Telerama du 18-03-2020

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Date de parution 18 mars 2020
Langue Français
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M 02773 - 3662 - F: F: 3,303,30E
3’:HIKMRH=XUXXU\:?d@g@q@c@k";
MERCREDI 18 MARS 2020
HEBDOMADAIREFR 3,30€
BEL, LUX 3,90€DOM 5,50€
CH 5,70 CHFMAR 43 MAD
CPPAP Nº 0621C80864
Nº 3662
DU 21 AU 27 MARS 2020
COVID19, MALAISE
DES URGENCES,
SOUSEFFECTIFS
CHRONIUES…
NONASSISTANCE
À HÔPITAL EN DANGER
codes 0080L’invité
1971
Naissance à Paris
e dans le 12
arrondissement.
1994
Agrégation
de Lettres
modernes.
2001
Fondation
de la Compagnie
du Kaïros.
Depuis 2009
Artiste associé
au Théâtre
de la Ville, à Paris.
2014
Ceux qui restent,
au Théâtre
de la Ville, à Paris.
2018
Les Ondes
magnétiques,
à la
ComédieFrançaise.
Le dramaturge ose tout : théâtre David
documentaire, pièces pour enfants…
et comédie musicale ! Un art hors
format, qui prend source dans ses
racines juives et sa famille d’artistes. Lescot
Télérama 3662 18 / 03 / 20 3t
a
d
L’invité Le dramaturge vid Les co
lin, en avait une —, qu’ils réservaient exclusivement à
l’exportation. De leur côté du rideau de fer, ils n’avaient en
efet pas le droit d’utiliser ces instruments du rock’n’roll,
symbole de la culture américaine interdite. Cette guitare
est plus vieille me moi !
Que représente, Ce spectacle m’a valu une vraie
reconpour vous, naissance. Il était pourtant modeste,
La Commission vite écrit pour me consoler d’une
procentrale duction annulée. La Maison de la
poéde l’enfance ? sie m’avait programmé cinq semaines
d’aflée dans sa petite cave. On était au
mois de mai, l’ofre parisienne était moins grande, la
presse et le bouche-à-oreille m’ont soutenu… Il y a eu un
efet de sympathie autour de cette petite cérémonie
orchestrée par un type — moi — murmurant tout seul, dans
un sous-sol, une histoire peu commune.
Le texte est auto- J’ai vécu une histoire française singu-
biographique… lièr e au milieu de gens qui n’étaient pas
forcément français d’origine. La Com -
mission centrale de l’enfance (CCE), association pour les
Propos recueillis enfants de déportés créée par les juifs communistes après
par Emmanuelle Bouchez la Seconde Guerre mondiale, a organisé des colonies de
Photo Yann Rabanier pour Télérama vacances jusqu’en 1988, un an avant la chute du mur de
Berlin. Mon père y était allé. Et il nous y a aussi envoyés, mon
frère Micha et moi, sept à huit étés de suite, dès le début des
Il va son chemin, gourmand et curieux. Un peu fou fou der - années 1980. Je n’ai pas grandi dans une transmission
famirière son air d’intello savant passé par Normale sup, avant liale insistante de la Shoah. Mais elle s’est faite discrètement,
de s’engager sur scène à la toute fn des années 1990, pour à travers ce genre d’expérience. Les fondateurs de la CCE
y faire, comme Molière, tous les métiers : auteur, acteur, étaient communistes. La religion n’avait donc pas cours.
metteur en scène, et même musicien ! Les Opéras de Lille Mon afection à leur égard est grande, même si je ne viens
ou de Dijon (il vient d’y mettre en scène Les Châtiments, de pas exactement de ce milieu-là. Il y avait chez eux une
exciBrice Pauset, inspiré par Kafa), puis la Comédie-Française tation liée au collectif que j’ai toujours essayé de retrouver.
ont d’ailleurs vite repéré ses talents tous azimuts. Enfant de Les communistes ne plaisantaient pas avec la culture. On
la balle — fls du comédien Jean Lescot et frère de l’acteur y faisait du théâtre sérieusement : des pièces de Brecht
Micha Lescot —, David, 48 ans, mène depuis presque vingt presque entières, dès l’âge de 10 ou 11 ans !
