Les Bonnes Copies de Philo

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Laurence Hansen-Løve Nathalie Vauthier LES BONNES COPIES DE PHILO 1 Sommaire Copie n° 1 3 Dissertation sur la raison et le réel Copie n° 2 9 Dissertation sur l’art et la moralité Copie n° 3 17 Commentaire d’un texte de Bergson Copie n°4 25 Dissertation sur l’expérience et la vérité Copie n°5 31 Dissertation sur la culture et la religion Copie n°6 36 Dissertation sur le travail Copie n° 7 42 Dissertation sur la culture. Copie n° 8 49 Commentaire d’un texte de Marx Copie n°9 57 Dissertation sur le sujet et la liberté Copie n° 10 65 Dissertation sur le sujet et la morale Copie n° 11 73 Commentaire d’un texte de Pascal Copie n° 12 80 Commentaire d’un texte de Platon 2 Elève : Héloïse Professeur : Laurence Hansen-Løve Copie n° 1 Raison et devoir Le contexte Type de sujet : Dissertation Objets d’étude : La raison – La morale (le devoir) Séries : S, ES, L L’énoncé Faut-il toujours raison garder ? 3 La copie de l’élève Pour l’opinion générale, l’idée de raison est associée au terme de « raisonnable », c’est-à-dire à une certaine réserve, voire une trop grande retenue. Mais les philosophes font rupture avec cette idée ; pour eux, la raison n’est pas la restriction. La raison, c’est ce que Descartes appelle le « bon sens », dont tout homme, selon lui, est pourvu. Le bon sens n’est pas exactement l’intelligence, c’est la capacité à discerner le vrai du faux.

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Publié le 01 avril 2010
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Laurence Hansen-Løve Nathalie Vauthier
LES BONNES COPIES DE PHILO
Sommaire
Copie n° 1 Dissertation sur la raison et le réel Copie n° 2 Dissertation sur l’art et la moralité Copie n° 3 Commentaire d’un texte de Bergson Copie n°4 Dissertation sur l’expérience et la vérité Copie n°5 Dissertation sur la culture et la religion Copie n°6 Dissertation sur le travail Copie n° 7 Dissertation sur la culture. Copie n° 8 Commentaire d’un texte de Marx Copie n°9 Dissertation sur le sujet et la liberté Copie n° 10 Dissertation sur le sujet et la morale Copie n° 11 Commentaire d’un texte de Pascal Copie n° 12 Commentaire d’un texte de Platon
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Elève : Héloïse Professeur : Laurence Hansen-Løve
Le contexte
Copie n° 1 Raison et devoir
Type de sujet : Dissertation Objets d’étude : La raison – La morale (le devoir) Séries : S, ES, L
L’énoncé Faut-il toujours raison garder ?
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La copie de l’élève
Pour l’opinion générale, l’idée de raison est associée au terme de « raisonnable », c’est-à-dire à une
certaine réserve, voire une trop grande retenue. Mais les philosophes font rupture avec cette idée ;
pour eux, la raison n’est pas la restriction. La raison, c’est ce que Descartes appelle le «bon sens», dont tout homme, selon lui, est pourvu. Le bon sens n’est pas exactement l’intelligence, c’est la capacité à discerner le vrai du faux. Cependant, doit-on toujours se fier à la raison, ou comporte-t-elle une marge d’erreur? Faut-il toujours se laisser guider par sa raison? La réponse la plus évidente est que oui, pourtant toujours raison garder peut amener à commettre des erreurs et ne pas se remettre entièrement à la raison peut 1 être la plus grande forme de raison . Descartes, dansLe discours de la méthode, dit vouer une confiance absolue en la raison. Lui-même, profondément admiratif de la méthode de réflexion mathématique, croit en la justesse indéniable des « raisonnements ». L’animal est guidé par des instincts prédéfinis qui ont pour fin la survie de l’espèce. L’Homme s’en détache de par sa capacité à raisonner. La raison élève donc l’Homme. L’Homme n’a pas d’instinct, il ne peut être guidé dans ses actes que par la raison. Si on décide de ne plus suivre sa raison, alors nos actes seront incohérents, dépourvus de sens, soumis à nos désirs et à nos pulsions. Dans tout acte doit figurer la raison, que ce soit dans les choix politiques ou dans le choix de son déjeuner. Ne pas agir conformément à la raison laisse même la possibilité d’accomplir des actes criminels. Mais, sans aller jusqu’à parler des actes extrêmes relevant de la violence ou de la criminalité, la raison empêche des erreurs graves au quotidien. Elle nous rappelle à l’ordre, avec pour préoccupation le
respect des mœurs, la prudence.
