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Nouvel Obs du 12-11-2020

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Date de parution 12 novembre 2020
Langue Français
Poids de l'ouvrage 35 Mo
Cahier de l’édition n° 2924 du 12 au 18 novembre 2020 P. 48 P. 58 AFRIQDUE CFA 380R0 F CFA, ALOGÉRIE 410 DGA, ALLEMAGUNE 6,20 €E, ANDORRE 5L,50€, AUETRICHEX5,90 €,PBELGIQULE 5,30O€, CANADSA 8,35I$CAN,ODOM 5,30N€, ESPAGNE 5,50 €, GRANDEBRETAGNEC4,90 £, GRÈOCE 5,50 €, IVTALIE 5,5I0 €, LUXDEMBOURG 5,5L0 €, MAAROC 45 DH,VPAYSBAAS 5,60 €G, PORTUGUAL CONTE. 5,50€, SUDISSE 7,20ECHF,TOMD950 XPF,ÉTUNISIEN6,00 DIT
JOE BIDEN PEUTIL GUÉRIR L’AMÉP.R32IQUE?
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L’OPINION
Trumpisme made in France ParR I CHÉ PASCA L
’autre jour, à la radio, Arnaud Montebourg était interrogésurl’élec-départ,L« mais »tion américaine. Il n’a aucune sympathie pour le personnage« clow-nesque »qu’est Trump, il est ravi de son Mais ? Pour l’ancien ministre du Redressement productif, la moisson de voixparloccupantdelaMaison-Blanche,bien plus abondante que prévu, est un « plébiscite pour la force, c’est-à-dire, der-rière la force, pour la protection de toutes les couches sociales abandonnées par le systèmeéconomiquemondialisé».C’estla récompensed’unhommequi a«tenuses engagements » sur le protectionnisme. Montebourg se réjouit de la restauration de l’idée de nation. Il ne nie pas le cousi-nage de son propre« made in France »et del’«AmericaFirst»murteumssaIl.enpi undiscoursanti-élite(«s’ilyavaitunplan social à faire, c’est au sommet de l’Etat ») etdénonceloligarchie,ce«cercleinvisible quasiment secret », équivalent du« deep state »dénoncé par les trumpistes. Jusque-là, sur la scène politique fran-çaise,seullepartideMarineLePenassu-maitladhésionàlavisiontrumpiennedumonde (son parti était d’ailleurs précur-seur).Lesdiguespeuvent-ellessauterdicià la prochaine présidentielle ? On peut le craindre.Lasociétéfrançaise,traverséeetfragiliséepardemultiplescrises–«gilets jaunes », terrorisme, Covid –, est de plus en plus perméable à cette idéologie nou-velle, qui mêle des ingrédients disparates (l’aspiration à la liberté mais aussi l’illibé-ralisme, larecherched’unhommefort, le rejet du libre-échange, la xénophobie, la détestation des élites et des médias…) et dontlecarburantsuprêmeestlaméance. Lafaçondont lesFrançaiss’informent se« trumpise »elle aussi. Notre pays est, selon les enquêtes, l’un des plus ouverts d’Europeauxfakenews. Lesanti-vaccins
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y prospèrent. Le Dr Raoult y est adulé. Les pires émissions, sur Sud Radio ou sur CNews, y font des cartons, sur le modèle assumé des Fox News et autres radio talksréactionnaires américains. Il est indispensable, salvateur même, que les hommes et les femmes politiques ne détournent pas les yeux de cette évo-lution et des réalités sociales qui la sous-tendent. Mais deux réponses sont pos-sibles. La première est de surfer sur la vagueet,pardémagogie,desemettredans les pas de Trump. La seconde est d’en comprendre les ressorts pour proposer une vision alternative, en phase avec nos valeurs. Voire – comme le suggère d’ail-leurs Montebourg – une refonte ambi-tieuse des institutions démocratiques. Ne peut-on pas faire un lien, par exemple, entre le rejet des élites et laquasi-disparition du pouvoir législatif dansnotrepays?Lecouvre-feudécidéen octobre,privationmajeuredelibertés,n’a mêmepasfaitl’objetd’undébatàl’Assem-blée ! Dans les pays voisins, où la vie par-lementaire est mieux respectée, la méfiance envers les institutions est bien moindre. 57 % des Français jugent que la démocratienefonctionnepasbien,contre 30 %en Allemagne, selon le Cevipof. La gauche, enfin, doit s’interroger sur son incapacité à rebondir malgré les gigantesques défis sociaux et écolo-giques. Que ce soit aux Etats-Unis ou en France, elle a perdu sa base populaire. Parce qu’elle a oublié que pour gagner la confiance et les voix des « invisibles », il faut bâtir des politiques qui améliorent leur sort et leur environnement, qui donnent du sens à leur vie. Quitte à imposer des efforts aux autres, les urbains et les riches, qu’épargneoufavo-rise la mondialisation. P. R. A nos lecteurs :« les Cahiers d’Esther » de Riad Sattouf, exceptionnellement absents dans ce numéro, seront de retour dès la semaine prochaine.
