Rock et Folk du 21-05-2021
100 pages
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Date de parution 21 mai 2021
Langue Français
Poids de l'ouvrage 21 Mo

Exrait

T HE BL A CK KE Y S JUIN 2021 H N°646 / 6,50MENSUEL BEL 7,15 RD  2 02 1 SUISSE 11,30 CHF NLUX 7,15PORTUGAL CONT 7,40CAN 11,30 $ CAN  J U6I,50 ITA 7,40HDOM 7,40F: N CAL (S) 975 XPF POL (S) 1090 XPFESPAGNE 7,40 646  ILE MAURICE 7,40N° 64 6
L 19766
ROCK&F OL K
Edito
Làhaut “Il traverse tout l’univers, Aussi vite que la lumière, Qui estil ? D’où vientil ? Ce terrible géant Des nouveaux temps”
Goldorak ? Non. Thomas Pesquet. Le gentil astronaute. Qui vole à 400 kilomètres audessus de la Terre. Pour six mois, et qui y reviendra quand les concerts auront peutêtre repris.
Thomas est trop sympa. Trop normal ? Non, non. Trop sympa. Accessible et tout. Un type à faire une émission de téléréalité en chaussettes à bord de l’ISS.
Thomas Pesquet forme des cœurs avec ses doigts. Comme certains footballeurs après un but. Thomas Pesquet explique aux enfants la vie dans l’espace. Il parvient même, sans les dégoûter, à leur faire avaler comment il prépare ses repas avec de l’urine et de la sueur recyclée. C’est rock, ça, la sueur. Thomas est le chef d’une mission au nom trop cool. Alpha. Qu’il a rejointe à bord d’une fusée au nom encore plus cool. Dragon Crew. Fabriquée par une société au nom méga cool. Space X. Dans des nouveaux habits d’astronaute, un peu GI Joe, un peu Big Jim. Un peu Bogdanov aussi. Avec plein d’écrans tactiles supra cools dans la capsule. Thomas Pesquet n’est certainement pas le genre à s’aviner dans l’espace. Pas comme ce soiffard de Capitaine Haddock. Ni y fumer des cigarettes comme ce salopard de colonel Jorgen. Non, non. Thomas est mélomane. Il fait des playlists. Pour décoller (Queen, Guns N’Roses, une reprise de Rage Against The Machine…), pour travailler on imagine, pour faire du vélo en apesanteur, pourquoi pas. Le tout posté, commenté, diffusé sur des radios terrestres. Et disponible sur Spotify. Mais surtout, surtout, Thomas Pesquet taille le bout de gras, façon visio Zoom avec Coldplay ! A la bonne franquette. En direct.“Vous reprendrez bien un peu de bœuf bourguignon lyophilisé, réhydraté à l’urine et à la sueur, Chris ?”Enfilant des lunettes noires. Car, comme chacun sait, celafaitrock. Il se trouve que Coldplay avait un single tout neuf sous la main. Et qu’ils étaient OK pour le diffuser. En direct et en exclusivité. Galactique, du coup. L’espace intersidéral est visé. Et s’il y avait une vie extraterrestre ? Hein ? Et qu’elle tombe làdessus…
Allez. Tu l’as vraiment fait, Major Thomas ! “And the papers want to know whose shirts you wear”.
VINCENT TANNIÈRES
P.S. : Devant tant de démesure, il nous reste quoi, à nous, pauvres Terriens ? AnneClaire Coudray ! Oui… Un dimanche d’avril, elle présentait le journal de 20 heures de TF1 en perfecto rouge sur calicot en dentelle et stylettos pointus que l’on pouvait imaginer vernis. Quelques semaines plus tard, elle arborait de nouveau un perfecto. Satanée rockeuse ! Celuici était clair, cette fois. Crème un peu. Couleur muguet plutôt. Nous étions le premier mai. Tout ça enchaîné par la musique des Turtles pour une pub de croquettes pour chien… Euh… Il reste de la place làhaut ?