Lors d’une promenade en forêt, la raison conseillera le chemin le plus sûr. Si on préfère emprunter
le chemin le plus escarpé par envie de sensations fortes, c’est une prise de risques que la raison aurait
pu nous éviter.
La raison, si elle est bien articulée et perçue posément (car on peut faire une confusion sur ce que
nous dicte la raison lors d’un instant de précipitation), préconise toujours ce qu’il y a de mieux, de
Le mot du prof: 1  Leproblème est bien posé, et la réponse suggérée originale et intéressante («ne pas s’en remettre à la raison peut être la plus grande forme de raison»). Mais le début n’est pas très clair: le rapport entre raison, raisonnable et «restriction »reste allusif. Si la raison n’est pas la restriction,est-elle le « raisonnable » ? Pas davantage. Il faudrait définir la raison ! 4
plus prudent et de plus juste. Elle est basée en effet sur des valeurs universelles, ne serait-ce que 1 l’intégrité humaine . Agir selon la raison est ce qu’il y a de mieux si l’on recherche la justice, la vérité, l’équité, la prudence, si l’on espère parvenir à ses fins. Utiliser sa raison est un moyen sûr, comme nous le dit Descartes, et non nuisible ou mensonger. Tous nos actes devraient donc, si on recherche morale ou sécurité, contenir une part de raison. La question est : dans quelles proportions ? Platon affirmait fermement que la méchanceté découlait d’un manque de discernement. Croyant agir en faisant ce qui est bien, les Hommes accomplissent des actes nuisibles aux autres et à eux-mêmes. On n’est plus d’accord avec cet avis aujourd’hui. Adam et Eve, par exemple, ont fait le mal 2 tout en sachant que c’était mal . Cependant, Platon avance l’idée que la raison a ses limites. Dans une situation complexe, la raison peut être conseillère de plusieurs choix opposés les uns aux autres. Elle peut mener à des contradictions, plonger l’individu dans le doute. Pendant la Résistance, la raison indiquait de se sauver soi-même et de ne pas tuer d’individu au nom d’une cause, mais commandait aussi de se battre pour la liberté. Si le second choix était le bon, ce que la raison indiquait était pourtant contradictoire, paradoxal. Suffisamment pour que quelques personnes s’engagent dans la Résistance, préférant le risque de mort que de ne plus être libre. La raison peut donc être trompeuse, proposer plusieurs possibilités comportant toutes une marge de 3 déraison . D’autre part, la raison peut ressembler parfois à un « surmoi conscient », c’est-à-dire à une instance restrictive. La raison, en nous disant ce qui est bien, ce qui est vrai, ce qui est juste, contrarie parfois nos désirs. Lors d’une promenade en forêt, ce que l’on recherche n’est pas forcément la prudence. On peut avoir justement envie de la prise de risque qu’est le chemin escarpé, contrairement à ce que nous 4 dicte la raison . Le plaisir naît souvent de la transgression, comme voler les pommes du verger de son voisin alors que son propre jardin en regorge, nous dit Saint Augustin. On connaît ce que la raison
Le mot du prof: 1 Il y a un glissement non assumé entre la raison « rationnelle » (« méthode de réflexion mathématique ») et la raison «raisonnable »(choix de la prudence). Or il fallait absolument, pour éviter de telles approximations, définir la raison, en opposant la raison raisonnable et la raison rationnelle. 2 La notion de « manque de discernement » n’est pas du tout explicitée. L’incapacité de faire les bons choix est-elle imputable à la raison? Que dit Platon sur ce point? Quand nous nous trompons, est-ce notre raison qui est fausse, ou bien est-ce que nous ne l’appliquons pas avec assez de rigueur, ou de fermeté ? 3 Le raisonnement sur la résistance ne permet pas de dire que la raison peut être « trompeuse ». Il prouve seulement que la raison n’a pas réponse à tout. 4 Idée pertinente, mais qui n’est pas articulée à ce qui précède. 5
dicte, mais on choisit de ne pas l’écouter.Ne pas agir comme nous le dicte la raison peut être un plaisir.
