L'inspection générale de l'enseignement technique (1806-1980)

-

Français
1252 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

L'inspection générale de l'enseignement technique (IGET) est une institution mal connue. La fonction de ses membres est de contrôler et d'animer les formations dispensées dans les établissements, sous tous leurs aspects : la classe et l'atelier, les personnels et les équipements, l'organisation et la gestion. Créée en 1806 avec l'émergence des écoles d'arts et métiers, l'originalité de cette inspection est d'être en lien avec le commerce, l'industrie et l'enseignement technique. Cet ouvrage en quatre tomes, accompagné d'un riche accompagnement biographique et documentaire, éclaire le passé et pose la question du devenir de cet enseignement.
- TOME I : Origines et développement de la fonction d'inspection (1806-1902)
- TOME II : De l'autonomie à l'intégration (1920-1980)
- TOME III : Biographies
- TOME IV : Textes et documents
Ces quatres Tomes forment un ensemble vendu 95.00 euros

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 novembre 2016
Nombre de lectures 16
EAN13 9782140023071
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème

L’INSPECTION GÉNÉRALE
DE L’ENSEIGNEMENT TECHNIQUE
1806 - 1980
TOME I Collection Histoire et mémoire de la formation
dirigée par Françoise F. Laot
Créée en 2002 et dirigée par Jacky Beillerot et Michel Gault,
puis par Dominique Fablet, Françoise F. Laot et Michel Gault
Cette collection constitue un instrument de référence, d’information et de réflexion pour les historiens
de l’éducation, les formateurs et les chercheurs concernés par le domaine d’activités et de pratiques de
la formation d’adultes.
L’éducation ou la formation des adultes, au sens où nous l’entendons aujourd’hui, s’est développée à
partir de la Révolution Française avec pour premier objectif de former les citoyens et pallier l’absence
ou les insuffisances de la formation initiale. Elle a connu d’importants développements dans la
e edeuxième moitié du XIX et tout au long du XX siècles, avec la multiplication des cours d’adultes,
l’essor de l’enseignement technique, de l’éducation ouvrière, de la formation professionnelle, la
montée de l’éducation populaire… jusqu’à devenir véritablement un fait social et économique dans
el’après Seconde Guerre mondiale. Elle a été réfléchie au XX siècle à partir de notions comme celles de
l’éducation permanente, de l’école de la deuxième chance, de l’éducation tout au long de la vie, ou
encore de la formation de soi.
La collection a pour but de publier tout texte qui porte sur l’histoire de l’éducation et de la formation
des adultes en France, en Europe ou dans d’autres parties du monde, des travaux d’historiens ou de
chercheurs en sciences humaines et sociales portant sur la formation un regard historique, ainsi que des
récits de mémoire par des acteurs impliqués portant sur leur parcours ou sur les actions qu’ils ont
conduites une analyse rétrospective. La collection se donne également comme objectif de mettre à la
disposition des chercheurs des sources et ressources susceptibles de faciliter le travail d’histoire sur ce
thème. Elle pourra donc également être amenée à rééditer des ouvrages épuisés, à publier des textes
introuvables et des guides de sources historiques.
Le conseil scientifique de la collection est composé de : Guy Brucy, Laurent Gutierrez, Emmanuel de
Lescure, Madeleine Maillebouis, Frédéric Mole, Rebecca Rogers et Lucie Tanguy.
32 ouvrages déjà parus dans la collection
J.-C. FORQUIN, Les composantes doctrinales de l’idée d’éducation permanente, 2002.
B. PASQUIER, Voyage dans l’apprentissage. Chroniques 1965-2002, 2003.
E. de LESCURE (coord.), La construction du système français de formation professionnelle
continue. Retour sur l’accord du 9 juillet 1970 et la loi du 16 juillet 1971, 2004.
G. MALGLAIVE, Formateur d’adultes : un itinéraire, 2007.
F. F. LAOT, E. de LESCURE (dir.), Pour une histoire de la formation, 2008.
R. VATIER, Ouvrir l’école aux adultes. Une mission originale à l’Éducation nationale,
19701974, 2008.
D. BIGET, Enseignement professionnel des pêches maritimes en France, 2009.
G. BRUCY, F. F. LAOT, E. de LESCURE (dir.), Mouvement ouvrier et formation. Genèses : de la
efin du XIX siècle à l’après Seconde Guerre mondiale, 2009.
C. ÉTEVE, V. GLIKMAN, M. MAILLEBOUIS (dir.), Des archives pour l’histoire de la formation
des adultes, 2012.
F. F. L AOT et M. M AILLEBOUIS (coord.), Marcel Lesne. Cheminement d’un théoricien de la
formation : souvenirs et rencontres, 2016.
A. BOULOGNE, Des livres pour éduquer les citoyens. Jean Macé et les bibliothèques
populaires, 1860-1880, 2016.Guy CAPLAT
L’INSPECTION GÉNÉRALE
DE L’ENSEIGNEMENT TECHNIQUE
1806 - 1980
Préface de Pierre Caspard
Ancien directeur du Service d’histoire de l’éducation
TOME I
Origines et développement de la fonction
d’inspection
1806 – 1920 Du même auteur :
Guy Caplat, La Nationalisation des collèges. Avant-propos de Charles Brunold. Paris, Institut
pédagogique national, 1957, 51 p.
Guy Caplat, L’Administration de l’Éducation nationale et la réforme administrative. Préface de
Raymond Poignant. Paris-Nancy, Berger-Levrault, collection L’administration nouvelle, 1960, 268 p.
Guy Caplat (dir.), Les Inspecteurs généraux de l’Instruction publique. Dictionnaire biographique,
1802-1914. Par I. Havelange, F. Huguet, B. Lebedeff. Paris, INRP et CNRS, 1986, 702 p.
eGuy Caplat, L’Inspection générale de l’Instruction publique au XX siècle. Dictionnaire biographique
des inspecteurs généraux et des inspecteurs de l’Académie de Paris, 1914-1939. Paris, INRP et
Économica, 1997, 684 p.
Guy Caplat, Bernadette Lebedeff-Choppin, L’Inspection générale de l’enseignement supérieur au
eXIX siècle. Paris, INRP, 2002, 317 p.
Conception graphique et réalisation PAO : Martine Duret
© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
www.harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-09959-0
EAN : 9782343099590












NOTE LIMINAIRE












La conception de l’histoire de l’inspection générale de l’enseignement technique sur
laquelle repose ce travail conduira le lecteur bien au-delà de sa dimension étroitement
institutionnelle.

Notre ambition a en effet été d’ouvrir la fonction d’inspection sur les structures et la
conjoncture socioéconomiques où elle s’est exercée pendant plus d’un siècle et demi. Nous
avons voulu, par là, susciter la réflexion sur les missions de cette institution originale et mal
connue, mais aussi sur l’enseignement technique lui-même, partie intégrante de notre système
éducatif, même s’il a longtemps été tenu à l’écart de la sélection et des vocations d’élites
formées par l’enseignement secondaire.

Tous ceux qui sont préoccupés par l’évolution de l’école devraient apprécier une
approche historique susceptible d’éclairer les problèmes du présent, par la meilleure
connaissance qu’elle donnera d’un enseignement professionnel formateur et exigeant, dont
témoignent les hommes et les femmes de valeur qui en sont issus.



G. C.
Septembre 2015














REMERCIEMENTS




Je tiens à remercier en tout premier lieu le Service d’histoire de l’éducation de l’INRP,
son directeur Pierre Caspard et les chercheurs et ingénieurs de ce service qui m’ont prodigué
avec constance aide et conseils. Dans le monde de l’Université et de la Recherche, bien
d’autres, que nous ne pouvons pas citer ici, m’ont soutenu à des titres divers.

Mes remerciements vont aussi à tous les établissements ou organismes auprès desquels
nous avons trouvé, en son temps, les ressources archivistiques, documentaires ou une aide
nécessaire.

Nous évoquerons : les Archives nationales, les Archives de Paris, les Services des
Archives départementales et municipales, la Mission des Archives du ministère de
l’Éducation nationale, la Section des Archives orales du Service d’histoire de l’éducation, les
Archives généalogiques Andriveau, le Centre de documentation du ministère de l’Agriculture,
le Musée national de l’éducation, l’Association des Amis du Musée national de le
Service historique des Armées, l’Institut du Temps présent, la Société des Anciens élèves des
écoles d’arts et métiers, la Fondation des Arts et Métiers (dont le Centre historique Arts et
Métiers et le Musée national Gadzarts de Liancourt dans l’Oise), le Musée des arts et métiers
e
(Paris 3 ), les écoles d’arts et métiers (en particulier celle de Châlons-sur-Marne), l’ENSET,
l’ENS de Lyon, l’École Polytechnique, l’École des Mines, l’École Centrale, HEC et certaines
écoles de commerce.

De nombreuses bibliothèques ont été fréquentées : Bibliothèque nationale de France,
bibliothèques de l’INRP, du CNAM, de l’AFDET, de l’ENS-Ulm, bibliothèques
universitaires de la Sorbonne, de Paris-Descartes, Bibliothèque Cujas, Bibliothèque
universitaire de Santé, Bibliothèque de l’Hôtel de Ville de Paris, historique de
la Ville de Paris, bibliothèques de l’Institut catholique, du Centre de documentation juive
contemporaine, du CIEP, de la Fondation nationale des sciences politiques, de La
Documentation française, Bibliothèque généalogique et d’histoire sociale.

Des renseignements ont été obtenus auprès des inspections générales (IGEN et
IGAENR) grâce notamment à leur Centre de documentation. Des descendants ou proches
d’IGET ont eu l’amabilité de me communiquer des pièces familiales. Gérard Bodé, féru
d’histoire législative de l’enseignement technique, a pu mettre à ma disposition des textes mal
connus.

Sur un plan technique et prééditorial, la publication de mon livre n’aurait pu être
rendue possible sans le concours de certaines personnes. Henri Chamoux et Vincent
Alamercery, ingénieurs d’études, ont assuré une sauvegarde des fichiers et effectué des
liaisons indispensables. Par ailleurs, après un travail de saisie partiel réalisé par Anne-Marie
Fabry, c’est surtout Martine Duret qui a assumé, avec un regard critique et contributif, la mise
en forme dans son ensemble de ce volumineux ouvrage.

À toutes et à chacune de ces institutions et personnes citées, je dois de sincères
remerciements.

Guy Caplat

11












PRÉFACE

L’histoire de l’enseignement technique et professionnel français a longtemps été
qualifiée de « chantier déserté », au moins comparée à celle des enseignements primaire,
secondaire ou supérieur. Depuis plusieurs années, cependant, historiens et sociologues l’ont
investie, principalement sur deux fronts. D’une part, celui des politiques nationales de
formation, de leurs objectifs, de leurs traductions législatives et réglementaires. D’autre part,
celui des établissements qui ont formé l’armée industrielle et commerciale de la France,
depuis ses simples soldats jusqu’à ses officiers et ses états-majors, polytechniciens ou
centraliens ; éventuellement étudiée par régions ou par branches, l’histoire des écoles
techniques de tous niveaux est aujourd’hui l’objet de recherches actives.

Entre les politiques nationales et les réalités de terrain, qui focalisent à juste titre
l’attention, il est une institution dont l’organisation et le rôle n’ont pour leur part jamais été
mis en évidence, c’est l’Inspection générale de l’Enseignement technique (IGET). Ce n’est
qu’en 1919 que la loi Astier a donné à technique sa première définition
officielle, mais la fonction d’inspection elle-même est née en 1806. Elle a ensuite évolué
d’une façon rien moins que linéaire, d’abord dans la dépendance des seuls ministères en
charge du Commerce et de l’Industrie. C’est dans ce cadre qu’en 1908, elle a été érigée en
corps statutaire, jouant un rôle essentiel auprès des ministres et responsables de
l’enseignement technique, comme instance, non seulement de contrôle, mais aussi de
réflexion, de conseil et d’inspiration des politiques. Les origines, la mise en place et
l’évolution de cette fonction d’inspection éclairent donc l’histoire de l’enseignement
technique lui-même, en raison des rapports qu’ont entretenus les inspecteurs, tant avec leur
ministère de tutelle qu’avec les milieux économiques et patronaux.

Le rattachement de l’IGET au ministère de l’Instruction publique, en 1920, n’a en rien
affecté cette dernière spécificité, car la Direction de l’Enseignement technique, dont elle
dépendait au sein de ce ministère, jouissait elle-même d’une très large autonomie. C’est la
réforme de l’enseignement de 1960 qui a conduit l’IGET à se transformer, par une
assimilation progressive avec l’Inspection générale de l’Instruction publique ; elle a abouti, en
1980, à une intégration avec cette dernière, sous l’appellation d’Inspection générale de
l’Éducation nationale. Il fallait une expérience et des compétences administratives
particulières pour pouvoir analyser, sur une aussi longue durée, les raisons, le mécanisme et
les incidences d’une évolution aussi complexe, qui fait l’objet des deux premiers tomes de
l’ouvrage.

Dans cette histoire, le rôle des acteurs méritait un éclairage particulier. Les inspecteurs
ou chargés de mission d’inspection de l’enseignement technique ont eu en effet une origine et
un profil professionnels bien plus variés que ceux des inspecteurs de l’Instruction publique.
C’est que leurs compétences devaient permettre l’exercice du contrôle de formations
professionnelles diverses et fortement évolutives, en lien avec le progrès technique et les
mutations du système productif ; ceci constitue, en soi, une différence notable avec les
enseignements généraux, essentiellement dotés d’une plus grande inertie. L’évolution du
recrutement de ces inspecteurs est également remarquable. Elle a vu une prédominance
d’abord exercée par les diplômés des écoles d’arts et métiers, puis par les anciens élèves de
l’École polytechnique, et enfin par ceux de l’École nationale (supérieure) de l’enseignement
technique, fondée en 1912, dans un contexte devenu cependant celui d’une plus large
diversification des recrutements.

L’auteur a donc opportunément consacré un tome entier de l’ouvrage, le troisième, à
un dictionnaire biographique qui se situe dans le prolongement de ceux qu’il avait
15
précédemment dédiés aux Inspecteurs généraux de l’Instruction publique et aux Inspecteurs
de l’Académie de Paris, et pour la même longue période qui va du Premier Empire à la fin de
la Troisième République. La forme de ce dictionnaire a dû être ici adaptée aux
caractéristiques statutaires de la population concernée, présentée par grandes catégories et,
pour chacune d’elles, dans l’ordre d’entrée en fonction plutôt que dans l’ordre alphabétique
traditionnel ; ce choix aura, pour le lecteur, l’avantage de bien dégager les profils
prépondérants pour chacune des catégories qui font la diversité et l’originalité de ce personnel
d’inspection. Un index alphabétique permet de retrouver aisément les personnels concernés.

Enfin, un dernier tome a été consacré à un ensemble très riche de textes, de
documents, d’organigrammes et de tableaux chronologiques, largement inédits, permettant
d’éclairer tel ou tel aspect des évolutions institutionnelles, qu’il s’agisse de la fonction
d’inspection proprement dite ou des directions ministérielles dont elle a dépendu.

Au total, l’ouvrage pourrait se définir comme histoire documentaireune de
l’inspection de l’Enseignement technique. La longue enquête proprement historique dont elle
est l’aboutissement ne pouvait être menée que par un chercheur rompu à la fois aux arcanes
de l’administration et à ceux de la recherche, par sa formation universitaire de docteur en
droit, d’énarque et les responsabilités qu’il a exercées pendant plus de vingt ans au ministère
de l’Éducation nationale, puis comme Inspecteur général de l’administration de l’Éducation
nationale et de la Recherche, avant de fonder, en 1977, le Service d’histoire de l’éducation au
sein de l’Institut national de recherche pédagogique. Selon les orientations qu’il lui a données,
ce Service a d’ailleurs défriché, pendant trois décennies, des pans entiers de l’histoire de
l’administration de l’éducation et de celle de l’enseignement technique. Au croisement de ces
deux domaines, les analyses et réflexions contenues, tout particulièrement dans les deux
premiers tomes de l’ouvrage, apportent une contribution majeure autant qu’inédite à l’histoire
d’une institution et, plus largement, de tout un ordre d’enseignement. Nourrie aux sources
originales conservées dans les archives et les bibliothèques, cette enquête a aussi débouché
sur la présentation de documents, sélectionnés pour permettre de répondre à des curiosités
multiples, voire d’alimenter des recherches complémentaires. C’est plus particulièrement le
cas des deux derniers tomes de l’ouvrage, riches d’une information intéressant aussi bien
l’histoire des élites de la France que celle de son administration et de ses rapports avec le
monde des entreprises.

La combinaison de l’analyse historique et de l’apport documentaire explique l’ampleur de la
publication qui en résulte. Cet ouvrage est et restera sans aucun doute longtemps une
référence, à laquelle il sera nécessaire ou utile de se reporter pour y puiser des informations et
des analyses intéressant plus d’un domaine de la recherche historique et de la science
administrative. C’est à ce double titre que Guy Caplat méritera la reconnaissance d’un public
bien plus large que celui de ses premiers lecteurs.


Pierre CASPARD Ancien directeur du Service d’histoire de l’éducation
16












TABLE DES MATIÈRES

DES QUATRE TOMES


p. 5 Note liminaire ...................................................................................................................................

p. 9 Remerciements..

p. 13 Préface de Pierre Caspard......................................................................................................

p. 17 Table des matières des quatre tomes...............................................................................

p. 39 Abréviations ......

p. 45 Introduction ......................................................................................................................................

TOME I
Origines et développement de la fonction d’inspection, 1806 - 1920

re I partie Le lien privilégié entre les écoles d’arts et métiers et la
efonction d’inspecteur général au XIX siècle (1806-
p. 61 1880) ....................................................................................................................

re1 sous-partie L’histoire des écoles d’arts et métiers et l’émergence d’une fonction
d’inspecteur général (1806-1823) ................................................................. p. 64
Titre I Genèse des institutions et personnalité de La Rochefoucauld-
Liancourt ............................................................................................................... p.65

p. 66 Chapitre 1 Le duc de La Rochefoucauld-Liancourt. Sa vie …………………….……
Chapitre 2 Les initiatives de La Rochefoucauld-Liancourt et la création des
écoles d’arts et métiers ..................................................................................... p. 72

A) De l’École de la Ferme à la création de l’École d’arts et métiers de Compiègne
(1780-1803) .............................................................................................................. p. 72
- 1780 Création de l’École de la Ferme
- 1786 L’École des Enfants de l’Armée
- 1795 nationale de Liancourt
- 1800 Décision de transfert à Compiègne (École nationale de Compiègne)

B) L’École nationale de Compiègne, division du Prytanée Français (1800-1803)… p. 76
- Le Règlement général du Prytanée français et le Supplément pour le collège
de Compiègne (16 juillet 1801)
- La législation de 1802 sur les lycées et son caractère exclusif

C) La création de la première école d’arts et métiers et les prémices d’une fonction
d’inspection (1803-1806) ......................................................................................... p. 81
- Du plan Chaptal à la création de l’école
- Traits distinctifs de l’école. Ses débuts difficiles

Chapitre 3 La Rochefoucauld-Liancourt, inspecteur général des Écoles d’arts et
p. 86 métiers ...................................................................................................................
A) Deux décisions parallèles mais non interférentes ................................................ p. 86
- La question du transfert
- La première mission de La Rochefoucauld à Compiègne
- Note de La Rochefoucauld relative à cette mission

B) La décision de transférer le l’écod’arts et métiers à Châlons-sur-
Marne......................................................................................................................... p. 89
-Les modalités du transfert des élèves de Compiègne à Châlons et
l’installation à Châlons

C) Les écoles d’arts et métiers sous la surveillance de La Rochefoucauld-
Liancourt (1806-1823) ............................................................................................. p. 91
Titre II La fonction d’inspecteur général. Étapes de sa création. Son
p. 96 caractère autonome ............................................................................................

p. 97 Chapitre 1 Détermination du processus réel des décisions ........................................
p. 101 Chapitre 2 Portée historique et singularité de l’institution .........................................

A) Les prémices de l’institution avant 1806 ............................................................ p. 101
B) L’attribution du titre et de la fonction d’inspecteur à La Rochefoucauld-
Liancourt .................................................................................................................. p. 104

C) Sur la nature et l’étendue de la fonction .............................................................. p. 106
D) L’attribution du titre d’inspecteur général .......................................................... p. 107
E) Sur le caractère de la fonction d’inspecteur général ............................................ p. 110

F) Autonomie ou isolement de l’ensei gnement technique ? Place de l’inspecteur
général ...................................................................................................................... p. 110
Chapitre 3 La Rochefoucauld-Liancourt, inspecteur général du Conservatoire
des arts et métiers ............................................................................................... p. 114

A) Les origines de la fonction .................................................................................. p. 114
B) La Rochefoucauld nommé inspecteur général du Conservatoire par le ministre
de l’Intérieur (28 juin 1814) ..................................................................................... p. 118
- Les Cent-Jours
-La Rochefoucauld nommé inspecteur général du Conservatoire par
ordonnance royale du 16 avril 1817

C) La Rochefoucauld et les controverses relatives au rôle du Conservatoire .......... p. 121
Chapitre 4 La suppression des fonctions d’inspecteur général des écoles d’arts
et métiers et d’inspecteur général du Conservatoire des arts et
métiers (1823) ..................................................................................................... p. 126

A) La disgrâce et la suppression de l’inspection générale des écoles d’arts et
métiers ....................................................................................................................... p. 126
B) La suppression de l’inspection générale du Conservatoire des arts et
métiers........................................................................................................................ p. 127

C) Au-delà de la fonction brisée par le Pouvoir, le pouvoir de l’homme ................ p. 129
TITRE III Du rôle et des idées de La Rochefoucauld-Liancourt dans le
p. 131 domaine de l’enseignement technique ........................................................

p. 132 Chapitre 1 Les controverses relatives à son œuvre .......................................................

A) Le débat sur la création de l’École de Liancourt ................................................. p. 132
B) La controverse sur la paternité de la première école d’arts et métiers ................ p. 134
C) Les travaux d’Antoine Léon ............................................................................... p. 136

D) Faut-il conclu re ? ................................................................................................ p. 140
p. 142 Chapitre 2 Les idées pédagogiques de l’inspecteur général .......................................

A) Les idées pédagogiques de l’inspecteur général et les réalités des écoles d’arts
et métiers .................................................................................................................. p. 142

B) Les jugements portés sur l’œuvre de La Rochefoucauld .................................... p. 144

e 2 sous-partie L’évolution de l’inspection générale des écoles d’arts et métiers
p. 148 (1823-1880) .........................................................................................................
re Titre I 1 période : Vacance d’inspection et atermoiements après la
p. 149 suppression de l’inspecteur général : 1823-1848........................................

p. 150 Chapitre 1 Les écoles en suspicion et sans inspecteur (1823-1831) ........................
A) Les tourments des écoles sans tuteur (1823-1828) ............................................. p. 150

B) Le rôle du conseil de perfectionnement du Conservatoire des arts et métiers
(1828-1831) ............................................................................................................. p. 152
C) La création du ministère du Commerce .............................................................. p. 153

p. 154 Chapitre 2 Le temps des examinateurs (1832-1848) ....................................................
A) Le processus général suivi jusqu’au milieu du siècle ......................................... p. 154

B) L’ordonnance du 23 septembre 1832 et son interprétation ................................. p. 155
C) Les examinateurs ................................................................................................. p. 156
- Première phase 1832-1837 : le rôle discret mais efficace de Jules Azevédo
- Deuxième 1837-1848 : Aza Vincent, un grand examinateur
a) L’homme
b) Évolution de l’organisation avec l’arrivée d’Aza Vincent
c) Nature des fonctions d’Aza Vincent
d) Aza Vincent, examinateur-inspecteur

eTitre II 2 période : Rétablissement progressif de la fonction d’inspection :
p. 165 1848-1870………………………………………………………………………...

p. 166 Chapitre 1 Le prestige des hommes du Conservatoire (1848-1853) ........................
A) Arthur Morin, chargé provisoirement d’inspection des EAM (1848-1851)...... .. p. 166
- La désignation d’Arthur Morin. Sa formation
- Arthur Morin, administrateur du Conservatoire
- Les prérogatives du Conservatoire en matière d’enseignement industriel
- La personnalité d’Arthur Morin
- Le remplacement d’Arthur Morin par Théodore Olivier (1852)

B) Théodore Olivier, administrateur du Conservatoire et chargé
« provisoirement » d’inspection des école s d’arts et métiers (novembre 1852 – 4
août 1853) ................................................................................................................. p. 171
- Un homme de science. Son décès

C) Le retour d’Arthur Morin comme directeur du Conservatoire (1853-1880). Ses
idées, son influence .................................................................................................. p. 172
- Arthur Morin, membre et rapporteur de commissions – Rapports de
18541855
- Les idées d’Arthur Morin sur la fonction d’inspection
- Arthur Morin, membre du Conseil supérieur de l’enseignement technique de
1870 à 1880
- Le rapport d’Arthur Morin de 1874

Chapitre 2 La place des écoles d’arts et métiers dans l’enseignement technique
et dans la fonction d’inspection sous le second Empire (1852-1870) p. 178
A) L’enseignement professionnel sous le second Empire et l’évolution des écoles
d’arts et métiers ........................................................................................................ p. 178

B) Antoine Gardeur-Lebrun appelé couramment Lebrun : de l’inspection (1854) à
l’inspection générale (1864) des écoles d’arts et métiers…………………………... p. 180
- L’homme
- Lebrun, inspecteur (arrêté du 21 décembre 1854)
- Lebrun, inspecteur général (arrêté du 31 août 1864)
- Le départ de Lebrun et le déclin des liens et affinités entre inspection et
écoles d’arts et métiers

e p. 186 Titre III 3 période : L’inspection générale dans la transition : 1870-1880…....
Chapitre 1 L’infléchissement temporaire vers un recrutement plus administratif
(1870-1879) ......................................................................................................... p. 187

A) Charles-Louis Livet, inspecteur général (1870) ................................................. p. 188
B) Le baron Alfred de Saint-Priest, inspecteur général (juin 1874) ........................ p. 189

p. 191 Chapitre 2 L’inspection à la rencontre de deux mondes .............................................

A) Paul Jacquemart, inspecteur général des écoles d’arts et métiers et de
l’enseignement technique (1879). Un rt quade siècle de réformes et de
controverses .............................................................................................................. p. 191
e
B) Traits caractéristiques de la fonction d’inspection au cours du XIX siècle ....... p. 192
- L’inspection est liée aux écoles d’arts et métiers
- La fonction d’inspection relève d’un seul inspecteur
- Les fluctuations du titre d’inspecteur général
- Permanence des attributions (en liaison avec les écoles)
- D’un monde vers l’autre

eII partie Émergence d’un service d’inspection générale de
p. 197 l’enseignement technique (1880-1920) …………………..……..

re p. 201 1 sous-partie Diversité des actions ministérielles en matière d’inspection ………….
p. 202 Chapitre 1 Les inspections et la rivalité des ministères (1880-1892)………………
A) Tournoi doctrinal et réglementaire autour des écoles et efforts de coopération... p. 202

- La loi du 11 décembre 1880 : les écoles manuelles d’apprentissage …………… p. 202
- Le régime du « condominium » (1888). Une inspection spéciale commune …….. p. 203
B) Des initiatives diverses des deux ministères en matière d’inspection ………….. p. 204

1- Au ministère de l’Instruction publique, l’inspection du travail manuel dans
l’enseignement primaire (1882-1896) ……………………………………………... p. 204
- Gustave Salicis
- Réné Leblanc
- Gustave Philippon

2 - Au ministère de l’Instruction publique, la mission d’inspection générale de
Marie-Joséphine Marchef-Girard (1884) pour l’enseignement professionnel dans
les EPS de jeunes filles ……………………………………….…………………… p. 208
3 - Au ministère du Commerce, la mission d’inspection générale d’Élise Luquin
(1887) pour l’organisation des écoles commerciales de jeunes
filles………………………………………………………………………………… p. 209

C) La période de l’entente sous le régime dit du « condominium » : les chargés de
mission d’inspection générale désignés en commun (1888)……………………….. p. 212
- L’inspection des écoles manuelles d’apprentissage et des écoles prim aires
supérieures professionnelles ………………………………………….…………… p. 212

- La mission prépondérante de Félix Martel ……………………………..………... p. 212
- L’inspection de l’enseignement professionnel féminin……...…………………… p. 213
- Cas particuliers …………………………………………………………………… p. 214

Chapitre 2 Le renforcement des services centraux de l’enseignement technique
p. 215 au ministère du Commerce ……………………….……….…………………

A) Évolution des structures ministérielles avant 1880 ………………….………… p. 215
B) Les efforts d’organisation après 1880...……………………………….……….. p. 217
Chapitre 3 Émergence d’un service spécifique d’inspection au ministère du
p. 219 Commerce et de l’Industrie (1888-1890) ..

A) Les prémices d’une inspection spécia lisée (du second Empire au projet du 20
juillet 1887) ………………………………………………………………….……. p. 219
B) La création d’une inspection spécialisée. Les étapes..……………………….… p. 221

C) Rapports entre l’inspection de l’enseignement technique et les chargés de
mission d’inspection générale nommés par décision interministérielle …………… p. 222
- L’inspection de l’enseignement du travail manuel dans l’administration de
l’Instruction publique (primaire) ………..……………………………………… p. 222

- Les chargés de mission à vocation interministérielle : F. Martel – EPS
professionnelles (26 septembre 1888) ; Mlles Luquin et Marchef-Girard –
erenseignement professionnel féminin (1 octobre 1888)………………………… p. 223
Chapitre 4 Vers la primauté du ministère du Commerce et de Industrie l
(1892p. 224 1908) ...

A) La création des EPCI et les rattach ements successifs de catégories importantes
d’établissements (1892-1900) ……………………………….……..……………… p. 224
B) L’intervention publique croissante dans le secteur de l’enseignem ent
commercial à partir de 1890...……………………………………………………… p. 227

- Les origines. Une longue méfiance …..……………………………………….….. p. 227
- L’évolution. Une lente prise de conscience …..………………………………….. p. 228
- Après la guerre de 1870. Le courant de création d’écoles commerciales (initiatives
privées) ………………………….…………………………………………..…... p. 228

- Le contrôle ministériel sur les écoles supérieures de commerce, lié à leur
reconnaissance par l’État (décret du 31 mai 1890). Son effet de
relance…………………………………………………………………………… p. 229
C) L’évolution des structures de administration l’ centrale du ministère du
p. 230 Commerce et de l’Industrie - et des instances consultatives – (1892-1900)...……..

- Administration et sémantique administrative ……………..……………………. p. 230
- Le Conseil supérieur de l’enseignement technique et l’inspection ……….……… p. 231
D) L’inspection : diversification des égories cat d’inspecteurs et des domaines
d’inspection ……………………………………………………………………….. p. 233

1- Les réformes affectant directement ou indirectement l’inspection régionale et
départementale de l’enseignement technique ……………………………………... p. 233
- La place faite aux inspecteurs dans les institutions
- Les inspecteurs et les EPCI
- Les et les écoles supérieures de commerce

2 - Une organisation stratifiée de l’inspection ……………………………..……… p. 235
- L’inspecteur général de l’enseignement technique
- La mission spécifique de Félix Martel, IGIP
- Les inspecteurs régionaux et départementaux de l’enseignement technique
- Les missions accomplies en vertu d’une « délégation ministérielle spéciale »
- Délégations confiées à des directeurs d’établissement. Missions de Lebois et
de Vallat
- Un cas particulier : l’inspection des écoles professionnelles de la ville de Paris
- Le droit de visite des établissements par des fonctionnaires de l’administration
centrale
- Confusion sur les titres d’inspecteur et d’inspecteur général relevée dans des
documents

3 – Le caractère mal défini de certains domaines d’inspection ………………… .... p. 241
- Sections professionnelles des EPS ou des CC existant à l’Instruction
publique
- Relations entre les IGIP et l’Enseignement technique
- Incertitude quant à la surveillance des sections normales préparatoires au
professorat

p. 244 Chapitre 5 Les prémices statutaires et l’évolution des besoins de contrôle ……...
A) Un effort incomplet de rapprochement des catégories d’inspecteurs………….. p. 244
1 - L’évaluation des positions acquises……………….…………………………… p. 244

2 - L’inspection. Vers une organisation statutaire ?.................................................. p. 245
3 - L’arrêté du 9 décembre 1899. Remise en ordre et recentrage de l’inspection…. p. 246
- Composition
- Détermination des compétences
- Le comité d’inspection
- Portée de l’arrêté

B) L’essor de l’enseignement technique et la nécessité de conforter
l’inspection………………………………………………………………..……… p. 249
1 - Les rattachements d’établissements effectués en 1900 et l’élargissement du
champ de l’inspection du ministère du Commerce (les écoles nationales
professionnelles et les écoles professionnelles de la ville de
Paris)……………………………………………………………………………….. p. 249

2 - Le départ à la retraite de Paul Jacquemart et les mouvements dans l’inspection
en 1905…………………………………………………………………………….. p. 250
3 - Le projet de loi du 13 juillet 1905 relatif à l’enseignement professionnel……... p. 251

4 - Aspects protocolaires…………………………………………………………… p. 252
e2 sous-partie La mise en place d’un service d’inspection générale de
l’enseignement technique sous l’autorité du ministère du Commerce
p. 253 et de l’Industrie 1908-1920 ……...………………………………….………..

p. 254 Chapitre 1 Enseignement et administration ……………….…………………………....
A) La situation de l’enseignement technique. Développement et insuffisances ….. p. 254
1 - Un ensemble d’établissements dispersés et hétérogènes à encadrer et à surveiller
………………………………………………………………………………….….. p. 254

2 - Mesures de coordination sur des points spécifiques ………………………..…. p. 255
3 - La loi Astier du 25 juillet 1919 : un cadre législatif pour l’organisation de
l’enseignement technique …………………………………………………………. p. 256

B) Les structures administratives centrales : l’ancrage d’un ordre d’enseignement.. p. 258
Création d’une direction de l’enseignement technique (1900) ……………….…… p. 259
Les bureaux de la direction ………………………………………………………... p. 260

Organisation des services centraux et répartition des écoles par niveau …….……. p. 262
C) Le Conseil supérieur de l’enseignement technique et l’inspection ……………. p. 263
D) Les comités départementaux de l’enseignement technique et les inspecteurs …. p. 264

p. 265 Chapitre 2 Les problèmes posés par une organisation statutaire de l’inspection..

A) Les exigences générales. Principaux critères………………………..…………. p. 266
B) Les exigences spécifiques à l’enseignement et, plus spécialem ent, à
l’enseignement technique …………………………………………………………. p. 268

1 - La complexité du champ d’intervention…………………….………………….. p. 268
2 - La relation inspecteur-enseignant ……………………………...………………. p. 272
C) La composition et la conception de l’organe d’inspection .…… p. 276

1 - Le personnel ……………………………………………………..…………….. p. 276
2 - Les structures …………………………………...……………………………… p. 277
3 - Les missions …………………………….……………….…………..……...….. p. 278
p. 281 Chapitre 3 L’organisation statutaire de 1908 …………………………………………..

A) Le décret du 10 février 1908 : premier statut organique …….…………………. p. 281
1 - L’organisation du service ………………………………………………………. p. 282
2 - Les aspects statutaires ………………………………………………………….. p. 283
- Les membres de l’inspection générale
a) Les IGET
b) Les IG adjoints
c) Dispositions communes aux inspecteurs généraux et aux inspecteurs
généraux adjoints
- Les inspecteurs régionaux et les inspecteurs départementaux

3 - La répartition des missions ………………………………………………..…... p. 285
- Missions des inspecteurs généraux et des inspecteurs généraux adjoints
- Mides régionaux et départementaux
4 - Le comité d’inspection ………………………………………………………… p. 285

B) Observations sur le statut de 1908 et sur son application ……………………… p. 285
1 – Les inspecteurs généraux et les inspecteurs généraux adjoints ……………….. p. 286
- Le cas des ENAM
- La rigidité de la procédure de création des emplois
- La question du recrutement des inspecteurs généraux et des inspecteurs
généraux adjoints
- Le recours à des chargés de mission temporaires
- Les inspecteurs généraux à résidence en province

2 - Les régionaux et départementaux. Esprit du recrutement. Problèmes
d’organisation …………………………………………………………………..…. p. 290
3 - Les chargés de missions d’inspection générale ……………………………….. p. 290

4 - Les chargés de missions spéciales d’inspection ………………………………. p. 292
- Langues vivantes
- Dessin
5 - Missions circonstancielles ……………………………………………………… p. 292
- Le groupe d’inspection des écoles de rééducation professionnelle des mutilés
de la guerre
- L’Alsace-Lorraine en 1919. Rôle de l’inspection générale

C) La situation de l’inspection au sein du ministère du Commerce et de l’Industrie
avant le transfert de 1920 ……………………………………………………….. p. 294
e
3 sous-partie Le rôle des EPS professionnelles dans les rapports entre les deux
ministères …………………………………………………………………..…... p. 297

Chapitre 1 La place des EPS professionnelles relevant du ministère de
l’Instruction publique dans le développement de l’enseignement
p. 298 technique (1892-1920) ………………………………………………………..

A) La rivalité des deux ministères au cour s de la période 1892-1920 et les progrès
des EPS professionnelles………………………………………….……………….. p. 298
- La réglementation favorable aux EPCI de 1892 à 1905 ……………………….… 299 p.

- Les mesures budgétaires et ementaires régl de 1905 à 1912 : les EPS
professionnelles en développement ………………..………….………………… p. 301
- Les conséquences structurelles …………………………………………………... 302 p.

B) Vers un dépassement des controverses ou une nouvelle formulation ? …..……. p. 303
p. 305 Chapitre 2 Le dénouement des rivalités ministérielles ……………………………….
A) 1920, année du rattachement à l’Instruction publique…………….……………. p. 305

B) Sur les causes : retournement ou continuité……………………………………. p. 306
C) Importance de l’autonomie laissée à l’Enseignement technique……………….. p. 308

TOME II
De l’autonomie à l’intégration, 1920 - 1980

e III partie L’inspection générale de l’enseignement technique,

organe de contrôle et de liaison dans des structures
p. 15 spécifiques (1920-1962)

re p. 18 1 sous-partie 1920-1940. Adaptation et continuité ……………………………………….
p.19 Titre I Les institutions de l’enseignement technique …………………………….
Chapitre 1 L’enseignement technique et la vie économique dans l’entre-deux-
guerres …….…………………………………………………….………………. p. 20

p. 22 Chapitre 2 Le Sous-Secrétariat d’État et la place de l’enseignement technique ....
A) La relative continuité des sous-secrétaires d’État ……………..…….…………. p. 22
B) Ministère et Sous-Secrétariat d’État …..………………………………………... p. 23

p. 24 Chapitre 3 Les services centraux de l’enseignement technique ….……………........
A) La direction de l’enseignement technique ……….….………………………….. p. 24
B) Les directeurs …………………………………………………………………... p. 28

p. 30 Chapitre 4 Le Conseil supérieur de l’enseignement technique………….………….
A) L’évolution de 1919 à 1930 ………………..…….…………………………….. p. 30
B) La réorganisation de 1930. Physionomie et pouvoir du Conseil de 1930 à 1940 . p. 32

p. 35 Chapitre 5 Les comités départementaux de l’enseignement technique ….………...
A) Composition ……………….………………..…….. p. 35
B) Attributions ………………………...…..…….…………………………………. p. 36

C) Commissions locales professionnel s.l eComités cantonaux ……..…………….. p. 36
p. 38 Chapitre 6 Du caractère centralisé de l’enseignement technique …………………...
p. 39 Titre II Le dispositif d’inspection de l’enseignement technique (1920-1939)..

p. 40 Chapitre 1 L’organisation générale de l’inspection (décret du 17 février 1921)....

Chapitre 2 Les inspecteurs généraux de l’enseignement technique et l’ouverture
de nouvelles fonctions…………........................................................................ p. 42
A) Recrutement élargi ………….………………..…….……………….………….. p. 42

B) Nombre d’emplois d’IGET. Évolution de 1908 à 1937 ………….…………….. p. 46
C) Attributions des IGET……………………………………………..…….……… p. 46
D) L’inspection et la carrière des personnels. La notation ………….………..……. p. 51

p. 51 Chapitre 3 Les inspecteurs généraux spécialisés ………………….…………..….........
A) L’inspecteur général des services administratifs (IGSA) ..……….…………… p. 50
B) L’inspecteur général des services d’orientation professionnelle ……………….. p.52

Chapitre 4 Les inspecteurs régionaux et les inspecteurs départementaux de
l’enseignement technique………….…….…………......................................... p. 55
A) Organisation ……….….………………..…….……………...…….………..….. p. 55

B) Recrutement …………………………………………………………………..... p. 56
C) Attributions ……………………………………………….……………………. p. 56
- Le regroupement des attributions à la date de 1922
- De l’effort de codification à une définition des missions par les circulaires de
1925
- Autres attributions résultant de la réglementation postérieure à 1925
- Rôle de l’inspecteur au sein du comité départemental de l’enseignement
technique et auprès des commissions locales

D) L’inspecteur de l’enseignement technique et la notation des personnels …..….. p. 61
E) La place des inspecteurs dans l’enseignement technique ….…………….….…. p. 62
p. 63 Chapitre 5 Les chargés de mission d’inspection ……………………….………….......

A) La notion de chargé de mission …….…..…….………………………….…….. p. 63
B) Aspect spécifique de la notion de chargé « de mission » dans l’enseignement
technique ……………………………………………………………………….….. p. 64
- L’évolution de la réglementation
- Tableau des chargés de mission par date d’entrée en fonctions (tableau n° 1)
- Tableau des chargés de mission par catégories (tableau n° 2)

p. 76 Chapitre 6 Le comité d’inspection de l’enseignement technique ………………......
p. 78 Chapitre 7 Autres inspections techniques (en liaison avec l’IGET) …………….....
A) L’inspection générale de l’instruction publique ………………………..…......... p. 79

B) Les inspecteurs et inspectrices des écoles professionnelles de la ville de Paris… p. 79
C) Les inspecteurs d’apprentissage ………………………………………………… p.80
Chapitre 8 Pouvoirs d’inspection des recteurs et des inspecteurs d’académie
p. 83 dans l’Enseignement technique ………………………………………...........

A) Les efforts d’intégration des autorités académiques dans l’Enseignem ent
technique ................................................................................................................... p. 84
- Avant et après 1920. Les hésitations
- Les deux circulaires du 9 février 1929 : la voie ouverte aux inspecteurs
d’académie
- L’attitude prudente des inspecteurs d’académie

B) Le décret du 17 décembre 1933, texte de base ……………………………..….. p. 88
- Un choix gouvernemental
- Vers un désenclavement de l’Enseignement technique ?

e
2 sous-partie Les orientations générales de l’enseignement technique de 1939-40 à
1959-60 et l’ancrage de l’inspection dans des structures spécifiques... p. 92
Titre I Des urgences de formation ouvrière aux impératifs de scolarisation
après la Libération ........................................................................ p. 93

Chapitre 1 1940-1944. Impératifs de formation ouvrière, encadrement
idéologique, confusion administrative ……………………………….….. p. 94
A) Les centres de formation professionnelle ……………………………..…......... p. 95
- De septembre 1939 à juin 1940
- De juillet 1940 à janvier 1942
- De janvier 1942 à août 1944

B) La suspension des organes consultatifs sous Vichy ……………………………. p. 98
C) L’inspection de l’apprentissage ………………………………………………… p.99
D) Regard sur le devenir des inspecteurs d’apprentissage ……………………..…. p. 99

E) La place de l’inspection générale de l’enseignement technique de 1940 à
1944…………………………………………………………………………………. p. 100
F) L’idéologie de Vichy et la formation professionnelle …………………….…….. p. 101

Chapitre 2 1944-1960. Autonomie et développement. L’âge d’or de
l’Enseignement technique ? ……………..…………………………..……….. p. 102
A) Croissance, idées nouvelles, conservatismes ……….. 102 p.

