Première du 01-01-2019

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Ajouté le 01 janvier 2019
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ÉDITO GLASS L’ÂGE DE
a Bête, le cerveau, le héros. James McAvoy, Samuel L. Jackson et Bruce Willis sont les trois archétypes déments (dans tous les sens du terme) du nouveau film de M. Night tmaeLÀt.nndstd20eeti,us19essicofatlIqnucailsss’aabglieunettddepSrpolijtte,Gdlaescsieluvlelstnoaéname Shyamalan. Et siGlasstrône en couverture de ce horssé rie qui fait à la fois le bilan de 2018 et annonce les événe surexci folie du wonderboy déchu puis ressuscité, énième refonte de son œuvretiroir et pièce finale d’un puzzle qui devrait définiti vement le réinstaller sur le podium des maîtres du cinéma. Dérangeant, expérimental, fascinant ? Tout ça oui, mais surtout une bombe à fragmentation comme devrait l’être l’année ci néma qui se profile. Vu d’ici, 2019 semble en effet totalement « splitté  : on naviguera entre les grosses productions atten dues, le retour des valeurs sûres animées(Toy Story4, Dragons 3, Minuscules 2), des expérimentations françaises et le combo ultime DiCaprioPittTarantino pour faire exploser le glamour dansOnce Upon A Time in Hollywood. Tout cela au fond est assez raccord avec notre top 20 des films de 2018, complètement éclaté lui aussi, qui passe duPoiriersauvageàReady Player Onesans crier gare. Comme le dirait Shyamalan : 20182019, c’est la fête duSplit!
LA RÉDACTION
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HSO R S OS É R I EMJ AN ° 8 MN V I E RA_ F ÉIV R I ER0R 2 E1 8
06 JOURNAL 2018
18TOP LES 20 MEILLEURS FILMS DE 2018
24 TOPS DES RÉDACTEURS
26 GUEST ALAIN CHABAT 30 INTERVIEW GILLES LELLOUCHE 34 INTERVIEW CQUARRIE CHRISTOPHER M 38 PORTRAIT VICKY KRIEPS 42 INTERVIEW ALEX LUTZ 46INTERVIEW XAVIER LEGRAND 48 INTERVIEW VINCENT LACOSTE
54EN COUVEeRt dTeURE M. Night Shyamalan Split, Incassable suite d’ Glass, Avec semble réinventer une nouvelle fois son cinéma. Rencontre avec le génie de la métamorphose.
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60 TOP LES 100 FILMS DE 2019
94 LES 10 SÉRIES DE 2019
98 ILS L’ONT DIT EN 2018 DANS PREMIÈRE
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© MARS FILMS / FILS 13 / ZENTROPA / DR
© ARNAUD BORREL - ESKWAD -PATHÉ FILMS
phagocyter les films dans lesquels il apparaît, dépassant le simple cadre du cinéma pour s’inscrire tranquillement dans notre quotidien.Jeff Tuche est vivant! En tout cas c’est un peu plus qu’un simple personnage de fiction. On prend par exemple le pari que lorsqueLes Tuche 3recevra son César du public en février 2019, ça sera Jeff lui-même qui viendra le recevoir et s’adresser à la France – notamment en sa qualité d’ex-président de la République. Au-delà du succès colossal, si le regard a changé vis-à-vis de la saga, c’est probablement à cause de cette idée (un peu géniale, il faut l’avouer) d’avoir installé pour de rire son héros au sommet de l’État, et ce quelques mois après la véritable accession au pouvoir de son antagoniste le plus évident. Il n’en a pas fallu plus pour regarder Jeff comme, au mieux un antidote réjouissant, au pire un héros national. Une intuition brillante qui a placé ce gilet jaune qui s’ignore dans le cœur de millions de Français qui n’attendaient que ce point de ralliement. Un gros coup à double tranchant néanmoins : après l’avoir placé au plus haut de l’appareil étatique, quel destin offrir désormais au prolo le plus rigolo de France?
