Telerama du 22-12-2021
252 pages
Français

Telerama du 22-12-2021 , magazine presse

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Date de parution 22 décembre 2021
Langue Français
Poids de l'ouvrage 64 Mo

Exrait

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1983
Naissance à Paris.
1989
Les Baisers
de secours,
de Philippe Garrel.
2006
Baal, de Bertolt
Brecht, mise en
scène de Sylvain
Creuzevault.
2007
Les Chansons
d’amour,
de Christophe
Honoré.
2015
Les Deux Amis,
premier long
métrage comme
réalisateur.
2020
ADN, de Maïwenn.
Greta Thunberg ? Une Jeanne d’Arc. Louis
Laetitia Casta ? Sa boussole… Pour
l’acteur et réalisateur de 38 ans, les
combats de la jeunesse et les gens qu’il
aime sont des sources d’inspiration. Garrel
Télérama 3754-3755 22 / 12 / 21 3L’invité L’acteur et réaLisateur LOuis GarreL
La réalité est venue rattraper La Croisade ?
On avait commencé à tourner quand est arrivé le premier
confnement. J’ai du coup un peu réécrit le scénario, en y
intégrant la scène d’alerte soudaine aux particules fnes. Et
je suis sorti, en demandant à un ami de me flmer avec un
smartphone, dans Paris totalement vide. Le flm a été
bricolé avec le réel. Ce qui est fou, c’est qu’en si peu de temps,
un scénario qui apparaissait comme de la science-fction est
devenu un flm du présent, synchrone avec son époque, et
Propos recueillis par Jacques Morice C’est le genre d’homme envié. Intelli- en passe de devenir caduc. Cela va très vite.
Photo Jérôme Bonnet pour Télérama gent, séduisant, drôle, cultivé. En
renouvellement perpétuel aussi. On l’a Derrière la comédie se joue un renversement
connu dandy ténébreux. Il a surtout quasi anthropologique : ce sont les enfants qui alertent
été longtemps l’acteur cinéphile par excellence, un Jean- les parents et agissent à leur place…
Pierre Léaud contemporain. Avant de se moquer de cette Cela ne concerne peut-être pas toute la jeunesse mais une
image en endossant l’habit et les lunettes noires du cinéaste bonne partie d’entre elle. Beaucoup d’entre nous ont
constasuprême, Jean-Luc Godard, dans Le Redoutable, de Michel té que leurs enfants étaient plus clairvoyants qu’eux. Sauf
Hazanavicius (2017). Un moment, être comédien ne lui a qu’ils n’ont pas encore de pouvoir. Une part de leur
insouplus suf, il est alors devenu lui-même réalisateur, comme ciance a été sacrifée. Quand Greta Thunberg fait ses
déclason père, Philippe, signant Les Deux Amis (2015), inspiré de rations, c’est un happening génial. Une flle si jeune, si
resMusset, puis L ’Homme fdèle (2018), coécrit avec Jean-Claude ponsable ! À part Jeanne d’Arc, on n’avait jamais vu ça… Cela
Carrière. La Croisade, son deuxième long métrage avec Lae- devrait d’ailleurs nous inciter sérieusement à baisser l’âge
titia Casta, révèle une facette imprévisible de plus. Dans ce du droit de vote, à 16 ans au moins. Mais rien ne va dans ce
conte écologique étonnant de fraîcheur, des enfants ridicu- sens. Ni dans celui de la transition écologique. On évoque le
lisent leurs parents et montrent l’exemple, en s’engageant risque de chômage accru… Mais s’il y a un investissement
activement pour sauver la planète. Le flm est aussi riche massif et une coordination mondiale, on peut agir. La
d’insolence que de sagesse. Comme si Louis Garrel avait à preuve aujourd’hui, face au Covid. Greta Thunberg a dû de -
la fois 16 et 60 ans. Il n’en a que 38 en réalité. Donc le temps venir folle de rage quand elle a vu l’argent et la science qu’on
de nous ofrir bien d’autres créations surprenantes. est capable de déployer d’un coup. D’après le sociologue
Bruno Latour, tout ceci n’est que la répétition générale d’un
D’où est venue l’idée de La Croisade ? prochain grand confnement. Il fait justement remarquer
De Jean-Claude Carrière [écrivain, scénariste, homme-or- qu’hier, pour oublier nos soucis, on contemplait la nature,
chestre, disparu en février 2021, ndlr]. Il avait eu l’idée dans en se disant qu’elle était plus grande que nous. Maintenant,
un avion et y tenait, pressentant sans doute sa fn proche. Il on ne peut plus la regarder sans se dire qu’on la détruit. C’est
m’envoie la première scène écrite. À la lecture, je suis gêné : cette connaissance qui nous permettra de changer.
des enfants obsédés par la fn du monde et qui se mobilisent
pour l’écologie, je n’y crois pas. Je sens qu’il est vexé mais il La Croisade n’épargne ni la génération de Mai 68
continue le travail. Par acquit de conscience, j’en parle au- ni celle qui a suivi.
tour de moi, les gens abondent dans mon sens. Quatre mois Je me souviens des manifs contre le contrat de première
emplus tard, je tombe des nues en découvrant cette jeune Sué- bauche, le CPE, quand j’étais étudiant. Mai 68 était encore
doise de 15 ans, Greta Thunberg, à la télé ! Carrière était vrai- une vague référence. Une page s’est vraiment tournée de -
ment visionnaire, doué d’un sixième sens, comme un sour- puis… Mais culpabiliser ne sert à rien. Et comme je n’ai pas
cier. J’ai donc décidé de me lancer avec lui dans le projet à envie de donner une leçon de morale aux spectateurs, je
condition que le flm soit drôle, n’ayant pas l’âme d’un mi- me suis mis à la place du benêt, qui peut facilement devenir
litant, et qu’il soit tourné vite, avec un petit budget. réactionnaire sans s’en rendre compte. Il y a une dimension
satirique un peu partout dans le flm, du côté des parents
vous étiez très lié à Jean-Claude Carrière ? comme des enfants, qui se tirent dans les pattes et peuvent
Son humour me manque aujourd’hui, on ne cessait de apparaître inquiétants. Pour des idées moins essentielles,
s’envoyer des vannes. On avait une amitié étrange, au re- des gens ont pris les armes et ont tué. On peut donc craindre
gard de notre diférence d’âge. On était comme les person- le pire, face à cette question de survie.
nages d’Harold et Maud, cette pièce qu’il avait lui-même
traduite et adaptée en France. Jean-Claude était un sage En tant que parent, vivez-vous des situations de conflit
très généreux de son savoir universel, capable de conter équivalentes à la maison ?
d’innombrables histoires, sur la médecine, l’histoire, les Cela peut arriver, sur l’écologie, mais aussi sur d’autres
sucultures du monde entier. Toutes sortes de gens passaient jets. Ma flle, Oumy, a tendance à me faire la leçon sur le
raÀ voir sans arrêt chez lui. J’y ai croisé Julian Schnabel, Michael cisme. Elle s’est beaucoup impliquée dans les manifs Black
Haneke, Michel Houellebecq, des étudiants, de jeunes Lives Matter. Elle a 13 ans, est très structurée et des disputes
metteurs en scène africains. On venait le consulter comme sur l’identité, le genre, la sexualité sont survenues. J’ai l’im-n
La Croisade, un oracle. Il était très intelligent tout en s’exprimant de pression, parfois, d’être un vieux con. En même temps,
de Louis Garrel. manière simple — le signe pour moi d’un esprit brillant. j’apprends. Il faut faire en sorte d’équilibrer le dialogue. Ne
en salles. Sur l’urgence écologique, il avait écrit un livre, Le Pari, pas s’énerver. C’est d’ailleurs ainsi que j’ai envisagé La
CroiLire critique p. 70. dès 1972. C’est dire s’il était pionnier. sade : comme un flm convivial, plus encore que familial. ☞
4 Télérama 3754-3755 22 / 12 / 21VO US N’ AV IE Z
JA MA IS RI EN GO ÛT É
DE PA RE IL .
