La décision de la majorité en démocratie, quid ?
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La décision de la majorité en démocratie, quid ?

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La majorité a raison quand elle prend en compte les vérités de la minorité

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Publié le 23 mai 2012
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Langue Français
Du grecdêmos, qui signifie peuple, etkratosqui veut dire pouvoir ou autorité, la démocratie est un régime politique dans lequel le pouvoir est détenu ou contrôlé par le peuple, sans qu'il y ait de distinctions dues à la naissance, à la classe sociale ou à la compétence. Elle est un mode d'organisation par lequel la souveraineté réside dans l'ensemble des citoyens qui expriment leur volonté par le vote. Ce faisant, comme pouvoir de tout le peuple, elle est une avancée politique, du fait qu’elle lui permet d'assurer sa souveraineté. C’est pourquoi pour François René de Chateaubriand, renoncer à la majorité, 1 c’est vouloir marcher sans pieds, voler sans ailes. Par ailleurs, il existe tant d’autres régimes politiques comme la monarchie absolue qui est le pouvoir détenu par une seule personne ; l’aristocratie, celui retenu aux mains de quelques personnes meilleures ; l’oligarchie, le pouvoir aux mains d'un petit nombre de personnes ou de familles ainsi que d’autres régimes totalitairesavec pour but de gérer la cité pour le bien-être de l’homme. Ainsi, la démocratie comme le pouvoir de la majorité nemanque pas d’opposition qui la juge démagogue et despote. Devant telle ambivalence, une question nous interpelle : la décision de la masse est-elle assurément juste ? Dans cet élan réflexif, nous tenterons de montrer d’une part que la démocratie, non comme la loi de l'unanimité mais celle de la majorité est juste. D’autre part, nous prouverons que la minorité quand elle est animée par un esprit de bien et de vertu est juste et défit l’ignorance de la masse. C’est pourquoi il nous sied de postuler pour un régime mixte qui tient compte des diverses valeurs mais basé sur la démocratie en vertu de la gouvernance par peuple.
La décision de la majorité est juste. En effet, la masse est comme une personne qui a sa volonté propre par l’accord de ses consentements. C’est le peuple qui décide selon Rousseau, puisqu’il est animé par le sens de l’unité : «Toute loi que le peuple en personne n’a pas ratifiée est nulle ; ce n’est 2 pas une loiDans cette optique, la conscience des membres doit être animée par un esprit de» . responsabilité qui vise la vérité, l’intérêt commun et la dignité humaine intégrale. Renchérie ensuite Hobhouse que«la société est entièrement composée de personne; elle n’a pas de personnalité 3 distincte extérieure ou supérieure à celle de ses membresAinsi, pour qu’il y ait une bonne décision,» . il faut que le peuple possède cette capacité de discernement, du bon sens. Dès lors, l’éducation prend une place prépondérante pour un bon choix dans une liberté vertueuse. Ce qui nécessite d’emblé le développement de la matière grise par l’État, puisque Kierkegaard souligne le prima de l’individu par 4 rapport aux institutions : «L’homme seul est plus grand que l’État » . On aura tout, si les citoyens sont bien formés. Alors Rousseau stipule à ce propos que «l’éducation publique (…) est une des maximes 1 François-René de CHATEAUBRIAND,De la monarchie selon la charte, Le Normant, Paris, 1816. 2 Jean Jacques ROUSSEAU « Du contrat social » inQu’est-ce que la démocratie ?,Vrin, Paris, 2005, p. 34. 3 L.T. HOBHOUSE,Liberalism, Oxford University Press, New York, 1964, pp. 63-64. 4 Kierkegaard cité par Dénis de ROUGEMONT, L’avenir est notre affaire, Stock, Paris, 1977, p. 209. 1
5 fondamentales du gouvernement populaireAussi, dans les débats démocratique, la parole raisonnée» . est une source de décision: «Ce n’est pas de la volonté d’un seul, mais de la confrontation de 6 plusieurs que procède la décision» . En effet, dans les débats démocratiques, la décision de la majorité provient de la confrontation de la volonté issue d’un processus rationnel. C’est à partir de la discussion, des propositions, des votes, des promulgations qui se culminent dans le langage et la délibération que s’exerce la démocratie. Pour prouver sa citoyenneté, l’homme doit exprimer sa voix dans les décisions concernant les choix colossaux, c’est en cela que Kant dira que : «Seule la capacité de voter définit la 7 qualification qui fait le citoyen» . L’assemblée devient constitutive de la démocratie, du fait qu’elle est le réceptacle de l’unité du peuple et c’est sa souveraineté qui constitue le pouvoir démocratique. De même, la souveraineté exercée par le peuple se traduit dans la démocratie par l'acceptation du choix de la majorité. Ce faisant, Novak stipule que «la recherche du bien commun par la raison et la volonté 8 publiques a pour conséquence évidente de donner à la société une direction vers le bien commun… » . La décision de la majorité est cette loi générale adoptée par la majorité de tous les hommes et que l'on appelle la Justice. Suivre cette justice raisonnée et délibérée sous le crible de la raison est paix. C’est ainsi que Kalinowski dira que : «Si tu veux être heureux, si tu ne veux pas souffrir, si tu préfères ne pas 9 être écrasé par la société, agit selon l’opinion de la majoritéAlors, c'est lorsqu'on prétend que dans» . une démocratie, est juste seulement ce que la majorité rend légal qu’elle se dégénère en démagogie, qui n’est d’ailleurs pas son essence.