ans une carrière fournie à la tête de sa Compagnie du
Kaïros. Il y traite de sujets résolument contemporains — le cli- Que reste-t-il, Elle a perdu beaucoup de terrain. Être
mat, l’administration européenne, le système de Ponzi et la aujourd’hui, juif de gauche devient presque un
paracavalerie fnancière —, mais s’adresse aussi désormais au de cette doxe dans l’imaginaire de la société
jeune public. Il vient même d’oser le pari de la comédie mu- culture juive française, qui associe toujours les juifs
sicale, avec Une femme se déplace, époustoufante aventure laïque dans à l’Israël nationaliste ou à la frange la
sur les superwomen d’aujourd’hui, menée avec les chan- la société plus conservatrice des faucons
améteuses Élise Caron et Ludmilla Dabo. Depuis qu’on l’a française ? ricains. La majorité des Français ne
déco u v er t dans La Commission centrale de l’enfance, en 2008, soupçonne même plus l’existence de
célébrant avec une guitare rouge et un air pince-sans-rire, cette culture-là. Chez nous, on ne parlait pourtant pas
les joies des colonies de vacances dans le giron des commu- beaucoup d’Israël. La sœur de ma grand-mère y vivait. Je
nistes, ce Lescot-là ne cesse de nous surprendre… n’y suis jamais allé. Mais aujourd’hui, il faut se
positionner. C’est complexe. À partir du moment où l’État d’Israël
La guitare rouge, Oui, c’est ma guitare fétiche. J’ai essayé existe, se dire antisioniste est quand même extrêmement
vous l’avez de la remplacer par une Telecaster ; sans violent, non ? Pour autant, je ne me suis jamais considéré
toujours ? succès. Comme s’il fallait que cet instru- comme sioniste. Je n’appartiens pas à ce courant de
penment, acheté juste avant mon spectacle sée. Je préfère la diaspora, l’existence des juifs au milieu
solo La Commission centrale de l’enfance à une contrebas- d’autres cultures, dans d’autres pays. Et la situation faite
siste de jazz des années 1960, revienne en scène cha que aux Palestiniens me révolte.
fois que je mêle musique et théâtre. On la retrouve
d’ailleurs en ce moment sur scène avec Ludmilla Dabo Comment Par ma grand-mère paternelle, qui
veet moi dans Portrait de Ludmilla en Nina Simone. Et puis l’histoire nait comme mon grand-père de Pulawy,
elle raconte le paradoxe de l’Europe des années 1960. polonaise vous ville au sud-est de Varsovie. Lui est
arriLes Tchèques fabriquaient ces Jolana, de très bonnes gui- a-t-elle été vé en France à la fn des années 1920,
tares électriques — Jimmy Page, le guitariste de Led Zeppe- donnée ? pour rejoindre son frère. Ils travaillaient ☞
4 Télérama 3662 18 / 03 / 20LE 20 MARS
TELERAMATELERAMA VAMPIRES.inVAMPIRES.in dddd 11 04/03/2004/03/20 2020 16:2216:22L’invité le dramaturge david lescot
☞ tous les deux comme ouvriers, vivaient ensemble et ne « De la S hoah ou du ghetto
possédaient pas grand-chose. Une amie historienne, Claire de Varsovie, je ne fais pas mon
Zalc, a retrouvé le certifcat de naturalisation de mon
grand-père, d’abord refusé au prétexte qu’il fréquentait identité, mais simplement mon
trop ses coreligionnaires. Se faire naturaliser coûtait envi- histoire. […] Confondre identité
ron 500 francs, mais il ne pouvait en proposer que 15,
précise le dossier. En 1931, sa demande abouti enfn. Plus tard, et histoire crispe les individus
il fait venir ma grand-mère, beaucoup plus jeune. On est autour de revendications,
alors en 1936, au moment de la grande vague d’immigration
des Polonais en France. Mon père est né à Paris deux ans plus de croyances et de certitudes
tard. Il a changé de nom pour travailler comme coméd ien qui les égarent. »
plus facilement, parce que son patronyme
polonais — Wajsbrot —, prononcé à la française, cumule une succession de
consonnes impossible. Mon père n’a pas appris le yiddish,
mais chez ma grand-mère… c’était « yiddish home ».
il est en vous, Difcile à dire. Je ne vis pas dedans, Je
ce « yiddish land » ? ne suis pas obsédé par la Shoah. Je ne lis
pas non plus tout ce qui paraît sur le
ghetto de Varsovie. S’il m’est arrivé d’écrire des spectacles
sur le sujet, ce fut toujours par rebonds ou par hasard, sans bagages. Ne pas avoir eu de vraie formation académique, À voir 
me sentir lié à un devoir de mémoire. Et pourtant, à chaque en dehors des conservatoires de quartier, correspond à J’ai trop d’amis,
fois que je m’y retrouve plongé, je sais naturellement com- mon idée du théâtre : une auberge espagnole qui accueille du 21 au 29 mars,
ment raconter, sans tomber dans le côté larmoyant, ou « le la variété venue de l’extérieur. théâtre de la v ille
folklore ». Quand j’écris Ceux qui restent, à partir des témoi- espace c ardin,
egnages de Paul Felenbok et de sa cousine, Wlodka Blit-Ro- Micha Lescot, Il ne veut pas être autre chose. En cela, Paris 8  ;
bertson, enfants évadés et survivants du ghetto de Varso- votre frère, il est comme mon père ! Très complices, du 3 au 22 juillet,
vie, je les saisis à la fn, quand ils reconstruisent leur vie apparaît comme on avait commencé à travailler un peu la manufacture,
après avoir laissé tous les drames derrière eux. Et ce n’est l’acteur ensemble. Nous partageons un monde avignon (84).
