Rock et Folk du 20-12-2018

Rock et Folk du 20-12-2018

-

Presse
116 pages
Lire
YouScribe est heureux de vous offrir cette publication

Informations

Publié par
Ajouté le 20 décembre 2018
Langue Français
Signaler un problème
M C 5
JANVIER 2019  RD N°6 / 6,50/ MENSUEL 17 BEL 7,15SUISSE 11,30 CHF 6,50 LUX 7,15J A N V I E R 2 0 1 9 F:PORTUGAL CONT 7,40CAN 11,30 $ CAN/ITA 7,40DOM 7,40N CAL (S) 975 XPF POL (S) 1090 XPF  617 S  ESPAGNE 7,40ILE MAURICE 7,40
L 19766
R O C K & F O L K N ° 6 1 7
Edito
L’indiscipline comme discipline C’était une révolte ? Non, mec, une révolution ! Une révolution ? Presque. Dans ce monde de la fin des sixties, ça remuait un peu partout. Prague, Rome, Berlin, Paris, Mexico. Avec des résultats différents. Cette histoire, cette révolution s’écrit en cuir. En blouson Cafe Racer pour MC5. Noir. Cette annéelà, 1968, Elvis Presley porte lui aussi le cuir. Tout ça vu d’une époque où le jaune,fluo, est devenu la couleur de la rébellion. Après le rouge. Celui des bonnets. Des looks agressifs, donc. Une musique violente. Les guitares sont peintes aux couleurs de l’Amérique, en défi, les mecs se surnommentSonicouThompsondu nom de la mitraillette. Politiquement très engagés vers cette gauche encore séduisante. L’indiscipline comme discipline. Art, violence et politique pour changer le monde à commencer par cette Amérique fraîchement débarrassée du ségrégationnisme. Par un dernier texte de loi. Des émeutes explosent à Detroit. Rob Tyner affiche cette coupe de cheveux afro en solidarité avec les Noirs américains en révolte, un soutien, un regard aux Black Panthers, en White Panthers, donc. Wayne Kramer raconte ça. Vivant. En 2018. Et musicalement ? Voilà comment Philippe Parigaux chroniquait, sans se tromper, “Kick Out The Jams”, il y a 50 ans, dans Rock&Folk. Extraits :“Ce disque est fabuleux, bourré jusqu’à la gueule d’une réjouissante et excitante violence, depuis la harangue terrible du début jusqu’au prodigieux ‘Starship’ morceau qui fait bien la preuve que les choses sont en train de changer, et vite : un groupe de rock joue du Sun Ra ! Fureur torride que celle du MC5, et pour laquelle le qualificatif de contestataire semblerait bien désuet... Rien ne semble pouvoir arrêter le flot sursaturé de leur colère, chaque morceau est impitoyablement broyé par la machine folle, stridences crachées à jet continu, rythme démantelé, très nette influence hendrixienne, érotisme, mysticisme, indescriptible rage de tout détruire... On sort pantelant de cet orage splendide et convaincu.”
Johnny Hallyday était en couverture de ce numéro 29.