En somme, la démocratie en vertu de sa délibération issue de la majorité prise collectivement relate la volonté du peuple. Et une mesure prise par une majorité qui l’a discuté, raisonné, analysé, décortiqué par la vérification débusquant l’hypothétique ne devrait plus être discutée, elle doit être acceptée par tous jusqu’à ce qu’une autre majorité en décide autrement. Cette majorité doit d’emblé être échafaudée sur une morale, éthique, sur des us et coutumes bien humanisant, respectant l’Etre et l’être. Cependant, n’arrive t-il pas souvent que la majorité ait tort et que par contre la minorité détienne la raison ? La minorité animée par une intelligence du bien, de la vertu et de la justesse est détentrice de la vérité même si elle est déclassée par la majorité. En effet, la masse est la multitude disparate, la foule sans ordre, sans principe directeur et sans critères distinctif selon son attachement aveugle et ses choix partisans. La preuve est qu’on peut par manipulation agiter quelques arguments populistes pour animer
5 Jean Jacques ROUSSEAU,Discours sur l’économie politique, Vrin, Paris, 1972, p. 55. 6 Périclès cité par Thucydide in Bruno BERNARDI,La démocratie, Flammarion, Paris 1999, p. 51. 7 Emmanuel KANT cité par Bruno BERNARDI inOp. Cit., p. 201. 8 Michael NOVAK,Démocratie et bien commun, Cerf, Paris, pp. 159-160. 9 G., KALINOWSKI,Initiation à la philosophie morale, Société d’Edition Internationales, Paris, 1966, p. 69. 2
les foules irritées par la dureté de leur condition d’existence. Ainsi, selon Baudart «depuis Homère, Plèthos désigne la foule, la masseplus ou moins informe de gens, qui ne sont ni beaux ni bons, mais se 10 remarque plutôt par leur aveuglement, leur comportement souvent insenséQuand on refuse la» . démocratie, on peut sombrer dans des régimes monopolaires et thuriféraires qui font souffrir la population minoritaire. C’est le cas du Totalitarisme, système politique du régime à parti unique n’acceptant aucune opposition organisée et qui est d’ailleurs le réceptacle ayant le« monopolede la violence, de l’idéologie, de lapolitique : un parti unique, société civile absorbée par l’Etat, du 11 monopole médiatique au service de la propagande de l'Etat, d’économique, etc.nombre de» Alors, gens, particulièrement Darius préfère la monarchie. Pour lui, «si elle est le fait d’un homme de bien, 12 habité par la recherche de la vertu, elle lui semble de loin le meilleurs des régimes» .A sa suite, Rousseau renchérie par sa position aristocratique que : «C’est l’ordre le meilleurs et le plus naturel que les plus sages gouvernent la multitude, quand on est sûr qu’ils la gouverneront pour son profit, et 13 non pour le leurLa raison de cette fuite de la démocratie est que la majorité peut abuser de sa» . toute-puissance contre ses adversaires du fait qu’ «elle engendre corruption, ligue des profiteurs qui lèsent la communauté, injustice, violence, révoltes, qui suscitent peu à peu le rétablissement par un 14 seul de l’ordre et de la justice» .Etant alors un outil du capitalisme néolibéral, la démocratie veut créer un monde de dépendance, un écoumène bipolaire où la dépendance devient une réalité exogène. A cet effet, Nozick considère que la démocratie n'est qu'une forme de l'esclavage, les citoyens étant des 15 esclaves de la majorité, de la collectivité et de l'État démocratique souverain. Et Tocqueville dira à sa suite que dans la démocratie actuelle, l’exercice de la pensée et du libre jugement est menacé parce que «les principales opinions des hommes deviennent semblables à mesure que les conditions se 16 ressemblentDès lors, une lutte sans merci est nécessaire. Les décentralisations gouvernementale et» . administrative, les associations politiques et civiles sont des moyens de lutte contre le despotisme de la démocratie. Il ajoute que «de notre temps, la liberté d’association est devenue une garantie nécessaire 17 contre la tyrannie de la majorité» .