pas pour autant une bluette hollywoo dienne… On y me- par excellence… à nous, mais nos parcours ont bifurqué. Une femme
sure l’angoisse de l’irréparable. Cette histoire me touche Lui cherchait un metteur en scène. Il a se déplace,
parce que mon père était un enfant c aché pendant la été choisi par des fgures tutélaires comme Luc Bondy ou les 16 et 17 juin,
guerre. J’ai fni par découvrir qu’il envoyait chaque année Roger Planchon… Moi, au contraire, j’ai bâti des projets, Festival d’anjou,
un colis à la dame qui l’avait abrité à la campagne, dans la réuni une bande, cherché des part enaires. À côté de la créa- angers (49) ; du 16
Sarthe, en ex-zone libre. De tout cela, je ne fais pas mon tion, tout cela représente parfois un sacerdoce. au 31 décembre,
identité, mais simplement mon histoire. Car la notion monfort, Paris
d’histoire est mouvante. Elle requiert une sorte d’enquête, L’ami Sûrement. On trouve dans ses pièces un (avec le théâtre
et l’on ne sait jamais ce que le passé réserve. Confondre de votre père art de la langue, une gouaille, un hu- de la ville).
identité et histoire crispe les individus autour de revendi- le dramaturge mour cruel si rares dans le théâtre fran- Portrait
cations, de croyances et de certitudes qui les égarent. Ainsi Jean-Claude çais. L’Atelier (1979) est une pièce magni- de Ludmilla
ai-je refusé que les spectacles comme La CCE ou Ceux qui Grumberg, vous fque : si une jeune compagnie inven tait en nina Simone,
restent soient joués dans des cadres communautaires, au a-t-il influencé, ça aujourd’hui, on crierait au génie. le 19 mars, théâtre
proft d’un partage plus « œcuménique ». avec sa façon C’était de l’écriture collaborative avant de l ’ernée (53) ;
de mettre l’heure, les actrices improvisaient dans le 26 mars,
Quelle histoire L’acquisition de la langue française était de l’humour dans la journée, et Grumberg, une fois rentré maison du théâtre,
du théâtre un enjeu fort pour ces familles-là. Mon les sujets chez lui le soir, écrivait. J’ai appris, grâce amiens (80) ;
vous a transmise père était doué pour la langue : pour la les plus graves ? à lui, que le théâtre passe par l’invention le 28 mars,
votre père, parler, pour la réciter. Il a donc eu l’au- d’une langue. Et celle-ci n’est pas forcé- théâtre du Parc,
Jean Lescot ? dace de suivre un cours de théâtre. Il y a ment une poésie décollée du réel. Recons tituer la musique
andrézieuxrencontré ceux qui allaient devenir ses de la langue parlée est le vrai travail de l’écrivain de théâtre. Bouthéon (42).
amis, comme le dramaturge Jean-Claude Grumberg et les Il y a toujours une part de l’auteur qui est acteur. Pour voir J’ai trop peur,
comédiens Gérard Desarthe et Pierre Santini. Au fl des an- si ça sonne, si ça fait rire. Une fois que la langue est trouvée, du 31 mars au
nées 1960 et 1970, il a suivi le grand mouvement du théâtre le chemin est tracé pour l’interprète. 3 avril, théâtre de
public et travaillé avec des fgures déterminantes comme villefranche, puis
les metteurs en scène Jean Dasté, fondateur de la Comédie Pourquoi écrire Pour vivre une relation immédiate et en mai à Forbach,
de Saint-Étienne, Claude Régy ou encore Armand Gatti… du théâtre instinctive avec le public : le jeune spec- Fresnes,
saintEnfant, je suivais mon père sur les plateaux de théâtre. Je pour enfants ? tateur se fiche complètement des
Barthélémyl’aidais à apprendre son texte et connaissais par cœur tous codes. J’adore, par exemple, aller dans d’anjou, l yon…
les rôles. Être dans les coulisses ou traverser la scène étaient les écoles voir J’ai trop peur, ma première pièce sur
l’anepour moi des privilèges fascinants. Après le bac, j’ai fait un goisse d’entrer en 6 . M’adresser à des enfants de 8 à 10 ans
détour par les études et la musique, sans savoir que ça serait est un bonheur addictif, pas du tout une « mission ». La
là, sur ces mêmes planches, que je déposerais un jour mes première ébauche de J’ai trop peur a été écrite pour le fes-☞
6 Télérama 3662 18 / 03 / 2003.03.2020 13:23 (tx_vecto) PDF_1.3_PDFX_1a_2001 300dpi YMCK ISOcoatedv2_FOGRA39_U280_K95 GMGv5t
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L’invité le dramaturge david lescot
☞ tival Longueur d’ondes, à Brest, et enregistrée par France mentale. Les émotions y sont vivantes, à l’inverse des
Culture. Et puis le directeur du Théâtre de La Ville, Emma- images flmées, dont on ne sait pas comment elles sont
nuel Demar cy-Mota — qui avait déjà soutenu La Commis- fabriquées. Sur scène, tout est révélé en même temps :
l’hission centrale de l’enfance quand il était à la Comédie de toire comme la prouesse de la représentation.