B) Réalisations et projets ……................................................................................... p. 104
- Plans généraux
- Plan de réforme de l’enseignement technique
p. 106 Titre II La direction de l’enseignement technique (DET) et ses supports …….

p. 107 Chapitre 1 Renforcement de la DET et continuité de politique des directeurs …..
p. 112 Chapitre 2 Les pôles d’action et de soutien qui confortent la DET (avant 1960)...
A) Au niveau central ………..………………….……………………..…..…......... p. 113
- Les sous-secrétaires (puis secrétaires) d’État à l’enseignement technique
- Les inspecteurs généraux de l’enseignement technique (IGET)
- Les des services administratifs (IGSA)

B) Des organes d’appui technique ……………..…………………………..…......... p. 113
-Le Centre d’études et de recherches documentaires de l’enseignement
technique (CERDET)
-Le Centre de recherches de productivité de l’enseignement technique
(CERPET)

C) Les organes consultatifs …..………………..…………………………..…......... p. 115
- Le Conseil supérieur de l’enseignement technique
- La création du Conseil supérieur de l’Éducation nationale
- Le comité départemental de technique
- Autres organismes consultatifs

. D) Les syndicats de l’enseignement technique …………………………………….. p. 118
E) Des organes d’appui périphériques ……………………………………….….… 119 p.
Chapitre 3 Au niveau des services extérieurs. Le pouvoir dominant des
inspections principales, structure spécifique de l’enseignement
p. 121 technique (1946-1966) ………………………………………………………...

A) L’émergence d’une structure originale de l’Enseignement technique ……….… p. 121
B) Le contexte politique après la Libération ………………………………………. p. 122
C) La dynamique de développement des inspections principales et ses limites……. p. 123

D) Témoignages et documents relatifs aux IPET ………………………………….. p. 127

eIV partie Les réformes des années 1960 et les incidences sur
p. 129 l enseignement technique (1960 et au-delà) ………………….

re p. 132 1 sous-partie Les réformes des années 1960 et la marche vers l’unification ………..
p. 133 Titre I Réforme de l’enseignement et réforme de l’administration centrale…
p. 134 Chapitre 1 Les réformes de l’enseignement (1959-1960-1963) ……..……………..

A) Les mesures prises en 1959, étape incomplète …..……………………..…........ p. 134
B) Les mesures décisives 1960-1963 ……………………………………………… p.135
Chapitre 2 La réforme de l’administration centrale de l’Éducation nationale
(1960) ………..……………………………………………………..…………….. p. 137

A) Les prémices de la réforme …..…………………………………….…..……..... p. 137
B) Les grandes phases de la réforme de l’administration centrale (1960 à 1962)…. p. 140
re er
- 1 phase : le décret n° 60-556 du 1 juin 1960
e- 2 : l’arrêté du 9 octobre 1961
e- 3 phase : l’arrêté du 17 septembre 1962

Titre II Une phase nouvelle. L’ère du Secrétariat général (1963-1968) et
l’évolution de l’enseignement technique jusqu’en 1970 ………………. p. 146
p. 147 Chapitre 1 Un climat nouveau avec l’arrivée du Secrétaire général ……..……..…

Chapitre 2 L’accent mis plus directement sur les besoins de formation
p. 149 technique et professionnelle …………………………………………………
A) La poursuite de l’action de Jean Capelle, directeur général, pendant une année
(octobre 1963-décembre 1964) …….………...………………..…..……..……….. p. 149

B) Le Secrétaire général face aux problèmes de l’enseignement technique ………. p. 151
C) La création du SETP par Pierre Laurent(1967) ……………………..………… p. 152
D) Une période de troubles et de changements (1968-1969) ………………….….. 155 p.

E) La fin du SETP (1970) …………………………………………………………. 156 p.
Chapitre 3 Un projet mal connu de Pierre Laurent : la réforme de l’orientation
p. 159 scolaire et professionnelle ….…………………………....…………………..

A) La propension à la planification dans les milieux dirigeants ………………….. p. 159
B) Les principes et l’organisation générale de l’orientation ………………………. p. 161
C) Remarques sur les causes de l’échec …………………………………………… p.166

e p. 168 2 sous-partie L’Enseignement technique après les réformes ………………………….
Titre I Intégration ou dérégulation de l’Enseignement technique ?
Réflexions sur la réforme des années 1960 ……………………………… p. 169

Titre II Les traits généraux d’évolution de technique de
1970 à 1990 ……………………………………………………………………. p. 181
p. 182 Chapitre 1 La poursuite de l’unification du système éducatif ……..………………..

p. 183 Chapitre 2 Les limites à l’assimilation de l’enseignement technique ………..……
p. 186 Chapitre 3 L’interrogation institutionnelle ………………………..…..…………….…..
A) Existe-t-il toujours un Enseignement technique ? …………..……..…..….…… p. 186

B) Essai de détermination des spécificités permanentes de l’Enseignem ent
technique …………………………………………………..………………………. p. 188
1 - Les missions
2 - Les contenus et les méthodes

C) L’aspect institutionnel …………………………………..………………..……. p. 197
- Structures centrales : à la recherche du bon organigramme
-Enseignement technique : à la erche rech d’un pôle d’animation ou de
coordination
- Réflexions pour conclure

eV partie L’évolution statutaire et lorganisation de linspection
générale de lenseignement technique de 1920 à 1980-
p. 205
1989 .

re1 sous-partie L’IGET, organe de contrôle et liaison avec des structures
spécifiques, 1920 – 1960/62 …………………………………………………. p. 207
1920-1940. Une ouverture statutaire prudente d’une inspection
organisée et structurée ………………………………………………………… p. 208

A) Le cadre de l’action sur le plan scolaire et administratif …………………..….. p. 208
B) Statut et organisation ………………………………………………...………… p. 210
- Les missions ………………………………………………..………..………..... p. 210

- Le recrutemet n………………………………………………………………..…. p. 210
- L’organisation …………………………………………………………...…..…... p. 211
1940-1944. Continuité des missions dans un régime en marge de
l’histoire républicaine p. 212

A) Un environnement pesant ……………………………………………………... 212 p.
B) Les règles statutaires ….…………………………………………….……….… p. 213
C) L’organisation ………………………………………………………….……… p. 215

Alger 1943-1944. Prémices d’une reprise administrative au Comité
p. 217 français de libération nationale ..
1944-1960. L’inspection, acteur investi dans un enseignement
autonome et en expansion. Un âge d’or ?………………………………… p. 219

A) Un nouveau cadre politique et administratif ……………………………..…… p. 219
B) Les règles statutaires (le décret du 2 août 1949) …………………….…....…… p. 220
C) L’organisation et le fonctionnement ………………………………………….... p. 222

e
2 sous-partie Vers le détachement des structures spécifiques de gestion et
l’unification des inspections générales d’enseignement (1960-1980). p. 225
p. 226 1960-1963. L’IGET dans la tourmente des réformes …………………..

A) Charles Brunold, chef de l’Inspection générale…..…………………………….. p. 226
B) Une volonté affirmée vers l’unité……………………………….……………… p. 227
1963-1968. Une organisation commune aux inspections générales
p. 229 d’enseignement, étape administrative ……………………………………...

A) IGIP et IGET en symbiose …………………………………………………..… p. 229
B) Une réforme de l’inspection générale des services administratifs. …………… p. 230

C) Les traits communs aux diverses réformes …………………………………..… 230 p.
p. 232 1969-1978. Vers l’assimilation ……………………………………………..
. A) La poursuite de la politique vers une organisation commune ……………….… p. 232
B) La méfiance des ministres à l’égard de structures propr es à l’Enseignement
technique ………………………………………………………………..…………. p. 233
C) L’intégration progressive de l’IGET dans l’IGIP ……………………………… p. 234

1978-1980. Les réformes de l’Inspection générale par Christian
Beullac …………………………………………………………………………… p. 236
A) L’arrêté du 31 août 1978. Nouvelles modalités d’organisation……………….. p. 236

B) du 2 janvier 1980. Le couronnement de la marche vers l’unité : le titre
IGEN ………………………………….………………………………………….... p. 237
- Le contenu du texte ....……………..…... p. 237

- La controverse sur le titre IGEN ……………………….………………………… p. 239
- Les limites juridiques de la réforme de 1980 …………………………………… 240 p.
C) 1980, année bilan ………………………………………………….…………… p. 242

1980-1989. Les interrogations de l’inspection générale sur ses
p. 244 propres missions. Le dénouement (1989) …………………………………
A) La crise de l’inspection. Des certitudes au doute ………………………...……. p. 244

B) Vers la réforme ……………………………………….………..………………. p. 247
C) La réforme statutaire. Le décret du 9 novembre 1989 et ses conséquences ……. p. 248
1) Une conséquence directe : l’intégrati on définitive, sur le plan juridique, des
IGET dans le corps régi par le décret….……………………………………….….. p. 248

2) La conséquence de portée historique : un avenir différent pour les IGEN …….. p. 250
- Les missions
- L’organisation
- Le recrutement

3) Réflexions sur la réforme du 9 novembre 1989 ………………………………… p.253
Épilogue. De l’IGET à l’IGEN : par-delà les statuts, la mission
continue ………………………………………………………………………….. p. 255

e VI partie Rétrospective chronologique et comparative de

l’évolution des directions ministérielles, 1860-1960
p. 257 [Enseignement technique et autres enseignements] ……..

p. 260 Chapitre 1 L’ordre d’enseignement, entité structurante et/ou perturbante ? ….….
A) La définition de l’ordre d’enseignement ……………………………………..… p. 260
B) L’émergence des ordres d’enseignement ……..……………………….………. p. 261

C) La situation au lendemain de la Libération ......................................................... p. 263
D) Les besoins de coordination et les types de solution …………………..……… p. 264
E) Les tentatives de réforme dès avant 1960……………………………………… 266 p.

Chapitre 2 La direction d’enseignement, incarnation administrative de l’ordre
p. 269 d’enseignement …………………………………………………………………
A) Les directions dominantes et leur importance pour l’action ministérielle ……... p. 269

B) Du bureau à la direction………………………………..………………………. p. 270
Chapitre 3 Comment ont été créées les trois directions d’enseignement du
e
ministère du l’Instruction publique au XIX siècle ? …………………. p. 273

A) La genèse de l’institution sous le second Empire.………………..…………….. p. 273
B) La création d’une direction de enseignement l’ primaire par Victor Duruy
(1868). Suppression par son successeur (1869)………………………………….… p. 274

C) L’année 1870. Les trois grandes directions de l’Instruction publique installées.
Leur stabilité…………………………………………………………..…………… p. 275
Chapitre 4 Tableaux de l’évolution des quatre directions d’enseignement, de la
direction de l’administration générale (DAG) et liste des directeurs
p. 278 (1860-1960) ……………………………………………………………………..

A) Nomenclature des tableaux…………………….…………….………..……….. p. 278
B) Chronologie des directeurs par direction, 1850-1860…..……………….…….. p. 279
Direction de l’enseignement primaire …………………………………………...... p. 279

Direction de l’enseignement secondaire ………………………………………….. 283 p.
Direction de l’enseignement supérieur …………………………………….…..…. p. 286
Direction de l’enseignement technique (DET) ……………………………………. p. 290

Direction de l’administration générale (DAG). Son rôle particulier………………. p. 295
C) Commentaires relatifs aux tableaux d’évolution comparée des directions
d’enseignement ………………………..……..……………………………..…….. p. 301

1 - La DET et les autres directions ………………………………………................ p. 301
2 - Les directeurs. Éléments de profil de directeurs …..…………………..……….. p. 302
- Le profil général
- L’origine universitaire
- Les mutations inter-directions d’un même directeur
- Le devenir des directeurs à la cessation de leurs fonctions
- L’âge des directeurs d’enseignement à leur nomination
- La durée des fonctions de directeur
- Liste des directeurs dont la durée de fonction est supérieure à dix ans

D) Diversité et unité au sein des directions. Hiérarchie et coexistence des
acteurs……..…………………..……..…………………………………………….. p. 307
- Le directeur, garant de l’unité. Directeur général et directeur ……….................... p. 307

- L’adjoint au directeur ……………………………………………….……………. p. 309
- À propos des sous-directeurs …………………………………………………….. p. 312

TOME III - Biographies

e p. 9 VII partie Biographies .....................................................................................................


- Liste alphabétique des personnes faisant lobjet dune notice biographique …….. p. 11
p. 13 - Numérotation des notices biographiques ................................................................
p. 15 - Notice explicative du contenu de la septième partie …………………………..….
re p. 17 1 sous-partie L’inspection de 1806 à 1940 ………………………………………………...


p. 18 - Vue densemble de linspection…………………………………………………...
- Énumération de toutes les catégories de membres de linspection
- Tableau nominatif des inspecteurs généraux ou assimilés de 1806 à 1940
Titre I Les inspecteurs généraux de l’enseignement technique, filière
p. 32 d’émergence et de continuité de la fonction ……………………………...

a) Tableau des inspecteurs généraux de 1806 à 1940 classés par ordre d’entrée
dans la fonction d’inspection générale (avec indication des dates-repères de
présence dans l’inspection) ……………………………………………..………… p. 33
. b) Indications relatives aux notices biographiques : mode de présentation et
contenu type des notices……………………………………………………………. p. 37

p. 39 Notices biographiques …………………………………………………………
- Notices biographiques individuelles [du duc de La Rochefoucauld-Liancourt
(n° 1) à Louis Ragey (n° 42)]
Titre II Autres membres de l’inspection générale, non statutairement IGET,
apportant un concours spécifique ou non en matière d’inspection
p. 174 (notices n° 43 à n° 81) ……………………………...........................................

Chapitre 1 Diverses catégories de chargés de mission, non IGET, apportant un
p. 175 concours en matière d’inspection …………………………….…………….
A) Les IGIP, chargés de mission d’insp ection dans l’enseignement technique [de
Félix Martel (n° 43) à Germain d’Hangest (n° 47)] …………………..…………… p. 176

B) Les directeurs d’établissements techniques chargés d’inspection générale (tout
en restant directeur de leur établissement) [de Joseph Beauvais (n° 48) à François
Dauchy (n° 56)] ………..……………………………….……………………..…… p. 188
C) Les missions spéciales d’inspecti on [de Maurice Métayer (n° 57) à Abel
Jupeau (n° 62)] ………………………………………………….…………………. p. 205

D) Les missions d’inspection de l’enseignement du dessin [de Franc Lamy (n° 63)
à Eric Bagge (n° 65)] ……..……………………………………..…………….…... p. 219
E) Les professeurs de faculté chargés de mission d’inspection générale de langues
vivantes [de Gabriel Boussagol (n° 66) à Pierre Ronzy (n° 67)] ……………..…... p. 228

Chapitre 2 Les inspecteurs généraux ou inspectrices générales dont les
interventions relèvent du ministère de l’Instruction publique ou sont
p. 234 effectuées en liaison interministérielle ………..…………………….……..

A) L’inspection de l’enseignement du travail manuel au ministère de l’Instruction
publique 1882-1896 [de Gustave Salicis (n° 68) à Gustave Philippon (n° 70)]….... p. 235
B) L’inspection de l’enseignement ofessionnel pr féminin, notamment dans les
EPS de jeunes filles (dans la phase de missions interministérielles) 1888-1892
(1900) [de Joséphine de Marchef-Girard (n° 71) à Marguerite Malmanche (n° 73)] p. 247

Chapitre 3 Les inspecteurs régionaux et départementaux de l’enseignement
p. 257 technique (IRET et IDET). Partie biographique………….…………..….
A) Évocation nominative (premières listes).
Données biographiques individuelles [de Jacques Siegfried (n° 74) et Louis
Modeste-Leroy (n° 75)] …………………………………………………..….…… p. 258

B) Inspecteurs régionaux ou départementaux qualifiés à tort d’« inspecteurs
généraux » dans divers documents.
Données biographiques individuelles [de Georges Quesnel (n° 76) à Gustave
Leroy-Petit (n° 79)] ...………………………………………………………….….. p. 268

Chapitre 4 Cas particuliers : Le titre indéterminé d’« inspecteur adjoint de
l’enseignement technique » [Georges Lechevallier-Chevignard (n°
p. 277 80)] et Boulanger (non identifié)]……………………………………….….

Chapitre 5 Cas spécial : chef de bureau de l’administration centrale ayant eu un
p. 281 rôle exceptionnel d’inspection [Jules Azevédo (n° 81)]……….……….

e 2 sous-partie Les directeurs de l’enseignement technique de 1886 à1962 [de
p. 283 Gustave Ollendorff (n° 82) à Marcel Reverdy (n° 91)] …………...........
p. 283 Liste des directeurs (ordre chronologique) ..................................................

Notices biographiques individuelles [de Gustave Ollendorff (n° 82)
p. 284 à Marcel Reverdy (n° 91)] …………………………………………………...
e3 sous-partie Éléments limités à quelques IGET en fonctions entre
p. 311 1940 et 1980 ……………………………………………………………….…..

A) D’un choix non scientifique, néanmoins illustratif……….……………….…… p. 311
B) Éléments biographiques [(14 notices, ordre alphabétique ; de René Alauzen
(n° 92) à Charles Renon (n° 105)]…………………………………………….…… p. 312

Tableau – Origine socioprofessionnelle de s parents des membres de l’inspection Annexe
générale de 1806 à 1940…………………………………………………………… p. 331

TOME IV – Textes et documents

eVIII partie Textes et documents................................................................................... p. 13

p. 15 N° 1 Note relative à André Guettier et à ses écrits …………………………….
N° 2 Tableau d’évolution du Prytanée français. Devenir de Compiègne et
p. 19 de Saint-Cyr après 1802 ………………………………………….…………...

N° 3 Rapport de Liancourt au ministre de l’Intérieur, 24 mai 1809 (La
p. 20 discipline dans les écoles d’arts et métiers) …………………………..…..
N° 4 Rapport au ministre de l’Intérieur en date du 6 août 1808 avec le
p. 24 modèle d’en-tête ……………………………………………………………….

N° 5 Tableau chronologique des gouvernements et des responsables en
charge de l’Enseignement technique (de 1920 à 2012) avec
indication de mesures et dates-repères de l’enseignement technique
p. 26 (de 1920 à 1989) ……………………………………….……………………….

A) 1920-1940 : L’entre-deux-guerres à partir de janvier 1920…………………… 26 p.
B) 1940-1944 : État français (dit Régime de Vichy)……………………………… 33 p.
C) 1943-1959 : D’Alger (CFLN) 1943 à la Quatrième République 1947-1959….. p. 38

D) 1959… : Cinquième République (Constitution du 4 octobre 1958) …………… p. 51
N° 6 Liste chronologique des Secrétaires d’État chargés de
l’Enseignement technique (1920 - 2012)…………………………………. p. 73

N° 7 La croissance des directions et services du ministère après 1960
(trois années-témoins 1958, 1970,1982)…………………………………… p. 77
N° 8 Circulaire du 7 octobre 1922 relative au rôle des IGET concernant
les sections et cours professionnels industriels et commerciaux
(extraits) ………………………………………………………………………… p. 81

N° 9 Controverses relatives à l’inspection générale de l’Instruction
p. 82 publique (résumé des éléments d’argumentation) ………………………
N° 10 Témoignages d’inspecteurs généraux (IGIP-IGET) sur l’acte
p. 85 d’inspection dans son évolution avant 1989 ……………………..………

A) Témoignages d’IGIP …………….…………………………………………….. p. 85

B) Témoignages d’IGET ………………………………………………………….. p. 90
N° 11 La notation des personnels enseignants par les IGET. Éléments sur
p. 95 la notation chiffrée (évolution des directives)…………………………….

A) De 1920 à 1939. Recherche de modalités précises et équitables de la notation
des personnels enseignants………………………………………………………… p. 96
B) Sous le Gouvernement de Vichy. actère Car restrictif de l’information de
l’enseignant…………………………………………………..………………….… p. 102

C) Après la Libération. Retour à plus d’ouverture dans la communication.
Difficulté à ajuster un système de notation……………………….. p. 104
D) Après 1960. Un double mouvement : vers une redéfinition plus globale de la

fonction d’inspection générale et une déconcentration de l’inspection individuelle
de l’enseignant (notation)………………………………………………………….. p. 106

N° 12 Circulaire du Sous-Secrétaire d’État de l’Enseignement technique en
èredate du 6 mars 1922 (1 circulaire) relative au rôle des inspecteurs
régionaux et départementaux de l’enseignement technique (extraits).. p. 110

N° 13 Circulaire du Sous-Secrétaire d’État de l’Enseignement technique en
edate 6 mars 1922 (2 circulaire, complémentaire de la précédente)
énumérant les attributions confiées aux inspecteurs départementaux
p. 113 de l’enseignement technique ……………………………………………..….

N° 14 Extraits d’un rapport présenté au congrès des inspecteurs de
l’enseignement technique (8-9 février 1924). Rapports avec
l’administration centrale et avec l’inspection générale …………..…….. p. 115

N° 15 Circulaire du 7 octobre 1922 relative à l’inspection des cours
professionnels annexés à des établissements d’enseignement
secondaire (rôle du recteur et de l’inspecteur
p. 117 d’académie)………………………………………………………………………

N° 16 Circulaire du 12 octobre 1922 relative au rôle des inspecteurs
p. 119 d’académie concernant l’enseignement technique………………………
N° 17 Décret du 17 décembre 1933 fixant les attributions des recteurs et
p. 121 des inspecteurs d’académie dans l’enseignement technique ………..…

N° 18 Témoignage de Pierre Després, IGSA de l’enseignement technique
(les origines des inspections principales de l’enseignement
p. 122 technique)…………………………………………………………………………

N° 19 La création de l’inspection principale de l’enseignement technique
de l’académie de Lyon. Témoignages de Raymond Corne et de René
p. 127 Crollet ……………………………………………………………….……………

N° 20 Rapport relatif à l’intégration des services des inspections
principales de l’enseignement technique dans les services du
rectorat. Étude de la situation existant en France en
p. 131 1964…………………………………………………………………………….….

N° 21 Document proposant un mode de reconversion de l’inspection
principale de l’enseignement technique de l’académie de Paris en
p. 135 1964……………………………………………………..…………………………

N° 22 Les décrets de 1908 et de 1921 (inspection générale) constituent-ils
p. 138 des statuts ?..............................................................................................………..

N° 23 Tableau chronologique et synoptique des textes relatifs au statut des
inspecteurs généraux de l’enseignement technique (à partir de 1920)
ou concernant la fonction d’inspection dévolue à certains
p. 139 personnels…………………………………………………………………………
1920-1940 rres…………………………………………….Entre-deux-gue ……….. p. 139
1940-1944 Gouvernement de Vichy………………………………………..……… p. 142 1943-1944 r ……………………………………… Alge ….………………….….… p. 144 à 1980 et 1989. Présentation des tableaux de textes statutaires par sous-
périodes…………………………………………………..…….. p. 144

N° 24 Extrait de l’allocution de Georges Laforest, doyen de l’IGEN, le 28
septembre 1989 devant l’Association amicale des IGIP et des
p. 157 IGEN : définition du nouveau rôle de l’IGEN ………………..….………

N° 25 Tableau des nominations d’inspecteurs généraux de l’enseignement
p. 158 technique de 1940 à 1980 ……………………….……………………….…..
A) Sources utilisées et leurs limites …..………………………………………….. p. 158

B) Tableau des inspecteurs généraux de l’enseignement technique de l940 à 1980 p. 164
er- Composition au 1 janvier 1940 (ordre d’ancienneté)
- Composition de 1941 à 1944
-en 1944
-de 1945 à 1959
- Composition en 1960
-de 1961 à 1977
- Modifications apportées à l’organisation de l’inspection générale en 1978
- Composition de 1978 à 1981

N° 26 Effectif des membres de l’inspection générale de l’enseignement
p. 202 technique de 1940 à 1980 …… ……………………….………………………


p. 203 Sources et bibliographie .. . . ..

p. 205 Sources ……………………………………………………….………………..………………………..
p. 205 1. Archives nationales ……………………………….…………………………..
p. 207 2. Autres sources d’archives ……………………………………………………

p. 208 3. Sources biographiques ………………………………………………………..
- Archives nationales
- Archives municipales et départementales
- Archives d’établissements
-diverses

p. 209 Bibliographie………………………………..………………………………………………………….
p. 209 I Textes réglementaires et annuaires ………..….………………………..…..
- Textes réglementaires : A - pour l’instruction publique, B - pour
l’enseignement technique
- Annuaires

p. 212 II Recueils de notices ou dictionnaires biographiques ……………………
p. 214 III Études historiques ………………………………………………….……..…..
1- Considérations bibliographiques et historiographiques relatives à La
Rochefoucauld-Liancourt et aux origines des écoles d’arts et métiers
2 - Liste d’ouvrages (par année de parution)
3 - Autres éléments de bibliographie
4 - Sur le Conservatoire des arts et métiers

e e p. 223 IV Bibliographie générale XIX et XX siècles ...............................................
1 - Répertoires
2 - Ouvrages ou articles sur l’histoire de l’enseignement, l’histoire de
l’inspection générale, l’histoire de enseignement l’ technique, de
l’inspection générale de l’enseignement technique
e
3 - Ouvrages ou articles, parus au XX siècle retenus à titre de complément et
pour leur caractère soit général soit documentaire
4 - Témoignages ou souvenirs de contemporains
5 – Autres sources/. Les congrès de l’enseignement technique et les colloques
6 - Statistiques

p. 227 V Périodiques et revues …………………………………………………………

p. 229 Index des noms de personnes………………………………………………………………





Abréviations

On distinguera les abrégés d’utilisation courante en lecture et imprimerie (A) et les
sigles utilisés dans le livre (B).


A – Abrégés d’usage courant utilisés

a/c. : à compter de dactylogr. : dactylographié
AD (ou Arch. départ.) : Archives EC : état civil
départementales Edit. : édition ou éditeur
AM (ou Arch municip.) : Archives ff. : feuillets
municipales fig. : figure
AN (ou Arch nat.) : Archives nationales impr. : imprimerie
A. Paris (ou Arch. Paris) : Archives de Paris libr. : librairie
arr. : arrêté N ou n. : naissance
art. : article PV ou p.v. : procès verbal
biblioth. : bibliothèque s/c : sous couvert de
BN (ou Biblioth. nat.) : Bibliothèque nationale s.d. : sans date
BNF : Bibliothèque nationale de France s.l. : sans lieu
C. : Circulaire s.l.n.d. : sans lieu ni date
D : décret t. : tome
d. : décès (D dans N et D) vol. : volume


B – Sigles utilisés dans le livre

- A -
AC : administrateur civil AFNOR : Association française de
ADAPT : Association pour le Développement normalisation
des Aides Pédagogiques et Technologiques AGET : Association des gadz’Arts
(maison d’édition du SNES) AM : arts et métiers (dans ingénieur AM)
AFDET : Association française pour le angl. : anglais
développement de l’enseignement technique AP : arrêté préfectoral

- B -
B.A. : Bottin administratif BIT : Bureau international du Travail (à
Genève) BAIP : Bulletin administratif de l’Instruction
publique BO : Bulletin officiel
BEC : brevet d’études commerciales BOEN : Bulletin officiel de l’Éducation
BEI : industrielles nationale
BSEC : brevet supérieur d’enseignement BEP : brevet d’études professionnelles
BET : Bulletin de l’enseignement technique commercial
BIE : Bureau international d’éducation (à BT : brevet de technicien
Genève) BTn : baccalauréat de technicien
ulletin de l’Institut national BTS : brevet de technicien supérieur BINOP : B
d’orientation professionnelle BUS : Bureau universitaire de statistiques et de
documentation scolaire et professionnelle

39
- C -
CA : certificat d’aptitude CFLN : Comité français de libération
CA : centre d’apprentissage nationale
CAEC : certificat d’aptitude à l’enseignement CFP : centre de formation professionnelle
des collèges CFTC : Confédération française des
CAFOC : centre académique de formation travailleurs chrétiens
continue CGT : générale du travail
CAP : certificat d’aptitude professionnelle ch. miss. : chargé de mission
CAPES : au professorat de ch. insp. : d’inspection
l’enseignement du second degré CIA : Central Intelligence Agency (agence
CAPET : certificat d’aptitude au centrale de renseignements des États –Unis)
de technique CIEP : Centre international d’études
C.C. : cours complémentaire pédagogiques (à Sèvres)
CDET : comité départemental de CIO : centre d’information et d’orientation
l’enseignement technique CLD : éditions CLD
e eCDHT : Centre de documentation de l’histoire CM1, CM2 : cours moyen (1 , 2 année)
des techniques (rattaché au CNAM) CNAM : Conservatoire national des arts et
CDI : centre de et métiers
d’information CNDP : Centre national de documentation
CEA : Commissariat à l’énergie atomique pédagogique
CEG : collège d’enseignement général CNOF : Comité national de l’organisation
CERDET : Centre d’études, de recherches et française
de documentation de l’enseignement CNOUS : Centre national des œuvres
technique universitaires
CEREQ : Centre d’études et de recherches sur CNPF : Conseil national du patronat français
les qualifications CNPC : Commission nationale professionnelle
CEREQAF : Centre d’études et de recherches consultative
sur l’évolution des qualifications et l’analyse CNRS : Centre national de la recherche
des fonctions (ancienne dénomination du scientifique
CEREQ) CPC : commission professionnelle
CERPET : Centre d’études et de recherche de consultative
la pédagogie de l’enseignement technique CPR : centre pédagogique régional
CES (ou ces) : collège d’enseignement CSET : Conseil supérieur de l’enseignement
secondaire technique
CFA : centre de formation d’apprentis CT : collège technique
CFDT : Confédération française démocratique CUIP : Comité universitaire d’information
du travail pédagogique

- D -
DAG : direction de l’administration générale DGPC : direction générale de la
DAGA : de programmation et de la coordination
et des personnels administratifs DGOPS : direction générale de l’organisation
DEA : diplôme d’études approfondies et des programmes scolaires
dél. : délégué DGPESO : direction générale de la pédagogie,
dél. fonct. : délégué dans les fonctions des enseignements scolaires et de
DES : diplôme d’études supérieures l’orientation
DESUS : direction de l’équipement scolaire, dir. : directeur
aluniversitaire et sportif dir. g : général
DET : direction de l’enseignement technique disc. (ou discipl.) : disciplines
DG : direction générale DPESO : direction de l’organisation et des
DGES : des enseignements programmes scolaires
supérieurs DPLG : diplômé par le Gouvernement
DGET : direction générale des (architecte diplômé d’État)
techniques D.R. : décision rectorale
rD : Docteur
40
DUT : diplôme universitaire de technologie

- E -
EAM : école d’arts et métiers ENSET : École normale supérieure de
EAP : Éditions et Applications Psychologiques l’enseignement technique
école prat. : école pratique EPCI : école pratique de commerce et
ENAM : école nationale d’arts et métiers d’industrie
ENET : École de l’enseignement EPHE : École pratique des hautes études
technique EPLE : établissements publics locaux
ENI : écle nationale d’ingénieurs d’enseignement
ENIAM : école nationale d’arts et EPS : école primaire supérieure
métiers EREP : échelon régional de l’éducation
ENNA : école normale nationale professionnelle
d’apprentissage ESCAE : école supérieure de commerce et
ENP : école nationale professionnelle d’administration des entreprises
ENP : normale primaire Esp. : espagnol
ENS : école normale supérieure ET : enseignement technique
tens : enseignement ou enseignant E. U. : États-Unis
ENSAM : école nationale supérieure d’arts et
métiers

- F -
FEN : Fédération de l’Éducation nationale fonct. : fonction
FO : Confédération Force Ouvrière FPA : Formation professionnelle accélérée

- G –
GDEL : Grand dictionnaire encyclopédique GQG : Grand quartier général (interallié)
Larousse GRETA : GRoupement d’ÉTAblissements
GL : Grand Larousse GRPF : Gouvernement provisoire de la
GOD : groupe d’observation dispersé République française

- H -
h.c. : hors cadre HLM : habitation à loyer modéré
HEC : hautes études commerciales

- I -
IA : inspecteur d’académie IGH : inspecteur général honoraire
IDET : départemental de IGIP : de l’Instruction
l’enseignement technique publique
IEP : institut d’études politiques IGOP : inspecteur général de l’orientation
IET : inspecteur de l’enseignement technique professionnelle
lIG (ou IG ) : inspecteur général IGOS : inspecteur général de l’organisation
IGAEN : général de scolaire
l’administration de l’Éducation nationale IGSA : inspecteur général des services
IGAENR : inspecteur général de administratifs de nationale et IGSAE : inspecteur général des services
de la Recherche administratifs et économiques
t IG adj. : inspecteur général adjoint Impr. APJ : imprimerie Ateliers Protégés
leIG : inspection générale Jurassiens
IGEN : inspecteur général de l’Éducation Impr. CIRCEX : dénomination d’éditeur
nationale imprimeur à Paris
IGEPE : inspecteur général des écoles INAS : Institut national d’administration
primaires élémentaires scolaire
IGET : inspecteur général de l’enseignement
technique
41
INEFROP : Institut national d’étude, de insp. (ou inspect.) : inspecteur
ceformation et de recherche pour l’orientation insp. : inspectrice
alpédagogique et professionnelle insp. p. : inspecteur principal
INETOP : Institut national d’étude du travail IPET : de l’enseignement
et d’orientation technique
INOP : Institut national d’orientation IPR : inspecteur pédagogique régional
professionnelle IRET : régional de l’enseignement
INRDP : Institut national de recherche et de technique
documentation pédagogique ISA : institut supérieur des affaires
INRP : Institut national de recherche ital. : italien
pédagogique IUFM : institut universitaire de formation des
INSA : Institut national des sciences maîtres
appliquées IUT : institut de technologie
INSEE : Institut national de la statistique et
des études économiques

- J -
j.f. : jeunes filles JORF : Journal officiel de la République
JO : Journal officiel française (Gouvernement provisoire à Alger)

- L -
LAIP : Recueil des lois et actes de LH : Légion d’honneur
l’Instruction publique LP : lycée professionnel
LEP : lycée d’enseignement professionnel LT : technique
LGDJ : Librairie générale de droit et de LV : langue vivante
jurisprudence lyc. : Lycée

- M -
Math. Spéc. : mathématiques spéciales MIT : Massachusetts Institute of Technologie,
MBA : maîtrise en administration des affaires, en français Institut de technologie du
traduction de l’anglais master of business Massachusetts, institution de recherche
administration propre à une université américaine (à
MEN : ministère de l’Éducation nationale Cambridge)
m.I.P. : de l’Instruction publique

- O -
OA : officier d’académie ONISEP : Office national d’information sur
OI : de l’instruction publique les enseignements et les professions
O et M : Organisation et Méthodes OP : orientation professionnelle
ONIOPP : Office national d’information pour OSP : scolaire et professionnelle
l’orientation pédagogique et professionnelle OST : organisation scientifique du travail

- P -
Prépa ou prép. : préparatoire (classe) promo : promotion
prof. : professionnel ou professeur PUF : Presses universitaires de France
prof. techn. : professeur technique PTA : professeur technique adjoint
PM : Premier Ministre

- R -
RI : régiment d’infanterie R. P. : Révérend Père

- S -
Sciences Po : École libre des sciences SE : Secrétaire d’État
politiques S.E. : Son Excellence
SDN : Société des Nations
42
SE à l’ET : Secrétaire d’État à l’Enseignement SGJ : Secrétaire général de la Jeunesse
technique SHE : Service d’histoire de l’éducation
sect. : section S. M. : Sa Majesté
SEDE : Société d’édition de dictionnaires et SNCF : Société nationale des chemins de fer
encyclopédies français
SEDES : Société d’édition de l’enseignement SNES : Syndicat national de l’enseignement
supérieur secondaire
SEIP : Secrétaire d’État à l’Instruction SNET : Syndicat national de
publique technique
SEIPJ : Secrétaire d’État à SNI : Syndicat national des instituteurs
publique et à la Jeunesse SOGES : Service d’organisation et de gestion
SEJ : Secrétaire d’État de la Jeunesse des établissements scolaires
SEP : section d’éducation professionnelle SS/SE ou SS-SE : sous-secrétaire d’État
SERIEP (Presse de la) : imprimerie SÉRIE SSE de l’ET : d’État de
Pascal Jacqueline l’enseignement technique
SETP : Service des enseignements technique STO : Service du travail obligatoire
et professionnel SUP : supérieur
SGEN : Syndicat général de l’Éducation Sup de Co Paris : École supérieure de
nationale commerce de Paris
SGIP : Secrétaire général de l’Instruction SUREOM : Service universitaire des relations
publique avec l’étranger et l’outre-mer

- T -
TE : techniques économiques TM : travail manuel
TGV : train à grande vitesse TME : travaux manuels éducatifs
TI : techniques industrielles Tn : technicien (baccalauréat de technicien)

- U -
UER : unité d’enseignement et de recherche UNESCO : Organisation des Nations unies
UIMM : Union des industries et des métiers de pour l’éducation, la science et la culture (en
la métallurgie anglais : United Nations Educational,
Scientific and Cultura Organisation)



----------------------

e1 cl. : première classe (fonction publique)
er1 d. : premier degré
e1 sup. : Première supérieure
e nd2 d. : 2 degré : second degré
nd2 : second




43












INTRODUCTION







Alors que l’histoire de l’inspection générale de l’Instruction publique est maintenant
assez bien connue, celle de générale de l’Enseignement technique reste à
découvrir. Celle-ci n’est nullement un greffon de la première et les deux inspections ont
évolué en s’ignorant jusqu’en 1920 et encore un temps au-delà.

L’inspection générale de l’enseignement technique est un corps d’inspection qui a ses
propres fondements historiques et pédagogiques. Elle a pris son essor selon un cheminement
personnalisé puis collectif et a acquis une identité spécifique, tout en agissant en symbiose
avec des structures administratives autonomes. Le présent ouvrage se propose de faire
connaître une institution dont on ne peut guère apprécier le contenu réel dans les ouvrages
d’histoire de l’enseignement et qui pourtant a accompagné le cours de l’enseignement
e
technique dès le début du XIX siècle. À plusieurs titres, un intérêt s’attache à un
développement concernant cette fonction d’inspection.

L’objet de l’ouvrage

Dans ses limites sectorielles d’abord, cette inspection a tenu un rôle important au sein
du système éducatif professionnel. Étant parmi les meilleurs connaisseurs de l’enseignement
technique, les inspecteurs généraux ont œuvré comme savent le faire ces grands commis de
ministère que focalisent rarement les lumières de l’Histoire : l’hommage que celle-ci rend à
leur discrétion est celui du devoir accompli pour la plupart d’entre eux dans l’anonymat.
Proches de ce que l’on appellerait de nos jours les « décideurs », ils ont généralement effectué
avec eux le parcours encombré des réformes et des projets, dont ils sont souvent les
inspirateurs ou les auteurs. Par un juste retour, il est légitime de parler d’eux.

Sur un plan global cependant, la place de ces hommes reste modeste eu égard à l’enjeu
d’avenir collectif et sociétal que représente la question de la formation professionnelle dans
un grand pays. Le problème de l’enseignement technique requiert pour sa résolution la mise
en commun des efforts les plus divers. C’est pourquoi dans la présentation de l’inspection
apparaîtront toujours en toile de fond l’état de l’enseignement technique et un aperçu du tissu
économique auquel il est lié.

Enfin – raison au demeurant contingente – le présent ouvrage a l’avantage de
compléter le cycle descriptif des inspections générales du ministère de l’Instruction publique
e e 1et des Beaux-Arts, marqué d’une certaine diversité au XIX et au XX siècle. L’étude de
l’inspection générale de l’enseignement technique avait été dissociée de celle des autres
inspections, dans les ouvrages précédents, en raison de sa longue dépendance du ministère du
Commerce et de son parcours prolongé dans l’autonomie. Le tour d’horizon s’achève complet
avec ce livre.

Le secteur de l’Instruction publique recouvre au long de presque deux siècles une
diversité de corps distincts d’inspection générale :
– Inspection générale de l’instruction publique (IGIP), elle-même divisée en :
Inspection générale de l’enseignement primaire ; Inspection générale des écoles maternelles ;

1 Voir ouvrages réalisés dans le cadre des activités du Service d’histoire de l’éducation (cités infra).
47
Inspection générale de l’enseignement secondaire (à laquelle se lient fonctionnellement
pendant longtemps des inspecteurs de l’Académie de Paris) ; Inspection générale de
l’enseignement supérieur (avant 1914) ;
– Inspection générale des bibliothèques ; Inspection générale des archives ; Inspection
générale de l’éducation physique et sportive ;
– Inspection générale des services administratifs.

S’ajoutent des noyaux d’Inspecteurs généraux à l’existence limitée : Inspecteurs
généraux de l’enseignement des indigènes en Algérie ; Inspecteurs généraux de
l’enseignement dans les colonies et dans les territoires sous mandat français.

Le secteur des Beaux-Arts, longtemps fixé au ministère de l’Instruction publique
(devenu Éducation nationale depuis 1932) en a été détaché en 1959 avec la création du
ministère des Affaires culturelles (Malraux). Les inspections générales étaient elles-mêmes
variées et indépendantes :
– Inspecteurs généraux des Beaux-Arts (avec des attributions discontinues :
enseignement artistique, dessin, musique, théâtre) ; Inspecteurs généraux des Musées ;
– Pour les services d’architecture : Inspection générale des Bâtiments civils et des
Palais nationaux ; Inspection générale des Monuments historiques.

Le secteur des Beaux-Arts ayant été transféré, l’étude de ces inspecteurs généraux a
été abandonnée (le fichier biographique entrepris restera incomplet).

Le secteur de l’éducation physique, de la jeunesse et des sports, érigé en ministère
de la Jeunesse et des Sports (décret du 6 janvier 1966), a été séparé de l’Éducation nationale
en maintenant des liens d’ordre pédagogique mais l’inspection générale de la Jeunesse et des
Sports était déjà un corps autonome.

La définition de l’IGET

La définition de l’inspecteur général de l’enseignement technique ne se trouve écrite
nulle part d’une manière officielle et permanente ; elle peut s’extraire de l’analyse de textes
successifs mais les longs chapitres du présent ouvrage apportent une réponse plus complète à
cette question. Néanmoins des précisions d’ordre terminologique et des délimitations doivent
permettre déjà une approche de l’institution.