Drôle de coïncidence. On s’en souvient, l’année dernière à la même époque, Johnny Hallyday privait les Stranglers de la couverture de Rock&Folk. Pas par un nouveau disque. Non. Par un décès. Depuis, l’idole a fait pleurer la France. Depuis, un nouveau disque est sorti. Depuis, sa famille se déchire. Depuis, des kilos de livres ont paru. Tous plus paginés, dorés, lourds les uns que les autres. Tandis qu’une industrie s’occupait de cela, ici, nous avons parlé de jeunes groupes, vivants et en activité. Nous avons également évoqué les anciens, vivants aussi et en activités parfois. Nous avons honoré quelques anniversaires. Certains joyeux, d’autres moins. Nous avons feuilleté l’album de famille. Comme beaucoup le font à Noël. Que l’on vous souhaite joyeux, bien sûr. Mais sans Pete Shelley. VINCENT TANNIERES
JANVIER 2019R&F003
Sommaire617 Parution le 20 de chaque mois
Mes Disques A Moi ROMAIN GAVRAS14 Jérôme Reijasse
Prospect BRYAN’S MAGIC TEARS18 Thomas E. Florin
Tête d’affiche THE GROWLERS20 Chayma Mehenna YOKO ONO22 Jérôme Soligny
In memoriam PETE SHELLEY24 Stan Cuesta
En vedette JACCO GARDNER28 Jean-Emmanuel Deluxe LOUIS BERTIGNAC32 H.M. BEAK36 Thomas E. Florin KATE BUSH40 Alexandre Breton ROY ORBISON44 Benoît Sabatier THE ROLLING STONES50 Nicolas Ungemuth
En couverture www.rocknfolk.com MC5 WAYNE KRAMER56 Vincent Hanon
Photo Chris GabrinDR 24Pete Shelley
La vie en rock JEANPIERRE KALFON64 Patrick Eudeline 56MC5 Wayne Kramer COUVERTURE PHOTO : MICHAEL OCHS ARCHIVES/ GETTY IMAGES GRAPHISME : FRANK LORIOU RUBRIQUESEDITO003COURRIER006TELEGRAMMES010DISQUE DU MOIS069DISQUES070REEDITIONS078REHAB’082VINYLES084DISCOGRAPHISME086 QUALITE FRANCE088HIGHWAY 666 REVISITED090BEANO BLUES092ERUDIT ROCK094FILM DU MOIS098CINEMA099SERIE DU MOIS101 DVD MUSIQUE102BANDE DESSINEE104LIVRES105AGENDA106LIVE108ROCK’N’ROLL FLASHBACK113PEU DE GENS LE SAVENT114
Rock&FolkTél : 01 41 40 32 99 – Fax : 01 41 40 34 71 – e-mail : rock&folk@editions-lariviere.comEspace Clichy - Immeuble Agena 12 rue Mozart 92587 Clichy Cedex Président du Conseil de SurveillancePatrick CasasnovasPrésidente du DirectoireStéphanie Casasnovas Directeur GénéralFrédéric de WatrigantEditeurPhilippe Budillon Rédacteur en ChefVincent Tannières(32 99)Rédacteur en Chef adjointBasile Farkas(32 93) Chef des InfosYasmine Aoudi(32 94)Chef de la rubrique LiveMatthieu Vatin(32 99)Conseiller de la RédactionJérôme Soligny PUBLICITE : Directeur de PublicitéCaptif : Thierry Solal (33 01)Directeur de PublicitéHors Captif : Olivier Thomas (34 82) Assistante de PublicitéSandra Pinget (32 16) PHOTOGRAVURE Responsable :Béatrice Ladurelle (31 57)Ont collaboré à ce numéro :Christophe Favière VENTES (Réservé aux diffuseurs et dépositaires) :Emmanuelle Gay (56 95)ABONNEMENTS : D :A b o n n e m e n ts V P C i r e c tr ic e d e s Catherine Veillard Promotion Abonnements :Carole Ridereau (33 48)Abonnement :France 1 an-12 numéros : 66,30Suisse et autres pays et envoi par avion : nous contacter au (33) 03 44 62 43 79 ou sur : abo.lariviere@ ediis.frVENTE PAR CORRESPONDANCE : Accueil clients01 47 56 54 00 Commande par Carte Bancaire ou sur www.rocknfolk.frCOMPTABILITE(32 37) Fax : 01 41 40 32 58Directeur de la Publication et Responsable de la Rédaction :Patrick Casasnovas IMPRESSION :60205 Compiègne Cedex.Imprimerie de Compiègne Zac de Mercières Papier issu de forêts gérées durablement, origine du papier : Suède, taux de fibres recyclées : O%, certification : PEFC/ EU ECO LABEL, Eutrophisation : 0,01 kg/ tonne. DIFFUSION :MLP – Rock&Folk est une publication des Editions Larivière, SAS au capital de 3 200 000 euros.Dépôt légal :1er trimestre 2019. Printed in France/ Imprimé en France. C om m ission paritairen° 0520 K 86723ISSNn° 07507852Numéro de TVA Intracommunautaire :RCS Nanterre B 572 071 884CCP 11 5915A Paris FR 96572 071 884 Administration :Fax : 01 41 40 32 50.12, rue Mozart 92587 Clichy Cedex – Tél : 01 41 40 32 32 LES MANUSCRITS ET DOCUMENTS NON INSERES NE SONT PAS RENDUS.