Reims —, m’a demandé, avec beaucoup d’insistance, de la
développer. Elle fut créée pour trois actrices. Aujourd’hui, Comment En lisant la presse depuis toujours.
Pourune équipe de neuf femmes se relaient pour ces trois rôles, trouvez-vous tant, le substrat documentaire n’est plus
et cinq d’entre elles — Marion Verstraeten, Élise Marie, Ca- vos sujets ? mon horizon, car décliner le réel à l’état
mille Roy, Théodora Marcadé et Suzanne Auber — vont brut est devenu aujourd’hui une
tencréer en mars le second volet, J’ai trop d’amis. Toutes ont dance dominante de la scène. Alors, mon esprit frondeur
trouvé d’instinct le mode de jeu : ne jamais imiter mais de- me force à revenir vers la fction, la fantaisie, la recherche
venir des enfants sur scène. formelle. Il faut toujours guetter les voies mineures, les che -
mins de traverse du théâtre, si l’on espère du nouveau.
Que raconte Il s’agit d’une pièce moins poétique,
J’ai trop d’amis ? plus dramatique que J’ai trop peur. Les votre comédie Ce genre, la comédie musicale, libère la
phénomènes de réputation ou de po- musicale langue et l’imagination. Tout y est
perpularité liés à l’usage des réseaux sociaux sont de bons su- Une femme mis. Avec une chanson réussie, on peut
jets pour le théâtre. Mais dans la réalité, au collège, la si- se déplace tout raconter ! Le rythme, la mélodie, la
tuation n’est pas de tout repos pour les gamins, si je me fe participe-t-elle rime sont de bonnes contraintes pour la
à toutes les conversations que j’ai eues avec eux. Certains de ce défrichage ? scène. Le théâtre versifé a disparu — on
fonctionnements sont inquiétants. peut le regretter —, mais avec la chanson
je retrouve le plaisir de la prosodie. L’envie d’écrire en
muQuel rôle En tout cas, pas celui de les embrigader sique m’a donné l’élan, et je suis parti à l’aventure.
le théâtre ni de leur faire admettre un discours. Il
peut-il jouer leur ofre plutôt une expérience char- Où s’est placé À tous les endroits, puisque j’écris aussi
auprès gée de vertus : celle de regarder la réa- l’auteur que vous la musique, simple et accessible,
soudes enfants ? lité et de la reconnaître tout en compre- êtes dans un tel vent inspirée du jazz. Mais je me tiens
nant que, pour la représenter, il a fallu projet ? aussi à la place du spectateur. J’ai en ef -
un peu la transformer, y mettre de l’humour et de l’ima- fet recherché des sensations, que j’ai pu
gination. Le théâtre devient alors une expérience fonda- éprouver moi-même dans les salles. La comédie musicale
permet au public de vivre des instants singuliers, où il
oublie ce qui s’est passé avant, où il ne se soucie pas de ce qui
se passe ensuite. Le plaisir est celui de l’instant pur. Tout à
coup, la chanson est réussie, la mise en scène aussi… Et le
public vibre ! Le théâtre comme art de conjuguer des
instants exaltants représente mon idéal. Il y avait à Broadway,
la saison dernière, à l’Eugene O’Neill Theatre, The Book of
Mormon («  le livre de mormon » , ndlr), une satire de la
religion écrite par les créateurs de la série animée South Park.
Le livret est drôle, trash, bien écrit. Sur un vrai sujet de
société — des mormons tentent d’évangéliser un village en
Afrique —, la dérision autorise tout. Les chansons y
dégagent une sorte d’euphorie. Si je n’exclus pas la gravité
dans mon théâtre bien sûr, j’ai tenté dans Une femme se
déplace de créer ce même sentiment euphorique. Je n’avais
pas envie de déplorer, encore une fois, l’ordre du monde  •
l es pièces de david l escot sont publiées aux éditions actes
s ud-Papiers. Ceux qui restent, aux éditions gallimard.
Dans J’ai trop peur,
trois actrices
à hauteur d’enfants
racontent l’angoisse
ed’une rentrée en 6 .
