Telerama du 26-02-2020

-

Presse
148 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Informations

Publié par
Date de parution 26 février 2020
Langue Français
Signaler un problème

M 02773 - 3659 - F: F: 3,303,30E
3’:HIKMRH=XUXXU\:?d@g@p@j@k";
MERCREDI 26 FÉVRIER 2020
HEBDOMADAIREFR 3,30€
BEL, LUX 3,90€DOM 5,50€
CH 5,70 CHFMAR 43 MAD
CPPAP Nº 0621C80864
Nº 3659
DU 29 FÉVRIER
AU 6 MARS 2020
Exposition
à Gand
SuperstarVan de la peinture
Eyck
code 80/00a
a
i
s
a
u
x
s
d
t
c
d
d
L’invité
Il réhabilite fortins et manufactures, telles
la Citadelle de Belle-Île ou la Monnaie de Paris.
Pour cet architecte admirateur de Vauban,
rien de plus durable et souple que le bâti militaire.
Philippe
Prost
Propos recueillis par Luc Le Chatelier À quoi tient une vie, une carrière, une territoire qui, forts de leurs compétences — leur « art » —
saPhoto Audoin Desforges/Pasco passion ? Philippe Prost voulait être vaient observer la nature pour trouver les solutions les plus
pour Télérama musicien. Un métier de crève-la-faim adaptées en fonction de la topographie, des ressources et
pour ses parents. Alors, pour les rassu- des matériaux disponibles. Ils faisaient preuve d’une éco -
rer, et sur les conseils de son profes- nomie de moyens, « par art et par nature » — titre d’un petit
seur de piano, il s’est inscrit en architecture, « des études co - livre que je viens de sortir pour synthétiser toutes ces ob -
ol qui ne demandent pas trop de boulot ». Sauf qu’en troisième servations —, qui se retrouve parfaitement en phase avec les
année il mord à l’hameçon. Abandonne la musique, plonge problématiques que doit affronter l’architecture
d’audans la matière, accumule bientôt les diplômes et entre à jourd’hui. Comment appréhender un site ? Que construire ?
l’École de Chaillot, qui forme les architectes du patrimoine. Avec quoi ? Pour quelle pérennité ? Bien sûr, à mes débuts,
Il se passionne pour l’architecture militaire et se noie dans quand André Larquetoux est venu me chercher, je n’aurais
les plans-reliefs et les archives… Jusqu’à ce jour de 1989 où, pas verbalisé les choses de la même manière. Mais
l’archilors d’un colloque savant sur Vauban, ce jeune rat de biblio- tecture est un apprentissage permanent.
thèque rencontre un vieil homme, André Larquetoux
(1908-2004) qui fnira de bouleverser sa vie en lui confant Parlez-nous Sans lui, je n’aurais pas d’agence. Je
seun chantier titanesque… Trente ans plus tard, Philippe d’André rais resté dans la recherche, l’écriture,
Prost, toujours chercheur et désormais enseignant à l’École Larquetoux. l’enseignement. Quand je l’ai rencontré,
nationale supérieure d’architecture de Belleville, est deve- j’avais 32 ans, beaucoup de diplômes,
janu l’un des meilleurs spécialistes de la résurrection d’un pa- mais rien construit. Ce monsieur, chapeau toujours vissé
trimoine militaire et industriel qu’on a longtemps considé - sur la tête, me proposa un étrange marché : restaurer la
ciré comme encombrant et disgracieux. tadelle de Belle-Île-en-Mer, un site immense, des dizaines
de milliers de mètres cubes de pierre et de terre dont les
ePourquoi cette Je préfère le terme d’architecture de fondations remontent au xvi  siècle, largement remanié au
efascination pour guerre, car dans « guerre » il y a l’idée de xvii par Vauban, abandonné depuis la guerre, envahi par
l’architecture crise, d’urgence. Comme la crise clima- la végétation. Je ne sais pas pourquoi j’ai accepté. Sans
À Lire militaire ? tique et l’urgence écologique que l’on doute à cause du bonhomme, pur spécimen de la
méritoPar art vit aujourd’hui. Très jeune, quand je tra- cratie républicaine. Né en 1908 à Bugeat, un petit village de
et par nature : vaillais ma thèse — que je n’ai jamais terminée ! —, je me suis Corrèze, André Larquetoux n’a pas connu son père.
Repéarchitectures passionné pour les dessins des ingénieurs militaires, Vau- ré par son maître d’école, aidé par la comtesse du coin, il
arde guerre, ban notamment, mais aussi ses prédécesseurs depuis l’An- rive au lycée de Tulle, réussit des études d’ingénieur à
éd. Les Édifiantes, tiquité, et ses successeurs, tous ces ofciers du génie for- Nantes, débarque enfn à Paris où, embauché dans une
en64 p., 17 €. més dans nos grandes écoles. De vrais aménageurs du treprise de travaux publics, il monte les échelons, devient ☞
4 Télérama 3659 26 / 02 / 20
Monnaie de Paris telier central ’outillage et de gravure Mécéné Par le rédit gricole ’ le de France en outien Métier ’ar7 avril 1959
Naissance
à Garches (92).
1991-2005
Chantier
de la citadelle
de Belle-Île-en-Mer.
2004
Mention à l’Équerre
d’Argent pour
soixante-sept
logements
de la ZAC Réunion,
eParis 20 .
Depuis 2008
Professeur
à l’École nationale
supérieure
d’architecture
de Paris-Belleville.
2010 – 2013
La Briquetterie,
centre
chorégraphique
du Val-de-Marne,
à Vitry.