Or, l’Homme est un être de désir. Ne peut-il pas être rendu malheureux en suivant toujours la raison, en renonçant à toute fantaisie qui n’est pas conforme à la raison? En recherchant quelques plaisirs, l’Homme se voit souvent obligé de tourner le dos à la cohérence de ses actes, à la raison. Ne pas céder à ses désirs pour toujours raison garder peut engendrer une perpétuelle frustration. Agir conformément à la raison et ne pas agir conformément à la raison sont-ils réellement incompatibles ? Comme nous le disions à propos de la Résistance, il est difficile de se fier à la raison, car ce qu’elle dicte est parfois flou, souvent les possibilités sont multiples. En choisissant de risquer leur vie, les résistants prouvent qu’il faut parfois accomplir ce qui est fou pour accomplir ce qui est juste. La spontanéité, ne pas se remettre entièrement à la raison, ce par choix, peut être la plus grande audace, la plus grande folie en même temps que la plus grande raison et l’accomplissement de toute forme de raison. « Je vous promets du sang et des larmes » dit Churchillavant de s’engager, seul contre l’Europe, dans un combat apparemment désespéré, ignorant encore que l’Histoire lui donnerait raison. Cet engagement, était-ce une folie? La folie ressemblait étrangement à la raison. Suivre la raison telle qu’elle apparaissait au premier abord peut s’avérer être une erreur. La spontanéité, la folie, l’intuition ont leur place dans les choix, dans les actes. Cela se remarque tout particulièrement dans la recherche scientifique, dans laquelle les chercheurs ont une part de réflexion, d’imagination avant de prouver et de démontrer leur thèse. La déraison d’avancer des hypothèses est balayée par le raisonnement qui suit, et par la raison qu’est le fait de participer à 1 l’avancée de la science . La « folie » dont nous parlons ici est folie spontanée, qui par la suite offre le constat qu’elle n’était pas si dénuée de raison. On peut également parler de la folie choisie parce qu’elle est folie, ce qui constitue un acte de raison. L’amour-passion est folie. Or on aime cette folie justement parce que si elle est folie, son intensité n’en est que redoublée. Mais aimer l’autre est un acte de raison, ses 2 intentions ne sont que charitables .
Le mot du prof: 1 Ce passage sur la science (nécessité et utilité d’une part d’irrationalité dans la démarche scientifique) n’est pas articulé à ce qui précède, mais seulement juxtaposé. 2 Ce passage sur l’amour, certes pertinent, est trop bref et pas du tout rattaché au raisonnement précédent. De plus, l’idée d’intention « charitable » de l’amour est peu probante. Mais on comprend ce que veut dire l’élève : l’amour, qui ne procède pas de la raison, accomplit cependant mieux que la raison ce que veut la raison, à savoir une vie harmonieuse et pacifiée pour les citoyens ou les amants, qu’ils agissent ou non conformément à la raison.