8 Télérama 3662 18 / 03 / 20
Chrisophe AYNAUD D LAGNO UVE L OP EL
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Sommaire Du 21 au 27 mars 2020
Générosité
S’il en était encore besoin, l’épidémie 34 de coronavirus vient de démontrer
combien notre hôpital public — une des
plus grandes réussites de notre
démocratie nationale — est aujourd’hui en
danger. Menacé par une idéologie
libérale qui ne peut être la sienne — le
proft contre le soin — et par l’épuisement,
aussi, de soignants exemplaires ployant
sous la tâche. Jusqu’à être condamnés
parfois à démissionner pour se faire
entendre. Un centre hospitalier comme
bien d’autres, à Pau, nous a ouvert ses
portes pour témoigner d’une légitime Sur
inquiétude. Passionnant reportage sur Télérama.fr
des hommes, des femmes qui se battent
quotidiennement pour les autres. C’est
aussi la vocation de la lumineuse
Française Esther Dufo, Prix Nobel d’écono-3 mie en 2019 et enseignante au MIT, près
de Boston. Elle a consacré ses
recherches aux plus pauvres, cherchant
des moyens simples et efcaces de les
sortir de leur détresse. Cette
générosité, cette attention aux tourments de ses
contemporains, jeunes ou vieux, est
aussi dans l’ADN de notre invité, le
metteur en scène et auteur de théâtre
David Lescot. Autant de qualités dont
nous allons avoir besoin dans cette
période d’angoisse collective, où risquent
à chaque instant — peur individuelle
oblige — de se distendre nos liens. 45 — Fabienne Pascaud
Couverture Sur ÉLÉrama .F 28 la ville, pour les femmes aussi CritiqueS
Au centre À lire dans la zone abonnés dans la rue, elles doivent user 45 l e rendez-vous
hospitalier de Pau la littérature en inde, vecteur de stratagèmes pour assurer « raphaël. l e maître
Photo d’union dans un pays divisé leur sécurité. l es initiatives et ses élèves », au domaine
Quentin Top/ se multiplient pour leur rendre de Chantilly
Hans Lucas zine enfin la cité accessible 48 Cinéma
pour Télérama 3 l ’invité 31 Séries ou documentaires ? 58 livres
l ’auteur et metteur en scène des séries inspirées de faits 62 musiques
david l escot réels, plus vraies que vraies 67 arts
11 Premier plan 34 l ’économiste Esther Duflo 68 Enfants
l ’art de revivre avec énergie et dévouement, 69 Scènes
12 Qui ? Comment ? Pourquoi ? la prix nobel fait tout pour
16 Coup de chapeau que reculent les inégalités tÉLÉviSion
l e comédien andré marcon 71 l e meilleur de la semaine télé
19 Temps forts sur Télérama.fr utrement The Cave, doc sur la guerre en
et courrier 37 Penser Syrie, sur national Geographic
Ce numéro comporte : l es fusions entre communes 82 Programmes et commentaires
une couverture spécifique
« paris-îdF » pour les abonnés lE Do SSiEr vont bon train. mais peut-on
et les kiosques de paris-îdF
et une couverture nationale. 20 mon hôpital va craquer ! réinventer une identité locale adio
eposé sur la 4 de couverture
pour les abonnés de la l es équipes soignantes sans braquer les habitants ? 138 l e meilleur de la semaine radio
France métropolitaine : un
encart 2 p. Télérama Cofret de l’hôpital public sont à bout. 40 Voyager l ’animateur de RTL soir,
Grandes expos sur la totalité
des abonnés. édition une situation explosive avec andré breton à Saint-Cirq- Thomas Sotto
régionale, Télérama+Sortir,
pages spéciales, foliotée alors que sévit le Covid-19. lapopie, dans le l ot 143 l es programmes
de 1 à 64, jetée pour les
kiosques des dép. 75, 77, r eportage à l’hôpital de pau 42 Découvrir
78, 91, 92, 93, 94, 95, posée
esur la 4 de couverture pour l e « meilleur bateau de 2020 » 148 T alents
les abonnés des dép. 75, 78,
92, 93, 94. est français… 151 m ots croisés
10 Télérama 3662 18 / 03 / 20
Yann rabanier pour Télérama | Jo SepH preZio So /aFp | rmn-Grand palaiS (domaine de CHanTill Y)/benoîT TouCHard (bernardino pinTuriCCHio) | T. nara Yan (pra Yaa G akbar) pour Téléramat
p
a
e
e
l
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Premier Pan
Le 11 mars au Théâtre
de l’Odéon, où se joue
La Ménagerie de verre.
L’ar d rvivr
Par Yasmine Youssi
la Porte-Saint-Martin à Paris chutent de 30 à 40 % par jour. La semaine dernière encore, la salle de
l’OdéonConséquences ? À l’image de pans entiers de l’économie
Théâtre de l’Europe, à Paris, était pleine à craquer. française, l’économie de la culture, déjà fragile, plonge. Et
la situation des intermittents du spectacle, qui la portent, Malgré la peur du coronavirus, l’ampleur
sidérans’annonce de plus en plus difcile. Mais viendra le jour où
te de la contagion et l’attente du déclenchement la pandémie sera derrière nous, comme on le dit
désordu stade 3 de la pandémie. Malgré l’angoisse légitime sus- mais de la Chine. Il faudra alors tout reconstruire. Bien sûr,
citée par le voisin qui éternue, ou tousse. Malgré les bou- il y aura des priorités. Que la culture n’en fasse pas partie
tons d’ascenseur que plus personne n’ose toucher, les serait un mauvais calcul. Car nous aurons plus que jamais
mains que l’on doit refuser de serrer, les baisers qu’on ne besoin de transcender ce que nous aurons vécu et de nous
peut plus donner. Malgré l’abandon progressif de tous ces retrouver. De communier pour recréer ces liens que nous
gestes et tous ces codes qui fondent notre relation aux apprenons aujourd’hui à couper. À ce moment-là, l’art
autres. Pourtant, chaq ue soir à l’Odéon, deux heures du- sera d’un immense secours. Une nécessité  • 
rant, neuf cents personnes ont accepté de s’abandonner à
un art qui sait comme nul autre les rassembler. Jusqu’à
quand ? Musées, salles de concert, théâtres ferment les uns
après les autres. Dans le Haut-Rhin, l’une des premières
zones contaminées, le CDN de Colmar a immédiatement
choisi d’annuler ses représentations. La Philharmonie et
l’Opéra de Paris ont suivi. Les réservations du Théâtre de
Télérama 3662 18 / 03 / 20 11
© Stéphane L GOUtte/My Ow
Qui ? Comment ? Pour Quoi ?