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STÉPHANE MANEL
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STÉPHANE MANEL
l n’y a pas de document écrît, juste un calcul de coîn de table, qu’a rapporté « le Monde ». Un calcul que l’économîste Patrîck Artus – quî publîe pourtant quatre notes par jour sur le sîte pqeuuétIedpéardluaîrmeîesneàalî’asrarnêttudneel’écmonpolemdîîevpîsoîuorné:clhaappepretreadueCPoIvBîdp,rdoîvvoî--des études économîques de la banque Natîxîs – n’a aucune envîe de ormalîser. Il trouve cela îndécent, presque tabou. De quoî parle-t-on ? Du « prîx d’une vîe », que l’on sée par le nombre de vîes sauvées. Auprîntemps, les deuxmoîs deconfinement ont aît baîsser lapro-ductîonannuelle(lePIB)de10%.Unmoîsdeconnementstrîctrepré-sentedoncunepertede5poînts dePIB. Unpoînt dePIB, c’est 24mîl-lîards d’euros, 5 poînts, c’est donc 120 mîllîards. Sî ce premîer confinementapermîsdesauver20000vîesparmoîs,commelesdon-nées épîdémîologîques retenues par l’économîste le suggèrent, alors le coût d’une vîe seraît de 6 mîllîons d’euros. Ce résultat, c’est aussî celuî trouvé par l’économîste et député MoDem Jean-Noël Barrot (HEC, MIT). Avec deux chercheurs de l’unîversîté Bocconî de Mîlan, îl a voulu documenter ce prîx de la vîe, en zoomant sur les Etats-Unîs, où les choîx de confinement sectorîel ontvarîéselonlesEtats.Al’arrîvée,îlsaboutîssentaumêmecalculque Patrîck Artus : une vîe sauvée a coûté 6 mîllîons d’euros en moyenne. Tout cela a-t-îl un sens ? Evîdemment, non. D’abord parce qu’en sortîe de confinement, nous rattrapons une partîe des achats que nous n’avons pas aîts, les coîfeurs travaîllent plus, les dentîstes aussî, et l’efet sur l’économîe se révèle moîns « pîre » que prévu. Ce sîmple rattrapage, de l’aveu même de Patrîck Artus, ramène le prîx du sau-vetage d’une vîe pendant le Covîd de 6 à 3 mîllîons d’euros… Maîs îl y a aussî débat sur le nombre de vîes sauvées. Dans son lîvre « Et sî la santé guîdaît le monde ? » (1), l’économîste Eloî Laurent (OFCE, Scîences-Po, Ponts ParîsTech) cîte une étude de l’Ecole des Hautes Etudes en Santé publîque quî chîfre le nombre de morts évîtées entre le 19 mars et le 19 avrîl à 60 000. Emmanuel Macron, luî, en
se réérant à l’étude de l’épîdémîologîste brîtannîque Neîl Ferguson, de l’Imperîal College de Londres, a parlé de 300 000 à 500 000 décès en l’absence de mesures de préventîon. Bre, les évaluatîons sont troppeusolîdes pour entrer enlîgne decomptedans la décîsîonpublîque. Jean-Noël Barrot rappelled’aîl-leurs qu’« aucun des gouverneurs[des Etats des Etats-Unîs étudîés] n’avait le chifre de 6 millions en tête lorsqu’il a pris la décision d’arrê-ter telle ou telle activité ».De même qu’aucun maîre n’a en tête le coût d’une vîe en France – estîmé conventîonnellement à 3 mîllîons d’euros (2) lorsqu’îl décîde d’învestîr dans un rond-poînt ou un eu rouge pour dîmînuer