C’est dans cette même ambiance que pour Platon, la démocratie est un régime à condamner, car elle «désigne avant tout, les hommes qui l’ont laissé dériver vers la licence généralisée, le désordre de l’injustice, l’impérialisme sans frein, l’égalité de nivellement, perdant de vue les bienfaits de l’égalité 10 Anne BAUDART,Qu’est-ce que la démocratie ?, Vrin, Paris, 2005, p. 9. 11 Raymond ARON inhttp // WWW.quebecoislibre.Org /030510-4. Htm., le 14 mars 2012. 12 Anne BAUDART,Op. Cit., p. 27. 13 Jean Jacques Rousseau « Du contrat social » inQu’est-ce que la démocratie ?, Op. Cit.,p. 15. 14 Anne BAUDART,Op. Cit., p. 27. 15 Nozick inhttp://www.wikiberal.org/wiki/Démocratie., le 15 mars 2012. e 16 Alexis De TOCQUEVILLE, De la démocratie en Amérique, II, 3partie, chap. XIX, Furet, p. 319. e 17 Alexis De TOCQUEVILLE,Op. Cit., I, 2partie, chap. 4, Furet, p. 278. 3
18 proportionnelle, plus qu’au régime lui-même» .Ses conséquences sont alors l'extrême liberté qui y règne et le peu de garantie qu'on y trouve contre la tyrannie. Cette réalité s’osmose avec la dérive de la masse lorsqu’elle met en avant la coloration ethnique, tribale, régionale voire clanique devant les vertus de justice, de compétence et de vérité. Murray abonde dans le même sens d’idée et révèle que «la majorité n'est pas la société, elle n’est pas non plus chacun d’entre nous. La coercition de la majorité 19 sur la minorité est toujours coercition«. Et Bertrand De Jouvenel certifieà son tour que : »le pouvoir est commandement, et tous ne peuvent commander. La souveraineté du peuple n'est donc qu'une fiction et c'est une fiction qui ne peut être à la longue que destructrice des libertés 20 individuelles» .
En guise de conclusion, nous abondons dans le même sens que Popper pour réaffirmer que : « la démocratie aussi limitée soit-elle dans ses réalisations, vaut infiniment mieux que son contraire, la 21 tyrannie. En sa perfectibilité réside le gage de son excellence» .Lorsqu’un peuple est dirigé par une personne ou une poigné de personne, il risque de sombrer dans sa dictature, dans la désinvolture des dirigeants qui ne cherchent d’emblé que leurs propres intérêts, ignorant ceux du peuple s’ils ne sont pas rassasiés. La souveraineté du peuple est conforme à la justice lorsqu’il a l’éducation adéquate, le sens des vertus bienséantes, et le dépassement des liens tribaux. C’est à ce propos que : Clément Richard Attlee soutient que la démocratie n’est pas simplement la loi de la majorité, c’est la loi de la majorité 22 respectant comme il convient le droit des minorités. Il convient aussi de maintenir qu’un régime mixte qui intègre les vertus des différents régimes est souhaitable selon la pensée de Saint Thomas d’Aquin qui considère que la règle de l'Unité est universelle et que la cité doit être au préalable gouvernée par une seule tête. C'est pourquoi il prône initialement la monarchie lorsqu'elle est administrée conformément au Bien commun, constitue le meilleur régime politique ; quand elle dégénère en tyrannie, elle devient le pire de tous. Pour y remédier, il énonce les principes du régime mixte qui intègre les éléments des différents régimes à savoir : la royauté tempérée par le 23 gouvernement des vertueux aristocratiques, les chefs étant désignés par le peuple démocratique.
18 Platon cité par Anne BAUDART,Op. Cit., p. 112. 19 Murray Rothbard inhttp // WWW.quebecoislibre.Org /030510-4. Htm., le 14 mars 2012. 20 Bertrand De JOUVENEL, « Du pouvoir » inhttp://www.wikiberal.org/wiki/Démocratie.,le 15 mars 2012. 21 Sir Popper KARL cité par Anne BAUDART,Op. Cit., p. 116. 22 Cf ClémentRichard ATTLEE, Discours, entretiens et autres sources in http://www.citationspolitiques.com/auteur, le 14 avril 2012. 23 Cf SaintThomas d’Aquin,“L'administration de la Cité en vue du Bien commun” inhttp://www.wikiberal.org/wiki/Tho-mas_d'Aquin,le 24 avril 2012. 4