Le Grand Maître à Monte-Carlo
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Le Grand Maître à Monte-Carlo , livre ebook

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Description

Daniel MARSANT, l’agent du Deuxième Bureau, est installé incognito dans un hôtel de Monte-Carlo afin de sécuriser une importante entrevue secrète entre un politicien français et un diplomate norvégien.


L’espion envisage tous les aléas qui pourraient empêcher la tenue de l’entretien.


Or, il en est un qu’il n’a pas prévu : son ennemi juré, le Grand Maître, l’homme aux cent masques et aux mille noms, se trouve également dans la principauté, sous une fausse identité.


Et ce dernier, depuis qu’il a appris d’un de ses affidés que Daniel MARSANT vient de quitter Paris, se méfie de tout nouvel arrivant sur les terres monégasques.


De son côté, Daniel MARSANT est intrigué par le jeune Edwin Marshall, un Anglais éminemment sympathique, mais trop collant pour être honnête...

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EAN13 9791070038147
Langue Français

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Exrait

- 15 -

LE GRAND MAÎTRE À MONTE-CARLO
Récit policier

Claude ASCAIN
CHAPITRE PREMIER
LE BROUILLARD DANS LA MONTAGNE

M. Lemoret était debout, immobile, sur les marches de l'Hôtel de Paris et paraissait plongé dans une méditation absorbante, quand il entendit le bruit d'un frein serré énergiquement.
Au même moment, une voix joyeuse l'interpella :
— Hello, mister Lemoret... Vous êtes libre ?
Il n'eut pas le temps de répondre. Edwin Marshall poursuivait.
— Je vous emmène dîner à La Turbie... Allons, ne refusez pas...
M. Lemoret eut un regard perplexe vers la belle et puissante voiture sport, à la carrosserie longue et basse.
— Je veux bien, dit-il, mais à condition que vous soyez prudent.
— Soyez tranquille, riposta le jeune Marshall, je n'ai pas plus envie que vous de me suicider. Je serai sage...
M. Lemoret s'installa à côté de son compagnon. Edwin était un Anglais, un Londonien élégant et oisif, à qui la fortune permettait de passer l'hiver à Monte-Carlo. Blond, de taille moyenne, épaules larges, visage avenant.
Son compagnon, M. Lemoret, représentait le type de l'industriel français quadragénaire et bien portant, qui lutte avec énergie contre le soupçon d'embonpoint qui guette toujours les hommes actifs vers cet âge fatidique.
Ils avaient fait connaissance autour des tables de baccara. Ils n'étaient, ni l'un ni l'autre, des acharnés du jeu et c'était probablement cette modération commune et cette sagesse de savoir se retirer à temps de l'emprise fascinante, qui les avaient poussés à échanger quelques paroles, le premier soir où ils s'étaient rencontrés.
M. Lemoret parlait remarquablement l'anglais, Edwin Marshall baragouinait assez bien le français. Ils avaient sympathisé, malgré la différence d'âge. À vrai dire, M. Lemoret ne paraissait pas tellement l'aîné de Marshall, car il était excellent sportif également...
Le crépuscule allait bientôt venir.
Ils quittèrent les rues pleines de lumière et la voiture aborda la route sur laquelle elle se mit à grimper en souplesse, silencieusement, au rythme d'un moteur hors ligne. Devant eux et tout autour, des petites lueurs scintillaient au loin, révélant des fenêtres de villas perchées sur les flancs de la montagne. Le ciel devenait mauve...
Bientôt, l'air fut plus vif. Il y avait de la neige sur les hauteurs. Dans l'auto découverte, M. Lemoret boutonna son pardessus, mais ôta son chapeau et aspira l'atmosphère qui était pure, sans un grain de poussière. Il murmura :
— Merveilleux, comme sensation...
— Et ça grimpe, hein... Regardez-moi ça comme la bagnole avale de la côte !...