Courrier des lecteurs
Pop, et alors ?
Illustration : Jampur Fraize
Dont acte Dans la vraie vie, les courriers des lecteurs trop longs on ne les lit pas, alors faites comme celuici, soyez brefs et concis. PASCAL LARDERET PS : Un groupe à découvrir les Sonic Preachers, made in Sète. PPS : Je suis un vieil abonné, tenez bon la barre les amis.
Incident diplomatique Pourquoi vous m’avez envoyé “Chinese Democracy” des Guns N’Roses en cadeau pour mon courrier publié ? J’ai toujours été correct avec vous, moi ! E.T. DECONING PEOPLE
L’art du décalage A la vue de la couverture dont tous les soustitres évoquaient Charles Aznavour, je me demandais ce qu’être rock pouvait bien vouloir dire en 2018... Et puis, j’ai vu la critique discographique... et, là, le flash ! Oui, c’est ça ! Continuer à chroniquer des disques alors qu’il ne s’en vend plus nulle part (dans les villes de province, il n’y a plus de disquaires indépendants, le rayon CD des grandes surfaces est comprimé comme un MP3 et les enseignes culturelles ne vendent ni sur commande ni ce qui ne fait pas du chiffre), alors que la majorité des gens écoutent de la musique en streaming, c’est plus que de la résistance, plus que refuser les diktats de la génération présente, plus que se rebeller contre un mode de pensée et cracher au visage d’une société qui traite la culture en produit de consommation périssable, c’est rock ! Rock ! Rockissime, même ! Continuez les gars ! SAM
006R&FJANVIER 2019
Le nonchefd’œuvre Bon ben, va falloir que je m’y mette ! Je vais faire mon Ungemuth ! Parce que justement, je trouve qu’à propos de “Village Green”, le Kinks qui sort ces joursci en éditionre re re, notre NU national ne le fait pas, son Ungemuth... “The Kinks Are The Village Green Preservation Society” fait l’objet d’un tel consensus, injustifié à mon sens, qu’il me fallait réparer cette bizarrerie et avertir le monde entier, enfin le monde de ceux qui lisent R&F. Et, disons le tout de suite : je n’ai jamais vénéré ce disque alors que je mourrais pour un concert des Kinks ou pour mon coffret “Picture Book” six CD ! Faisons le point : sur ce disque et ses singles satellites, deux titres extraordinaires, “Picture Book” et “People Take Pictures Of Each Other”. Trois ou quatre titres charmants, “Polly”, “The Village Green...”, “Wonderboy” et tout le reste, les “Monica”, “Wicked Annabella”, “Johnny Thunder”, “Phenomenal Cat”, “Startruck”, etc., de l’insignifiant, du mou, en tout cas, pas du rock’n’roll, comme peuvent l’être à des sommets les “Arthur” et “Lola” qui viendront plus tard. Et pourquoi “Days”, “Groovy Movies”, “Berkeley Mews”, bonus somptueux, ne figurentils que dans les rééditions kinksiennes et pas sur le LP original ?