Le terme « inspecteur général de l’enseignement technique » est employé ici bien que
2ce ne soit pas l’appellation d’origine, mais ce vocable générique recouvre une fonction de
nature identique. L’abréviation « IGET » sera employée couramment pour évoquer, par
commodité, soit l’agent qui occupe un emploi (l’inspecteur général) soit l’organe collectif
constitué par la réunion de ces agents (l’inspection générale). Cette simplification se justifie
d’autant plus facilement que l’on est passé historiquement d’un titulaire unique à un groupe
constitué en un corps statutaire de la fonction publique.

La formulation de l’IGET, pour être précise, impliquerait de cerner d’abord la fonction
d’inspection générale, question qui, dans son essence, intéresse la plupart des ministères et a
fait l’objet de recherches approfondies depuis une trentaine d’années. Il convient donc, sans

2 Initialement ce fut « inspecteur général des écoles d’arts et métiers ».
48
3reprendre les analyses et réflexions de chercheurs qualifiés , de renvoyer aux travaux de
ceuxci pour découvrir ou apprécier la richesse de leurs conclusions. Il existe à la fois une unité de
la fonction d’inspection générale et une série de variantes selon la nature des activités, le
domaine d’intervention, l’organisation, le degré de spécificité.

Pour s’en tenir à une définition organique simple, dans le cadre ministériel
contemporain, l’inspection générale est un corps de hauts fonctionnaires auxquels le ministre
peut confier toutes enquêtes ou études qu’il estime opportunes. Placés en dehors de la
hiérarchie, ils ne peuvent prendre des décisions, mais ils ont qualité pour tout voir et rendent
4compte directement au ministre .

La qualification d’« Inspection générale » ouvre donc la voie à une individualisation
par corps en fonction de critères différents, principalement le domaine d’intervention et la
nature de la mission. Dans le secteur de l’Instruction publique, l’importance de
l’enseignement a suscité la création, en 1802, d’une inspection générale des études (devenue
« de l’Instruction publique » en 1850, d’où le sigle IGIP), dès avant d’ailleurs la structuration
des services centraux de gestion en un ministère. Les travaux entrepris à partir des années
51980 concernant cette inspection rendent compte de l’existence d’un ensemble à finalité
commune et d’éléments composants dotés de particularités de mission ou de champ de
compétence. Pour l’essentiel de la trajectoire de l’IGIP, à une phase de polyvalence a fait
e
suite, à la fin du XIX siècle, une tendance à la spécialisation pédagogique, de plus en plus
fragmentaire, que l’apparition d’un enseignement de masse, au cours de la seconde moitié du
eXX siècle, a contribué à orienter vers une reconcentration des efforts et un niveau plus global
d’investigation. Le contenu et la physionomie d’une inspection générale de l’enseignement se
sont ainsi dessinés avec ce qu’une image d’ensemble peut comporter de nuances.

L’inspection générale de l’enseignement technique a d’emblée une originalité
historique en raison de son appartenance au ministère du Commerce et de l’Industrie jusqu’en
1920. Transférée au ministère de l’Instruction publique à cette date, elle va pouvoir se définir
avec sa configuration propre, en partie par comparaison avec les signes dominants de
l’inspection générale de l’Instruction publique maintenant bien connus. Beaucoup de points
communs existent entre les deux inspections. Les liens entre elles sont aisément identifiables
mais les différences sont moins bien explicitées du fait que l’enseignement technique a été

3 La question des inspections générales avait été abordée par Alain-Serge Mescheriakoff dans une thèse
soutenue à l’Université Strasbourg III en Recherches sur le contrôle non juridictionnel de 1975 :
l’administration française, malheureusement non publiée. Trois publications occupent une place essentielle dans
ce domaine :
- Pierre Milloz, Les Inspections ministérielles dans l’administration française, Paris, Economica, 1983 ;
- Gérard Marcou (dir.), Le Contrôle de l’administration par elle-même, Actes d’une journée d’études à
l’Université Lille II, Éditions du CNRS, 1983 ;
- Jacques Ménier, Les Inspections générales, Paris, Berger-Levrault, 1988.
4
Francis de Baecque, L’Administration centrale de la France, Paris, Armand Colin, 1973, pp. 168 et 211-213.
5 Sur l’histoire de l’inspection générale de l’Instruction publique, outre le livre de Pierre Milloz (1983) qui en
traite, les principaux ouvrages sont :
- Guy Caplat (dir.), Isabelle Havelange, Françoise Huguet, Bernadette Lebedeff, Les Inspecteurs généraux de
l’Instruction publique. Dictionnaire biographique, 1802-1914, Paris, INRP/CNRS, 1986 ;
- Françoise Huguet, Les Inspecteurs généraux de l’Instruction publique, 1802-1914. Profil d’un groupe social,
Paris, INRP, 1988 ;
e
- Guy Caplat, L’Inspection générale de l’Instruction publique au XX siècle. Dictionnaire biographique des
inspecteurs généraux et des inspecteurs de l’académie de Paris, 1914-1939, Paris, INRP/Economica, 1997 ;
e- Guy Caplat, Bernadette Lebedeff-Choppin, L’Inspection générale de l’enseignement supérieur au XIX
siècle, Paris, INRP, 2002 ;
- Jean-Pierre Rioux (dir.), Deux cents ans d’Inspection générale, 1802-2002, Paris, Fayard, 2002.
49
longtemps éloigné du secteur universitaire (« Université de France » et ministère de
l’Instruction publique). Les caractères spécifiques de l’IGET seront exposés et explicités au
6long des chapitres à venir mais quelques particularités qui la différencient de l’IGIP sont de
nature à retenir l’attention. Leur exposé projette une première lumière sur les identités
respectives de chacune d’elles.

L’originalité de l’IGET

Les principaux traits qui différencient l’IGET de l’IGIP tiennent aux origines, aux
liens étroits avec l’enseignement technique et à l’histoire de celui-ci, au profil distinct des
hommes et à leur recrutement ainsi qu’aux liens étroits qu’ils ont eus avec leur administration
et avec les milieux économiques, sans que tous ces éléments singuliers empêchent de noter
des aspects parallèles dans les cheminements des deux corps d’inspection.

1) Les caractères particuliers de l’inspection générale de l’enseignement
technique se distinguent au stade même de son émergence. À l’origine, se conjuguent le
rôle d’une personnalité et les suites de la création d’une école à laquelle Bonaparte sera
conduit à s’intéresser

Le duc de La Rochefoucauld-Liancourt, ayant fondé en 1780 sur son domaine de
Liancourt (Oise) une école pour accueillir les orphelins fils d’anciens soldats, avec le souci de
les former à un métier, cet établissement se trouve échapper à la suppression lors des
soubresauts révolutionnaires. Peu après le retour d’exil du duc, l’école est transférée à
Compiègne (1800). Devenue section du Prytanée français sous le nom de Collège national de
Compiègne, elle reste pour autant une unité toujours atypique. Le point commun dans la
filiation complexe de cet établissement est d’avoir maintenu, depuis l’origine, une vocation
7professionnelle . Le Premier consul, en 1803, transforme ce collège en école d’arts et métiers,
la première de ce type, en vue de faire une pépinière de « sous-officiers pour l’industrie ». Il
tient à la réalisation de cet objectif. Alerté sur certaines difficultés de fonctionnement, il
désigne en 1806, le duc de La Rochefoucauld-Liancourt comme inspecteur général. Ce choix
va être déterminant car la mission sera accomplie avec dévouement et efficacité par un
homme d’expérience.

La Rochefoucauld-Liancourt est une personnalité connue à la fois par son passé
d’homme politique libéral, son esprit d’indépendance et son ouverture au progrès. Il déploie
une grande activité dans divers domaines et toujours avec le même désintéressement.
L’attention qu’il porte à la nouvelle école d’arts et métiers de Châlons-sur-Marne (où elle a
été transférée) ainsi qu’à celle d’Angers (deuxième école créée ensuite) montre l’importance
de la fonction d’inspection. Son domaine est étendu au Conservatoire des arts et métiers en
1814. La mission est supprimée brutalement en 1823 par Louis XVIII qui a toujours été
hostile à ce noble libéral. Il en résultera une interruption. Le besoin subsistant, la fonction
d’inspection des écoles d’arts et métiers reparaîtra sous des formes détournées dans un
premier temps puis de manière officielle, continue et enfin plurielle.

6
Il n’existe pas de publication consacrée à l’histoire de l’inspection générale de l’enseignement technique.
Toutefois, des monographies ou éléments biographiques d’inspecteurs sont réalisés, notamment dans le cadre des
travaux engagés par le Service d’histoire de l’éduca tion sous la direction de Gérard Bodé. Dans l’ouvrage
collectif de Jean-Pierre Rioux (cité supra), un article de Guy Caplat est onsacré c à l’histoire de l’inspection
générale de l’enseignement technique (pp. 231-244).
7 Enrichie entre temps par le regroupement opéré avec deux écoles modestes mais innovantes créées
respectivement par le chevalier Pawlet et Léonard Bourdon.
50

Retenons la différence des conditions de naissance de deux institutions parallèles.
Alors que la création de l’IGIP est décidée par Bonaparte en liaison avec une réforme
profonde de l’enseignement secondaire, d’emblée par une loi (1802) et par la nomination d’un
contingent d’inspecteurs généraux des études, c’est avec discrétion et presque officieusement,
qu’un homme est sollicité pour exercer la surveillance d’une école d’arts et métiers (EAM),
fonction assumée volontairement à titre gratuit par l’intéressé.

Ce trait particulier de naissance institutionnelle trouve un prolongement dans les liens
privilégiés qu’entretiendra la fonction d’inspection avec les écoles d’arts et métiers jusqu’à la
efin du XIX siècle. Le nombre réduit de ces écoles avant 1900, au nombre de quatre, explique
la longue unicité de l’emploi d’inspecteur général. L’IGIP, en regard, a connu une expansion,
étant appelée à contrôler les divers et nombreux types d’établissements scolaires et à répartir
eses membres en groupes, par niveaux et par disciplines. À la fin du XIX siècle, la situation
évolue : le titre d’inspecteur général des écoles d’arts et métiers fait place à celui d’inspecteur
général de l’enseignement technique, ce qui correspond à un élargissement du champ
d’action.

Enfin, et peut-être surtout, l’histoire des autorités de rattachement montre la longue
séparation entre IGIP et IGET en raison de domaines d’intervention totalement distincts. De
1828 à 1920, l’enseignement technique, et donc la fonction d’inspection correspondante,
dépendent du Département du Commerce tandis que l’inspection générale des études évoluera
de manière séparée au sein du Département de l’Instruction publique. Déjà, à l’origine,
placées toutes deux sous la tutelle du ministère de l’Intérieur, l’inspection générale des études
et l’inspection générale des écoles d’arts et métiers sont gérées de manière tout à fait séparée
par des bureaux compartimentés du même ministère de l’Intérieur. Elles s’ignorent, non à
cause des hommes – qui certainement dans la vie se respectent mutuellement – mais en raison
de l’éloignement de deux secteurs d’enseignement, inclus dans l’Université pour l’un, tourné
vers l’industrie et l’artisanat pour l’autre. En 1828, va coïncider la double création de
ministères distincts : le ministère de l’Instruction publique (département central devenu
autonome), le ministère du Commerce et des Manufactures (département confirmé
e
définitivement en 1831). Tout au long du XIX siècle, ces deux pôles renforceront leurs
structures propres.

2) La fonction d’IGET est indissociable de l’histoire de l’enseignement technique
et de la spécificité de ce domaine d’enseignement

L’originalité de l’enseignement technique est qu’il soit, plus que les autres, soumis à
des facteurs économiques et sociaux dont les interactions sont constantes. Si les
enseignements classique et moderne ont pu connaître une certaine stabilité – au moins
pendant un temps assez long – l’actualisation a été de nécessité permanente pour
l’enseignement technique ; l’accélération du rythme du progrès et des techniques rend encore
plus difficiles les adaptations. De ces transformations, l’inspecteur général doit percevoir les
indices, s’informer, juger de la capacité matérielle et méthodologique des établissements à y
faire face. En se tenant en rapport avec les milieux de l’industrie, du commerce et de
l’artisanat, il est à l’écoute des besoins proclamés tout en se gardant des évaluations à trop
court terme ou des points de vue partiels ou intéressés.

Présenté ainsi, l’inspecteur général semblerait évoluer dans des espaces éloignés mais
homogènes, réceptifs et en bonne entente, entre lesquels pourrait s’exercer une sorte de rôle
51
arbitral. Les réalités ont été plus litigieuses, mais la connaissance en reste incomplète. Malgré
les remarquables progrès accomplis par l’histoire de l’enseignement technique depuis un
quart de siècle, il subsiste des zones en demi-clarté : il reste à approfondir les comportements
précis qu’ont eus les IGET aux différentes époques, face à des problèmes difficiles ou
récurrents. De ce type d’obstacle l’on se bornera à rappeler un double syndrome vécu par
l’enseignement technique : celui de sa place dans le système éducatif ; celui de son rapport à
l’entreprise. Deux signes heureusement évolutifs mais assez révélateurs de situations
d’humilité et de modestie qu’ont pu ressentir ces hommes acquis à une cause si souvent
incomprise.

Au sein du système éducatif, la distance qui a existé avec les autres enseignements a
fait l’objet de rapprochements sans qu’elle ait complètement disparu dans les mentalités
pédagogiques et sociales dans notre pays. Malgré les incitations de responsables élevés et les
actions venant d’initiatives privées (l’on notera le rôle de l’Association française pour le
développement de l’enseignement technique, plus connue sous son acronyme AFDET), les
8
formations professionnelles n’ont pas toujours l’image qu’elles méritent et l’orientation vers
cette voie se fait trop souvent à la suite d’échecs dans les enseignements généraux. Pour
signaler l’acuité du problème, en témoigne l’abondance d’écrits ayant dénoncé la position
minorée dans laquelle est tenue l’éducation professionnelle et manuelle, la méconnaissance
9des réalités d’un secteur resté en marge . Trop longtemps les filières techniques ont été
considérées dans l’esprit de beaucoup comme un cursus scolaire de seconde zone : « Cet élève
10est trop bon pour aller dans le technique », a-t-on pu dire dans des conseils . Le mal profond
11est la perception de ces formations dans l’opinion des familles. Les efforts officiels en vue
d’un rééquilibre n’ont pas manqué sans que les élites aient toujours montré l’exemple d’un
comportement différent dans leur sphère privée.

Pour rester sur les résultats positifs, il est cependant admis, de nos jours, qu’une
véritable diversification des voies de formation est indispensable afin de permettre à tous de
réussir au niveau de ses moyens.

Autre problème pour l’enseignement technique : le rapport à l’entreprise. Entre l’école
et l’entreprise, la relation a pris un tour incisif dès lors que l’école républicaine, laïque,
gratuite et obligatoire s’est donné pour but d’élever le niveau culturel de la nation, se plaçant
même en position de rupture avec des réalités économiques et la satisfaction de besoins de
formation.

À la base des controverses, se trouve le regard prospectif que l’on porte sur un type
d’enseignement. Deux tendances s’opposent selon que l’on conçoit l’enseignement technique

8
Les établissements techniques supérieurs faisant exception.
9
« Le Technique reste le parent pauvre de l’enseignement », in La Croix, n° 24 860, 22 septembre 1964, p. 2 ;
« La Peur du technique », in L’Éducation, n° 96, mars 1971, pp. 18-19.
Bien des titres de ce type peuvent être relevés à la ure lectde fichiers de bibliothèques, aux mots-clés de
l’enseignement technique, de l’apprentissage… Des expr essions plus positives viennent parfois compenser ce
pessimisme : « L’ennoblissement del’enseignement technique », in L’Éducation professionnelle, n° 118,
décembre 1957, pp. 7-9 ; ou encore La valorisation de l’enseignement technique, etc.
10
Jacques Kessler, « Pour une autre image du technique in », Science et Vie, n° 180 (septembre 1992),
pp. 106-113. Voir également J.-M. Dy, « Zola nous a fait plus de mal que de in Le Mondebien », du 19
décembre 1991 et in Éducation-campus, p. 13.
11 Certains considèrent encore les tâches manuelles comme avilissantes et en tout cas incompatibles avec la
véritable culture. La position d’origine peut suivre l’individu en dépit de sa réussite. Lorsqu’il a quitté ses
fonctions publiques en 2004, René Monory, appelé « le ga ragiste de Loudun », fils d’une employée de ferme, a
eu cette phrase : « Pour les bourgeois, j’étais un ouvrier ; pour les ouvriers, j’étais devenu un bourgeois ».
52
comme devant servir avant tout l’économie et former des jeunes utiles à la profession (d’où la
primauté d’un enseignement pratique et spécialisé) ou selon que l’enseignement technique est
un enseignement perçu comme les autres, dans un esprit universitaire, la formation de
l’homme sous tous ses aspects étant la priorité essentielle. Cette recherche d’un équilibre
entre les disciplines de culture générale et les disciplines professionnelles est un des
problèmes les plus délicats de l’enseignement technique.

e
À la fin du XIX siècle, la constitution de l’enseignement technique en service public
est commencée (loi du 11 décembre 1880 sur les écoles manuelles d’apprentissage, loi de
1892 sur les EPCI). Aux affrontements entre le ministère de l’Instruction publique et le
ministère du Commerce fait suite une période où, sous la tutelle du ministère du Commerce,
l’enseignement technique affirme son identité. Une formulation organique lui est donnée avec
12
la DET . Le transfert à l’Instruction publique en 1920 ne rompt pas la politique suivie ; le
monde industriel se hérisse en protestations mais une partie du milieu patronal
s’accommodera de l’éloignement du milieu scolaire qui tend à le décharger financièrement.
L’apprentissage, grâce à des mesures d’encouragement, se développe sans pour autant
surmonter la crise dont il souffre depuis longtemps. Une analyse plus subtile montrerait sans
doute que la DET s’est attachée à maintenir le contact avec ses interlocuteurs du secteur de la
production et du commerce, tirant surtout avantage de son degré d’autonomie, tandis qu’au
sommet le monde scolaire et l’entreprise, soumis respectivement à la prééminence des
principes moraux pour l’un et à la recherche du profit pour l’autre, vivent dans l’ambiguïté et
en parallèle et trop peu en synergie. Il faudra les années 1960, la mise en évidence des besoins
epar les plans d’équipement scolaire (V plan), la priorité donnée à l’industrialisation pour que
13
la FEN atténue son opposition et que le CNPF s’ouvre à des responsabilités . La brèche,
élargie en 1971, sera plus nette encore avec des ministres d’ouverture (Christian Beullac)
mais c’est la crise et son corollaire, le chômage, qui obligeront l’Éducation nationale (et ses
syndicats réticents) ainsi que le patronat, à briser les préventions de part et d’autre pour
rechercher une politique de formation cohérente.

Dès avant ce mariage de raison, en dépit des antagonismes latents, une exigence
d’information ou de réflexion se manifeste. La connaissance des besoins, la mise au point des
programmes scolaires ou l’élaboration de diplômes contraignent à certains échanges dans
l’enseignement technique. La rencontre prend une forme collective et organisée
principalement avec les commissions nationales professionnelles consultatives (CNPC).
L’IGET joue son rôle dans des instances mais aussi comme interlocuteur de terrain,
directement avec des entreprises ou des organes de la vie économique, maintenant même en
certaines circonstances le fil de l’information et de la communication rompu ou distendu entre
acteurs et décideurs.

Sur un autre plan, le degré ou les modalités de participation des entreprises à la
formation professionnelle n’ont cessé de faire l’objet de débats internes. La masse des
professeurs de l’Éducation nationale, peu ou pas familiarisée avec le travail en atelier, reste
largement méfiante (les personnels de formation technique étant eux-mêmes partagés)
jusqu’au jour où il est admis qu’il faut préparer les jeunes, non seulement à des diplômes,
mais aussi à des emplois. Le patronat enclin après 1945 à abandonner ses responsabilités

12 Une direction de l’enseignement technique (DET) est créée en 1900.
13 FEN : Fédération de l’Éducation nationale (syndicat des personnels) ; CNPF : Conseil national du patronat
français.
53
14directes dans la formation, est lui-même divisé sur les positions à prendre. D’autre part, un
nombre important d’institutions appartiennent encore au secteur privé et contribuent à la
préparation à des métiers. L’État enseignant, souvent porté à fixer un cadre réglementaire au
développement du réseau d’établissements, éprouve en réalité des difficultés à maîtriser cet
ensemble, les crises obligeant à rediscuter les rôles, en même temps que l’apprentissage n’a
pu vraiment trouver une place pleinement satisfaisante, alors que l’intégration dans
l’enseignement long marquait un succès. Néanmoins, envisagée sur une longue période,
l’évolution montre des avancées significatives (enseignement en alternance, stages en
entreprise…).

En fin de compte, ce double défi rencontré par l’enseignement technique, insertion
dans le système éducatif, rapport avec l’entreprise, n’a cessé d’exister malgré un effacement
apparent. Les inspecteurs généraux ont, à toutes les époques et à leur niveau, dû remplir leur
mission au contact des réalités de cet enseignement dont le caractère et les interrogations sont
très différents de celles des disciplines classiques.

La spécificité et la diversité de l’enseignement technique rendent difficile à
appréhender l’histoire de l’enseignement technique. Saisissons l’occasion de souligner la
remarquable part prise par le Service d’histoire de l’éducation (unité de l’INRP) dans les
progrès accomplis à un double titre, à la fois comme atelier de composition et comme pôle
15
d’incitation et d’orientation pour les spécialistes .

3) Le profil distinct des IGET

Le profil des inspecteurs généraux de l’enseignement technique comporte des traits
particuliers dont rendent déjà compte les biographies. Celles-ci ont été réalisées pour la
période 1806 à 1939. De 1940 à 1980, les membres de l’IGET ont été identifiés mais le temps
a manqué pour élaborer des notices individuelles. S’ajoute d’ailleurs un certain flou dans les
nominations après 1964 en raison d’une politique d’assimilation avec l’IGIP. L’étude
prosopographique n’a pas été effectuée mais des observations peuvent être présentées
maintenant.

Les hommes recensés s’écartent du profil traditionnel de l’Instruction publique.
Malgré tout, existe une réelle parenté entre IGET et IGIP en raison de la qualité et du niveau
de la sélection des uns et des autres ainsi que de l’aptitude à exercer une mission semblable.
Les différences tiennent à la formation et à des critères de recrutement distincts, longtemps
liés aux origines scolaires et sociales. Elles s’impriment aussi dans une certaine mesure grâce
à une vie en groupe particulier.

De La Rochefoucauld-Liancourt en 1806 à Lucien Géminard en 1964, l’on retrouve
des traits communs bien que les sources de recrutement et les types de formation aient évolué.
Il suffit de suivre la carrière des hommes en charge de l’inspection dans l’intervalle quasi

14 Même si ce courant est limité, certains patrons remettent en cause le rôle de l’Éducation nationale dans la
formation professionnelle et considèrent que celle-ci doit être assurée par s leentreprises. Voir le livre de
François Dalle et Jean Bounine, L’Éducation en entreprise. Contre le chômage des jeunes, Paris, Édition Odile
Jacob, 1993. Voir également Réussir la formation professionnelle des jeunes, Conseil national du patronat
français, Les Éditions d’organisation, février 1993.
15 Chercheur accompli et animateur infatigable, Gérard Bodé en particulier a été dans ce secteur présent sur
tous les fronts. Notons, d’autre part, que la constitution d’archives orales entreprise par une section du SHE sera
pour l’avenir une source nouvelle pour les recherches à venir. Voir Rapport scientifique 2005-2008 du SHE
(INRP, Lyon, 2009).
54
biséculaire pour relever les variantes de génération : au début, formation militaire (La
Rochefoucauld-Liancourt, Aza Vincent), puis des polytechniciens de
(Arthur Morin, Théodore Olivier, Antoine Gardeur-Le Brun), un ingénieur des mines (Paul
Jacquemart). Tous ont une formation scientifique ou technique, une expérience soit de la
direction d’un établissement ou d’une manufacture, soit de l’enseignement, soit de la
contribution à des inventions mécaniques ou des travaux scientifiques. La plupart ont même
cumulé plusieurs de ces activités, éventuellement en liaison avec le Conservatoire des arts et
e
métiers. Leur action couvre le XIX siècle avec deux exceptions au cours de la décennie
18701880, deux inspecteurs généraux non scientifiques (Charles-Louis Livet et le baron Alfred de
Saint-Priest) de formation administrative, mais ces derniers portent comme leurs collègues un
intérêt réel pour les questions de formation professionnelle.

Paul Jacquemart est celui qui clôt cette première liste et se trouve à la jonction des
deux siècles et dans la tourmente des querelles de ministères. Après 1905, les types de
recrutement se diversifient tout en conservant une connaissance de l’enseignement technique,
soit directe en ayant eu en charge la gestion d’écoles techniques, soit plus rarement par
l’intermédiaire d’une fonction administrative assumée dans un secteur du ministère du
Commerce. Ils sont trop nombreux pour être cités ici. En résumé, la dominante est
l’aboutissement d’une carrière vouée au monde du travail ou du technique comme professeur,
directeur d’école spécialisée (EPS professionnelle, EPCI, ENP, …), des techniciens souvent
arrivés par des cursus scolaires variés (école normale primaire, certificat d’aptitude au
professorat des écoles normales et des EPS ou à l’enseignement du travail manuel, CA à
l’enseignement du dessin, école de Cluny, école des HEC, certificat d’aptitude au professorat
industriel dans les écoles pratiques, CA à la direction des écoles pratiques).

Après la Première Guerre mondiale, fréquemment les IGET ont suivi des voies plus
16universitaires : licence de sciences physiques, agrégation de sciences ou doctorat, ENS de
Saint-Cloud (sciences). Cependant des filières commencent à s’imposer : diplômés des écoles
d’arts et métiers (EAM), plus rarement de l’École centrale et, plus récemment, anciens élèves
de l’ENSET. L’on ne trouve plus de polytechniciens ; les EAM délivrent un titre d’ingénieur
qui n’a pas le prestige de celui des X mais les « gadzarts » conservent une connaissance
17
intime de la mécanique . Certains IGET réunissent plusieurs formations élevées, par exemple
Maurice Ganne nommé en 1914 est centralien et gadzarts, les cloutiers Victor Nardon nommé
IGET en 1920 et Abel Jupeau nommé en 1923 ont plusieurs certificats spécialisés (Jupeau est
agrégé de sciences physiques et titulaire d’un doctorat d’État), des ingénieurs des arts et
métiers ajoutent également des diplômes pédagogiques spécialisés (exemple Joseph Dupin
entré à l’inspection générale en 1927), de même pour les anciens de l’ENSET (tel Paul
Fournel nommé en 1931 qui a fait l’ENET – future ENSET – en 1899-1901, est docteur ès
sciences physiques en 1914). Il ne s’agit pas ici d’un classement sélectif, ces exemples ont été
pris fortuitement, sans étude ordonnée.

Dans le contour-type des membres de l’inspection générale, un trait particulier est
llel’ouverture précoce de cette fonction aux femmes. M Anna Vigneron (née en 1848) est
nommée inspectrice générale des écoles pratiques de commerce et d’industrie de jeunes filles

16
Louis Pastouriaux nommé IGET en 1930 était le premier cloutier reçu en 1906 à l’agrégation de sciences
er
physiques (et 1 du concours).
17 Charles R. Day fournit des éléments comparatifs sur la formation acquise en tant que techniciens par les X
et par les Gadzarts. Pour son côté plaisant, il rappelle le dicton fameux en France : « Le polytechnicien construit
un pont qui s’effondre et il ne sait pas pourquoi. Le zarts gad construit un pont qui tient et il ne sait pas
pourquoi » (Charles R. Day, Les Écoles d’Arts et Métiers, Paris, Belin, 1991, p. 19).
55
en 1904 et entre dans le statut d’IGET en 1908. En comparaison, pour l’IGIP, il faudra
attendre les lendemains de la Deuxième Guerre mondiale pour voir promues des inspectrices
18générales .

Dans l’enseignement technique féminin, des fonctions d’inspection générale avaient
lled’ailleurs été déjà confiées respectivement à M Joséphine de Marchef-Girard (1884) et à
lleM Élise Luquin (1887) pour l’enseignement professionnel féminin. Elles avaient poursuivi
ensuite des missions analogues ou élargies dans la période dite du « condominium »
(ministère du Commerce et ministère de l’Instruction publique en cotutelle d’établissements).

L’esquisse de portrait de l’IGET se complète encore si l’on tient compte de ce qu’a de
singulier le milieu de l’enseignement technique où il évolue. Les IGET, peu nombreux,
forment avec la DET et les diverses équipes d’agents de celle-ci un groupe assez homogène,
travaillant ensemble dans un service imprégné d’autonomie. L’unique inspecteur général des
services administratifs (IGSA) est un confrère spécialisé qui fait carrière au sein de la DET.
Les « chargés de mission d’inspection générale technique », non fonctionnaires, auxiliaires
choisis pour leurs compétences spécifiques, contribuent au maintien de contacts avec des
spécialistes, surtout de l’industrie. Enfin les relations avec les chefs de bureau sont d’autant
plus étroites que ceux-ci sont issus des services de la direction et que, très tôt, les règles
statutaires ont favorisé l’accès de ces responsables administratifs, dans certaines limites, à
l’inspection générale de l’enseignement technique.

Le milieu ainsi constitué n’a rien pour autant d’un groupe clos et polarisé. Il ne
faudrait pas voir dans les IGET des purs spécialistes, ce sont des hommes et des femmes de
culture, de créativité, pénétrés des réalités de la vie économique et sociale. Nous n’entrerons
pas dans le débat sur la culture technique qui nous échappe, cette notion que Lucien
Géminard, un des esprits les plus brillants et les plus profonds parmi les IGET, jugeait
19 20« contradictoire » . Dans des développements qu’il consacre à ce problème de culture , il
21
souligne notamment les apports de la « créativité technique ». L’on trouve d’autres
réflexions assez proches sur ce sujet émanant d’auteurs divers, philosophes, technologues,
22hommes de l’art, enseignants . D’ailleurs, avec leurs collègues de l’Inspection générale de
l’Instruction publique, les IGET partagent des vues communes sur les objectifs les plus élevés
de l’éducation. En 1973, Lucien Géminard est choisi par tous ses collègues, et par le ministre,
pour être le « représentant permanant de l’Inspection générale auprès du ministre de
l’Éducation nationale ». À ce poste, la hauteur de vue de ce technicien érudit ne se départit
pas d’une rigueur critique, qualités parfaitement appréciées au même titre que la culture
humaniste de son prédécesseur.

18 L’inspection générale des salles d’asile offre une ituation s particulière. La fonction est réservée à des
femmes. Il se produit toute une évolution, à partir s deannées 1830, le titre devenant inspectrice générale des
écoles maternelles en 1881. Elles n’entreront dans le cadre des IGIP qu’en 1955 (voir les deux ouvrages, Guy
Caplat (dir.), Les Inspecteurs généraux de l’Instruction publique, 1802-1914 et G. Caplat, L’Inspection générale
ede l’Instruction publique au XX siècle publiés par l’INRP ainsi que celui de Jean-Noël Luc, L’Inventaire du
ejeune enfant au XIX siècle. De la salle d’asile à l’école maternelle, Paris, Belin, 1997).
19 Dans son livre de Souvenirs d’un inspecteur général, L’Unification du système enseignant français,
19631985, INRP, p. 193.
20
Ibid., pp. 191-201.
21
Ibid., p. 200 : il rappelle qu’aux travaux du CERPET (Centre d’étude et de recherche de productivité de
l’enseignement technique) sont associés des IGET.
22 « Quand on se met à étudier les techniques, dans les cours destinés aux ingénieurs, on s’avise bien vite
qu’elles recèlent un enseignement culturel […]. On oublie trop facilement que la technique ainsi figée en codes a
d’abord été, bien nécessairement, une recherche intellectuelle » (« Le débat de la culture et de la technique » par
C. Delapierre, professeur à l’École militaire des Andelys, in L’Éducation, vers 1950).
56

Bien entendu, une inspection générale est constituée à la base de personnalités
diverses et se recompose en groupes en fonction d’affinités et de centres d’intérêts dominants.
L’on sait depuis longtemps que les IGIP de l’enseignement secondaire ont une tradition
d’individualisme alors que les IGET, imprégnés des qualités de l’enseignement technique, se
montrent plus volontiers attachés au besoin de discipline, de rigueur et, habitués à partager
leurs investigations entre la classe, l’atelier et l’entreprise, ont une ouverture plus grande sur
les métiers et la vie économique. Un amalgame permanent s’opère dans le respect des acquis
et des aspirations de chacun. L’existence des « groupes d’inspection » constitués au sein
d’une inspection générale appelle à ce titre un commentaire.

4) Sur la fin de l’IGET et la notion de groupe

Quelles que soient la solidarité des membres et l’unité des vues éducatives, quelle que
soit l’exigence de mobilité voulue au sein d’un corps, l’existence nécessaire de groupes
d’inspection n’est pas sans influence sur l’état d’esprit des participants. Certains groupes ont
trouvé une pérennité par-delà les réformes, justifiée avant tout par la nature de leurs activités.
Il arrive que le travail en commun soit renforcé par l’amitié, de même que peuvent apparaître
des rivalités, celles-ci toujours confraternelles et temporaires. L’union d’un groupe se fait ou
se reforme lorsqu’il s’agit de défendre ses propres conclusions ou propositions, d’émettre des
réserves sur des projets qui lui sont transmis, ou bien de s’associer avec conviction sur les
constats ou avis de l’ensemble de l’inspection. Autant d’éléments qui alimentent une vie de
groupe.

Ces considérations, souvent peu perceptibles sinon par des témoignages, permettent de
mieux comprendre que la réforme de 1980 qui, supprimant l’IGIP et l’IGET et créant
23l’IGEN , ait maintenu des groupes en prolongement de ceux déjà en place. La réforme de
1989, qui affectera cette fois profondément les missions (décentralisation de l’acte
d’inspection individuel des enseignants sur les inspecteurs pédagogiques régionaux et
reconcentration de l’action des IGEN sur des objectifs d’évaluation du système éducatif)
reprend également dans ses grandes lignes la segmentation de groupes existant
antérieurement. Ainsi une division se redessine avec une grande continuité. Le nombre de
24groupes a pu être, à certains moments, réduit ou accru mais les thèmes dominants subsistent .

23
La disparition de l’IGIP et de l’IGET correspond à une mutation que l’on peut rapprocher d’exemples
passés : les inspectrices générales des écoles maternelle s (IGEM), dont l’origine remonte aux années 1830, sont
intégrées en 1955 dans l’IGIP ; les inspecteurs généraux des écoles primaires élém entaires (IGEPE) qui ont
existé entre 1930 et 1955 – distincts des IGIP de l’enseignement primaire – ont également disparu par intégration
dans l’IGIP à cette dernière date ; les généraux des services administratifs (IGSA), dont les origines
remontent à 1885, sont supprimés par voie d’extinction ou par intégration dans le statut d’un nouveau corps,
l’IGAEN, créé en 1965. Dans ces exemples, il s’agit d’une organique et juridique qui ne supprime
pas la fonction, l’élargit, mais affecte le statut et l’encadrement particulier.
Concernant l’IGET, la particularité est une rupture plus prononcée avec un passé (appartenance antérieure à un
ministère distinct et fonctionnement pendant longtemps dans un cadre d’autonomie).
Tout dissemblable de ces situations est celle de l’inspection générale de l’enseignement supérieur qui a exercé
e
son action au XIX siècle avant de disparaître complètement et définitivement avant 1914.
(Pour ces inspections générales, se reporter aux ouvrages déjà cités, publiés par l’INRP/SHE).
24
Si l’on relit la liste des groupements permanents et spécialisés des années 1980 aux années 2000, se
retrouvent (aux variations de dénomination près) : tel niveau d’enseignement globalisé (enseignement primaire) ;
telles catégories de disciplines (philosophie, lettres, histoire-géographie, langues vivantes, mathématiques,
sciences physiques et chimiques, sciences de la vie et de la terre, sciences économiques et sociales, enseignement
et éducation artistiques) ainsi que l’éducation physique et sportive, unité assez particularisée ; tel groupe au rôle
éducatif et transversal maintenant bien affirmé (établissements et vie scolaire).
57
L’on mesure que le « groupe » est une réalité opérationnelle, souple et permanente. Les deux
catégories propres à l’enseignement technique (sciences et techniques industrielles ; économie
et gestion) se sont agrégés à ces équipes traditionnelles.

Tous ces groupes, devenus composantes de l’IGEN, possèdent ou acquièrent, dans un
cadre nouveau, une vie identitaire rendue plus cohérente et plus efficace grâce à une
interactivité accrue. Pour des raisons déjà exposées, ceux de l’enseignement technique ont
certainement une individualité plus marquée. En cela, l’on peut retrouver la filiation avec
l’ex-IGET : la fonction spécifique demeure.


Plan de l’ouvrage

Matériellement le livre est divisé en quatre tomes dont les titres sont les suivants :
Tome I Origines et développement de la fonction d’inspection, 1806 – 1920
Tome II De l’autonomie à l’intégration, 1920 – 1980
Tome III Biographies
Tome IV Textes et documents.
Le contenu de l’ouvrage se développe en huit parties, ordonnées dans les quatre tomes.
L’histoire de l’inspection générale domine les cinq premières parties. Les divisions
chronologiques ont été retenues en fonction des dates-clés de l’évolution de l’inspection,
lesquelles ne sont pas nécessairement en concordance directe avec celles de l’enseignement
technique. Elles peuvent se situer en aval ou en amont de phases principales de cet
enseignement. Le rôle de personnalités, d’hommes politiques ou de changements importants
n’est pas sans influencer les parcours.

L’histoire de l’enseignement technique participe d’ailleurs d’une certaine imprécision quand
il s’agit de fixer ses dates-clés. Avec un contenu événementiel souvent riche mais inégal et
dispersé, des phases novatrices pouvant émaner d’initiatives individuelles, de modèles
localisés ou peu spectaculaires avant reconnaissance ou extension, cet enseignement peut
laisser un embarras pour le choix des dates d’étape. Il est plus facile de délimiter les temps
d’une institution singulière et bien caractérisée comme l’inspection générale de
l’enseignement technique, tout en restant malgré tout en cohérence avec un arrière-plan
historique.

C’est pourquoi la présente étude est centrée sur les origines et le devenir de l’inspection,
même si la densité du sujet a pu conduire à introduire des considérations plus étendues. En
particulier, les réflexions engagées concernant le cheminement des structures centrales
ministérielles et la place de la fonction directoriale, développées dans la sixième partie du
livre, apportent un éclairage d’histoire et de science administrative. Cette échappée de l’auteur
– qui n’est pas une digression – met à la disposition du lecteur un panorama chronologique
e
des grandes directions du ministère, leur genèse au milieu du XIXsiècle, les étapes de
création puis leur évolution en évoquant la montée en puissance des directeurs, recensés et
cités.

La septième partie de l’ouvrage (correspondant au tome III) est destinée à retracer les
biographies des inspecteurs généraux et inspectrices générales de l’enseignement technique
qui ont exercé entre 1806 et 1939. À ces personnages s’ajoutent, en corrélation avec l’utilité
de s’investir dans des secteurs en marge des domaines déjà couverts depuis longtemps, des
inspecteurs-pionniers de missions nouvelles, par exemple dans le travail manuel ou
58
l’enseignement féminin. À côté d’eux, une place était due aux chargés de mission venus, en
bénévoles, assister l’inspection générale. Issus de divers corps de métiers, ils ont fourni une
compétence généralement très pointue pour assurer la surveillance de nombreuses formations.

Au moins pour la plupart des membres de l’inspection, l’effort est tenté de les sortir de
l’ombre, une notice-type visant à rendre leur image personnelle et vivante. Le souci a été de
dégager les traits dominants et le rôle de ces hommes et de ces femmes, discrets et efficaces,
se consacrant au service public de l’enseignement : ils ont su se concevoir non comme des
protecteurs de formations spécifiques mais, grâce à celles-ci, comme des acteurs parmi
nombre d’autres, au service du progrès technique et culturel.

Une huitième partie du livre (tome IV) est un corpus documentaire venant en appui des
thèmes abordés : textes, témoignages, recensements chronologiques, résumé de controverses.
Tous ces éléments concourent à donner à cet ouvrage l’information et l’ouverture la plus large
sur cette institution historique qu’a été l’inspection générale de l’enseignement technique.
59




60












PREMIÈRE PARTIE
61




LE LIEN PRIVILÉGIÉ ENTRE LES ÉCOLES
D’ARTS ET MÉTIERS ET LA FONCTION
eD’INSPECTEUR GÉNÉRAL AU XIX
SIÈCLE (1806-1880)





La durée séculaire qui va de 1780 à 1880 est riche d’événements sur le plan politique,
économique et social, mais aussi d’expériences dans les domaines scolaires. Ce fond de
tableau servira souvent, dans le cadre de la présente étude, de référence pour exposer les
aspects relatifs à l’enseignement technique qui concernent plus directement la naissance d’une
fonction d’inspection générale dans ce secteur particulier. Cette institution se trouve liée à
l’histoire des écoles d’arts et métiers, l’existence de l’une croisant celle des autres, surtout au
début du siècle.

La date de création de la fonction d’inspection étant 1806, la partie examinée est donc
titrée de 1806 à 1880, avec une césure dans l’évolution en 1823. Ceci tient au rôle du duc de
La Rochefoucauld-Liancourt dont l’action se développe des années 1780 au premier quart du
eXIX siècle (Première sous-partie). La seconde sous-partie montrera qu’à partir de ce qui s’est
passé, l’évolution de l’inspection générale est en relation étroite avec les écoles d’arts et
métiers tout au long de la phase suivante (Deuxième sous-partie) qui va de 1823 à 1880.
63



PREMIÈRE SOUS-PARTIE

L’HISTOIRE DES ÉCOLES D’ARTS ET
MÉTIERS ET L’ÉMERGENCE D’UNE
FONCTION D’INSPECTEUR GÉNÉRAL
(1806-1823)





L’on ne peut comprendre les origines de la fonction d’inspecteur général dans le
domaine de l’enseignement technique et professionnel si l’on n’évoque pas l’histoire des
écoles d’arts et métiers et le rôle du duc de La Rochefoucauld-Liancourt dont la personnalité a
eimprimé sa marque à plusieurs institutions au début du XIX siècle. L’action de l’homme se
situe dans une tranche d’histoire traversée de courants doctrinaires et parcourue d’expériences
isolées, concomitantes, peu durables pour certaines d’entre elles mais non sans influence.

Ainsi qu’il a été dit, l’histoire des écoles d’arts et métiers et la vie de La
Rochefoucauld- Liancourt sont connues mais beaucoup moins les conditions de création de la
fonction d’inspection générale, le plus souvent succinctement citées. Il en résulte des
approximations historiques qu’il est utile de relever et de corriger pour bien fixer la
chronologie.

La période qui correspond à l’apparition et à la mise en place de nouvelles institutions
s’étend de la fin de l’Ancien Régime au Consulat, puis de l’Empire à la fin de la Restauration,
temps empreint des interventions de La Rochefoucauld jusqu’à sa disparition en 1827.