JUIN 2021R&F003
Sommaire646 Parution le 20 de chaque mois
Bouillant de culture DAVID LISNARD10 David Angevin Mes Disques A Moi BRIGITTE LAHAIE12 Olivier Cachin Prospect JOHNNY MAFIA16 Alexandre Breton MAD FOXES17 Eric Delsart Tête d’affiche CRUMB18 Thomas Andrei BLACK MIDI20 Thomas E. Florin SONS OF RAPHAEL22 Jérôme Soligny TONY ALLEN24 Olivier Cachin JAC BERROCAL26 Alexandre Breton DAVID BOWIE28 Jérôme Soligny En vedette www.rocknfolk.com THE MARS VOLTA30 Eric Delsart CROSBY, STILLS, NASH & YOUNG34 Stan Cuesta TEENAGE FANCLUB38 Léonard Haddad Story LE REGGAE AVANT LE REGGAE44 Nicolas Ungemuth BOB MARLEY48 Benoît Sabatier En couverture THE BLACK KEYS54 Eric Delsart La vie en rock BOB DYLAN & LA FRANCE60 Patrick Eudeline
COUVERTURE PHOTO : ALYSSE GAFKJEN  DR  GRAPHISME : FRANK LORIOU
Photo Donald Milne  DR 38Teenage Fancl ub
54The Black Keys
RUBRIQUES EDITO003 COURRIER006 TELEGRAMMES008DISQUE DU MOIS065DISQUES066REEDITIONS074REHAB’078VINYLES080 DISCOGRAPHISME082QUALITE FRANCE083HIGHWAY 666 REVISITED084ERUDIT ROCK086ET JUSTICE POUR TOUS088FILM DU MOIS090CINEMA091SERIE DU MOIS092IMAGES093BANDE DESSINEE094LIVRES095ROCK’N’ROLL FLASHBACK096PEU DE GENS LE SAVENT098
Rock&FolkEspace Clichy  Immeuble Agena 12 rue Mozart 92587 Clichy Cedex – Tél : 01 41 40 32 99 – Fax : 01 41 40 34 71 – email : rock&folk@editionslariviere.com Président du Conseil de SurveillancePatrick CasasnovasPrésidente du DirectoireStéphanie Casasnovas Directeur GénéralFrédéric de WatrigantEditeurPhilippe Budillon Rédacteur en ChefVincent Tannières(32 99)Rédacteur en Chef adjointBasile Farkas(32 93) Chef des InfosYasmine Aoudi(32 94)Chef de la rubrique LiveMatthieu Vatin(32 99) Conseiller de la RédactionJérôme SolignyMaquetteChristophe Favière (32 03)A collaboré à ce numéroManuella Fall PUBLICITÉ :Directeur de PublicitéOlivier Thomas (34 82) Assistante de PublicitéMarine Donné (32 05) PHOTOGRAVURE Responsables :Béatrice Ladurelle (31 57), Agnès DelaveauBidart (34 89), Flavien Bonanni (35 29), VENTES (Réservé aux diffuseurs et dépositaires) :Emmanuelle Gay (56 95) ABONNEMENTS :Promotion Abonnements :Carole Ridereau (33 48)Abonnement :France 1 an12 numéros : 66,30e(voir page 77) Suisse et autres pays et envoi par avion : nous contacter au (33) 03 44 62 43 79 ou sur : abo.lariviere@ ediis.frVENTE PAR CORRESPONDANCE : Accueil clients03 44 62 43 79 Commande par Carte Bancaire ou sur www.rocknfolk.frCOMPTABILITÉFax : 01 41 40 32 58(32 37) Directeur de la Publication et Responsable de la Rédaction :Patrick Casasnovas IMPRESSION :60205 Compiègne Cedex.Imprimerie de Compiègne Zac de Mercières Papier issu de forêts gérées durablement, origine du papier : Finlande, taux de fibres recyclées : O%, certification : PEFC/ EU ECO LABEL, Eutrophisation : 0,03 kg/ tonne. è m e DIFFUSION :MLP – Rock&Folk est une publication des Editions Larivière, SAS au capital de 3 200 000 euros.Dépôt légal :en France.2021. Printed in France/ Im prim é 2 trimestre C om m ission paritairen° 0525 K 86723ISSNn° 07507852Numéro de TVA Intracommunautaire :CCP 11 5915A Paris RCS Nanterre B 572 071 884FR 96572 071 884 Administration :12, rue Mozart 92587 Clichy Cedex – Tél : 01 41 40 32 32 Fax : 01 41 40 32 50.LES MANUSCRITS ET DOCUMENTS NON INSÉRÉS NE SONT PAS RENDUS.
Courrier des lecteurs
Un sac à dos Rock&Folk
Illustration Jampur Fraize
Tandem J’écoute le dernier Jane B., là. Produit par Daho... Et les merveilles s’entassent. “Oh Pardon Tu Dormais...”, “A Marée Haute”, “Pas D’Accord”, “Ta Sentinelle”, “Je Voulais Etre Une Telle Perfection Pour Toi !”... Daho a dérobé impunément le mojo gainsbourien sur ce disque on dirait, les accords et les arrangements, la section rythmique sont ainsi remplis de clins d’œil au musée... Très codifiés en fin de compte. Et n’oublions pas Birkin ellemême, qui en est une pièce essentielle, centrale ! Tout cela en pleine commémorationanniversaire ! Et il y a même une mélodie descendante à la “Sunny Afternoon” sur “Telle Est Ma Maladie Envers Toi”... Mais le plus impressionnant, ce sont sans doute les textes, extraordinairement singuliers, de Birkin auteure... Où elle ne s’épargne rien, à l’instar de ce titre, “Cigarettes”, sanglot réprimé chanté, d’une puissance rare, de l’ordre du chavirement, de la crue émotionnelle ou du soulèvement intime. Oui vraiment. Chair de poule garantie... Ensevelie par les fantômes (“Ghosts”) et le deuil. Plus de l’ordre du roman que de la chanson en vérité. Oh, mais alors une vériténécropole ; théâtre de ce pur embellissement... Quel courage. FRANÇOIS JACQUES
RSVP Ils passaient quoi pendant les dîners au Palais Vivienne ? “Beggars Banquet” ? PATRICK MOALIC
006R&FJUIN 2021