C’est une autre énigme. Donc, et pour finir, tout ce que j’ai pu lire sur ce non chefd’œuvre était dudithyrambisme! Tout ? Eh bien non, pas tout... J’ai cherché dans mes archives et dans le R&F 025 de février 1969, un certain Philippe Paringaux, dans sa chronique page 66, abonde plutôt dans mon sens, trouvant l’objet venant de sortir, simplement“pas désagréable”. Alors voilà, j’ai fait mon Ungemuth, mais rassurezvous, je l’adore par ses prises de positions iconoclastes et justement, celle concernant mon groupe favori ne l’est certainement pas ! ALAIN DOUNONT
Bien tenté Ouah ; j’ai peutêtre encore un espoir ; dans votre numéro de novembre un article sur Thiéfaine ; oui peutêtre un espoir de lire dans votre magazine un article sur Ange. Je pense que vous oubliez ce groupe formé en 1969 avec à son palmarès six disques d’or, trois millions d’albums vendus et qui tourne encore alors, messieurs, un peu de respect commémoré. Nous sommes dans un pays qui aime ça, les commémorations. Salut. POUSSIN
Parler mal de sa gg—ggénération “J’En Parlerai Au Diable”, “Made In Rock’N’Roll”, “Mon Pays C’est L’Amour”... bien qu’antérieur à ces chansonslà, le verdict de Roger Daltrey concernant Johnny est à nouveau validé :“Mais comment pouvaitil aimer ces trucslà ?” SHBAKITW
Caribou Etre rock en 2018, c’est, un soir un peu arrosé, s’avachir sur son lit et écouter en boucle sur YouTube avec ton PC portable que tu as retourné sur tes genoux “Caribou” des Pixies, sans mettre la fonctionreplayet refuser la lecture automatique de “Where Is My Mind?” car tu préfères “Caribou” à celleci avec cette putain d’intro et cette voix haut perchée du Frankie. Etre rock en 2018, c’est tout simplement résister. Merci à Rock&Folk d’avoir un site internet pourri et d’avoir su conserver une version papier où l’on peut lire entre autres les meilleures critiques de ciné sans langue de bois. Et merci à Courtney Barnett, Ty Segall, Parquet Courts, Black Lips, The Limiñanas... de résister ! VINCENT NIERGAR
Courrier des lecteurs
Définition d’une grande chanson “C’est presque mieux que ce que ça évoque”, disait dernièrement Bertrand Burgalat à propos des Lemon Twigs. Ce qui n’est pas peu dire quand le modèle de référence semble être, quand on écoute “Wonderin’ Ways”, nul autre que The Left Banke. L’occasion de dire que, oui, une grande chanson c’est clairement un sentiment de plénitude. C’est la beauté de l’âme humaine révélée. Et, ainsi, “Wonderin’ Ways”. La chanson : son sixième sens. Son sens de la nuance aussi, qui la distingue par contraste, du monde environnant, son sens des effets aussi, des modulations et du relief, de l’ossature robuste, des hauteurs, de l’altitude et des sommets. Ses enjeux, empiriques, pyramidaux, exponentiels... Une grande chanson sonde l’humanité, exhorte la vérité. Elle nous connaît depuis toujours et réciproquement. Elle renforce, purifie et exalte, accompagne, réconforte, fidélise et séduit... Submerge, envahit, déborde, remplit l’espace. Une grande chanson décrit des changements : de cap, d’époque, de climat, de clef et de perception, c’est un poste d’observation sophistiqué. Un poumon d’activités créatives stupéfiant... Voilà ce qu’on dirait en tout cas, si on devait expliquer cette sensationlà à un homologue martien. Lequel remarquerait à juste titre que la chanson, pour le coup, attire à elle beaucoup trop de verbes d’état : justement parce qu’on arrive jamais à mettre le doigt dessus précisément, parce qu’elle est inqualifiable, insaisissable, la chanson, parce qu’il n’y a pas de recette et que c’est ce qui fait perdurer son aura. Et si l’extraterrestre ne comprend toujours pas, je lui donne ma définition. 1 : une chanson, c’est cultiver l’art du beau geste selon un schéma structurel (couplet, refrain, pont) donné et dans la perspective d’une narration instrumentale et/ou parlée ou chantée. Le schéma structurel peut aussi être étoffé, ou délaissé au besoin. 2 : unegrandechanson a cette particularité de fendre le ciel des spéculations, de l’imagination, des conventions, perceptions, de la subjectivité de l’auditeur, introduisant la notion d’expérience. 3 : on parlera à ce titre, dans certains mouvements culturels, de la puissance mystique et/ou cosmique de la chanson. Voilà. Simple ! Une grande chanson enjoue, dope, survolte, recentre : en certaines circonstances, la chanson c’est ta maison, chaque accord, unedépendance. La grande chanson magnétise, galvanise, catalyse, synthétise, cristallise, condense, unie, cimente. Sidère, fédère et adhère : à ta mémoire vive, automatique. Instantanée et immédiate,
