La Démocratie
188 pages
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La Démocratie , livre ebook

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Description

Extrait : "C'est l'abus du mot démocratie qui m'a donné l'idée de ce livre. Le nom est dans toutes les bouches, tour à tour maudit et célébré pour les terreurs, les déceptions et les espérances qu'il fait naître. Toutes les écoles politiques, celles qui redoutent la démocratie, comme celles qui l'appellent de leurs vœux, s'accordent à reconnaître qu'elle est la grande promesse de la Révolution qui a clos le siècle dernier." À PROPOS DES ÉDITIONS LIGARAN : Les éditions LIGARAN proposent des versions numériques de grands classiques de la littérature ainsi que des livres rares, dans les domaines suivants : Fiction : roman, poésie, théâtre, jeunesse, policier, libertin. Non fiction : histoire, essais, biographies, pratiques.

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Publié par
Nombre de lectures 47
EAN13 9782335054095
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0006€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

EAN : 9782335054095

 
©Ligaran 2015

Préface
C’est l’abus du mot démocratie qui m’a donné l’idée de ce livre. Le nom est dans toutes les bouches, tour à tour maudit et célébré pour les terreurs, les déceptions et les espérances qu’il fait naître. Toutes les écoles politiques, celles qui redoutent la démocratie, comme celles qui l’appellent de leurs vœux, s’accordent à reconnaître qu’elle est la grande promesse de la Révolution qui a clos le siècle dernier. Les uns trouvent que toutes les sociétés européennes où les privilèges de la noblesse et les institutions de la féodalité ont disparu, sont déjà en pleine démocratie. C’est le sens de la célèbre phrase de M. de Serre et du beau commentaire de M. Royer-Collard. Le premier s’effrayait, le second s’applaudissait de voir la démocratie couler à pleins bords. Tous deux étaient loin de comprendre le mot dans toute son extension. D’autres, plus exigeants, font de l’égalité politique le principe même de la démocratie. Mais cela leur suffit. Ils voient dans le suffrage universel le dernier mot de la démocratie, quelles que soient les conditions morales, sociales, économiques du peuple qui en jouit, et sans considérer que l’ignorance, la superstition, l’immoralité, la misère peuvent rendre vain ou dangereux l’exercice du droit populaire. D’autres enfin, peu soucieux de liberté et de dignité, vont jusqu’à prostituer le nom de démocratie à un régime politique qui confond toutes les classes de la société sous le niveau du despotisme, et fait du suffrage universel un jouet dérisoire, un instrument d’oppression.
J’ai voulu relever la démocratie de toutes ces définitions fausses, légères ou misérables, en montrant quel en est le véritable principe, quelles en sont les véritables conditions, morales, sociales, économiques, administratives, politiques ; en un mot, ce que c’est qu’une Société, un État, un Gouvernement démocratique. Le fond des idées de ce livre est peu nouveau, j’en fais l’aveu sans peine. Sur de pareilles matières, les prétentions à l’originalité et à l’invention ne sont pas seulement ridicules ; elles seraient suspectes à bon droit au public, si elles étaient justifiées. C’est en politique surtout qu’il n’est pas bon de penser seul, et de se complaire dans l’orgueil des méditations personnelles. Les idées n’y ont d’autorité et de vertu qu’autant qu’elles ont acquis un certain degré de généralité, au moins dans le monde des esprits plus ou moins familiers avec ce genre de questions. Je serais en grande défiance de celles que j’expose ici, si elles m’étaient entièrement propres. Mais comme ces idées sont plus ou moins celles de toutes les écoles politiques qui se rallient sous le drapeau de la démocratie, comme je ne fais guère autre chose que résumer le grand travail qui s’est produit autour de ce drapeau depuis trente ans, je prends confiance dans mon œuvre, et j’ai quelque espoir que ma voix ne restera pas sans échos.
La seule chose un peu nouvelle dans ce livre, c’est la méthode. On sait comment procède le géomètre. Il pose d’abord ses axiomes et ses définitions ; puis déduit de celles-ci, à l’aide de ceux-là, toutes les propositions dont l’enchaînement forme la science entière. Ses définitions ont pour objet des figures idéales dont le géomètre démontre les diverses propriétés, sans se soucier si la réalité répond exactement à la vérité géométrique établie par les définitions et les théorèmes, et surtout sans jamais s’aviser de vérifier par l’expérience des démonstrations fondées sur des principes abstraits et a priori. De même, dans l’ordre des vérités que je poursuis, c’est à l’idée, au principe, que je m’attache exclusivement. Étant