La loi des hors-séries Il y a vingtcinq ans, j’achetais le hors série “300 Disques Incontournables 19651995”. A cette époque, le rock avait trente ans. Mais en 1995, ça me paraissait une éternité. Les disques sortis quinze ans avant venaient d’une autre époque bien lointaine, ils jouissaient déjà du statut d’albums historiques. Pendant de longues années, ce horssérie aura été un de mes livres de chevet. Et puis, nous nous étions bien amusés, mes amis et moi, à faire les motsfléchés et j’avais gagné un sac à dos Rock&Folk ! Puis, après être passé à côté du horssérie de 2000, je me dis qu’un horssérie en 2014 vaut sûrement le coup. Donc, vingt ans après le premier horssérie, le rock a maintenant soixante ans. 30 + 20 = 60 ? En fait, la date de naissance du rock a été avancée de dix ans : “19542014”. Une vraie valeur ajoutée. Notamment la fin de ces belles années 1990. Une belle couverture qui évoque nos discothèques. Mais curieusement, et même si beaucoup de ces albums sont devenus historiques, les disques sortis quinze ans avant n’ont plus l’air de venir d’une autre époque. Je zappe celui de 2018 en me disant que “pourquoi pas, ça a du sens pour les jeunes”. Mais en 2020, son titre diabolique m’envoûte. Quatrevingtdix nouveaux disques quand même. Mais ce sont toujours les pages consacrées aux nineties qui voient des étoiles sortir de mes yeux. Et les disques sortis quinze ans avant ont encore le parfum du blister fraîchement ouvert. Pour le reste, ce sont les mêmes chroniques. Mais rien de choquant. Contrairement à ce moche minivinyle qui vient bouffer le coin gauche des pochettes. Et puis, cette dernière page qui présente les disques de Bob Dylan, Neil Young et Bruce Springsteen, en 2020 ! C’est une blague ? Le prochain est prévu pour 2027. Pourquoi 2027 ? Date annoncée de la mort du rock ? STÉPHANE MADELEINE
Bad news Je viens d’apprendre la disparition d’Anita Lane. Triste occasion de réécouter “Dirty Pearl” et l’intégrale de Birthday Party. MARC
Aussi belle qu’une balle “Music For Tennis Courts” (The Ladybug Transistor) ; “Le Tennis” (Erik Satie) ; “Section 32 (The Championship)” (The Polyphonic Spree) ; “The Competition” (Kimya Dawson) ; “Grandslam” (Madness) ; “The French Open” (Foals), “I’ve Got A Match” (They Might Be Giants) ; “The Paris Match” (The Style Council) ; “Roland” (Interpol) ; “The Coin Toss” (The Duckworth Lewis Method) ; “Starting At A Disadvantage” (A Sunny Day In Glasgow) ; “Mr Noah” (Panda Bear) ; “Can I Have My Balls Back, Please ?” (Pulp) ; “You’ve Got The Ball” (The Lovely Eggs) ; “My Timing Is Off” (Eels) ; “Fault Lines” (Tom Petty And The Heartbreakers) ; “All The Aces” (Motörhead) ; “Double Deuce” (Quasi) ; “Ball Of Confusion” (The Temptations) ; “Digging The Fault Line” (Brent Cash) ; “So. Central Rain” (REM) ; “No Match” (Bonnie Prince Billy) ; “God Loves You, Michael Chang” (Dent May) ; “Monica Seles” (Papaye) ; “Conchita Martinez” (Saint Etienne). Groupes : Tennis ; Housse De Racket ; Set&Match ; Ping Pong Bitches ; Johnny Ace ; S*M*A*S*H. DÉSIRÉ DUROY
Concours d’élégance Grâce à Rock&Folk, nous pouvons maintenant l’affirmer : Bertrand Burgalat est bien plus coquet que Joey Ramone... Ah, si... ! MÉFISTO
Sans contact ? PJ Harvey (ou plutôt sa compagnie de disques) sort l’album “Uh Huh Her” en version démos. Après, ils peuvent nous vendre, s’ils veulent, par exemple, les titres en version instrumentale. Puis, pourquoi pas, les titres avec juste les vocaux, et aussi les versions retravaillées 2021 etc. Pas de souci, nous, on est là pour payer ! ALAIN DOUNONT
Séduite Je n’avais jamais acheté Rock&Folk mais l’œil attiré par la couverture avec Nancy Sinatra (que j’adore) a suffi pour que je sois séduite. J’ai apprécié les articles comme nommés dans votre édito : Neil, Serge, Tony, Nancy et les autres... mais encore plus heureuse que vous fassiez la promo du dernier album de Suzy Quatro, j’ai usé le 45tours de “Can The Can”, sorti en 1973, tellement écouté... Que de bons souvenirs ! PATRICIA LE FELLICVIGNOT
Imprimer la légende Merci de mettre les noms des membres sous les photos des groupes. Pas besoin pour les Beatles et les Stones ! Merci. DIDIER DEBOVES
Ecrivez à Rock&Folk, 12 rue Mozart, 92587 Clichy cedex ou par courriel à rock&folk@editionslariviere.com Chaque publié reçoit un CD
Télégrammes PAR YASMINE AOUDI
BLACK PUMAS Le duo texan, formé par le chanteur Eric Burton et le guitariste et producteur Adrian Quesada, distillera sa musique soul colorée de blues folk sur la scène parisienne du Trianon le 25 juin, et sur celle de l’Olympia le 18 novembre prochain.
BLACK SABBATH C’est au tour du sixième album studio “Sabotage” (1975) des précurseurs du heavy metal britanniques de bénéficier d’une version Deluxe Edition. Le coffret renfermera l’album originel remasterisé, le concert capté lors de la tournée en Amérique du Nord, une réplique du livret du concert au Madison Square Garden, un single japonais rare, “Am I Going Insane (Radio)”, un livrephotos contenant illustrations et notes de pochettes, ainsi qu’une affiche couleur. Disponible en CD et vinyle le 11 juin prochain.