M. Lemoret sourit et constata que son jeune ami faisait des progrès en français, puisqu'il se risquait même à des expressions d'argot.
— Nous irons jusqu'au restaurant qui est tout en haut, sur le plateau, annonça Marshall.
Son compagnon, qui admirait le paysage, approuva d'un mouvement de tête. Marshall conduisait comme un as. Et, ainsi que promis, il ne prenait pas les virages à la corde.
Ils stoppèrent un instant à La Turbie.
Le spectacle, sous eux, était féerique. Une longue chaîne étincelante de clarté frangeait la baie de Menton, et juste au bas de la route en lacet flamboyaient les lumières de Monte-Carlo, dans l'obscurité latente.
— En route, pour le restaurant... marmonna Marshall.
Les virages devinrent plus fréquents. Le chemin était de plus en plus étroit. L'endroit était brusquement devenu sauvage. Le froid était plus vif. Rien qu'une muraille rocheuse d'un côté et le précipice de l'autre.
D'autres autos montaient, mais avec moins de puissance, et leurs phares trouaient la nuit, sous eux, assez loin.
— Et voilà... annonça Marshall. Nous sommes arrivés... Sans pépin, comme on dit chez vous.
La voiture fut laissée sous des arbres et les deux amis pénétrèrent dans l'élégant et confortable hôtel-restaurant, où ils prirent place dans une salle brillamment illuminée.
L'endroit était chic. MM. Lemoret et Marshall n'étaient pas les seuls touristes à avoir escaladé la montagne. Des conversations discrètes avaient lieu autour d'eux. Assistance élégante...
— Commandez le menu, fit Marshall. Je me fie à votre compétence de gastronome...
Pendant que M. Lemoret consultait la liste cérémonieusement tendue par un maître d'hôtel, le regard de Marshall fit le tour rapide de l'assistance.
Là-bas, au fond de la salle, un vieillard de haute taille aux cheveux blancs était installé en face d'une jeune femme d'une remarquable beauté.
Quand Edwin Marshall ramena les yeux sur son compagnon, il vit que ce dernier avait, lui aussi, remarqué le couple.
— Elle est ravissante, n'est-ce pas ? fit le jeune Anglais.
— Vous la connaissez ?...
— Moi ? Pas du tout... Je le regrette, d'ailleurs !
Il y eut un petit silence, puis Marshall ajouta :
— Je l'ai vue quelquefois autour de la roulette... Avec ce grand vieillard... Je crois que c'est son père... J'ai cherché parmi des gens de connaissance, ici, quelqu'un pour me présenter... Mais, pas de chance. Nous n'avons pas de relations communes.
Edwin sourit et commença de manger avec appétit.
M. Lemoret parla de choses et d'autres. Il évita de laisser voir qu'il lui avait semblé surprendre un signe — oh ! très léger — échangé entre l'homme aux cheveux blancs et le jeune Anglais.
Après tout, cela n'avait aucune importance. Et puis, il avait peut-être été le jouet d'une illusion.
Ils en étaient au café et aux cigarettes, lorsqu'ils virent entrer un homme en jaquette, dont l'expression était anxieuse. C'était le directeur de l'endroit.
— Mesdames, Messieurs... Je suis navré de troubler votre quiétude, mais ma conscience me fait un devoir de vous prier de regagner Monte-Carlo, le plus tôt possible...
Les dîneurs se regardaient, stupéfaits.
— Vous n'ignorez pas, poursuivit le directeur, qu'à cette époque de l'année, les brouillards sont fréquents et rendent la descente assez dangereuse, et je viens de m'apercevoir que nous sommes entourés de brume. Je crains que cette situation ne dure jusqu'aux premiers rayons de l'aube, demain matin. Je n'ai plus une chambre de libre, hélas...
Tout le monde se dressa d'un mouvement précipité.
— Que chacun conserve son sang-froid, acheva le directeur. Il n'y a aucun péril du moment que la descente sera lente et prudente.
M. Lemoret acheva d'endosser son pardessus.
— Alors ? murmura-t-il à Marshall. Nous partons ?... Le plus tôt sera le mieux, a dit ce brave homme...

