Telerama du 06-10-2021
164 pages
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Telerama du 06-10-2021 , magazine presse

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Date de parution 06 octobre 2021
Langue Français
Poids de l'ouvrage 28 Mo

Exrait

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MERCREDI 6 OCTOBRE 2021
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BEL, LUX 3,90€DOM 5,50€
CH 5,70 CHFMAR 43 MAD
CPPAP Nº 0621C80864
Nº 3743
DU 9 AU 15 OCTOBRE 2021
SUPPLÉMENT
FORMATION:
LES MÉTIERS
DU DESIGN
GRAPHIUE
ET NUMÉRIUE
RENCONTRE AVEC
CARINE KARACHI,
NEUROCHIRURGIEN
LE CERVEAU,
UEL CHEF D’ŒUVRE!
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L’invitée
1973
Naissance.
2004
Chef de clinique.
2006
Doctorat
en neurosciences.
2010
Professeur
des universités.
Elle l’opère, l’étudie. Depuis vingt ans, Carine
la neurochirurgien consacre
sa vie au cerveau. Entre mystères
et émerveillement, elle dévoile toute
la beauté de cet organe fascinant. Karachi
3o
L’invitée Carine Kara Chi, neurChirurgien
vous parlez souvent de vous, les chirurgiens,
comme de « bricolos »…
Le contraste est tout de même saisissant entre cet organe si
sophistiqué et les outils que nous utilisons pour l’opérer,
tellement basiques : les petites spatules, les dissecteurs, les
bistouris… Tout cela est plutôt grossier pour réparer un or­
gane aussi complexe, sur lequel il reste tant à apprendre.
C’est ce contraste qui m’a poussée à mener deux carrières
en parallèle, la recherche en neurosciences et la neurochi­
rurgie : elles se nourrissent l’une de l’autre. La compréhen­
sion de l’activité du cerveau me guide dans mon geste,
quand je pratique par exemple l’implantation d’électrodes
Propos recueillis par Elle écoute Blondie (Call Me) avant pour stimuler les réseaux neuronaux dysfonctionnels, res­
Olivier Pascal-Moussellard d’entrer au bloc pour chasser le stress. ponsables des maladies de Parkinson, Gilles de la Tourette,
Photo Jérôme Bonnet pour Télérama Après quoi elle ne se laisse plus dis­ ou des troubles obsessionnels compulsifs (TOC). Le cou­
traire par rien, les yeux dans les mé­ rant électrique envoyé au sein des structures cérébrales
ninges de ses patients, les doigts dans profondes est capable de rétablir une motricité presque
leur cerveau, quatre, six, dix heures durant. Elle, c’est normale en supprimant les mouvements anormaux comme
Car ine Karachi, 47 ans, profession neurochirurgien et pro ­ le tremblement, les tics… mais aussi les pensées anormales
fesseur de neurologie. Une tête chercheuse bien faite et des comme les obsessions. Mais le soin auprès des patients, si
mains haute couture — « notre trésor », dit­elle — a u service important dans ma vie, m’ofre aussi une excellente fenêtre
des malades, à l’hôpital de la Pitié­Salpêtrière, à Paris. Chez de compréhension du cerveau humain. Mes patients le
cette « bricoleuse » un peu spéciale dont le champ de travail, comprennent d’ailleurs très bien et se prêtent au jeu,
la boîte crânienne, mesure à peine 1 400 centimètres cubes, ap portant ainsi leur pierre à la compréhension de leur ma­
l’autorité est naturelle et l’émotion sous bonne garde… ladie et du fonctionnement des structures profondes du
mais jamais très loin. Quant à son champ de curiosité, il cerveau, auxquelles on n’a pas accès, même par l’imagerie.
semble infni. Au Théâtre de la Ville, elle coanime avec le
metteur en scène Emmanuel Demarcy­Mota une Académie Ces structures profondes qui nous permettent d’efectuer
Culture­Santé où étudiants et acteurs décryptent l’absurde mille tâches sans même y penser…
chez Ionesco sous le prisme du néocortex préfrontal et des Concentrées dans ce qu’on appelle les ganglions de la base,
ganglions de la base… « La neurologie contemple, la neuro- elles sont le siège de la mémoire procédurale, qui permet
chirurgie agit, a­t­elle résumé un jour à propos de sa voca­ l’apprentissage de comportements nouveaux qui seront
tion. Je serais neurochirurgien ». Explications. automatisés, comme marcher, se laver les dents, faire du
vélo. Parfois, cela déraille. Par exemple, dans le trouble
La contemplation et l’action sont-elles les deux jambes obsessionnel compulsif, ces structures se mettent en
de votre vocation ? boucle : normalement, lorsque vous vous lavez les mains,
Comme neurochirurgien, j’aurais plutôt tendance à me votre cerveau enregistre quand vous avez fni, et vous pou­
défnir par l ’action, mais c’est vrai, la beauté a sa place dans vez passer à autre chose. Atteint d’un TOC, frappé d’une
la façon dont j’exerce mon métier. À l’origine de ma voca­ anxiét é d’avoir mal fait ou de n’avoir pas fni ce lavage de
tion, il y a un choc esthétique ! J’étais en stage, j’adorais la mains, votre cerveau donne au contraire l’instruction de
médecine mais je ne connaissais rien à la neurochirurgie, recommencer, encore et encore — sans fn. On ne sait pas
quand le père d’une amie, le Dr Sichez, m’a fait appeler au exactement ce qui provoque cela, mais on sait modifer l’ac­
bloc. Pour la première fois de ma vie, j’avais sous les yeux tivité de ces structures en implantant des électrodes, pour
un cerveau vivant, qui battait au rythme du cœur, avec ses que le patient puisse basculer vers une nouvelle activité.
