Telerama du 17-06-2020

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Date de parution 17 juin 2020
Langue Français
Poids de l'ouvrage 18 Mo
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M 02773 - 3675 - F: F: 3,303,30E
3’:HIKMRH=XUXXU\:?d@g@r@f@k";
MERCREDI 17 JUIN 2020
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CPPAP Nº 0621C80864
Nº 3675
DU 20 AU 26 JUIIN 2N 2020
IL Y A CENT ANS
CES
FOLLES
ANNÉES
FOLLES
ET TOUTES
NOS SÉRIES
D’ÉTÉ
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Le monde rural, un espace préservé où vivrait le « vrai
peuple » ? Cette vision urbaine de la ruralité n’est qu’une
succession de clichés, s’insurge le sociologue. Pour lui,
ces territoires en déclin ne sont pas assez écoutés.
Benoît
Coquard
Propos recueillis par Romain Jeanticou
Photo Jean-François Robert Ils furent nombreux, dans les pre- Quel regard portez-vous sur la période que nous venons
pour Télérama miers jours, ces « journaux de conf- de traverser ?
nés » racontant la douceur de l’allon- On a beaucoup parlé de Paris et des grandes villes, et c’est
gement du temps, vécue par quelque légitime car les risques de transmission y sont plus forts.
romancier lui-même allongé dans le jardin de sa maison de Néanmoins j’ai été agacé par les clichés ressassés sur la
camcampagne. Ces derniers rentrés dans leurs pénates, le so- pagne, dépeinte comme un refuge contre le monde
mociologue Benoît Coquard rappelle que la campagne n’est derne, un territoire loin des problèmes où le temps s’arrête.
pas un sanctuaire coupé du monde, et que le confnement C’est ingrat pour les gens qui y vivent, avec les contraintes
ne fut pas des vacances pour ses habitants. Dans son pre- que cela comporte : la précarisation des métiers, les
délocamier livre, Ceux qui restent. Faire sa vie dans les campagnes lisations d’usines, le manque d’argent pour mettre de
l’esen dé c lin , fruit de presque dix ans d’enquête de terrain, il sence dans sa voiture… Contrairement aux urbains, le
rapdépeint la réalité des classes populaires rurales de la ré- port des habitants des campagnes à la nature est productif
gion Grand Est, dont il est originaire. Et s’il est de bon ton et pas seulement contemplatif. Le paysage, on y travaille, et
pour la classe politique de se dire proche de « la terre », Be- on le traverse sans arrêt.
noît Coquard révèle au contraire l’immense
méconnaissance générale de ces territoires. Des représentations misé- vous vous attaquez à ces idées reçues dans votre livre
rabilistes du cinéma à la notion de « France périphérique », Ceux qui restent. Faire sa vie dans les campagnes en déclin …
qui fait le lit de l’extrême droite, les campagnes françaises On parle de « la ruralité » alors qu’il existe un fossé entre
sont presque toujours présentées d’un point de vue urbano- deux formes de ruralité. Celle des campagnes attractives,
centré, défend le jeune chercheur. souvent proches des littoraux, dont l’identité locale est ☞
4 Télérama 3675 17 / 06 / 20
1986
Naissance
à Chaumont,
Haute-Marne.
2016
Thèse de
sociologie
à l’Université
de Poitiers.
2017
Chargé de
recherche en
sociologie à l’Inrae
(Institut national
de recherche
pour l’agriculture,
l’alimentation
et l’environnement).c
L’invité le sociologue Benoît oquard
☞ forte et dont la population augmente grâce à l’arrivée de prendre en compte ces changements profonds dans les
néoruraux. Et celle que j’étudie et qui est, à l’inverse, en dé- mentalités et les habitudes, au risque de faire comme cer -
clin : des territoires qui se dépeuplent et s’appauvrissent à tains néoruraux qui créent des festivals de jazz dans des
cause de la précarisation ou de la disparition des emplois. zones où il est évident que les habitants ne s’y rendront pas.