E. Lecl erc a cr éé la ga mme L’ origine du goû t Le ca fé , nou s so mm es al lé s le ch erch er
pou r vo us su rp re nd re ave c de s sa ve urs au Salva dor pou r so n goû t ch ocol at é et
qu e vo us n’ av iez ja ma is goû té es au pa- fr ui té . Le sa um on d’ Ecos se est fu mé à
la fi ce lle, ce qu i ch an ge to ut : sa ch ai rrava nt , to ut en vo us le s prop os an t au x
me il le urs pr ix . Pa r exem pl e, le Lo mo de re st e ainsi fe rm e et fon da nte. No tre
Be llo ta es t un e ch arcu te ri e is su e de co - caviar Osc iè tre es t d’ or ig in e fr an ça is e,
ch ons nou rr is au x gl and s d’ Es tré mad ur e de la Giro nd e pou r êt re pl us préc is ,
et d’ An dalou sie , au per silla ge fi n, lo ng en qu i fo ur nit pa rm i le s me il le urs ca -
viar s du mo nd e, to ut sim plem en t. Vo usbouc he et dél ic atem en t fu mé . Le « sal ch
ich ón » de Vi c vien t lu i de Ca ta log ne avec vo yez, c’ es t ce la L’ or ig in e du goût :
sa ch air bie n ro uge et so n goû t de vo us fa ir e dé co uvr ir de s pl ai sir s
no is et te qu i fon d en bou ch e. sub tils et ra re s au x me il le urs pr ix .
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L’invité L’teur e réaLteuris LOuis GarreL
Une mère et un père En 2015, vous avez tourné Les Deux Amis, avec Golshifteh vous jouez à chaque fois dans vos films.
déboussolés face Farahani, votre compagne d’alors. vous filmez maintenant J’aime jouer, alors je n’hésite pas à le faire, au risque de
pasà leur fils de 13 ans,
Laetitia Casta, votre épouse. D’où vient cette inclinaison ? ser pour narcissique. Je me déguise, j’espère parvenir à altermondialiste
militant (Laetitia Du plaisir à tourner et à travailler avec des gens que j’aime créer des avatars, comme Nanni Moretti le fait. Avoir un
Casta, Josef Engel dans la vie. C’est ce que j’appelle des « coproductions afec- rôle, c’est égalementi une manière d’être avec les autres
acet Louis Garrel,
tives ». Certains matins, on arrive sur le plateau sans savoir teurs, d’être proche d’eux.dans La Croisade).
où l’on est, ni ce qu’on y fait. Tout paraît bizarre et
monstrueux, les machines, les décors ; on peut avoir la sensation Quel est votre métier principal désormais,
de fabriquer de la fausse vie. Laetitia me sert alors de bous- acteur ou cinéaste ?
sole. Notre lien fait que le geste de flmer redevient naturel, Je préfère dire « acteur metteur en scène ». Pas par
humilije sens qu’une vérité intime peut découler de sa présence. té, c’est peut-être un orgueil de plus. Cinéaste, ce n’est pas
Le fait d’avoir tourné sous la direction de mon père dans tout à fait mon truc, cela suggère des obsessions, un
rapLes Baisers de secours, lorsque j’avais 6 ans, avec mon père pel de motifs, un style. Or, je ne suis pas un grand styliste.
qui jouait mon père, ma mère qui jouait ma mère, m’a sans Dans La Croisade, je ne joue avec aucune référence, à la
doute familiarisé avec cette grammaire de cinéma. Qui est diférence de mes autres flms, plus cinéphiles. J’ai juste
aussi un arrangement économique et pratique. C’est plus pensé, pour le climat de peur, à La Bombe (1965), de Peter
facile pour répéter, comme avec une petite troupe itiné- Watkins, un docu-fction d’anticipation. Mais je ne me suis
rante. Mais ce n’est pas systématique : dans le prochain pas préoccupé de la forme. J’ai dit à mon chef opérateur :
flm que je m’apprête à tourner à Lyon, ce sera diférent. « Tu me fais un reportage. Tu es caméraman et tu découvres
tout à la même hauteur que moi. »
De quoi s’agit-il ?
Un flm noir et comique, du moins je l’espère. Triste et en- Comment avez-vous abordé le rôle à risques de Godard
soleillé. Un flm romanesque, avec de vrais personnages dans Le Redoutable, de Michel Hazanavicius ?
cette fois, au contraire de La Croisade. On a conçu l’his- J’ai longtemps hésité, cela me paraissait infaisable. Et puis
toire à trois, avec l’écrivain Tanguy Viel, l’auteur de La j’ai repensé à l’évocation d’Ariane Mnouchkine par Philippe
Fille qu’on appelle, et une jeune scénariste, Naïla Guiguet. Caubère dans ses spectacles. Où il raconte son travail
créaAu casting, il y a Noémie Merlant, Anouk Grinberg, tif de manière clownesque mais avec de l’admiration, une
Roschdy Zem et moi-même. afection énorme. Je me suis raccroché aussi à la création ☞
« La jeunesse me rend confiant, c’est
elle qui fait bouger les lignes, et qui
fera en sorte de sauver ce qu’il y a à sauver. »
6 Télérama 3754-3755 22 / 12 / 21
WHY NOT PRODUCTIONS Je t’ ai racont é ? J’ ai pri s Tu as re nc ontr é Paul,Si tu veu x pr endr e
un café avec Monie, celui qui vient d’ êtr e
une leço n de je u une sp écialist e comme moi emb auché ? Figure-toi
de co ns tr uc tion, va vo ir qu’ il a fa it la mêmede thé âtr e clas sique
èmePierr e. C’ es t un passionné ! du 17 siè cle. fac que to i !
Je ne t’ ai pas dit ? J’ ai re vu Marie -A ude,
Fla vio , le gr and me c celle qui jou ait Hier Lyna es t venue à la
baraqué à la pi scine, il es t de la guitar e mai son, c’ es t ma nou velle
enfin venu me parler ! copine à l’ éc ole.à la soirée de Marc .
Tiens, on pourr ait passer Tu te rappelle s mon pote
T’ as demandé conseil àvo ir Élo die, tu sais no tr e Aurélien ? Mais si, celui
Ax el ? Tu l’ as déjà cr oi sé,nou velle voisine qui a avec qui tu as joué
il vient tous le s joursl’ air d’ aimer le s animau x pendant deux he ures
au tant que to i ! à la salle de sp or t. au x jeux vidé o !
Le handicap es t plus que jamai s l’ af fa ir e de to us : un Fr ançai s sur 5
es t co ncerné, so it 12 millions de pe rsonne s en Fr anc e. 80 % de ce s
handicaps so nt invi sible s et 85 % sur viennent au co urs de la vie. En
nous mobili sant , nous po uvons amélior er le quotidien de to us, et
ac cé lér er la co ns tr uction d’une so cié té plus inclusive. Portons avant
to ut notr e re gard sur ce qui nous ra ssemble. Cette unité es t ce qui
fa it notr e forc e. Ca r quand le s enjeux du handicap pr ogre ssent , c’ es t
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to ute la so cié té qui avance ! En sa vo ir plus : www .handicap .g ouv. frde mon anniv ers air e ?
