîne publîc. Il a proposé d’applîquer la même îdée au Covîd. Il aut penser, a-t-îl dît,« big, really, really big »(« New York Tîmes » du 4 maî 2020). Les sommes mobîlîsées par les gouvernements pour trouver un vaccîn doîvent être à la hauteur du coût que le vîrus împose aux économîes et permettre qu’îl soît dîsponîble pour tous. Selon luî, les seuls Etats-Unîs devraîent s’engager à débour-ser 70 mîllîards de dollars, un montant sept oîs plus élevé que ce quî est prévu, et très au-dessus de ce que l’Unîon européenne s’est dîte prête à payer. Car on n’ose îmagîner ce qu’îl advîendraît des socîétés occîdentales en l’absence de vaccîn. A l’heure où îl aut aussî combattre le réchaufement clîmatîque, elles ne sont pas préparées à connaïtre, à leur tour, une vîe hantée par un clîmat îngrat et des épîdémîes récurrentes. D. C.
L E Ç O N S A F R I C A I N E S P O U R L E C O V I D Par DA N I E L C O H E N Directeur du département d’économie de l’Ecole normale supérieure
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LES MOTS CROISÉS ParY V E SCU NOW
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Horizontalement 1.Il glisse à tire d’aile.2.Le spritz est beaucoup plus tendance • Prit des mesures très strictes.3.Il est opposé, en chinoisant, à la passivité et à la nuit • Les premières à reconnaître que le travail porte ses fruits.4.Reste en marge • Quinze pour Cook.5.Le scratch score du golfeur • Marque en suivant le V10-2.6.Met d’office à la retraite • Capable de s’arrêter brutalement. 7.Distingue les anciens de vieilles souches • Sa tenue est légère • Gros, il pète fort.8.Un temps de parole y est accordé à son tour • Grue-marteau. 9.Agent trouble • Matraque.10.Elle fausse la vibration de certaines cordes.
Verticalement 1.Ils doivent beaucoup aux esquimaux en certaines occasions.2.Il ne joue pas quand il pose tapis • Au centre de la fabulation.3.Brune ou volée • Plutôt beau quand il fait.4.Pointe de combat • Fais le job au conclave.5.S’accompagne du cor pour le défilé • C’est fastoche ou c’est cloche.6.En avant tou(te)s! • Les Femmes et les Novices (initiales). 7.Le canal plus d’une reprise en formation • Mot de la fin • Page à tourner. 8.Six ans après le Robert, le Petit Larousse insère en 2020 ce mot bien masculin qui atteint tant les femmes. 9.Le gîte y est aménagé • Cible de projections.10.Ports de voix • Pâli autrement dit.11.A reçu un lot de consolations.
Solution du n° 2918
yvescunow.obs@gmail.com 10 L’OB SN ° 2919 08 102020
LES CHRONIQUES
SUISJEUNMOUTONMASQUÉ? Par DAV I D CAV I G L I O L I
isant dans les journaux que le mouvement ant i - mas que vmaails,qàulaeL.tLerorrassdseudneunrérceestnatuerraénutnhiounppdée,turna-e gagne du terrain, je réalise que je vis dans un monde rigoureusement pro-femme importante m’a réprimandé sèche-ment parce que je me présentais masqué, certes, mais nez sorti.« Vous voudrez bien me ranger ça »,m’a-t-elle dit en désignant mon nez comme s’il était répugnant. J’ai senti comme une pointe de dédain dans sa voix. Ce nez au vent, c’était le nez du raoultien, du « gilet jaune », du scien-tophobe. Ou celui de l’hédoniste, de l’amo-ral bourgeois, qui place sa petite joie de vivre au-dessus du bien collectif, comme le désormais infâme Nicolas Bedos qui préfère vivre que ne pas mourir. Je me suis confondu en excuses et j’ai juré, avec solennité, que je ne prenais pas la seconde vague avec légèreté. La femme importante, rassurée quant à ma bonne moralité, m’a adressé un geste amical qui valait absolution, et m’a tendu sa fiole de gel hydroalcoolique. Soumis à son impor-tance, je me suis docilement frictionné les mains, sans oublier les pouces et les entre-doigts. Nous étions une compagnie particu-lièrement zélée dans la lutte contre le Covid. Parmi nous, un homme se présen-tait comme un« possible cas contact ». Sa compagne, fiévreuse et gorge prise, attendait les résultats de son PCR. N’étant pas encore certain de mériter la quator-zaine, il avait décidé de venir, mais tenait à être transparent et espérait que sa pré-sence ne nous gênait pas. Pour un peu, il nous aurait autorisés à le chasser comme un lépreux. Disséminés aux coins de la tablée, rivalisant de civisme, nous avons donc scrupuleusement respecté la dis-tanciation prescrite par le gouverne-ment. Lorsque la soif se faisait criante, je
baissais le masque pour boire un peu d’eau, puis le relevais pres-tement. Je n’ai pas osé fumer. Quelques jours plus tard, en voiture sur les routes de France, je me suis arrêté pour déjeuner dans un restaurant de routiers,unétablissementnomméLeNid de Poule, posé au bord d’une natio-nale, vestige d’avant les stations-service, accueillant les chaueurs de poids lourds et les ouvriers des usines alentour. J’ai, comme il se doit, enfilé mon masque avant de pousser la porte. A l’intérieur, j’ai blêmi. Dans la grande salle comble, à l’heure de pointe : aucun masque, nulle part. Ni sur les serveurs, ni sur les cuisiniers, qu’on voyait à travers les portes battantes, ni sur les clients levés pour aller aux toilettes, ni sur ceux accou-dés au bar. Que des bouches, que des nez. Une vision d’un autre temps. Ou une insur-rection. Venant vers moi, la serveuse a eu, j’en jurerais, un rictus. Tiens, un Parisien. Un légitimiste. Mon masque, même un peu tombant, même un peu rebelle, en ce lieu où la consigne gouvernementale est défiée avec obstination, m’a fait l’eet d’une fraise de marquis espagnol ou d’un tee-shirt En Marche !. Je l’ai retiré sans attendre. Les gouttelettes, le R0 qui remonte, le civisme, la seconde vague : oubliés. De même que, dans ce restaurant cossu du centre parisien, je professais mon souci de freiner l’épidémie pour le bien de tous, ici, si quelqu’un m’avait adressé la parole, je me serais déclaré ennemi du masque et de la dictature sanitaire qu’il figure. J’au-rais ironisé, comme cet ami Facebook en colère, sur les« moutons »qui se masquent parce qu’on le leur ordonne. J’aurais réglé mon pas sur celui du groupe, ce que cha-cun fait là où il est, trouvant ensuite l’argu-mentaire qui lui permet d’être semblable à ses semblables, mouton parmi les mou-tons. Les croyances politiques changent avec les restaurants. D. C.
STÉPHANE MANEL