Ne pas admettre cette division, c’est comme réunir
Neuillysur-Seine et Aubervilliers dans une même catégorie au mo- Comment ces populations sont-elles vues
tif que ce sont deux villes de banlieue. Parler de « la » rura- par le monde politique ?
lité, c’est nier les structures sociales qui la traversent : Deux images dominent depuis plusieurs années, l’une
plucomment on y travaille, consomme, socialise… La simple tôt à gauche et l’autre plutôt à droite. La première est celle,
question territoriale a tendance à éclipser ces réalités. La misérabiliste, de prétendus « beaufs », racistes et ignorants.
plupart des hommes politiques se disent « proches de la La seconde, tout aussi méprisante, est celle du « vrai
terre » : ils aiment cultiver une certaine forme de virilité liée peuple », des « petits Blancs » que la France multiculturelle
au terroir, mais très peu veulent aborder les inégalités so- aurait oubliés. C’est la théorie de « la France périphérique »
ciales qui structurent la ruralité. Les classes populaires ru- du géographe Christophe Guilluy ; davantage une analyse
rales ne sont pas représentées politiquement. Même dans politique que la conclusion d’un travail de terrain. De
nomla recherche universitaire on en parlait peu, jusqu’à la mon- breux chercheurs s’y sont opposés. Mais elle a largement
tée du vote FN , puis jusqu’aux Gilets jaunes. été reprise durant le mandat de Nicolas Sarkozy, où l’on
parlait beaucoup de « fracture territoriale ». Les élus
euxLe Grand Est, votre région d’origine et de recherche, mêmes se réclament de cette France-là, qu’ils disent
mépria été la deuxième plus touchée par le coronavirus… sée par les urbains pour expliquer l’augmentation des
J’ai vu des commentateurs dénoncer la faible diminution inégalités entre villes et campagnes, et donc se défausser de
du trafc routier dans ces territoires, ce qui traduit une pro- toute responsabilité. Cela oppose les prétendus « bobos » à
fonde méconnaissance : les gens ont très largement conti- ce « vrai peuple », qui serait défni seulement par le lieu où
nué à y travailler ! C’est un point de vue urbano-centré que il vit, et pas par sa condition sociale. Alors qu’au sein même
de parler du confnement comme d’une parenthèse dans le d’un canton il y a de grandes disparités de richesse ! Ce
temps. Les zones rurales industrielles sont essentiellement concept de « France périphérique » eface aussi les liens
basées sur des emplois manuels, et elles ont poursuivi une avec la ville, or un tiers des ruraux part poursuivre des
vie relativement normale. L’une des caractéristiques des études ou trouver un métier qualifé. Si on l’ignore, on ne
territoires les plus touchés par l’épidémie est la part impor- peut pas comprendre que les campagnes se dépeuplent.
tante de métiers ouvriers, pour lesquels le télétravail est im- Ces territoires sont impactés par des mobilités de
perpossible. À cela s’ajoute une forte population à risque : ces sonnes et de capitaux, la mondialisation, les
délocalisadépartements sont très vieillissants. Forcément, beaucoup tions… La campagne isolée est une image d’Épinal.
de gens ont autour d’eux des proches qui ont été touchés.
Qu’en est-il des représentations culturelles ?
Juste avant le confinement, le gouvernement a annoncé Elles relèvent souvent de l’exotisme. Et l’exotisme, c’est de
que dix mille licences iv, qui autorisent la vente et l’ethnocentrisme, de la distance sociale. Le fantasme du
villa consommation d’alcool, seraient distribuées gratuitement lage, montré comme une communauté unie, persiste ; alors
pour « r edynamiser nos campagnes ». Est-ce une bonne idée ? que plus rien n’est à son échelle puisqu’au quotidien on ne
Tout dépend du projet derrière. Dans les cantons du Grand peut pas se passer de la voiture. Dans les flms sur
l’agriculEst, le nombre de bistrots est passé de trente ou quarante à ture, on cherchera toujours à défendre l’image du « paysan »
trois ou quatre en trente ans. C’est l’une des plus grandes dif - appauvri, travailleur et silencieux. Cette image de victime ne
férences avec les campagnes qui ne sont pas en déclin. La correspond pas à la réalité des statuts locaux, du moins là où
fermeture des cafés et des bars est avant tout le résultat de je travaille : l’agriculture intensive ayant fait disparaître
beaula destruction du marché du travail. Pour aller au café, il faut coup de petites exploitations, les agriculteurs restants sont
de l’argent ! Et aussi un collectif — on va boire un coup après souvent embourgeoisés. Ceux qu’on ne voit jamais en
rele travail. Il n’y a plus de lieux qui brassent les populations vanche, alors qu’ils peuplent majoritairement ces
camde cette manière, positive, et en conséquence l’espace pu- pagnes, ce sont les ouvriers et les employés (60 à 70 % des
emblic a été dévalorisé : les bourgs sont désertés, on fait tout en plois contre 5 % d’agriculteurs). Les classes populaires rurales
voiture car la maison, le travail, l’école et le supermarché sont ce que Bourdieu appelle une « classe objet » : elles sont
sont à 10 kilomètres les uns des autres. La socialisation s’est « parlées » par les classes dominantes, mais ne parlent pas
repliée vers le domicile, et les bars sont plutôt mal vus. Il faut elles-mêmes. Elles ne produisent pas leur propre vérité. ☞
« C ontrairement aux urbains, le rapport
des habitants des campagnes à la nature
est productif et pas seulement contemplatif. »
6 Télérama 3675 17 / 06 / 20LA PERFEC TION DA NS
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 « Le grand souci de nos campagnes
en déclin est le niveau de vie. Tant
qu’on ne l’élèvera pas, rien ne fonctionnera. »
n ’est-il pas possible de parler avec justesse vous faites un rapprochement entre les populations
de ces populations sans en faire partie ?  des banlieues et celles des campagnes. Pourquoi ?