008R&FJANVIER 2019
une grande chanson t’arrache à ta chaise, à ton désenchantement, irise ton système pileux et irrigue tes vannes lacrymales. Inflationniste et indélébile, elle embellit, exacerbe, électrise, impulse une accélération des idées, des images, des utopies, des pulsions cardiaques ; fluidifie la circulation du sang, transcende. Correction. Une grande chanson n’est que ça : transcendance... des genres, des époques et des modes, transcendance de son message et de ses notes, de sa métrique, son tempo, ses influences... Transcendance de son histoire et de ses atermoiements. Elle transcende encore les circonstances de son propre écho populaire, de son évanouissement dans un fondu inextricable, des critères arbitraires de la nostalgie, ou des notions de propriété ou de validité, relatives à l’âge, à la catégorie socioprofessionnelle. Virale, elle se répand, circule, coopte, toujours plus près d’un carburant de vie, de son essence. Ouais, par définition. Dans ces circonstances, elle ne s’appartientplus. RUDY RIODDES
Le nouveau jazz ? Faites valser le manuel d’histoire. Votre journal est le meilleur. Vous avez les plus belles plumes de l’Hexagone, vous parlez du rock comme personne. Mais merde, vous êtes en train de devenir un manuel d’histoire, et c’est dommage. Les quatre cinquièmes de vos couvertures sont des mecs de plus soixante ans, comme si, en 1966, quand Rock&Folk a commencé, vous mettiez Joséphine Baker... Des jeunes groupes de rock il y en a plein, vous en parlez même très bien en Tête D’Affiche. Bon OK, Lemon Twigs en couverture, c’était cool. Mais en 2017 par exemple, que des héros morts ou presque sur la première page de votre canard. Aucun risque pris pour renouveler notre musique. Le rock c’est quand même une histoire de jeunesse, sinon appelez ça du jazz. Twin Peaks, Slaves ou les Kaviar Special, ont quand même plus besoin de vous pour vendre des disques en France que Bowie ou Jagger. Vous avez stoppé votre rôle de dénicheur de talent pour devenir des passeurs de mémoire. C’est louable en soi, mais un juste milieu serait bien aussi. Vos lecteurs vont mourir avec vous sinon. Et si c’est flinguer R&F que vous voulez (même si j’en doute) avec votre stratégie de miser sur les vieux autant vous faire racheter tout de suite par Bolloré. Bon j’arrête de faire la morale, j’ai un immense respect pour tout votre travail mais désolé, ça me tenait à cœur. UN FIDELE LECTEUR né au numéro 332
La chanson reste la même Pas d’emballement, les critiques : Greta Van Fleet, ça donne juste envie d’écouter l’intégrale de l’original en commençant par “Houses Of The Holy”. PATRICE DRAIN
Bonne question Bonjour, j’étais tranquillement en train de philosopher sur le choix des 600 albums du dernier horssérie Rock&Folk (qui par ailleurs, est une véritable bible !) quand j’entendis la publicité radio du numéro 615. Il me semble inutile de préciser que mon père, déjà peu passionné par mon monologue de la minute précédente, manqua de faire un arrêt cardiaque quand je m’exclamai :“Mais pourquoi utiliser ‘Changes’ qui figure sur ‘Hunky Dory’ pour illustrer la décennie 1980 de Bowie ?”Loin d’être une spécialiste du chanteur que j’écoute pourtant cent vingt heures par semaine, je voulais juste vous demander s’il y avait une raison à ce choix. Bien cordialement. MANON GRANDIERES, convertie au rock, au glam rock, au punk rock (et à la britpop !), depuis peu, en partie grace à votre magazine.