* * *

La nuit était d'une obscurité d'encre. On ne voyait rien qu'une muraille opaque sous les faisceaux croisés de l'auto. On eût dit d'une projection lumineuse sur une toile grise. Au-delà, le néant tout noir.
MM. Lemoret et Edwin Marshall avaient leur collet relevé. Leur voiture n'était pas encore partie. Le moteur tournait sur place, pour chauffer un peu.
Plusieurs autos étaient déjà parties. Marshall alluma une cigarette et tendit son briquet à son voisin.
On entendait les klaxons assourdis dont le son s'éloignait en descendant. Les autos quittaient la place en observant un intervalle de quelques minutes à chaque fois, pour éviter les risques de bousculades.
M. Lemoret était devenu sérieux.
— Attention, ami Marshall... Il n'y a entre la mort et nous, que la sauvegarde de vos freins.
Jusqu'au premier virage, ce fut relativement facile.
Les lumières du restaurant faisaient un halo qui permettait de se repérer, tant bien que mal. Mais, ensuite, ce fut la nuit hostile.
Les visages étaient couverts de buée en gouttelettes glacées.
Edwin Marshall conduisait lentement, à une allure de tortue, prenant soin de se tenir le plus près possible de la muraille. Il abordait les tournants avec une prudence digne de tous les éloges. Une petite alerte. Les roues arrière avaient patiné dans le vide à un virage particulièrement aigu. Mais, déjà, le coup de volant avait tout redressé.
Ce fut au quatrième virage que tout changea.
Marshall savait que la route était un peu plus large et qu'il y avait quelques centaines de mètres de ligne droite. Il appuya légèrement sur l'accélérateur.
Au même moment, il quitta cette pédale pour écraser celle du frein.
— Damn it !... Vous avez vu ?
— Oui... dit calmement M. Lemoret. On dirait qu'il y a eu un accident devant nous...
Une lampe électrique portative balayait le sol, puis la lumière s'élevait, toujours en se balançant, comme si l'homme qui la portait faisait un signal d'arrêt.
Il stoppa, se souleva sur son siège, et clama :
— Qu'est-ce que c'est ? Besoin de secours ?
À ce moment, des silhouettes vagues apparurent hors du brouillard et une voix rauque grommela :
— Descendez !... Vous êtes combien ?...
Avant que M. Lemoret ou son compagnon eussent répondu, un autre individu hurla :
— Ils sont deux, chef !... On les tient...
C'était exact. Les deux occupants de l'auto étaient maintenus par une demi-douzaine de gredins qui les avaient agrippés et qui, après les avoir fouillés, les tiraient hors de l'auto.
À la lueur de la forte lampe tenue par celui qui les avait obligés à s'arrêter, les prisonniers distinguèrent, sur un bas-côté planté de sapins, plusieurs autres autos arrêtées.
Les bandits avaient desserré le frein et manœuvraient leur voiture pour la ranger au même endroit.
— Pas de résistance, reprit celui qui dirigeait l'agression, nous sommes armés et... compris, hein ?
M. Lemoret et son ami restaient côte à côte. Marshall gronda :
— Oui, oui, entendu !... Vous voulez nos portefeuilles, sans doute ? Tenez, prenez, et...
— Pas si vite, l'Engliche... Venez avec nous, tous les deux...
Marshall gronda rapidement dans sa langue natale :
— Monsieur Lemoret !... Nous leur sautons dessus ?
— Folie ! répondit ce dernier, sur le même ton. Nous sommes sans armes, ils sont en nombre... Résignons-nous...
Les deux prisonniers, solidement encadrés, escaladèrent une petite hauteur et atteignirent une sorte de ferme abandonnée.
Celui qui menait le groupe en ouvrit la porte et les nouveaux arrivants virent un étrange spectacle, à la lueur d'un falot accroché à une poutre du plafond.
Une douzaine de gens, parmi lesquels on reconnaissait les dîneurs de l'élégant restaurant, étaient alignés contre un mur. Femmes et hommes, pêle-mêle. Ils avaient été capturés au fur et à mesure que leurs autos étaient arrivées à l'endroit fatal.
Dans une encoignure, quelques chauffeurs, gardés à vue par des bandits, revolver au poing.
MM. Lemoret et Marshall constatèrent qu'un seul captif avait les mains attachées au dos. Le seul qui, sans doute, eût opposé quelque résistance : le vieillard aux cheveux blancs. L'état de ses vêtements, col arraché, pardessus déchiré était révélateur.
Tout contre lui, la jeune fille aux yeux agrandis, au visage d'une pâleur de suaire, mais gardant une altitude fière, la tête haut levée.
Un membre de la bande était occupé à ramasser les bijoux un à un, et les jetait dans un vieux sac à main de cuir.
Le chef des malandrins barrait la porte, son arme à la main. Il lança de sa voix rocailleuse :
— Pas de rouspétance, et on ne fera de mal à personne !...
Edwin Marshall regardait fixement le misérable qui continuait de cueillir les colliers, bagues et pendants d'oreilles, et qui approchait de la jeune fille, auprès du vieillard.
Le jeune Anglais ouvrait et refermait convulsivement les poings. M. Lemoret, toujours très calme, observait attentivement la scène. Ses yeux allaient, sans arrêt, de la jeune fille à Edwin et vice versa.
Le bandit au sac à main s'arrêta devant celle-ci...
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