extraordinaires couleurs pastel. Je pouvais toucher l’or­
gane de la pensée, quasiment une profanation ! J’ai trouvé Que se passe-t-il dans votre cerveau à vous,
cela fabuleux… et vingt ans plus tard, je ne suis pas blasée : quand vous opérez ?
quand j’enlève une tumeur, je suis éblouie par l’apparition Je suis hyper concentrée, complètement focalisée sur ce
des nerfs optiques, des carotides, et la beauté de l’anato ­ que je fais. Cela implique une polarisation de l’attention des
mie retrouvée du cerveau. Au microscope, le spectacle de­ zones préfrontales sur la tâche entreprise, avec une capa­
vient exceptionnel, un paysage marin, avec ses plexus cho­ cité de distraction à peu près nulle : pas de musique dans le
roïdes qui ressemblent à de jolies algues, et reviennent bloc ! Mais cet engagement total met aussi à contribution
parfois dans mes rêves, plus tard… mes ganglions de la base, car le geste chirurgical mobilise
une énorme mémoire procédurale : nos gestes, très tech­
Un cerveau, c’est gros ? niques, ont été répétés à l’infni, et sont gravés dans notre
Beaucoup plus gros qu’on ne l’imagine. Surtout les lobes mémoire, un peu comme ceux d’un gymnaste.
préfrontaux, qui représentent 30 % de sa masse. Quand on
enlève une grosse tumeur frontale, on peut mettre un Au bloc, les émotions sont bannies ?
poing dans la boîte crânienne, voire deux ! Rappelons que Pas forcement bannies, mais une dissociation s’opère natu­
le cortex préfrontal — siège de la motricité, de la cognition, rellement entre la technicité des gestes à efectuer et les
de la prise de décision, bref des fonctions « exécutives » — est considérations afectives, et c’est tant mieux. Tout l’envi­
très important chez l’homme et chez les grands singes. ronnement s’y prête : le lieu, l’habillement, les « champs » ☞
4 Télérama 3743 06 / 10 / 21o
L’invitée Carine Kara Chi, neurChirurgien
☞ placés sur le patient pour délimiter la zone à opérer… aucun risque, vous ne servez à rien. C’est ce qui se passe
L’équipe est entièrement mobilisée au service de ce dernier, aux États-Unis, où mes collègues savent très bien que
on fait de notre mieux, tous ensemble, pour lui, et quand rendre un patient « défcitaire » au niveau de ses capacités
on le réveille — car on le réveille pendant l’opération, afn cérébrales est un tabou, un interdit absolu dans leur
hôpide procéder à certaines vérifcations, in vivo, des facultés de tal : le risque de poursuites judiciaires est trop important.
langage, par exemple — c’est un moment vraiment particu- Donc ils se retiennent. Le principe, dans notre métier, est
lier : le patient devient le témoin direct de ce que je fais à pourtant simple : pour retirer la tumeur, il faut
s’approson cerveau, je reconnais que c’est… un peu spécial. Mais cher des zones fonctionnelles du cerveau. Ce qui veut dire
on ne se sent pas pour autant super puissant : savoir qu’en- prendre le risque, évidemment réféchi et mesuré, de
proviron 30 % de nos patients seulement sont vraiment aidés voquer un défcit neurologique. La gestion de ce risque est
par notre intervention, cela rend humble. Et puis on se la partie la plus difcile de notre métier. Indispensable si
demande toujours si on n’aurait pas obtenu de meilleurs l’on veut vraiment aider le patient, c’est aussi une terri-
résultats en plaçant l’électrode 0,4 millimètre plus à gauche, fante épée de Damoclès, celle de la catastrophe
opéraou plus à droite… Heureusement, il y a aussi de grandes toire, que nous avons tous vécue.