Même en faisant tout un travail sur soi, en enquêtant et en Ce que je décris, c’est la vie de classes sociales, ce n’est pas
s’entourant, cela me semble compliqué lorsqu’on n’en vient une histoire d’accent régional. Et cela a des résonances
pas. Des documentaristes souhaitant flmer ce monde popu- avec d’autres territoires : les points communs sont très
laire rural me contactent de temps à autre, et rares sont ceux nombreux avec les quartiers populaires, notamment.
qui connaissent le terrain. Nous sommes imprégnés des Banlieues et campagnes se sont développées avec les
images de Depardon, celles d’une France vide et isolée. On industries, avant de subir les crises économiques… Mais
produit une représentation en négatif, à partir de ce qu’il y a expliquer cela, c’est évidemment bien moins séduisant
« en moins » par rapport à la ville : par exemple, il n’y a pas de que de réduire le monde à un choc des civilisations et à
bars, donc il n’y aurait pas de sociabilité… Mais lorsqu’on des discours identitaires qui ont gagné le champ politique,
connaît les habitants, on sait que la sociabilité y est diférente, au-delà de l’extrême droite.
qu’elle a lieu à l’intérieur des foyers et qu’elle est plus intense
qu’en ville. Il n’y a pas de théâtres et de bibliothèques, donc Les campagnes où vous travaillez ont majoritairement voté
il n’y aurait pas de production culturelle… Alors qu’il y a par pour le Rassemblement national aux dernières élections.
exemple une énorme production de vidéos YouTube sur la Quelles sont les décisions prioritaires à prendre pour enrayer
pêche, le bricolage, la mécanique, la chasse… le déclin de ces territoires ?
On dit souvent à tort que seule Marine Le Pen sait parler à
La littérature est-elle plus proche de la réalité ? ces gens. C’est faux : ses discours sur les ruralités sont
Je constate que les romanciers reproduisent la vision bour- complètement hors-sol. Ce qui marche, c’est la vision
geoise de leur propre milieu. C’est très violent pour moi. Ce- confictuelle du monde qu’elle met en avant, largement
rela n’est pas spécifque aux classes populaires rurales, mais layée par les médias de masse et que l’on vit à l’échelle
locommun à beaucoup de groupes dominés. Le nerf de la cale quand on se retrouve mis en compétition avec son
guerre, c’est que ceux qui aient vécu cette condition la ra- voisin pour un boulot. Mon livre a pas mal circulé dans les
content. Lorsque j’ai lu Leurs enfants après eux, de Nicolas milieux politiques où j’ai été reçu pour en parler. Mais j’ai
Mathieu, j’ai été ému, de la même manière que j’ai été ému des désaccords fondamentaux avec le gouvernement. Le
en trouvant chez Bourdieu des choses que j’avais vécues retrait de l’État est démesuré dans ces territoires : les
emsans les comprendre, comme le sentiment d’illégitimité plois locaux ne sont pas aidés, les délocalisations pas
emlorsqu’on a connu une ascension sociale. Ce roman m’a rap- pêchées, les services publics supprimés… Il manque une
pelé mon adolescence. Évidemment, certains détails sont réelle politique de la jeunesse, qui ne peut pas se limiter à
romancés, mais on sent qu’il connaît ce qu’il raconte 1. l’éducation et aux loisirs, mais doit aussi traiter les