Consommateur de Ash Lesguaranted real teenagersde Ash (dont on vantait ainsi la précocité en 1995) sont de retour. L’objet s’intitule “Islands”. Et vingttrois ans après, cette îlec’est un peu, on s’en doute, comme un chezsoi. Avec son songwriting majuscule fait d’accroches et de candeur, Tim Wheeler y flamboie une nouvelle fois. Ainsi, quand il est à son meilleur, ses morceaux galvanisent, soulèvent, vivifient, suggèrent l’héroïsme, vraiment : c’est que l’artisan cultive un art de la séduction très sophistiqué sous ce mur de guitares et ces refrains qui opèrent comme des poussées d’adrénaline ; ce punk caréné comme du Undertones ou du Buzzcocks, en un peu plus lyrique. A l’image de tous ces “Machinery”, “Shining Light”, “Wildsurf”, “Dark And Stormy”, “Orpheus”, “Lost Domain”... modèles du genre qui continuent de susciter des années après un sentiment d’élévation et, pour ainsi dire, de pure transcendance. Adolescent, cet art de la romance sublimée dans laquelle il donnait déjà m’impressionnait beaucoup. Mais sans que je sache réellement pourquoi. Aujourd’hui, j’ai ma petite idée : c’est que cetteromancelà était, pour le coup, vraimentdifférente. En ce sens qu’elle ne recourait pas aux filtres habituels de l’ironie et/ou de
l’autodérision, de l’androgynie, ou d’un décalage opportun avec son sujet en optant pour la troisième personne par exemple, ou à une posture pseudomachiste ou jem’enfoutiste. Tim Wheeler, tout à son innocence, affrontait les sentiments sans détour ou distance (sur “Gone The Dream”, “Lost In You” par exemple, ou, a posteriori, sur l’archétypal “Lost Domain”, album solo d’adieu au père qui le révélait capable d’engendrer des sommets authentiquement déchirants, pleins d’humanité, cf “Hospital”) loin de ce contrôle social implicite, propre au rock anglais, Wheeler était un communicant aguerri qui ne dédaignait pas l’accord mineur et les sentiments qui vont avec, sans que l’entreprise ne semble indécente ou rédhibitoire. Mais d’où lui venaient cette force, cette sagesse ? Garçon bienconstruit à l’évidence, de son éducation peut être ? Estce précisément parce qu’il n’est pas anglais mais nordirlandais ? Mais revenons à Ash. Rare formation de l’ère britpop à ne pas s’être séparée comme tant de ses contemporains (Oasis, Supergrass, Pulp, Boo Radleys) ou à ne pas s’être mis en quête d’un âge adulte hypothétique en disposant d’un orchestre philharmonique derrière lui (à l’instar de Suede), le powertrio pourrait, à peu de choses près, inscrire sur la pochette de ce “Islands” la même chose qu’en 1995 :guaranteed real teenagers. Le défi était sans doute plus redoutable encore pour des punk rockers dans leur quarantaine comme eux, de ne pas avoir l’air d’ados attardés aujourd’hui, en 2018, mais allez savoir pourquoi, Ash a su rester digne, pertinent et touchant. Jeune un jour, jeune toujours. Pop, et alors ? Et binaire. Comme sa musique. Laquelle, en s’évitant ici le redoutable écueil, propre aux survivants (britpop ou non), d’un trop grand cheminement de concepts mastocs et hors les modes, n’en est ici que plus puissamment ancrée dans le feu de l’instant. Une musique météorique, foudroyante : parfait cheminement d’énergie esthétique. Nécessairement volatile et insaisissable. Comme la jeunesse. Un essaim de poussière (Ash), voilà ce qu’il en reste à la fin. DOO-DAH BAND
Ecrivez à Rock&Folk, 12 rue Mozart 92587 Clichy cedex ou par courriel à rock&folk@editionslariviere.com Chaque publié reçoit un CD
Télégrammes PAR YASMINE AOUDI
BORDEAUX ROCK FESTIVAL Du 23 au 27 janvier. Peter Hook & The Light, Thurston Moore, King Khan LTD, Tender Forever, Fixmer/ McCarthy et bien d’autres se succèderont sur scène pour célébrer les 15 ans du festival.