satisfactions. Quand on lance la stimulation et que le
patient, à peine capable de bouger le bras quelques heures « Perdre » un patient , c’est dur ?
plus tôt, lève soudain la main en l’air : c’est dingue, ce qu’on Toujours. Évidemment. Mais ce n’est pas la même chose de
peut faire en stimulant un tout petit groupe de neurones… le perdre après une erreur technique qui, avec l’expérience,
devient rarissime, et de le perdre à cause d’une
complicaet quand ça se passe moins bien… voire mal ? tion inattendue, un incident qui dépasse l’imaginaire et
Face aux risques de l’opération, ressentir l’immense res- vous tombe soudain dessus. C’est là que votre « famille »
proponsabilité qui pèse sur vos épaules peut être très inhi- fessionnelle prend toute son importance. Dans notre ser -
bant. Mais c’est cette même responsabilité qui vous pousse vice, on se connaît depuis vingt ans. Plus qu’une équipe,
à faire mieux, toujours. La perspective de coller un handi- nous sommes une famille avec, au centre, le patient, et
aucap défnitif au patient devient insupportable, en vieillis- tour de nous, notre maison, la Pitié-Salpêtrière. Nous
sant, mais elle ne vous empêche pas d’être parfaitement sommes terriblement attachés à cette dernière. À son
hisconscient, comme neurochirurgien, que si vous ne prenez toire prestigieuse, bien sûr, mais encore plus à l’esprit
particulier de son école de neurologie et de neurochirurgie, qui
privilégie à la fois l’excellence et la prise de risques. Sans le
soutien de nos collègues et de notre institution, cette prise
de risques donc cette progression seraient impossibles.
Qu’est-ce que le Covid vous a appris sur l’hôpital ?
Je trouve que l’hôpital a été exemplaire dans la prise en
charge des patients. On a vu sa capacité à s’adapter, à faire
sortir de terre des lits de réanimation qui n’existaient pas ;
les médecins ont expliqué comment il fallait organiser les
soins, les administratifs ont suivi, ça s’est bien passé et on
a limité les dégâts pour les patients atteints du Covid. Mais
les dégâts collatéraux pour nos propres patients ont été
immenses : ces malades n’ont plus eu accès à nous, ni nous à
eux, et cela restera une grande soufrance. On a bien
essayé de lutter au début, mais on a vite compris que cela ne
servirait à rien, et que certains allaient mourir, faute de
pouvoir être opérés. Tellement d’autres, c’est vrai,
mourraient aussi du Covid… Pendant des mois, nous avons
pratiqué une médecine de guerre comme je n’en avais encore
jamais connu dans ma vie de médecin, et ma conclusion,
forcément provisoire, est que la situation a été gérée au
mieux, dans des conditions très difciles. ☞
« Il faut doubler le
salaire des infirmiers
et aides-soignants,
si mal payés de leur
dévouement. »
6 Télérama 3743 06 / 10 / 2110.08.2021 14:09 (tx_vecto) PDF_1.3_PDFX_1a_2001 300dpi YMCK ISOcoatedv2_FOGRA39_U280_K95 GMGv5o
L’invitée Carine Kara Chi, neurChirurgien
Certains ont parlé d’un hôpital au bord de l’épuisement… solitude et la démence. Chez les gens atteints de démence,
Il faut distinguer deux choses. Le fait que l’ensemble du per - l’absence de liens sociaux et afectifs aggrave souvent la
sonnel soignant soit allé au charbon, cela me paraît normal : pathologie initiale. Comme dans la pièce, il ne reste plus
ça fait partie de notre métier. Mais ce système de santé pu- que les comportements sociaux appris qui s’expriment
blique qui fait la ferté de notre pays, il faut le protéger. Et dans une solitude extrême. C’est particulièrement frap -
faire attention que le fossé ne s’élargisse pas entre la force pant dans nos soc iétés aux structures familiales disper -
d’engagement des personnels et la réalité de leurs condi- sées, beaucoup moins, je ne vous le cache pas, dans les
fations de travail, et de vie tout court. Certaines choses milles asiatiques ou de Gitans que nous recevons à
doivent être modifées, par les médecins comme par l’ad- l’hôpital : dans ces famille s-là, handicapé ou pas, on ne
ministration : parfois, il faut savoir réduire le nombre d’in- reste jamais seul… Mais je n’ai pas pu m’empêcher de faire
terventions, opérer un petit peu moins vite, prendre le une lecture « neurologique » d’un autre spectacle de Bob
temps d’expliquer ce qu’on fait — bref, ralentir pour ne pas Wilson, Bach 6 Solo. Sur le plateau, une violoniste virtuose
accepter de travailler dans des conditions dégradées. Et au joue un morceau magnifque, faisant évidemment appel à
passage, doubler le salaire des infrmiers et aides-soignants, sa mémoire procédurale — un ensemble de gestes
« sur-apqui sont si mal payés de leur dévouement. On enlèvera pris », rejoués des centaines de fois sur un mode
automabeaucoup de soufrance dans les équipes. tisé. Autour de cette violoniste se déployait une
chorégraphie, avec des danseurs qui faisaient, eux, des gestes
extrêmement lents, une marche hyper contrôlée,
impliquant une motricité v olontaire mais dépourvue de but. Ce
qui est rare pour la motricité volontaire. L’inverse du
comportement automatique de la violoniste. J’avais sous les
« Au microscope, le spectacle yeux la dissociation entre motricité volontaire et
motricité automatique, deux systèmes gérés par des réseaux de du cerveau est exceptionnel,
neurones diférents du cerveau. J’adore !