DAVID BOWIE “Modern Love” est l’album hommage du label anglais BBE à l’icône disparue il y a cinq ans. Seize de ses classiques sont réinterprétés par des artistes issus de la scène jazz, funk, R&B, tels que Jeff Parker And The New Breed pour “Soul Love”, Meshell Ndegeocello pour “Fantastic Voyage”... A écouter dès le 28 mai.
FRANK CARTER & THE RATTLESNAKES Le groupe britannique s’associe à Joe Talbot, des Idles, pour se fendre du simple punk “My Town”.
CHARLATANS Les Britanniques menés par Tim Burgess annoncent une tournée de l’autre côté de la Manche, du 22 novembre au 20 décembre prochains. En amont, le coffret “A Head Full Of Ideas” verra le jour le 15 octobre. Il comprendra cinq vinyles et un vinyle bonus, des démos inédites, succès, live, raretés et remixes, sous différentes formes : CD, double CD, vinyle et triple vinyle.
CHASSOL Le français doit se produire sur la scène du Trianon (Paris) le 4 juin, en remplacement du concert annulé le 5 mars dernier.
CHEMICAL BROTHERS Le duo britannique vient de dévoiler un nouveau morceau, “The Darkness That You Fear”, qualifié de“porteur d’espoir”par Tom Rowlands.
008R&FJUIN 2021
Bobby Gillespie et Jehnny Beth
DRIVE-BY TRUCKERS Le combo originaire d’Athens, Georgie, est programmé le 4 juin à la Maroquinerie (Paris), toujours sous réserve de…
BOB DYLAN “Bob Dylan – No Direction Home” (publiée une première fois en 1986) est la biographie indispensable du barde. L’auteur Robert Shelton (19261995), critique de cinéma et de musique américain, journaliste au New York Times, et fervent défenseur de l’artiste, avait noué une longue amitié lors de l’arrivée de ce dernier à New York en 1961. Déjà en librairie.
FALL “Excavate! The Wonderful And Frightening World Of The Fall” de Bob Stanley (également auteur de “Yeah Yeah Yeah: The Story Of Modern Pop) et Tessa Norton plonge dans le cosmos de Mark E Smith et The Fall. Un retour sur quarante ans d’existence, à travers l’univers, la carrière et l’influence du groupe. Déjà disponible, le livre regorge de photographies, de documents manuscrits inédits, de pochettes, notes, paroles, essais…
NOEL GALLAGHER Pour son dixième printemps, le lad (nommé ambassadeur officiel du Record Store Day 2021 au RoyaumeUni) et son High Flying Birds s’offrent un double album réunissant dixhuit titres, dont deux inédits. “Back The Way We Came : Vol 1 (20112021)” sortira le 11 juin.
BOBBY GILLESPIE Le frontman de Primal Scream et Jehnny Beth des Savages viennent de divulguer le single “Remember We Were Lovers”. Quelques membres du groupe de Glasgow — Andrew Innes, Martin Duffy et Darrin Mooney, assisté de Johnny Hostile — prêtent mainforte au projet. “Utopian Ashes”, pamphlet de neuf titres sur les relations de couple, sera à écouter le 2 juillet prochain.
PETER GREEN Le légendaire guitariste de Fleetwood Mac, mort en juillet 2020, s’activait les quatre dernières années de son existence à un livre illustré retraçant sa vie et sa carrière. “The Albatross Man” sera enrichi d’images rares, de souvenirs, paroles et notes datant de la période Fleetwood Mac et plus. Il sera enjolivé de deux titres approuvés par le virtuose : “Need Your Love So Bad” avec la participation de David Gilmour, et “Man Of The World” avec celle de Kirk Hammett, de Metallica. Disponible le 29 octobre prochain, jour de son soixantequinzième anniversaire.
HISS GOLDEN MESSENGER “Quietly Blowing It”, rétrospective intime de MC Taylor, leader du combo folk originaire de Caroline du Nord (Durham), a été écrite et arrangée dans son home studio. Elle regorge de gospel, southern soul, d’indie folk et alt country, et verra le jour le 25 juin prochain.
MANU LANVIN Nouvel ambassadeur de la marque HarleyDavidson France, le chanteurguitariste a mis en musique les textes d’ “IciBas”, le premier album de Gérard, son géniteur. Disponible le 21 mai prochain.
THE LIMIÑANAS Après Anton Newcom, c’est au tour de Laurent Garnier de s’associer au duo perpignanais. L’envoûtant “Saul” vient d’être dévoilé, annonciateur du très attendu “De Pelìcula”, prévu pour septembre.
FRANCIS LUNG Après “A Dream Is U”, acclamé par la presse outreManche lors de sa sortie en 2019, “Miracle” est la nouvelle production de l’auteurcompositeurinterprète enfin libéré de tous ses maux (alcool, dépression…). Treize morceaux personnels et épurés, dignes d’Elliot Smith ou de Jeff Tweedy, qui seront à entendre à partir du 18 juin prochain.