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L’invité L’teur e réaLteuris LOuis GarreL
« Passer derrière la caméra enrichit mon
métier de comédien. Je pense que les
acteurs participent à la mise en scène. »
☞ originale de Nicolas Bouchaud autour de Serge Daney et de ne laissent pas à l’acteur le moyen d’orienter la narration.
ses textes critiques (La Loi du marcheur). Il fallait que je Dans un livre passionnant, Faire un flm (éd. Capricci), Sidney
rende expressive la sagacité de Godard, que je compose un Lumet confesse que son travail consiste surtout à mettre les
personnage de commedia dell’arte. Il n’y avait aucune vo- choses en place pour que l’acteur fasse le flm. Il raconte par
lonté de le déboulonner. Le principe, c’était plutôt celui exemple comment il organise une scène avec deux caméras
d’une BD qui l’inscrit dans une époque historique foison- pour ne pas importuner Al Pacino dans un long monologue.
nante, à savoir Mai 68, en montrant comment lui, metteur Je suis fasciné par Lumet en ce moment. Si vous me
demanen scène déjà établi et reconnu de 38 ans, remet tout en diez à qui j’aimerais ressembler, ce serait lui.
question et rejoint le combat de la jeunesse. J’ai pensé aux
jeunes d’aujourd’hui, qui ne le connaissent pas forcément. Le théâtre est votre vocation première.
Je me suis dit que ça les amuserait. vous y reviendrez ?
J’ai vu dernièrement Les Frères Karamazov, à l’Odéon, joué
ADN (2020), de Maïwenn, a révélé chez vous par des amis. J’étais jaloux. En même temps, j’ai saisi
l’exiune part inattendue. gence, le travail de mineur. Vladislav Galard, Arthur Igual,
Cela vient de notre lien dans la vie, on rit beaucoup en- Nicolas Bouchaud, Frédéric Noaille sont formidables.
J’aisemble. On forme un duo à la Louis de Funès et Claude Gen- merais refaire du théâtre avec eux, avec Vincent Macaigne
sac ! Dans Mon roi (2015), j’avais déjà ce côté boute-en-train. aussi. Même si je sais que le trac est une horreur. À l’Odéon,
Pour ADN, Pascal Caucheteux était très présent sur le tour- encore, pour Les Fausses Confidences, je me souviens
nage, genre producteur à l’ancienne, qui veille et surveille qu’avant d’entrer en scène, j’avais le cœur qui battait à tout
tout. Il ne cessait de me mettre une pression d’enfer : « T’as rompre. Paniqué, j’en parle au régisseur général, je lui dis :
intérêt à être drôle ! » Avec Maïwenn, il n’y a pas de script, pas « Touche mon cœur. » Sympa, il s’exécute. « Oh p… ! »
s’exde dialogues écrits, on ne cesse d’improviser. Cela m’a per- clame-t-il, avant d’enchaîner aussitôt : « Allez, vas-y, c’est à
mis de composer une sorte de Jiminy Cricket, ce person- toi… » Je n’oublierai jamais les yeux qu’il a faits.
nage créé par Walt Disney dans Pinocchio. J’interviens pour
commenter la situation pesante, je la relativise, j’apporte vous allez bientôt tourner sous la direction de votre père,
un peu de respiration humoristique. Philippe, La Lune crevée ?
On est en train de répéter. C’est inspiré du travail de
marionCe registre comique a efacé l’image de beau ténébreux nettiste de Maurice, mon grand-père, et de son amitié avec
qui vous collait à la peau. Alain Recoing, un grand metteur en scène de théâtre de
maQuand j’étais jeune, je pensais bêtement que la comédie rionnettes. Ils ont fait ensemble Martin et Martine, une
était impure. Alors je faisais souvent la gueule. Les flms émission de télé qui a été un gros succès populaire. Le flm
ne m’intéressaient pas si c’était de la fction sans vérité au- raconte la vie d’une troupe familiale de marionnettistes
tobiographique. Et puis j’ai découvert tout une part du ci- d’aujourd’hui qui se désintègre. Édouard Recoing, le fls
néma italien, le génialissime Une vie difcile (1961), de Di- d’Alain, s’occupe des marionnettes. Et son frère, le
coméno Risi, avec Alberto Sordi. Ou bien Les Feux du music-hall dien Aurélien, joue avec nous. On tient la marionnette à
(1950), de Fellini et Lattuada, avec cette scène formidable gaine. C’est l’enfance de l’art, du théâtre pur. Grâce à un
où Peppino De Filippo, qui a ruiné sa vie, s’évanouit, en bout de chifon seulement, on se retrouve à vivre les mêmes
exécutant une sorte de ballet. J’ai pris conscience que l’ex- émotions qu’avec un être humain.
pression de la vérité peut prendre des formes loufoques,
irréalistes, artifcielles. En France, on aime les acteurs, Êtes-vous confiant en l’avenir ?
mais on en a un peu honte. Rien à voir avec l’Italie, où ils Vu le contexte ambiant de violence sociale et de racisme, à la
suscitent une ferté incroyable. Orson Welles avait raison : veille de l’élection présidentielle, il y a de quoi désespérer.
« Les Italiens sont un peuple d’acteurs. » Mais la jeunesse me rend confant, c’est elle qui fait bouger
les lignes, et qui fera en sorte de sauver ce qu’il y a à sauver.
Passer derrière la caméra n’a pas émoussé Elle a l’enthousiasme qu’on aimait chez quelqu’un comme
votre désir d’acteur ? Stéphane Hessel, ce mélange de lucidité et d’optimisme
juvéAu contraire. Cela enrichit mon métier de comédien. Je viens nile. Ce n’est pas de la mièvrerie, c’est une pulsion de vie •
de tourner avec Pietro Marcello, l’auteur de Martin Eden
(2019). Je suis arrivé en cours de tournage. Pietro m’a montré
des rushs pour que je me mette au diapason et il m’a laissé
ensuite me débrouiller tout seul. J’y ai pris beaucoup de
plaisir. Je pense, dans le fond, que les acteurs participent à la
mise en scène. Et j’aime de moins en moins les cinéastes qui
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Sommaire Du 25 décembre 2021 au 7 janvier 2022
Célébrns la fête !
Alors que la pandémie nous interdit
aujourd’hui ses manifestations les plus
collectives — suspectées d’être de
dangereux espaces de contamination  —,
est-ce provocation que de consacrer à
la fête une grande partie de notre
numéro traditionnellement double de fn
d’année ? Plutôt une incitation à la
célébrer, malgré tout. Car, depuis
l’origine de l’humanité, elle nous est vitale,
essentielle. Le moyen rare de
rencontrer joyeusement les autres, de se
frotter à eux et les redécouvrir dans un
environnement efervescent. De nous
enrichir à leurs contacts, aussi, de
voyager à travers eux. De nous échapper
vers l’ailleurs, l’invisible ? Il peut y avoir
du mystique dans la fête, du sacré,
comme en témoigne à sa façon le
photographe Jacob Khrist, le bien nommé.
