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Telerama du 23-12-2020

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Date de parution 23 décembre 2020
Langue Français
Poids de l'ouvrage 37 Mo

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M 02773 - 3702 - F: F: 4,204,20E
3’:HIKMRH=XUYWUZ:?n@r@a@c@a";
MERCREDI 23 DÉCEMBRE 202000
HEBDOMADAIREFR 4,20€
BEL, LUX 4,80€DOM 6,70€
CH 6,80 CHFMAR 56 MAD
CPPAP Nº 0621C80864
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N 37023703
DU 26 DÉCEMBRE 2 2 2020
AU 8 JANVIER 2021021
UN NUMÉRO DOUBLE UI FAIT DU BIEN
LA MODE DU RACCOMMODAGE,
MELODY GARDOT SAUVÉE PAR L A MUSIUE,
LES SECRETS DE LA RESTAURATION D’ART,
LE BEAU À L’HÔPITAL, LES MOTS UI CONSOLENT,
LES FINS HEUREUSES AU CINÉMA…
ET DEUX SEMAINES
DE PROGRAMMES TÉLÉ ET RADIO
ccodes 8000odes 8000
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N 3702370303 DU 26 DÉCEMBBRREE 2020 AU 8 JANVIER 2021â
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RépRR
1965
Naissance à Paris.
2012
Professeur
d’histoire
médiévale
à l’université
Paris I -
PanthéonSorbonne.
2013
Conjurer la peur,
Sienne 1338.
Essai sur la
force politique
des images,
éd. du Seuil.
2016
Un été avec
Machiavel,
émission
hebdomadaire
sur France Inter.
2017
Coordonne
l’ouvrage collectif
Histoire mondiale
de la France,
éd. du Seuil.
2018
Quand l’histoire
fait dates, série
documentaire
sur Arte.
L’histoire met souvent en L umière L pLaie
et L cicatrice. our ce spéciaListe du moyen
ge et de L renaissance, « RépRR, ce n’e
as annuleR la blessR mais la RegRdeR
ouR ce qu’elle e e affR onteR l’entaille ».
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Télérama 3702-3703 23 / 12 / 20 3k
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RéPARER… AvEC L’his ToRiEn P ATRiC BouCER on
À LiRE
Prendre dates,
ouvrage écrit avec
Mathieu Riboulet,
éd. Verdier, 2015.
Propos recueillis par Joëlle Gayot
Photo Olivier Metzger pour Télérama
rofesseur au Collège de France, Patrick Bou­ En pleine crise du Covid-19, le moment est-il venu de penser
cheron, qui consacrera son prochain cours à la réparation ?
(dès janvier) à l’épidémie de peste noire, est Lors du premier confnement, on parlait beaucoup du
un chercheur pour qui l’Histoire doit soufer monde d’après en thématisant la coupure entre ancien et
sur les braises du présent. À 55 ans, ce spé­ nouveau monde. Cette phraséologie nous quitte. Je ne la P cialiste du Moyen Âge et de la Renaissance ne r egretterai pas. Quand le monde et le moi sont abîmés, le
cesse de connecter sa discipline au monde contemporain, propos n’est pas de savoir comment s’adapter ou même
la reliant souplement à la philosophie, la politique ou les in venter des mondes à venir mais d’avoir cure du monde
arts. L’Histoire n’est pas une science exacte, fgée dans d’aujourd’hui. Être curieux, c’est être attentif à la possibi­
une immuable vérité. À chaque instant, ce que l’on croit lité de prendre soin du monde. Je pense donc que c’est le
savoir du passé peut être contesté. Raison pour laquelle bon moment pour la réparation si l’on s’accorde sur le sens
Patrick Boucheron secoue nos certitudes, sans craindre concret, banal et bricoleur du mot, si l’on décide de faire ce
de raviver des plaies que nous pensions cicatrisées. C’est qu’on peut avec ce qu’on a, en laissant derrière nous cette
à la condition de mettre en lumière les blessures (indivi­ rêverie d’un monde d’après.
duelles comme collectives) que leur réparation pourrait
avoir lieu. Un préalable parfois douloureux mais qui Réparer, est-ce efacer les cicatrices ?
s’avère indispensable si l’on veut commencer à prendre Je n’en suis pas certain. Je pense au contraire qu’on doit
soin des autres comme de soi. r éhabiliter la notion de réparation contre ses usages faibles
qui consistent à utiliser les mots comme des pansements
Qu’est-ce que la réparation ? masquant les cicatrices en efaçant ainsi la trace de l’ofense.