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D ’ici 2030, trois 15cents cinémas (2 000 écrans en tout) devraient ouvrir en Arabie saoudite. Le Monde secret des Emojisest le premier film projeté là-bas depuis trente-cinq ans. Pas de bol.
eff Tuche est le tonton pétomane d’une industrie qui en a fait cette année sa mascotte officielle, après avoir longtemps hésité à le cacher sous le tapis. Il n’a pas beaucoup «CeqtuiélpJerppelàraiteicniéscolasèlesneeys»lusure)ementàporablbtsmsi,eeintrtsurdaoudnaoma. changé, mais en 2018, tout le monde s’est pris de sympathie pour lui, son humour bas de plafond et sa verve de pilier d’estaminet (même la presse que le Nordiste est littéralement insortable en dehors du cercle familial : vendu dans moins de cinq pays non francophones,Les Tuche 3est un produit parfaitement impossible à exporter. C’est donc devenu un motif de fierté nationale. Après le carton surprise desTuche 2,celui, stratosphérique (plus haut que Dany Boon!) desTuche 3 a installé pour de bon son héros dans le patrimoine local. Plus qu’au réalisateur Olivier Baroux et à la star Jean-Paul Rouve, le succès du film doit tout à Jeff Tuche, sa coupe de cheveux, son accent du Nord et ses bols de Benco avalés en plein conseil des ministres. Au même titre que le gendarme de Saint-Tropez, Don Camillo ou Patrick Chirac, le personnage a fini par complètement
DU CARTON DEXSXTXUXCXHXEXÀXLXAXXMORT DE STAN LEE,PREMIÈREREMBOBINE 2018, MOIS APRÈS MOIS.
Claude Lelouch13raconte auParisiens’être fait voler l’unique exemplaire du scénario de son prochain film. Ce fâcheux incident lui inspirera… un autre film.
JANVIER
JANVIER PAS TOUT SEUL, JEFF Le succès du troisième volet desTuchea installé l’infréquentable Jeff Tuche comme une icône du patrimoine et une figure contestataire. PARFRANÇOIS GRELET
En pleine vague #MeToo, 9cent femmes, dont Catherine Deneuve, signent dansLe Mondeune tribune appelant à défendre « une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle ». Tollé.
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FÉVRIER THE NETFLIX PARADOX Des blockbusters, des films d’auteur premium, des super docs, plein de déchets… Netflix est-il un Eldorado ou une poubelle? Et si c’était (encore) plus compliqué que ça? © NETFLIX américaines mais distribué partout ailleurs sur la PARBENJAMIN ROZOVAS plateforme, ce petit bijou SF au visuel chamanique n’avait comme seul défaut que d’être vu (découvert) sur sa télé. En septembre, l’hallucinantAucun homme ni dieude Jeremy Saulnier posait un autre problème : si Netflix allonge les billets pour se payer les jeunes auteurs les ’est un affreux bordel. «A beautiful mess »,plus en vue mais que leurs films disparaissent corps et dirait un Anglais bien élevé. D’une langue à âme dans le flux du streaming, sans battage ni l’autre, et à travers plus de 190 pays, Netflix promotion, alors à quoi bon? Quant auRomad’Alfonso streaCming cette année, et sa capacité à jouer des coudesShirkers)et une large majorité de films d’exploitation au n’hésite pas à marcher gaillardement sur Cuarón, il avait déjà rempli ses objectifs (rafler des prix cette fine ligne sémantique entre « Affreux » en festivals, mettre la pression à Cannes) avant même et « Beautiful ». Impossible d’ignorer d’être accessible sur le service… l’incroyable force de frappe industrielle du géant du Entre un petit contingent de docs stupéfiants(Voyeur, sur le terrain du cinéma (comme il l’avait fait auparavant rabais(Set It Up, The Open House),le reste du