11 novembre 2014
Inauguration
du mémorial
international
de Notre-Dame-
de-Lorette.
2011 – 2017
Monnaie de Paris.c
i
e
o
s
t
L’invité L’architete PhiLPP Pr
☞ directeur, fonde bientôt sa propre boîte, dépose des di- ce site historique en plein Paris, il a fallu faire d’un côté un
ezaines de brevets… En 1960, lors d’une vente à la bougie, il musée dans les majestueux bâtiments du XVIII qui
achète, sur un coup de tête, la citadelle de Belle-Île-en-Mer, donnent sur le quai de Conti, et dans les cours, réinstaller
brûlant la politesse à la famille Peugeot, qui voulait en faire des ateliers modernes pour continuer à frapper monnaie…
une colonie de vacances. Pendant longtemps, trop occupé Travailler dans de vieux bâtiments permet d’échapper aux
ailleurs, il n’y fait pas grand-chose, à part ouvrir un petit programmes normatifs qui aujourd’hui encadrent tout.
musée et se bricoler une maison de vacances. Puis, à 80 ans L’architecte, confronté à un bâti souvent dégradé mais por -
passés, à la suite de la vente de quelques immeubles qu’il teur d’une histoire sociale et culturelle, joue un rôle
pripossédait du côté de la rue Dauphine, à Paris, il décide d’in- mordial et passionnant : il doit porter une vision des
transvestir. Beaucoup. C’est là qu’il me tombe dessus. formations sur lesquelles les gens  — ses clients, le
public — ont du mal à se projeter. Bien sûr, c’est plus cher
Enfin du concret ! C’est peu dire qu’il m’a mis le pied à et plus compliqué que la démolition-reconstruction…
l’étrier. Et à l’ancienne : jamais de
contrat, on tope, on paye dans les quarante-huit heures… t out dépend Évidemment, si l’on ne démolit pas, on
Dans sa citadelle, André Larquetoux engloutira près de de ce que l'on n’a pas de gravats à évacuer, pas de
dé280 millions de francs (50 millions d’euros). J’y ai passé comptabilise ! chets à recycler, pas de nouveaux
matépresque vingt ans, dans un rapport pas toujours simple riaux à produire : soit une diminution
avec mon maître d’ouvrage. Lui, c’était la génération béton. de ce qu’on appelle « l’énergie grise », ce coût
environneIl a fallu parfois le convaincre que dans un tel monument mental qu’on oublie trop souvent de calculer. Le fait de ne
historique il y avait des matériaux plus adaptés, comme la pas démolir rejoint le concept du « par art et par nature »
pierre, la chaux, le bois… Il regimbait : « Mais Vauban, qui des ingénieurs militaires. La nature est ici représentée par
était un moderne, aurait adoré le béton s’il l’avait connu. » l’état des lieux, et l’art, par la manière d’intervenir, de
transformer. Comme Vauban l’a fait quand il s’est servi des
vous voilà Pas complètement, mais j’y venais sou- anciens murs médiévaux inopérants face aux boulets mé -
eembastillé vent, en avion jusqu’à Lorient, puis dans talliques du XVII  siècle, en les consolidant, en les
reprofà Belle-Île ? un petit coucou. Je suis devenu un spécia- lant, rarement en les rasant ! L’économie de moyens, c’est
liste des forts. J’en ai fait quelques autres. arriver à faire le plus et le mieux avec le moins. Tout le
Jusqu’à ce que je me trouve confronté à la réhabilitation de contraire de l’architecture du grand geste, du cri, du
l’ancienne usine de papier peint Leroy, devenue depuis Les « j’existe, alors je fais un truc diférent » de certains de nos
26 Couleurs, un espace culturel à Saint-Fargeau-Ponthierry starchitectes. Dans l’ancien, le travail consiste, avec un
mi(en Seine-et-Marne). Le bâti industriel et le militaire, surtout nimum d’interventions, à donner un nouvel usage, une
quand il est défensif, ont beaucoup de points communs ; s’ils nouvelle vie à un bâtiment, un ensemble, un site… Si l’on
veulent garder leur fonction, ils sont sans cesse obligés d’évo- sait les regarder, ces architectures partagent des capacités
luer. Sans état d’âme, Vauban détruisit des ouvrages qu’il hors du commun : très solides, elles supportent des tonnes,
avait construits parce qu’ils ne répondaient plus aux progrès et permettent donc à peu près tout. Alors qu’aujourd’hui,
de la balistique. Dans l’industrie, à chaque changement dans le neuf, si on fait du logement, ou du bureau, par
réad’énergie ou de mode de production, on transforme, on ren- lisme économique à court terme, on fera juste des plan -
force, on agrandit. Contrairement à beaucoup de monu- chers qui répondent à la norme « logement » ou « bureau »,
ments historiques type églises ou palais, où la question de sans se préoccuper du devenir du bâtiment.