Francis Lung
Photo Sam Christmas  DR
Photo  DR
SHANE MacGOWAN “Crock Of Gold: A Few Rounds With Shane MacGowan”, le documentaire poignant de Julien Temple (Joe Strummer, Sex Pistols...), narre le parcours de l’Irlandais alcoolique et toxicomane. Durant deux heures, le chanteur édenté, désormais cloué dans un fauteuil roulant, immerge le spectateur de son enfance rurale à Tipperary en passant par son apogée grâce au punk, jusqu’à sa descente aux enfers… pour finir le jour de son soixantième anniversaire. Sortie en salles le 16 juin.
MATTIEL La chanteusecompositrice Mattiel Brown et le guitaristeproducteur Jonah Swilley viennent de dévoiler “Those Worlds”, et “Freedom Feels” en face B, titres rétros au son teinté de psychédélisme, garage rock et honky tonk.
JONI MITCHELL Pour marquer le jubilé de “Blue” paru en juin 1971, Roberta Joan Anderson à la ville, publiera “The Reprise Albums 1968 1971”. Ce coffret contient les quatre premiers albums de la Canadienne : “Song To A Seagull” (1968), “Clouds” (1969), “Ladies Of The Canyon” (1970) et “Blue”. En vente le 25 juin, au format 4 CD, 4 LP ou digital.
MOTÖRHEAD Une réédition de “No Sleep ’Til Hammersmith” célébrera le quarantième anniversaire du premier live “officiel” du groupe. Elle se présentera sous la forme d’un coffret contenant l’album original remasterisé, d’un live capté à Newcastle et d’un autre à Leeds, badge, médiator, affiche… et sera en vente le 25 juin.
MURLOCS Les rockers australiens basés à Melbourne et composés d’Ambrose KennySmith et Matt Blach (King Gizzard And The Lizard Wizard), Callum Shortal, Cook Craig et Tim Karmouche avertissent d’un cinquième opus. Enregistré au Button Pushers Studio, et produit par Tim Dunn, “Bittersweet Demons” sera à écouter le 25 juin.
NIGHT BEATS “Outlaw R&B” est le cinquième microsillon du groupe texan de Seattle, au son rockgarage psychédélique et infusé de R&B. La sortie de l’album est prévue le 4 juin prochain.
Night Beats
Murlocs
RED HOT CHILI PEPPERS C’est pour la modique somme de cent quarante millions de dollars que les Californiens Anthony Kiedis, Flea, Chad Smith et John Frusciante cèdent leur catalogue à Hipgnosis Songs.
DICK RIVERS Deux ans après la disparition du rocker, un DVD, “Dick Rivers, L’Essentiel”, réunissant cinquantesix succès à la télévision, donnera l’occasion de (re)voir et (ré)entendre ses grands classiques des années 1960 à 2000, comme “N’En Rajoute Pas Mignonne”, “Marilou”, “Faire Un Pont”…
ROLLING STONES Les Pierres Qui Roulent s’exposeront à l’Orange Vélodrome (Marseille) du 10 juin au 5 septembre. Au travers d’objets rares — tenues de scène, instruments, photos, journaux intimes —, “The Rolling Stones Unzipped Exposition” proposera aux fans une introspection sur plus de cinquante ans de carrière. Photo  DR
SEX REVOLTS “Sex Revolts – Rock’N’Roll, Genre & Rébellion”, de Simon Reynolds et Joy Press, dresse une analyse fine sur la rébellion rock à travers le prisme du genre (masculinité et féminité) durant les siècles et les différents styles musicaux, ainsi que sur la révolte d’artistes comme Patti Smith, Siouxsie Sioux ou Courtney Love. 496 pages, en librairie le 20 mai.
SORE LOSERS “Yeah Yeah Yeah”, nouveau morceau des rockers du plat pays, a été dévoilé le 30 avril dernier lors d’un concert live stream,avantcoureur d’un retour au son brut. L’album est attendu après l’été.
STOOGES Dans son nouveau livre “Iggy & The Stooges – On Stage 19671974”, Per Nilsen (David Bowie, Prince, Iggy Pop) explore en profondeur, via des témoignages, articles de presse, photos…, les concerts donnés par l’Iguane et son gang de 1967 à 1974. Disponible depuis le 30 avril. De son côté, Iggy Pop vient de livrer “L’Appartement”, un single en français avec la chanteuse Clio.
JACQUES VASSAL Pour le jubilé de “Folksong – Racines Et Branches De La Musique Folk Anglo Américaine” (Editions Les Fondeurs De Briques), le journaliste, collaborateur de Rock&Folk de 1967 à 1985 et écrivain, propose une édition enrichie, révisée et actualisée de son ouvrage. 688 pages à lire depuis le 14 mai.
WOLF ALICE Précédé du simple “The Last Man On Earth”, le troisième disque “Blue Weekend” du quatuor londonien, une fille, trois garçons, est espéré pour le 11 juin. Les onze chansons ont été enregistrées dans un Airb’n’b dans le PhotoSoDRmerset, en Angleterre.