le papier a de l’avenir 
Jamais rassasié. a près Le 1, America et Légende ne sera consacré qu’à une
Zadig, Éric Fottorino propose à ses fu- personnalité, issue du monde du
turs lecteurs d’entrer dans la légende. sport, du spectacle, de la littérature
« La presse est un combat de rue » 1 , ou de la politique. « Des parcours de
professe l’ancien directeur du Monde vie à la fois éclatants et inspirants, loin
dans un ouvrage paru début mars. et des strass et paillettes », explique Éric
pour le mener à bien, rien de tel que Fottorino, à rebours d’une époque
de l’investir, cette rue, même si les « qui préfère dénigrer plutôt
qu’admikiosques s’y font rares. alors qu’im- rer ». Mais, promis, « ces légendes ne
porte si la presse papier n’a plus seront jamais des hagiographies », car
bonne presse, lui l’a chevillée au l’indépendance d’esprit et de plume
corps, d’où ce projet de Légende (c’est est ici revendiquée, comme la volon- 13
son titre), une revue trimestrielle au té de ne dépendre ni de la pub ni d’un
format « spectaculaire », composée actionnaire puissant. et comme la li- C’est le nombre, en milliers, d’heures de
aux deux tiers de photos et pour le berté a un prix, Éric Fottorino en ap- programmes disponibles sur Madelen,
reste de textes signés par de « grandes pelle aux lecteurs en lançant une opé- la toute nouvelle plateforme de streaming
plumes ». Fidèle au même postulat ration de fnancement participatif sur de l’INA (prix : 2,99 euros par mois). Au
d’unité — un seul sujet par semaine la plateforme Kisskissbankbank. programme : fictions historiques type Les
pour Le 1, l’amérique et rien qu’elle alors si entrer dans la légende vous Rois maudits ou Belphégor, documentaires
dans America, la France, unique fl tente… — Olivier Milot et émissions culte comme Apostrophes ou
rouge de Zadig —, chaque numéro de 1 Éditions de l’AubeIciis. Droit de réponse. Efet madeleine garanti.
après un voyage, j’ai toujours peur d’être retenue et
interrogée pendant des heures. Quand j’ai entamé ma transition,
t rump a été élu. Je me suis soudain sentie vulnérable. en
tant que cinéaste, je suis obsédée par les femmes
marginalisées. Comment le climat politique et les valeurs de la
société dans laquelle elles vivent infuent directement, et
parfois violemment, sur leurs vies personnelles…
Vous ne traitez jamais la transsexualité comme un sujet
en soi. Pourquoi ?
Je voulais éviter les représentations stéréotypées : des trans
hautes en couleur qui s’afrment par la provocation ou
la transgression. Mon personnage est plutôt introverti,
concentré sur la nécessité de survivre dans un
environnement hostile. il est trans, mais cela ne constitue qu’un
aspect de son identité. t out comme le fait d’être une
immigrée asiatique ne le défnit pas en tant que personne.
Le mouvement #met oo a-t-il influencé le film ?
intervie M inute #Met oo s’est focalisé sur les violences et les abus sexuels.
J’ai plutôt envie d’explorer le versant psychologique et être trans émotionnel du sexisme, qui est plus insidieux et dont on
parle moins. il faut aussi prendre garde à la tentation du au te Mps de tru Mp repli identitaire et communautariste. Je n’ai pas envie qu’on
me renvoie constamment à mon identité de femme trans
isabel Sandoval est une cinéaste transsexuelle philippine philippine. et qu’on me dise que ma compétence est de
résidant à n ew York depuis quinze ans. Plus proche de faire des flms sur ce que je connais.
l’esthétique de James Gray que de celle de Brillante mendoza,
son dernier film est une histoire d’amour entre une aide Comment décririez-vous le climat politique aux États-u nis ?
à domicile trans sans papiers et un jeune Américain évoluant il est si difcile que, un moment, j’ai voulu reporter mon
dans un environnement macho. u n portrait subtil et flm. Mais mes proches m’ont dit, à juste titre, que s’il devait
impressionniste de l’Amérique selon t rump. être vu c’était précisément maintenant, alors que la
xénophobie et l’intolérance de l’administration t rump fltrent,
Brooklyn Secret est-il autobiographique ? même insidieusement, à travers des discours à la radio, par
Oui et non. Contrairement à mon héroïne, je possède une exemple. l eur impact sur la vie des immigrants est brutal.