« l’état initial » à restituer taraude toujours architectes et
spécialistes. Les patrimoines industriels ou militaires, avec les On ne peut pas Quoique… Dans mon cours sur la théorie
diférentes strates propres à leur histoire et souvent très dif - tout construire et la pratique en matière d’architecture
fciles à séparer tant elles sont intriquées, laissent paradoxa- comme un bunker de guerre, j’essaie d’entraîner mes
étulement beaucoup plus de latitude pour intervenir. ou une usine… diants sur ces questionnements. Pas
« Si l ’on ne démolit pas, on n’a pas de gravats à évacuer,
pas de déchets à recycler, pas de matériaux
à produire, soit un coût environnemental diminué. »
Dans un tel cadre, Complètement ! La force et la beauté de pour construire des fortifcations ou des murs dans le désert !
l’architecture ces bâtiments tiennent à ces strates suc- Mais pour aborder l’architecture en évacuant la question du
contemporaine cessives. Il est donc tout à fait légitime style — moderne, postmoderne, gothique, renaissance —
peut-elle d’imaginer l’implantation d’une grefe puisque, dans ce type d’ouvrages, seules la fonctionnalité et
trouver sa place ? qui leur permettra de répondre à un l’efcacité priment. Et donc, la pérennité et la durabilité,
nouveau programme : accueillir du pu- deux termes aujourd’hui très à la mode mais que je serine
deblic, y pratiquer la danse ou la musique, enseigner, ou puis vingt ans. Cela dit, chez les ingénieurs militaires, on
même pérenniser une activité industrielle comme j’ai pu trouve aussi une dualité entre ce qui doit être permanent, et
le faire à la Monnaie de Paris, où, lors de la rénovation de le temporaire — les tranchées, les fortins, les pontons — qui ☞
6 Télérama 3659 26 / 02 / 20Escales Grandeur
Nature
Lumières d’és d’été en Norté en Norvège
La No rv èg e sou s so n me ill eur jour
4 600 km de na vigation en tr e mont agnes,
îles et fjor ds, 34 escales dans des pe ti ts po rt s
et , 24h su r 24h, l’incr oy able lumière du soleil
de minuit … Dé couvrir la Norv ège à bord de
l’Ex pr ess Côtie r compte parmi les expér ie nces L’EXPRESS CÔ TIER
les plus rares et authe ntiq ues ! Cet été, pa rt agez DE NORVÈGEl’ engage me nt écologiq ue de Hur tigr uten et
faites corps avec une natur e sauv age à couper En réser va nt ava nt le
31.0 3. 20 un voy ag ele soufle. Ém otions gar anties !
d’ avril à sep tembr e 20 20
DE RÉDUCTIONVo tre voya ge commence *500€ PA R PERSONNE
da ns vo tre ag ence de voya ge s,
*Of re soumise à conditions , non rétr oa ctive, non cumula ble, va la ble sur une séle ction de départs po ur to ute nou velle réservation à parti r
du 01.0 2.20 20 . Réduction par personne uniquement sur le tarif SELE CT de 50 0€ pour un voy age Berg en/ Kirk enes /Ber gen et de 30 0€sur hur tigru ten.FR ou au 01 84 88 45 33 pour Bergen/ Kirk enes et Kirk enes /Ber gen po ur un départ du 01.06 au 31. 08 .2020. Réductions inf érieur es po ur avril , mai et sep tembr e.
AP_Hurti_Telerama_20 9x272_Ete2020_02 -20.indd 1 31/01/2020 05:55
© HURTIGRUTEN
© HURTIGRUTEN
JU SQU’ À
© HURTIGRUTEN
© Tr ym Iv ar Bergsmo - RCS Paris B 449 035 0005 - IM0 7510 0037t
s
o
e
i
c
L’invité L’architete PhiLPP Pr
☞ peut faciliter ponctuellement certaines actions, puis être ver une autre, mais où ? D’emblée, j’ai écarté l’Inde et la
abandonné. Reporté à un bâtiment que l’on construit, ce rai- Chine, vraiment trop loin. Pour l’instant, on a repéré deux
sonnement permet de réféchir à ce qui doit durer à l’échelle fournisseurs, au Portugal et en Croatie ; l’un à 1 800
kilodu siècle, ou plus — la structure, bien calibrée pour des mètres, l’autre à 800 kilomètres. Je cherche plus près, mais
usages évolutifs —, et ce qui peut changer avec le temps et les sans garantie de dénicher la carrière avec la bonne pierre
modes : le second œuvre, le cloisonnage, les façades… capable de me fournir le bon volume dans un temps
raisonnable et à un coût acceptable par le maître d’ouvrage. C’est
Faut-il Parfois, on n’a pas le choix. Des élus une discussion permanente. De la même manière, pour la
forcément étaient venus me poser la question à réhabilitation de la Cité des électriciens, la plus ancienne
tout garder propos de la base sous-marine de Lo- cité minière, à Bruay-les-Bussières, près de Béthune
(Pasde ce patrimoine ? rient qu’ils voulaient raser. Quand ils de-Calais), je ne voulais pas de laine de verre ou de laine de
ont sorti la calculette, ça les a refroidis. roche comme isolant. En cherchant, on a trouvé, à 20
kiloEn revanche, tout un patrimoine industriel et militaire un mètres de là, le Métisse, un matériau fait à partir de jeans
peu moins costaud a trop vite disparu ces dernières décen- recyclés par une fliale d’Emmaüs. C’était 20 % plus cher,
nies. Rappelez-vous la fermeture des charbonnages à la fn mais le maître d’ouvrage, un élu local, n’a pas été insensible
des années 1970. Pour efacer ce désastre industriel et hu- aux arguments sociaux et écologiques de ce produit qui,
main, beaucoup de puits de mines, de chevalements, de dans le bassin minier, permettait de remettre dans l’emploi
fosses ont été dynamités ! Pas sûr que les anciens mineurs des chômeurs longue durée et de ne pas encombrer les
déaient beaucoup apprécié, mais on ne leur a pas demandé leur charges avec de vieux vêtements.