un paysage marin, avec
Mais pourquoi, alors qu’ils pratiquent les mêmes ses plexus choroïdes qui
exercices à l’infini, certains artistes deviennent
ressemblent à de jolies algues. » des virtuoses et d’autres pas ?
On ne le sait pas… et ça ne nous empêche pas de
reconnaître une virtuose quand on l’entend ! Avec les acteurs du
Théâtre de la Ville, nous avons regardé des vidéos de la
gymnaste roumaine Nadia Comaneci : tout le monde peut
voir qu’elle a un « truc » en plus, en dehors de sa technique
est-ce dificile d’être une femme dans le monde parfaite, mais quoi ? Et où ce « truc » se loge-t-il dans le cer -
de la neurochirurgie ? veau ? Un acteur a proposé « Elle met du plaisir dans ce
Pour moi ce métier n’a pas de sexe. C’était plutôt une disci- qu’elle fait » et je crois qu’il n’avait pas tort : avec l’émotion
pline d’hommes quand j’ai commencé — aux cours de spé- du plaisir, tout a l’air plus facile, devient plus beau. À la
Salcialité, il y avait trente garçons français et étrangers et j’étais pêtrière, nous venons de perdre brutalement un collègue
la seule flle — mais les choses sont beaucoup plus équili- qui nous était très cher, Stéphane Clemenceau, lui aussi
brées depuis. Ce qui ne m’empêche pas de penser que nous chirurgien. Quand vous regardiez Stéphane opérer, vous
sommes diférents, les hommes et les femmes, et que nous aviez l’impression d’avoir vu la Joconde. Dans sa gestuelle,
pouvons avoir une approche distincte de la chirurgie, de la il y avait quelque chose d’une immense beauté, qui était à
gestion du risque ou de la gestuelle. Cette mixité est une ri- la fois r econnu de tous et… inexplicable.
chesse ! Et ce qui vaut pour les sexes me paraît aussi
essentiel dans les échanges entre disciplines : il faut décloisonner, Quel avenir envisagez-vous pour le cerveau et notamment
créer des passerelles, en particulier avec les arts, multiplier dans le domaine de l’interaction avec les machines ?
les contacts entre cultures scientifque, littéraire, médicale, D’abord, on est encore très loin de la compréhension fne
etc. C’est tout le sens de l’Académie Santé-Culture que nous de l’ensemble du cerveau. Ce qui se passe à l’échelle d’un
avons montée avec Emmanuel Demarcy-Mota : jeter des neurone est tellement compliqué, il reste tant à découvrir…
ponts entre les univers, pour que les étudiants puissent s’en- La question qui va se poser, bien sûr, est celle de la
possibirichir de chacun d’entre eux, en croisant par exemple nos lité d’une chirurgie qui augmente les capacités cérébrales
regards et nos questionnements sur des pièces de Ionesco. de gens non malades. Est-elle souhaitable ? Dans le cerveau,
Transmettre la vision médicale et scientifque du monde et quand on booste un système, c’est toujours aux dépens
l’émerveillement qu’elle procure me semble capital. d’un autre. L’homéostasie, l’équilibre du corps, concerne
aussi le cerveau, et mieux vaut s’en souvenir avant de se
lanDe Médée aux personnages de ionesco, les cerveaux cer sur ces nouveaux territoires… Je vous répondrai donc
dysfonctionnels ne manquent pas, au théâtre… que, selon moi, il faut à la fois rester souple et extrêmement
Certains personnages sont efectivement de bons modèles. vigilant sur les conséquences possiblement néfastes de
Je prendrai deux exemples dans deux pièces de Bob Wil- ces avancées technologiques. J’ajouterai que je ne suis pas
son que j’ai vues récemment. I Was Sitting on My Patio This la bonne personne pour trancher. Parce que notre premier
Guy Appeared I Thought I Was Hallucinating m’a immédia- souci, à nous les chirurgiens, ce n’est pas l’homme
tement fait penser aux liens que l’on peut observer entre la augmenté, c’est l’homme malade : le patient •
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