Il peut y avoir en elle une volonté de
renaissance, comme le raconte notre
reportage dans un Beyrouth en pleine
déroute. Alors, oui, célébrons la fête en
cette veille de promesse de renouveau
qu’est Noël. Mais sans oublier le monde
tout autour, de l’Islande aux Pays-Bas,
du lauréat du Roman des étudiants
France Culture-Télérama, Mathieu
Palain, au vieux cinéaste new-yorkais Mel
Brooks. Et au plus jeune, Louis Garrel,
qui sort au cinéma La Croisade. Proftez
au mieux de l’heureuse et nécessaire
trêve de Noël… — Fabienne Pascaud
Couverture zine 40 L’architecte Winy Maas CritiqueS
6h25, Paris, 3 L’invité À r otterdam, dans son agence 61 Le rendez-vous
octobre 2018. l ’acteur et réalisateur réputée dans le monde entier Théâtre, de f eydeau, en Pléiade
Image de la série l ouis Garrel 42 La crise du papier 64 Scènes 66 Cinéma
« Abandon ». 11 Premier plan l e monde de l’édition 79 Les films de novembre
Photo Touche pas à ma zone et de la presse s’inquiète 82 Livres 86 Musiques
Cha Gonzalez 12 Ici et ailleurs 44 Un cinéma en éruption 90 Arts 95 Enfants
14 Repérée r eportage en islande, sur les
Joyeuses fêtes la comédienne et scénariste lieux de tournage du film Lamb éléviSion
avec ce numéro r ose matafeo 48 Prix du roman des étudiants Du 25 au 31 décembre
double ! Portrait de mathieu Palain, qui 97 Le meilleur de la semaine télé
Retrouvons-nous SPéCIAL fêTE mêle journalisme et confession 106 Programmes et commentaires
erle 5 janvier. 16 L’édito 50 Rencontre avec Mel Brooks Du 1 au 7 janvier
rien ne tuera notre besoin de ses Producteurs sont adaptés à 173 Lemaine télé
ce numéro comporte : fête. Partout, elle se réinvente… Paris. l ui continue à rire de tout 180 Programmes et commentaires
une couverture spécifique
« Paris-idf » pour les abonnés 18 Désordonnées, les fêtes ?
et les kiosques de Paris-idf ,
et une couverture nationale. l ’avis de l’anthropologue utrement adio
ePosés en 4 de couverture :
un 8 p. s uresnes cités danse emmanuelle lallement 53 Penser Du 25 au 31 décembre
sur les exemplaires Gpub,
sur les abonnés postés et en 24 Et les corps se trémoussent croyait-on au moyen Âge que 162 Le meilleur de la semaine radio
portage du dép. 92, sur les
abonnés postés des dép. 75 on a tous besoin de danser ! la Terre était plate ? Pas du tout ! 167 Les programmes
et 93 et en aléatoire sur les erabonnés du dép. 78. un 4 p. 28 Reportage à Beyrouth 56 Voyager Du 1 au 7 janvier
La Croix sur une sélection
d’abonnés de la f rance rallumer la vie ernest hemingway à stresa, 236 Le meilleur de la semaine radio
métropolitaine. édition
régionale, Télérama+Sortir, 34 Des habits flambant teuf au bord du lac majeur 241 Les programmes
pages spéciales, foliotée de
1 à 56 jetée pour les kiosques Être soi-même, en plus beau 58 Vivre
des dép. 75, 77, 78, 91, 92, 93,
e94, 95, posée sous la 4 de 36 Le photographe Jacob Khrist un chef breton toqué d’Asie… 246 T alents
couverture pour les abonnés
des dép. 75, 78, 92, 93, 94. la fête sans garde-fou 250 Mots croisés
10 Télérama 3754-3755 22 / 12 / 21
The Anonymous Projec T, Tirée de l’exPosiTion du fes TivAl des Pho TAumnAles 2021 de BeA uv Aisc
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IcI et aIlleur
PREMiER PLAN
T
à ma z
À Fournès (Gard),
la mobilisation
citoyenne a payé
(ici, le 29 mai) :
le géant Amazon
renonce à son projet
de centre de tri
de 40 000 mètres
carrés.
jardins d’Aubervilliers, qui seront bel et bien transformés Lundi 13 décembre, le projet d’un entrepôt
en piscine olympique pour les JO de Paris 2024. Mais ces
Amazon à quelques kilomètres du pont du Gard mouvements ultra locaux et peu visibles font preuve de
leur efcacité : alors que le combat écologiste semble blo-fnissait enterré dans la garrigue. En 2020, nous
qué à l’échelon national, des collectifs inédits et
hétéroétions allés à la rencontre de la poignée d’habi- clites remportent ici et là de longues, difciles et inégales
tants de la commune de Fournès qui luttaient contre l’im- batailles sur leurs territoires. Nos confrères de Reporterr e
plantation de cet immense centre de tri 1. Une énième dénombrent 370 oppositions locales à des « grands projets
réinterprétation de David contre Goliath, dont le pot de inutiles et imposés ». Comme à Fournès, où furent
imagiterre est sorti gagnant en multipliant les recours juridiques nées des propositions de parc naturel régional, de
maraîet en scellant des alliances cruciales. Dans les Yvelines éga- chage ou de recyclerie, ils portent en eux des alternatives
lement, le domaine de Grignon ne sera fnalement pas v en- vertueuses, mais aussi durables pour l’emploi comme
du à un promoteur ; à Montpellier, le projet de centre com- pour l’envi ronnement. Et la conviction que nos
cammercial Oxylane vient d’être abandonné ; comme celui du pagnes, nos centres-villes de même que nos banlieues
méPar Romain terminal 4 de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle… Ces ritent mieux qu’Amazon, Carrefour ou Uber  •
oJeanticou victoires ne sont parfois que des répits, comme pour les 1 Lire Télérama n  3680 du 22 juillet 2020.
Télérama 3754-3755 22 / 12 / 21 11
MiKAEL ANSSET / PHOTOPQR / LE MD LBRE
par
r
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IcI et aIlleurs
Plus de cannes
Pour canal
l a montée des marches à cannes, en les réseaux prisés des jeunes (TikTok, In Ter VIew MInu Te
direct sur France 2 ? c’est pour le Instagram, Twitter…), Brut capte
17 mai prochain, et c’est un petit coup 400 millions de visiteurs sur Facebook c en T ans
de théâtre. après vingt-huit ans de chaque mois. son patron, r enaud l e
quasi-monopole de canal+ sur le plus Van Kim, n’est autre que l’ancien réali- de solI dar ITé
célèbre festival international du flm, sateur puis coproducteur du Festival
France Télévisions et le média en ligne de cannes pour canal+, pendant vingt- créé en 1921 à l ondres, le PeN club rassemble 40 000 écrivains,
Brut viennent d’en rafler les droits, deux ans… « On couvrira l’ensemble du poètes, traducteurs du monde entier autour de deux grands
pour trois ans, damant le pion à la festival, bien au-delà des flms en compé- objectifs : défendre la liberté d’expression et favoriser la diversité
chaîne cryptée. Voilà six ans que tition ofcielle », détaille-t-il, rappelant linguistique. Pour les 100 ans de l’organisation, a ctes sud publie
France Télévisions tentait le coup. sa que les moins de 25 ans consomment PEN international, une histoire illustrée (photo), dirigé par
présidente, delphine ernotte, a pro - 90 % des contenus culturels sur leur carles t orner, écrivain catalan et président du centenaire.
mis aux organisateurs une visibilité smartphone. « On s’est rendu compte
sur toutes ses antennes, à commencer avec Brut que les thématiques des flms Pourquoi le PeN club a-t-il été créé ?
par la difusion des cérémonies d’ou- et des documentaires sont incroyable- l e Pen a été imaginé par la romancière britannique
cathaverture et de clôture sur France 2. ment en phase avec les valeurs de cette rine amy dawson-scott. elle souhaitait créer un lieu où
auPoint décisif : son ofre est arrivée en génération. » l e journaliste augustin teurs des deux sexes puissent se rencontrer. a près le
traumaduo avec Brut, la plateforme aux vi- Trapenard sera l’une des principales tisme de la Première Guerre mondiale, il s’agissait aussi de
déos d’actu, de décryptage et d’hu- têtes d’afche. et les deux groupes se favoriser les liens entre communautés littéraires autour d’un
mour devenue premier média social partageront l’addition des droits : en- principe : « La littérature ne connaît pas de frontière et devrait
en europe. Présent dans plus de viron un million d’euros chacun. rester devise commune. » l a montée des totalitarismes des
anquatre-vingts pays, infuent sur tous — François Rousseaux nées 1930 marque un tournant. l e Pen l ondres accueillit
dès 1933 les écrivains allemands antinazis exilés. depuis, la
défense de la liberté d’expression est au cœur de nos
préoccupations. car, nos textes sont par essence œuvres de liberté.