avis. Et puis un jour, comme pour les espèces en voie de
disparition, on s’est rendu compte, au ministère de la Culture, Où s’arrête Nous ne sommes pas là pour ne faire
que tel ou tel bâtiment était un des derniers encore debout donc que de jolis dessins, mais aussi pour
dans son genre. Et que ces structures, ces typologies, ces le travail penser à la pérennité et la qualité de
cheminées nous parlaient de nous et de notre histoire. Je de l’architecte ? nos bâtiments, dans un contexte
donl’ai vu lors de l’inauguration du pôle de l’image et du dessin né, en restant à l’écoute des besoins et
animé dans l’ancienne cartoucherie de Bourg-lès-Valence envies des usagers. Et ce n’est pas parce qu’on traverse
(Drôme) que nous avons réhabilitée. Ce jour-là, il y avait une crise sociale, migratoire, climatique qu’on n’a pas le
neuf mille personnes ! Tous les enfants et petits-enfants des droit à une qualité de l’espace, au confort, à la lumière.
cartouchiers voulaient voir ce lieu qu’ils connaissaient de Bref, à de l’architecture. En même temps, il faut lutter
l’extérieur, mais où ils n’avaient jamais mis les pieds. Voilà contre cette image que les architectes ont pu donner
une autre similitude entre l’industrie et le militaire : ce sont d’eux-mêmes, ce côté, « j’arrive, avec mon jargon obscur,
souvent des lieux clos, interdits. Donc fascinants. sachant tout mieux que les usagers, disant c’est comme ça
e«  La vision très XX siècle du grand geste,
de l’architecture pour elle-même, hors contexte,
ne fait plus rêver les étudiants d’aujourd’hui. »
Comment Les étudiants d’aujourd’hui sont bien et pas autrement ». Il faut aussi que les architectes aient
vos élèves mieux formés qu’à mon époque, mais une meilleure culture du chantier. Je l’ai appris avec
Larentendent-ils surtout, ils sont tous extrêmement quetoux, à Belle-Île : un jour, il m’arrête : « Regardez ! » Je
cet conscients de la crise climatique et de vois un type qui pousse une brouette avec un caillou. « Je
enseignement ? l’importance du métier d’architecte vais vous dire une chose : vous ne saurez jamais aussi bien
dans le devenir de la planète. À de rares que lui comment charger un tel caillou dans une brouette
eexceptions près, la vision très XX siècle du grand geste, sans vous casser le dos. » Apprendre des gens qui font. C’est
de l’architecture pour elle-même, hors contexte, ne les aussi une des règles que j’essaie de transmettre.
fait plus rêver. Tous, peu ou prou, se posent les mêmes
questions. Sur quel foncier je peux construire ? Parce Cinq ans d’études Pour se croire tout permis, oui. Pas pour
qu’artifcialiser les terres agricoles est une hérésie. Quels pour devenir apprendre à apprendre, savoir rester
matériaux utiliser et d’où viendra-t-il ? Car le béton ou architecte, humble et garder en tête cette notion
l’acier coûtent cher énergétiquement. Quel type de n’est-ce pas court ? d’« œuvre ouverte » chère à Umberto
construction réaliser pour valoriser le site et l’existant ? Eco : l’œuvre que nous livrons
apparCar on ne construit plus jamais au milieu de rien… tiendra à ses usagers qui, chacune et chacun à sa manière,
la vivront, l’interpréteront, la transformeront à leur guise  •
Mais quelle En ce moment, mon agence travaille sur
prise l’architecte le port Vauban, à Antibes. Il faut, entre
a-t-il vraiment autres, refaire les sols. La pierre de quai,
sur ces très belle, vient d’une carrière qui n’est
questions ? plus exploitée. D’où le besoin d’en
trou8 Télérama 3659 26 / 02 / 20sélection À l' occasion de la sor tie de notr e nouv el hors série Télér ama
lié à la célébr ation du centenair e de la naissance de Boris Vian,
nous vous pr oposons ce magnifique coffr et musical en édition
limitée et numér otée .
1 2
1. Ho rs série Boris Vi an 2. Cof ret Boris Vian 100 chans ons – 6 vin yle s, 4 cd, livr et 32 page s...
Boris Vian, né le 10 mar s 1920, a eu plusieur s vies, au cour s Édition limitée et numer otée , livr et 32 page s av ec photo s et te xtes
de se s tr ente-neuf ans d' existence . Romancier parfo is rare s ou inédit s. Ce cofre t pr oduit en 196 5 et 1981 par Jacque s Canetti
incompris en ra ison même de son inventivité , joueur de ét ait intr ouv able . Il par aît aujour dhui dans une édition augmentée .
jaz z tr ès entour é, chansonnier et critique musical, il a fa it Il rassemble , en 6 vin yle s et 4 CD , le s gr ands interpr ète s et le s cr éateur s
montr e de tous se s talents, dans le Pa ris encor e en noir de s chansons de Boris Vian : Ser ge Reggiani, Jacque s Higelin, Mouloudji,
et blanc de l' apr ès -guerr e. Six décennie s apr ès, on s' en Henri Salv ador , Magali Noel, Pierr e Br asseur , Philippe Clay, Yv es Rober t,
souvient encor e. La par ole est ici à ceux qui l' ont connu Judith Magr e, le s interpr ét ations inoubliable s de Catherine Sauv age ,
– Jacque s Bens, Arnold Kübler . Comme à ceux qui l' ont lu et le s chansons de la comédie musicale « La Bande à Bonnot »…
et continuent de le lir e, à l'image de l’historien Mar cel Et bien d’ autr es surprise s. Dans le livr et parmi le s documents rare s,
Bénabou ou de la ro mancièr e Chloé Delaume . ce manuscrit de Boris Vian sur lui même . Une pépite !