catalogue dans le monde des séries télé) jusqu’à s’imposer comme 2018 brouille davantage les pistes et déjoue toute notion un acteur décisif du secteur. Dans les faits, pourtant, de cohérence éditoriale.C’est une politique d’occupation, cela donne un calendrier 2018 truffé d’événementsde visibilité maximum, à ne pas confondre avec un plan contradictoires, de hauts majestueux et de basqualitatif à long terme.Au-delà de ses 13 milliards de vertigineux. Où les hauts, dans une drôle de logique dollars de fonds à dépenser dans l’année fiscale, Netflix réversive, sont aussi des bas. Après avoir démontré avec n’en a pas. Pour le géant du streaming, il n’y a que le Brightprésent qui compte, sonnant et trébuchant. Parce quequ’il pouvait tâter du blockbuster avec la même endurance qu’un « vrai » studio de cinéma (et la même les nouveaux paradigmes de production et de distribution médiocrité), Netflix enfonce le clou avecThe Cloverfielddes films s’inventent au jour le jour, l’avenir est Paradox: un gros machin mis à la poubelle par la impossible à lire, et le passé voué à disparaître. Paramount, offert « gratuitement » et sans délai aux Profitons-en, donc. Netflix est dans une stratégie abonnés. Le film était nul mais peu importe : il a fait du maintenant. Dans le« Spectacular now »,pour parler. Même cas de figure, mais à l’envers, avec reprendre une autre expression anglaise imagée. Annihilationd’Alex Garland. Sorti dans les salles Et nulle part ailleurs.
FÉVRIER
Suite du 3feuilleton #MeToo :Uma Thurmanrévèle avoir été agressée sexuellement par Harvey Weinstein en 1994.
Jean Dujardin5annonce un troisièmeOSS 117dans Quotidien. Seul souci : Michel Hazanavicius ne sera pas derrière la caméra. Tant pis, on achète quand même.
Xavier Dolan déclare 5sur Instagram avoir été obligé de couperJessicaChastainau montage deMa vie avec John F. Donovan. Tout le monde crie au scandale. Sauf Jessica Chastain.
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MARS LA FORME DELAUTRE En 2018, Guillermo del Toro a fini par trouver sa place au cœur du système hollywoodien sans avoir à travestir sa personnalité. Son plus grand exploit.PARFRANÇOIS GRELET usque-là, ça avait toujours coincé. Il pouvait aussi bien se rêver en petit maître de la série B ou en faiseur de blockbusters DepuiJs la fin des années 90, il avait pourtant offert aux à 200 millions, Guillermo del Toro voyait systématiquement les patrouilles de Hollywood le ramener aux frontières de la ville au moment où il croyait décrocher son passeport. studios américains quelques succès d’estime(Hellboy), un gros succès en Chine(Pacific Rim)et un vrai succès tout court(Blade 2),mais aucun de ses films hollywoodiens ne lui avait offert le quart du rayonnement de ses deux chefs-d’œuvre indés :L’Échine du diableetLe Labyrinthe de Pan.La greffe ne prenait pas, les films de studios, trop B, trop étranges, échouaient les uns après les autres à l’installer dans le paysage, contrairement à ceux des copains Cuarón ou Iñárritu, de parfaits modèles d’intégration, eux. Et lorsqu’une de ses missions semblait packagée à la fois pour le box-office et les Oscars, par exemple le projetThe Hobbit,c’est del Toro qui finissait par claquer la porte, comme s’il ne pouvait se résoudre à manger de ce pain-là.faisait un peu le charme deCela
MARS
Triomphe de 2 120 Battements par minuteaux César avec six trophées dont celui du meilleur film. Dany Boon, lui, décore sa cheminée avec le premier César du public, obtenu grâce àRaid dingue.