questions économiques. La jeunesse est la population la plus
Comme vous, il en est parti avant d’y revenir. pauvre, et pourtant elle relève du ministère des Sports ! Il
On ne parle de ces milieux qu’après en être sorti, et c’est faut aussi prendre en compte les fortes inégalités de genre :
dommage. Une fois encore, cela souligne le problème de les jeunes femmes dans les campagnes en déclin sont deux
l’accès à la parole. De qui porte le récit. Dans la politique, fois plus frappées par le chômage, et les secteurs qui
procomme dans les médias ou la culture, on a besoin que ceux pagent une précarité massive, comme les services à
domiqui parlent « au nom de » laissent leur place. S’il n’en a ja- cile et les centres d’appels, sont très féminins. Enfn,
mais vécu, un Blanc des beaux quartiers peut-il vraiment même si avec la crise sanitaire de nombreux Parisiens ont
s’exprimer sur les violences policières ? Et un député, an- émis le souhait de partir s’installer à la campagne, les élus
cien avocat, peut-il parler correctement des caissières ou doivent comprendre qu’il n’y en aura pas assez pour
redes aides à domicile ? Si ces gens-là ne cèdent pas leur place, peupler toute la France rurale ! Le fait que dans certains
d’autres mouvements comme celui des Gilets jaunes vien- lieux il ne reste que des ouvriers ne devrait pas être
considront leur rappeler : « Vous ne parlez pas comme nous, déré comme un problème. Mais il faut s’occuper d’eux. À LiRe
vous ne parlez pas bien de nous, vous n’êtes pas comme Comme dans les quartiers populaires, le grand souci de Ceux qui restent.
nous. » Ce n’est pas un processus simple, car cette popula- nos campagnes en déclin est le niveau de vie. Tant qu’on Faire sa vie dans
tion est elle-même imprégnée de logiques de dépossession, ne l’élèvera pas, rien ne fonctionnera  • les campagnes
et a tendance à se sentir moins légitime lorsqu’on l’inter- 1 l es photos de couverture du roman de nicolas Mathieu et en déclin,
roge comme je le fais. C’est pourquoi il ne faut pas simple - de l’essai de Benoît coquard sont tirées de la même série, réalisée éd. l a découverte,
ment consulter, mais redistribuer le pouvoir et la parole. en Picardie par la photographe alexa Brunet. 216 p., 19 €.
8 Télérama 3675 17 / 06 / 20Choyez-Covid_Telerama_209x 272_0806.indd 1 08/06/2020 14:43a
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Sommaire du 20 au 26 juin 2020
Vilà l’été !
Nos années 2020 ressembleront-elles 16 aux années 1920, si folles, si inventives ?
Porteuses de nombre de ces
modernités qui nous fondent aujourd’hui, et de
bien de ces fulgurances créatives et
réfexions dérangeantes qui nous ont
construits, de l’art à la politique, de la
littérature à la psychanalyse. Elles ont
commencé après la tragédie de la
Première Guerre mondiale et le désastre de
la grippe espagnole ; elles se sont
achevées sur le krach fnancier mondial d’oc-22 tobre 1929. Faut-il tirer leçon de cette
décennie prodigieuse dont nous vous
conterons l’épopée tout l’été de par le
monde ? Ce ne sera pas la seule de ces
séries journalistiques où nous aimons,
les beaux jours venus, vous entraîner.