Vous pouv ez également commander sur notr e boutique en ligne boutique.teler ama. fr
Bo n de commande Bo ris Vi an VV 59
OUI, je pr ofite de votr e ofre et je commande le hor s série Boris Vian et/ ou le cofre t Boris Vian 100 chansons .
Titr e Prix Quantité Total
Mer ci de compléter1. Hor s série Boris Vian 8,50 €
et de re tourner ce
bulletin de commande2. Cofre t Boris Vi an 100 chansons 89 €
accompagné de votr e
Fr ais de por t 3 € paiement, sous
Je choisis l’ envoi en Colissimo +6,90 € enveloppe afra nchie ,
à Télér ama, service
Mo ntant total de ma commande VP C- Abonnement s,
T.S. A 91 306 ,
75 212 Pa ris Cede x 13.Me s coor donnée s
Of re valable en Fr ance métr opolit aine dans la limite de s stock sNOM CODE POST AL
disponible s jusqu’ au 30 août 20 20 . Délai de livr aison :
4 semaine s à compter de la date de réception de la commande ,
01 48 88 51 00 (numér o non surtaxé ). Nous vous faisons bénéficierPRÉNOM VILLE
du mode d’ envoi en Colissimo à un prix av ant ageux de 6, 90 €,
inf érieur au prix réel, en pr enant en char ge une partie de ce coût,
ADRES SE afin de vous assur er une livr aison dans le s meilleur s délais.
Nº D’ ABONNÉ (f acult atif )
En retournant ce formulair e, vous accepte z que Teler ama, responsable de tr aitement, utilise vos données per sonnelles pour les besoins de votr e commande , de la relation Client et d’ actions mark eting sur ses pr oduits et services. Po ur connaîtr e les modalités de tr aitement de vos données ainsi que les dr oits dont vous dispose z (accès, rectification,
ef acement, opposition, por tabilité , limit ation de s tr aitements, sor t de s donnée s apr ès décè s), consulte z notr e politique de confidentialité à l’ adr es se www .t eler ama. fr/politiqueconfidentialite .php ou écriv ez à notr e Délégué à la pr otection de s donnée s – 80 , bd Auguste-Blanqui – 75 70 7 Pa ris cede x 13 ou dpo@gr oupelemonde.f re
a
a
g
a
m
r
r
r
a
u
o
n
Sommaire Du 29 février au 6 mars ��20
Své S par la créatiSur
Est-ce un autoportrait que ce fascinant Télérama.fr
Homme au turban rouge peint en 1433
— près de vingt ans avant que naisse
Léonard de Vinci — par le Flamand Jan Van
Eyck, à qui une exceptionnelle
exposition est consacrée à Gand ? On l’a dit.
De son regard impassible, il nous scrute
au plus profond, nous sonde et nous
renvoie à nous-mêmes. Le maître de la
lumière et de l’absolu détail que fut Van
Eyck ne semble laisser passer ici
aucune ombre. Aucun mensonge. Il af-4 fronte. On aurait aimé que les médias
aient pareils ténacité et courage face
aux images de violences policières qui
les ont inondés depuis les
manifestations des Gilets jaunes jusqu’à celles
des opposants à la réforme des
retraites. Pourquoi n’avons-nous longtemps
pu les voir que sur les réseaux sociaux ?
Nous avons mené l’enquête. La « force
d’âme » n’est pas toujours la vertu la 18 mieux partagée. Mais certains artistes
en font preuve. Notre invité,
l’architecte Philippe Prost, dans son combat
pour la sauvegarde du patrimoine
militaire et d’un bâti simple et durable. Et
le délicat cinéaste américain Todd
Haynes, soudain passé au thriller
politique pour épingler dans Dark Waters
un énorme scandale industriel et
sanitaire. Tant qu’il existera des créateurs
de cette trempe, nous pourrons être 28 sauvés. — Fabienne Pascaud
Couverture SU TÉLÉrama .F �4 l ’énigme Jan Van eyck CriTiqUS
L’Homme au À lire dans la zone abonnés l umières sur les mystères 45 l e rendez-vous
turban rouge, Médecin légiste, anthropologue, du flamboyant peintre flamand l e plasticien et metteur
de Jan Van Eyck Philippe Charlier fait parler �8 Du mélo au thriller politique en scène William Kentridge
(1433). les statues du Quai Branly l e cinéaste Todd haynes signe 48 Cinéma
The National le film Dark Waters, brillant 55 arts
Gallery, Londres. zine 31 Des tournages écologiques 56 musiques
Dist. RMN- 4 l ’invité Réduire le CO , renoncer 6� livres2
Grand Palais/ l ’architecte Philippe Prost, au plastique… Baron noir l’a fait 64 enfants
National Gallery admirateur de Vauban 66 Scènes
Photographic 11 Premier plan DeS Ville S Pa S Commune S (5/7)
Department l e ministère de la Culture 34 Prêts à tout pour sauver TÉLÉviSion
douche les espoirs des auteurs leur école ! 67 l e meilleur de la semaine télé
1� Qui ? Comment ? Pourquoi ? dans le nord, les villageois la série documentaire Projet
15 Coup de force d’eppe-Sauvage se mobilisent Green Blood, sur France 5
l ’actrice Claire danes 76 Programmes
Ce numéro comporte : 17 Temps forts sur Télérama.fr UTremenT et commentaires
une couverture spécifique
« Paris-idF » pour les abonnés et courrier 37 Penser
et les kiosques de Paris-idF