CondoléancesBlack Rob(rappeur américain),DMX(rappeur et acteur américain),Alber Elbaz(couturier),Pierce Fulton(DJ et multiinstrumentiste américain),Monte Hellman(réalisateur et producteur de cinéma américain),John Hinch(musicien et batteur britannique, Judas Priest et Hiroshima),Joye Hummel(scénariste américaine de comics, “Wonder Woman”),Nick Kamen(chanteur et mannequin britannique),Les McKeown(chanteur britannique, Bad City Rollers),Shunsuke Kikuchi (compositeur japonais, Goldorak, Dragon Ball),Anita Lane(chanteuse et parolière australienne, Nick Cave, Bad Seeds, Mick Harvey),John Paul Leon(dessinateur américain de comics),Monique Pantel(critique de cinéma française, “France Soir”, Europe 1, RTL…),Anthony Payne(compositeur et critique musical britannique),Lloyd Price(chanteur américain de rhythm and blues)Yves Rénier(acteur, “Belphégor”, “Commissaire Moulin”),Al Schmitt(producteur de disques et ingénieur du son américain, Elvis Presley, Brian Wilson, Paul McCartney…),Sonny Simmons(saxophoniste américain de jazz),Jim Steinman(compositeur américain, de rock et de comédies musicales),Shock G(rappeur américain, Digital Underground),Jessica Walter(actrice américaine).
JUIN 2021R&F009
BoNuillantde culture PAR DAVID ANGEVI
Il n’est pas dans les habitudes du journal d’aller à la rencontre des intellectuels ou des politiques pour parler musique et société. Nous avons décidé de le faire régulièrement, quand une personnalité, quel que soit son bord, paraîtra intéressante et en mesure d’éclairer sur la marche du monde. Car, comme disait l’autre, “tout est politique”, y compris la musique, la littérature, le cinéma ou les séries télé… “J’ai fait venir les Stooges à Cannes” DavidLisnard DAVID LISNARD, PASSIONNÉ DE ROCK,ROCK&FOLK : Comment arrive ET DE MUSIQUE EN GÉNÉRAL, ESTla musique dans votre vie ? David Lisnard UN PERSONNAGE ATYPIQUE DANS:Avant de venir vivre à Cannes LE PAYSAGE POLITIQUE FRANÇAIS.à l’âge de quatorze ans, j’habitais à Limoges. Maire de Cannes, ce fan absolu de ClashMa passion pour le rock démarre vers douze ou de Lee Hazlewood est une îgureans, avec un concert vraiment marquant : montante de la vie publique. Il nous aOberkampf, à Vassivière, dans la Creuse. Mon reçus dans son bureau aux murs couvertsfrère, de six ans mon aîné, avait un groupe de de photos de Lemmy Kilmister et Ninarock et j’ai découvert les classiques grâce à lui. Hagen. Interview sans langue de bois.Au lycée, j’avais une bande de copains mods,
010R&FJUIN 2021
des redoublants souvent plus âgés et avec une grosse culture musicale. J’écoutais en boucle les Who, Clash, les Sex Pistols, les Ramones, Nina Hagen, Johnny Cash, les Cramps…
R&F : La musique folk ? David Lisnard :A l’époque, ça me paraissait être de la musique de babas cool. Pas mon truc du tout. Moi, j’écoutais Gogol Premier et la Horde, MC5… la musique folk ne me parlait pas. Avec le recul, je comprends que j’ai grandi et découvert la musique à une période d’une richesse incroyable. Chaque semaine ou presque sortait un chef d’œuvre. Bauhaus, Joy Division, New Order, The Cure… En dehors de la musique binaire, j’ai une idole absolue : Lee Hazlewood ! J’ai toute son œuvre dans tous les formats. Je vénère chaque album de ce grand songwriter, sa voix de crooner, ses textes, son détachement à la coule… C’est de la musique panoramique, il nous projette dans les grands espaces et les grands sentiments. Hazlewood devrait être une star mondiale, mais à part “These Boots Are Made For Walking” chantée par Nancy Sinatra, presque personne ne le connaît.
R&F : La culture personnelle inue-t-elle sur l’action politique ? David Lisnard :Sans doute. En tout cas, la culture est au cœur de tout ce que je fais, mais je n’ai jamais mis en avant mes goûts musicaux. Cette facette de ma vie est sortie par hasard. Quand je suis devenu maire de Cannes en 2014, le soir des élections, j’étais tranquillement chez moi. Je n’ai pas fêté cette victoire car, quand on gagne, on est tout de suite rattrapé par le poids de ce qui nous attend, par la responsabilité de la fonction. Mes proches étaient contents, mais j’étais dans ma bulle. Pour me donner de l’énergie avant d’aller remercier les Cannois et m’exprimer devant les médias, j’ai mis les Ramones à fond la caisse dans la maison : “Hey Ho, let’s go ! Blitzkreig Bop !” Une journaliste a débarqué à ce moment Photo David Angevin précis et a raconté ça le lendemain dans la presse locale…
R&F : Comment trouvez-vous le temps de suivre l’actualité musicale ? David Lisnard :Je lis Rock&Folk (véridique, pile sur l’étagère, ndr) et la presse culturelle depuis toujours. La culture me nourrit depuis l’enfance. Avec mon père et mon frère, on parlait beaucoup de politique. Avec ma mère, qui était danseuse, c’était la littérature, le théâtre, le spectacle vivant en général. Elle connaissait plein de monde dans ce milieu, et dès qu’une tournée passait près de chez nous, elle me traînait voir les spectacles de ses amis.