De 1823 jusqu’au début de la monarchie de Juillet, le pouvoir agira en force, dans la
méfiance et dans la confusion, cherchant malgré tout un substitut à la fonction d’inspection
qu’il a supprimée.
64



TITRE I

GENÈSE DES INSTITUTIONS ET PERSONNALITÉ DE
LA ROCHEFOUCAULD-LIANCOURT





La vie du duc de La Rochefoucauld-Liancourt mérite un chapitre descriptif pour bien
camper le personnage, même s’il est indispensable d’en reparler ensuite, tant sont divers les
moments et les formes de son action. Les expériences assez innovantes qu’il a lancées
appellent également une présentation précise, elles ne sont pas étrangères au choix qui sera
fait de lui confier des fonctions d’inspecteur général.
65



CHAPITRE 1

LE DUC DE LA ROCHEFOUCAULD-LIANCOURT. SA VIE





Il est des hommes qui, par des qualités diverses et exceptionnellement réunies,
s’imposent au respect de leurs contemporains et au tamis de l’Histoire. Le duc
FrançoisAlexandre-Frédéric de La Rochefoucauld-Liancourt rassemble de ces vertus essentielles, au
cours d’une vie longue de « bienfaiteur », de « philanthrope » ainsi que l’ont qualifié
d’aucuns : des idées généreuses et fécondes et un dévouement complet et désintéressé, la
sincérité des engagements et des sentiments, une pertinence des initiatives et la ténacité dans
la réalisation, la fidélité dans les amitiés et le courage dans l’adversité, un rayonnement social
non affecté par l’ambition du bien public. Autant de capacités n’excluent pas des
contradictions, dans une période politiquement mouvementée, chez un homme libéral
d’esprit, dont la catégorie sociale se trouve au centre de profondes transformations. La vie du
personnage en témoigne mais le personnage est aussi acteur.

Membre d’une des plus illustres familles de la noblesse française, François Alexandre
25Frédéric de La Rochefoucauld-Liancourt, né le 11 janvier 1747 à La Roche-Guyon, fils de
Louis Armand François de La Rochefoucauld, duc d’Estissac, prend à dix-huit ans le titre de
duc de Liancourt et, après la mort de son cousin François de La Rochefoucauld, en 1792,
26
portera le titre de duc de La Rochefoucauld. Sa naissance, comme la charge de son père,
grand maître de la garde-robe du roi, auraient pu l’enfermer dans la vie brillante de la cour.
Mais ses préoccupations sont autres.

Sa première éducation a été négligée. Son instruction militaire achevée à l’école de La
Flèche, il prend, à seize ans, du service dans les carabiniers et se marie fort jeune, en 1764. En
1768, son père, le duc d’Estissac, obtient pour lui la transmission de la charge de grand maître
de la garde-robe du roi. Le jeune duc de Liancourt (c’est ainsi qu’on l’appelle alors) est
apprécié par le duc de Choiseul mais déplaît à Madame du Barry ; il n’a aucune estime pour
27 Louis XV mais se lie d’amitié avec le dauphin qui, devenu le roi Louis XVI (1774), lui
accordera toujours son appui.


25 Actuellement dans le département du Val-d’Oise.
26 Il est connu et désigné par les biographes : duc Liancourt, de Liancourt tout simplement, ou encore La
Rochefoucauld-Liancourt ou seulement La Rochefoucauld. Nous utiliserons selon les cas ces diverses
appellations.
27
Qu’il jugera sévèrement en relatant sa dernière maladi e. Voir le récit de la mort de Louis XV par le duc de
Liancourt, publié par Sainte-Beuve en 1846 (Ferdinand Dreyfus, Un philanthrope d’autrefois. La
Rochefoucauld-Liancourt, 1747-1827, Paris, Plon-Nourrit, 1903, p. note 16, 1 ; Jean-Dominique de La
Rochefoucauld, Claudine Wolikow, Guy Ikni, Le Duc de la Rochefoucauld-Liancourt, 1747–1827. De Louis XV
à Charles X, un grand seigneur patriote et le mouvement populaire, Paris, Librairie académique Perrin, avril
1980, pp. 355-368).
66
28Malgré tout, la vie de cour l’ennuie et il vit plus volontiers sur sa terre de Liancourt ,
domaine et château hérités de la duchesse de Plessis-Liancourt. Il est attiré par le progrès
29technique, les « nouveautés utiles » , les théories réformatrices des économistes et des
philosophes et se montre lui-même novateur.

Ayant voyagé à vingt et un ans en Angleterre, il a visité les fermes anglaises et étudié
les modes de culture et les matériels agricoles perfectionnés, il s’est informé sur le
fonctionnement des manufactures, les colonies pénitentiaires. À son retour, il s’efforce de
transposer les méthodes observées, sur son domaine de Liancourt, afin d’en faire une ferme-
modèle ; il introduit la culture des prairies artificielles et cherche à supprimer le système des
jachères ; il divise ses exploitations pour mieux les rentabiliser, même si les résultats ne sont
30pas toujours ce qu’il espérait . Ces réalisations s’inscrivent dans une ambition sociale, faire
le bonheur du peuple. Le jeune duc a connu à Paris, dans les salons des La Rochefoucauld, les
personnages influents de la pensée contemporaine, philosophes, économistes (Diderot,
d’Alembert, Quesnay, Turgot, Malesherbes, …). Animé par l’esprit des Lumières, il veut être
l’ami des hommes, leur être utile et a le souci de concrétiser ses idées.

Il crée, dans une de ses fermes qu’il possède en haut de la montagne de Liancourt, une
école – dite école de la Ferme ou école de la Montagne, – pour accueillir des fils de soldats du
régiment de dragons dont il était colonel. Les enfants y poursuivent, en même temps que leur
instruction générale, l’apprentissage d’un métier utile dans l’armée : forgeron, armurier,
tailleur, cordonnier, sellier, … Cette école, officialisée par Louis XVI en 1786, sera conservée
avec son caractère original par la Révolution ; elle sera même agrandie, installée au château
de Liancourt où elle est regroupée avec des élèves de quelques écoles analogues dissoutes en
1795, puis l’« école nationale de Liancourt » sera transférée en 1800 au château de
Compiègne devenant trois ans plus tard une école d’arts et métiers. Le duc de Liancourt
pensait qu’il faut former des hommes « joignant l’habileté de la main à l’intelligence de la
science », il était très attaché à cet établissement spécial, la modeste école de la Ferme reste
considérée comme le berceau ou le premier embryon des écoles françaises d’arts et métiers.

Lorsque les états généraux sont convoqués, le duc est élu par la noblesse du baillage
de Clermont en Beauvaisis. Appartenant à la fraction la plus éclairée des anciens privilégiés,
il avait perçu la nécessité de transformations de la société ; à l’Assemblée constituante, sa
position de défenseur tout à la fois de la royauté et des libertés publiques, est celle non d’un
révolutionnaire mais d’un réformiste modéré ; la forme anglaise de représentation nationale
eût sans doute répondu à ses souhaits si Louis XVI avait saisi l’enjeu des dramatiques
circonstances.

Lors des événements qui se sont déroulés à Paris du 11 au 14 juillet (le 11 juillet,
Necker a été renvoyé), Liancourt a bien compris que ce combat populaire et bourgeois n’est
pas seulement un coup de force passager. À Versailles, la nuit du 14 au 15 juillet, les députés
sont accablés par les nouvelles et la fatigue. C’est alors que Liancourt, en sa qualité de grand
31maître de la garde-robe « estimé du roi et de tous les honnêtes gens », prit l’initiative d’une
démarche restée célèbre. Voici comment Ferdinand Dreyfus rapporte la réaction de
Liancourt :

28
Département de l’Oise aujourd’hui.
29 L’expression est de lui-même. Cité par J.-D. de La Rochefoucauld, op. cit., p. 25.
30 Voir sur les conceptions du duc en ce domaine, ibid., pp. 114-117.
31 Rabaut Saint-Étienne, Histoire de l’Assemblée constituante, p. 169, souligne le contraste entre une
Assemblée nationale plutôt léthargique et la vigueur lucide du député Liancourt.
67
« Il traversa la Cour royale, le Salon de la Guerre, la Grande Galerie, le Cabinet du Conseil,
pénétra jusqu’à la porte de la chambre royale ; sa charge lui en permettait l’accès ; il entre et
va droit à l’alcôve. Le roi dort ; il l’éveille et lui apprend les évènements de la capitale, C’est
une grande révolte, lui dit Louis XVI – Non, Sire, lui répondit Liancourt, c’est une grande
32révolution… » .

Le 16 juillet, le roi rappelle Necker.

Le 18 juillet, le duc est porté à la présidence de l’Assemblée nationale. Par ses
discours et ses votes, il apparaît comme un « constitutionnel », un homme animé de
sentiments généreux et philanthropiques : défense de la liberté de conscience et de la liberté
individuelle, lutte contre la mendicité, aide aux indigents, amélioration de l’état des hôpitaux.
Malgré son opposition, la loi contre les émigrants est adoptée. Il est le premier à proposer
l’abolition du supplice de la corde. Il participe activement aux travaux de la nuit historique du
334 août qui abolit les privilèges et œuvre inlassablement pour une conciliation entre la
monarchie et les principes de la Révolution, espérant que le roi se ralliera à ceux-ci sans
arrière-pensée. Mais il reste un défenseur de la monarchie. En 1791, bien qu’ayant déconseillé
à Louis XVI de chercher à quitter la France, il s’oppose à la déchéance du roi.

Son activité politique ne l’empêche pas de poursuivre le cours de ses expériences
agricoles ou industrielles. À Liancourt, il a construit des ateliers et, en 1790, il installe une
filature mécanique de coton qui met en œuvre des procédés irlandais. Quant à son activité
agronomique, elle est la continuation d’essais d’améliorations ponctuelles dans la gestion de
son domaine du Beauvaisis ; en 1790, avec des vues plus novatrices, il crée la ferme de
34
Louveaucourt à Bailleval (Oise) qu’il veut exploiter à la manière anglaise .

Après la séparation de l’Assemblée constituante (septembre 1791) et quelques mois
passés à Liancourt, il reprend du service : maréchal de camp, commandant le département de
la Somme (janvier 1792), puis lieutenant général de Normandie il complote une retraite
35provisoire du roi à Rouen, mais le projet n’aboutira pas . Le 10 août ayant porté un coup
mortel à la royauté, Liancourt envoie sa démission le 14 et, au cours d’une traversée
rocambolesque dans une embarcation, gagne l’Angleterre. Il y retrouve son ami Arthur
36
Young, vit avec des ressources restreintes, demande à témoigner en faveur du roi lors du
procès de celui-ci – ce qui lui est refusé.

Exilé et proscrit, le duc de La Rochefoucauld (il avait pris ce titre depuis la mort
37tragique de son cousin) a cependant toujours refusé de prendre les armes contre la France.


32
F. Dreyfus, op. cit., p. 92. L’auteur donne à la fin de son re livun récit précis de cet épisode des temps
révolutionnaires, souvent cité, dans l’annexe III intitulée « Histoire d’un mot historique », pp. 509-510.
33 Le bureau ayant été renouvelé début août, c’est le moment où Liancourt va être remplacé à la présidence.
34 Voir J.-D. de La Rochefoucauld, op. cit., pp. 106-120 où sont relatées les difficultés rencontrées.
35 La reine qui se méfie des constitutionnels n’y est pas favorable. Le projet ne tarda pas à être éventé. On
appelait Rouen le « Coblentz des feuillants ». Voir F. Dreyfus, op. cit., chapitre III ; J.-D. de La Rochefoucauld,
op. cit., pp. 208-214 .
36
Il avait mis à la disposition du roi Louis XVI une mme so de 150 000 livres, soit l’essentiel de sa fortune.
Une vieille demoiselle anglaise, qui ne le connaissait que sur son honorable réputation, lui légua par testament
toute sa fortune ; mais le duc de Liancourt ne l’accepta que pour en faire la remise aux héritiers naturels de la
testatrice (Nouvelle biographie générale, 1862, t. 29, p. 651).
37 Le duc Louis-Armand de La Rochefoucauld d’Enville av ait été massacré à Gisors, à coups de pierres, sous
les yeux de sa mère et de sa femme, le 4 septembre 1792 (cf. Gaëtan de La Rochefoucauld, Vie du duc… p. 40).
68
En 1794, il passe aux États-Unis qu’il parcourt ainsi que le Canada, pendant quatre
38ans , vivant pauvrement, mais il observe et étudie la démocratie américaine et les institutions,
l’armée, l’instruction populaire, la justice, l’agriculture et l’industrie, les mœurs, la
spéculation, l’esclavage et les Indiens, l’assistance, le système pénitentiaire. Son Journal de
voyage constituera la matière d’un Voyage dans les États-Unis d’Amérique, en huit volumes,
publié en 1800.

De retour en Europe en 1798, il peut rentrer en France fin 1799 après le 18 brumaire,
protégé par Talleyrand, mais c’est seulement le 21 avril 1800 que, grâce à l’aide de son ami
Fouché, il est rayé définitivement de la liste des émigrés. Devant se réadapter à un monde
bouleversé, il s’attache à rétablir l’ordre de ses biens et à développer à Liancourt des filatures
textiles et des ateliers de tréfilage. Bien que resté en marge de la société consulaire, il cultive
une grande amitié avec Chaptal. Son ardeur pour les causes humanitaires ne faiblit pas. Une
de ses premières préoccupations est de répandre la vaccine en France et il fonde un comité
central de la vaccination, reconnu en 1804 ; il fait ainsi reculer le fléau de la variole. Il ouvre
une souscription pour établir un dispensaire dans la capitale au profit des malheureux ; son
nom se mêle aux commissions des hospices ou d’indigence, aux sociétés charitables.

La Rochefoucauld n’a d’abord que des relations distantes avec Napoléon, il y a
comme une sorte de « pacte tacite » entre eux. L’empereur voit en lui un manufacturier, il
39
reconnaît ses compétences et lui attribue la Légion d’honneur en 1810. Le 6 septembre
1806, le duc avait accepté l’inspection générale des écoles d’arts et métiers ; il est d’une
grande loyauté envers le pouvoir dont il exalte les mérites dans ses discours de distribution
des prix.

Très attaché à ces écoles auxquelles il voue le meilleur de son temps, il joue un rôle
important dans le développement de l’enseignement technique.

Liancourt acceptera sans enthousiasme la première Restauration. Louis XVIII lui fait
connaître son mépris. Néanmoins, il le nomme pair à vie (7 juin 1814).

Pendant les Cent-Jours, le duc est élu membre de la Chambre des représentants par le
collège électoral de l’arrondissement de Clermont-de-l’Oise, sans avoir été candidat. À 68
ans, il accepte le mandat mais intervient peu en séance. Il n’avait pas approuvé le retour de
l’Aigle, la reprise du pouvoir par la force. Toujours ouvert aux méthodes nouvelles de
diffusion de l’enseignement, il fonde avec un groupe d’amis la Société pour l’instruction
élémentaire.

Duc et pair, La Rochefoucauld, au second retour de Louis XVIII, reprend sa place à la
Chambre haute. Il se montre fidèle à la monarchie, tout en soutenant les progrès d’une sage
liberté. « De 1815 à 1820, il est avec le parti libéral et veut la monarchie selon la Charte ;
40après la chute de Decazes, son opposition devient agressive ». Il représente en permanence
l’opposition libérale modérée aux côtés du duc de Broglie, du duc de Choiseul. À certains
égards, il est vrai, l’industrialisme, l’enseignement technique et la philanthropie sont, dans les

38
C’est en 1795, étant au Canada, qu’il reçut du comte de Provence (le futur Louis XVIII) une lettre lui
demandant de renoncer à la charge de grand maître de la garde-robe, achetée par son père. La Rochefoucauld
refusa, s’attirant ainsi pour l’avenir la rancune du prétendant (Vie du duc…., p. 46 ; F. Dreyfus, op. cit., p. 228).
39 La nomination au grade de chevalier est du 8 janvier 1810, le brevet sera signé à Paris le 29 novembre 1819
(Arch. Nat. LH 2361, dossier 43).
40 F. Dreyfus, op. cit., p. 303.
69
modes d’expression de l’époque, des instruments d’opposition. De nombreuses charges lui
échoient dans les domaines variés qu’il affectionne et qu’il anime toujours avec passion : les
hôpitaux, les prisons, les hospices, les manufactures, l’agriculture, l’enseignement technique,
l’enseignement mutuel. Toujours inspecteur général des écoles d’arts et métiers, sa fonction
d’inspection s’étend en 1814 au Conservatoire des arts et métiers. Il crée avec Delessert, en
1818, la première caisse d’épargne française.

Le ministère de Villèle prend ombrage du déploiement d’activité de cet opposant
éclairé dans les œuvres de bienfaisance ou les institutions d’enseignement. En 1823, le
41ministre de l’Intérieur, Corbière, lui enlève les fonctions publiques de son ressort , ce qui fait
grand bruit. Heurtée par tant d’injustice, l’Académie des sciences admet La Rochefoucauld
dans son sein et l’Académie de médecine le fait siéger dans la commission qui remplace le
comité de vaccine supprimé. La disgrâce du duc ne fait que rehausser la considération dont il
jouissait déjà. « Une plus grande popularité vint encore à M. de La Rochefoucauld ; on le prit
comme drapeau, sa vie devint une légende pour le pauvre. Le vieux libéralisme avait besoin
42
de son Vincent de Paul, il le trouva » .

En 1823, La Rochefoucauld a soixante-seize ans mais la page n’est pas complètement
tournée en ce qui concerne les écoles d’arts et métiers pour l’ancien inspecteur général après
sa destitution. Retiré à Liancourt, il visite encore ses écoles, ses manufactures, ses malades et,
encore debout et vigoureux, il n’hésite pas à défendre la liberté. Il continue aussi à suivre avec
une réelle affection l’évolution des écoles d’arts et métiers. En 1826, il prend à sa charge la
défense d’élèves de l’école de Châlons-sur-Marne, victimes d’un excès de répression, et aide
à leur réinsertion une fois sortis de prison, après acquittement.

Le duc de La Rochefoucauld-Liancourt meurt le 27 mars 1827. Le jour de ses
funérailles, nombre d’anciens élèves de l’école d’arts et métiers de Châlons se rendent à
l’église de l’Assomption et obtiennent de la famille la faveur de porter sur leurs épaules le
cercueil de leur bienfaiteur. La police veut s’y opposer et les jeunes gens sont chargés
durement par la troupe, dans la rue Saint-Honoré ; le cercueil tombe dans la boue, brisé. La
scène des obsèques soulève alors l’indignation à Paris et en province. Une enquête et
l’instruction judiciaire, qui avaient été commencées, n’aboutiront pas.

Le destin de La Rochefoucauld est attachant par ce qu’il contient de bonne volonté à
l’égard du peuple, de rêve insatisfait d’une monarchie au centre d’une politique sociale, de
loyalisme chevaleresque à l’égard du souverain, de courage et de droiture en toutes
circonstances.

Placé à l’intersection de deux siècles contrastés, le bienfaiteur – philanthrope et
novateur – sème d’abord pendant le dernier quart du siècle déclinant, sur une terre encore
féodale, ingénieusement mais au coup par coup. Après les soubresauts de la fin du siècle
auxquels il se trouve mêlé et après un exil formateur, l’homme d’action travaille, avec la
même conviction mais plus de hauteur, à l’amélioration du sort des populations, à la défense
des libertés publiques. Surmontant les obstacles ou les obsessions de pouvoirs méfiants ou
hostiles, agissant seul ou par conseil, ne recherchant pas les faveurs mais acceptant les
fonctions utiles, en un quart de siècle il attache son nom à tant de réformes ou d’institutions

41 Les fonctions d’inspecteur général des écoles d’arts et métiers et du Conservatoire lui sont retirées coup sur
coup. Une dizaine de fonctions ou de présidences lui ont s en même temps ôtées qui, toutes, étaient exercées
gratuitement.
42 Biographie universelle Michaud, t. 36, p. 231.
70
qu’il s’attire l’estime populaire mais pas toujours la mansuétude des puissants. Bien que
modeste et droit, il rencontre l’injustice mais sait y répondre, le cas échéant par un trait
d’esprit.

Philanthrope, libéral, ces qualificatifs lui ont souvent été prêtés. Curieusement,
Liancourt avait eu conscience de l’ambiguïté de ces termes :
« Ceux qui croiront me traiter favorablement m’accuseront d’une philanthropie universelle qui
ne ressemble pas mal à une rêverie… Le mot de philanthrope qui, dans sa véritable acception,
est assurément un titre très honorable, a été depui s si longtemps si ridiculement employé, si
banalement appliqué, qu’il est, dans l’esprit de beaucoup de personnes, synonyme de celui de
visionnaire ou de sœur du pot, comme celui d’hommes à idées libérales est, pour d’autres
43esprits, synonyme de révolutionnaire ou de jacobin » .

Jean-Dominique de La Rochefoucauld, co-auteur d’une récente et pénétrante
44biographie du duc, sous titrée « un grand seigneur patriote et le mouvement populaire » , cite
ce texte en le commentant ainsi :

« La philanthropie ou le libéralisme, peu ou l madéfinis, ramenés dans les bornes d’une
psychologie individuelle, font, en effet, de Liancourt un phénomène d’exception, isolé, sans
grande résonance historique, sauf à confondre l’histoire avec un conte moral. Né en 1747,
mort en 1827, Liancourt nous paraît, au contrair e, remarquable parce que le temps court des
événements politiques et personnels de sa vie coïncide presque sans défaillance avec les temps
45longs de notre histoire » .

Liancourt et l’enseignement technique

Le duc de La Rochefoucauld-Liancourt occupe une place particulière dans l’histoire
de l’enseignement technique tant par son rôle de premier inspecteur général que par ses
initiatives antérieures et les conceptions pédagogiques qu’il a développées ensuite. Nous
allons devoir reprendre de manière plus détaillée certaines parties de cette biographie, dans la
mesure où la genèse de la fonction d’inspection générale est en rapport direct avec la vie du
46
personnage et l’évolution d’une école technique créée par le duc à Liancourt .

43 e
Prisons de Philadelphie, par un Européen, préface à la 4 édition, Paris, 1814.
44
J.-D. de La Rochefoucauld, C. Wolikow, et G. Ikni, Le duc de La Rochefoucauld-Liancourt, p. 37.
45 Ibid.
46 Indépendamment de la biographie ci-dessus, nous vons a rédigé une notice biogr aphique (notice n° 1),
présentée conformément à la structur e-type du descriptif propre aux inspecteurs généraux. Cette notice ne fait
pas double emploi. La partie « carrière » a été conçue de manière distincte et le texte en est différent.
71



CHAPITRE 2

LES INITIATIVES DE LA ROCHEFOUCAULD-LIANCOURT
ET LA CRÉATION DES ÉCOLES D’ARTS ET MÉTIERS





L’histoire de l’école créée par le duc de Liancourt a été décrite fréquemment dans des
notices biographiques, des dictionnaires et des ouvrages ; quelques historiens ont analysé plus
profondément les rares écoles de même type, leurs conditions d’apparition et leur évolution
avant la création d’une école d’arts et métiers à Compiègne. L’école de Liancourt offre, parmi
elles, une originalité, ne serait-ce qu’en fonction du côté précurseur de son fondateur.

Nous dégagerons, à partir des dates-clés, les caractéristiques successives de
l’institution, en nous attachant à souligner l’influence réelle de La Rochefoucauld dans cette
47trajectoire .

A) De l’École de la Ferme à la création de l’École d’arts et métiers de
Compiègne (1780-1803)

1780 : Création de l’École de la Ferme

Colonel d’un régiment de dragons portant le nom de M. de La Rochefoucauld, son
père, le jeune duc de Liancourt, après des voyages en Angleterre et en Suisse, songe très tôt à
organiser une maison d’enseignement professionnel pour une vingtaine d’orphelins d’anciens
militaires de son régiment dans le but d’apprendre un métier à chacun. Installé dans une des
fermes de son domaine à Liancourt, laquelle se trouve assez éloignée de son château et située
sur un mont par rapport au centre du bourg, l’établissement est appelé école de la Ferme de la
Montagne, plus couramment école de la Ferme ou école de la Montagne. Cette école a un
caractère professionnel et militaire.

La question se pose de délimiter l’antériorité des expériences formulées dans ce
domaine des enseignements professionnels. L’on pourrait remonter à l’Antiquité où sévissait
un antagonisme avéré entre les arts libéraux et les arts mécaniques, rappeler les circonstances
qui ont ouvert un courant favorable à la réhabilitation du travail manuel. Antoine Léon situe
e 48ce mouvement au XVIII siècle notamment avec les Encyclopédistes . Il faudrait citer aussi
e
le plan de Condorcet. D’autres invoquent les travaux de François de Sales à la fin du XVI
siècle. Colbert instituant un enseignement professionnel dans la Manufacture des Gobelins au

47
Pour l’étude des deux autres institutions comparables, l’École des orphelins militaires du chevalier Pawlet et
la Société des jeunes Français de Léonard Bourdon, l’on se reportera aux travaux d’Antoine Léon qui a exposé
l’évolution et mis en valeur l’originalité pédagogique de ces diverses expériences. (Antoine Léon, La Révolution
française et l’éducation technique, Préface de Marcel Reinhard, Paris, Société des études robespierristes, 1968,
notamment pp. 77-82).
48 Ibid., pp. 22-23.
72
e 49XVII siècle peut prendre rang parmi les initiateurs de réalisations concrètes . D’autres
auteurs ont produit des réflexions sur le sujet. À s’en tenir à la période prérévolutionnaire et
révolutionnaire dans laquelle se situe l’expérience de La Rochefoucauld-Liancourt, il est
nécessaire de relever l’existence d’au moins deux précédents.

Un éducateur est à l’origine du premier précédent : l’École des orphelins militaires du
50chevalier Pawlet (1731-1808) fondée en 1775. Y étaient recueillis des enfants d’anciens
soldats, auxquels était assurée une formation professionnelle ou préprofessionnelle. Installée
en 1788 rue de Sèvres puis dans la caserne du quartier de Popincourt, l’école survivra quelque
51temps pendant la Révolution. Un autre éducateur, Léonard Bourdon de la Crosnière , lancera,
de son côté, des idées comparables pour une expérience analogue dès 1788, sans succès, mais
réussira, en 1792, à organiser la Société des Jeunes Français, dans l’enceinte du prieuré de
Saint-Martin-des-Champs. Un enseignement professionnel y sera dispensé jusqu’en 1795.
Antoine Léon procède à une analyse comparative et historique entre les trois expériences de
52Pawlet, La Rochefoucauld et Bourdon. Cette étude magistrale sera évoquée plus loin en
l’approfondissant.

Cependant l’École de la Montagne est d’abord une institution privée, fonctionnant aux
frais du duc. Le nombre des enfants s’élève et semble atteindre la centaine en 1786 ; à cette
53date, son fondateur obtient une reconnaissance de l’établissement par le roi Louis XVI .

1786 : L’École des Enfants de l’Armée (ordonnance royale du 10 août 1786)

54
Par cette ordonnance , Louis XVI fonde l’École des enfants de l’Armée qui donne
une base statutaire à l’école du duc et la place sous l’autorité du ministre de la Guerre. Le duc
de Liancourt est nommé inspecteur de l’école. Les élèves doivent apprendre un métier utile au
service de l’armée, ils sont pris en charge et, à seize ans, entrent pour huit années dans
l’armée.

Dès la fin de l'année 1786, les premiers élèves arrivent à Liancourt. La nouvelle formation
se met en place progressivement pour atteindre en 1788 l'effectif prévu. Certains auteurs
privilégient cette dernière année comme étant la date de fondation à retenir. est Il vrai que des

49
Ces idées ont été exprimées par André Guettier dans son Histoire des écoles nationales d’arts et métiers,
édition de 1880, pp. XXII-XXIV et reprises par le Livre du bicentenaire des écoles nationales d’arts et métiers,
1980, pp. 168-169.
50 De son vrai nom, Fleury Paulet, roturier, il avait falsifié des noms de famille et de baptême et s’était fait
connaître sous le nom de chevalier Pawlet. Ce rsonnage pe fantasque a réalisé une expérience originale
d’éducation professionnelle dont on lira l’exposé et l’analyse par A. Léon, op. cit., notamment pp.
78-82/178182.
51
Ibid, pp. 82/131-134/182-183.
52 La question est abordée par A. Léon dans sa thèse d’État, Contribution à l’histoire de l’éducation technique
e een France du milieu du XVIII siècle à la fin de la Restauration 1750-1830, thèse de 3 cycle, lettres, Paris, 1961
(dactylographiée), puis dans son livre, La Révolution française et l’éducation technique, 1968, ainsi que dans sa
ère
communication au Colloque d’histoire de l’enseignement à Reims, « Les origines et les débuts de la 1 école
e
d’arts et métiers » in Actes du 95 congrès national des sociétés savantes, Reims, 1970.
Pour ne pas répéter ces titres pour chaque référence, il sera indiqué thèse« », « ouvrage » ou « Congrès de
Reims » (suivis respectivement de la mention des pages).
53 L’école, dans ses débuts, n’avait pas donné les résultats escomptés sur le plan de la formation (J.-D. de La
Rochefoucauld, op. cit., pp. 114-118).
54 « Ordonnance du roi pour établir une école d’éducation militaire en faveur de cent enfants de soldats
invalides, 10 août 1786 », texte in J. Berland, op. cit., en annexe, in fine.
73
55aménagements ont été réalisés, notamment des ateliers. L’école a pris de l’extension et se
rapproche de la conception que La Rochefoucauld se faisait de la formation professionnelle.
En 1792, après la chute du roi, le duc est contrait à l’exil. Mais l’école est conservée,
avec son caractère original, par la Révolution. Le décret du 9 septembre 1793, relatif à la
suppression des écoles militaires, ne s’applique pas à celle de Liancourt. Il s’agissait de
conserver un moyen de formation pour le personnel d’encadrement de l’armée, ce dont
56témoigne Guettier , et surtout l’école de Liancourt bénéficia d’une défense efficace par des
57personnalités ayant une audience à la Convention .

Le maintien de l’École de la Montagne est confirmé par le décret du 25 nivôse an II
(14 juin 1794). Cependant la Convention avait pensé remplacer les écoles militaires en
erfondant l’École de Mars le 13 prairial an II (1juin 1794). Ce décret vise à donner une
éducation révolutionnaire à des jeunes citoyens âgés de 16 à 17 ans et demi, rassemblés à
Paris (6 issus de chaque district de la République). En juillet, 3 500 recrues environ sont
réparties dans la plaine des Sablons pour recevoir une formation à la fois civique et militaire
où les exercices pratiques dominent. Après le 9 thermidor (27 juillet 1794), l’école est tenue
en méfiance et les élèves sont licenciés le 2 brumaire an III (23 octobre 1794).

La politique idéologique et ombrageuse de la Convention la conduit à opérer des
fusions institutionnelles en 1795 pour reprendre en main des établissements.

1795 : L’École nationale de Liancourt

Le décret du 20 prairial an III (8 juin 1795) supprime les deux écoles respectives du
58chevalier Pawlet et de Bourdon et décide que les élèves de ces deux établissements qui ne
rejoindraient pas l’armée seront regroupés à Liancourt avec ceux de l’École des enfants de
59 60l’Armée . L’effectif total devrait alors dépasser 400, c’est pourquoi il est décidé de
transférer l’École dans le château du duc de Liancourt, la Ferme de la Montagne étant trop
exiguë. Toutefois, cet ancien local reste réservé aux enfants malades « en raison de la
salubrité de l’air qu’on y respire ». La nouvelle unité ainsi constituée prend le nom d’École
nationale de Liancourt. Patrick Gardet, dans son ouvrage consacré à l’École de Châlons,
souligne (p. 68) que cette appellation deviendra officielle assez tardivement, le 25 messidor
an VII (13 juillet 1799). Pierre Crouzet est nommé directeur (décret du 24 prairial an III, 12
61
juin 1795) . Il arrive à Liancourt le 29 messidor an III (17 juillet 1795) avec les 250 enfants
62de Popincourt et du prieuré Saint-Martin . La santé de plusieurs de ces jeunes exigerait des
soins, le château est en mauvais état, les conditions de démarrage se révèlent très difficiles.

55 L’effectif de 100 élèves fixé par l’ordonnance de 1786 est dépassé malgré l’opposition du roi. Ainsi sont
indiqués 120 élèves en 1787 (Livre d’or du bicentenaire, p. 166), 130 en 1788 (J. B. Mestre, op cit., p. 11). Voir
aussi A. Léon, op. cit., p. 178.
56
Ibid., édition 1865, p. 26.
57 J.-D. de La Rochefoucauld, op. cit., p. 304.
58 1795 est une année de réformes. Par décret du 7 vent ôse an III (25 février 1795), la Convention a institué
dans l’enseignement secondaire les écoles centrales qui dureront jusqu’en 1802.
59
À ces trois catégories d’élèves, s’ajoute une partie des effectifs de l’École de Mars.
60
Le chiffre de 160 est donné comme réel pour l’École la deFerme, le 20 prairial an III (8 juin 1795)
(A. Léon, op. cit., p. 178).
61
Pierre Crouzet, 1753-1811, principal au collège Panthéon, du puis directeur de la Société des Jeunes
Français (il remplace Bourdon le 2 avril 1795), directeur de l’École nationale de Liancourt (1795), du collège de
Compiègne (1800), du Prytanée de Saint-Cyr (1801) établissement transféré à la Flèche (1808) et enfin proviseur
du lycée Charlemagne (1809).
62 J.-D. de La Rochefoucauld, op. cit., p. 304.
74
63L’on dispose des témoignages de Guillaume Louis Bocquillon, dit Wilhelm et de Pierre
64Crouzet . Celui-ci porte un jugement très sévère sur « la ci-devant École des enfants de
l’Armée » qu’il prend en charge. Le besoin de mettre en valeur les modifications qu’il a
apportées étant en poste le conduit probablement à noircir exagérément la situation qui l’a
précédé. Il organisera l’École nationale de Liancourt dans le cadre des textes pris par le
pouvoir en place. Le décret du 20 prairial an III (8 juin 1795) définit les conditions dans
lesquelles les élèves des écoles de Popincourt et du prieuré Saint-Martin peuvent être pris en
charge (nourriture et habillement) et instruits aux frais de la République ; il faut pour cela que
les parents appartiennent à des catégories définies : soldats indigents morts pour la défense de
la patrie, ouvriers tués ou blessés dans l’explosion de Grenelle, indigents des colonies,
65victimes de la Révolution, soldats sans fortune en activité de . serviceLa loi du
3 vendémiaire an IV (25 septembre 1795) élargit la liste précédente (fils de marins et enfants
66
corses dont les parents sont victimes de la Révolution) et fixe l’effectif d’élèves à 600. Un
arrêté du 19 pluviôse an VII (7 février 1799) institue un conseil chargé à la fois de la
67direction, de l’administration et de la discipline de l’école , ce qui peut surprendre, mais
Pierre Crouzet qui assume les responsabilités depuis 1795 est confirmé dans ses fonctions par
la loi du 30 prairial an VII (18 juin 1799) avec le titre de « directeur comptable de l’École des
orphelins de la Patrie et des enfants de l’Armée réunis dans le ci-devant château de
68 69Liancourt » . L’organisation était complexe, faisant coexister des civils et des militaires .
70Crouzet dès son arrivée à Liancourt s’était heurté aux chefs militaires de l’ancienne école .
Ce type de désaccord est facilement récurrent et le conflit peut prendre de la hauteur à cette
époque où évoluent les structures de direction. Les ministères avaient été rétablis par la loi du
10 vendémiaire an IV (2 octobre 1795). La commission exécutive d’instruction publique
disparaît lors de cette réorganisation au même titre que les autres commissions exécutives.
Pierre-Louis Ginguené, homme de lettres, très attaché aux questions d’enseignement,
71auparavant commissaire de la commission exécutive , prend le titre de directeur général de
el’instruction publique et se trouve à la tête de la 5 division du ministère de l’Intérieur à partir
de novembre 1795. Dans ce climat d’instabilité, les conceptions sur les modes
d’administration et d’enseignement s’affrontent à l’occasion. Dans une lettre au ministre de la
Guerre de ventôse an IV (mars 1796), le ministre de l’Intérieur précise que
« l’institution de Liancourt n’est point une maison militaire, mais une école où l’on enseigne à
la fois les sciences et les lettres, les arts mécaniques et libéraux, et même l’agriculture…. [et
que] si les élèves sont soumis à un régime ilitaire, m s’ils y apprennent le maniement des
armes, ce n’est là qu’un objet de discipline intéri eure qui ne peut changer en rien la nature
72d’un établissement purement civil » .

L’établissement rencontre assez longtemps des difficultés de tous ordres et les moyens
financiers sont insuffisants. Le niveau général de l’enseignement s’améliore, encore que le

63
Wilhelm, professeur de musique, avait été élève en 1795 à l’École. Son récit « L’élève de Liancourt » est
très détaillé. Sur Wilhelm, voir ibid., pp. 174-181.
64 er
Observations justificatives sur l’École nationale de Liancourt depuis son origine jusqu’à ce jour 1
vendémiaire an VII (22 septembre 1798).
65 Le texte laisse toutefois la possibilité de les placer dans les armées ou de les mettre en apprentissage.
66 17 17 Arch. Nat. F 1 144, dossier 1, pièce 5 ; F 6 747.
67 17 17
Arch. Nat. F 1 144 ; F 6 747.
68 17
Arch. Nat. F 6 745.
69
Le régime militaire s’appliquait aux élèves avec rigueur. On leur avait donné l’uniforme et l’équipement des
jeunes gens de l’École de Mars.
70 17 Arch. Nat. F 6 747.
71 Dès l’automne 1795, il avait demandé à Mahérault, cien an adjoint de Crouzet au collège du Panthéon,
d’établir un rapport sur la situation de la nouvelle École nationale de Liancourt (A. Léon, op. cit., p. 206).
72 17 Arch. Nat. F 6 745. Voir A. Léon, La Révolution française et l’éducation technique, p. 183, note 92.
75
recrutement demeure hétérogène ; l’admission possible à compter de sept ans exige un
personnel spécial ; la part de l’éducation technique est encore faible même si l’agrégat des
deux autres écoles contribue à une orientation plus favorable ; les fonctions de l’école restent
trop dispersées. La situation matérielle légèrement améliorée en l’an VI connaît à nouveau
une grave pénurie à partir du milieu de l’an VII. Le directeur attire l’attention des
responsables du Directoire exécutif mais pour les solutions il doit compter avant tout sur
l’improvisation et sur les dévouements. Quoi qu’il en soit, c’est dans les bâtiments du château
de Liancourt que se trouve toujours située l’École nationale de Liancourt, cet établissement
qui fusionne les trois composantes déjà décrites.

1800 : Décision de transfert à Compiègne (École nationale de Compiègne)

À son retour en France, fin 1799, La Rochefoucauld a demandé la libération de son
château de Liancourt, un des rares biens qui lui avait été laissé. Telle est l’explication
73plausible donnée par certains auteurs dont Guettier . Une décision du ministre de la Guerre
du 3 messidor an VIII (22 juin 1800) prévoit la translation de l’École dans les bâtiments
74 75 76inoccupés du château de Compiègne . J. B. Mestre et après lui Antoine Léon relient cette
décision à l’influence du ministre de l’Intérieur, Lucien Bonaparte qui, dans un rapport, est
conduit à critiquer les résultats de l’École de Liancourt. La formation dispensée ne prépare
pas assez directement à un métier les élèves : ceux-ci, étant d’origine sociale modeste, ont
particulièrement besoin de trouver un travail pour devenir des citoyens indépendants et
77responsables dans la société .

La date du transfert des élèves n’est pas connue avec exactitude mais peut être située
en juillet 1800. Le 14 juillet l’école était encore à Liancourt, le 21 septembre les élèves
participaient à Compiègne au défilé organisé pour la célébration de l’anniversaire de la
78proclamation de la République . L’on sait d’autre part que le 16 août 1800 les élèves ne sont
79plus au château de Liancourt. L’École nationale de Compiègne (nouvelle appellation)
toujours placée « sous la direction du citoyen Crouzet » s’augmentera des élèves de l’École
des Tambours de Versailles.

L’époque du transfert coïncide avec la préparation de mesures d’organisation scolaire
qui vont affecter l’École de Compiègne. En particulier, l’intégration dans le Prytanée qui va
être décidée nécessite un rappel des décisions intervenues antérieurement pour expliquer
l’orientation des choix faits par le pouvoir consulaire.

B) L’École nationale de Compiègne, division du Prytanée français
(1800-1803)

Il convient de définir ce qu’est le Prytanée français afin de comprendre les liens établis
avec l’École de Compiègne.

73 A. Guettier, op. cit., p. 28.
74 « […] de l’autre côté de la rue de Thionville » (dev enue depuis rue d’Ulm) par rapport à l’ancien collège,
selon Pierre Henrion, op. cit., p. 59. Ainsi une distinction avec collège le (enseignement secondaire) de
Compiègne doit-elle être faite.
75
J. B. Mestre, op. cit., p. 12.
76
A. Léon, op. cit., p. 247.
77 er Le Moniteur, 1 fructidor an VIII (19 août 1800).
78 J. B. Mestre, op. cit., p 12.
79 Précision relevée par J.-D. de La Rochefoucauld, op. cit., p. 305. Lettre à Delattre, le 28 thermidor an VIII
(16 août 1800) [Bib. Nat., N AF 6 565, folio 66].
76

La Révolution n’avait pas supprimé brutalement tous les collèges de l’Ancien Régime,
elle en a maintenu en fonctions pendant la période d’étude des projets devant aboutir aux
écoles centrales. Le collège Louis-le-Grand avait été conservé sous le nom de collège Égalité.
Lorsqu’intervint en 1795 le décret créant les écoles centrales, l’établissement fut destiné à
recevoir, comme pensionnaires, les boursiers des écoles centrales, élèves peu fortunés et
méritants, appelés « élèves de la patrie ». À ce titre, ce collège reçut le nom de Prytanée
français, appellation évoquant le rôle alimentaire du Prytanée de l’Athènes antique. Les
pensionnaires devaient suivre les cours de l’école centrale la plus proche, celle du Panthéon.

En l’an VIII, sous le Consulat, le ministre de l’Intérieur, Lucien Bonaparte, estimant
dans un rapport que le nombre de places (environ deux cents) serait insuffisant et ne
80
permettrait pas de diversifier les candidatures sur un plan social , propose aux consuls une
81 erréorganisation . Un arrêté du 1 germinal an VIII (22 mars 1800) divise le Prytanée français
82en quatre collèges , placés chacun dans une ville : à Paris, à Fontainebleau, à Versailles et à
Saint-Germain. Dans chacun d’eux sont prévues cent places gratuites pour les enfants de
fonctionnaires ou militaires morts pour l’État et quelques pour des élèves aux frais de
83leurs familles . Tous les établissements sont soumis à un régime militaire.