et une couverture nationale. Occupation, années de plomb… adio
ePosés sur la 4 de couverture
pour les abonnés de le Do SSier des surnoms à histoires 13� l e meilleur de la semaine radio
la France métropolitaine :
un encart 24 p. Théâtre 18 f ace aux violences policières, 4� Voyager Jean-Baptiste urbain dirige
de Saint-Quentin-en-Yvelines
pour les abonnés du dép. 78 ; les médias à la hauteur ? À Great Missenden, qui inspira la matinale de France Musique
Édition régionale,
Télérama+Sortir, pages Retour sur un an de brutalités à Roald dahl ses livres jeunesse 137 l es programmes
spéciales, foliotée de 1 à 64
jetée pour les kiosques des marqué par l’inertie des chaînes 4� Découvrir
dép. 75, 77, 78, 91, 92, 93,
e94, 95, posée sur la 4 de d’info et le rôle croissant un temple du vagin, un stade 143 Talents
couverture pour les abonnés
des dép. 75, 78, 92, 93, 94. de journalistes militants de foot en noyaux d’olives… 147 m ots croisés
10 Télérama 3659 26 / 02 / 20
PhiliPPe PeTiT/PARiSMATCh/SCOOP | AudOin deSFORGeS/PASCO POuR TÉlÉRAMA | VinCenT lOiSOn/SiPA | PhiliPPe Qu AiSSe/PASCOn
r
l
u
t
n
a
r
u
o
a
c
a
c
b
t
a
t
z
a
l
Premier Pan
Festival d’Angoulême,
remise des prix.
Des auteurs protestent
contre la précarité
de la profession.
P, is y ot …
Par Stéphane Jarno
nismes de gestion collective invités à davantage d’implica-L’esprit et la lettre. Les auteurs qui assistaient la
tion fnancière peuvent se frotter les mains : l’aspect
contraisemaine dernière au discours du ministre de la gnant qui afeurait dans le rapport Racine a été évacué.
Derrière le ton ferme du discours, les mots mêmes de Franck Culture ont pu mesurer la distance qui sépare
Riester, qui « veut », « demande », « souhaite », trahissent le
souvent l’un de l’autre. Après la publication, fn peu d’étendue de ses prérogatives. De fait, il n’est pas du
resjanvier, du rapport Racine, qui dépeignait leur inquiétante sort du ministre de la Culture de réformer le régime de sé -
précarité, écrivains, scénaristes, dessinateurs et artistes es- curité sociale des artistes, et encore moins leur retraite. Il
péraient des mesures à la hauteur. Mais l’audace est restée au peut juste donner de la voix, faciliter, user de son infuence.
placard. Certes, le ministre a repris dix-huit des vingt-trois re- Pas si mal, s’il osait vraiment ; mais loin d’être sufsant, tant
commandations avancées par le rapport, mais en les édulco- est grande l’exaspération des auteurs •
rant, voire en bottant en touche. Les grands principes
demeurent : revaloriser le statut du créateur, faire valoir son
point de vue dans les négociations avec les autres acteurs du
secteur, mieux partager les profts issus de la création. Sauf
que les actes ne suivent pas, ou si peu. Un portail
d’information destiné aux auteurs-artistes, de nouvelles études, plus
de concertation, une grande manifestation de promotion de
l’art contemporain… Beaucoup de fou, rien de consistant, ni
même d’emblématique. Éditeurs, producteurs ou
orgaTélérama 3659 26 / 02 / 20 11
Morit hibud/QUI? COMMENT? POURQUOI?
L’HOMME QUI AIMAIT LES FILMS
Il avait disparu des écrans, et ses vi- utilisés ou détournés. Huit épisodes et çois Theurel raconte avec passion et
déos érudites et amoureuses sur le ci- autant de zones géographiques di é- humour. Si le plaisir du cinéphile est là,
néma commençaient à manquer. Le rentes, avec un premier arrêt dans le tout ça a un coût. Quatre épisodes sont
«Fossoyeur de lms», alias François Maghreb déjà visible sur sa chaîne. déjà en boîte mais autant restent à
tourTheurel, est en n de retour. «J’ai pris Impossible de lister le nombre de ner et, pour cette seconde salve, le
viun luxe rare sur Internet: du temps», scènes tournées dans ces décors de déaste fait appel au nancement
parexplique le vidéaste. Un an de ré- sable et de rochers. De Star Wars à ticipatif. Le prix à payer pour rester
exion. Et le revoilà avec une collec- Game of Thrones en passant par Le Pa- créativement libre et continuer à nous
Retrouver des lieux tion toute neuve: les «Virées cinéma». tient anglais, La Vie de Brian, Babel, ou faire plaisir en parlant cinéma avec des
de tournages Un con cept simple: retrouver des lieux Mad Max. Un véritable Hollywood du vidéos dépaysantes, ludiques et
intellimythiques à travers
de tournage à travers le monde et com- désert dans lesquels les réalisateurs gentes. Ça se tente, non? le monde. Première
étape: le Maghreb. prendre comment les cinéastes les ont s’en sont donné à cœur joie et que Fran- — Olivier Milot
REPÉRÉE Âge ans. deuil intime dont la romancière fait la
Profession Romancière. métaphore de la perte de son pays.