Depuis cent ans, un même procédé est utilisé pour soutenir
les écrivains prisonniers : leur écrire.
l es échanges épistolaires de poète à poète, d’écrivain à
écrivain, sont une mise en lumière embarrassante pour les
autorités. ainsi l’auteur camerounais enoh Meyomesse
emprisonné près de quatre ans entre 2011 et 2015 était devenu un
VIP, « very important prisoner », aux yeux du directeur de la
prison, car il recevait beaucoup de courrier. ainsi, comme
symbole de nos collègues emprisonnés, à chacune de nos
rencontres, nous plaçons sur le podium une chaise vide.
l e PeN milite également pour la diversité linguistique…
c ertains auteurs sont menacés, emprisonnés pour la langue
dans laquelle ils s’expriment. ainsi du Kenyan ngugi wa
Thiong’o dont la pièce, Ngaahika Ndeenda, écrite en kikuyu,
en 1977, lui a valu un an d’emprisonnement. notre travail
pour les droits linguistiques dans le monde a contribué à la
déclaration universelle des droits linguistiques en 1996. a u
chiapas, au Mexique, nous avons fondé cette année un Pen
chiapas multiculturel avec des auteurs en tzotzil, tzeltal,
cho’l, tojolabal, zoque, et même un auteur mocho dans une
langue qui risque l’extinction car elle n’a pas plus de cent
Le coup d’envoi du prochain Festival de Cannes, le 17 mai, ce sera sur France 2 et Brut. locuteurs. Propos recueillis par Christine Chaumeau
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SYSPEO/SIPA | MAIE CIEt
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À nos lecteurs
Parmi les nombreuses et lourdes conséquences
de la crise sanitaire qui nous frappe encore, la forte
augmentation des coûts des matières premières.
elle n’épargne pas la presse. l a hausse du prix
du papier y dépassera en 2022 les 50 % ; alors
que nos revenus publicitaires ont déjà chuté, touchés
ViVement demain par les difcultés que rencontrent nombre
de secteurs économiques, tel le secteur culturel.Son œuvre est cultissime a fn de maintenir l’équilibre fnancier de notre
magazine, nous avons dû prendre la décision et… sait se faire désirer : d’augmenter le tarif de Télérama de 50 centimes ;
ertarif qui n’avait pas évolué depuis le 1 janvier 2019. la plus grande rétrospective nous avons conscience que cette hausse — appliquée
dès le numéro du 5 janvier 2022 — aura un impact jamais organisée de Vermeer pour vous, et sera pour certains difcile. m ais la santé
économique de Télérama, son exigence éditoriale, se tiendra au Rijksmuseum son développement aussi, sont à ce prix. soyez
persuadés que toutes les équipes du journal resteront d’Amsterdam en 2023. mobilisées, continueront de vous proposer avec science
et conscience chaque semaine le meilleur magazine Rien que pour voir l’iconique possible. Votre fdélité est le gage et la raison de notre
existence. nous vous en remercions sincèrement. Jeune Fille à la perle, on et vous souhaitons de belles fêtes de fn d’année.
— Catherine Sueur et Fabienne Pascaudfait le voyage sans hésiter !
je me sou Viens de…
a nna r ice
… qui était apparue soudain, comme une ombre, une
couronne de cheveux gris entourant un visage de poupée,
tendant une main fne, presque diaphane. en 2016, anne rice,
75 ans, était déjà une légende. elle avait dû, quelques
années plus tôt, quitter sa nouvelle- orléans natale pour le so -
leil de californie, plus adapté à ses problèmes de santé : un
zona et une paralysie faciale. si l’interview avait lieu dans
son salon, elle vivait dans une immense pièce, dont les
étagères regorgeaient de maisons miniatures et de statues de
séraphins rapportées du Brésil. Partout sur les murs, les
tableaux naïfs et colorés de son mari, stan rice, mort en 2002.
dans le jardin, des feurs dont elle surveillait la pousse avec
attention et une piscine où elle ne plongeait jamais.
cette maison sanctuaire surchargée de bibelots, elle
l’avait achetée pour se rapprocher de christopher, son fls,
écrivain homosexuel et militant dont elle avait épousé les une argenterie étincelante, les troubles dont elle irriguait Anna Rice, autrice
d’une œuvre causes et qui nous avait rejoints. catholique convaincue, ses héros ? l a voix, douce, parfois s’enfammait, et la
voétrange, sensuelle,
baptisée d’un prénom d’homme, Howard allen, elle était lonté raidissait ce corps afaibli… a vec l estat, elle avait re- habitée.
passée par une longue période d’athéisme avant de se dire nouvelé le genre, transformant la brute animale imaginée
« catholique indépendante ». Becket, un moine bénédictin par Bram stoker en séducteur hédoniste. c e ravalement
défroqué rencontré à la nouvelle-orléans, attentif à tout, d’un mythe fantastique, redessiné aux couleurs de la
senétait depuis des années son assistant personnel. entre lui sualité et de l’ambiguïté, elle l’avait appliqué aussi aux
et son fls, elle voulait consacrer ses dernières années à loups-garous, aux sorcières, à la Belle au bois dormant,
depoursuivre la saga du héros qui l’avait rendue célèbre, ce venue héroïne d’une trilogie très érotique, et même… au
l estat de lioncourt, vampire inventé presque en état christ. a utrice d’une des œuvres les plus famboyantes de
d’hypnose pour survivre à un efroyable deuil : la mort, ces quarante dernières années, anne rice est morte le
due à une leucémie, de sa petite flle, âgée de 5 ans. dissi- 11 décembre, femme de l’ombre, dans un pays inondé de
mulait-elle encore derrière son extrême courtoisie, les ce soleil fatal aux créatures à qui elle avait ofert une
nousandwichs au concombre et les petits gâteaux servis dans velle immortalité. — Hubert Prolongeau
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anev Hurd/ lamy Sock PH­
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Originaire
d’Auckland, en
Nouvelle-Zélande,
la stand-uppeuse
s’impose dans
sa propre série,
Starstruck.
RepéR ée
s érie. ses sources d’inspiration vien
Nom a ctualité  nent de la scène américaine, comme
Cette standuppeuse néo zélandaise, Mitch Hedberg, Maria Bamford ou Rose inconnue au delà de la scène locale elaine May. « Ce n’est pas un hasard si
jusqu’à récemment, est une des révé­ tant de stand-uppeurs s’essayent aux Matafeo lations de l’année dans Starstruck séries. Ils ont ce qu’il faut de talent de
(Canal+ séries), une série anglaise conteur, de capacité d’écrire des blagues,
qu’elle a cocréée, écrite, et dont elle d’improviser… » elle a appris de ses
Âge tient le rôle principal, celui d’une modèles à entretenir un humour inti­
29 ans jeune femme qui rencontre une star miste plutôt que politique. « Je suis mal
du cinéma (Nikesh patel). Une relec­ à l’aise à l’idée de rire des autres. Tout
ture féminine de Coup de foudre à Not - ce qu’un comédien fait, c’est se moquer
Profession ting Hill, dont la modernité « repose de sa propre vision du monde. »
Comédienne et scénariste beaucoup sur ma personnalité et celle
de Nikesh — nous ne ressemblons pas
aux acteurs de romcoms classiques », signe particulier 
explique­t­elle. elle y impose son éner­ Une énergie bondissante, chaleureuse
gie communicative, un petit côté loser et contagieuse très physique, soulignée
attachant et doux — « en ce moment, par une pointe d’accent néo­zélandais.
c’est plus facile d’écrire ce type d’histoire, Qu’elle soit dans Starstruck ou sur
légère, que de fxer l’abîme ». scène, dans son spectacle Horndog
(disponible sur myCanal), elle semble
montée sur ressorts et capable d’en­
ascendants chaîner les répliques sans respirer.