le nombre d’accîdents de voîture. Alors, pourquoî passer tant de temps sur ce sujet ? Pour Jean-Noël Barrot, c’est très claîr :« Ces chifres objectivent le montant que nous devrionsêtreprêtsàinvestircollectivement dansnotresystèmedesanté pour éviter des contaminations et des morts la prochaine Fois. ».Pour Eloî Laurent, îl y a une autre conclusîon à tîrer. Le PIB, le mîllîon, le mîllîard, ne sont peut-être plus la bonne manîère de mesurer l’ei-cacîté des polîtîques publîques. Il propose de regarder plutôt l’espé-rance de vîe supplémentaîre qu’elles apportent. En aîsant, pour une oîs, attentîon aux efets pervers : pas questîon, par exemple, de gagner des années de vîe en « exportant » le traîtement des déchets toxîques à d’autres pays (ce que l’on aît déjà avec une logîque pure-ment économîque). C’étaît aussî la conclusîon de Claudîa Senîk et Yann Algan dans leur note au Conseîl d’analyse économîque « Terrîtoîre, bîen-être et polîtîques publîques », quî analysaît les causes du mouvement des « gîlets jaunes » : c’est la qualîté de vîe dans une vîlle donnée, mesu-rée par la présence de commerces ou le dynamîsme du tîssu assocîa-tî, plus que le nîveau de vîe, quî détermîne la satîsactîon des habî-tants. C’est celaqu’îl aut s’attacheràpréserver. Quoî qu’îl encoûte.S. F. (1) Editions Les Liens qui libèrent, en librairie depuis le 4 novembre. (2) Selon un rapport de l’ancien Commissariat général au Plan datant de 2013 (« Eléments pour une révision de la valeur d’une vie humaine »).
L E P R I X D ’ U N E V I E , U N C A L C U L V I D E D E S E N S Par S O P H I E FAY
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L E S
LES MOTS CROISÉS ParY V E SCU NOW
Horizontalement 1.L’emblème du coq gaulois dès 70. 2.Placé dans les coffres forts • Voies d'accès au périphérique.3.Un vieux rouge mis en bouteille • Conviennent aux notes très élevées.4.En faisant la démo en premier, c'est pété • D'un niveau élevé assez bas.5.Triai dans le tas et ne flinguai pourtant pas.6.Qui a tout pour représenter les canadiennes.7.Du genre bernoises ou berlinoises? • Borne tout court.8.Appréciais avec une romaine • Accoua bon.9.Participent à un enlèvement • Ce monsieur n'est pas très recommandable.10.On pourrait croire à un dessert de future dame, mais ce n’est rien qu’un•e tel•le. Verticalement 1.La féminisation du coq en cuisine? 2.Pétillant du côté de Montferrat • Prit la posture d'un coq gaulois (se). 3.Poli finalement • Arriver à terme. 4.Dévoré ou simplement grignoté • Travaillant comme une faiseuse. 5.Qualité du pilot.6.Spécialités de SaintGobain appréciées chez une Vierge.7.Tuniques romaines sans manches • Paraphe d'un inventaire très particulier.8.Ses sphincters agissent dans une mission de miction • Mesure établie avec un rapporteur. 9.Travailla après avoir bien bûché •Deuxlivresenun.10.Nerendilservicequ’à des unibrassistes aveccette graphie?