Actualité Dans son premier roman, La Signes particuliers C’est en apprenant
Fille de l’Espagnol, la Vénézuélienne, de ses lectures que Karina Sainz Borgo
exilée en Espagne, brosse un portrait a su construire ce premier roman
forsaisissant de la déliquescence écono- midablement maîtrisé. L’Italienne
mique et morale de son pays natal. Natalia Ginzburg, J.M. Coetzee,
ThoAscendants Une population sous le joug mas Bernhard sont quelques-unes des
d’un régime autoritaire, une capitale gures tutélaires qu’elle s’est choisies.
en proie aux pénuries et à la guérilla: Avec eux, Patricia Highsmith, de qui
s’il n’est jamais nommé, le décor dans elle tient qu’«il est interdit de laisser
lequel elle inscrit sa ction est une ver- le lecteur s’ennuyer, ne serait-ce que le
sion hallucinée du Venezuela, qu’elle a temps de quelques paragraphes», et le
choisi de fuir à ans, pour s’installer à Cormac McCarthy de La Route, dont
Madrid où elle travaille depuis comme elle a tiré la leçon qu’il est possible, et
journaliste dans la presse culturelle. même crucial «de savoir injecter de la
Rangeant longtemps dans ses tiroirs beauté dans un roman pourtant saturé
des brouillons de romans dont elle de violence et de noirceur».
n’était jamais satisfaite, jusqu’à ce que — Nathalie CromKARINA naisse sous sa plume le personnage Traduit de l’espagnol (Venezuela)
d’Adelaida, l’héroïne de La Fille de l’Es- par Stéphanie Decante, éd. Gallimard, SAINZ BORGO pagnol, confrontée à la mort de sa mère, p., .
Télérama 3659 26 / 02 / 20
FOSSOYEUR DE FILMS FRANCESCA MANTOVANIÉD. GALLIMARD AFPw
France. J’ai passé vingt-cinq ans à ses côtés comme batteur
puis contrebassiste. a u début, le changement était rude. À
Pigalle, Graeme m’avait emmené dans un magasin de
batteries et m’avait dit de choisir celle que je voulais. J’avais pris
la plus brillante. Je n’en revenais pas d’enregistrer un disque
et, en plus, d’être payé pour jouer. J’adorais écouter les
histoires qu’il me racontait en tournée. À l a r éunion, où il a
vécu, il s’était retrouvé au sommet d’un volcan en éruption,
il avait réussi à s’enfuir in extremis alors que la lave lui
fonçait dessus. en France, il avait fait les vendanges, été
apiculteur, donné des cours de théâtre. C’était un homme de
gauche idéaliste, profondément humble et humaniste, qui
ne supportait pas la société de consommation ni le
capitaJe me souviens de… lisme. t oujours vêtu du même blouson, sandales aux pieds,
hiver comme été, il vivait comme un moine, jeûnait parfois Graeme pendant une semaine, râlait lorsqu’on descendait, en
tournée, dans des hôtels quatre ou cinq étoiles. nous, les musi-a llwri Ght ciens, on était pourtant bien contents de dormir dans des
hôtels de luxe ! C’était aussi quelqu’un de très ouvert
d’es… que j’avais croisé sur un plateau de télé en 1978 à madagas- prit. a près le 11 septembre 2001, il avait lu le Coran pour
escar, d’où je viens, et où je faisais partie d’un groupe célèbre, sayer de comprendre. sur scène, il pouvait rester trois
l olo sy ny t ariny. il a tout de suite craqué pour nos harmo- heures d’aflée, les gens étaient heureux comme des
ennies vocales et nous a demandé de le suivre en France, pour fants de l’entendre chanter ses morceaux ou ses
adaptanous produire un album. il était comme ça, Graeme, fon- tions en français de Peter, Paul and mary, de woody
Guthceur, jusqu’au-boutiste, exceptionnellement généreux et rie ou de Bob dylan. son plus beau souvenir ? a voir
toujours prêt à mettre sa notoriété au service d’autres ar- interprété son adaptation de Suzanne devant l eonard
Cotistes ou d’associations humanitaires. on a donc suivi cet hen à montréal. il est monté sur scène jusqu’à l’âge de
homme au grand cœur, qu’on surnommait, les dernières 89 ans, et je l’ai accompagné jusqu’au bout.
années, « Papy », mais en le disant en malgache (Baina) Propos de Dina Rakotomanga
pour ne pas le vexer. sans lui, je n’aurais pas connu la recueillis par Florence Tredez
v ivement demain
Xavier Giannoli rêvait depuis trente ans
d’adapter les Illusions perdues de Balzac
au cinéma. C’est chose faite avec Comédie
humaine, où s’affrontent Gérard Depardieu,
Vincent Lacoste et le jeune acteur qui
monte, Benjamin Voisin. Un film taillé
sur mesure pour Cannes ?
aux
larmes, a ndy miChel Jean
et C. eatherall r a Gon daniel
56 ans 95 ans 99 ans
dJ, producteur et remixeur de génie, militant anarchiste et autodidacte, cri- a vec lui s’éteint un des grands noms de
ce musicien anglais aussi discret qu’il tique d’art au fair redoutable et histo- la presse. un homme d’une exigence
était curieux, ouvert et inventif, fut le rien reconnu de l’architecture, il avait intellectuelle rare et un passionné de
principal artisan et inspirateur de la collaboré à la revue d’art Cimaise, et littérature, dont la grande œuvre fut la
scène dance indépendante outre- était l’auteur d’une Histoire de la litté­ création (avec Claude Perdriel) du Nou­
manche. avec ses remix révolution- rature ouvrière, ainsi que de plusieurs vel Observateur, qui deviendra
l’hebdonaires (de Primal scream, notamment) romans, dont Les Mouchoirs rouges de madaire de la « deuxième gauche » et
comme avec ses propres disques. Cholet et La Mémoire des vaincus. des grands combats sociétaux.