D’origine écossaise, croate et samoane, « Ça fait partie de mon numéro d’actrice,
Rose Matafeo débute le stand­up à seu­ pour gérer ma nervosité. Au quotidien,
lement 15 ans. elle collectionne les je suis tout l’inverse, une vraie feignasse.
prix, multiplie les apparitions dans Franchement, quand je me vois à
Par Pierre des festivals, puis à la télévision, l’image, je n’ai aucune idée de qui est
Langlais jusqu’à se voir proposer sa propre cette personne  », s’amuse­t­elle  •
14 Télérama 3754-3755 22 / 12 / 21
Suki DhanD a/GuarDian/EyEvinE/BurEu233 | alon DiS triBution imitEDCO MM UN IQ UÉ
Combles : l’ endroit id éa l pour aménager vo tr e bu reau
Vous en av ez as sez de devoir vous isol er da ns vo tr eLa lumièr e na tur elle,
sall e de bain s pour part iciper à vo s co nf éren ce sun fa ct eur dé terminant pour
bien trav ailler à la mais on télé phoniques ? Tr ansfo rm ez vo s co mbles en un vrai
es pa ce de trav ai l calme et lu mi neu x.
Le télé trav ai l, que nous pens ions être une soluti on temporai re, s’ in sc rit30 %
déso rmais dans no tre quot id ie n. Dès lo rs, cess ez de ”bri co ler” l’ org anisat ion
des heur es d’ év eil de vo tre trav ai l à la maison, en ré po nd ant à vos mails depuis vo tre cana pé
ou en pl an ifia nt vos re nd ez -v ous té lé phoni qu es dans vo tre cuisin e.sont passées au bur eau
Vous pouv ez di sposer ch ez vous d’ un li eu dédi é, vous of fra ntSource : Baromètre de l’Habitat Sain 2020
des conditi ons de trav ai l conf or tabl es et vous pe rmet ta nt de cloi sonner
univ er s prof essi onnel et sphère privée. Tr ouver da va nt age de pl ace dans
vo tre maison déjà bi en re mplie n’ est pa s chose faci le, heu reusement il est3/ 4 touj ours po ssible d’ investir vos combles !
des Fr ançais ont recour s
Co nce ntra ti on et pr oduct ivi téà l’ éclair age artificiel
Vo s combles so nt pr obable me nt le meill eur endroit pour in stal ler un bu reaupendant la journée en
dans lequel vous prévoyez de pa sser jusqu’à hu it heu res par jour . C’ est un
rais on de l’insufsance
li eu cw al me, isolé du re ste de la maison , où aucun bruit ni pa ssage ne vi ent
de lumièr e na tur elle. troubler vo tre co ncent ra ti on. La pi èce ét ant si tuée au derni er étag e, vous
Source : Baromètre de l’Habitat profit ez d’ une vue déga gée sur les en vir ons : les paus es que vous vous
Sain 2016 Synthèse France
auto ri serez pe nd ant la journée de trav ai l n’ en sero nt que pl us ressou rçantes !
Pour un aménagement réussi de cet es pa ce, il est indis pensable d’ incl ure
Un apport d’ éclair age l’ éclairage na tu rel dès les pr ém ic es de vo tre ré fl ex io n.
na tur el peut amélior er
la pr oductivit é de Impor ta nce de la lumiè re na tu rell e
En mu ltipli ant les entr ées de lumière dans la pi èc e, vous profit ez des
bi enfai ts de la lumi nosité na tu rell e sur les perf orma nces intell ectuell es,15 %
av ec no ta mment une vigi la nce accrue et moins de fa ti gu e. Par ai ll eu rs, vous
Source : Revue de littérature sur les effets de
fa it es entr er l’ ex té ri eur à l’ inté ri eur et él argissez la percep ti on de l’ es pa ce dela lumière naturelle sur les occupants des
bâtiments, L. Edwards & P. Torcellini (2002) vo tre pi èc e.
Selon les acti vités que vous prévoyez d’y réal iser (bur ea ut iq ue, éc ri tu re,
trav aux ma nuels…) et la di spos iti on de l’ endroit (tai ll e, fo rme, no mbre de
Part icip ez au jeu- concours pans de to it…) , vous pouv ez op ter entre les diff ér ents mo yens d’ amener
en vous in sc riva nt av ant le l’ éclairage na tu rel : fe nê tres di sposées l’ une au-d essus de l’ autre, cô te à cô te
31 .1 2. 20 21 sur www.v elux.fr ou aux quatre coins de la pièce… En combinant plusieurs entrées de lumière,
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Ce document n’est pas contractuel. VELUX France, S.A.S. au capital de 6 400 000 euros, R.C.S EVRY 970 200 044.Rien n’y fera,
pas même une
interminable pandémie. Nous
partagerons encore des moments
d’insouciance et de liberté, tordrons le cou aux
convenances le temps de parenthèses enchantées…
« Fait social total », ainsi que la définit l’anthropologue
Emmanuelle Lallement, la fête est une création si humaine
qu’elle fait de nous des animaux décidément pas comme les
autres – à l’image de la danse, autre de nos étrangetés. C’est donc
elle, la fête, que nous avons voulu célébrer dans ces pages, tant elle
nous révèle à nous-mêmes. Oficielle ou clandestine, elle éveille les
corps et les sens, invente ses propres codes, se joue des apparences,
dans la fièvre des clubs, le cocon des appartements, le secret des rave
parties. Fugace par nature, mais immortalisée par le photographe
Jacob Khrist dans ce qu’il nomme une « quête divine ». Insolente
et obstinée, irriguant encore le cœur de Beyrouth, où elle devient
même une forme de résistance. Partout, elle se réinvente.
D’ailleurs, l’histoire fourmille de mille sortes de fêtes,
certaines inoubliables dont nous faisons le récit
sur Télérama.fr. Qu’elles soient d’aujourd’hui ou d’hier,
toutes le confirment : au-delà des époques et de
leurs aléas, rien ne tuera notre besoin de fête.
Il nous habite aussi intrinsèquement
et sûrement que notre besoin
de respirer.
16Sur
télérama.fr
r etrouvez
notre série
« Paris est une fête »,
du Bal Nègre
des années 1920
à la victoire de la Coupe
du monde de 1998.
17l
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rencontre ave ’anthropologue mmanuelle allement la fête
Bals de village, carnavals
ou spring break… Sous l’apparence
du désordre, la fête est souvent
très organisée, raconte l’anthropologue
Emmanuelle Lallement.