CABBAGE Le quintette britannique a sorti sa chanson de Noël, la très garage “Smells Like Christmas”.
THE CHEMICAL BROTHERS Tom Rowlands et Ed Simons ont dévoilé un inédit, “Free Yourself”, annonciateur du nouvel album “No Geography”, prévu au printemps prochain.
ERIC CLAPTON “Eric Clapton : Life In 12 Bars” est le titre du fastueux documentaire consacré àSlowhand. Il retrace la destinée du musicien à travers des archives personnelles, des performances et des témoignages rares ou inédits (Bob Dylan, George Harrison...). Au cinéma le 23 janvier.
010R&FJANVIER 2019
GAZ COOMBES L’ancien leader de Supergrass, privé de scène suite à une fracture à la jambe, a publié un 4-titres,
“Live In Paris EP”, capté lors de son concert du 29 mai à la Maroquinerie.
The Dandy Warhols
THE DANDY WARHOLS Courtney Taylor et ses acolytes seront de retour le 25 janvier, avec un neuvième album, “Why You So Crazy”, et en concert parisien le même jour à l’Olympia.
DEERHUNTER “Why Hasn’t Everything Already Disappeared?” (18 janvier) est le titre du huitième album du groupe d’Atlanta. Cate Le Bon a prêté son concours à la production.
LOU DOILLON Avant de partir en virée française er à partir du 1 avril, la chanteuse revient avec “Soliloquy”, troisième er album prévu pour le 1 février.
BOB DYLAN Robert Zimmerman partagera l’affiche avec Neil Young le 12 juillet à Londres, à Hyde Park.
THE FLAMING LIPS Wayne Coyne a évoqué la partici-pation de Mick Jones sur le prochain album “King’s Mouth”, annoncé le 13 avril. L’ex-Clash a posé sa voix sur la quasi-totalité des chansons.
Photo Jacob PanderDR
“J’ai composé de quoi faire dix disques, au moins” MICHEL POLNAREFF
BUDDY GUY Le bluesman de 82 ans a été honoré dans sa ville natale de Lettsworth, Louisiane, pour sa contribution à la musique. L’autoroute 418 portera désormais son nom.
THE LEMONHEADS Le groupe d’Evan Dando revient avec un nouveau disque de reprises, “Varshons 2”, qui sera commercialisé le 8 février dans une pochette parfumée à la banane (en édition limitée). Les Américains enchaîneront par une tournée européenne qui fera escale au Gibus (Paris) le 10 mars.
EUGENE McGUINNESS Dépourvu de label, le singer-songwriter anglais vient de dévoiler en streaming le successeur de “Chroma”. “Suburban Gothic” comprend 10 titres entre ballades, mélodies tortueuses et envolées.
DUFF McKAGAN Le bassiste des Guns N’Roses planche sur un futur disque solo dans les studios Station House à Echo Park (Californie). Sortie courant 2019.
STEVE MASON L’ex-Beta Band a bouclé un quatrième album solo, “About The Light”, attendu le 18 janvier. Il le défendra sur scène au Badaboum (Paris), le 16 février.
MORRISSEY Le chanteur des Smiths fait le coup de l’album de reprises : “California Son” réunit 12 interprétations de chansons de Bob Dylan, Roy Orbison, Joni Mitchell... Sortie probable en mars.
MÖTLEY CRÜE Le biopic “The Dirt” a enfin sa date de sortie : le 22 mars, sur la plateforme Netflix.
KELE OKEREKE Composée et enregistrée en compagnie du producteur Chris Savor, la bande originale de la comédie musicale “Leave To Remain” sortira le 24 janvier, soir de la première représentation au Lyric Hammersmith de Londres.
RUSTIN MAN Bassiste de Talk Talk de 1982 à 1988, Paul Webb reprend son pseudonyme d’homme qui rouille pour un deuxième album solo, er “Drift Code”, attendu le 1 février.
IGGY POP James Osterberg et Yara Lapidus, le temps d’un duo en français, chantent “Encor Encor”, sur une musique composée par Gabriel Yared pour la BO de “37°2 Le Matin”.