R&F : Père footballeur professionnel, mère danseuse classique : cela forme un duo peu commun… Ma mère vient d’une famille très David Lisnard : modeste de neuf enfants, originaire de Bordeaux et de Corse. Elle est partie de chez elle pour devenir danseuse à l’âge de douze ans. Elle est devenue danseuse étoile de ballet, principalement à Bordeaux, à Lille et à Besançon, où elle a rencontré mon père. La famille de mon père est cannoise. Lui, a quitté sa famille à seize ans pour jouer au foot. Il est devenu footballeur pro
à Cannes, avant de finir sa carrière capitaine à Limoges et Bourges, en D2. Un accident de voiture au retour d’un match a mis un terme à son parcours sportif. Ils se sont alors reconvertis dans le petit commerce et ont ouvert des boutiques de vêtements. Ils se sont faits tout seuls, en se lançant très tôt dans la vie active. J’ai appris d’eux l’indépendance, le goût du travail, la bienveillance. Financièrement, on était de la classe moyenne, ni riche, ni pauvre.
R&F : Dernier disque acheté ? Le coffret Sex Pistols “Live 76”. David Lisnard : Quatre concerts, quatre vinyles. J’aurais aimé y être, évidemment. Si j’avais le temps, j’écrirais un livre sur l’année 1977, la meilleure à mon goût : l’explosion de Television avec “Marquee Moon”, l’album “Never Mind The Bollocks” des Pistols, les Stranglers, et puis Clash, évidemment, le groupe parfait. Il y a trois ans, j’ai fait projeter le film “Rude Boy” en extérieur, sur la façade du Palais des Festivals. Nous n’étions pas hyper nombreux, mais peu importe, il faut proposer aux gens une offre culturelle variée. Un peu comme quand j’ai organisé le Congrès Tricatel au Palais. Je suis fan de Bertrand Burgalat, musicien et patron du label. J’adore Chassol, qui a composé beaucoup de BO de films et de pub, et qui a accompagné Phoenix et Sébastien Tellier. Pendant ce Congrès Tricatel, des artistes du label, dont AS Dragon — j’ai une passion pour l’album “Spanked” —, Catastrophe et Alice Lewis, ont joué live. Grand souvenir.
R&F : Il ne manquait que Michel Houellebecq, Inalement ? David Lisnard :J’aurais adoré que Michel Houellebecq soit là. J’aime beaucoup ses romans et sa poésie, mais son album chez Tricatel est tout aussi extraordinaire. Ne pas l’avoir vu sur scène à l’époque du disque est un grand regret… Dans un tout autre genre, j’ai aussi fait venir les Stooges à Cannes en 2008 — autre groupe de mon panthéon personnel —, juste avant la mort de Ron Asheton… La culture est essentielle pour moi. C’est le plus gros budget, car je considère que c’est un lien qui nous rend meilleurs, qui rapproche les gens. Tous mes grands amis, les mêmes depuis trentecinq ans, sont fous de musique, et il n’y en a pas un dans la politique.
R&F : Outre Tricatel, qui est dans votre panthéon des artistes français ? David Lisnard : Claude Nougaro. Ma mère l’écoutait en boucle. Quand il est mort en 2004, j’ai fait venir Maurice Vander et Eddy Louiss, organiste de jazz incroyable, à Cannes pour un concert hommage. J’ai grandi en écoutant Christophe, Michel Polnareff, Jacques Dutronc et Serge Gainsbourg, quatre authentiques génies français. En matière de rock tricolore, j’ai beaucoup écouté Starshooter et Téléphone.
R&F : Comment expliquer la relative faiblesse du rock français par rapport à un pays de taille comparable, comme l’Angleterre ? David Lisnard :Les Anglais sont plus forts que nous dans le rock, il n’y a pas de discussion. Mais il existe un génie musical français particulier, qui ne rentre pas dans ce cadre. Les chanteurs à texte, cités plus haut, ou la musique electro. Ma mère a dansé sur Pierre Henry, “Messe Pour Le Temps Présent”. Ça date de 1967 ! C’était en avance sur son temps, et typiquement français.
R&F : Parlons de l’écriture, une autre de vos passions. Vous voulez faire de Cannes la capitale des “métiers de l’écriture”. Quel est ce projet ? David L isnard :J’aime passionnément la lecture, mais aussi l’écriture, toutes les écritures. Paradoxalement, la France, pays littéraire par excellence, ne propose pas grandchose pour apprendre ces métiers. Aux EtatsUnis, il y a des ateliers de “creative writing” partout, et ce dès le lycée. C’est pour combler ce manque que nous sommes en train de finaliser un vieux rêve, le campus des écritures créatives, avec l’Université de Nice. Dès la rentrée prochaine, dans un nouveau bâtiment magnifique, Cannes va accueillir mille étudiants et proposer trente sept formations diplômantes autour des écritures créatives : cinéma, séries, jeux vidéo, etc. C’est cohérent avec la “marque” Cannes, qui est une référence mondiale dans les métiers de la création avec ses festivals et congrès. Il y a énormément d’emplois et de retombées économiques à la clé dans ces secteurs. La France peut et doit être plus forte dans les industries créatives, il faut donc former les talents pour concurrencer les meilleurs.