© 20TH CENTURY FOX / WARNER / DISNEY / EUROPA CORP / DR
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son cinéma, parfois bordélique, toujours singulier et intuitif. Cela faisait aussi son malheur à lui. C’est en tout cas ce que laisse entendreLa Forme de l’eau,film conçu commele cri du cœur d’un artiste las de ne plus faire l’unanimité,dès lors que ses devis se chiffrent en dollars. Les triomphes successifs du film à la Mostra de Venise, au box-office mondial, puis aux Oscars traduisent son évident pouvoir de fédération. Les séances de masturbation de l’héroïne, les quelques embardées gore et le manifeste politique logés au cœur du film racontent qu’il n’a pas non plus été question de mettre de l’eau dans son vin pour parvenir à ses fins. C’est la syntaxe, plus souple, plus nette, plus évidente, qui a changé, mais pas le vocabulaire. C’est en opérant ce léger recalibrage de mise en scène plutôt qu’en sacrifiant ses obsessions thématiques sur l’autel de son éventuel succès que l’outsider mexicain est devenu un cinéaste hollywoodien. Pas besoin de renoncer à ses obsessions pour être aimé, il faut juste bien savoir choisir ses mots pour les exprimer. On dirait la morale d’un film de Guillermo del Toro, tiens.
La Forme de l'eauest le grand 4gagnant des Oscars (4 trophées dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur),3 Billboards : Les Panneaux de la vengeanceoffre leur heurede gloire àFrances McDormandet Sam Rockwell.
Hystérie cinéphile 28collective devant la « scène deShining» de Ready Player One. Tour de force technique ? Sacrilège narratif ? Sommet spielbergien absolu ? Vertige « méta » ultime ? Tout ça à la fois ?
© TWENTIETH CENTURY FOX
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AVRIL ironisait Gus Van Sant, assis à ses côtés. DARK PHOENIXWarner, etla rumeurJokerest devenue Puis Joaquin Phoenix a signé avec réalité.En septembre, à Deauville, en Joaquin Phoenix va-t-il oui ou non céder àpromo pourLes Frères Sisters,l’acteur est apparu émacié, comme déjà« in l’appel des Supers? Signera-t-il pour être character »,et a repris ses vieilles le Joker? L’un des mystères lancinantshabitudes, refusant sèchement les interviews concept de Konbini (« Je ne du début d’année a permis à l’acteur de se joue pas à ce jeu »), et plantant ses copains John C. Reilly et Jacques Audiard livrer à son sport favori : jouer au chat et face à Laurent Weil de Canal+. Joaquin à la souris avec les journalistes.Phoenix appartient à cette race d’acteurs rebelles qui refuse de se plier aux PARFRÉDÉRIC FOUBERT méthodes lénifiantes de la promo ronron, et c’est d’ailleurs aussi pour ça qu’on epuis quelque temps, ça allait mieux. l’aime. Son engagement dansJokerest-il la preuve Il s’était détendu. Et même, il parlait. que le film est un projet « à part », ou alors Les interviews avec Joaquin Phoenix ont la confirmation que même les irréductibles comme lui périoDdeI’m still hereet son come-back en majesté avec Pas trop de panique, cependant : dèsSuperman(1978), longtemps été le cauchemar du reporter ne peuvent plus dire non au business des superhéros ciné, ponctué de regards fuyants, de (ou, en l’occurrence, des super-vilains)? Phoenix, réponses douloureusement marmonnées manifestement, a accepté de « jouer à ce jeu ». Va-t-il et de silences gênés. Mais depuis son pétage de plombs pouvoir le faire sans noyer sa singularité en chemin? The Master,Joaquin Phoenix ne répugnait plus forcément Brando avait démontré que superhéros rime aussi à faire la conversation. Il posait son paquet de blondes avec Actors Studio.sur la table, en allumait une, et pouvait se laisser à quelques confidences sur ses méthodes de travail, ses idoles ou son enfance hippie (pour peu qu’il ait l’intervieweur à la bonne). Mais au printemps dernier, quand il est passé en France promouvoirDon’t worry, he won’t get far on foot,de Gus Van Sant, il arrivait précédé d’une rumeur disant qu’il serait le prochain Joker, dans un film réalisé par Todd Philips. Devant la caméra d’Allociné, qui lui demandait s’il allait oui ou non accepter le rôle, Phoenix faisait semblant de ne pas savoir du tout de quoi on lui parlait – pas son interprétation la plus convaincante de tous les temps, mais un moment très amusant. Au micro dePremière[lire n°484], il expliquait que le jour où il consentirait à tourner dans un gros film de studio, ce serait à la condition de pouvoir expérimenter comme il l’entend –c’est-à-dire, en allant parfois très loin. « Vivement leSpider-Mande Paul Thomas Anderson »,
AVRIL
Avec des recettes US7de 700 millions de dollars,Black PantherbatAvengerset devient le plus gros hit du Marvel Cinematic Universe sur le territoire yankee. Et le plus gros carton de 2018, aussi.