Je dirais volontiers : le contraire de la restauration. On ne Cependant, réafrmer les vertus de l’empathie n’est pas inu­
peut bien réparer que ce que l’on renonce à rétablir dans tile. C’est ce que font les démocrates américains, par
son état initial. En ce sens c’est une attitude active, cur ieuse exemple, en tentant d’accompagner jusqu’à la sortie avec le
et altruiste. Une manière de se tenir face au passé, et plus moins de dégâts possibles Donald Trump, dont l’absence
profondément face à ce qui nous afecte dans les blessures avérée d’empathie est la loupe grossissante d’un tournant
du temps. Mais on pourrait dire aussi que l’on répare pour managérial pris par presque tous les dirigeants de la planète.
ne pas remplacer. C’est très concret, puisque cela engage
notre rapport aux choses du monde. Lisez l’Éloge du carbu- L’éviction de Donald Trump signifie-t-elle que les
rateur, de Matthew Crawford, philosophe devenu égale ­ Américains ont su amorcer la réparation des dégâts
ment réparateur de motos et vous comprendrez que c’est infligés à leur démocratie ?
aussi une manière de réconcilier théorie et pratique, pour Ne croyons pas qu’avec son départ se referme une paren­
se mettre en mouvement. On répare, et on repart. thèse regrettable. Réparer, ce n’est pas annuler la blessure ☞
4 Télérama 3702-3703 23 / 12 / 20réP arer… avec L ’hiST orien Pa Trick Boucheron
☞ mais la regarder pour ce qu’elle est et afronter l’entaille. Les La restitution des biens ne vaut pas réparation ?
regards se tournent désormais vers Barack Obama. Ce désir Restituer ne veut pas dire annuler la dette mais la réparer
de réparer le monde était aux origines de sa pensée théolo- par un travail de reconnaissance. Ce fut le cas pour la spo -
gico-politique. En 2008, à la primaire du New Hampshire, liation des biens juifs, même si le mouvement est toujours
il a prononcé son discours Yes We Can, qui s’achève par « Oui, en cours. Bien plus complexe est la restitution des
patrinous pouvons réparer le monde ». Il s’agissait d’une moines africains spoliés par la colonisation.
éthique de la volonté réorientée vers le bien. Dans la
mesure où nous ne sommes plus les enfants de ce grand élan Pourquoi fait-elle débat ?
qui réinventait des mondes meilleurs, nous ne pouvons On craint la contagion : faudra-t-il rendre demain la Jo -
désormais que repriser et rapiécer, à l’image de la couturière conde aux Italiens ? Dans le cas africain, ces arguments se
ou du gar agiste. Or il y a beaucoup de mépris, notamment doublent de paternalisme : les œuvres seraient mieux chez
de la part des intellectuels, face aux gestes techniques. nous qui savons si bien conserver les objets. Ces positions
ont été critiquées par le rapport de l’économiste Felwine
Si la réparation hante les esprits, n’est-ce pas parce que Sarr et de l’historienne de l’art Bénédicte Savoy sur le
patrinous vivons dans une société victimaire ? moine africain déplacé. Leur livre mène une réfexion sur
Je me méfe de cette expression. On peut, c’est vrai, assister la vie sociale des objets, leur caractère non quantifable et
à une surenchère dans la victimisation — qui doit d’ailleurs incommensurable. L’impossibilité de réparer leur vol par
être appréhendée comme un phénomène social davantage une compensation fnancière. Ce qui a été pris aux sociétés
que psychologique. Mais pensez-vous vraiment qu’en ma- africaines, ce sont les récits qui étaient attachés aux objets,
tière de violences faites aux femmes, par exemple, le pr-o leurs réserves d’énergie, leurs potentiels de créativité.
blème principal de notre société est qu’elle accorde trop Cette puissance de germination étant dérobée, restituer
de crédit aux victimes ? Le débat public est coutumier de l’objet, c’est tenter de réparer la relation. La restitution est
ces inversions morales scandaleuses qui, à force d’être assé - une réparation symbolique.
nées, fnissent par prendre les atours trompeurs de
l’évidence. Je dirais plutôt que l’exigence de réparation s’impose Les procès en appropriation culturelle sont-ils des
à une société en lutte pour la reconnaissance de la dignité. demandes de réparation de la part de minorités
qui s’estiment dépossédées de leurs récits ou de leurs
Les processus de réparation judiciaire, financière, identités ?
mémorielle entamés après la Seconde Guerre mondiale Plus que de réparation, il s’agit de reconnaissance. Il ne
pour compenser les spoliations infligées aux Juifs peut pas y avoir réparation s’il n’y a pas rssance des
sont-ils des exemples à suivre ? victimes et du dommage qu’elles ont subi. La dignité de
eLa notion de réparation a été, peu avant le xx  siècle, confon- pans entiers de l’humanité a été niée, des récits et des
exisdue avec celle du dédommagement fnancier. Or, depuis la tences n’ont pas été reconnus. Toutes les lois mémorielles
fn du Moyen Âge, le crime est dit irréparable. Cette asser- sont des lois demandant la reconnaissance.
tion est inséparable de l’évolution de notre ordre juridique.