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Ne pas suivre la raison peut donc mener à nouveau àla raison elle-même. Sans agir immédiatement conformément à la raison, on agit conformément à la raison. La raison, suivie de façon scrupuleuse, mène au juste, à la droiture ou encore au vrai, mais cela 1 n’est pas forcément ce qui fait le bonheur de l’Homme. Par ailleurs, ce que la raison nous dicte comme étant raisonnable ne l’est pas toujours sur le long terme : il y a l’acte raisonnable (la survie) et ses répercussions possibles (la non résistance à l’occupant). Don Juan, incarnation même du désir, donc de ce quel’on peut considérer comme déraisonnable, dit lui-même croire que « deux et deux font quatre », symbole même de ce qui est la raison. Il se montre donc raisonnable et insensé. Les folies ne font-elles donc pas partie de la raison ? Les stoïciens ne faisaient-ils pas complètement fausse route ? Descartes n’a-t-il ainsi pas assez de recul ?
Le mot du prof: 1  Forteet inattendue, la conclusion fait retomber le devoir sur ses pieds. Les exemples du résistant et de Don Juan montrent que l’élève n’a jamais perdu le fil de sa réflexion, et qu’une idée claire a guidé l’ensemble de son devoir. Cette idée est la suivante: il ne faut pas toujours raison garder parce que l’homme est aussi un être de désir, et que la raison le resserre dans des limites trop étroites. Donc, pour atteindre des objectifs conformes à la raison (la liberté, le bonheur), il faut parfois ne pas suivre la seule raison (raisonnable ou rationnelle).
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Les appréciations du prof
14/20. C’est une bonne copie, qui mérite donc une note bien au-dessus de la moyenne. Cependant, ce n’est pas une copie très rigoureuse, c’est pourquoi on n’ira peut-être pas jusqu’à 15.
Difficulté du sujet
Le sujet était difficile, et donc appelle une certaine indulgence. Pourquoi difficile? Parce que l’expression « raison garder » n’est pas tellement usuelle, et surtout elle ne renvoie qu’indirectement à une notion du programme(la raison et le réel) qui est en fait un regroupement, et non une notion. Donc il est probable que l’élève n’a pas en tête un cours sur la raison. Bref ; cette question n’est pas une question de cours. L’autre difficulté, plus importante encore, tient au fait que l’on voit mal, a priori, pourquoiil ne faudrait pas «» (ce qui signifieraison gardertoujours se fier à la raison,: « toujours agir conformément à la raison»). En général, les philosophes (Descartes, Kant) recommandent d’agir conformément à la raison ! Les arguments allant dans un sens opposé, que l’on peut trouver chez Pascal, Rousseau ou Hegel, sont rarement bien maîtrisés par les élèves.
Qualités de la copie
Cette copie présente de grandes qualités :
1.Elle traite le sujet. Elle n’essaye pas de restituer un cours, mais elle s’efforce de poser un problème
singulier, et elle y répond avec une démarche personnelle.
2.Elle donne des exemples pertinents (l’escapade en forêt, la résistance) et elle énonce une thèse vraiment subtile et « dialectique » : on peut avoir raison de contredire la raison, parfois…
3.Elle comporte des références tout à fait à propos : Descartes au début, Don Juan à la fin.
Défauts de la copie
Mais on trouve aussi d’assez importants défauts. Il y a de nombreuses fautes d’orthographe(Note de l’éditeur : elles ont été supprimées !). Beaucoup d’à peu près dans l’utilisation des notions. La raison n’est pas définie, le raisonnable n’est pas distingué explicitement du rationnel. La référence à Descartes est donc discutable, car elle évoque le rationnel (la méthode) plutôt que le raisonnable. Or, « raisongarder »concerne plutôt l’action que le jugement. Peu de références philosophiques qui étaient attendues ici : Rousseau, Pascal, Hegel.
Conclusion Une bonne copie qui traite le sujet, qui est originale. Mais qui n’est pas excellente, faute de suffisamment de rigueur. 8