donnée la définition de la démocratie, j’en déduis toutes les conséquences pour la Société, l’État et le Gouvernement. Que ces conséquences soient plus ou moins applicables, selon les temps, les lieux et les peuples, ceci est un problème de politique pratique qui n’entre point dans le programme de ce livre. Il ne s’agit ici que d’idéal, de théorie, de vérité pure. Je laisse la réalité pour ce qu’elle vaut, et je la renvoie au jugement des hommes d’État. Les imperfections et les misères des démocraties réelles, soit anciennes, soit modernes, n’infirment pas plus les définitions et les déductions de la théorie démocratique que les irrégularités et les défectuosités des figures concrètes n’infirment les définitions et les démonstrations de la géométrie pure. La philosophie ne saurait trop le répéter en face des grossiers préjugés de l’imagination : en politique, comme en morale, comme en littérature, la réalité n’est point la vérité . Elle n’en est qu’une imparfaite ébauche ; parfois même elle en est l’insolente négation. Quelle qu’elle soit, il n’y a rien à en conclure contre l’éternelle et immuable vérité. L’histoire ne peut jamais être un argument contre la logique et la raison. L’idéal sera toujours le refuge inviolable des esprits et des âmes d’élite qui ont le sens du beau, du juste, du vrai, de toutes les choses intelligibles , pour parler la langue de Platon.
On croira peut-être réfuter cette manière d’entendre la démocratie, en la qualifiant d’ utopie. J’accepte le mot, en demandant la permission de l’expliquer. Utopie peut signifier deux choses bien différentes : un roman de l’imagination, ou un idéal de la logique et de la raison. Dans le premier cas, l’utopie n’a aucune espèce de valeur ni de portée, puisqu’elle n’est pas plus l’expression de la vérité que de la réalité. Elle peut charmer l’esprit, si elle a les mérites d’une œuvre littéraire ; mais elle ne compte pas dans l’ordre des conceptions politiques. Dans le second cas, l’utopie, étant l’expression de la vérité, est toujours une œuvre politique sérieuse, soit que cette vérité reste à la hauteur inaccessible de l’idéal et de l’absolu, soit qu’elle n’attende que certains progrès inévitables de la civilisation pour être pleinement réalisée. Ce genre d’utopie est le seul mérite auquel mon livre prétende. Je n’ai ni le goût ni la liberté d’aborder la politique actuelle. J’ai voulu seulement montrer à la société moderne l’idéal qui peut lui servir d’étoile dans la voie de la démocratie, où la Révolution l’a définitivement engagée. Cet idéal est proposé pour la vérité et la justice absolues en politique. C’est sur ce terrain que j’accepte et que j’appelle la discussion. Ce livre ne veut être jugé qu’au nom de la logique et de la raison. S’il a pour lui la vérité, peu importe que la réalité proteste contre ses principes et ses conclusions. Toute la question est là, et j’aurai toujours le droit d’y ramener la critique. C’est assez dire qu’un pareil travail sur la démocratie n’a rien de commun avec les ouvrages publiés sur le même sujet. L’admirable étude de M. de Tocqueville sur la démocratie en Amérique est un livre d’histoire. L’éloquente dissertation de M. Guizot sur la démocratie en France est un livre de politique contemporaine. Ici, l’histoire et la politique actuelle font place à la définition des principes et à la déduction des conséquences de la démocratie, abstraction faite des temps, des lieux et des peuples ; rien de moins, rien de plus. L’auteur regrettrait vivement qu’on y cherchât ce qu’il n’a point voulu y mettre.
Quant à décider si l’idéal démocratique tracé dans ce livre peut être réalisé dans un avenir prochain, c’est un problème tout historique, aussi complexe qu’intéressant, qui ne pourrait être positivement résolu que par un examen approfondi des sociétés modernes les mieux préparées à cet état politique. Toutefois, un simple coup d’œil jeté sur l’Europe suffirait, ce semble, pour faire concevoir de légitimes espérances aux amis de la démocratie. Il serait assurément téméraire d’affirmer que les provinces encore un peu barbares de la Russie et de l’Autriche seront en pleine démocratie au début du siècle suivant. Avant d’en venir à la démocratie pure, il faut que ces nations, qui ne sont encore que des sociétés naturelles, soient devenues de vraies sociétés politiques. L’Italie et la Péninsule ibérique en sont moins éloignées. Et pourtant que de préjugés, de superstitions, de mauvaises passions, de fatales habitudes, d’obstacles de toute espèce à vaincre ! Que de progrès à faire dans les voies de la civilisation, matérielle et morale, pour arriver à une organisation démocratique ! Les États scandinaves y aspirent instinctivement, et en sont dignes à beaucoup d’égar

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