Des décisions ultérieures vont modifier les implantations pour deux d’entre elles. La
ville de Fontainebleau n’aura pas de collège car il est prévu d’y implanter une école militaire.
84Le collège qui y était prévu sera en conséquence installé à Saint-Cyr près de Versailles.
D’autre part, si subsistent Paris et Saint-Germain, le quatrième collège est prévu à
Compiègne. En effet le 29 thermidor an VIII (17 août 1800), un arrêté des consuls édicte que
« l’École nationale de Compiègne est réunie au Prytanée, elle [en] sera une division »
er(art. 1 ). Il y aura 300 places d’élèves gratuites pour les enfants de militaires ou de
85 erfonctionnaires tués ou morts en activité . Suit un règlement établi le 1 jour complémentaire
de l’an VIII (18 septembre 1800) prévoyant que l’effectif, constitué par les enfants de l’École
de Liancourt, est fixé provisoirement à 140-150. L’établissement de Compiègne prend le nom
de Collège national de Compiègne et se consacre « à la première instruction des élèves qui
86 87doivent entrer dans les collèges du Prytanée » . L’école démarrera sur ces bases à la rentrée
et, au cours de la première année, souffrira d’une situation plutôt défavorable par rapport aux
88autres collèges du Prytanée .

Bonaparte pense orienter vers les applications professionnelles l’enseignement donné
dans l’un des collèges. Dans une lettre adressée le 22 prairial an IX (11 juin 1801) à Chaptal,

80 F. Buisson, Dictionnaire de pédagogie, 1887, p. 2479.
81 Voir le tableau synoptique retraçant l’évolution des établissements du Prytanée (Textes et documents n° 2).
82
Ces collèges comportaient un internat qui n’existait as p dans les écoles centrales. P. Henrion voit dans le
Prytanée une expérience qui inspira Bonaparte et d’où sortirent les lycées (P. Henrion, op. cit., p. 60).
83
Signalons seulement – pour ne pas revenir sur ce point – un arrêté du 18 germinal an VIII, prévoyant un
cinquième collège à Bruxelles pris en charge par l’Université de Louvain.
84 Dans les bâtiments de l’ancienne institution d’éducation des filles nobles établie par Madame de Maintenon.
85 17 Arch. Nat. F 1 144, dossier 10, pièce 85.
86 17
Arch. Nat. F 1 372, dossier 4. Règlement établi pour Collège le de Compiègne par le ministre de
l’Intérieur.
87
Les élèves arrivent à Compiègne en août 1800, sous direction la de P. Crouzet. Celui-ci est remplacé le
26 germinal an IX (16 avril 1801) par Berton, ancien supérieur à l’École militaire de Brienne, personnage plutôt
encombrant et maladroit. Il ne fera que compromettre la situation. Ce personnage du nom de Berton est, par
erreur, appelé Le Breton par J.-B. Mestre et par P. Henrion, qui pourtant en pa rlent assez longuement et avec
pittoresque (cf. J. Berland ; A. Léon).
88 A. Léon, op. cit., pp. 248-249.
77
le Premier consul veut obtenir un établissement qui enseigne « toutes les connaissances qui
peuvent [des élèves] faire de bons ouvriers et des hommes utiles dans les arts mécaniques et
89dans les ateliers de l’administration publique » . Il pensait alors au collège de Saint-Cyr pour
placer cette formation mais finalement lorsque Chaptal établit son règlement en juillet 1801,
c’est le collège de Compiègne et non celui de Saint-Cyr qui est transformé en établissement
d’enseignement professionnel.

Le Règlement général du Prytanée français et le Supplément pour le collège de
Compiègne (16 juillet 1801)

Un règlement général du Prytanée français, arrêté par le ministre de l’Intérieur et
90approuvé par lettre du Premier consul en date du 27 messidor an IX (16 juillet , 1801)
comporte un supplément pour le collège de Compiègne qui définit des particularités pour
l’enseignement et la répartition des élèves des sections professionnelles.

Ce texte présente, de notre point de vue, une double originalité, d’une part en
prévoyant pour la première fois l’existence d’un inspecteur général, d’autre part en conférant
à celui-ci compétence à la fois sur les trois collèges dispensant l’enseignement général et sur
le collège de Compiègne enseignement professionnel. Nous reviendrons plus loin sur ce
document lorsque nous traiterons de l’inspection générale.

91Le règlement de juillet 1801 donne une orientation plus accentuée vers la vie
professionnelle que celui de septembre 1800. C’est probablement pour cette raison que le
terme des études est fixé à 15 ans à Compiègne alors qu’il est de 18 ans dans les autres
collèges. Les élèves sont répartis en deux sections. Dans la première, les moins de 12 ans
continuent à recevoir un enseignement général élémentaire (lecture, écriture, calcul,
arithmétique, grammaire, géographie, dessin). La seconde section, constituée par les élèves de
plus de 12 ans, se subdivise en deux divisions : l’une composée des jeunes orientés vers les
arts mécaniques ; l’autre de ceux destinés à la marine.

Les élèves destinés aux arts mécaniques doivent être répartis en deux ou trois classes,
ils « continuent à apprendre à lire, à écrire, l’orthographe, le calcul, le dessin sous le rapport
des arts et métiers ». À 14 ans, ils sont placés en apprentissage, pour une durée qui ne doit pas
excéder trois ans, chez des maîtres particuliers, de qualité reconnue, tenus de rendre compte à
l’administration du Prytanée des progrès et de la conduite des élèves. Ceux-ci continuent à
faire partie du collège pendant la durée de l’apprentissage. À l’issue de cette période, ils
pourront être placés soit dans les manufactures nationales soit dans les ateliers de terre et de
mer de la République.

Les élèves destinés à la marine doivent sortir à l’âge de 15 ans du collège et sont mis à
la disposition du ministre de la Marine pour servir sur les vaisseaux de la République.
L’enseignement qu’ils ont reçu à cette fin est spécialisé : géographie, uranographie (carte du
ciel), cartographie, dessin, géométrie, algèbre, logarithmes, éléments d’astronomie.

L’article 16 du règlement indique qu’il y a 6 instituteurs pour la première section et la
division « mécanique » et 5 professeurs pour la division « marine ».

89 er Correspondance Napoléon I , n° 5602, t. VII, p. 166. Cité par A. Léon, ibid, p. 249.
90 er Le Moniteur, n° 344, 14 fructidor an IX (1 septembre 1801), pp. 1422-1424 ; Recueil des lois et règlements
èreconcernant l’instruction publique, 1 série, t. 2, pp. 35-41 ; A. Guettier, op. cit., pp. 277-299.
91 er Le Moniteur, n° 344, 14 fructidor an IX (1 septembre 1801).
78

En observateur attentif de l’évolution de l’éducation professionnelle, Antoine Léon
estime que « la formation technique de ces élèves (de Compiègne) n’est pas tellement
différente de celle qui était donnée à l’École nationale de Liancourt. Dans les deux cas,
92
l’initiation professionnelle, de type artisanal, est organisée à l’extérieur de l’établissement » .
Le règlement du collège national de Compiègne peut être considéré comme une étape dans
une évolution plus générale qui connaît des progrès mais parfois aussi un retour au passé.
J. B. Mestre écrivait déjà à propos de ce collège de Compiègne : « Cette question de
l’enseignement professionnel, qui est encore aujourd’hui le sujet des controverses les plus
vives et les plus ardentes, ne pouvait ainsi se résoudre tout à coup d’un trait de plume.
Cependant, à force de tâtonnements, l’école de Compiègne allait bientôt franchir une autre
93étape » .

La législation de 1802 sur les lycées et son caractère exclusif

Avant d’aborder cette étape nouvelle et décisive qui fera du collège national de
Compiègne la première école d’arts et métiers en 1803, il convient de porter un regard sur
l’évolution des établissements du Prytanée français et sur les réformes entreprises dans un
cadre plus large. L’activité de cette période consulaire, dominée par Bonaparte, assisté
d’esprits fertiles tels que Chaptal, Roederer, Fourcroy, ne s’arrête pas à ces changements. Si la
création d’un inspecteur général inscrite dans le Règlement de juillet 1801 n’est pas suivie
d’effet, en revanche un texte législatif plus ambitieux vient en 1802 réorganiser
l’enseignement secondaire et instituer une inspection générale pour les lycées nouvellement
94
créés .

95Chaptal avait présenté au Conseil d’État le 18 brumaire an IX (9 novembre 1800) un
projet d’organisation de l’instruction publique qui visait à améliorer l’enseignement primaire,
à développer l’enseignement secondaire, se prolongeant à partir de 16 ans dans des « écoles
spéciales, pour particulier d’une science ou d’un art ». Il n’était pas hostile
aux écoles centrales dont le projet conservait le maintien (sous le nom plutôt singulier
d’écoles communales) et préconisait d’en multiplier le nombre. Cette conception qui tendait à
retenir de l’enseignement des écoles centrales les aspects ouverts au progrès et à
l’émancipation intellectuelle n’était pas partagée par tous. Bonaparte, peu favorable au
développement de primaire et soucieux surtout de construire un enseignement
96secondaire conforme à ses desseins, écarte le plan de Chaptal .

Bonaparte lance un projet de réforme très différent, centré sur la création des lycées,
erqui aboutira à la loi du 11 floréal an X (1 mai 1802). Le conseiller d’État Fourcroy présente
au Corps législatif ce projet marqué en grande partie par un retour aux formes d’enseignement
de l’Ancien Régime. Pourtant, le projet adopté, Fourcroy, jugé trop libéral, se voit supplanté
par Roederer dans la préparation des mesures d’application. Il est vrai que Fourcroy est de ces
hommes qui perpétuent l’esprit de la Révolution et il puiserait encore volontiers dans le

92 A. Léon, op. cit., p. 250. Dans son ouvrage, l’auteur s’est liv ré à une longue analyse des différentes écoles
ayant précédé. Cette analyse érudite commence principalement à la page 77.
93
J. B. Mestre, op. cit., p. 13.
94
Loi du 11 floréal an X, Recueil des lois et règlements sur l’enseignement supérieur par A. de Beauchamp,
t. 1, pp. 81-87.
95 Jean-Antoine Chaptal (1756-1832), chimiste, membre de l’Académie des sciences, a été nommé membre du
Conseil d’État (section de l’Intérieur) par le Premier consul le 24 décembre 1799.
96 Paradoxalement, Chaptal est alors nommé ministre de ’Intérieur l le 21 janvier 1801. Il le restera jusqu’au
8 août 1804.
79
contenu des programmes des écoles centrales tandis que Roederer, esprit plutôt courtisan, est
97hostile aux écoles centrales. Cette dernière position est celle de Bonaparte. La volonté
consulaire s’inscrit dans les textes d’application et de manière significative dans la
erformulation de l’article 1 de l’arrêté du 10 décembre 1802 attribuée au Premier consul. « On
98
enseignera essentiellement dans les lycées le latin et les mathématiques » . L’on comprend
qu’au cours de ces discussions la formation professionnelle est largement absente des
préoccupations. Certes, la« Société d’encouragement pour l’industrie nationale », fondée en
1801 et présidée par le ministre Chaptal, s’efforce d’attirer l’attention sur la nécessité de
cultiver les arts utiles, de faire mieux connaître l’usage des machines mais c’est surtout après
991815 qu’elle pourra jouer ce rôle éducatif .

La législation de 1802 va avoir des conséquences importantes. La création des lycées
rendait inutile l’existence du Prytanée français dont les quatre sections étaient en place. Il y
avait double emploi au moins avec les trois collèges de Paris, Saint-Germain et Saint-Cyr. Or,
les deux premiers seulement furent supprimés. Les collèges de Saint-Cyr et de Compiègne
allaient connaître un sort particulier. D’autre part, le poste d’inspecteur général propre au
Prytanée n’avait pas été pourvu. Il disparaît. La logique eût voulu que son domaine
d’inspection fût reporté sur les inspecteurs généraux des études créés par la loi de floréal
an X. Ce ne sera pas le cas pour le collège national de Compiègne qui connaîtra une évolution
distincte, décrite plus loin.

Le collège de Saint-Cyr reçoit un régime spécial (arrêté du 8 octobre 1803). C’est le
seul établissement qui portera à l’avenir le nom de Prytanée français. Le nombre d’élèves
boursiers sera de deux cent cinquante. Les places de boursiers sont réservées aux fils de
militaires tués à l’ennemi, un contingent de non boursiers étant prévu, en outre, pour des
pensionnaires aux frais de leurs parents. L’établissement devient un pensionnat réservé aux
fils de militaires qui se destinent à la carrière des armes. Il va être affecté indirectement par la
loi du 11 floréal an X. Le titre VI de cette loi a créé une École spéciale militaire dont
l’organisation est définie dans les articles 28 à 31.

Cette école spéciale militaire est comprise dans les attributions du ministre de la
Guerre et son administration est différente des lycées et des autres Écoles spéciales. Une loi
du 8 pluviôse an XI (28 janvier 1803) prévoit qu’elle sera implantée à Fontainebleau mais le
er24 mars 1808 Napoléon 1 en décide le transfert à Saint-Cyr. Le Prytanée doit lui céder la
place, il est installé à La Flèche, dans les bâtiments de l’ancien collège, où il se trouve encore
100aujourd’hui . Bien que cet établissement dépende du ministre de la Guerre, l’inspection
générale de l’instruction publique y est toujours intervenue, pour l’inspection des professeurs,
en raison de sa compétence pédagogique et par convention entre le ministère de l’Instruction
publique et celui de la Guerre.


97 Roederer, conseiller d’État, avait été nommé directeu r de l’instruction publique (arrêté consulaire du 12
mars 1802). Il sera remplacé à ce poste par Fourcroy (arrê té consulaire du 14 septembre 1802) ainsi chargé des
textes d’application de la loi du 11 floréal an X. L’un et l’autre ont appor té une forte contribution aux réformes
de l’Instruction publique.
98
Recueil des lois et règlements concernant l’Instruction publique, 1802, pp. 304-305.
99 A. Léon, op. cit., p. 226.
100 Notons que l’École militaire de Saint-Cyr, réorgani sée en 1861 et destinée à former des officiers, a été
transférée en Bretagne, à Coëtquidan, en 1946. Un collège militaire a été réinstallé à Saint-Cyr-l’École en 1966
dans de nouveaux bâtiments.
80
Le collège de Compiègne semble donc délaissé par la réforme générale et il aura
encore une fois, à part des autres, un sort spécial. C’est cette destination particulière qu’il
convient de présenter.

La question a d’autant plus d’intérêt que sous le Consulat les créations durables en
matière d’organisation scolaire sont centrées sur les lycées, plus limitées et assez empiriques
en ce qui concerne l’enseignement technique.

Le Consulat connaît une embellie avec le Concordat signé le 16 juillet 1801 et les
traités de Lunéville, le 9 février 1801 et d’Amiens le 25 mars 1802 ; le Premier consul est plus
disponible, il fortifie l’autorité de l’État, restaure l’omnipotence et la centralisation que les
Constituants avaient voulu détruire. Le Directoire avait laissé un pays dévasté, l’industrie et le
commerce étaient au plus bas, l’économie souffrait de l’insécurité. Bonaparte remet en ordre
le pays, il encouragera ensuite les inventeurs et les manufacturiers. Il faut attendre la période
napoléonienne pour que les industriels commencent à porter intérêt à l’enseignement. Les
préoccupations de formation à un métier excluent toute bienveillance. Les temps sont à la
dureté. Au plan de l’apprentissage, les rapports entre les élèves et le patron sont toujours sans
statut satisfaisant. La loi du 22 germinal an XI (12 avril 1803) relative aux manufactures,
fabriques et ateliers, n’apportera pas d’amélioration à la situation des apprentis. « Elle
considérait les jeunes gens, non pas comme des élèves qui devaient apprendre le métier, mais
comme des aides à qui le patron pouvait demander un certain travail […]. La loi de germinal
101an XI déçut tous les espoirs ». C’est pourquoi la mesure qui va transformer le collège
national de Compiègne prend un caractère singulier.
« Des mesures prises par le Premier consul ou l’Empereur en faveur de l’éducation technique,
écrit Antoine Léon, on retiendra surtout l’arrêté du 6 ventôse an XI (25 février 1803) portant
création d’une École d’arts et métiers à Compiègne […]. L’originalité d’une telle création ne
doit pas nous aveugler sur la politique scolaire suivie au cours de la période
102. napoléonienne »

C’est de cette réalisation qu’il faut exposer les raisons et la portée.

C) La création de la première école d’arts et métiers et les prémices
d’une fonction d’inspection (1803-1806)

La transformation de l’école de Compiègne en école d’arts et métiers ne se fit pas
immédiatement. Dans un premier temps, le pouvoir recherche une nouvelle orientation à cet
établissement. Bonaparte en effet n’était pas satisfait des résultats du collège de Compiègne.
À la suite d’une partie de chasse dans les environs de Compiègne, le Premier consul avait fait
une visite impromptue à l’école. Ayant interrogé lui-même des élèves qui devaient terminer
prochainement leur scolarité, il constata que ceux-ci étaient très peu préparés à entrer dans la
vie industrielle ; des entretiens qu’il eut avec les chefs de l’école, il apprit la destination des
élèves vers les carrières militaires et aurait manifesté avec sa vigueur habituelle son désir de
changement.
« L’État, dit le Premier Consul, fait des frais considérables pour élever ces jeunes gens et
quand leurs études sont terminées, ils ne sont à l’exception des militaires d’aucune utilité au
pays. Presque tous restent à la charge de leurs familles qu’ils devraient aider. Il n’en sera plus

101 Jean-Pierre Guinot, Formation professionnelle et travailleurs qualifiés depuis 1789, Paris, éditions
DomatMonchrestien, 1946, p. 64.
102 A. Léon, op. cit., p. 222.
81
ainsi. Je viens de visiter les grands établissements des villes du Nord et les grands ateliers de
Paris. J’ai trouvé partout des contremaîtres distingués dans leur art, d’une grande habileté
d’exécution, mais presque aucun qui fût en état de faire un tracé, un calcul le plus simple de
machine, de rendre ses idées par un croquis, par un mémoire. C’est une lacune dans
l’industrie. Je veux la combler ici. Plus de latin – on l’apprendra dans les lycées qui vont
s’organiser – mais le travail des métiers avec la théorie nécessaire pour leurs progrès. On
103formera ici d’excellents contremaîtres pour nos manufactures » .

En rivalité avec l’Angleterre, Bonaparte avait le souci de rattraper le retard de nos
manufactures sur les usines anglaises. Sa déclaration correspondait à une volonté sincère de
réduire la formation militaire et de faire selon sa formule de véritables « sous-officiers de
l’industrie ». Une telle intention trouvait un écho favorable auprès de ceux qui souhaitaient
une évolution de la formation. « C’était, écrit Berland, répondre au vœu le plus cher de La
104Rochefoucauld » . Celui-ci aurait, dit-on, suggéré la visite à Compiègne car il était ami de
Chaptal :
« Les deux hommes étaient et restèrent très liés. Ils avaient en commun l’idéal du progrès
économique par la promotion des sciences appliquées aux arts. Liancourt s’était intéressé à la
création de la Société d’encouragement de l’indus trie nationale mais il restait persuadé – son
expérience aidant – que le développement des machines ne pouvait pleinement se réaliser que
si les capacités de la main-d’œuvre étaient relev ées. Ainsi, ne serait-on plus obligé de faire
appel à l’expérience d’ouvriers et contremaîtres anglais dont la présence en France devenait
105d’ailleurs de plus en plus problématique » .

Du plan Chaptal à la création de l’École

Dès son retour à Paris, le Premier consul avait chargé Chaptal de préparer, en liaison
avec des savants tels que Monge, Berthollet, Laplace, Costaz et Conté, un nouveau plan
d’études pour l’école de Compiègne.

106
Le rapport Chaptal du 15 pluviôse an IX (4 février 1803) inspirera directement
l’arrêté du 6 ventôse an X (25 février 1803).

Le plan de Chaptal réunit trois objectifs essentiels : former des hommes alliant les
connaissances générales et l’habileté d’exécution ; donner un métier solide pour soutenir les
élèves les moins fortunés ; établir un lien avec le Conservatoire des arts et métiers, organe de
perfectionnement pour les meilleurs élèves. Le moyen d’y arriver est un programme
d’enseignement technique sur le plan scientifique (davantage de mathématiques et de dessin
industriel) et sur le plan pratique (travaux en ateliers pendant la moitié de la journée). Au
départ sont prévus déjà cinq ateliers : fonderie / forge, ajustage et tour sur métaux /
menuiserie et charpente / tour sur bois / charronnage. L’organisation reste proche des écoles
militaires (brigades, sections, détachements). Les meilleurs élèves iront préparer, au terme de
leurs études, le brevet d’ingénieur des arts et métiers en deux ans au Conservatoire des arts et
métiers.


103
A. Guettier, op. cit., p. 30 ; F. Dreyfus, op. cit., p. 373. Cette visite rapportée d’après un témoin digne de
foi, A. Guettier la date en 1800, ce que contredit l’allusion aux lycées nés en mai 1802. Plus vraisemblablement,
elle se situe à la fin de l’année 1802. Voir également J.-P. Guinot, ibid., p. 60 ; J. Berland, op. cit., p. 11 ;
A. Léon, op. cit., p. 250.
104 J. Berland, op. cit., p. 11.
105 J.-D. de La Rochefoucauld, op. cit., p. 306.
106 17 Arch. Nat. F 1 379, pièce 35.
82
Le plan d’étude servira de base au contenu d’un projet d’arrêté visant à transformer le
collège de Compiègne en école d’arts et métiers pour y former «de bons artistes ou des
107ingénieurs des arts et métiers » .

Intervient peu après l’arrêté du 6 ventôse an XI (25 février 1803) portant organisation
108d’une École d’arts et métiers à Compiègne . Appelé aussi École des arts, l’établissement a
pour but de « former de bons ouvriers et des chefs d’ateliers », formulation d’objectifs plus
modestes que ceux contenus dans le plan Chaptal mais plus conformes aux vues de Bonaparte
selon Antoine Léon. Néanmoins, l’essentiel des dispositions du rapport de Chaptal se retrouve
dans l’arrêté sauf celles qui concernent l’emploi du temps. Huit heures par jour sont
consacrées aux travaux pratiques et deux heures aux études théoriques. Placée sous l’autorité
du ministre de l’Intérieur, l’école en relève directement. L’arrêté prend effet à compter du
mois de germinal an XI (avril 1803) mais c’est en prairial an XI (juin 1803) que s’effectue la
transformation en École d’arts et métiers.

109
Le nombre d’élèves est alors de 497 selon Antoine Léon mais la composition est
hétérogène. D’où le partage en divisions : la division des « artistes » composée des jeunes
gens les plus âgés, aptes à manier le marteau, la lime et le rabot ; la division des
« commençants », formée des plus jeunes, incapables de suivre encore, d’une manière active,
les travaux des ateliers. Ces deux divisions devraient constituer la partie essentielle et vitale
des effectifs ; elles subsisteront jusqu’en 1808 mais seule la première (élèves âgés d’au moins
12 ans) reçoit vraiment une éducation technique comprenant des études théoriques et des
travaux pratiques, la deuxième (les commençants) suivant seulement les cours théoriques. Or,
l’on a admis une troisième division, qui reçut des enfants en bas âge et des orphelins de
l’armée, dénommés les « petits des femmes » parce que des femmes avaient la charge
exclusive de ces enfants et leur conféraient des soins maternels jusqu’à l’acquisition d’une
maturité suffisante pour entrer dans les rangs des « commençants ». On perçoit le poids que
représente la cohabitation d’âges aussi différents. Le duc de La Rochefoucauld a longtemps
lutté pour refuser un recrutement au-dessous de 12 ans.

Les « artistes » sont répartis dans les ateliers spécialisés et les cours théoriques
110
comportent l’enseignement des mathématiques, de la géométrie descriptive et du dessin .

L’arrêté de ventôse an XI avait, à la suite de la commission Chaptal, ajouté aux
programmes différenciés des élèves l’obligation de manœuvres et instructions militaires.
Cette mesure était de nature à détourner l’orientation de l’École à laquelle on assignait un
objectif exclusivement manufacturier. L’état d’esprit dominant dans l’État et la poursuite des
guerres napoléoniennes contribueront à maintenir encore longtemps cette « situation
semimilitaire, semi-industrielle » de l’École, critiquée notamment par Guettier.





107 17
Arch. Nat. F 1 144, pièce 13. Extrait des registres des libérations dé du gouvernement de la République
(15 pluviôse an XI).
108 e
Bulletin des lois, 3 série, t. 7, n° 250 ; Le Moniteur, 9 ventôse an XI (28 février 1803). Ce texte a fait
l’objet d’une analyse par J. Berland, op. cit., pp. 11-15 et par A. Léon, op. cit., pp. 251-253.
109 A. Léon, op. cit., p. 252.
110 A. Léon indique qu’en l’an XIII les « artistes » représ entent moins de la moitié de l’effectif (219 sur 460).
Il fournit des détails sur la répartition par spécialités et sur l’emploi du temps (Ibid., pp. 252-253).
83
Traits distinctifs de l’École. Ses débuts difficiles

Cette École, dans laquelle on n’enseignait plus le latin, présentait en contrepartie
l’originalité d’être un établissement à enseignement préindustriel.

L’encadrement d’allure régimentaire donne lieu à une sélection par paliers successifs
111décrite par Berland, certains aspirants pouvant être entretenus à Paris auprès du
Conservatoire des arts et métiers (art. 35), obtenir un brevet de capacité (art. 36) mais il n’est
pas question du titre d’ingénieur esquissé dans le plan Chaptal. Le même article aborde des
possibilités de placement. « Ceux qui auront obtenu ces brevets seront employés de
préférence dans les travaux et ateliers qui sont au compte du Gouvernement ». Un décret du
1127 mars 1806 ouvrira encore des avantages pour les élèves les mieux classés .

À la tête de l’École se trouve un « proviseur » (art. 9). Le premier à occuper cette
fonction fut Berton qui était déjà directeur du collège de Compiègne, poste auquel il avait été
nommé le 26 germinal an XI (16 avril 1801) en remplacement de Crouzet devenu directeur de
113la section de Saint-Cyr du Prytanée . Berton, ancien religieux minime et supérieur de la
maison de Brienne, où Bonaparte avait été élevé aux frais du gouvernement français, croyait
pouvoir tirer de cette antériorité sur son ancien élève des pouvoirs personnels sur le château
de Compiègne et sur les habitants. Sa fatuité et son manque de tact – y compris avec le
Premier consul – le déconsidèrent assez vite et il ne tarde pas à être muté à Reims comme
eproviseur du nouveau lycée (le 6 jour complémentaire de l’an XI, 23 septembre 1803) ; il ne
réussit pas mieux dans cet établissement et est mis à la retraite pour « infirmités » par décret
114
du 28 août 1808 .

115 erSon successeur à Compiègne avait été Labâte nommé le 1 vendémiaire an XII
(24 septembre 1803). Ancien membre de la commission scientifique d’Égypte, homme de
qualité, Labâte fut confronté à l’agitation récurrente des élèves que son prédécesseur, plus
autoritaire, avait un peu mieux contenue. Le château de Compiègne se prêtait mal à la
surveillance avec ses bâtiments imbriqués, ses escaliers, ses vastes souterrains. Or, l’École des
arts et métiers a été instituée avec l’internat obligatoire. L’internat appelle la discipline ce qui
e
sera une source de difficultés au cours du XIX siècle malgré le caractère militaire de l’École.
Ce régime d’internat convenait assez bien à l’idéal éducatif de l’Église médiévale, dans les
séminaires et il a été pratiqué dans les collèges de l’Ancien Régime. Bonaparte a repris l’idée
pour les lycées en 1802 comme il l’imposera en 1804 à l’École polytechnique, institutions
élitistes. Charles R. Day s’est demandé pourquoi avoir introduit un système aussi coûteux
dans les écoles d’arts et métiers destinées, lors de leur création, à la formation d’ouvriers
qualifiés et de contremaîtres alors qu’un système d’externat ou de formation sur le tas aurait

111
J. Berland, op. cit., pp. 12-14.
112
Ibid.
113
Pierre Crouzet assurera la direction du collège de Saint-Cyr jusqu’au 17 mars 1809. Il est ensuite nommé
erproviseur du lycée Charlemagne et meurt le 1 janvier 1811. Cet homme lettré s’est signalé par les poèmes et
chants écrits surtout à l’occasion des événements qu’il a vécus.
114 Il faut lire les récits de ses gaffes et de ses initiatives prétentieuses dans l’ouvrage de J. B. Mestre, pp. 16-20
et dans celui de J. Berland, op. cit., pp. 15-16. Il finit dans la démence.
115 12
Cf. dossier Arch. Nat. F 4 869 : Joseph Jean-Jacques Labâte, né le 12 juin 1766 à Saint-Poix (Mayenne).
Nommé le 18 décembre 1789 chirurgien à l’hôtel royal des Invalides, puis chirurgien aide-major à l’armée de la
Moselle en décembre 1792 avant de revenir aux Invalides. Membre de l’expédition d’Égypte (sciences et arts) le
27 germinal an VI (16 avril 1798). Proviseur de l’École d’arts et métiers de Compiègne le 24 septembre 1803, il
accompagnera l’École transférée à Châlons qu’il dirigera avec beaucoup d’intelligence, de courage et de
erdévouement jusqu’au 1 novembre 1824. Admis à la retraite le 4 novembre 1824, il décède à Paris le 29 avril
1835.
84
été moins cher et aurait pu toucher davantage d’élèves. C’est qu’on liait l’internat à un
objectif pédagogique : le principe de la clôture séparant les élèves du monde extérieur est un
moyen efficace pour la formation de cadres dont on a besoin pour l’armée ou pour l’industrie.
Ch. R. Day y voit une transposition des conceptions classiques de l’époque sur la possibilité
de modifier les comportements :
« Il semble que l’introduction de l’internat aux Arts et Métiers ai été quelque peu
accidentelle : une institution militaire existait déjà à Compiègne pour des orphelins de l’armée
et des fils d’anciens soldats, et l’idée fut de donner à ces pupilles de l’État une formation
pratique qui leur permettrait ensuite de gagner leur vie tout en servant utilement l’État. Mais si
l’internat n’avait pas existé, il est probable que Napoléon, Chaptal et La Rochefoucauld
l’auraient introduit de toute façon car ils estim aient que l’avenir demandait la formation de
« sous-officiers pour l’armée industrielle »,
capables d’assurer la liaison entre le patronat et la main-d’œuvre non qualifiée. La
Rochefoucauld avait déjà fait l’expérience d’une école d’apprentissage dans son établissement
de Liancourt et en avait tiré l’idée qu’un régime d’internat permettrait, par sa clôture même,
de créer un nouveau type d’homme industriel. Accroître le nombre des travailleurs formés
dans les fabriques et les ateliers permettrait de simplifier le processus, d’accroître la
116productivité et de conduire vers une société d’abondance et d’harmonie » .

La Rochefoucauld développera ses idées pédagogiques plus nettement dans les
117rapports qu’il adressera plus tard au ministre de l’Intérieur. En réalité, il se résignera à
l’idée de placer l’École sous régime militaire en accord avec Labâte et le ministre de
l’Intérieur, seulement parce que l’indiscipline risquait de compromettre l’essor de l’École.

116 Charles R. Day, Les Écoles d’arts et métiers, pp. 211-212.
117 12 12 Arch. Nat. F 1 084, 19 mars 1807 ; F 1 085, 15 janvier et 6 mars 1807.
85



CHAPITRE 3

LA ROCHEFOUCAULD-LIANCOURT, INSPECTEUR
GÉNÉRAL DES ÉCOLES D’ARTS ET MÉTIERS





La situation de l’École au point de vue de la discipline, laissera à désirer pendant de
118
longues années ainsi que l’a décrit avec beaucoup de détails J. Berland . Ce désordre ne
tenait pas au régime de l’internat mais à un mauvais comportement des élèves ; celui-ci était à
119attribuer à leurs origines, ce que soulignent Labâte et La Rochefoucauld .

Ces causes premières d’agitation et d’insoumission existaient déjà à Compiègne où la
surveillance s’était révélée malaisée dans ce vaste château. L’insuffisante sélection et, en
outre, la présence d’un nombre important de tout jeunes enfants ne permettaient pas d’obtenir
120les résultats escomptés alors que l’on veut développer ce type d’école . Le ministre de
l’Intérieur est conscient des difficultés de fonctionnement de l’établissement. Ses services
reçoivent les doléances des directeurs et les chefs de bureau peuvent, le cas échéant, se rendre
sur les lieux. Cependant, compte tenu du caractère particulier de cette École, l’on éprouve le
besoin d’un avis émis par une personne ayant une autorité et une expérience suffisantes dans
le domaine professionnel pour analyser la situation et définir les mesures à prendre. C’est
alors que le ministre se tourne vers le duc de La Rochefoucauld-Liancourt pour lui demander
d’effectuer une visite sur place. Il s’agit alors d’une mission ponctuelle.

A)Deux décisions parallèles mais non interférentes

L’échange de lettres qui aboutira, au cours de l’année 1806, à une ou des visites de La
Rochefoucauld à Compiègne sera exposé plus loin avec exactitude. En effet, une grande
confusion à obscurci les récits en ce qui concerne les dates et même la chronologie des faits
relatifs tant à cette mission de La Rochefoucauld qu’à sa nomination ultérieure comme
inspecteur. Il faut ajouter qu’une note rédigée par l’intéressé vers 1814, instructive par son
contenu, a néanmoins entretenu le trouble chez les historiens et les biographes par les erreurs
de date qu’elle recèle. Cependant une autre préoccupation se profilait plus ou moins
ouvertement dans le même temps, et sans lien de causalité, au sein du cénacle ministériel,

118 J. Berland, op. cit., pp. 53-60.
119 12 12
Ch. R. Day, op. cit., pp 213-216 ; Arch. Nat. F 1 084 et F 1 085.
120
Un arrêté du 28 ventôse an XII (19 mars 1804) crée une seconde école d’arts et métiers à Beaupréau
(Maine-et-Loire) mais celle-ci ne fonctionnera en réalité qu’à partir de 1811. Elle sera transférée à Angers par
arrêté du préfet du Maine-et-Loire le 13 mai 1815, ndant pe les Cent-Jours, en raison de l’hostilité de la
population locale restée monarchiste. D’autre part, un décr et impérial du 28 floréal an XIII (18 mai 1805) avait
eprévu l’organisation d’une École à Trèves pour les treize départements réunis B(ulletin des lois, 4 série, t. IV,
n° 739). Cette décision restera sans suite. Il faut ttendre a 1843 pour voir créer une troisième École à
Aix-enProvence.
86
celle de libérer les bâtiments du château de Compiègne. Elle allait conduire à une décision
importante : le transfert de l’École à Châlons-sur-Marne.

Il est nécessaire de distinguer deux types de mesures qui, par leur concomitance,
semblent interférer alors qu’en réalité, leurs préparations restent distinctes : d’une part,
l’inadaptation des locaux du château de Compiègne et les idées de transfert émises pour le
libérer ; d’autre part, le problème plus général de l’École et la visite de contrôle sur place
demandée à La Rochefoucauld.

La question du transfert

L’école d’arts et métiers de Compiègne était installée dans le château de Compiègne,
bâtiment convenant mieux à des réceptions mondaines qu’à l’accueil d’une école industrielle.
Bonaparte connaissait cette demeure et, l’ayant à nouveau visitée alors qu’il était devenu
121 empereur, il eut le souci de rendre ce château à sa destination primitive . D’où la nécessité
de chercher une autre implantation pour cette école.

122Les travaux de Berland, effectués principalement à partir des Archives du
département de la Marne, permettent de savoir que dès le début de l’année 1805 le ministère
se préoccupait de trouver un nouveau lieu d’accueil. C’est une lettre du 9 ventôse an XIII
(28 février 1805) adressée au préfet de la Marne à titre personnel par le baron Durand, chef de
division de ministère qui, ayant appris le projet de sortir l’École du château de Compiègne, a
songé à une implantation à Châlons-sur-Marne. Les arguments en faveur d’une implantation à
Châlons-sur-Marne ont été présentés par le préfet de la Marne, Bourgeois de Jessaint (qui a
joué un rôle important avec Molard jeune, dans la préparation du transfert). Dans son livre,
123Euvrard en résume ainsi l’essentiel :
« Les motifs qui militaient pour l’établissement de l’école à Châlons étaient au nombre de
quatre :
1) Châlons, placée sur le bord de la Marne, offrait une communication peu coûteuse avec la
capitale ;
2) Châlons était à peu de distance de plusieurs villes populeuses et commerçantes, telles
que Reims, Troyes, où beaucoup de ses produits pouvaient être placés avec avantage ;
3) les subsistances étaient bien moins chères à Châlons que dans toute autre ville plus voisine
de Paris ;
4) enfin Châlons était chef-lieu de département ».

La question ne pouvait être résolue rapidement du fait que les autorités (Champagny,
ministre de l’Intérieur et Napoléon) étaient fort occupées et souvent en déplacement. Les
collectivités locales songeaient néanmoins à mettre en évidence les avantages de leur
candidature. Dès lors, un jeu interactif d’offres de locaux et de terrains se développe, assorti
d’interventions, de concurrences (Reims, Troyes et même Saint-Denis sont à certains
moments sur les rangs) mais en septembre 1805, sur le point d’aboutir, le projet châlonnais
échoue, tout est stoppé, Napoléon renvoyant à plus tard, avec sa brusquerie coutumière,
124l’examen d’un problème dont l’urgence lui était soudain apparue moindre .


121
A. Guettier, op. cit., pp. 34 et 83. L’auteur situe cette visite ve rs la fin de 1805, alors que l’empereur allait
visiter les camps de Compiègne et de Boulogne-sur-Mer.
122 J. Berland, op. cit., pp. 18-33.
123 F. Euvrard, p. 10.
124 J. Berland, op. cit., p. 21.
87
La première mission de La Rochefoucauld à Compiègne

Cependant, l’École rencontre toujours des difficultés ; le mauvais fonctionnement de
celle-ci est connu des responsables du ministère de l’Intérieur qui s’interrogent sur le sort
même de l’établissement : susciter un redressement ou envisager la fermeture. C’est alors
qu’est demandé à La Rochefoucauld-Liancourt son concours pour inspecter l’École de
Compiègne. Nous démontrerons plus loin que cette mission, la première effectuée par
125
Liancourt, aura lieu le 4 juillet 1806 (et non en 1805 comme l’affirment maints auteurs) . Le
duc a été sollicité en juin 1806 à un moment où les projets de translation semblent bien
compromis. La Rochefoucauld n’est pas hostile au déplacement de l’École dans un autre lieu
mais il reste étranger à cette affaire qui se traite en dehors de lui. De transfert, il n’est
d’ailleurs nullement question dans la mission demandée à Liancourt ni dans les investigations
et conclusions présentées par celui-ci. Le duc a évoqué cette mission plus tard dans une note
inédite conservée aux Archives du département de la Marne, qu’il est utile d’évoquer.

Note de La Rochefoucauld relative à cette mission

Dans cette note, non datée, l’auteur éprouve le besoin de tracer un historique de
l’École, très approximatif d’après ses souvenirs, et de rappeler l’objet et les conclusions de sa
mission, ce qui est le plus important :
« L’École des arts et métiers instituée en 1801 ou 1802 a été formée des débris du Prytanée de
Compiègne qui lui-même avait été formé sur le noyau d’une école de métiers établie à
126Liancourt en 1803 pour des enfants de soldats .
Il paraît que quand le gouvernement eut la très bonne idée d’instituer une école d’arts et
métiers, il ne considéra pas l’ensemble des avantages de cet établissement et des difficultés
que sa formation présentait ; on en peut uger jpar l’insuffisance et l’imperfection des
règlements, faits lors de cette formation, dans lesquels on voit bien l’intention de créer une
école d’arts et métiers, mais sans plan, sans moyens, sans aucun des détails nécessaires à cette
formation mais je ne veux traiter ici que de l’admission des élèves. Le gouvernement d’alors
déclara que les seuls enfants de militaires seraient admis à cette école et il n’en fixa pas l’âge.
127Quand, en 1805 , je fus prié par le ministre de l’Inté rieur d’aller visiter cette École où tous
les chefs s’entr’accusaient réciproquement des torts les plus graves, j’y trouvai une
cinquantaine d’enfants au-dessous de l’âge de huit ans ; il y en avait qui n’en avaient pas trois

125
Et le duc de Liancourt lui-même par erreur dans sa note rétrospective (cf. infra).
126 Les dates indiquées sont approximatives ou erronées.
127 Il s’agit en réalité de l’année 1806. Le document d’où est extrait ce texte a été relevé par nous dans les
Archives de la Bibliothèque du Conservatoire national des arts et métiers où il est conservé sous l’intitulé Bibl.
n° 138, 3 pièces (après 1814) :
- Observations sur le mode actuel d’admission des élèves aux Écoles d’arts et métiers, sur son inconvénient et
sur le moyen d’y remédier.
- Rapport de La Rochefoucauld, accompagné du règlement relatif au directeur de l’école (s.d.).
- Comprend un historique de l’École des arts et métiers de Châlons.
Aux Archives du département de la Marne est conservé un mémoire inédit dont le contenu est à peu près
identique : J. B. Mestre, op. cit., pp. 22-23 et J. Berland, op. cit., pp. 16-17, se réfèrent à ce même rapport de La
Rochefoucauld (sans date).
Le « règlement » indiqué par l’Inventaire du CNAM est n’ qu’un projet sur lequel travaillent les bureaux et
sans doute La Rochefoucauld. L’on peut penser qu’il s’agit de la préparation du règlement du 26 février 1817 ou
de sa révision car l’on parle du « ecteur dir de l’École » (avant 1817 c’est un « proviseur »). L’historique de
l’École d’arts et métiers a donc été rédigé par La Rochefoucauld très longtemps après les événements vécus.
Avec le temps, la perception des dates s’estompe et il a confondu 1805 avec 1806. Il suffit de voir le caractère
imprécis des dates au début de son rapport.
Nous fournirons, plus loin, des preuves formelles que cette première inspection se situe en 1806.
88
et une demi-douzaine de bonnes étaient, sous les ordres du proviseur, chargées de la direction
de cette section de l’École des arts et métiers.
Ma visite avait pour objet de voir si l’École, dans l’état de désordre dans lequel le ministre la
jugeait, devait être détruite de suite ou si lle epouvait être conservée. L’établissement me
paraissait avoir dans son intention trop d’avanta ges pour l’industrie française, et le désordre
que j’y reconnus me paraissait tellement de nature à pouvoir disparaître avec le temps, si le
gouvernement voulait en prendre les moyens, que je conclus à la convenance de le conserver.
Le ministre adopta cette idée et me pria de mecharger de l’inspection et de la direction
supérieure de cette maison ».

Dans la suite du rapport, le duc déplore l’attachement à réserver le recrutement à des
fils de militaires, « il suffisait pour être admis à l’école d’être fils de soldat. Aucune autre
condition n’était exigée », et il expose la difficulté à améliorer le recrutement, notamment :
« J’eus de la peine à obtenir : 1) que les enfants ne fussent admis qu’à l’âge de 12 ans ;
2) qu’ils ne pussent l’être sans savoir lire et écrire. On craignait tant de s’écarter de la volonté
du chef du gouvernement auquel même on n’osait pas en parler que ce ne fut que difficilement
que j’en obtins la permission tacite, qui cependant fut prononcée en 1807 ».

La Rochefoucauld, par son crédit personnel et la netteté de ses conclusions avait
sauvegardé l’existence de l’École. Il ne devait pas cesser par la suite d’en être le protecteur.