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Solution du n° 2923
yvescunow.obs@gmail.com L’OB SN ° 292 41 2 1 12020
LES CHRONIQUES T R U M P, M O N S T R E P O P Par DAV I D CAV I G L I O L I
onald Trump est indubita-blementunfasciste, d’ungenrDenouveau.Iln’estpassortidessous-et sa manière de refuser comme un forcené de quitter le pouvoir le montreunefoisdeplus. Maisil est unfasciste solshabituelsdelextrêmedroite.Ilnapasétépropulsésurlascènepolitiqueparunealliance de militaires et de religieux. Son talent ora-toirenestpasceluiduntribunentraînéàsou-lever des foules de skinheads. Il faut rappeler que Trump, avant d’être politicien, exerçait le métier étrange de célébrité, et que ses employeursétaientlesinstitutionsculturelles qui, aujourd’hui, le combattent. Trumpestlepremierfascisteproduitparlapopculture.Lemoteurdesonascension,cestla fascination moqueuse qu’il a toujours su provoquer chez lesmogulsnew-yorkais du divertissement. Le « New York Times » lui consacrait des portraits apologétiques où on lui prêtait la beauté de Robert Redford. Son accession à la notoriété date de 1987 et de la parutionde sonmaîtrelivre, «TheArt of The Deal»,publiéparRandomHouse.Al’époque, le patron de Random House était Samuel I. NewhouseJr.,décédéen2017(songroupeest propriétairedeCondéNast,quiédite«VanityFair », le « New Yorker », « GQ », « Vogue »). C’est lors d’une réunion aux Bahamas que Newhouse, subjugué par lestar powerde Trump, et excité par les ventes d’un numéro de « GQ » où il posait en une, a ordonné à ses employésdeluisigneruncontratprincier.Leséditeurs du livre étaient Howard Kaminsky, éditeur de Norman Mailer, Gore Vidal, William Boyd et Elmore Leonard, ainsi que Peter Osnos, ancien du « Washington Post », et NPR, le France-Culture américain. Trump est aussi une créature de la chaîne detélévisionNBC, quidiusecesjours-cides
émissionsélectoralesoùsadéfaite est fêtée comme la fin d’un cauche-mar. NBC, filiale de Comcast, qui possèdeaussilesstudiosUniversaletDreamWorks et qui a financé les campagnes de Barack Obama. On a vu Trump invité d’honneur du « Saturday Night Live », émis-sioncomique, danslaquelleildansaitentouré de gros poulets. Il a surtout été la tête de gon-dole de la chaîne pendant les quinze saisons de«TheApprentice», latélé-réalitéproduite àsagloirequi lui apermisdepasser, auxyeux dugrandpublicaméricain,pourl’incarnation même de la réussite, et à laquelle sa victoire de 2016 doit beaucoup. Trump a joué son propre rôle dans « Maman, j’ai raté l’avion ! 2 », dans « Zoolan-der»,dans«Celebrity»,deWoodyAllen,dans « le Prince de Bel-Air », dans « Sex and the City ». Il a été un personnage récurrent des émissions de catch et des vidéos érotiques de «Playboy»,autempsoùlecatchet«Playboy» étaient culturellement puissants. Il est d’ail-leurs,dansmonsouvenir,lepremierprésident américain que le grand public français ait connu avant son accession à la présidence. Adolescent, je le voyais à la télévision fran-çaise, qui diusait déjà les talk-shows améri-cains. J’ai le souvenir d’une émission dont le présentateur jouait à « Trump or Monkey » : il montrait la photo du haut d’un crâne, et l’invitédevaitdeviners’ils’agissaitducrânede Trump ou de celui d’un orang-outan. De 1987 à 2011, année où Trump s’est o-ciellement rallié à la droite en devenant com-mentateur sur Fox News, il était une vedette étrange, àlafoismagnifiéeetridiculisée, eton ne savait pas bien si lui-même en était conscient. S’il était un modèle d’autodérision ouunmonstred’ego.Onadepuiseularéponse. LesquatreannéesquelesEtats-Unisviennent de traverser sont la vengeance d’un bouon qui en avait assez qu’on rie de lui.D. C.