N n, la fête
n’est pas finie
Propos recueillis par Marc Belpois Photo Jérôme Bonnet pour Télérama
h, le vilain mot ! Appeler à la « fête » par exemple. Et nombre de fêtes traditionnelles sont des­
n’est guère recommandé par les temps tinées à ponctuer des existences de labeur : dans les cam­
qui courent. Depuis qu’elle est iden pagnes, on fêtait les moissons, les vendanges et les trans­
tifiée comme espace de contamina­ humances, tandis que le monde ouvrier organisait ses
tion potentielle, les autorités la con­ propres fêtes, qui pour certaines perdurent encore aujour
erdamnent. Du moins, certaines formes d’hui, comme le 1 Mai, fête des travailleurs et non du tra­
de réjouissances collectives, pointe vail. Ce qui m’intéresse surtout, ce sont les usages que nous
Emmanuelle Lallement, tous les « fê­ faisons de la fête, les transformations que nous lui faisons
tards » n’étant pas logés à la même subir. Elle est un puissant révélateur ! On peut y lire les
enseigne. Infa tigable observatrice de questionnements et mutations de la société, par exemple,
cet objet « en mutation permanente », ces dernières décennies, la revitalisation du monde rural
l’anthropologue, professeure d’uni­ à travers les fêtes de village. »
versité à Paris8, rappelle combien les
animaux sociaux que nous sommes La fête e finie ?
éprouvent le besoin viscéral de sortir « “L’époque n’est plus à la fête ”, at on coutume de dire. O de leurs bulles domestiques et de tra­ Certains se recroquevillent sur eux­mêmes, y compris pour
vail. Faire la fête pour se frotter aux autres, exalter le pré­ mieux se protéger du Covid. D’autres ne supportent plus
sent, voire se travestir au carnaval et y brûler le roi. Faire Noël, synonyme de dépenses excessives, de gaspillage, de
la fête pour se sentir vivant. Emmanuelle Lallement célébration de la société de consommation. De fait, cette
montre aussi à quel point aujourd’hui, dans notre société débauche de cadeaux, de carton, de papier, de plastique est
de loisirs, la manifestation festive constitue l’incontour­ pour le moins paradoxale au moment où l’on parle tant de ☞
nable produit d’appel de nos villes et territoires ruraux.
Comme quoi la fête a de beaux jours devant elle.
Un p Uissant révéLteUr « A u carnaval, on brûle
« Pour les anthropologues, la fête est un fait social total : le roi. On montre là
elle nous donne à voir les dimensions économique, poli­
tique, religieuse, sociale des organisations humaines. Un que le pouvoir peut
objet universel, lié à l’excès et à la rupture avec le quotidien. être renversé, au moins
Le grand sociologue Émile Durkheim (1858 1917) la voyait
comme un mix entre célébration et divertissement. Elle a dans l’imaginaire. »
parfois un caractère cyclique : on célèbre les âges de la vie,
Télérama 3754-3755 22 / 12 / 21 19l
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la fête rencontre ave ’anthropologue mmanuelle allement
rapprochement des corps. Reste qu’un contrôle social, des
codifcations s’y exercent fortement. Le relâchement y est
même très relatif ! La fête est en réalité un dispositif, un
cadre à l’intérieur duquel tout s’organise : les manières de
s’habiller (le dress code), de se comporter, de se parler, de
danser, étroitement liées au milieu social. Et sous ses airs
de défouloir, la fête permet de renforcer l’ordre social : un
☞ décroissance. Mais n’oublions pas que la fête s’est toujours certain désordre est permis… avant un retour à la vie
« noraccompagnée de dilapidation, cette “part maudite” comme male ». Le spring break en est l’illustration éclatante, ainsi
disait Georges Bataille. L’être humain, même s’il est capable que l’a montré l’anthropologue Alix Boirot 1 : ce
phénode rationalité, se défnit aussi par son désir de dilapider. La mène festif apparu aux États-Unis après la Seconde Guerre
morosité ambiante et le fort sentiment d’incertitude qui mondiale, aujourd’hui présent dans de nombreux pays du
caractérisent nos existences en ces temps de pandémie et monde, se nourrit d’un imaginaire autour de la débauche.
de réchaufement climatique nourrissent des discours Le concept ? Des étudiants se retrouvent quelques jours
déclinistes : la fête serait un objet crépusculaire. Ce type de dans une station balnéaire avec pour programme : plage,
propos trahit souvent un certain mépris social, autant pour soleil, excès d’alcool et autres substances, promesse de
des manifestations comme la Nuit blanche (vue comme un r elations hétérosexuelles débridées. En réalité, les jeunes
simple objet de promotion politique) que pour les formes hommes sont souvent déçus car, si l’alcool coule à fots, les
populaires de la fête qui restent vivaces : il y a plus de vingt corps féminins ne sont pas aussi disponibles que prévu. Ce
mille fêtes locales en France. » qui se joue fnalement est une forme de reproduction
sociale, le spring break constituant un rite de passage vers
tre un autre le monde adulte. Car une fois la grande festa achevée,
cha« Dans les carnavals, des hommes se déguisent en femmes, cun s’engage dans une existence très cadrée : un couple, un
et des pauvres en riches. C’est la puissance d’inversion de la travail, une vie bien ancrée dans la norme. »
fête, on y joue un rôle qu’on ne peut pas camper ailleurs. S’il
est possible de se travestir, c’est parce que cette transgres- Pas essentielle, la fête ?
sion s’inscrit dans un moment éphémère, calé entre deux « La fête ne répond pasà un be soin biologique, mais elle
bornes temporelles très précises. Toutes les villes ne pro- est essentielle du point de vue social. D’où son caractère
duisent pas des carnavals. En France on en trouve à Dun- universel : toutes les sociétés humaines organisent leurs
kerque, Nice, Limoux, mais pas à Paris, dépourvue de ma- fêtes. Son interdiction à certains moments de la pandémie
nifestations de grande ampleur. Créer un carnaval de toutes aura en creux révélé au plus grand nombre sa nécessité.
pièces n’est pas une mince afaire, la grefe prend rarement. Beaucoup de gens ont considéré que cette vie sociale en
Ceux qui mobilisent les foules sont profondément enraci- contention, focalisée sur les espaces domestiques, de
tranés dans l’histoire locale. Il arrive qu’un carnaval brave plus vail, de consommation, voire de culte, n’était pas sufsante
explicitement les interdits, comme à Marseille au printemps pour leur équilibre. Ils se sont dit “Ce n’est pas possible, je ne
dernier. L’événement n’était pas autorisé, et pourtant plu- suis pas cet être social-là !” Ce n’est pas tant qu’ils voulaient
sieurs milliers de personnes s’y sont pressées, malgré les “s’éclater” ; ils voulaient surtout ne plus être seuls. J’ai été
restrictions sanitaires, avant d’être dispersées par les forces frappée de constater, dans la gestion politique de la fête,
de l’ordre. Dans ce cas, le carnaval a aussi pour fonction d’ex- qu’il n’était pas été question d’interdire les célébrations.
primer une désapprobation, d’afcher son insoumission. Pas plus les mariages que les anniversaires ou les
enterreAprès tout, c’est le lieu où l’on brûle le roi ! Il s’agit de mon- ments — à condition de respecter des jauges. Le rituel oui,
trer que le pouvoir est précaire et qu’il peut être renversé, l’efervescence non. On a ainsi autorisé Noël, mais pas le
au moins dans l’imaginaire… » r éveillon du 31 décembre. “La bamboche, c’est terminé”, a
averti le préfet de Centre-Val de Loire en octobre 2020,
ut e so contrle quand le couvre-feu fut décrété. Difcile, là encore, de ne
« Le chaos est toujours possible à l’horizon d’une fête, pas déceler du mépris social dans cette formule. Car quand
elle peut mal se terminer. Mais si la fête a l’apparence du on dit “la bamboche”, on ne parle pas des dîners dans les
désordre, c’est d’abord une ingénierie. Elle ne surgit pas beaux quartiers. Et lorsqu’on pointe “les fêtards”, on voit
spontanément, elle s’organise. Les relations y sont certes très bien qui est visé : les participants à la fête de Lieuron,
plus exaltées que le reste du temps, la danse favorisant le cette rave party extrêmement médiatisée et criminalisée au
nouvel an 2021, jeunes gens au comportement jugé
irresponsable voire criminel. Pas les “fêtards” qui avaient les
« F ace aux attentats de 2015, moyens de partir à Dubai alors que nous étions assignés à
domicile. Eux n’auront pas fait la une des journaux. »Paris est une fête, le fameux livre
d’Ernest Hemingway, a été brandi Paris e une fête
« C’est en tout cas la charge qu’on veut lui faire porter. comme un cri de résistance. »
Paris se doit d’être une ville festive, il en va de sa réputation.