TIM PRESLEY “I Have To Feed Larry’s Hawk”, nouvel album du patron de White Fence, sortira le 25 janvier.
QUEENS OF THE STONE AGE Josh Homme termine l’année avec un single de Noël, il contient une version de “Silent Night” (avec CW Stoneking) et, en face B, “ ’Twas The Night Before Christmas” (avec Brody Dalle son épouse etleurs trois petits lutins).Disponible en vinyle. Les bénéfices sont reversés à des œuvres caritatives.
ROCK LEGENDS Lestribute bands, The Doors Alive, Letz Zep et One Night Of Queen, passeront le 8 janvier au Zénith (Lille), le 10 à l’Olympia et le 12 à la Cité des Congrès (Nantes)...
ROCKIN’1000 Les batteurs, guitaristes, bassistes ou chanteurs, sont invités à rejoindre le plus grand groupe du monde pour un concert unique samedi 29 juin 2019. Les 1000 musiciens sélectionnés reprendront les plus grands titres rock sur la pelouse du Stade de France. Infos et inscription sur stadefrance.com
BILL RYDER-JONES Après avoir assuré la première partie de Gruff Rhys en novembre, l’homme du Wirral sera en tête d’affiche au Point Ephémère (Paris) le 27 février. Il défendra son quatrième album “Yawn”.
TODD RUNDGREN Le septuagénaire multi-instrumentiste américain se raconte dans “The Individualist : Digressions, Dreams & Dissertations”, son autobiographie. Publication le 21 décembre.
SHAKIN’ STREET Fabienne Shine vient de rééditer en version vinyle “Solid As A Rock”, deuxième disque de son groupe hard rock qui passera par Caen (El Camino) le 10 janvier, Paris (Petit Bain) le 11 avec Océan, Montbéliard (Atelier Môles) le 12, Lyon (RockN’Eat) le 15, Chambéry (Le Brin De Zinc) le 16, Marseille (Le Cherrydon) le 17, Montpellier (Secret Palace) le 18, Nice (Althérax) le 19, Rennes (Mondo Bizarro) le 24 et Concarneau (La Chap’L) le 25.
FRANK SINATRA Cinq tableaux abstraits peints par le crooner américain et divers objets de valeur ont été vendus aux enchères pour un total de 9,2 millions de dollars.
SLEAFORD MODS “Eton Alive” est le cinquième album studio du duo punk électronique. Il verra le jour le 22 février sur son propre label Extreme Eating.
THE STRYPES Après sept ans d’activité et trois albums, le jeune quatuor irlandais se sépare.
Photo DR The Zutons en 2004
STUCK IN THE SOUND Le groupe parisien revient avec “Billy Believe” sixième album er programmé pour le 1 mars. Une tournée française suivra.
TALLIES Le quatuor de Toronto publiera son premier album homonyme le 11 janvier, mélange heureux de shoegaze, de pop et de surf music.
THE WOMBATS Le trio de Liverpool vient de se fendre d’un single “Bee-Sting”, 6 mois après le très psyché “Beautiful People Will Ruin Your Life”. Concert à Paris (Trabendo) le 5 février.
THE ZUTONS Abi Harding et sa clique annoncent leur reformation et une tournée anglaise de 8 dates au printemps. Les anciens fleurons du label Deltasonic joueront leur premier album “Who Killed The Zutons?” (2004) dans son intégralité.
Condoléances Eric Carr(premier batteur des Kiss),Roy Clark(chanteur de country et acteur américain),Samuel Hadida(producteur de cinéma français), Gloria Katz(scénariste et productrice américaine “American Graffiti”), Stan Lee(scénariste et éditeur américain de Marvel Comics), Patrick Mathé(disquaire et patron de label),Calvin Newborn (guitariste américain de jazz),Claude Péloquin(poète, écrivain chanteur, scénariste et réalisateur québécois),Nicolas Roeg(réalisateur, directeur de la photographie britannique),Pete Shelley(chanteur et guitariste des Buzzcocks).
JANVIER 2019R&F011