Les justices du haut Moyen Âge étaient des justices de la com- La loi Taubira du 21 mai 2001 reconnaissant la traite et
pensation : il y avait un wergeld, un « prix de l’homme », que l’esclavage en tant que crime contre l’humanité est-elle un
l’on pouvait acquitter pour efacer la vindicte. Ce n’est plus pas vers cette reconnaissance ?
le cas aujourd’hui. D’où les débats philosophiques autour Elle a marqué un grand progrès. Mais elle a aussi a
exades réparations de guerre, ces dettes que se versent les pays cerbé les inquiétudes de certains historiens (dont je ne
depuis les guerres napoléoniennes et qui, telles que nous les suis pas) qui ont craint que les lois mémorielles
n’enraconte l’histoire, révèlent une logique de vengeance, la- travent la liberté de leurs recherches. Dénonçant
l’intruquelle ne s’éteint jamais. C’est pourquoi l’idée de réparer les sion du législateur dans leurs prérogatives, ils ont fondé
crimes du passé avec de l’argent a si mauvaise presse. Quant le mouvement Liberté pour l’histoire et cosigné, en 2005,
aux spoliations, c’est diférent. Il ne s’agit pas de réparer au un appel où on lisait : « Dans un État libre, il n’appartient
sens où on dédommagerait. Il s’agit de restituer. ni au Parlement ni à l’autorité judiciaire de défnir la vérité
historique. » Comment ne pas être d’accord sur ce point ?
Mais comment ne pas constater également que ces
sombres prédictions ne se sont pas réalisées : la loi Taubira n’a
rien empêché. Au contraire, elle a libéré la parole, suscité
une prise de conscience qui a elle-même entraîné le
développement, enthousiasmant, de nouvelles recherches
historiques. De ce moment, pourtant, date la crispation
autour du mot de « repentance » à qui il conviendrait de
faire enfn la peau. Il fait irruption dans le discours poli-« Notre métier ne consiste tique en 2005 par l’entremise de Nicolas Sarkozy. À
l’époque ministre de l’Intérieur, celui-ci déclare, évo-ni à pardonner ni à exiger quant la guerre d’Algérie, que l’historien doit cesser de
faire repentance. Or notre métier ne consiste ni à pardon-le pardon. Nous ne sommes ner ni à exiger de quiconque de demander pardon. Nous
ne sommes ni juges ni curés ! Cela n’a pas empêché la ni juges ni curés ! » classe politique d’enfoncer ce clou de manière continue. ☞
6 Télérama 3702-3703 23 / 12 / 20APAP NAISSANCENAISSANCE TACTIQUE_209x272mm_TeleramaTACTIQUE_209x272mm_Telerama _23dec20_V.indd_23dec20_V.indd 11 16/12/202016/12/2020 09:4109:41RÉPARER… AVEC L’hiST oRiEn P ATRiCk BouChER on
Comment déjouer ce reproche ? d’un État social qui est, lui-même, une utopie
d’aprèsNous devons en fnir avec l’idée selon laquelle l’Histoire guerre. Si on ne s’en sort pas si mal, c’est parce que cet État
serait ce discours commun de la société qu’assiégeraient social n’a pas été complètement démantelé. Il est d’ailleurs
et menaceraient des mémoires concurrentes. Travailler frappant de noter que notre gouvernement libéral, pour -
aujourd’hui sur l’histoire coloniale, ce n’est pas céder du tant adepte d’une idéologie de désengagement de l’État,
terrain à des mémoires concurrentes au détriment de fait intervenir la puissance publique comme aucun
gouverl’Histoire. C’est, au contraire, élargir l’Histoire. Les luttes nement avant lui — mais sans l’assumer pleinement.
de reconnaissance sont des luttes pour la dignité de
l’Histoire pleine et entière. Il ne s’agit pas de réparer quoi Prendre dates (éd. Verdier), le livre que vous avez coécrit
que ce soit mais d’augmenter. En tant qu’historien, je ne avec l’écrivain Mathieu Riboulet (1960-2018) après
peux que constater l’écart abyssal, irréparable, entre les attentats de janvier 2015, se termine par une citation
un discours politique déprimant et la recherche vivace qui de l’auteur russe Anton Tchekhov légèrement modifiée.
se déploie dans les universités. En lieu et place d’« Enterrer les morts et réparer les
vivants », vous écrivez « S’occuper des morts et calmer
eManque-t-il à l’homme du XXI  siècle une dimension les vivants ». Pourquoi ?