La compétition fait rage entre les grandes villes, Londres,
Berlin, Barcelone se revendiquant elles aussi capitales
festives. Il y a donc un fort enjeu d’attractivité touristique.
C’est pourquoi Paris a inventé ses propres formes festives, ☞
20 Télérama 3754-3755 22 / 12 / 211% pour la planète, un grand pas
pour les générations futures
Si toutes les grandes mar ques donnaient 1% de leur chif fre d’af faires pour préser ver
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et soutient l’association Générations Futures , qui lutte contre les per turbateurs endocriniens.
®Eau Thermale Jonzac a également soutenu plus de 20 projets de préser vation de la nature
en 2021.
®Eau Thermale Jonzac est une mar que de Compagnie Léa Nature, dont 18 des mar ques
adhèrent au mouvement mondial 1% for the Planet. Depuis 2007, 16 millions d’euros ont
été reversés à plus de 2200 projets de protection de la nature (à fin 2021) et 2,6 millions
d’euros sont désormais reversés chaque année.
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crédit photo : Getty images
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La fêtE rEncontrE aE c L’anthropoL oguE EmmanuELLE LaLLEmEnt
☞ Nuit blanche ou Paris Plage, sorte de “festivisation” de l’es- nente. Ainsi dans les campagnes, à mesure que les lieux de
Durant
pace public. Par ailleurs, notre capitale est liée à la fête pour sociabilité comme les bars et les boîtes de nuit disparaissent, la fête des
Fallas, à Valence, des raisons qui lui sont propres. Historiques, d’abord : les les manifestations festives se multiplient. Tous les produits
on brûle dans la grandes fêtes révolutionnaires, les funérailles grandioses locaux font désormais l’objet de foires et de marchés — une
joie des sculptures
de Victor Hugo — dont on a dit que jamais plus grande fête cinquantaine en France rien que pour la cerise ! — et parti-créées l’année
écoulée. n’avait été donnée — et bien d’autres réjouissances collec- cipent du commerce festif de l’identité. Et puis il y a les
festives jalonnent notre roman national… Ensuite, les atten- tivals, dont l’ofre dans l’Hexagone est impressionnante. Les
tats de 2015 ont précisément visé nos sociabilités festives : Eurockéennes de Belfort, les Trans musicales de Rennes,
un match de foot, des terrasses de café, un concert. On se par exemple, constituent de hauts lieux de socialisation,
souvient que Paris est une fête, le fameux livre d’Ernest pour les ruraux comme pour les citadins. Par ailleurs, les
H emingway, a été brandi comme un cri de résistance. Notre déconfnements s uccessifs de ces derniers mois ont étendu
mode de vie était attaqué, les Français ont réagi en hissant le domaine de la fête : le moindre verre pris en terrasse est
la fête au statut de valeur à préserver, autour de laquelle il devenu un moment festif pour certains d’entre nous. La fête
fallait nous rassembler. Enfn la pandémie, dernier coup est décidément un objet mouvant, à géométrie variable,
dur en date pour la fête : dès lors que les autorités l’ont ban- dont les contours varient d’un individu à l’autre » •
onie, elle est venue se nicher partout dans les recoins de la 1 « Éclats de fête », dans Socio-antropologie n 38, 2018, dirigé
capitale. Et rejaillir sur les terrasses éphémères de cafés et par Emmanuelle Lallement, éd. de la Sorbonne.
de restaurants, des espaces devenus éminemment
politiques. Car, d’évidence, il était urgent que Paris retrouve
au plus vite son statut de “ville festive” ».
La fête e partout
« Aujourd’hui, société de loisirs oblige, la fête est partout.
Jusque dans le monde de l’entreprise, qui la convoque
v olontiers à des fns managériales pour renforcer l’esprit
d’équipe. Elle est éclatée, fragmentée et en mutation
perma22 Télérama 3754-3755 22 / 12 / 21
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© CL2P - Christophe Lartiges
la fête Quand les corp se trémoussent
Al rs,
n danse ?
Par Marc Belpois Photo Cha Gonzalez pour Télérama
24 Télérama 3754-3755 22 / 12 / 21Disco, électro, tango
ou kizomba… À deux
ou en solo, dans
son salon ou en boîte
de nuit, qu’importe
le style, on a tous
besoin de danser !
omment se danse la kizomba : à distance
respectable de son (sa) partenaire ou
collé serré ? Il est 20 heures ce mardi soir et
pour la trentaine de femmes et d’hommes
qui se sont aventurés sur le parquet
élimé de cette salle nichée au cœur du
quartier chinois de Paris, la question est
fondamentale. Elle se fait pressante
maintenant que l’enceinte crache des
beats électroniques lents et une mélodie
latino sensuelle. Le cours pour débutants
a commencé. Les corps sont timides, les
sourires fgés, chacun a réalisé qu’il
enlacera des inconnus toute la soirée au gré
d’une rotation élevée. Un micro fxé de-C vant les lèvres et Laura dans les bras,
Georges, le professeur de kizomba, dispense ses instructions
tout en virevoltant élégamment : « On ne se touche pas avec le
bassin, mais avec le torse. C’est important pour la connexion. »
Kizomba signife « fête » en kimbundu, l’une des
principales langues parlées en Angola. Après s’être répandue à la
fn du siècle dernier dans l’Afrique lusophone —
Mozambique, Guinée-Bissau, Cap-Vert —, cette danse marchée a
exporté sa langueur communicative au Portugal, en Angleterre,
puis en France il y a une dizaine d’années. Chemin faisant, la
kizomba dite traditionnelle a allègrement muté, devenant
urban kiz au contact de la culture R’n’B et hip-hop. Ou
« kizomba fusion », la v ariante qu’enseigne Georges, « une
chorégraphie plus classe qui intègre des passes de tango ». Et
c’est ainsi que la kizomba et ses dérivés sont venus étofer
l’inventaire infni des danses de couple ou de groupe : valse,
tango, salsa, samba, bachata, lindy hop, rock, country, java,
bourrée, mazurka, polka… Et celles non répertoriées que
l’on exécute seul, pures créations déterminées par l’humeur
du moment, le degré d’inhibition, le sens du rythme, la
souplesse, et dont chacun sait qu’elles seraient totalement
incongrues hors d’un contexte festif. C’est le grand mystère de
la danse : qu’est-ce qui nous prend, bon sang ? Comment
expliquer que depuis la nuit des temps, dans toutes les sociétés
humaines, on se rassemble pour se dandiner sur le même
rythme ? Et que cette activité nous emplisse d’allégresse ?
Des « Ce soir, je serai la plus belle pour aller danser », chantait
passionnés
Sylvie Vartan au mitan des sixties. Pareille détermination n’a de la kizomba,
réunis pour danser rien d’exceptionnel : depuis longtemps déjà, la piste de
à Paris, jusqu’à danse concentre de très forts enjeux. On s’y presse pour☞
2 heures du
matin.
Télérama 3754-3755 22 / 12 / 21 25

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