Franck Gastambide 11relance la franchise Taxi: 3,6 millions d’entrées à l’arrivée.
Mois d’avril 13meurtrier avec les disparitions de Steven Bochco(NYPD Blue, Hill Street Blues), le fondateur de Ghibli, Isao Takahata (Mes voisins les Yamada), etMilos Forman(Amadeus, Vol au-dessus d’un nid de coucou).
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on assistait à l’émergence d’un nouveau cinéma afro-américain, porté par une génération qui, justement, avait biberonnéDo the right thingetMalcolmX. Ryan Coogler, Jordan Peele, Ava DuVernay… Les enfants de Spike Lee. Et soudain, dans un superbe alignement de planètes, alors queBlack Pantheret son casting majoritairement noir ravageait le box-office et imposait un nouveau paradigme à l’industrie, le monde entier a eu envie d’un nouveau « Spike Lee Joint ». L’histoire de ce flic blanc infiltré dans les rangs du Ku Klux Klan tombait à pic, d’autant que Lee l’avait envisagé comme un lamento sur les événements de Charlottesville, doublé d’un gros doigt d’honneur adressé à Trump. Ça défoule. La plus réjouissante conclusion de l’affaire, au-delà du carton public (près de 1,3 million d’entrées en France, son plus gros score ici!), étant peut-être que Spike Lee se soit fait allumer par l’un de ses héritiers, le rappeur-devenu-réalisateur Boots Riley, auteur de la sensationSorry to bother you, qui a reproché à BlacKkKlansmansa dimension pro-flics. Critiquer Spike Lee est sans doute le plus bel hommage qu’on puisse lui rendre, lui-même ayant toujours été le premier à l’ouvrir quand il s’agit de dire du mal des films des confrères, de Tarantino à Eastwood. Quoi qu’on pense de BlacKkKlansmanpar ailleurs, il faut admettre qu’on s’ennuie moins quand cet homme est dans les parages : Spike Lee matters.
Cannes, en mai dernier, Spike Lee était déchaîné. Soufflant le chaud et le froid eninterview, insultant Trump (ce « putain d’enfoiré ») en conférence de presse, rdéépdiuabnlitÀ«uaryjuudixrPdnarGnosuqeedBorkopeupledelacneépmoititnonlyP».vasuen multipliant les poses gangsta devant l’objectif des photographes, sablant le champagne avec Naomi Campbell au bord de l’eau, depuisJungle Fever(1991),Spike Lee, 61 ans, restait fidèle à sa légende: teigneux, coriace, hilarant, lunatique, mieux sapé que la concurrence. En bout de course, la victoire de sonBlacKkKlansmanprenait des airs de revanche. Depuis un peu plus de dix ans (très précisément depuisInsideMan, en 2006), sa carrière semblait particulièrement erratique : films confidentiels (Red Hook Summer), remake improbable de Park Chan-wook(Old Boy), recyclage de ses anciens hits (la sérieNola Darling n’en fait qu’à sa tête, pour Netflix), sans compter les clips, les pilotes de séries, les documentaires sur Michael Jackson… Au fur et à mesure que son aura et son importance diminuaient,
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MAI SPIKE GAME Un Grand Prix à Cannes, un carton en salles, les Oscars en ligne de mire… AvecBlacKkKlansman, Spike Lee a fait un retour tonitruant. L’année du carton deBlack Panther, ça a du sens. PARFRÉDÉRIC FOUBERT
Entamé avec des polémiques 19(interdiction des films Netflix et des selfies), poursuivi avec la montée des marches de 82 femmes pour l’égalité e salariale, le 71 Festival de Cannes s’achève avec une superbe Palme d’or pourUne affaire de famille de Hirokazu Kore-Eda.