B) La décision de transférer l’École d’arts et métiers à
Châlons-surMarne (5 septembre 1806)

Liancourt, s’étant prononcé fermement dès la fin juillet 1806 pour un maintien de
l’École et pour des mesures de nature à laisser espérer un redressement, son rapport a pu
réanimer, dans certains milieux, l’idée du transfert. La prise en considération des propositions
du rapport d’inspection était de nature à relancer indirectement la question d’une nouvelle
implantation. En réalité la phase mouvementée des interventions des collectivités candidates
n’avait pas cessé réellement dans l’attente d’une décision du puissant empereur. Celle-ci allait
survenir comme il arrivait que Napoléon le fasse, de manière inopinée.

128Toujours est-il que Molard jeune , directeur des travaux de l’École de Compiègne,
rendu porteur d’une lettre du ministre de l’Intérieur au préfet (8 août), est envoyé à Châlons
avec mission d’évaluer les lieux, d’estimer les besoins et de dresser les devis des travaux
nécessaires pour une translation de l’École à accomplir dans les trois mois. Son rapport
déposé le 22 août est alors approuvé sans tarder et suivi de la prise du décret du
1295 septembre : « Un décret rendu par S. M. l’Empereur au palais de Saint-Cloud, le 5
septembre 1806, porte que l’École impériale d’arts et métiers établie à Compiègne, sera

128
François-Emmanuel Molard dit « Molard jeune » (en raison de la notoriété contemporaine de son frère
Claude-Pierre Molard, administrateur du Conservatoire des arts et métiers), est né aux Cernoisses, près des
Bouchoux, dans le Jura en 1774 et décédé à Paris le 12 mars 1829. Polytechnicien, affecté dans l’artillerie en
1794, il fait campagne comme sous-lieutenant ; nommé direct eur des travaux et des études des élèves à l’école
d’arts et métiers de Compiègne, il s’occupe du transfert de cette école à Châlons-sur-Marne. En 1811, il organise
la nouvelle école d’arts et métiers à Beaupréau, ansférée tr en 1815 à Angers. Nommé sous-directeur au
er
Conservatoire royal des arts et métiers à compter du 1 janvier 1817 (arrêté du 13 décembre 1816), il en avait été
administrateur par intérim pendant quelques mois en 1816 avant l’admission à la retraite de son frère. Chargé en
1819 d’une mission en Angleterre et, à son retour, de la su rveillance de la construction des machines à filer et à
carder. Il invente ou perfectionne les vis à bois, les ins fre à vis et à levier pour voitures, un mécanisme pour
débiter des jantes de roues, des courbes, (Renseignemetc. ents tirés du dossier des frères Molard aux
12Arch. Nat. F 4 863 ; du livre de F. Dreyfus, op. cit. ; de la Biographie universelle Michaud, t. 28.)
129 J. Berland, op. cit., pp. 21-24.
89 transférée à Châlons-sur-Marne, dans les bâtiments affectés à ce service par le même
130décret » .
C’est donc ainsi que la première mission (temporaire) d’inspection dévolue à
Liancourt s’est trouvée concomitante à un processus d’événements trop souvent présentés de
manière inexacte ou confuse. Les interventions des collectivités pour emporter le choix du
lieu, bien que réellement distinctes de la mission du duc de Liancourt, apparaissent, il est vrai,
comme autant de mesures factuelles et synchrones.
La ville de Châlons ne pouvait que se réjouir du choix fait par l’Empereur. Sa
responsabilité devenait importante car il fallait accueillir les élèves et le personnel du nouvel
établissement dans des bâtiments qu’il fallait approprier. Outre le délai imposé, la réalisation
des travaux pour l’adaptation des lieux allait être un sujet de préoccupations. J. Berland
souligne le coût plus élevé que les prévisions et critique les appréciations optimistes de
131Guettier . Les efforts de Molard et des autorités locales marnaises furent des plus tendus
pour exécuter les travaux, en raison des pressions du ministère de l’Intérieur, le transfert
devant avoir lieu « sous le plus bref délai possible » disait le décret du 5 septembre 1806 dans
erson article 1 .
Les opérations de transfert auraient dû être un épisode purement matériel qu’il n’est
pas nécessaire de relater. Leur bilan humain est toutefois apparu beaucoup plus affligeant
d’après les travaux de J. Berland. L’évocation en est significative des dures mœurs de
l’époque.
Les modalités du transfert des élèves de Compiègne à Châlons et l’installation à
Châlons
Les élèves quittèrent Compiègne le 8 décembre 1806 pour arriver à Châlons le
13 décembre. L’esprit d’indiscipline se manifesta encore la veille du départ, la plupart des
132vitres du château furent brisées par les élèves . L’effectif de ceux-ci était de 471 d’après les
133états comptables de 1806 . Pour effectuer la translation, l’on recourut à la pratique des
troupes en marche avec étape à Soissons, Fismes, Reims et Petites-Loges. Si le parcours se fit
134« pour ainsi dire tambour battant et au pas de course » et avec un accueil enthousiaste au
chef-lieu de la Marne, le voyage, accompli en plein hiver par le froid et la neige, s’est déroulé
sans confort ni tendresse. Berland évoque cet épisode mal connu des débuts de l’école :
« […] Sait-on que ce déplacement, par une saison aussi dure, coûta la vie à vingt-huit jeunes
gens ou enfants ? Ce chiffre douloureux fut donné en 1823, non pas officiellement peut-être,
mais en connaissance de cause par une personne qui avait suivi de très près les évènements et
qui était parfaitement placée pour être renseignée, par le duc de La Rochefoucauld lui-même.
Sait-on aussi que l’infirmerie de l’École regorgea de malades dans le courant de l’année
1807 ? Sait-on enfin que dans son devis du 10 janvier 1808 pour la construction d’une
infirmerie, infirmerie qui devait comporter jusqu’à soixante-douze lits, M. Molard nota cette
réflexion : "Nous avons eu cette année un bien plus grand nombre de malades, mais il est
probable qu’il n’en sera pas de même à l’avenir" ».
130
Le Moniteur, n° 259, 16 septembre 1806, p. 1149. Le texte du décret se trouve reproduit dans F. Euvrard,
op. cit., pp. 11-12 et dans Ministère du Commerce, ENAM, 1902.
131 A. Guettier, op. cit., p. 84.
132 J. B. Mestre, p. 24.
133 J. Berland, op. cit., p. 36.
134 A. Guettier, op. cit., p. 84.
90
Il n’est pas douteux que cet état de choses était une conséquence du voyage
intempestif de l’hiver 1806. Précédemment, le même Molard (23 novembre 1806) parlant du
transfert de l’École dans un moment aussi mal choisi, avait écrit au préfet : « Il serait à désirer
que ce fût dans une autre saison ; les élèves auraient moins à souffrir, mais il paraît que c’est
135
une chose devenue indispensable » . Heureusement, les autorités locales et les habitants de
Châlons avaient réservé le meilleur accueil à l’École et aux élèves.

Par la suite, l’intégration de l’École dans le milieu châlonnais ne se fit pas sans
soubresauts. Le proviseur Labâte, venu de Compiègne et qui devait rester à la tête de
l’établissement jusqu’en 1824, homme actif et courageux, soutenu par La Rochefoucauld,
lutta avec des moyens insuffisants pour améliorer le niveau et le fonctionnement de l’École
sans voir ses efforts toujours récompensés. Guerres et conscriptions répétées, les agitations
politiques, l’esprit frondeur des élèves, secouèrent à plusieurs reprises l’École, menaçant à
e certains moments son existence. Pendant toute la première moitié du siècle, XIX l’état
matériel reste médiocre, la qualité du recrutement progresse lentement.

Il faut du temps pour façonner une nouvelle école.

C) Les écoles d’arts et métiers sous la surveillance de La
Rochefoucauld-Liancourt (1806-1823)

La mission ponctuelle confiée à La Rochefoucauld-Liancourt est suivie de
l’attribution, quelques mois après, d’une fonction permanente d’inspection à laquelle sera
consacré plus loin un examen particulier.

Ce qu’il est nécessaire de souligner dès maintenant, c’est l’importance de cette
innovation. Instituer un agent habilité à se rendre sur place pour observer le fonctionnement
de l’établissement, relever les insuffisances et les défauts mais aussi déceler les initiatives
intéressantes et en demander éventuellement le soutien en haut lieu, aider à résoudre les
problèmes de scolarité et veiller à la discipline, suivre le développement des formations, cette
action de surveillance et de liaison est un facteur d’encouragement pour les responsables de
l’établissement et apporte un supplément d’autorité vis-à-vis des élèves.

À partir de 1811, la deuxième école d’arts et métiers prévue depuis 1804 est ouverte à
Beaupréau et sera transférée à Angers en 1815. La compétence de l’inspecteur s’étend aux
deux écoles.

L’école d’arts et métiers installée à Châlons va entrer dans une deuxième phase.
Beaucoup d’obstacles l’attendent. Elle occupe la plus grande activité de La Rochefoucauld
dès 1806. L’histoire de cette école a été l’objet de plusieurs livres (ceux de Guettier,
d’Euvrard) mais celui de Just Berland, plus récent, est des plus sérieusement documentés pour
la période de l’Empire et de la Restauration. Son récit met en relief les difficultés de la tâche
de l’inspecteur général. Heureusement, à la tête de l’École se trouve Labâte qui se révèle un
proviseur lucide et courageux. Des relations d’estime se nouent entre La Rochefoucauld et lui.


135 J. Berland, op. cit., p. 30. Le Livre d’Or du Bicentenaire gadz’Arts qui évoque le voyage (p. 298) et
l’arrivée dans une ville en fête (p. 188) passe un peu vite sur cette sombre aventure.
gadz’Arts : expression du jargon usité dans les écoles arts d’ et métiers pour désigner leurs anciens élèves.
L’expression est bien commode et nous l’utilisons.
91
Les sujets de réflexion sont nombreux, à commencer par les travaux à réaliser dans
l’établissement, qui impliquent des négociations, suivies pas à pas par l’inspecteur général.
Des problèmes ne cesseront de se poser ensuite concernant la tenue de la discipline et
l’organisation du recrutement, la mise en place des formations et l’installation d’ateliers,
l’insuffisance des moyens et parfois des incertitudes sur le devenir de l’École. Celle-ci a
econnu jusque vers le milieu du XIX siècle une évolution lente en raison du nombre
d’obstacles rencontrés et de la pression des évènements extérieurs. À partir de 1850, les
écoles (au nombre de trois : Châlons-sur-Marne, Angers et Aix-en-Provence, créée en 1843)
évoluent dans une phase de plus grande tranquillité « s’épanouissant en suivant la ligne de
136leur fondateur » avant de connaître un développement élargi et rapide à partir des années
1880. En même temps qu’elles s’accroissent en nombre, elles passent de la formation
d’ouvriers qualifiés et de contremaîtres à celle de techniciens des arts mécaniques et
d’ingénieurs.

La période napoléonienne paraît donc plus ingrate et plus rude dans la progression
d’unités isolées et confrontées à maints problèmes. Le rôle de l’inspecteur général sera
déterminant, il se penchera sur tous les aspects du fonctionnement, sachant être à la fois un
censeur sévère et un sage protecteur, tant est complexe la recherche de solutions à des
questions longtemps récurrentes. Face à la désobéissance des élèves de l’école de Châlons, il
137doit sévir mais alterner aussi la compréhension et l’exclusion . Il est préoccupé du
recrutement des élèves (nombreux fils de militaires, âge, niveau scolaire), des enseignements
et de la formation pratique, il préside lui-même les examens lorsqu’il se trouve sur place et
138porte un intérêt à toutes les questions. Berland montre qu’il suit tout lors de ses visites : la
production des ateliers et la vente des produits, les approvisionnements, la qualité de la
nourriture, la pratique religieuse. Il fonde à ses frais des prix de dessin et son dévouement
peut apparaître parfois comme empreint de paternalisme. En vérité, c’est un attachement réel
aux écoles d’arts et métiers. La Rochefoucauld-Liancourt soutient particulièrement l’école de
Châlons (qui est longtemps seule en pointe) et son proviseur mais il n’est pas toujours en
mesure d’être suivi auprès du ministère. Le poids des guerres napoléoniennes retient en
priorité les préoccupations des autorités et maintient une orientation des élèves vers les
carrières militaires de préférence à l’industrie.

Les invasions de 1814-1815 viennent compromettre en partie les progrès qu’avait
accomplis l’école de Châlons, même si la conduite des dirigeants et des élèves fut remarquée
pour leur courage.

Sous la Restauration, par-delà le calme de la paix, s’introduit la méfiance.
L’ordonnance du 26 février 1817 qui maintient les deux écoles d’arts et métiers rassure dans
un premier temps mais celles-ci vivent malgré tout sous la menace de suppression, la
politique scolaire oscillant en fonction des changements de gouvernement. Après 1815,
l’organisation militaire des écoles est en grande partie supprimée et en 1817 des mesures
interviennent concernant le recrutement qui laissent place à un certain favoritisme (le Roi
accorde un contingent de places sur la présentation directe du ministre). Dans cette période de
moindre intérêt pour les écoles, La Rochefoucauld-Liancourt apporte tous ses soins aux
écoles délaissées. C’est ainsi que, toujours préoccupé du niveau des élèves qui reste faible, il
erfait adopter à la date du 1 septembre 1817 le principe d’un contrôle des connaissances lors
de l’arrivée des élèves à l’École alors que l’ordonnance de février exigeait des certificats

136 Livre d’Or du Bicentenaire gadz’Arts, 1980, p. 225.
137 Voir un exemple de rapport d’inspection (Textes et documents n° 3).
138 J. Berland, op. cit., pp. 162-163.
92
d’instruction envoyés au ministre par les parents, trop souvent délivrés « par l’effet d’une
139complaisance coupable ou d’une négligence » . L’inspecteur général surveille tout de très
près. Tant que la monarchie légitime reste fidèle à l’esprit de la Charte, le duc de La
Rochefoucauld-Liancourt peut accomplir sa mission sinon avec toute la bienveillance
désirable du Pouvoir, du moins avec une relative quiétude. D’ailleurs, il se voit confier en
1817 les fonctions d’inspecteur général du Conservatoire des arts et métiers, « haute école
d’application » que la Restauration va doter, par l’ordonnance du 25 novembre 1819, d’un
140
« vrai texte organique » suivant la formule d’Anatole de Monzie .

Après la chute du ministère Decazes (21 février 1820), remplacé par Richelieu et plus
nettement encore avec l’installation d’un chef ultra en 1821, Villèle, le modéré qu’est le duc
de la Rochefoucauld est tenu en suspicion. Le libéral, d’adversaire politique est devenu un
ennemi. De manière indirecte, le nouveau ministre de l’Intérieur, de Corbière, va provoquer le
départ de La Rochefoucauld. Il prévoit le transfert de l’école de Châlons à Toulouse
(ordonnance royale du 26 juin 1823) et en prend prétexte pour supprimer la fonction
d’inspection générale (ordonnance du 9 juillet 1823). Le détail très instructif de ces mesures
sera exposé plus loin.

Le transfert à Toulouse ne se fera pas : les Châlonnais et leur préfet, Bourgeois de
Jessaint, manifestèrent leur opposition avec succès en profitant habilement du sacre du
nouveau roi Charles X à Reims après la mort de Louis XVIII.

La Rochefoucauld fut peu après dépossédé de toutes ses fonctions publiques pourtant
accomplies sans rémunération. Il se retira sur ses terres à Liancourt dans l’Oise mais continua
à veiller, à titre personnel, sur le sort des élèves. Dès le 17 juillet 1823, le proviseur de l’École
de Châlons, Labâte, avait, de son côté, demandé à être mis à la retraite. Il assumera la
direction de l’école jusqu’à son remplacement par le vicomte de Boisset le 4 novembre 1824.
Préoccupé d’instaurer un ordre moral rigoureux à l’École, de Boisset se rendit peu
sympathique aux élèves. Il est en grande partie responsable de la révolte de ceux-ci en avril
1826, la plus grave qu’ait connue cet établissement. La répression fut très rude : licenciement
en masse des élèves, poursuites judiciaires contre des élèves, enfermement à la Conciergerie.
Le duc de La Rochefoucauld-Liancourt a adressé des protestations et s’est efforcé d’atténuer
la dureté des conditions imposées aux élèves emprisonnés. Puis il a choisi un avocat, Claveau,
qu’il paya de ses deniers pour assurer la défense des élèves poursuivis devant la Cour
d’assises. Ceux-ci furent finalement acquittés à l’unanimité.

Dans son histoire de l’École de Châlons, Berland a longuement décrit cette révolte, ses
141causes et le procès . Pour illustrer l’attitude chevaleresque de La Rochefoucauld-Liancourt
dans cette affaire, il évoque l’hommage que lui rendit Claveau à plusieurs reprises :
« On vous a dit, s’écria Claveau dans plaidoyer, son qu’un traitement plus doux avait
succédé ; mais à qui le doit-on ? À l’intervention généreuse d’un citoyen illustre, du vénérable
M. de La Rochefoucauld-Liancourt, qui veille encore sur les enfants de la tutelle desquels il a
été interdit : il les protège, les nourrit. C’est i luqui a mis mon zèle en œuvre. Heureux si je
puis m’associer dignement à sa noble mission ! ».

Le duc de La Rochefoucauld meurt à Paris le 27 mars 1827 dans son hôtel de la rue
Royale. L’homme est regretté et en particulier par les élèves et anciens élèves de l’école d’arts

139 Ibid., pp. 155-156.
140 Anatole de Monzie, Le Conservatoire du peuple, Paris, SEDES, 1944, p. 69.
141 J. Berland, op. cit., pp. 226-234.
93
et métiers de Châlons. Rappelons l’hommage émouvant que ceux-ci cherchèrent à lui rendre
lors de ses obsèques ; des élèves ayant porté le cercueil jusqu’à l’église de l’Assomption, se
virent interdire par un commissaire de police de le reprendre à la sortie et, ce fonctionnaire se
faisant menaçant pour les huit jeunes gens des arts et métiers, provoqua délibérément des
142
incidents graves . Cet acte inexplicable souleva un grand émoi.

Le duc repose à Liancourt.

* * * * *

En dépit des chocs subis, les écoles d’arts et métiers et spécialement l’école de
Châlons connurent des années prospères. Ce fut le cas en 1821 et 1822 dont l’essor est
compromis par l’ordonnance de 1823. L’ordonnance du 26 février 1817 fixait à 500 le
nombre des élèves à entretenir en tout ou en partie (350 pour Châlons, 150 pour Angers). « Le
chiffre maximum fut rarement atteint. En septembre 1821, par exemple, on comptait à l’École
[de Châlons] alors très florissante 399 élèves dont 86 aux frais de leurs parents, 45 à
demi143pension, 65 à trois-quarts de pension et 203 à pension entière » . Tout n’est pas négatif dans
la politique scolaire de la Restauration, même si Guettier indique qu’après la révocation de La
Rochefoucauld en 1823, les écoles furent plus négligées et moins surveillées. Une ordonnance
royale du 31 décembre 1826 promue par le ministre de l’Intérieur, Corbière, réforme
l’organisation des écoles et un règlement très détaillé du 30 septembre 1827 est pris à la suite
du rapport fait par le jury spécial constitué dans les écoles. Toutes les questions étaient
abordées et ces deux textes ont servi de base à de nouvelles réglementations bien au-delà de la
Restauration. Certes, ainsi que le souligne Charles R. Day dans son livre, sous la Restauration
encore peu d’élèves se dirigeaient vers l’industrie faute de places de contremaîtres ou
directeurs d’ateliers.
« Malgré les efforts de La Rochefoucauld, les mentalités préindustrielles de l’artisanat
prévalaient dans les écoles (où aucune machine à vapeur ne serait installée avant les années
1840). […] Il n’est donc pas surprenant qu’avant 1840, Châlons et Angers aient surtout
produit des soldats, des fonctionnaires et des artisans bien plus que des ouvriers spécialisés ou
des contremaîtres. Il est probable que ces école s furent créées une génération trop tôt, d’où
leur mentalité artisanale, leur système d’internat et une tradition d’indiscipline qui sapaient les
144conceptions initiales de La Rochefoucauld, Napoléon et Chaptal » .

* * * * *

À la description historique de la naissance des écoles d’arts et métiers et de la place
prise par le duc de La Rochefoucauld-Liancourt dans cette évolution doit suivre une analyse
de la fonction d’inspection sous l’Empire et sous la Restauration. Pour saisir avec plus de
précision la nature et les contours de la fonction, il sera d’abord nécessaire de rétablir la
véritable chronologie des décisions. L’on trouve généralement affirmé que le décret du
5 septembre 1806 inclut la nomination du duc de La Rochefoucauld comme inspecteur de
145l’École . Beaucoup de confusion existe chez les auteurs ayant évoqué les origines ou

142
Le récit de ces obsèques a été fait dans plusieurs écrits, notamment par son fils, G. de la Rochefoucauld, op.
cit., p. 91 ; par le duc de Broglie, Souvenirs, III, p.92 ; par F. Dreyfus, op. cit., pp. 356-361 ; Voir aussi le Livre
d’Or du Bicentenaire gadz’Arts, 1980, pp. 139-147.
143 J. Berland, op. cit., p. 164.
144 Ch. R. Day, op. cit., pp. 127-128.
145 A. Guettier, op. cit., p. 33 et pratiquement les autres auteurs à sa suite.
94
l’histoire de la première école d’arts et métiers lorsqu’ils traitent de ces faits, qu’il s’agisse
des dates ou de la chronologie des évènements ou décisions.

À la suite de recherches plus étendues, il nous est permis de rétablir une chronologie
plus précise et de lever des ambiguïtés, par exemple sur la question de savoir si c’est à la suite
de la mission confiée à La Rochefoucauld que le transfert de l’école de Compiègne vers
Châlons a été décidé. De même, l’attribution du titre d’inspecteur général au duc donne lieu à
des présentations inexactes, reprises d’un ouvrage à l’autre sans vérification. L’exposé des
données factuelles appelle plus de rigueur.
95



TITRE II

LA FONCTION D’INSPECTEUR GÉNÉRAL.
ÉTAPES DE SA CRÉATION.
SON CARACTÈRE AUTONOME





Comment s’est faite l’attribution du titre d’inspecteur général au duc de La
Rochefoucauld ? À quelle date et en vertu de quel texte ? Le titre décerné était il celui
d’inspecteur ou d’inspecteur général ? Des missions ponctuelles ont-elles eu lieu auparavant ?
Quelle situation est à l’origine de cette fonction ? Y a-t-il un lien avec la création
d’inspecteurs généraux de l’Instruction publique intervenue en 1802 ? Pourquoi le choix
s’estil porté sur La Rochefoucauld-Liancourt ?

L’on pourrait penser que les ouvrages, en nombre non négligeable de nos jours,
consacrés à La Rochefoucauld-Liancourt ou à l’histoire de la première école d’arts et métiers,
ont apporté une réponse claire à ces questions. Ce n’est pas le cas. En se reportant à ces écrits,
depuis le début et dans l’ordre de leur publication, l’on relève des affirmations non étayées de
sources, des contradictions, des erreurs (souvent reprises d’un auteur à l’autre) et, en fin de
compte, la confusion. Une revue des principaux ouvrages est édifiante à cet égard.
96



CHAPITRE 1

DETERMINATION DU PROCESSUS RÉEL
DES DÉCISIONS





Le comte F. Gaëtan de La Rochefoucauld reste assez imprécis dans la biographie qu’il
consacre à son père : « M. de La Rochefoucauld a été, depuis son retour en France,
146l’inspecteur général de cette école pendant vingt-trois ans » . Le fils a visiblement une
information très incomplète sur ces aspects administratifs. Il en va de même généralement
pour les auteurs dont les écrits, produits peu après, s’appuient sur les données de la biographie
147du fils, tels Servan de Sugny ou Faugère .

Le premier ouvrage consacré à l’histoire des écoles d’arts et métiers est celui de
148Guettier, déjà cité, dont la première édition est de 1865. Ce livre est certainement connu
dans les milieux professionnels auxquels appartient l’auteur ainsi que parmi les condisciples
de celui-ci ; il a servi de référence à beaucoup d’historiens et, à plus court terme, aux
organisateurs de la cérémonie du centenaire de la fondation des écoles nationales d’arts et
métiers, une seconde édition de son livre ayant été publiée au début de 1880, avant la journée
du centenaire fixée au 8 août 1880. Dans son livre, Guettier précise (p. 33) que La
Rochefoucauld a été nommé inspecteur général en titre de l’École de Compiègne, par décret
du 6 septembre 1806. Aucune indication de source n’est fournie. La trace d’un tel décret
149n’existe pas dans les recueils de texte ou dans les archives .

Pourtant cette information se retrouvera ultérieurement sous la plume de la plupart des
auteurs.

150Le Brun écrit dans sa Notice sur les écoles impériales d’arts et métiers, datée du
151
20 mars 1864 et imprimée en 1865, mais rédigée dès 1863, que la première visite de La
Rochefoucauld-Liancourt à Compiègne a eu lieu le 4 juillet 1806, visite à la suite de laquelle
celui-ci reçut le titre d’inspecteur général. Il ne précise pas la date de cette nomination. Quoi
qu’il en soit, Guettier comme Le Brun étaient dans l’erreur ou l’imprécision.


146 G. de La Rochefoucauld, Vie du duc…, édition 1831, p. 58. Aucune date de nomination n’apparaît dans la
biographie.
147 Édouard Servan de Sugny, Éloge historique du duc de La Rochefoucauld, 1830 ; Prosper Faugère, La Vie et
les bienfaits de La Rochefoucauld-Liancourt, 1835.
148
En réalité l’ouvrage est paru en décembre 1864, ce qu’A. Guettier précise dans sa seconde édition
(Introduction, XVIII).
149
Comme nous le verrons, la date est exacte mais il ne s’agit pas d’un décret ni d’un inspecteur général (mais
à cette date d’une fonction d’inspecteur).
150 Il s’agit d’Antoine Gardeur-Le Brun, qui sera inspecteur des écoles d’arts et métiers sous le second Empire.
151 Le document imprimé est à la bibliothèque des Archives de la Marne, sous le n° 5 A 15 031. Nous avons pu
17consulter le manuscrit daté de 1863 aux Arch. Nat. F 14 317.
97
Chevrillon et Flaud dans leur « Notice historique sur les Écoles d’arts et métiers »,
insérée dans l’Annuaire de la Société des anciens élèves de l’année 1848 réédité en 1869,
mentionnent à la page 20 le décret du 6 ventôse an XI (février 1803) qui érige le Prytanée de
Compiègne en École d’arts et métiers et enchaînent : « et c’est trois ans après (6 septembre
1806) que M. le duc de Liancourt fut désigné par le gouvernement pour en être l’inspecteur
général ». Cette date est exacte en ce qui concerne la nomination d’inspecteur mais inexacte
152car c’est plus tard qu’interviendra le titre d’inspecteur « général » .

Si les discours et les articles de la presse, produits en abondance lors du centenaire de
153la fondation des écoles d’arts et métiers, en , 1880 s’alimentent trop souvent sans
discernement aux quelques ouvrages parus mais surtout à celui de Guettier, le Dictionnaire de
pédagogie de Buisson situe la première visite du duc à Compiègne le 4 juillet 1806 à la suite
154
de laquelle celui-ci est nommé inspecteur général (il ne donne pas de références précises) .

F. Euvrard, dans son Historique de l’École nationale d’arts et métiers de Châlons
(1895), inverse l’ordre des faits : « En 1805, lorsque M. de Liancourt qui avait été créé
inspecteur de cette école, fut appelé à Compiègne pour intervenir dans des accusations
155réciproques de professeurs, il trouva […] » .

Ferdinand Dreyfus, qui a publié en 1903 une étude de qualité reconnue consacrée à La
156
Rochefoucauld-Liancourt , nourrit cependant la confusion lorsqu’il s’agit de la fonction
d’inspecteur général : « La Rochefoucauld-Liancourt a été successivement….inspecteur
général des Écoles d’arts et métiers de 1800 à 1823 » (p. 1). « Le 6 septembre 1806, il avait
accepté l’inspection générale des Écoles d’arts et métiers » (p. 284). « En 1805, Chaptal invita
Liancourt à aller inspecter Compiègne » (p. 375). « Dés le 4 juillet 1806, Liancourt avait été
nommé inspecteur général » (p. 376). « Depuis 1800, Liancourt inspectait de fait l’École de
Compiègne ; il conserva ces fonctions pendant vingt-trois ans » (p. 377). Regrettable
accumulation d’erreurs d’un ouvrage dans lequel tant d’auteurs vont puiser par la suite.

J. B. Mestre, auteur d’une brochure (parue en 1927) sur l’École de Compiègne, place
un peu légèrement La Rochefoucauld sous l’autorité de Chaptal qui n’était plus ministre :
« En 1805, sur l’ordre de Chaptal, le duc Liancourt de vint inspecter l’École des arts et
métiers de Compiègne. Il ne s’agissait de rien moins que de savoir si l’institution dont la
mauvaise marche était notoire ne devait pas être condamnée sans appel. L’inspecteur général
157ne fut pas de cet avis » .

J. Berland qui s’est penché sur l’histoire de l’École de Châlons jusqu’à la Restauration
est le seul à s’interroger sur les versions diverses et contradictoires de l’attribution du titre

152
Par son rang initial d’auteur dans la chronologie des écr its, A. Guettier occupe une place particulière et le
contenu de son ouvrage a pu souvent servir de référence implicite à d’autres auteurs dans leurs récits
d’événements. Pour cette raison, des éléments biographiques de Guettier, ainsi que les conditions de publication
de son livre, sont fournis dans Textes et documents n° 1. Il a paru utile également d’essayer à cette occasion de
clarifier certaines controverses ou imprécisions induites de remarques parfois désabusées de Guettier, même s’il
convient de relativiser la portée de ces litiges empreints parfois de susceptibilité (compléments dans Textes et
documents n° 1).
153
Livre d’Or du Centenaire de la fondation des écoles nationales d’arts et métiers, 8 août 1880. Paris. impr.
de A. Quentin.
154 ère Dictionnaire de pédagogie, 1 partie, t. II, 1887, article sur La Rochefoucauld-Liancourt.
155 F. Euvrard, op. cit., p. 6.
156 F. Dreyfus, op. cit.
157 ère J. B. Mestre, La Fondation de la 1 école des arts et métiers. Son séjour à Compiègne (1800-1806), p. 22.
98
158d’inspecteur général à La Rochefoucauld mais il ne peut fournir d’explication. À son
ouvrage écrit en 1951, est ajoutée une annexe P « Note sur les origines des Écoles d’arts et
métiers », signée Nicolas Monnier, qui retient l’année 1806 pour le titre d’inspecteur général,
sans autre précision.

Antoine Léon, dans son livre paru en 1968 sur l’histoire de l’enseignement technique,
comme dans sa thèse, se réfère sur ce point à l’ouvrage de Ferdinand Dreyfus, reprenant de ce
fait les mêmes inexactitudes. « Selon La Rochefoucauld-Liancourt, invité par Chaptal à visiter
l’École d’arts et métiers, cet établissement est loin de donner, en 1805, entièrement
satisfaction » (p. 253). « Au moment où l’on décide l’installation à Châlons de l’École de
Compiègne, le duc de La Rochefoucauld-Liancourt est nommé, par décret du 6 septembre
1591806, inspecteur général des écoles d’arts et métiers » (p. 255) .

Dommage que ces deux historiens de qualité, Berland et Léon, n’aient pas pris la
peine de clarifier la question, cela eût évité de voir s’imprimer les affirmations les plus
diverses, au hasard des lectures faites.

En 1975, Gardet écrit :
« En 1803, ayant transformé l’école de Compiègne et créé sur place la première école des arts
et métiers, [le Premier consul] nomma le duc de La Rochefoucauld-Liancourt, inspecteur de
cet établissement. Son inspection fut étendue en 1806 à la seconde alors installée à Beaupréau
160et qui ensuite fut transférée à Angers » .

161
Le Livre d’Or du Bicentenaire gadz’Arts, imprimé le 10 mai 1980 , aligne des dates
qui entretiennent les hésitations et contradictions : « Dés le 4 juillet 1806, le duc de Liancourt
avait été nommé inspecteur général sans autre traitement que ses frais de déplacement »
(p. 95). « Depuis 1800, le duc de Liancourt inspectait de fait l’école de Compiègne ; il
conserve ses fonctions pendant 23 ans. En 1814, l’inspection du duc s’étendit au
Conservatoire des arts et métiers » (p. 99). « Décret du 5 septembre 1806 : l’École est
transférée à Châlons-sur-Marne sous le nom d’École impériale des arts et métiers. Le duc est
nommé inspecteur des écoles » (p. 794).

Dans la grande biographie récente Le duc de La Rochefoucauld-Liancourt, publiée en
1621980 par trois historiens , Ikni reprend la chronologie inexacte : « La mission confiée par
Chaptal aboutit en fait à sa nomination d’inspecteur général des écoles impériales d’arts et
163métiers, le 4 juillet 1806 » . Il est vrai que cet ouvrage, riche d’idées et de textes inédits,
soucieux de mettre à jour ou d’approfondir les rapports et les formes de contact entre un
homme éclairé issu de l’Ancien Régime et une société rurale en mutation, entre un
philanthrope sincère et les humbles du monde économique, ne s’est sans doute pas attaché à
des aspects administratifs factuels.


158
J. Berland, op. cit., p. 9 et renvoi 6 ; p. 16 et renvois 14 et 15.
159
A. Léon, op. cit..
160
P. Gardet, op. cit., p. 14.
161
Ouvrage cité, dû à plusieurs auteurs dont Jean Primault pour les recherches historiques et la rédaction. Le
elivre a fait l’objet d’une seconde édition en 1988. Remarque : p. 188, 15 ligne, c’est en supprimant la virgule
placée avant la date que la phrase devient plus conforme à la réalité historique dans ce livre.
162 J.-D. de La Rochefoucauld, C. Wolikow et G. Ikni, op. cit. (chapitres répartis entre les auteurs).
163 Ibid., p. 307.
99
Dans le mémoire qu’il a présenté en septembre 1982 à l’Université René Descartes
(Paris V) sur l’École des arts et métiers de 1775 à 1851, Bernard Meignan reprend très
largement les idées exprimées par Antoine Léon à propos de l’évolution de l’enseignement
technique. Étudiant le fonctionnement de l’École de Compiègne, il évoque, à l’instar de son
maître Léon, « une demande de Chaptal à La Rochefoucauld de visiter l’École en 1805 et de
proposer des solutions… ». Liancourt ayant remis ses conclusions, « à la suite de ce constat,
Chaptal nomme Liancourt inspecteur de l’École, le 4 juillet 1806 (décret du 6 septembre
164
1806 » .

165Dans son ouvrage sur les écoles d’arts et métiers, Ch. R. Day se borne à indiquer
que La Rochefoucauld est inspecteur général des écoles d’arts et métiers de 1806 à 1823 mais
dans la même page il reprend, après d’autres : « En 1805, La Rochefoucauld, sur la demande
de Chaptal, alla inspecter Compiègne ». Il situe, en outre, par erreur, la création de l’école de
Beaupréau en 1805.

Ce tour de littérature historique montre que les plus constantes méprises se
renouvellent et que la confusion règne sur ce court cycle d’évènements : multiplicité de dates
pour la nomination (5 septembre 1806 ; 6 septembre 1806 ; 4 juillet 1806, 1805 et même 1803
ou 1800) ; décret pour les uns, arrêté pour les autres ; inspecteur général ou inspecteur ;
missions préalables à la nomination ou non ; titre honorifique ou fonction ; inspecteur d’une
école ou des écoles, autant de divergences embarrassantes même lorsqu’un élément pris
isolément est exact. Il arrive même de relever des dates différentes dans un même ouvrage.
Faut-il aussi rappeler que le ministre de l’Intérieur en 1805 et en 1806 n’est pas Chaptal mais
de Champagny ?

Ce constat n’empêche pas de reconnaître tout l’intérêt qu’apporte le contenu de ces
ouvrages sous d’autres aspects, souvent d’une ambition historique ou intellectuelle plus large
d’ailleurs. La recherche de la précision n’étant pas liée à la dimension de l’évènement, il nous
paraît légitime de rétablir plus de correction dans le processus et les dates d’une phase
administrative trop malmenée.

En l’occurrence, une exploitation plus complète des ressources archivistiques est
nécessaire. L’ouvrage publié en 1987 par le Service d’histoire de l’éducation de l’Institut
national de recherche pédagogique, L’enseignement technique de la Révolution à nos jours
ouvre la voie à des études plus complètes. Dans son Introduction, Thérèse Charmasson fournit
166des indications intéressantes sur un courrier éclairant du ministère de l’Intérieur . Il est
nécessaire d’aller au-delà et d’essayer de reconstituer, à partir de documents authentiques, le
déroulement exact des évènements.

164 B. Meignan, op. cit., p. 39.
165 Ch. R. Day, p. 117.
166 Th. Charmasson, op. cit., p. 13, note 1.
100



CHAPITRE 2

PORTÉE HISTORIQUE ET SINGULARITÉ DE
L’INSTITUTION





Le processus des décisions devant être reconstitué à partir d’une exploitation des
archives pour aboutir à un exposé clair des étapes de naissance de la fonction d’inspecteur
général, il est indispensable de faire un historique complet de celle-ci où apparaîtront les
précédents et les tentatives, les inadaptations ou les interférences des idées ou des projets dans
un cadre institutionnel changeant, avant d’aboutir à des résolutions liées aux choix des
hommes et aux impératifs des situations.

A) Les prémices de l’institution avant 1806

Rappelons que le duc de Liancourt avait été nommé inspecteur de l’École des enfants
de l’Armée par Louis XVI (ordonnance royale du 10 août 1786, art. 3). Cette ordonnance qui
confère à l’École de la Montagne, créée par le duc en 1780, une reconnaissance officielle et
une mission régalienne, intronise celui-ci dans la fonction avec un certain lustre. En raison des
structures particulières de l’époque, il est difficile de considérer cet emploi comme un
167précédent spécifique . On peut être assuré cependant que La Rochefoucauld a rempli son
rôle avec la même foi et le même zèle qui animaient en toute circonstance le fondateur de
l’École mais la Révolution provoquera une rupture qui, si elle n’affecte pas l’existence de
l’établissement, rend caduc le titre d’inspecteur. À son retour d’exil, Liancourt ne reprend pas,
à l’égard d’une école transférée dès 1800 à Compiègne et dont le statut avait évolué, une
fonction d’inspecteur attribuée sous l’Ancien régime dans des conditions particulières et non
pérennisée. Par contre, l’homme dont l’autorité morale était connue réunissait une expérience
de la manufacture, de l’éducation professionnelle et aussi de la vie militaire particulièrement
appréciable à une époque où les écoles techniques connaissaient un régime militaire ou semi-
militaire. Ces qualités ont dû peser dans le choix des responsabilités qui lui seront demandées
par la suite.

Remarquons au passage que le poste d’inspecteur défini à l’article 8 de l’arrêté du
19 pluviôse an VII (7 février 1799) – texte intervenu sous le Directoire pour l’organisation de
168l’École nationale de Liancourt – n’a rien de commun avec celui du texte de 1786 ; c’est un
emploi qui fait partie du personnel de l’établissement et est soumis au directeur Crouzet, ce
n’est pas une fonction de contrôle distincte, échappant à la hiérarchie administrative de

167
La fonction est toutefois celle d’un inspecteur acé plen dehors de l’établissement et rendant compte
directement au Secrétaire d’État chargé du département de la Guerre (art. 15). L’École, placée sous l’autorité de
l’Hôtel des Invalides, a une organisation militaire. s Lattributs e d’une mission d’inspection existent. La
recherche de rapports d’inspection n’a pas été effectuée et les conditions d’exercice de la mission restent mal
connues. Cependant, il ne s’agit pas d’inspection générale.
168 17 17 Arch. Nat. F 1 144, dossier 5, pièce 55 ; F 6 747.
101
l’École. Le titulaire ne peut intervenir avec une indépendance suffisante à l’égard de la
direction de l’établissement. En revanche, l’on peut voir dans ce même arrêté une amorce
d’organisation d’un contrôle suivi, à l’article 18 :
« Un commissaire choisi par le ministre de ’Intérieurl se rendra à diverses époques sur les
lieux pour s’assurer de l’exécution du règlement, de la régularité de la marche administrative,
des progrès des études ainsi que pour connaître les élèves qui devront être placés en
apprentissage à Paris, et rendre compte de tout au ministre de l’Intérieur. Ce commissaire
recevra pour indemnité de ses voyages une somme de mille francs par an ».
La fonction toutefois n’est pas permanente et ressemble aux missions ponctuelles que l’on
confie parfois à un agent du pouvoir central.

C’est sous le Consulat, en 1801, que pour la première fois dans l’histoire de
l’administration française un texte gouvernemental prévoit un poste d’inspecteur général dans
le domaine de l’enseignement.

Le Règlement général du Prytanée français, arrêté par le ministre de l’Intérieur et
169approuvé par le Premier consul le 27 messidor an IX (16 juillet 1801) , comporte le titre IV
er
« Instruction », dont l’article 1 énonce :
« Il sera nommé un inspecteur général chargé, au nom du gouvernement, de surveiller les
établissements dépendant du Prytanée, dans toutes les parties qui concernent l’instruction. Il
rendra compte au ministre de l’Intérieur, etpourra proposer les améliorations qu’il croira
nécessaires ou utiles ».

L’intervention de l’inspecteur général était prévue, en outre, spécifiquement dans deux
cas. Les élèves de chaque collège étant répartis en deux sections en fonction de l’âge, la
section des plus de 12 ans est elle-même divisée entre ceux qui s’orientent vers la carrière
civile et ceux destinés à la carrière militaire. « L’inspecteur général, dans une inspection qui
aura lieu à cet effet, déterminera cette division, d’après la déclaration du chef de
l’enseignement et des professeurs, et le vœu manifesté par les parents » (art. 12). D’autre part,
il fixe les dates des examens publics de fin d’année, de manière à pouvoir assister lui-même à
tous (art. 31).

Ce texte prévu pour le Prytanée avait un champ d’application limité puisque celui-ci
recouvrait seulement quatre collèges ; à Paris (Louis-le-Grand), à Saint-Cyr, à Saint Germain
et à Compiègne. Aucun inspecteur ne fut désigné, des projets de réforme plus amples étant en
170préparation et prêts d’aboutir . Mais ce qui est intéressant, c’est le « Supplément pour le
171
collège de Compiègne », partie intégrante du Règlement général . Cet additif est lui-même
composé de trois titres, le titre III « Instruction » attribuant des fonctions particulières à
l’inspecteur général. Comme les autres collèges, celui de Compiègne est divisé en deux
sections : l’une, des enfants au dessous de 12 ans « instruction primaire » ; l’autre, des enfants
plus âgés. Cette seconde section est elle-même partagée en deux divisions : les jeunes gens
qui se destinent aux arts mécaniques (à 14 ans, ils sont placés en apprentissage mais font
encore partie du collège qui exerce une surveillance) ; les jeunes qui sont destinés à la marine

169 er
Le Moniteur, n° 344, 14 fructidor an IX (1septembre 1801), pp. 1422-1424 Recueil des lois et ;
ère
règlements concernant l’Instruction publique, 1 série, t. 2, pp. 35-41 ; A. Guettier, op. cit., pp. 277-299.
Chaptal avait établi ce règlement à la demande de Bonaparte qui l’a approuvé par lettre.
170 Voir infra : le projet de création d’inspecteurs généraux des études dont la compétence est distincte.
171 Les titres I, II et III du Règlement général sont applicables au collège de Compiègne sauf les exceptions
prévues au Supplément qui est un additif spécifique.
102
(à 15 ans, ils sont envoyés sur les vaisseaux de la République). Au cours d’une inspection,
l’inspecteur général détermine cette répartition (art. 6).