Brooklyn Secret,
carte verte. Je ne peux pas être expulsée vers les philippines Propos recueillis par Mathilde Blottièrede et avec Isabel
Sandoval. du jour au lendemain. pourtant, de retour aux États-unis Lire critique page 50.
12 Télérama 3662 18 / 03 / 20VU DE L’ÉTRANGER
LE CINÉMA ITALIEN
SE REMETTRATIL
DU CORONAVIRUS?
Lionello Cerri possède des cinémas art et essai à Milan et dans d’autres villes
lombardes. Chaque année, plus d’un million et demi de spectateurs fréquentent
ses salles, qu’il a été contraint de fermer depuis le début de l’épidémie.
LA RÉPONSE Toute l’Italie est sous cloche depuis le mars,
DE LIONELLO mais en Lombardie nous vivions au rythme du
CERRI, coronavirus depuis presque quinze jours. Les
ciproducteur némas ont fermé le février. Nos
quatre-vingtet exploitant. dix employés sont au chômage technique. Le
manque à gagner est énorme! Environ ,million d’euros en dix
jours. Et il faut continuer à payer les dépenses liées aux contrats
publicitaires, les loyers, les charges sociales, etc. Les e ets du
virus, je les ressens aussi en tant que producteur,puisque notre
petit dernier, Tornare, de Cristina Comencini, aurait dû sortir
la semaine dernière. Il ne pourra être à l’a che avant mai ou
juin. Quant au développement des lms en production chez
nous, il est en suspens. C’est un désastre pour l’économie du
cinéma en Italie… Début mars, une baisse de de la
fréquentation a été constatée au niveau national. Et pas question de
compter sur les assurances; comme tant d’autres secteurs, nous
espérons que l’État nous aidera à compenser nos pertes. On
nous dit que les cinémas rouvriront le avril, mais la situation
reste confuse. Alors on s’adapte au gré des ordonnances. Les
mesures prises sont nécessaires pour freiner la contamination et
permettre une reprise rapide. Lorsque la vie reprendra, les
Italiens auront plus que jamais soif de lien social, de convivialité et
de culture. Nous devrons être prêts à les accueillir de nouveau.» Un cinéma fermé
à Rome, le mars. Propos recueillis par Mathilde Blottière
REPÉRÉE Âge ans. cise-t-elle. Le sport —foot, puis
patiProfession Actrice. Et tornade. nage artistique, et athlétisme six jours
Actualité Dans Benni, premier long mé- sur sept et équitation— ne su sant
trage de l’Allemande Nora Fingscheidt pas à épuiser son énergie, sa mère n’a
en salles cette semaine, elle impres- pas voulu freiner sa vocation
artissionne en enfant sauvage ballottée de tique. Helena a che déjà trois longs
foyers d’accueil en hôpitaux, petite fu- métrages (dont deux où elle tient le
rie qui compense l’absence d’amour rôle principal), un télé lm et une série
maternel par une violence indomp- sur son CV.
table. Et stupé e par la maturité de Signes particuliers La petite Berlinoise
son interprétation, largement basée vient de terminer le tournage au
Nousur l’improvisation, passant dans la veau-Mexique, et en anglais, d’un
wesmême scène de la colère la plus terri- tern de Paul Greengrass, dont elle
par ante au désespoir le plus profond. tage la vedette avec Tom Hanks
Lapsychopathe en culottes courtes re- —sortie prévue à Noël. Son
persondevient, alors, une adorable llette nage? Une jeune immigrée allemande
qu’on voudrait prendre dans ses bras kidnappée puis élevée par des Indiens
pour la consoler. Kiowa. Elle rêve, ensuite, de jouer
Ascendants Helena Zengel n’avait que dans une comédie —«On ne me pro-HELENA ans quand elle a fait ses premiers pas pose que des rôles dramatiques»—, si
devant la caméra —«une seule journée possible avec des chevaux. ZENGEL de tournage pour un clip musical», pré- —Samuel Douhaire
Télérama 3662 18 / 03 / 20
LINGUA FRANCA LLC YUNUS ROY IMERKINEOWEYDEMANN BROS LAPRESSESIPA USASIPAr
s
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A l Armes, et
mor T d’un ac Teur monde
ingmar Bergman avait deux doubles : sant et jaloux de Barbara Hershey, à
erland Josephson, très neutre, très qui il se rend insupportable pour
justi« ordinaire », qu’il utilisait pour ses fer sa crainte d’être quitté… même si
scènes de la vie conjugale. et max von on se souvient de lui en prêtre forcé de
sydow, mort le 8 mars dernier à 90 ans. lutter contre une adolescente
vomisil le réservait, lui, vu son physique de sant de la bile verte (L’Exorciste, de
Wilviking, à des combats plus spectacu- liam Friedkin, 1973), son plus beau rôle
laires : jouer aux échecs avec la mort, à Hollywood reste celui de l’espion
sopar exemple, dans Le Septième Sceau viétique dans le flm de John Huston La
(1957). ou venger par un triple meurtre Lettre du Kremlin (1970). un ofcier ré - Je me souviens de…
le viol de sa flle (La Source, 1960). max puté pour son sadisme qui épargne
et ingmar auront tourné ensemble l’épouse perverse d’un adversaire dont didier Bezace
une dizaine de flms, dont les chefs- il devient le jouet impuissant…
d’œuvre Les Fraises sauvages (1957), c es dernières années, max von sy- …et de sa voix magnifque. sombre, grave, profonde. il en a
L’Heure du loup (1967)… dow avait connu un regain de popula- beaucoup joué. Trouvant son plaisir d’acteur dans la
lecLa complicité avec Bergman lui va- rité en s’infltrant dans la saga Star ture des grands textes. r écemment encore dans ceux de
lut, aussi, une reconnaissance interna- Wars (Le Réveil de la force, 2015). et en Louis et d’elsa (aragon et Triolet), avec a riane a scaride
tionale : Woody allen, fan du cinéaste interprétant, dans trois épisodes de comme complice. son adieu à la scène en somme, avant de
suédois, lui écrit, pour Hannah et ses Game of Thrones, le rôle de la corneille nous quitter à l’âge de 74 ans.