Harvey 25Weinstein, inculpé pour viol et agression sexuelle, plaide non coupable.
Canal+perd les droits 30de diffusion de la Ligue 1 et lensemble du système de financement du cinéma français tremble sur ses bases.
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JUIN 2001À L’INFINI Comment célébrer dignement les 50 ans de2001, l’odyssée de l’espace? Sur support pellicule ou en digital? Avec ou sans Christopher Nolan? Depuis l’au-delà, Kubrick continue de poser d’obsédantes questions de cinéma. PARFRÉDÉRIC FOUBERT omment bien (re)voir2001, l’odyssée de « unrestored »qui a circulé dans quelques salles, l’espaceà l’occasion de la célébration jusqu’au festival Lumière de Lyon, en octobre, où, de son demi-siècle? Sans doute influencés cette fois-ci, c’est Douglas Trumbull, le responsable par le perfectionnisme légendaire de Stanley des effets spéciaux du film, sans doute l’homme qui Kubrick – qui vérifiait l’état de chaque copie connaît le mieux les secrets de fabrication de2001, de ses films en circulation et harcelait qui accompagnait la projection et méditait sur l’héritage les projectionnistes de coups de fil maniaques – pas mal de son mentor et vieil ami Stanley. Il ne se gênait pas de cinCihpéctecd,seléennategonsse,amdntpedleeléuqitétah4cNRoKoéreuuleoaarartasUiilpdpninlteye,rdutdprééirurParla!ictspeaeia»saHyrta)qeusdueDrue.2ssetn0és«Oli.sv0.ineCocb1Jeén-oKtatudesttmieux,esnuos«(erpéCusuouïahlalon,ratimuningreqeeuluiasamustsunofmrtaliu,nveteSelbieSp.uàxyeds-lseeec,à,IuossIbstrleucmdrtispolilaeiaéenéclfrsnluiekairstdaeisristuteeguarf-imt.ivtoaelraeçL.lnIei.aoldlls»ealyucsp,annedpellitesionle,ureuaartrapuéiqnsDa la meilleure façon de savourer le monolithe qui a -proclamé révolutionné l’histoire de la SF. Christopher Nolan a débarqué au Festival de Cannes avec une copie 70 mm « non restaurée », tirée du négatif originel, permettant devoir le film comme si c’était la première fois, tel qu’il a été découvert par ses premiers spectateurs, en 1968. Posant en héritier « officiel » de Kubrick (entouré en haut des marches du Palais des festivals par la fille du génie, g, autre grand cinéaste Katharina, son beau-frère Jan Harlan et l’acteur Keir s’étant défini par rapport au souvenir de Kubrick, Dullea), le réalisateur d’Interstellarprédisait de son côté que, bientôt, on pourra touscontinuait ainsi sa croisade pour initier les jeunes générations aux plaisirs « rentrer » dans les films du maître et se balader, de la pellicule, croisade qu’il mène aux côtés de Quentin par exemple, dans les couloirs de l’hôtel Overlook Tarantino et Paul Thomas Anderson. Cette copie deShining. Le trip continue.
JUIN
Sortie française deSans un bruit, 20hit surprise signéJohn Krasinski, qui enchaîne en devenant Jack Ryan pour Amazon. L’ex-Jim Halpert deThe Officeréussit la reconversion professionnelle de l’année.
On fête les 20 ans 23de la sortie française deMatrix, quinze jours après avoir vu l’ultime épisode deSense8. On rigolera moins quelques mois plus tard, en apprenant queles sœurs Wachowskiferment leur boîte de prod à Chicago.
Ron 25Perlmanraconte s’être uriné sur la main avant de serrer celle de Harvey Weinstein. Puéril mais efficace.
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