D’autre part, chaque année, il sera fait un examen des élèves du collège de Compiègne
« en présence de l’inspecteur général » (art. 14). Les 8 ou 10 élèves les plus aptes aux
sciences pourront passer dans les autres collèges du Prytanée, décision prise par le ministre
« d’après le compte qui lui aura été rendu par l’inspecteur général ». Cette participation de
l’inspecteur général aux examens de sortie (entre le 7 et 17 août) ainsi que la présidence de la
172distribution des prix sont des dispositions qui se retrouveront dans les obligations de
el’inspecteur général tout au long du XIX siècle.

L’on peut se demander, au cas où une nomination d’inspecteur aurait eu lieu, si le
même titulaire aurait pu accomplir ses tâches dans les quatre collèges ou si une spécialisation
se serait imposée assez rapidement. Il n’en a rien été. L’heure était à des réformes qui ne
concernaient pas l’enseignement technique et, dès avril 1802, Fourcroy annonçait devant le
Corps législatif un projet de réorganisation de l’instruction prévoyant la création de plusieurs
inspecteurs généraux des études.

erLa loi du 11 floréal an X (1 mai 1802), en créant les lycées, supprime les écoles
centrales et rend caduque l’entité du Prytanée français (dont deux collèges connaîtront
173
cependant un sort spécial : le collège de Compiègne et le collège de Saint-Cyr) .

L’article 17 institue les inspecteurs généraux des études et un arrêté du 22 prairial an
174
X (11 juin 1802) procède à la nomination de six premiers inspecteurs généraux . Mais cette
loi ne concerne pas l’enseignement technique ; la conjonction théorique et éphémère des
secteurs d’inspection (enseignement général et enseignement technique) ébauchée pour le
Prytanée ne s’est pas renouvelée. Il faudra attendre l’Empire pour que soit envisagée une
mission d’inspection, d’ailleurs séparée, tournée vers l’éducation technique.

Cependant c’est encore sous le Consulat et pendant l’embellie de la paix d’Amiens
que fut décidée la transformation du collège de Compiègne en école d’arts et métiers (arrêté
du 6 ventôse an XI, 25 février 1803). Le principe de la création d’une deuxième école d’arts et
métiers en Anjou, à Beaupréau, ne tarda pas à suivre (arrêté du 19 mars 1804) mais
l’établissement ne disposa pas des moyens de fonctionner avant 1811.

Il avait été question également d’une implantation à Trèves, non réalisée. Cette
situation explique sans doute que réapparaisse l’idée de désigner un inspecteur général propre
à ces écoles. Léonard Bourdon de la Crosnière (1758-1807), ancien directeur de la Société des
Jeunes Français, devenu en l’an IX membre du conseil d’administration de l’hôpital militaire
de Toulon, propose sa candidature à une telle fonction dans une lettre du 5 vendémiaire an
XIII (27 septembre 1804) adressée au ministre de l’Intérieur où il fait preuve de perspicacité :
« […] Sa Majesté a créé des inspecteurs généraux pour les lycées, leurs fonctions consistent à
s’assurer dans leurs tournées annuelles la de bonne tenue de ces établissements, de

172
Fixée alors à la date du 18 août.
173
Rappelons que le collège de Compiègne sera transformé en école d’arts et métiers (arrêté du 25 février
1803) ; le collège de Saint-Cyr portera seul le nom de Prytanée français (arrêté du 8 octobre 1803) et, par suite
d’un transfert en 1808, deviendra le Prytanée militaire de la Flèche.
174 Voir Les Inspecteurs généraux de l’Instruction publique, Introduction de G. Caplat, p. 14 et suiv..
Singulièrement l’arrêté donne aux trois premiers nom s mle é titre d’inspecteur général « de l’instruction
publique », appellation qui ne sera reprise qu’en 1850.
103
l’exactitude avec laquelle on y suit les règlements, et du progrès des études. Les écoles d’arts
et métiers qui existent, celles qui sont décrétées, ne retireront-elles pas un grand avantage
d’une pareille institution ? Un inspecteur général qui les visiterait chaque année, qui mettrait
Votre Excellence dans le cas d’améliorer l’orga nisation de celle qui existe, de tirer un parti
plus avantageux pour les élèves et pour la diminution des dépenses du gouvernement, des
ateliers qui y sont établis ; qui s’occuperait d’organiser celles qui sont décrétées d’une manière
analogue et qui les mettrait toutes en harmonie, n’occasionnerait pas une dépense inutile au
175gouvernement […] » .
Il renouvelle sa proposition dans une lettre du 29 septembre 1804, invoquant le projet
d’organiser une école à Trèves et le vif intérêt qu’il porterait à une nomination comme
« inspecteur général des écoles d’arts ». À ses missives, il sera répondu un an après,
courtoisement mais négativement, la nécessité d’un tel emploi n’apparaissant pas s’imposer
176selon les autorités .

B) L’attribution du titre et de la fonction d’inspecteur à La
Rochefoucauld-Liancourt (6 septembre 1806)

L’école de Compiègne cependant ne parvient pas à un état de fonctionnement
satisfaisant en dépit des espoirs qu’avait mis Bonaparte dans cette nouvelle institution. Les
responsables du ministère de l’Intérieur, partagés entre la lassitude et l’irritation, ne savent
comment réagir. La lettre d’Arnaud, sous-directeur de l’école de Compiègne, au ministre de
177l’Intérieur auquel il adresse sa démission et expose les querelles et les abus dont il est
victime et témoin au sein de l’établissement, suscite un besoin d’information sûre et
approfondie concernant la situation et le devenir de l’établissement. Une note très courte du
eministre au chef de la 2 division datée du 17 juin indique : « L’école de Compiègne a besoin
d’être inspectée. Il n’y a jamais eu un ordre parfait ; des querelles indécentes divisent les
principaux chefs de cet établissement. Me présenter un projet d’inspection et la nomination
178d’un inspecteur » . Le ministre pensait-il déjà au duc de La Rochefoucauld ? Quoi qu’il en
179soit, le nom de celui-ci s’impose rapidement puisque l’intéressé est sollicité par deux lettres
signées toutes deux par de Champagny, ministre de l’Intérieur.

Lettre du 20 juin 1806 à Monsieur La Rochefoucauld-Liancourt à Liancourt (Oise),
sous le timbre du Secrétariat général :
« Monsieur, l’École de Compiègne paraît exiger du moins momentanément une inspection,
qui embrasse à la fois l’état moral de cet établissement, sa partie économique et la situation de
180l’enseignement – et particulièrement la discipline qui y règne . J’ai espéré que, placé à portée
de cette maison, vous vous prêteriez peut-êtr e à vous charger d’une mission que votre zèle,

175 12
Arch. Nat. F 1 084.
176 12
Lettre signée Champagny en date du 6 vendémiaire an XIV (28 septembre 1805) (Arch. Nat. F 1 084).
177 « […] des marchés indécents et honteux avec des fournisseurs de la maison ». Le ministre Champagny
12répond aussitôt à Arnaud, qu’il souhaite le rencontrer (lettre du 9 juin 1806) (Arch. Nat. F 1 084).
178 12 Arch. Nat. F 4 875.
179
Chaptal est-il à l’origine de ce choix comme l’affirment plusieurs auteurs, sans citer de référence ?
[F. Dreyfus, op. cit., p. 375 ; J. B. Mestre, op. cit., p. 22 ; A. Léon, op. cit., p. 253 ; G. Ikni, pp. 306-307 ;
B. Meignan, p. 39]. Chaptal n’était plus ministre l’Intérieur de depuis août 1804, il était sénateur et comte
d’Empire, ami fidèle de La Rochefoucauld. Mais nous ne connaissons pas de document d’archive étayant
l’hypothèse d’une consultation ou d’une intervention. En tout cas, il n’était pas possible que Chaptal nommât
Liancourt inspecteur de l’école, comme l’écrit ingénument Meignan op. cit.,( p. 39), puisque n’est plus
ministre de l’Intérieur.
180 La mention de la discipline (entre tirets) a été ajoutée en surcharge entre deux lignes.
104
vos connaissances rendraient utile au but que je me propose. Je vous en chargerais avec autant
de confiance que de plaisir, si j’avais la certitude qu’il pût vous convenir de l’exécuter.
Veuillez me mander si vous pouvez vous prêter à ce dessein. J’attends votre réponse pour
l’accomplir et je serai charmé de trouver cette nouvelle occasion pour vous offrir des
témoignages de mes sentiments distingués.
181Signé : Champagny » .

Cette lettre est suivie d’une seconde au même destinataire datée du 21 juin 1806, sous
ele timbre de la 2 division, bureau des arts et manufactures :
« Le zèle bien connu, Monsieur, dont vous êtes animé pour la prospérité des Arts et les
connaissances variées que vous possédez me font désirer vivement qu’il vous soit possible de
vous transporter à Compiègne et d’inspecter l’École d’arts et métiers que le gouvernement y a
établie. Vous examineriez quelles sont les cause s, s’il en existe, qui s’opposent au succès de
cette école, et quels moyens seraient à employer pour la mener sûrement et rapidement au but
que l’administration se propose.
Je n’entrerai ici, Monsieur, dans aucun autre détail relatif à l’objet de cette mission. Si vous
l’acceptez, je m’empresserai de vous adresser des instructions positives sur diverses parties du
régime intérieur de cette école, lesquelles réclameront plus particulièrement votre sollicitude.
J’ai pensé, Monsieur, que cette importante opération ne pouvait être confiée à un homme plus
zélé et plus impartial, aussi cette seconde lettre vous prouve-t-elle l’intérêt que je mets à ce
182que vous en soyez chargé .
Veuillez me faire part de vos intentions.
J’ai l’honneur de vous saluer.
183Signé : Champagny » .

184Par lettre du 22 juin 1806 , La Rochefoucauld accède avec beaucoup d’obligeance à
la demande qui lui est faite, en souhaitant toutefois recevoir des instructions plus détaillées.
Celles-ci lui parviennent avec une lettre de remerciements du ministre, datée du 27 juin ; l’on
peut constater dans les archives la précision et la qualité du dossier constitué par les
185bureaux .

e
Le proviseur de l’école, Labâte, est informé par le chef de la 2 division, Lausel, de la
mission confiée au duc de La Rochefoucauld-Liancourt. Lausel déclare à ce propos être
186l’auteur du choix de ce premier chargé d’inspection (lettre du 27 juin 1806). Le 8 juillet,
Labâte fait savoir au ministre de l’Intérieur que La Rochefoucauld a effectué une inspection
187dans son établissement du 4 juillet au matin au 7 juillet au soir . Sans doute le duc a-t-il dû
en rendre compte au ministère peu de temps après mais il n’a pas été trouvé de rapport écrit
sur ce sujet en juillet ou août 1806. La Rochefoucauld a en tout cas été reçu par le ministre de
el’Intérieur et un des points de l’entretien a porté, comme l’atteste une note de la 2division du
5 septembre 1806, sur « la nécessité de nommer un inspecteur qui serait chargé dans le cours

181 12 Arch. Nat. F 1 084, pièce 26.
182
La partie soulignée est de la main même de Champagny.
183 12
Arch. Nat. F 4 875 ; cette même lettre se trouve également aux Archives de la Marne (Arch. Dép. Marne,
1 T 2043), citée par J. Berland, op. cit., p. 16, note de renvoi 14.
184 12
Arch. Nat. F 4 875.
185 12 Arch. Nat. F 4 875. Dans le même carton, se trouve un courrier qui complète les instructions (lettre du duc
du 30 juin au ministre de l’Intérieur ; réponse de celui-ci le 3 juillet).
186 12 Arch. Nat. F 4 875.
187 Ibid.
105
de l’année de visiter plusieurs fois l’école d’arts et métiers de Compiègne et de vous rendre
188compte de sa situation » .

La mission de La Rochefoucauld avait été en effet temporaire et ponctuelle ; il
s’agissait maintenant d’une fonction permanente. Le ministre avait, semble-t-il, pressenti le
duc pour tenir ce rôle, ce que celui-ci acceptait volontiers, et – avec son exceptionnel
désintéressement – sans traitement, se bornant à demander le remboursement de ses dépenses
189
de voyage et de ses frais postaux .

La nomination d’inspecteur de l'école d’arts et métiers de Compiègne est annoncée par
lettre du 6 septembre 1806 du ministre de l’Intérieur, J.-B. de Champagny, à Monsieur de
eLiancourt (lettre prise sous le timbre de la 2 division, bureau des arts et manufactures) :
« Monsieur, des considérations m’ont déterm iné à nommer un inspecteur qui sera chargé de
visiter plusieurs fois dans le cours de nnée l’a l’École d’arts et métiers de Compiègne.
Personne ne m’ayant paru plus propre que vous à remplir cette place, je vous l’ai conférée
dans la ferme persuasion que je n’aurais qu’à me louer de votre zèle à me fournir les
renseignements dont je pourrais avoir besoin. Je ne vous indique point la nature des fonctions
que vous êtes appelé à remplir. Votre inspection s’étendra sur toutes les branches de
l’enseignement et de l’administration de l’École.
Conformément aux vœux désintéressés que vous avez manifestés, il ne vous sera alloué aucun
traitement mais on vous remboursera tous vos frais de voyage.
190J’ai l’honneur de vous saluer » .

Réponse de M. de Liancourt par lettre du 9 septembre 1806 :
« […] je reçois la lettre du 6 de ce mois par laquelle vous me faites l’honneur de m’informer
que vous m’avez nommé à la place d’inspecteur de l’école d’arts et métiers de Compiègne. Je
191suis flatté de votre confiance et j’espère m’en montrer digne ... » .

Il n’avait pas été fait état dans cette correspondance du ministre, de la translation de
192l’École à Châlons décidée la veille par Napoléon dans son palais de Saint-Cloud . La
Rochefoucauld ne connaissait pas cette décision mais il était favorable au principe d’une
enouvelle implantation. Lausel, chef de la 2 division du ministère de l’Intérieur, lui en avait
parlé dès avant le 5 septembre ; la ville d’Amiens avait été évoquée comme une possibilité au
193cours de l’entretien sans que La Rochefoucauld y vît un obstacle à sa mission .

C) Sur la nature et l’étendue de la fonction

Le titre attribué est celui d’« inspecteur », non celui d’inspecteur général. Les pouvoirs
reconnus sont tout aussi larges. Dans sa lettre d’acceptation, La Rochefoucauld ayant
demandé une instruction qui embrasse tous ses devoirs et qui indique la latitude laissée à
luimême dans des situations extrêmes ou nouvelles où il se trouverait contraint à prendre, sans

188 e Rapport au ministre de l’Intérieur établi par la 2 division, bureau des arts et manufactures, signé par Lausel
12
et Cl. Anthelme Costaz (Arch. Nat. F 4 875).
189
Ibid.
190 12
Arch. Nat. F 4 875, minute de la lettre, corrigée de la main même de Champagny.
191 12
Arch. Nat. F 4 875.
192 Le décret de translation est signé le 5 septembre 1806 mais il ne paraît Le Moniteurdans que le 16
septembre. Le préfet de la Marne en a été avisé officiellement le 9 du même mois et ne reçoit ampliation du
décret que le 13. (J. Berland, op. cit., p. 23).
193 12 Rapport de Lausel au ministre de l’Intérieur, 5 septembre 1806 (Arch. Nat. F 4 875).
106
directive possible, une décision provisoire, la réponse qui lui est faite par le ministre accrédite
la portée donnée à la fonction :
« En vous nommant inspecteur de l’École, j’ai entendu que tout ce qui la compose,
moralement et physiquement, serait soumis à votre surveillance, et que dans les cas d’urgence
jugés tels par vous, vous pourriez prendre une écision d conforme aux circonstances sauf à
m’en informer ultérieurement. Je connais trop bien votre zèle, et j’ai des preuves assez
complètes de votre prudence et de votre fermet é, pour n’avoir pas besoin de circonscrire les
194pouvoirs que je vous délègue » .

Très significatif d’une confiance institutionnelle, ce très bel aphorisme, à méditer par
les théoriciens du droit public, contenu dans le rapport de Lausel qui accompagne le projet de
réponse soumis à la signature du ministre : « Il me semble, Monseigneur, que le mot
inspection renferme en lui seul une instruction toute entière… », et plus loin, « au surplus,
l’inspecteur doit connaître de tous et de tout […] tout est du ressort de Monsieur
195l’inspecteur » .

erD) L’attribution du titre d’inspecteur général (1 janvier 1807)

Contrairement à ce qu’ont écrit les différents auteurs, La Rochefoucauld-Liancourt n’a
pas porté le titre d’inspecteur général en 1806. Le titre d’inspecteur général entre dans les
ercorrespondances à partir du 1 janvier 1807 comme en font foi tous les documents dépouillés
ou lus avec attention. Il n’a pas été trouvé de décision officielle, celle-ci a pu revêtir une
forme simple (lettre à l’intéressé, note aux bureaux, voire directive orale de l’Empereur au
cours d’un conseil…). C’est ce que laisse penser une pièce de dossier du ministre de
196l’Intérieur, écrite après 1823, rappelant les dates essentielles ainsi rédigée :


1806-1823
– M. de La Rochefoucauld-Liancourt est nommé le 6 septembre 1806
Inspecteur de l’École d’arts et métiers de Compiègne ;
er– Le 1 janvier 1807, on lui donne dans la correspondance le titre
d’Inspecteur général ;
– Le 9 juillet 1823, l’Inspection générale est supprimée.


erL’observation du courrier antérieur et postérieur au janvier 1 1807 apporte une
confirmation.

Pour l’année 1806, les lettres ou rapports postérieurs au 6 septembre n’emploient
jamais le titre d’inspecteur général et toujours celui d’inspecteur, qu’il s’agisse de courrier
12émanant du ministère : lettres à La Rochefoucauld du 3 octobre (Arch. Nat. F 1 085), du
12 12
21 novembre (F 1 084), du 12 décembre (F 1 085) ou qu’il s’agisse de celui adressé par La
12Rochefoucauld à son ministre : lettres du 24 octobre et du 6 novembre 1 084), (F du
124 décembre et du 26 décembre (F 1 085).

194 12
Lettre du ministre de l’Intérieur à La Rochefoucauld en date du 3 octobre 1806 (Arch. Nat. F 4 875).
195
Rapport du 3 octobre 1806, Ibid.
196 12 Arch. Nat. F 4 875. Les mots soulignés le sont dans le texte original. Une autre note, contenue dans la
même liasse, rappelle le titre d’inspecteur de M. de ancourt Li et comporte une surcharge « général » ajoutée
après-coup sur un document de l’école de Châlons. genre Ce d’erreur commise ultérieurement dans des
documents a pu ajouter à la confusion.
107

Pour l’année 1807, dès le 9 janvier, deux lettres envoyées le même jour à La
Rochefoucauld (l’une répondant à celle du 26 décembre 1806 au sujet d’un nouveau
règlement préparé pour l’École de Châlons, l’autre l’informant d’un courrier du proviseur
Labâte) s’adressent ainsi au destinataire : « Le ministre à M. de Liancourt, inspecteur général
12de l’École impériale d’arts et métiers de Châlons-sur-Marne, à Liancourt (Oise) » (F 1 085).
12La même formule est reprise ensuite régulièrement : lettres du 16 janvier (F 4 875) et après
12 12
le 16 janvier (F 1 085), une autre du 16 janvier (F 4 875) répondant à un courrier du 31
12 12décembre (celui-ci non retrouvé) ; lettres du 7 mars (F 1 084), du 13 mars (F 4 875), du 27
12mars (F 1 084) en réponse à une lettre du 16 mars non retrouvée. De son côté, La
Rochefoucauld emploie le titre d’inspecteur général : lettre du 6 mars adressée à son ministre
12(F 4 875) même s’il lui arrive encore par habitude ou pour abréger d’indiquer « L’inspecteur
de l’École à Son Excellence le ministre de l’Intérieur » : lettres des 17 et 18 mars et 3 avril
12(F 1 085). Le dépouillement d’archives ne prétend pas être exhaustif, il est démonstratif
197pour les mois essentiels ; la suite du temps ne pose plus de problème.

La Rochefoucauld-Liancourt n’était d’ailleurs pas homme à usurper un titre.
L’Empereur, de son côté, n’avait pas une sympathie extrême pour ce duc libéral qui n’avait
jamais accepté le métier de courtisan mais il en appréciait les talents. « Il y eut entre eux
198comme un pacte tacite » écrit Ferdinand Dreyfus. L’attribution du grade d’inspecteur en
1806 répondait au désir du chef de l’État de voir ce manufacturier faire bénéficier de son
expérience l’enseignement technique et l’industrie nationale. Cette préoccupation est
exprimée dans la lettre que le ministre de l’Intérieur, de Champagny – si prompt à traduire les
idées de son maître – adresse le 21 novembre 1806 au nouvel inspecteur : « Ne vous lassez
pas, Monsieur, de porter un œil investigateur sur toutes les parties d’un établissement qui peut
devenir très utile à notre industrie manufacturière, mais qui est bien loin d’atteindre le but que
l’on s’est proposé en le formant. J’adopterai avec empressement les améliorations que vous
199me proposerez d’y faire » .

La Rochefoucauld-Liancourt jouira malgré tout sous l’Empire d’une grande liberté
dans son activité d’inspection. Il s’attachera à cette École de Châlons et s’y consacrera
pleinement. Ce fut désormais, selon son fils Gaëtan, « son œuvre de prédilection ». Ses
erapports sont lus par le ministre et le chef de la division 2 qui, par leurs remarques ou
décisions, émaillent d’apostilles les documents avant de les transmettre aux services pour
exploitation ou suite à donner. Sans avoir les relations d’étroite amitié et la parfaite
concordance de vues qu’il avait eues avant 1804 avec Chaptal, le duc s’entend bien avec les
ministres de l’Empire qu’il sait méfiants (de Champigny, Crétet, Fouché à l’Intérieur) et tient
à avoir la confiance du nouveau ministre à son arrivée (par exemple, le comte de Montalivet
er 200nommé le 1 octobre 1809) .

Dès 1808, le titre d’inspecteur général de l’École impériale d’arts et métiers de
Châlons-sur-Marne est imprimé sur des papiers à en-tête au-dessous d’un blason (aigle
201impérial couronné et ceint de feuilles de chêne) : à preuve des lettres ou rapports adressés

197
Ces données chronologiques font justice de dates et de faits imprudemment avancés ou reproduits.
198
F. Dreyfus, op. cit., p. 250.
199 12
Arch. Nat. F 1 084. Ikni qui a reproduit également ce passage dans la biographie écrite en collaboration
sur le duc de La Rochefoucauld-Liancourt op. cit., ( p. 307, note 2) attribue à tort – et sans citer de référence –
cette lettre à Chaptal.
200 12 Lettre à Lausel 11 octobre 1809 et réponse du ministre le 17 octobre 1809 (Arch. Nat. F 4 875).
201 12 Voir reproduction d’un rapport du 6 août 1808 (Arch. Nat. F 1 084) dans Textes et documents n° 4.
108
12 12au ministre les 19 janvier 1808 (F 4 875), 6 août 1808 (F 1 084), 15 septembre 1808
12 12 12(F 1 097), 26 septembre 1808 (F27 avril 1809 (F 1 085), etc. En 1812, l’intitulé
préimprimé traduit une autorité plurielle en raison de la mise en service de l’école de
Beaupréau : « L’inspecteur général des écoles impériales d’arts et métiers ». Citons les
12
rapports des 12 novembre et 3 décembre 1812 (F 1 085), des 22 juillet et 18 octobre 1813
12 12 12 202(F 1 097), du 9 août 1813 (F 1 085), du 3 juin 1814 (F 14 317) , etc. Après la période
12de flottement des Cent-Jours (rapport du 6 avril 1815, F 1 084), le blason royal (trois fleurs
er
de lys) prend place sur l’imprimé : rapports des 19 janvier, 28 septembre, octobre 1 1816
12(F 1 097). Le premier inspecteur général dans un domaine de l’enseignement technique a su
conférer à la fonction respect et dignité, y compris dans ses marques extérieures. L’attribution
du titre d’inspecteur général avait été reçu par La Rochefoucauld avant tout comme une
mission de service public, dépouillée d’avantages matériels, « n’acceptant aucun traitement,
203
mais simplement le remboursement de ses frais de poste et d’hôtel » . Ce désintéressement
devait rester unique dans les annales de l’inspection générale.

Ironie de l’histoire, le poste d’inspecteur général ne trouvera une consécration dans un
texte réglementaire que sous la Restauration, par l’ordonnance royale du 26 février 1817
relative à l’organisation des écoles royales d’arts et métiers de Châlons-sur-Marne et
d’Angers :
« Art. 4 – Un inspecteur général est chargé, sous l’autorité de notre ministre secrétaire d’État
de l’intérieur, de la surveillance des deux écoles royales de Châlons-sur-Marne et d’Angers. Il
y a, à la tête de chacune des deux écoles, un recteur. di L’inspecteur général et les directeurs
204sont nommés par nous, sur la présentation du ministre » .

L’ordonnance du 26 février est suivie du règlement du 28 juillet 1817 pour les écoles
205d’arts et métiers ; très détaillé, celui-ci comporte, entre autres, cinq articles définissant les
attributions de l’inspecteur général avec une remarquable précision.

Le rôle de l’inspecteur général consiste, d’après le règlement du 28 juillet 1817, à
visiter les écoles une fois l’an, et plus souvent si le ministre le juge indispensable, à examiner
« toutes les parties de l’administration, de la comptabilité, de l’instruction théorique et
pratique » et à rendre compte au ministre, sauf à lui proposer tout ce qui pourrait tendre à leur
perfectionnement.

En cas d’abus flagrant, il peut prendre une décision immédiate, qu’il demande au
ministre de ratifier.

En outre, l’inspecteur général vérifie les comptes à la fin de chaque année et les
soumet à l’approbation ministérielle ; enfin, en cas de vacances dans le personnel, il présente
au ministre les personnes qui lui paraissent le mieux qualifiées.

erPendant le règne de Napoléon , 1la fonction d’inspection s’était, à partir d’un
échange de lettres et sans base réglementaire, fortement imposée ; l’avenir montrera que sous
la royauté l’existence d’un texte statutaire peut ne pas constituer une protection suffisante.


202
Le modèle de blason est différent (aigle impérial en envol portant un brin d’olivier).
203 Pierre Philibert Pompée, Études sur l’éducation professionnelle, Paris, 1863.
204 e Bulletin des lois, 7 série, t. IV, pp. 173-175 ; Charmasson, op. cit., pp. 115-116.
205 17 Le projet de texte se trouve aux Arch. Nat. F 14 317. L’on trouvera, d’autre part, une longue analyse du
Règlement par J. Berland dans son Histoire de l’école de Châlons, pp. 135-141.
109
Toujours est-il que quatre ans après la création des inspecteurs généraux des études
pour les lycées, l’Empire a fait sa place à une autre inspection générale, pour la surveillance et
l’encadrement des écoles d’arts et métiers.

E) Sur le caractère de la fonction d’inspecteur général

206
Au regard des attributs généralement reconnus à la fonction d’inspection générale ,
la mission de La Rochefoucauld-Liancourt se caractérise par son domaine spécialisé, des
prérogatives appelées à devenir « classiques » et un haut degré d’influence du titulaire.

Le champ de compétence, limité d’abord à une École puis étendu à une deuxième, est
spécialisé en raison de la nature de l’établissement mais il n’est pas pour autant étroit : il
s’agit en effet de mettre en place un enseignement de type nouveau qui, venant s’insérer dans
un ensemble scolaire existant – ou plutôt coexister avec lui – implique de dégager des idées et
des méthodes à la fois générales et spécifiques, novatrices et pragmatiques.

Les prérogatives sont partiellement définies dans les instructions mais affinées
également par la pratique et sur le terrain. Les directives données initialement étaient
207 larges ; les procédés d’investigation mis en œuvre sont ceux du contrôle sur pièces et sur
place (la visite à l’improviste ne semble pas pratiquée, du moins au début). Le compte rendu
est fait au ministre, sous forme d’une lettre ou d’un rapport. L’inspecteur général ne donne
pas d’ordre, ce qui n’exclut pas recommandations ou conseils. Bien entendu, le risque de
débordement est inhérent à un contrôle portant sur un établissement, c’est une question de
mesure. Une inspection générale implique un contrôle de globalité, il ne doit pas être
envahissant. Question de personne.

Le pouvoir d’influence de La Rochefoucauld sur l’École de Châlons est incontestable
mais plus sous l’Empire que sous la Restauration. Son indépendance à l’égard du pouvoir
politique est restée constante dans tous les domaines de son activité, et pas seulement en ce
qui concerne l’instruction. Son audience a pu varier en fonction des ministres ; homme de
conviction, il use de la persuasion et reste soucieux d’efficacité. Il n’a pas pleinement réussi
car les difficultés rencontrées par les deux écoles étaient très importantes mais il fallait bien
un homme de cette stature pour aider au lancement d’une filière nouvelle. Les circonstances
208
ont fait qu’il est quelque peu hors série dans l’histoire des inspections générales .

F) Autonomie ou isolement de l’enseignement technique ? Place de
l’inspecteur général

Une autre question se pose, celle des relations avec les inspecteurs généraux des
209études créés en 1802 pour le contrôle des lycées . Si les inspecteurs généraux des études ne

206 Cf. les ouvrages sur l’inspection, déjà cités, de P. Milloz (1983), G. Caplat (1986), J. Ménier (1988).
207 Courrier échangé en septembre-octobre 1806, (examiné plus haut) notamme nt celui du 3 octobre 1806
12
(Arch. Nat. F 4 875).
208
Précisons encore que La Rochefoucauld a refusé de percevoir une rémunération, considérant qu’il s’agirait
d’une faveur. « Il voulait que les jugements qu’il pourrait porter sur les actes de l’autorité fussent affranchis et
dégagés de toute influence » (Discours nécrologique de Mollien, Archives parlementaires, LI, p. 260). Seuls les
frais de déplacement devaient lui être remboursés. Effectivement, ceux-ci seront perçus ; au cours des six
12derniers mois de 1806, il lui est versé 492 francs (Arch. Nat. F 4 875, Lettre du bureau des arts et manufactures
du 16 janvier 1807).
209 Appelés aussi inspecteurs généraux de l’Université après la création de l’Université impériale en 1806.
110
sont que six au début, leur effectif va augmenter. Françoise Huguet en dénombre une trentaine
en 1815 (dont 25 pour l’enseignement secondaire), une vingtaine en 1817 et 1822 (période
210creuse), la plupart œuvrant dans l’enseignement secondaire . En réalité, La Rochefoucauld
est resté isolé de ce groupe, il n’apparaît pas que des contacts se soient établis entre eux. Il est
vrai que les domaines d’action sont nettement distincts. D’autre part, s’ils sont tous
dépendants du ministère de l’Intérieur, les services de rattachement sont différents. Ce point
de divergence tient à la place des écoles techniques dans l’organisation générale de
l’enseignement en France. « La question du statut des écoles d’arts et métiers et de leur
rattachement administratif s’est posée déjà sous le Directoire pour l’école nationale de
211Liancourt, ancêtre de l’école d’arts et métiers de Compiègne » écrit Thérèse Charmasson.
Le problème est alors soulevé vis-à-vis du ministère de la Guerre qui revendique l’autorité sur
212l’école de Liancourt . Ce rattachement est invoqué en raison du caractère d’école militaire et
des conditions d’admission des élèves (celle-ci étant une récompense militaire). Cette thèse
est rejetée par le ministère de l’Intérieur dans un rapport du 26 pluviôse an IV (15 février
1796) :
« Les deux motifs sur lesquels le ministre de la Guerre appuie ses réclamations ne paraissent
pas fondées :
1) L’établissement de Liancourt n’est point une maison militaire, c’est une école particulière
où l’instruction embrasse à la fois les sciences et les lettres, les arts libéraux et mécaniques et
même l’agriculture […]. C’est donc par la nature même des choses […] que l’école de
Liancourt se trouve placée dans le département de l’Intérieur ;
2) La nature des places et le mode des nom ations in à ces établissements ne peuvent rien
changer à cet égard. Ce ne sont point des ecours s militaires, […] ce sont des secours civils,
accordés à titre d’indigence, non aux seules veuves des militaires, mais à celles de la marine,
aux femmes des ouvriers tués ou blessés par diverses explosions, aux habitants de la Corse ou
213des colonies, victimes de la Révolution […] » .

Au fond de la controverse, se trouve le statut militaire de cette école, qui était bien
impliqué par l’ordonnance de Louis XVI en 1786 (l’inspecteur de l’école rendait compte au
ministre de la Guerre). Depuis, cet argument a perdu de sa valeur. Longtemps après la
Révolution, nombre d’écoles imposeront une discipline militaire aux élèves, comme un
moyen d’entretenir à l’intérieur l’ordre et la subordination ; l’on ne saurait les rattacher toutes
au département de la Guerre. Le décret du 3 vendémiaire an IV (25 septembre 1795) relatif à
214
l’École nationale de Liancourt, pris sous le timbre du ministère de l’Intérieur , la fait relever
du comité de l’instruction publique (art. 2). Sous le Consulat, le ministre de l’Intérieur peut
envoyer sur place un commissaire pour contrôler (arrêté du 19 pluviôse an VII, 7 février
215
1799) . Le Premier consul, en plaçant l’école de Compiègne dans le Prytanée français
(arrêté du 29 thermidor an VIII, 17 août 1800) et en prévoyant un même inspecteur général
pour la surveillance des quatre sections (Règlement du Prytanée du 16 juillet 1801), opérait
un rapprochement inédit entre enseignement général et enseignement technique mais cette
organisation, du reste limitée à quatre établissements, n’eut pas le temps de se réaliser.


210 F. Huguet, Les Inspecteurs généraux de l’instruction publique 1802-1914. Profil d’un groupe social, Paris,
INRP, 1988, pp. 11-12.
211
Th. Charmasson, L’enseignement technique de la Révolution à nos jours, pp. 13-14.
212 17
Lettre adressée au ministre de l’Intérieur le nivôse 12 an IV (2 janvier 1796) (Arch. Nat. 6 F745,
pièce 110).
213 17 Arch. Nat. F 6 745, pièce 112.
214 17 17 Arch. Nat. F 6 747 et F 1 144. Les ministères ne seront toutefois rétablis que le 10 vendémiaire an IV
(2 octobre 1795).
215 Ibid.
111
Bien plus, lors de la transformation du collège de Compiègne en école d’arts et
métiers (arrêté du 6 ventôse an XI, 25 février 1803), le rattachement direct au ministre de
erl’Intérieur est énoncé d’emblée comme une volonté de privilégier cette institution. Article 1 :
216« L’établissement sera, en toutes ses parties, sous l’autorité du ministre de l’Intérieur » .
L’ardente résolution des dirigeants pour un nouveau type d’enseignement conduit à en
singulariser et en resserrer la tutelle, favorisant par là même un éloignement des institutions
scolaires traditionnelles. L’école de Compiègne sera transférée à Châlons fin 1806 et le duc de
La Rochefoucauld-Liancourt pourra être désigné inspecteur en septembre 1806 sans que le
dispositif mis en place pour les lycées en 1802 puis la création de l’Université impériale par la
loi du 10 mai 1806 aient affecté dans l’intervalle le régime de la nouvelle école. Au cours de
etoute cette période, et depuis plusieurs années, c’est le chef de la 2 division (Lausel) au sein
du ministère de l’Intérieur, assisté par le chef du bureau des arts et manufactures
(Cl. Anthelme Costaz) qui régente les problèmes de l’École en liaison avec le ministre.

Si l’on se reporte à l’Almanach impérial, celui de 1806 fait apparaître un clivage dans
la répartition des établissements d’enseignement entre, d’une part, la section II (Écoles
d’application ou de services publics), dans laquelle se trouve l’école d’arts et métiers de
Compiègne, celle-ci placée « sous l’autorité immédiate de Son Excellence le ministre de
l’Intérieur » (p. 611), d’autre part, la section III (Lycées, écoles primaires, secondaires et
écoles spéciales) (p. 612), suivie de la liste des inspecteurs généraux des études.

Certes, le décret du 17 mars 1808 portant organisation de l’Université déclare que
erl’enseignement public est exclusivement confié à l’Université (art. 1). Le grand maître,
Fontanes, nommé par décret du même jour, se constitue sa propre administration (embryon
d’un futur ministère de l’Instruction publique). L’Université doit donc englober l’ensemble
des établissements d’instruction. Le problème de la position de l’école de Châlons vis-à-vis de
l’Université ne va pas tarder à se poser. Le proviseur de l’École, Labâte, confronté localement
à des directives qui risquaient de placer son établissement sur le même plan que ceux relevant
de l’Université, s’oppose à leur application et, soucieux de sauvegarder son autonomie, saisit
217le ministre de l’Intérieur par lettre du 31 octobre 1808. Dans un rapport du 11 novembre
1808 au ministre de l’Intérieur, le chef du bureau des arts et manufactures tire les conclusions
d’une législation oublieuse :
« L’école d’arts et métiers de Châlons forme une école spéciale que l’on n’a pas comprise
dans le décret du 17 mars dernier, relatif à la nouvelle Université impériale. Je pense qu’elle
est, à l’égard de l’Université, ce qu’y sont les écoles vétérinaires de Lyon et d’Alfort, l’école
militaire de La Flèche, le Prytanée militaire de Sa int-Cyr, l’école du génie et de l’artillerie de
Metz, les écoles de dessin qui existent dans plus ieurs de nos grandes villes, etc. Comme tous
ces établissements, elle est indépendante du grand maître ; placée sous votre direction
218immédiate, elle n’a d’ordre à recevoir que de vous … » .

Les écoles « spéciales », auxquelles les écoles d’arts et métiers sont assimilées,
resteront finalement en dehors de l’Université. Au fur et à mesure que se créeront de

216 J. B. Mestre, op. cit., p. 15, souligne ce trait de la nouvelle organisation : « Le directeur de cette école
jouissait des plus belles prérogatives, il correspondait directem ent avec le ministre de l’Intérieur, même avec le
Premier consul. Il était le chef, en quelque sorte absolu, de l’établissement, pouvait suspendre de leurs fonctions
le chef de l’enseignement, l’économe et les professeurs, en en référant au ministre, et il pouvait destituer, sans
recours, tous les autres employés. Il n’était comptable de sa gestion qu’au ministre seul ».
217 12 Arch. Nat. F 1 084.
218 Rapport présenté au ministère de l’Intérieur par chef le du bureau des arts et manufactures ; projet de
réponse sur la question de savoir si l’école de Châlons fait partie de l’Université impériale, 11 novembre 1808,
12(Arch. Nat. F 1 084).
112
219nouveaux départements ministériels , elles seront rattachées à celui dont elles forment les
cadres. Ce sera le cas lorsque sera constitué un ministère du Commerce et des Manufactures
220en 1828 .

Il reste que se constituent une structure de direction et un processus de résolution des
problèmes, propres à une catégorie d’établissements et distincts de l’agencement général
défini pour les institutions d’enseignement. Cette dichotomie administrative entraîne des
conséquences pour les inspecteurs généraux. L’Almanach impérial de 1809 enregistre une
distinction, au sein du ministère de l’Intérieur, entre deux sections :
– La section II, celle de l’Université impériale, à la tête de laquelle est placé Fontanes,
lequel ne se privera pas de traiter directement des affaires avec Napoléon. C’est auprès du
221grand maître que sont les inspecteurs généraux de l’Université ;
222
– La section III, celle des Écoles de services publics restées sous l’autorité de leurs
ministres respectifs (Marine, Guerre, etc.). C’est le cas de l’École impériale d’arts et métiers
de Châlons, mise sous la surveillance directe du ministre de l’Intérieur. L’inspecteur général,
La Rochefoucauld-Liancourt, est rattaché au même ministre.

Pourquoi cette entorse au monopole de l’Université ? Pourquoi cette organisation
complexe ? On peut y voir plusieurs raisons. Tout d’abord, il ne déplaisait pas à Napoléon de
répartir les attributions d’un même domaine, ou de domaines proches, entre plusieurs
titulaires, ce qui lui permettait des jeux d’influence. Plus sérieusement, s’il a créé l’Université,
c’est pour remédier aux conditions peu satisfaisantes d’application de la loi du 11 floréal an X
et, en particulier, à la prolifération des écoles privées. L’enseignement technique était déjà en
marge des textes de 1802 ; la loi du 10 mai 1806 et le décret du 17 mars 1808 ne comportent
aucune disposition relative à l’enseignement technique. Les préoccupations sont tournées vers
les enseignements secondaire et supérieur. L’enseignement technique reste exclu des grandes
lois ; son isolement reflète, malgré les efforts faits, le préjugé dont souffrent les techniques et
le travail manuel.

Au Premier consul revient sans doute le mérite de la création des écoles d’arts et
métiers et d’une inspection générale spécifique mais la réduction du déséquilibre entre les
« arts mécaniques » et les « arts libéraux » n’était pas pour lui un objectif. Sur le plan
administratif, les chances d’une jonction ont été négligées et un long cycle d’histoire parallèle
va se poursuivre tant pour les enseignements que pour les inspections générales.

219
Le ministère de l’Intérieur et le ministère des Finances concentraien t à l’origine respectivement un large
pouvoir. Nombre de leurs attributions donneront naissance, avec le temps, à des départements ministériels
nouveaux, certains temporaires, d’autres définitifs.
220 Le ministère de l’Intérieur reprendra toutefois en charge ce secteur mais pour une brève période (août 1829
– mars 1831).
221 C’est la même organisation ensuite, Almanach de 1810, p. 658.
222 Ibid., p. 77.
113



CHAPITRE 3

LA ROCHEFOUCAULD-LIANCOURT, INSPECTEUR
GÉNÉRAL DU CONSERVATOIRE DES ARTS ET MÉTIERS





Déjà inspecteur général des écoles d’arts et métiers, le duc de Liancourt voit son
inspection étendue au Conservatoire des arts et métiers en 1814. Sur ce point, les auteurs
d’ouvrages historiques ou biographiques citent la date de 1814 ou celle de 1817 mais ils
n’apportent pas d’explications sur les origines de cette responsabilité supplémentaire. En
réalité, la nomination d’inspecteur général est intervenue à deux reprises, par deux actes
distincts et successifs : d’abord une décision du ministre de l’Intérieur, l’abbé de
Montesquiou, en date du 28 juin 1814, ensuite une ordonnance du roi en date du 16 avril
1817.

A) Les origines de la fonction

La question se pose de savoir s’il existe un lien, et lequel, entre les deux fonctions,
celle d’inspecteur général des écoles d’arts et métiers et celle d’inspecteur général du
Conservatoire, ce qui revient à examiner les rapports entre ces écoles et le Conservatoire. Un
court historique concernant cette dernière institution, non étudiée ici jusqu’à présent, s’impose
223pour une meilleure compréhension .