Parce qu’elles sont souvent pour nous
bonheur d’écriture et occasion de
sujets variés. Ainsi, après l’épreuve du
coronavirus, sommes-nous allés enquêter 32 en région sur les initiatives nouvelles
qui en étaient sorties. Ainsi avons-nous
cherché quelques-unes de ces
personnalités de l’ombre qui avaient inspiré
leur mentor en art, cinéma ou
littérature jusqu’à lui sacrifer leur vie. Ainsi, à
l’heure où la vie culturelle paraît si
meurtrie et menacée, irons-nous à la
errencontre, dès le 1  juillet, de
quelquesuns de ces artistes invisibles aux
métiers peut-être mal connus, mais qui la 41 font vivre. Bel été. — Fabienne Pascaud
Couverture zine dAns L’oMbrE dE… (1/8) CritiqueS
En 1924, Peggy 4 L’invité 32 Leslie Cheung, l’étoile filante 41 Le rendez-vous
Guggenheim, dans Le sociologue Benoît coquard idole de la jeunesse Paris est une guerre,
une robe de Poiret. 11 Premier plan hongkongaise, il fut le premier de janet Flanner
Photo Man Ray déboulonner le passé ? acteur fétiche de Wong 44 Livres
2015 Trust/Adagp, 12 Qui ? Comment ? Pourquoi ? Kar-wai, avant que la carrière 46 Cinéma
Paris 2020. Issue du réalisateur n’explose 50 Musiques
de « Man Ray et LE dossiEr 51 Arts
la mode », musée 16 La psychiatrie en crise A bouGE En ré Gion (1/6) 53 Enfants
du Luxembourg, Afaibli, délaissé… le secteur 34 radio Libellules à bordeaux
du 23 septembre parviendra-t-il à se relever ? confiné dans sa chambre, éléviSion
au 17 janvier 2021. il y a urgence Valentin pensait aux résidents 55 Le meilleur de la semaine télé
des Ehpad, particulièrement Péril sur la ville, sur Arte
ce numéro comporte : 22 Tony Gatlif en Camargue isolés… et une radio est née 60 Programmes et commentaires
une couverture spécifique
« Paris-idF » pour les abonnés Au pays des gardians,
et les kiosques de Paris-idF
et une couverture nationale ; le cinéaste tourne Tom Medina utrement adio
une couverture de 4 p.
spécifique « Bordeaux » 37 Penser 116 Le meilleur de la semaine radio
pour les abonnés et les
kiosques du dép. 33. LEs Anné Es 1920 (1/8) créer et jouer d’un côté, Toute une vie,
ePosé sur la 4 de couverture
pour les abonnés de la 26 La décennie la plus folle manager et diriger de l’autre : sur France culture
France métropolitaine :
un encart de 6 p. cérès Après guerre, arts et sciences une mission ambitieuse 118 Les programmes
Franco occitanie
pour les abonnés des rivalisent d’audace pour une seule personne.
dép. 09, 11, 30, 31, 34, 66.
édition régionale, 28 Le mythique Cotton Club Festivals et théâtres 123 Mots croisés
t élérama + Sortir, pages
spéciales, foliotée de 1 à 32 En pleine prohibition, ont-ils vraiment besoin
jetée pour les kiosques des
dép. 75, 77, 78, 91, 92, 93, 94, à Harlem, duke Ellington d’un artiste à leur tête ?
e95, posée sur la 4
de couverture pour réinvente le jazz
les abonnés des dép. 75, 78,
92, 93, 94.
10 Télérama 3675 17 / 06 / 20
Loic VENANcE/AFP | oLiViEr mEtzgEr Pour téLérAmA | BEijiNg FiLm Studio |  grANgEr/BridgEmAN imAgESa
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Premier Pan
Bristol, Angleterre,
le 7 juin. Une statue
à l’efigie de
l’esclavagiste
Edward Colston
est jetée à terre,
deux semaines
après la mort
de George Floyd
aux États-Unis.
D r le é ?
Par Valérie Lehoux
ce en déboulonnant de vieilles fgures de pierre ou de bronze Renversées, tronquées ou aspergées de peinture.
que la donne changera ? Et jusqu’où ira le grand ménage ?
Depuis qu’en Angleterre, ce 7 juin, une foule a fait Après tout, même Victor Hugo, citoyen progressiste, mais
eaussi homme du xix  siècle, défendit la colonisation… Bien tomber de son piédestal l’efgie d’un marchand
sûr, par sa puissance, l’actuelle remise en cause des statues enégrier du xvii  siècle, les statues portant un peu interroge. Elle est le signe d’une soufrance accumulée
dede cette histoire coloniale sont contestées comme jamais. puis des siècles, que le récit historique n’a jamais vraiment
À Anvers, en Belgique, celle du roi Léopold II, qui avait reconnue ni réparée. Il est plus que temps de l’entendre.
conquis le Congo dans le sang, vient d’être retirée. Aux États- Bordeaux, qui fonda son essor sur la traite des esclaves, a
Unis, des statues de Christophe Colomb ont été décapitées choisi d’apposer dans ses rues qui portent le nom de
néou jetées à l’eau, au titre du génocide amérindien. En France, griers des plaques racontant l’Histoire et rendant hommage
le Conseil représentatif des associations noires demande le à ses victimes. Installer aujourd’hui de pareils panneaux
retrait d’un Colbert près de l’Assemblée nationale, car il fut mémoriels au pied des statues contestées aurait le mérite
rédacteur du Code noir, qui régissait la vie des esclaves. d’assumer le passé. Plutôt que de tenter de l’efacer •
Faidherbe, colonisateur du Sénégal, est lui aussi sur la
sellette. Des statues ébranlées par l’immense vague de colère
qu’a soulevée la mort de George Floyd, Américain noir tué
par un policier blanc le 25 mai à Minneapolis. Que cette
indignation ne retombe pas, et continue de dénoncer le
racisme de nos sociétés, on ne peut que s’en réjouir. Mais
estTélérama 3675 17 / 06 / 20 11
Birchall Ben/P Pho/ Bb
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Qui ? Comment ? Pour Quoi ?
pHo To GRApHeS,
UN Ave NiR TRè S NéGATiF ?