R&F : Vous avez d’ailleurs créé le festival des séries télé à Cannes… David Lisnard :J’ai toujours aimé les séries. Adolescent, j’ai adoré “Chapeau Melon Et Bottes De Cuir”, pour d’évidentes raisons esthétiques et érotiques. A la fin des années 1990, on a vu émerger le phénomène des séries télé. C’était encore nouveau, et j’avais été transporté par “The Wire”. Le niveau d’écriture me bluffait. On sentait qu’une génération avait trouvé un nouveau terrain de jeu idéal pour raconter des histoires au long cours, avec la même exigence et les mêmes moyens qu’au cinéma. Même sentiment un peu plus tard avec “The Shield”, Los Angeles filmé caméra à l’épaule, avec l’incroyable Michael Chiklis. Mais aussi “Homeland”, une œuvre majeure sur la géopolitique. En discutant avec des réalisateurs, ou avec Gilles Jacob, j’ai compris que le plus important était l’écriture. Tout part de là. Vous pouvez avoir Martin Scorsese derrière la caméra et les meilleurs acteurs du monde, rien n’est possible sans une histoire forte.
R&F : Les séries françaises progressent-elles ? David Lisnard :Le niveau moyen des séries françaises est assez faible : ça sonne souvent faux, et les acteurs se démènent avec des dialogues moyens, enchaînent les situations caricaturales… Seuls des grands comme Fabrice Lucchini ou Gérard Depardieu pourraient s’en sortir avec des dialogues pareils, et encore ! Evidemment, il y a des exceptions, les producteurs ont compris qu’il fallait travailler en équipe comme aux EtatsUnis. Les créateurs de “Baron Noir” ou du “Bureau Des Légendes” ont montré qu’on pouvait être au niveau.
R&F : Dans un monde dominé par les géants américains du numérique, la période est diîcile pour les acteurs nationaux. On le voit avec Netix dans l’audiovisuel, Amazon dans le commerce… David Lisnard :Il faut une vraie volonté politique de réguler les géants du numérique. Réguler, ce n’est pas seulement taxer et faire payer des impôts en France. Je suis pour peu de règles, mais des règles vraiment appliquées qui assurent l’équité dans la compétition internationale. C’est indispensable et urgent à l’heure où le numérique transforme le monde en un immense marché. Or rien ne bouge… Je suis très attaché à la singularité
culturelle française. Notre culture est forte, et elle doit le rester au vingt et unième siècle. C’est capital en termes d’attractivité. Depuis vingt ans, je suis administrateur du Festival de Cannes. Au fil des années, j’ai entendu tellement de propos méprisants contre les EtatsUnis de la part de l’élite culturelle française. Evidemment, il y a beaucoup de choses médiocres aux EtatsUnis comme ailleurs. Mais globalement, si l’influence culturelle US domine le monde, c’est par la grande qualité moyenne de ce qu’elle propose. Cela doit nous interroger. Cette hégémonie n’est pas que le fruit du marketing et des moyens financiers. Nous devons nous mettre à leur niveau en termes de qualité.
R&F : Vous êtes optimiste ? David Lisnard :Avec la politique menée actuellement ? Pas vraiment ! Je suis même très inquiet du déclin de la France. J’ai été marqué par le film russe “Leto”, il y a deux ans. Le réalisateur Kirill Serebrennikov y évoque la scène rock, forcément underground et interdite, du Leningrad des années 1980. Il y a deux scènes marquantes, une dans un train avec “Psycho Killer” des Talking Heads, et une autre dans un bus avec “The Passenger” d’Iggy Pop. Ça raconte la censure et l’absurdité de la politique soviétique, la fin d’un totalitarisme qui ne veut pas mourir mais qui n’a plus les moyens de faire sa basse besogne. Ce film me fait un peu penser à la France qui, à sa manière, n’est pas loin de l’écroulement de l’empire soviétique. On sent que tout s’effrite, que la propagande est partout, que la censure idéologique écrase tout. La cancel culture, c’est un fascisme. La France peut rapidement sombrer dans un déclin terrible si nous ne changeons pas ça.
R&F : Même “China Girl” de Bowie devient une chanson raciste, à supprimer du répertoire… David Lisnard : Le mouvement woke, la cancel culture est partout dans les médias, alors que ces militants ne pèsent pas grandchose dans la population. Au milieu de ce délire, il y a la France, la majorité silencieuse. Ce sont eux qui votent. J’ai envie de les convaincre qu’il y a un autre futur que la décroissance et le déclin économique. Nous avons toutes les cartes en main pour redevenir une puissance qui compte dans le monde, pour créer des emplois, pour rayonner culturellement.
R&F : Comment sortir de cette ambiance mortifère ? David Lisnard :Par la culture et l’éducation. Je sors un livre, “Le Salut Par La Culture”, écrit en collaboration avec Christophe Tardieu. J’y explique que seul un retour aux fondamentaux nous sauvera. Je suis comme tous les parents, effrayé par l’addiction des enfants au smartphone et aux écrans. J’ai essayé, sans succès, de faire lire à mes enfants “La Civilisation Du Poisson Rouge”, un bon livre de Bruno Patino sur ce sujet. Il cite une étude du “Journal Of Clinical Psychology” qui évalue à trente minutes le temps maximum d’exposition aux écrans audelà duquel apparaît une menace pour la santé mentale. Or, dès l’âge de deux ans, un enfant occidental passe des heures devant un écran ! Et ça empire chez les ados, plus de six heures ! Le smartphone est formidable à bien des égards. L’accès à toute la connaissance du monde, partout, tout le temps, pour tout le monde, c’est extraordinaire. In fine, le numérique rend encore davantage nécessaire l’apprentissage classique des savoirs. Dans la Silicon Valley, les geeks de chez Google l’ont bien compris : ils mettent leurs enfants dans des écoles sans écrans.
JUIN 2021R&F011
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