Le Conservatoire des arts et métiers, dont on trouve les origines dans le musée
industriel constitué à partir du legs de Vaucanson et les prémices dans le programme qui avait
été adopté par le roi Louis XVI, a été créé par un décret-loi de la Convention nationale, en
date du 19 vendémiaire an III (10 octobre 1794), sur le rapport de l’abbé Grégoire. En voici
les deux premiers articles :
er« Art. 1 – Il sera formé à Paris, sous le nom de Conservatoire des arts et métiers, et sous
l’inspection de la commission d’agriculture et des arts, un dépôt de machines, modèles, outils,
dessins, descriptions et livres de tous les genres d’arts et métiers ; l’original des instruments et
machines inventés ou perfectionnés sera déposé au Conservatoire ;
Art. 2 – On y expliquera la construction et l’em ploi des outils et machines utiles aux arts et
224métiers » .

Installé en avril 1799 par le Directoire dans les locaux du prieuré de
Saint-Martin-desChamps, l’établissement est placé en 1800 sous l’autorité de Claude-Pierre Molard, nommé
225administrateur .

223
Outre les ouvrages cités en bibliographie, consacrés à l’histoire du Conservatoire national des arts et
métiers, une approche nouvelle est présentée par Claudine Fontanon et André Grelon, Les Professeurs du
Conservatoire national des arts et métiers, Introduction, pp. 15-57.
224 ère Bulletin des lois, 1 série, t. II, n° 72 ; Charmasson, textes officiels pp. 84-85.
225 Arrêté du 28 vendémiaire an IX (20 octobre 1800). Laussedat, op. cit., p. 43.
114

Claude-Pierre Molard, né le 6 juin 1759 aux Cernoisses, près des Bouchoux (Jura),
décédé le 13 février 1837 à Paris, avait reçu une formation en mathématiques et surtout en
dessin géométrique. Il avait débuté comme professeur de à l’Université de
Valence ; il est ensuite adjoint au corps du génie du régiment de Lapère de 1782 à 1785.
Monté à Paris, où il aurait suivi certains cours pour se perfectionner, il est admis en 1786
comme démonstrateur au cabinet des machines, à l’hôtel de Mortagne, rue de Charonne, où se
trouve la collection léguée par Vaucanson à Louis XVI. Il noue des relations avec des savants
(Vandermonde, Berthollet, Monge) mais il est avant tout un mécanicien (il monte des métiers
à filer, invente des machines). S’étant fait connaître du ministère de l’Intérieur, il est, après
diverses expériences et travaux pendant la période révolutionnaire, nommé membre de la
Commission temporaire des arts (février 1794) puis du Conseil (janvier 1796). Chargé de
l’hôtel de Mortagne, il devient secrétaire du Conservatoire au sein duquel il prend tout de
suite une place prépondérante. Un arrêté du 28 vendémiaire an IX (20 octobre 1800) le
nomme administrateur de l’établissement, poste qu’il occupera jusqu’en 1816.

Pendant vingt ans, Molard va promouvoir de nouveaux procédés dans le domaine de
l’industrie, faire du Conservatoire un lieu d’expériences et un centre d’information
industrielle. Membre de l’Académie des sciences le 8 mai 1815, chevalier de la Légion
d’honneur le 14 octobre 1816. Malade, il est remplacé par un directeur, Gérard-Joseph
Christian, mais continuera à être membre du conseil de perfectionnement et de commissions ;
il est nommé au poste relativement modeste d’archiviste du Conservatoire par arrêté du
226ministre du Commerce du 18 février 1834 .

eDès le début du XIX siècle, le Conservatoire connut un essor grâce au concours de
227 228plusieurs savants et surtout sous l’impulsion de Chaptal lorsqu’il était aux affaires .
Celui-ci est l’auteur d’un plan de réorganisation générale de l’instruction lu au Conseil d’État
et inséré au Moniteur du 19 brumaire an XI (10 décembre 1800) et numéros suivants. Ce
229
projet fut écarté mais Chaptal n’a cessé de porter de l’intérêt à l’enseignement technique.
Très directement il va jouer un rôle influent dans la création de l’école d’arts et métiers de
Compiègne le 25 février 1803. Dans son rapport du 15 pluviôse an XI (4 février 1803) il
230
présente un plan d’études assez complet pour établir « une école d’arts » . Les propositions
y sont à la fois doctrinales et concrètes. C’est une réflexion sur l’enseignement des arts et sur
l’organisation générale d’une école d’un type nouveau voulu par Bonaparte, Premier consul,
et dont il s’efforce de traduire les intentions. Mais en ce qui concerne les rapports entre
l’École et le Conservatoire des arts et métiers le ministre nourrissait pour cette dernière

226 12 Renseignements obtenus au dossier Molard (Arch. Nat. F 4 863) et Notice biographique par Dominique
de Place in Les Professeurs du Conservatoire national des arts et métiers, t. 2, pp. 265-271. Molard a un frère,
F. Emmanuel dit Molard jeune (1774-1829). Voir sa biographie supra.
227
Les savants ont toujours joué un rôle important dans l’histoire, relativement discrète, de cette institution qui
se distingue encore de nos jours par une capacité d’adap tation au progrès des sciences et des techniques. Le
eConservatoire est devenu, au XX siècle, un organisme complexe et original contenant, écrit Louis Ragey, « tout
ensemble un riche musée technologique, une école d’applica tion de la science à l’industrie et des laboratoires »
(Le Conservatoire national des arts et métiers, Paris, La Documentation française illustrée, 1951, p. 3).
228
Succédant à Ginguené, Chaptal fut chargé de l’instruction publique du 24 décembre 1799 au 11 mars 1802.
À cette date, il fut remplacé par Roederer qui bient tôcéda la place à Fourcroy. À partir du 6 novembre 1800,
Chaptal suppléa Lucien Bonaparte comme ministre de ’Intérieur l et lui succéda en titre le 21 janvier 1801 ; il
occupa ce poste jusqu’au 8 août 1804.
229 R. Tresse, « Chaptal et l’enseignement technique de 1800 à 1819 », in Rev. Hist. Sciences et applications,
1957, X, pp. 167-174 ; Cl. Fontanon et A. Grelon, op. cit., pp. 25-29.
230 Ministère de l’Intérieur, Rapport au gouvernement, 15 pluviôse an XI, 11 pages. Une apostille indique
17 « Projet d’une école d’arts et métiers à Compiègne » (Arch. Nat. F 1 379, pièce 35).
115
231institution des vues plus ambitieuses. Chaptal voyait dans le Conservatoire un lieu de
perfectionnement où les meilleurs élèves des classes supérieures de l’École d’arts et métiers
(« les aspirants ») seraient destinés à gagner le titre d’ingénieur des arts et manufactures.
« Les aspirants seront au nombre de cinq. Des examinateurs nommés par le ministre de
l’Intérieur les choisiront chaque année parmi les brigadiers, les sous-brigadiers et les élèves de
èrela 1 classe […]. Après avoir servi pendant une année en qualité d’aspirant, le jeune artiste
sera appelé à Paris, il y sera entretenu auprès du Conservatoire des arts et métiers où il aura les
moyens de perfectionner et d’étendre son instru ction ; ses études ne seront point bornées aux
objets que renferme cet établissement ; sous la conduite d’hommes éclai rés, il visitera les
principaux ateliers de la capitale, pour y étudier et y comparer les procédés des arts. Au bout
de deux ans, si les aspirants sont jugés avoir mis à profit les moyens qui leur ont été fournis
pour s’instruire, le gouvernement leur fera délivrer un brevet d’ingénieur des arts et
manufactures. Ce titre leur donnera des droits pour être employés dans les travaux analogues à
leur instruction, qui seront exécutés au compte du gouvernement » (pp. 10 et 11 du rapport,
cité ci-dessus).

232 Le projet d’arrêté rédigé selon les vues de Chaptal prévoyait de « former de bons
artistes ou des ingénieurs des arts et manufactures ». Le texte définitif se donne pour but plus
ermodestement la formation « de bons ouvriers et des chefs d’atelier » (art. 1). Par contre, les
articles 32 à 38 retiennent bien un processus de sélection à l’École et un séjour des aspirants
au Conservatoire : « Art. 35 – Pendant la deuxième année qui suivra leur nomination, les
aspirants seront entretenus à Paris auprès du Conservatoire des arts et métiers. Ils seront
placés dans les principaux ateliers de la capitale, pour y étudier et y comparer les procédés des
arts ». Après examen, ils peuvent être jugés dignes de recevoir « un brevet de capacité dans
l’art ou le métier qu’ils auront exercé » et seront employés de préférence dans les travaux et
233ateliers du Gouvernement (art. 36). Ces articles furent suivis d’effet .

Le rôle éducatif du Conservatoire s’exerce principalement, au cours de la période
napoléonienne, dans deux établissements qui lui sont annexés. Chaptal institue École une
gratuite de filature et de tissage, (30 prairial an XII, 17 juin 1804) où sont formés des
ercontremaîtres. Elle disparaîtra le 1 octobre 1814. D’autre part, Champagny approuve le
2 mai 1806 la création d’une « École gratuite de dessin appliqué aux arts », dont le projet
avait été conçu par Molard, près de dix ans auparavant. Celle-ci dispense une formation
polyvalente qui déborde largement l’enseignement du dessin (futurs chefs d’ateliers). Connue
sous le nom de « petite École », elle sera supprimée par décret du 3 décembre 1874. Les cours
furent très fréquentés dans les premières années, suivis de manière inégale ensuite en raison
des guerres.

Pendant toute cette période 1800-1814, le duc de Liancourt ne dispose pas de pouvoir
sur le Conservatoire, même après 1806. Tout au plus, certaines correspondances relevées au
Conservatoire montrent-elles qu’il est en rapport avec Molard pour des besoins industriels ou

231 A. Léon a développé les idées de Bonaparte et de Chaptal dans sa thèse de doctorat et dans son livre, op.
cit., notamment pp. 250-252.
232
Louis Costaz en serait l’auteur, d’après l’article consacré à Chaptal dans Biographie universellela
Michaud, t. 7, p. 499, note 1. La minute de l’arrêté, avec les corrections qui lui sont apportées, est conservée aux
17
Arch. Nat. F 1 144, dossier 13.
233 Voir par exemple : Décret impérial du 7 mars 1806 oncernant c le choix de six élèves de l’école de
Compiègne, qui seront instruits dans la construction des instruments de physique et de mathématiques. Bulletin
edes lois, 4 série, t. IV, B. 80, n° 1385. L’on retrouve le cas de ces six élèves envoyés au Conservatoire dans un
12dossier conservé aux Arch. Nat. F 1 084.
116
234 235scolaires et qu’il semble agir, le cas échéant, avec autorité . L’on remarque également que
le Conservatoire dépend, comme les écoles d’arts et métiers, du ministère de l’Intérieur,
e 2362 division, bureau des arts et manufactures .

L’Empire en déclin et « le besoin dévorant des armées » (La Rochefoucauld) font que
le Conservatoire sera beaucoup délaissé.

Nécessité d’une liaison entre le Conservatoire et les écoles d’arts et métiers

C’est sous la Restauration que les besoins de liaison entre les écoles d’arts et le
Conservatoire vont être exposés par La Rochefoucauld-Liancourt dans un mémoire du 3 juin
2371814 portant sur les écoles d’arts et métiers , établi à la demande de l’abbé de Montesquiou,
ministre de l’Intérieur. Dans ce rapport, l’inspecteur général des écoles royales d’arts et
métiers, après avoir rappelé les origines, le but et les résultats des deux établissements,
soulève deux problèmes : 1) la nécessité de réduire les dépenses des écoles, 2) le devoir
d’améliorer le recrutement et la formation. Pour satisfaire à plus de rentabilité, il conviendrait
d’étendre à des ministères la vente de produits fabriqués par les élèves dans les ateliers. C’est
ainsi que divers départements (de la marine, de la maison du roi, …) seraient invités à passer
des commandes de préférence aux écoles comme le fait déjà le ministère de la Guerre
(exemple : fabrication de caissons d’artillerie). Sur le recrutement, La Rochefoucauld critique,
une fois de plus, la trop grande place faite à des fils de soldats et souhaite voir élargir celle
d’enfants plus motivés (fils d’artisans ou d’ouvriers) ; il veut voir exclus de l’école les élèves
qui se révèlent inaptes après deux ans de présence (l’admission à l’entrée n’est pas un filtrage
suffisamment sévère).
« Mais pour rendre complète l’instruction industrielle des élèves des écoles d’arts et métiers,
il serait absolument à désirer que, pour les élèves éminemment distingués, elle se terminât par
une ou deux années de séjour dans une école de perfectionnement, qui devrait être établie à
238Paris, près le Conservatoire » .
Cette élite des arts mécaniques fournirait des sujets très instruits (nous dirions « des cadres »)
pour les manufacturiers du royaume.

La Rochefoucauld reprend dans ce mémoire deux idées auxquelles il est attaché :
l’enseignement professionnel est un moyen de promotion sociale pour des enfants de
classes ouvrières ou modestes, il faut leur ouvrir les écoles techniques et cesser de réserver
239 l’entrée de celles-ci principalement aux enfants de militaires . D’autre part, il faut se montrer
plus exigeant pour l’admission à l’entrée (âge, connaissances de base) et permettre, par une
sélection sérieuse à la sortie, une possibilité d’élever encore le degré d’instruction des
meilleurs élèves, en leur offrant un supplément de formation industrielle ou l’accession à une
école de perfectionnement. En homme d’action avant tout, il a vu dans le Conservatoire un
support utile pour favoriser la concrétisation de ses idées.

234 Lettre de La Rochefoucauld-Liancourt à M. Molard, administrateur du Conser vatoire (1804-1805). Bib.
CNAM n° 360 ; 2 juin 1808, Bib. CNAM n° 379.
235
Lettre de L. R. Liancourt à M. Molard le 30 décembre 1807. Bib. CNAM n° 378.
236
Pour la correspondance, le même papier à en-tête est utilisé. CNAM, Archives du musée, n° 9° 63.
237 17
Arch. Nat. F 14 317.
238
On retrouve des idées proches de celles exprimées par Chaptal dans son rapport de l’an XI. À la différence
de l’arrêté du 6 ventôse an XI qui prévoyait de placer les aspirants « dans les principaux ateliers de la capitale »
(art. 35), La Rochefoucauld envisage la création d’une école de perfectionnement auprès du Conservatoire.
239 Voir extrait d’un mémoire de M. le duc de La Rochefoucauld, accompagnant une note du chef du bureau
17des arts et manufactures au ministre de l’Intérieur en 1815 (Arch. Nat. F 14 317).
117

C’est pourquoi il souligne dans son mémoire la nécessité d’établir une unité de
direction entre le Conservatoire et les écoles d’arts et métiers. Il suggère qu’il pourrait
assumer cette coordination mais « avec une sorte de répugnance », dit-il, en raison de la
suprématie qu’il devrait exercer vis-à-vis de son ami Molard, mécanicien expérimenté et
administrateur parfaitement compétent et dévoué à la tête du Conservatoire.

B) La Rochefoucauld nommé inspecteur général du Conservatoire
par le ministre de l’Intérieur (28 juin 1814)

La solution à ce problème est trouvée par Becquey, directeur général de
l’administration de l’agriculture, du commerce, des arts et manufactures. Dans un rapport au
240ministre de l’Intérieur , rédigé à la mi-juin 1814, Becquey reconnaît la pertinence des
critiques et l’opportunité des propositions de La Rochefoucauld. En ce qui concerne la
recherche d’une coordination entre les écoles et le Conservatoire des arts et métiers, il
s’exprime ainsi : « Il me semble qu’on pourrait satisfaire et M. Molard et M. de La
Rochefoucauld. Ce serait d’étendre l’inspection de celui-ci sur les élèves, attachés comme
aspirants au Conservatoire, et de réserver à l’autre l’administration en tout ce qui leur serait
étranger ».

Cette solution fut retenue ; Becquey en parle à Molard qui se déclare tout à fait
d’accord. La décision est prise de nommer La Rochefoucauld-Liancourt inspecteur général du
Conservatoire des arts et métiers par une lettre du ministre de l’Intérieur adressée à l’intéressé
en date du 28 juin 1814 :
« … Ce que vous me dites de la nécessité d’ét endre votre inspection sur le Conservatoire des
arts et métiers de Paris rentre tout fait à dans mes vues. Puisqu’on envoie dans cet
établissement les élèves des Écoles qui se sont le plus distingués, il est convenable que votre
sollicitude les suive jusqu’à ce que leur instruction soit entièrement terminée. Votre inspection
ne peut aussi que rendre de plus en plus utilele Conservatoire, en contribuant par votre
expérience à en améliorer le régime et à en faire apprécier les avantages pour notre industrie.
241M. Molard qui en est administrateur vous secondera dans tout ce qui dépendra de lui … » .

Par une autre lettre du même jour, Molard est informé par le ministre des nouvelles
242
dispositions établies au sujet du Conservatoire . Restait à préciser la répartition des rôles
entre les deux hommes. Dans un rapport du 6 juillet 1814, La Rochefoucauld souhaite limiter
son champ d’action comme inspecteur général à la partie école du Conservatoire ; Becquey
dans sa réponse, le 23 juillet, déclare borner cette inspection « à l’École du Conservatoire et
243aux affaires de cet établissement qui ont quelqu’importance » . Mais le rapport de La
Rochefoucauld est surtout un exposé de son projet de création d’une « École de
perfectionnement » auprès du Conservatoire. Estimant tout à fait insuffisantes les

240 Ainsi apostillé : « analyse d’un mémoire de M. le duc de La Rochefoucauld sur les écoles royales d’arts et
17métiers » (Arch. Nat. F 14 317, pièce 4).
241 12 Arch. Nat. F 4 863, pièce 3. L’inventaire des archives de la Bibliothèque du CNAM comprend la rubrique
suivante : Bibl. CNAM n° 10° 595, 1814, « l’inspection de M. de La Rochefoucauld s’étend sur le
Conservatoire, 28 juin 1814, signé Montesquiou (dossier manquant) ». Il est probable que ce dossier comportait
la même lettre.
242 12
Arch. Nat. F 4 863, pièce 2. L’existence des deux lettres du 28 juin 1814 est signalée dans une pièce du
17dossier Arch. Nat. F 14 317.
243 Rapport de La Rochefoucauld du 6 juillet 1814 intitulé « Sur l’inspection du Conservatoire des arts et
métiers » et lettre de Becquey directeur général de l’ag riculture, du commerce, des arts et manufactures à M. le
12duc de La Rochefoucauld, inspecteur général des arts et métiers le 24 juillet 1814 (Arch. Nat. F 4 863).
118
connaissances acquises par les élèves des écoles d’arts et métiers au cours des deux années de
séjour que certains ont pu effectuer au Conservatoire, il critique le mode d’admission, le
manque de rigueur (part excessive des recommandations). La nouvelle école constituerait un
degré plus élevé que celui des écoles d’arts et métiers. Il s’agirait de former des hommes aptes
à devenir « des directeurs d’établissement et c’est une espèce dont l’industrie française
manque beaucoup ». Une pension dans l’enceinte même du bâtiment du Conservatoire
accueillerait 50 élèves dont 20 pour les élèves distingués des écoles d’arts, 30 places réservées
aux enfants de négociants, fabricants ou autres. En outre 100 élèves externes de Paris seraient
admis aux cours. Mais tous les élèves (150 places au maximum) devraient subir un examen
d’entrée. L’enseignement serait payant. L’auteur du projet ne sous-estime pas les réactions
que peuvent susciter « momentanément » ces mesures qui rompent avec des habitudes de
gratuité et de facilité mais la qualité et l’efficacité de l’École en sont l’enjeu. On peut
rapprocher cet aspect sélectif des vues déjà exprimées par La Rochefoucauld sur le
recrutement des écoles d’arts et métiers qui ne sont pas à réserver seulement aux enfants
indigents et aux orphelins militaires. « L’enseignement technique ne paraît donc plus se
244
présenter à lui comme une œuvre essentiellement philanthropique » .

Le projet ambitieux d’École du Conservatoire ne se réalisera pas mais il contribuera,
dans le silence des bureaux, à conforter les idées de développement de l’enseignement
technique, qui sous la Restauration vont se manifester parmi des initiatives diverses (cours
professionnels, cours d’adultes dans les villes, …).

Les Cent-Jours

Bien que jugeant sévèrement la période des Cent-Jours qui contribue à désorganiser
les écoles, La Rochefoucauld n’en continue pas moins à veiller sur elles. Par lettre du 6 avril
1815, il remercie son ami Chaptal, à qui a été confiée la direction générale du commerce et
des manufactures, de lui permettre de reprendre les fonctions d’inspecteur du Conservatoire et
245
des écoles d’arts et métiers .

Au cours de l’année 1816, Molard désire être relevé de ses fonctions pour raisons de
246
santé , son frère François-Emmanuel assure l’intérim.

La Rochefoucauld, nommé inspecteur général du Conservatoire par ordonnance
royale du 16 avril 1817

247
Par ordonnance du 16 avril 1817, le Conservatoire reçoit une nouvelle organisation .
L’article 3 consacre la fonction d’inspecteur général : « Un inspecteur général surveillera
toutes les parties de l’administration du Conservatoire des arts et métiers : il exercera
gratuitement ses fonctions ». A la tête du Conservatoire, un directeur est chargé de son
administration, assisté par un sous-directeur.


244
A. Léon, La Révolution française et l’éducation technique, p. 255.
245 12
Arch. Nat. F 1 084.
246
Lettre conservée aux Archives de la bibliothèque du CNAM. Bibl. n° 171 (1816), relative à la maladie de
C. P. Molard, qui propose d’être suppléé par son frère François-Emmanuel.
247 Laussedat, Recueil des lois, décrets, ordonnances, arrêtés, décisions et rapports relatifs à l’institution, à
l’organisation et à la direction du Conservatoire national des arts et métiers et à la création des cours publics
de cet établissement, Paris, Impr. Nationale, 1889. pp. 48-49.
119
Par une autre ordonnance du 16 avril 1817, le duc de La Rochefoucauld, pair de
248 France, est nommé inspecteur général . Mais son pouvoir se trouve renforcé par le fait qu’il
est de droit président du Conseil d’amélioration et de perfectionnement qui vient d’être créé.
Composé de savants et d’industriels, ce conseil a pour mission d’aider de ses propositions et
avis l’administration du Conservatoire.

À ce conseil siègeront des hommes éminents dont les compétences sont soulignées par
un niveau universitaire ou par l’expérience. La liste en témoigne :
– Charles (Jacques Alexandre César), 1746-1823, physicien, professeur à la Sorbonne.
Il popularise en France les découvertes relatives aux aérostats, contribue à leur
perfectionnement et se livre à des ascensions. Élu à l’Académie des sciences en 1795 ;
– Héron de Villefosse (Antoine Marie), 1774-1852, savant minéralogiste, membre
libre de l’Académie des sciences, inspecteur des mines en 1807. Il sera créé baron et
conseiller d’État par Charles X ;
– Thénard (Louis-Jacques), 1777-1857, chimiste, professeur au Collège de France,
membre de l’Institut ;
– D’Arcet (Jean Pierre Joseph), vérificateur de la Monnaie ;
– Tarbé (Jean Bernard), maître des requêtes, inspecteur général des ponts et chaussées.
249– Ternaux (Guillaume Louis), 1763-1833, manufacturier (manufactures de drap) .
– Christian (Gérard Joseph), 1778-1832, ami de Fourcroy et de Chaptal, il exerce à
divers titres des fonctions de professeur (physique, chimie, mathématiques). Nommé directeur
du Conservatoire par une ordonnance du 16 avril 1817, il le restera jusqu’en 1831. « Mais sa
personnalité s’efface derrière le personnage de La Rochefoucauld » écrit Anatole de
250
Monzie .
– Molard (François-Emmanuel, dit Molard jeune), devenu sous-directeur, est
secrétaire du Conseil. Il occupera ces deux fonctions jusqu’au 12 mars 1829, époque de sa
251mort .

En dépit de cette situation favorable à La Rochefoucauld, les années qui suivent
connaissent des controverses entre les personnalités scientifiques au sein de l’établissement.
La place à donner à l’enseignement en est l’enjeu et des modifications vont intervenir.

Le Conservatoire franchit en effet une étape lors du règne de Louis XVIII sous
l’influence d’un courant scientifique inspiré par Charles Dupin, qui réussira à faire triompher
une réforme de l’enseignement au sein de l’institution. « Une ordonnance du 25 novembre
252 1819 fait entrer le Conservatoire dans une voie nouvelle : elle a pour but de créer une haute
école d’application des connaissances scientifiques au commerce et à l’industrie au moyen
253d’un enseignement public et gratuit » . Le texte crée des chaires nouvelles qui connurent le
254succès, de quoi effrayer par la suite le ministère Corbière-Villèle .


248 12 Arch. Nat. F 4 863. Dans la même liasse, lettre du ministre sous-secrétaire d’État de l’Intérieur en date du
24 avril 1817 transmettant copie de l’ordonnance au duc.
249 Curieusement, ami de La Fayette sous la Révolution, il sera créé baron par Louis XVIII.
250
Le Conservatoire du peuple, p 57. Voir aussi Fontanon et Grelon, Les Professeurs du Conservatoire…, t. 1,
pp. 332-335 (notice sur Gérard Joseph Christian par Antoine Picon).
251
Fontanon et Grelon, Les Professeurs du Conservatoire…, t. 2, pp. 265-271 (notice sur Claude-Pierre
Molard par Dominique de Place).
252 e Bulletin des lois, 7 série, t. IX, pp. 741-745 ; Charmasson, op. cit., pp. 116-119.
253 Notice historique sur l’ancien prieuré Saint-Martin-des-Champs et sur le Conservatoire impérial des arts
et métiers, par Paul Huguet, p. XX.
254 F. Dreyfus, op. cit., p. 415.
120
L’ordonnance apporte, en outre, plusieurs modifications à l’organisation du
Conservatoire qui comprendra deux conseils. Le conseil de perfectionnement, compétent pour
tout l’enseignement, est divisé en membres permanents et en membres temporaires.

Les premiers étaient La Rochefoucauld, inspecteur général du Conservatoire et des
écoles d’arts et métiers, président ; Christian, réduit au titre d’administrateur ; et les trois
nouveaux professeurs, Charles Dupin (dont l’influence domine), Nicolas Clément-Desormes
255
et Jean-Baptiste Say . Ces membres permanents composent le conseil d’administration
proprement dit.

Les seconds, au nombre de douze, doivent être choisis parmi les membres de
l’Académie des sciences (on y trouvera des personnalités éminentes telles que Chaptal,
Berthollet, Gay-Lussac, Arago) et des hommes choisis dans les rangs des manufacturiers et
256des agriculteurs .

Selon A. de Monzie, l’ordonnance du 25 novembre 1819 est « le vrai texte organique
qui ait régi le Conservatoire », le conseil d’administration, que préside le duc de La
Rochefoucauld, « le paladin du libéralisme »,assurant désormais l’autonomie administrative
257 258du Conservatoire . Ce texte restera en vigueur jusqu’en 1828, sans modification .

C) La Rochefoucauld et les controverses relatives au rôle du
Conservatoire

En réalité, l’ordonnance du 25 novembre 1819 intervient comme le dénouement d’une
lutte d’influence au sein de l’institution depuis la fin de l’Empire. Deux écoles de pensée vont
s’affronter à propos des orientations à prendre en matière d’enseignement technique, l’enjeu
étant le rôle que doit y jouer le Conservatoire. Sur ce point, des études récentes, publiées plus
particulièrement à l’occasion de la célébration du bicentenaire du Conservatoire national des
arts et métiers (CNAM), 1794-1994, apportent des éléments d’information et de réflexion très
259utiles .

eDe 1798 à 1818, Chaptal, Molard, La Rochefoucauld, hommes du XVIII siècle,
représentent un courant de technologie issu de l’esprit de l’Encyclopédie, qualifié de

255
Respectivement titulaires des chaires de mécanique et chimie (appliquées aux arts) et d’économie
industrielle (arrêté du 26 novembre 1819).
256 C’est un arrêté du 26 novembre 1819 pris par le ministre de l’Intérieur qui a constitué le Conseil.
Laussedat, op. cit., p. 133.
257 A. de Monzie, op. cit., p. 66. Le duc préside ces conseils jusqu’en 1823.
258
Une ordonnance du 31 août 1828 tirera les conséquences de la suppression de l’inspection générale du
Conservatoire en 1823. Laussedat, op. cit., pp. 55-59.
259
Trois articles sont particulièrement enrichissants :
– Cl. Fontanon, « Les origines du Conservatoire national des arts et métiers et son fonctionnement à l’époque
révolutionnaire (1750-1815) », in Les Cahiers d’histoire du CNAM, 1992, I, pp. 17-44.
– Ch. R. Day, « Le duc de La Rochefoucauld-Liancourt, un philanthrope français (1747-1827) », ibid., pp.
4574.
– R. Fox, « Un enseignement pour une nouvelle ère : le Conservatoire des arts et métiers, 1815-1830 », ibid.,
pp. 75-92.
D’autre part, un ouvrage fondamental Les Professeurs du Conservatoire national des arts et métiers. :
Dictionnaire biographique 1794-1955, sous la direction de Claudine Fonta non et André Grelon, t. 1 et 2, Paris,
INRP/CNAM, 1994. Voir particulièrement : Cl. Fontanon et André Grelon, Le Conservatoire des arts et métiers,
deux siècles d’histoire, t. 1, pp. 23-57 ; Ch. R. Day, La Rochefoucauld-Liancourt, inspecteur du Conservatoire
des arts et métiers (1817-1823), t. 2, pp. 41-49.
121
« traditionaliste » (Robert Fox ; Claudine Fontanon) ou de « mécanicien » (René Tresse), et
qui prédomine au Conservatoire. Sans entrer dans le détail, cette conception peut être ainsi
eprésentée. Ces hommes sont attachés aux méthodes artisanales du XVIII siècle tout en ayant
le souci d’une certaine mécanisation. Il s’agit de développer de préférence une formation
spécialisée par petits groupes d’élèves sous la tutelle d’un maître expérimenté. Le modèle est
constitué par les petites écoles professionnelles spécialisées créées au Conservatoire. La
théorie y est liée à la pratique dans l’enseignement et, grâce à ces contacts, les élèves sont
préparés directement au monde du travail. Les applications concrètes sont une école pratique
de filature et de tissage ouverte en 1804 et une « petite école » de dessin créée en 1806 au
Conservatoire. Les idées mises en œuvre renvoient au projet de réseau d’écoles
professionnelles, envisagé par Chaptal et La Rochefoucauld, qui souhaitaient en outre une
convergence des meilleurs élèves vers le Conservatoire, centre de diffusion de la technologie
industrielle. Un décret de juin 1808 prévoit une telle promotion pour les élèves des écoles
d’arts et métiers. Molard joue un rôle important dans le suivi de cette expérience.

Ces méthodes sont en concordance avec les besoins des industriels et avec les
objectifs de l’empereur qui désire affranchir la France des références aux techniciens anglais.

La Rochefoucauld voit d’ailleurs plus loin, pour qui une liaison est nécessaire entre
l’enseignement primaire et l’enseignement professionnel ; il y voit un moyen d’ascension
sociale. Robert Fox n’hésite pas à parler de « réussites » à propos des écoles d’arts et métiers
260de Châlons et d’Angers , il y voit une des raisons qui expliquent le choix du duc auquel est
attribuée en 1817 la présidence du Conseil de perfectionnement du Conservatoire des arts et
métiers, occupant ainsi une position dominante dans l’institution. Chaptal, nommé membre du
Conseil en 1818 et ami de La Rochefoucauld, apporte à celui-ci un soutien supplémentaire.

Cependant, dès la fin de l’Empire, des critiques portent sur le caractère d’école de
perfectionnement vers lequel évolue le Conservatoire, sur le niveau de formation de l’École
de dessin que l’on veut voir s’élever et s’enrichir de cours théoriques. Les traditionalistes, tels
La Rochefoucauld et Chaptal, voient leurs conceptions pédagogiques contestées par un
groupe de jeunes scientifiques : Arago, Thénard, Gay-Lussac et surtout Dupin qui a défini un

nouveau mode d’enseignement technique. Ce sont les « innovateurs » (Robert Fox) ou
« novateurs » (Claudine Fontanon) qui trouvent trop artisanal l’apprentissage « sur le tas », au
contact du maître. Cette formation spécialisée dans un métier ou une technique ne répond plus
selon eux au besoin d’essor de l’industrie. Ils prônent un enseignement plus large, plus
général, librement accessible au public, ce que peuvent réaliser des cours publics et gratuits.
Dupin s’est fait le théoricien de ce courant de pensée, ayant été influencé par le modèle
britannique (cours du soir de coût modique) auquel il attribue l’avance de l’Angleterre dans
les domaines de l’industrie et du commerce. Peu en cour en France sous la monarchie, Dupin
bénéficie d’une circonstance politique favorable avec la constitution en décembre 1818 du
ministère du duc de Decazes dont il gagne la confiance. Il fait créer un comité, composé du
physicien Arago, du chimiste Thénard et du chimiste industriel Nicolas Clément-Desormes,
chargé d’étudier la création d’un enseignement supérieur au Conservatoire. Le 25 novembre
1819, une ordonnance du roi, préparée par Arago, institue des cours publics : une chaire de
mécanique qui sera attribuée à Dupin, une de chimie à Nicolas une
d’économie industrielle à Say. Ces nouveaux professeurs sont les promoteurs de la réforme.


260 R. Fox, op. cit., p. 79.
122
Ce texte instaure un haut enseignement des sciences appliquées, librement accessible
au public et gratuit, dont la vocation formatrice concerne toutes les branches de l’industrie,
rompant ainsi avec les traditions de l’apprentissage et se singularisant par rapport aux grandes
écoles scientifiques qui sont « d’un haut niveau de technique spécialisée, exigeantes à leur
niveau d’entrée, orientées à la sortie beaucoup plus vers la satisfaction de professions
261particulières que de l’industrie » .

La Rochefoucauld se montre tout à fait réservé sur les théories de Dupin et sera
embarrassé par les conséquences de l’ordonnance de 1819. Il est intéressant d’exposer ses
critiques.

La France, selon lui, ne peut suivre le modèle anglais car elle n’en est qu’à un stade
préindustriel : elle a encore trop peu de machines à vapeur en 1815, elle ne dispose pas des
moyens en maîtres formés et en ateliers pour réaliser un niveau ambitieux d’enseignement. Le
risque est de voir cet enseignement perdre le contact avec les besoins alors que les petites
écoles, plus proches du milieu de travail, appréhendent mieux les qualifications nécessaires.
La Petite École délivre un enseignement professionnel aux adolescents qui reçoivent une
initiation progressive tandis que des conférences faites le soir au Conservatoire par des
scientifiques à des adultes ayant travaillé toute la journée, ne répondent pas aussi bien au
besoin d’adaptation de cette clientèle de niveau moyen, composée essentiellement d’ouvriers
ou de petits industriels.

La Rochefoucauld n’est donc pas partisan de l’introduction du haut enseignement
technique au Conservatoire, il persiste à penser que le modèle de la Petite École est plus
efficace pour soustraire l’industrie française à la domination de la technologie anglaise.
Avaitil raison ? La présente étude n’a pas vocation à conclure parmi les points de vue exprimés.

Considérations sur la réforme de 1819

La transformation qu’impliquait l’ordonnance de 1819 a pu être diversement
considérée.

Pour Claudine Fontanon l’ordonnance de 1819 tranche « définitivement […] avec
l’instauration d’un haut enseignement des sciences appliquées, destiné à la formation
scientifique et technique de toutes les catégories industrielles, renouant ainsi avec la pensée
262 visionnaire de Lavoisier » . Elle insiste également sur l’introduction d’un enseignement
« libre et gratuit », singularité du Conservatoire dans le système d’instruction technique que
seul Anatole de Monzie avait relevée et caractérisée sous un angle historique dans son livre
263Le Conservatoire du peuple .

Robert Fox, après avoir analysé les situations différentes de l’Angleterre et de la
France – celle-ci accusant un retard d’équipement industriel très important en 1815 – et après
avoir mis en évidence (par-delà l’expérience de l’athénée de Pilâtre de Rozier) le rôle
essentiel de Charles Dupin dès avant cette date, déclare que « les nouveaux cours du
Conservatoire ont manifestement comblé un vide dans le système national de l’enseignement
264supérieur » . Néanmoins, il évoque avec beaucoup de considération la personnalité et les

261 Ibid., p. 83.
262 Cl. Fontanon, article cité, p. 43 ; sur les idées et l’influence de Lavoisier, voir pp. 25-29.
263 Ibid., p. 43.
264 R. Fox, article cité, p. 84.
123
idées de La Rochefoucauld et, lorsqu’il rappelle les difficultés rencontrées par le
Conservatoire après 1820, il reconnaît que le président du conseil de perfectionnement, même
ostensiblement dépourvu d’enthousiasme, avait eu raison de dénoncer une précipitation
excessive des réformateurs (locaux non prêts). Malgré tout, le succès des cours est
incontestable et ils seront suivis pendant des décennies en dépit d’une surveillance étroite de
la police.

Charles R. Day se montre plus réservé concernant l’opposition présentée entre La
Rochefoucauld et le groupe des innovateurs. Outre les relations d’amitié qui ont toujours été
très grandes entre le duc et Dupin, il convient de rétablir une interprétation plus modérée des
positions de La Rochefoucauld et des résultats de la réforme. Selon Charles R. Day, les idées
ede La Rochefoucauld n’étaient pas tout à fait celles de l’artisanat du XVIII siècle. Avec ses
amis Chaptal et Molard, la préoccupation était de concevoir un compromis entre méthode
artisanale et industrialisation mécanisée. La Petite École, modèle d’enseignement au
Conservatoire, par sa modestie et sa proximité, pouvait vaincre la méfiance des industriels.
L’école de dessin ouverte au Conservatoire a subsisté jusqu’en 1874 et a rendu de grands
services aux industries mécaniques et métallurgiques. L’affinement et la diffusion des
etechniques du dessin industriel, au cours du XIX siècle, par deux professeurs, V. Leblanc
265puis Jacques-Eugène Armengaud, montrent des résultats des plus intéressants .
« Malheureusement, écrit Charles R. Day, la Petite École fut reléguée au deuxième plan par
les réformes Dupin-Decazes. C’était une erreur , comme La Rochefoucauld l’avait constaté,
pour deux raisons : les réformes séparèrent théorie la de la pratique, les sciences des
applications, et elles détruisirent la possib ilité de faire du Conservatoire un centre pour la
diffusion des techniques industrielles, tissant de s liens étroits avec les industries mécaniques,
les Écoles d’arts et métiers et d’autres écoles professionnelles dans les provinces. L’œuvre
d’Armengaud et d’autres démontra que l’enseignement des sciences appliquées à l’industrie
dans les écoles s’intégrait dans un programme plus large de coordination de l’enseignement
scientifique et technique avec les recherches et pratiques industrielles. À long terme cette
eapproche a réussi : au cours du XIX siècle, la France et l’Allemagne ont établi des hiérarchies
d’écoles techniques qui leur ont permis rattraper de l’Angleterre dans la technologie
266industrielle et la formation du personnel qualifié » .

Les historiens s’accordent à souligner les difficultés qu’a rencontrées le Conservatoire
e en raison de la conjoncture politique instable de la première moitié du XIXsiècle, méfiance
sous la Restauration, immobilisme social sous la monarchie de Juillet en contrepoint des
débuts de la révolution industrielle. Plus profondément, les institutions dominantes pour
l’enseignement industriel en France étaient, aux yeux de l’opinion, l’École polytechnique, et
plus tard aussi l’École Centrale, modèles pour l’émergence des élites, tant il apparaît déjà que
les Français sont attachés à la suprématie des grandes écoles.

Le Conservatoire connaîtra d’ailleurs une période où les directeurs de l’institution
seront choisis essentiellement parmi des polytechniciens, « l’hégémonie polytechnicienne »
267
entre 1849 et 1880 . L’on retiendra le nom d’Arthur Morin qui a réalisé une mutation du
Conservatoire ; il a favorisé le rétablissement des liens avec le milieu scientifique et le monde

265 Ch. R. Day, article cité, in Les Cahiers d’histoire du CNAM, 1992, p. 60 ; surtout, Ch. R. Day, Les Écoles
d’arts et métiers, pp. 34 et 317.
266 Ch. R. Day, article cité, op. cit., p. 61.
267 Cl. Fontanon et A. Grelon, op. cit., t. 1, pp. 33-40.
124
de l’industrie. « Morin a donné au Conservatoire l’impulsion sur laquelle il devait vivre
268jusqu’à la Première Guerre mondiale » .

Voici comment l’introduction d’un enseignement supérieur est jugée comme la voie
logique de développement de l’institution dans les années 1880 : « L’industrie eut dès lors son
enseignement supérieur à Paris, et le Conservatoire des arts et métiers devint la Sorbonne de
269l’industrie » . Et plus loin :
« La Petite École, qui, dans le principe, a rendu des services, se conciliait mal avec le haut
enseignement, parce qu’il est difficile qu’une mê me direction embrasse deux objets si divers.
Le haut enseignement devait l’emporter, et le Conservatoire des arts et métiers est devenu,
comme nous l’avons dit, la Sorbonne de ndustrie. l’i Il doit conserver ce caractère, et
accomplir la mission pédagogique dont il est chargé, en s’appliquant toujours à tenir ses
collections à la hauteur des progrès de l’industrie et son enseignement dans une voie à la fois
270scientifique et pratique » .

Le CNAM occupe, il est vrai, une place originale mais relativement modeste entre les
grandes écoles et les facultés ; sa vocation est d’offrir une chance nouvelle à un public
particulier, traditionnellement composé surtout d’adultes engagés dans la vie active. Il tend
aussi, en des temps plus récents, à participer à l’émergence d’une élite grâce à des cours et à
des facilités de recherche. Il a su éviter de devenir une usine à diplôme. En raison d’une
271histoire complexe, ses caractéristiques ne peuvent se résumer dans une formulation simple .

Cet établissement est aussi le produit de l’activité des responsables (administrateurs,
directeurs) qui ont assuré une continuité organique à une mosaïque mouvante de chaires, de
spécialités, d’enseignants. Relevons qu’un seul de ces dirigeants a porté le titre d’inspecteur
général du Conservatoire : le duc de La Rochefoucauld-Liancourt. Ces fonctions lui seront
272retirées par ordonnance du 14 juillet 1823. Ce titre n’a jamais été rétabli depuis .

268 Cent cinquante ans de Haut enseignement technique au Conservatoire national des arts et métiers
18201970, Ministère de l’Éducation nationale, Paris, 1970, p. 102.
269
Article d’Émile Levasseur consacré au Conservatoire dans Dictionnaire de Pédagogie publié sous la
ère
direction de F. Buisson, 1882, 1 partie, t. 1, p. 507.
270
Ibid., p. 511.
271 Voir Cl. Fontanon et A. Grelon, op. cit., pp. 56-57.
272 Un poste d’inspecteur du Conservatoire a existé en 1880 mais il s’agissait d’un emploi interne à
l’établissement pour une fonction administrative de faible niveau. (Laussedat, op. cit., p. 128 et dossier de Léon
12Masson, Arch. Nat. F 5 205).
125