Menacés mais déterminés à ne rien
lâcher, les photographes se
rassemblent afn de mieux se défendre. « C’est
tout un pan de la culture française […]
qui risque de se trouver anéanti »,
s’alarment plus de mille personnalités dans
une lettre ouverte au président de la
République, publiée le 10 juin dans Libéra­
tion. L’Union des photographes
professionnels, à l’origine de cette tribune,
estime que la majorité de ses a dhérents
a perdu entre 50 et 80 % de ses revenus
depuis le début de la crise sanitaire. et
l’avenir ne se prête guère à l’optimisme,
entre annulations de festi vals,
fermetures de lieux de représentation, et une
presse afaiblie par la crise. Une
situation qui ne fait qu’ag graver la précarité
du métier. et pourtant, dans une
société où l’image occupe une place
grandissante, le rôle des photographes reste
essentiel pour regarder droit dans les
yeux notre époque. S’ils vacillent, qui
va les remplacer ? Les banques
d’images ? pour éviter que les illustra- dans ce creux de la vague, ce sont aussi journa liste, auteur et artiste. Je rêverais Le futur reste
flou pour les tions standar di sées ne deviennent la « les failles sys t émiques qui étaient là bien qu’on ait un statut unique comme les in­
professionnels
norme, ces défenseurs de la photogra- avant le c onfn ement qui apparaissent, termittents du spectacle ». Une piste de l’image,
phie appel lent le chef de l’état à concoc- souligne Lucile Boiron, représentante pour faire avancer la photographie qui, qui demandent
un « vrai plan de ter urgemment un plan de fnancement de la jeune garde. Nous sommes tou­ ne l’ou blions pas, existe seulement
grâfinancement
et à encourager l’investissement dans jours dans une forme hybride, ballottés ce aux photographes. et de subventions ».
la photographie made in France. car entre les statuts de photographe, photo — Élodie Cabrera
RepéR é Âge 25 ans. cheurs s’afrontent devant un public
Profession Rappeur, comédien. chaufé à blanc, il commence à se
Actualité Dans The Eddy (sur Netfix), faire une place dans le circuit des
série du Franco-Américain Damien pros de la musique, avec notamment
chazelle et de l’Anglais Jack Thorne un passage au festival Fnac live, où il
r acontant les mésaventures d’un club se montre très à l’aise, succédant à
de jazz dans le paris d’aujourd’hui, il e ddy de pretto et avant Angèle.
incarne Tarif, le leader-guitariste- Signes particuliers Hormis le Belge
chanteur d’un jeune groupe. Un se- R oméo elvis, on n’a pas repéré d’autre
cond rôle qui lui ressemble : il vient de rappeur francophone
s’accompapublier Ëpisode O, un second ep où il gnant d’une guitare sur fond de doux
chante et rappe, accompagné des beats hip-hop. Une tendance très en
accor ds aériens de sa six-cordes. vogue aux états-Unis dont il s’inspire
Ascendants élevé à Stains (Seine-Saint- sans se cacher (Trippie Redd, The
Denis), ce fls unique d’un lanceur de inter net…) et qu’il compte bien
conjavelot de l’équipe algérienne d’ath- tinuer d’explorer sur un prochain
létisme et d’une avocate free-lance disque piloté à la production par
s’est fait remarquer au sein du collec- Maxim Nucci, alias le compositeur et
et i f par i sien 7 5 Session, pépinière de chanteur Yodelice. « Dans The eddy,
nouveaux talents (Giorgio, Népal, mon personnage veut simplement jouer
Di-Meh…). Rodé dès l’âge de 15 ans à pour ses potes. Moi, je prends la mu­Sopico l ’é cole des « open mics », où les tchat- sique plus au sérieux. » — Erwan Perron
12 Télérama 3675 17 / 06 / 20
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