Télérama 3659 26 / 02 / 20 13s
s
s
s
Qui ? Comment ? Pour Quoi ?
d écry Ptage
u n conseil
aV isé
qui di Vise
Véritable serpent de mer, le Conseil de déontologie
journalistique et de médiation (CDJm) a sorti la tête de l’eau
début janvier. mais à quoi sert-il et pourquoi divise-t-il déjà
la profession ?
Qu’est donc ce Conseil de déontologie journalistique
et de médiation ?
a près saisine par le public (sur le site cdjm.org ou par
courVu de l’étranger rier) ou auto-saisine, cette « instance d’autorégulation,
indépendante de l’État » se donne pour mission d’émettre l a culture est-elle des avis sur le respect des pratiques journalistiques dans
les médias d’information. dépourvu de pouvoir de sanc-menacée au Brésil ?  tion, le c onseil est pensé comme un outil de dialogue et
d’échange entre les citoyens et les médias, mais aussi
Jair Bolsonaro n’a jamais caché son peu de goût pour la culture. Durant sa première comme un moyen de rétablir la confance entre ces
derannée au pouvoir, le président brésilien n’a cessé de la malmener à coups de niers. c e type d’organisme existe déjà dans une vingtaine
restrictions budgétaires, en ne laissant d’autres choix aux artistes que de collaborer de pays européens.
ou de résister comme ils le peuvent.
Qui y siège ?
la réP onse Les artistes du spectacle vivant sont désespérés t rente journalistes, éditeurs et « représentants du public »,
de Lia par les coupes claires opérées dans le budget de et autant de suppléants. on y retrouve donc des
syndicaRodR igu E la culture, mais aussi par la défnition même de listes (snJ, cFdt - journalistes) et des membres de diverses
chorégraphe, l’art prônée par l’ex-secrétaire d’État à la Culture, associations et collectifs comme l’observatoire de la
déondirectrice Roberto Alvim. Il y a quelques semaines, celui-ci tologie de l’information, Profession pigiste, Prenons la
du Centre d’art paraphrasait des propos tenus par le chef de la propagande une… l e cdJm, présidé par l’historien des médias Patrick
et de l’école nazie, Joseph Goebbels, en réclamant des “artistes nationa- eveno, annonce cent trente adhérents. un chifre
mode danse de Maré. listes ”. S’il a été aussitôt exclu du gouvernement, c’est moins deste au regard du nombre de medias d’information. de
parce que Jair Bolsonaro était en désaccord avec lui que parce quoi poser un problème de légitimité s’il n’augmentait pas.
qu’il avait explicité de manière trop voyante leur doctrine
commune. Dès le départ, en efet, on a pu percevoir leur Pourquoi la profession est-elle divisée ?
conception de la “politique culturelle”, en observant les fake c ertains voient dans ce c onseil une attaque insupportable
news qu’ils ont fait circuler sur Internet : artistes et intellec- contre la liberté d’informer, d’autres un moyen de
détuels y étaient en permanence diabolisés. Pour remplacer son fendre les bonnes pratiques et de renouer le lien avec le
secrétaire d’État limogé, Jair Bolsonaro a choisi une actrice de public. aucune société de journalistes (sdJ) n’a pour
telenovelas très populaire, Regina Duarte. Elle lui est fdèle de- l’heure adhéré au cdJm. dans une tribune publiée par
puis toujours et son projet pour la culture sera identique, ce Mediapart fn 2019, une vingtaine d’entre elles (aFP, tF1,
qui ne peut qu’alimenter notre méfance à l’égard de tout ce qui Le Figaro, France inter, L’Obs…) y voient carrément un
vient du gouvernement. À Rio, où je vis, c’est terrible. Tout est « piège » et dénoncent une « initiative du gouvernement »,
cassé (même l’eau courante est pourrie) et nombre d’événe- dans la droite ligne des textes sur les fake news et le secret
ments culturels sont menacés, à l’image du festival de danse des afaires qui contournent la loi de 1881 sur la liberté de
Panorama, déjà annulé en 2019 faute d’argent. Nous, les ar - la presse. a contrario, le collectif « informer n’est pas un
tistes, entrons dans une sorte de résilience : nous partageons délit », qui regroupe des journalistes d’investigation,
sounos infos sur des groupes WhatsApp, nous lançons des péti- tient le cdJm. « C’est à l’intérieur de cette entité que le débat
tions et nous nous débrouillons pour créer malgré tout. Dif- doit se tenir et la politique de la chaise vide sera préjudiciable
cile de parler d’espoir, nous résistons en travaillant, en conti- à l’ensemble de notre profession»,  écrit le collectif, qui
sounuant. Un jour après l’autre. » ligne que le conseil « pourra s’intéresser à des enjeux tels
Propos recueillis par Emmanuelle Bouchez que censures, brand content [contenu publicitaire qui
Ses prochains spectacles en France : Fúria, du 10 au 20 mars, prend une forme éditoriale, ndlr], ou encore la
concentraà Aix-en-Provence, Gennevilliers et Vitry-sur-Seine. Nororoca, tion des médias ». d’autres sujets qui fâchent…
edu 18 au 21 mars, à Chaillot, Paris 16 . Propos recueillis par Richard Sénéjoux
14 Télérama 3659 26 / 02 / 20
2019 The AociATed Pres