spirituelle qui l’aiderait à penser la réparation ? Ce qui pourrait ne pas me faire complètement adhérer à
Elle nous manque car nous ne savons pas la reconnaître. l’idée de réparation, malgré ses beautés, c’est cette
équiLe Yes We Can de Barack Obama proposait le salut. C’est ce voque volonté de restaurer un état antérieur, de recoller les
qu’on appelle le Tikkoun Olam : une conception de la mys- morceaux et de cicatriser les blessures. Dans son essai La
etique juive de la réparation du monde qui date du xvi  siè- Fiction réparatrice (UV éd.), Émilie Notéris, autrice
fémicle. Son fondateur, Isaac Louria, soutient que le monde se niste, explique comment réparer et repriser les récits.
Anarecrée sans cesse. Le moment clef de sa recréation, c’est lysant le rapport entre l’entaille et l’art de raconter, elle
elorsq ue nous, humains, le réparons. Ce monde est orga- puise son inspiration dans un art japonais du xv  siècle, le
nisé en sphères de lumière, les sefrot, dix vases qui repré- kintsugi : à partir du moment où on veut réparer une
porcesentent des valeurs telles que la générosité, l’éternité, etc. laine brisée, on ne collera pas ses éclats bord à bord mais
Vient un moment où ces vases se brisent. Leurs lumières on soulignera les fractures avec de la pâte d’or qui écartera
se dispersent et les hommes doivent les rassembler pour l’entaille. Il ne s’agit pas de colmater mais de faire briller
réparer le monde. Le Tikkoun Olam est le moment où les cette entaille. L’objet exhibe ses accidents. Il n’en est que
hommes, parce que les vases se sont brisés, parcourent le plus précieux. C’est ainsi que nous devons raconter
l’hismonde pour récupérer les étincelles. toire : en la complétant mais sans occulter ses brisures.
S’il devait y avoir une ordonnance délivrant un remède Est-ce ainsi que l’histoire se racontera dans Faire l’histoire,
pour la réparation, ne devrait-elle pas prescrire plus émission que vous avez initiée et qui va être bientôt
d’art et de culture ? difusée sur Arte ?
C’est exactement ce que répondait le philosophe Michel Oui. Elle vient à la suite d’une précédente émission : Quand
Foucault (1926-1984) à la fn de sa vie, dans un entretien au l’histoire fait dates. Elle portera sur des objets (le casque
coNouvel Observateur, lorsqu’il afrmait que le problème de lonial, le stérilet, la hache polie ou encore la redingote de
Nanotre époque est qu’on ne propose pas assez d’art et de poléon). Je n’en serai plus narrateur. D’autres spécialistes la
culture et qu’il en faudrait plus pour qu’advienne « un âge prendront en charge. Comme cela avait déjà été le cas
nouveau de la curiosité ». Par réparation, il ne faut pas en- en 2015, lorsque j’avais initié l’ouvrage collectif Histoire
montendre un retour racorni sur les plaies du réel. diale de la France. Je suis convaincu que ce qui risque de
dégrader la vie de l’esprit est la tendance à la
monopolisaÉvoquant la peste noire, vous relevez qu’après le passage tion du discours. Celui qui a attiré l’attention sur lui-même
eravageur de l’épidémie en Europe au XIV  siècle, la vie se doit de passer la parole et de convertir l’intérêt qu’on lui
ea repris comme si rien n’avait eu lieu. Le XXI  siècle est-il a manifesté en avancée collective. De ce point de vue, cette
capable d’une telle résilience ? émission sera, d’une certaine manière, réparatrice  •
Pourquoi la peste noire a-t-elle changé si peu de choses ?
Pourquoi, après une telle catastrophe démographique, à
ce jour la plus brutale qu’ait connue l’humanité, s’en
sorton en croyant au même Dieu, en obéissant au même roi,
en travaillant de la même manière ? Il n’est pas vrai que
tout événement d’ampleur aura, nécessairement, des
conséquences à la mesure de sa gravité. Les conséquences
sociales d’une crise, d’une guerre, d’une épidémie sont « Dans le Japon ancien,
fonction du discours social qui accompagne la sortie de
cette crise, de cette guerre, de cette épidémie. La responsa- on ne recollait pas bord
bilité collective des intellectuels et des artistes est écrasante
pour comprendre où nous en étions quand c’est arrivé. Si à bord mais on soulignait
nous menons ce travail, nous pourrons accompagner d’une
utopie réaliste toutes les sorties de crise. D’un point de vue d’une pâte d’or les failles
économique, on constate actuellement que les fonctions
auto-réparatrices de la société résultent de ce qu’il reste d’une porcelaine brisée. »
8 Télérama 3702-3703 23 / 12 / 20











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