sœurs (1986), le rôle de l’amant vieillis- à trois yeux. — Pierre Murat sa voix était aussi de celles qui veulent à tout prix vous
convaincre. de l’importance du théâtre public surtout.
c omme lors d’une interview à bâtons rompus au Théâtre
de la c ommune à a ubervilliers, en 2013, peu avant qu’il ne
le quitte après l’avoir fait rayonner seize années durant. il
mettait à l’afaire — en plus de sa passion — un peu de rage…
car c’est là, dans ce théâtre de la banlieue nord (et rouge)
de Paris — après avoir démarré au début des années 1970
avec ses amis Jacques nichet et Jean-Louis Benoît, à la car -
toucherie de vincennes, l’aventure collective du Théâtre
de l’a quarium —, qu’il a imaginé un théâtre populaire et
exiTonie Marshall
geant. il y a monté Feydeau comme personne, mais n’a ja-est morte
le 12 mars à 68 ans. mais lâché non plus les œuvres difciles, cherchant à
susciter la réfexion (il a mis en scène Tabucchi, nizan ou sartre
et adapté, en 1998, les témoignages recueillis par Pierre
Bourdieu dans La Misère du monde). il avait même instauré
à a ubervilliers des cafés philosophiques. Le lundi, si je me
souviens bien, jour de relâche des théâtres.
a cteur, il prenait l’écran avec aisance, le petit comme le
grand. u ne trentaine de flms à son actif… mais c’est en 1991,
dans L.627, de Bertrand Tavernier, qu’il devient cet
incroyable inspecteur en blouson et en jean, qui bat le pavé, a u PLus P rès du P aradis guette les dealers sans relâche et bouscule ses collègues. c
omédien, il brûlait les planches. il donnait l’impression de ne
Tonie marshall, disparue le 12 mars cès, Pas très catholique, avec ané - jamais vouloir quitter le plateau. c ette « fringale » lui a fait
dernier à 68 ans, attendait du cinéma mone, Au plus près du paradis, avec comprendre comment travailler avec « les bêtes de scène ».
« des flms ni morts ni mornes, qui vous catherine deneuve et les franche- Tel Pierre arditi à qui il a ofert en 2001, au Festival
d’avipermettent, en sortant de la salle, de ment loupés Pentimento, Passe-passe, gnon, dans la c our d’honneur du palais des Papes, le rôle
vivre un tout petit mieux ». des flms mais avec, à chaque fois, de grands du terrifant arnolphe de L’ École des femmes. car, en homme
« vivaces », la flle de micheline Presle numéros d’actrices. c omme dans son de l’art, didier Bezace savait honorer la langue comme les
et de l’acteur-réalisateur américain dernier flm, le réussi Numéro une interprètes qui la servent. — Emmanuelle Bouchez
William marshall en tourna d’abord (2017), où emmanuelle devos incarne
comme comédienne, sous la direc- une pdg victime du machisme de ses
tion notamment des regrettés Jacques rivaux. À propos de féminisme,
rapdavila et Gérard Frot-c outaz, puis, à pelons que Tonie marshall reste,
partir de 1990, comme cinéaste. après quarante-cinq éditions, la seule
ses neuf longs métrages derrière la femme à avoir reçu le césar de la
meilcaméra alternent le séduisant Vénus leure réalisation.
Beauté (Institut), son plus grand suc- — Samuel Douhaire
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Eric G/Paraul co | BriGittE EnGErand/ivE GEncE -ima GEALLIANZ_209x272_ENVOL_ TELERAMA.indd 1 24/02/2020 12:45