STÉPHANE MANEL
LES CHRONIQUES L’ E U R O P E A U D É F I D E L’ É C L I P S E A M É R I C A I N E Par P I E R R E H A S K I
ePremierministre slovène, Janez Janša, peut être mettracLetenthousiasmesurlecompted’un pardonné de s’être prématu-rément réjoui de la « victoire » de Donald Trump ; on «patriotismedeFirstLady»,laSlovénieétant,après tout, le pays natal de Melania Trump… Partoutailleurs,lesgouvernementseuropéens tétanisés ont pris garde aux faux pas embar-rassants.Carl’Europejouegrosdansl’élection américaine,aprèsquatreannéestraumatisantes de présidence Trump. A son corps défendant, Donald Trump a sans doute plus fait pour l’unité européenne que des années de discussions entre experts. Il a insué l’idée qu’il n’était pas inscrit dans le marbre que les Etats-Unis seraient éter-nellement les protecteurs du Vieux Conti-nent ; et que si le « nationalisme trumpien » s’est d’abord attaqué à la Chine, l’Union européenne, dont Donald Trump n’a cessé de répéter contre toute évidence historique qu’elle avait été créée« contre l’Amérique », risquait d’être la cible d’un second mandat. Une bonne partie du continent qui s’était habituée à vivre sous le « parapluie améri-cain » s’est soudain retrouvée plus attentive au discours, notamment français, sur l’auto-nomie stratégique européenne. Pour autant, il n’y avait pas grand monde pour espérer une victoire de Trumpaumotif qu’elle fournirait à l’Europe le ciment négatif desapropreidentitécollective. Toutenrecon-naissant qu’un Joe Biden plus aimable, plus amical, plus prévisible à la Maison-Blanche risquait de démobiliser une partie de ceux qui s’étaient laissé « convertir » à l’idée d’une Europe-puissance, on faisait valoir à l’Ely-sée que le monde était devenu trop brutal et périlleux pour jouer à la politique du pire. A quelques exceptions près, l’Europeétait donc
STÉPHANE MANEL
pro-Biden, et ce ne sont pas les manœuvres de DonaldTrump pour empêcher la victoire de son rival démocrate qui l’au-ront fait changer d’avis. Le vrai défides Européens est de savoir s’ils pourront maintenir le cap vers une plus grande prise de responsabilitéentant quepuissance, encoor-dination avec les Etats-Unis, et non plus en dépendance vis-à-vis d’eux. La clé doit être cherchée en Europe, et pas aux Etats-Unis qui, à l’issue de ces élections, seront durable-ment polarisés et introvertis. Et donc moins enclins àdéfendreleur positionhégémonique « à l’ancienne » dans le monde. Une partie de la réponse se trouve en Alle-magne:c’estlepaysquiasansdouteétéleplus ébranlé par l’hostilité américaine des années Trump.L’installationd’unnouveauprésident à Washington coïncide avec la fin de l’ère Merkel : la chancelière quittera le pouvoir à l’issue de la législature, en 2021, et son parti, laCDU,doitluichoisirunsuccesseurd’iciàla fin de l’année. Angela Merkel a commencé à bâtir son « héritage » européen en rejoignant Emmanuel Macron pour proposer le plan de relance en partie fondé sur un emprunt commun, ce que Berlin avait toujours refusé jusque-là. Toujours en lien avec la France, la chancelièredevradécideroùplacerlecurseur de l’ambition d’une Europe-puissance qui a toujours rechigné à se définir comme telle. Laquestionn’est doncpasaujourd’hui dese demander si l’Europe peut « remplacer » les Etats-Unis pour assurer sa sécurité : ce n’est pas réaliste. C’est de savoir si elle est capable de définir sa propre stratégie, de détermi-ner ses intérêts face aux grands défis de l’heure posés par la Chine, la Russie, la Tur-quie, lastabilitéenMéditerranée, etc. Et dans unsecondtemps, desavoiràquelleAmérique l’Europe aura à faire le 21 janvier prochain. P. H.
 ANWAR AMRO/AFPSTEPHANE DE SAKUTIN/AFPCC
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