L Agression sexuelle envers les enfants
335 pages
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Description

L’agression sexuelle est un fléau social sans frontières qui touchera 1 fille sur 5 et 1 garçon sur 10. Issues de la recherche ou de l’expérience clinique, des pistes d’intervention sont proposées pour la prévention, l’évaluation et l’intervention auprès des jeunes victimes d’agression sexuelle et leur famille.

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Publié par
Date de parution 25 octobre 2011
Nombre de lectures 2
EAN13 9782760530140
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0072€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Table des matières
Couverture
Table des matières
Copyright
Introduction
CHAPITRE 1
LES AGRESSIONS SEXUELLES DURANT L’ENFANCE Ampleur et facteurs de risque Marc Tourigny et Karine Baril
1. PRINCIPALES DÉFINITIONS DES AGRESSIONS SEXUELLES CONTRE LES ENFANTS
2. AMPLEUR DES AGRESSIONS SEXUELLES CONTRE LES ENFANTS
2.1. INCIDENCE DES AGRESSIONS SEXUELLES SIGNALÉES À LA PROTECTION DE LA JEUNESSE
2.2. PRÉVALENCE DES AGRESSIONS SEXUELLES DANS LA POPULATION
2.3. COOCCURRENCE DES AUTRES FORMES DE MAUVAIS TRAITEMENTS
3. FACTEURS DE RISQUE ASSOCIÉS AUX AGRESSIONS SEXUELLES
3.1. MODÈLES EXPLICATIFS
3.2. CARACTÉRISTIQUES DES AGRESSEURS
3.3. FACTEURS DE RISQUE ASSOCIÉS À L’AGRESSION SEXUELLE CONTRE UN ENFANT
3.3.1. Rôle de la pornographie
3.3.2. Rôle de la victimisation sexuelle durant l’enfance
3.3.3. Rôle de la consommation d’alcool ou de drogue
3.4. FACTEURS DE RISQUE ASSOCIÉS AUX AGRESSIONS SEXUELLES COMMISES PAR DES ADOLESCENTS
3.5. FACTEURS DE RISQUE ASSOCIÉS AU FAIT D’ÊTRE VICTIME D’UNE AGRESSION SEXUELLE
3.5.1. Caractéristiques des victimes d’agression sexuelle
3.5.2. Facteurs de risque parentaux et familiaux
3.5.3. Facteurs sociodémographiques
3.6. LIMITES DES ÉTUDES
CONCLUSION
Tableau 1.1. Éléments clés de la recension des écrits
Tableau 1.2. Conséquences pour la pratique
RÉFÉRENCES
CHAPITRE 2
L’ENTREVUE D’ENQUÊTE AVEC DES ENFANTS Défis et solutions Mireille Cyr, Karine Trotier Sylvain et Jennifer Lewy
1. DÉFIS LIÉS À LA MÉMOIRE DES ENFANTS
1.1. ENCODAGE
1.2. ENTREPOSAGE
1.3. RAPPEL
2. DÉFIS LIÉS À LA SUGGESTIBILITÉ DES ENFANTS
2.1. SUGGESTIBILITÉ ET QUESTIONS
2.2. STYLE DE L’INTERVIEWER
2.3. FACTEURS SOCIAUX ET MOTIVATIONNELS
3. DÉFIS LIÉS AU DÉVELOPPEMENT DES ENFANTS
3.1. DÉVELOPPEMENT COGNITIF
3.2. LANGAGE ET VOCABULAIRE
3.3. DÉVELOPPEMENT SOCIOAFFECTIF
4. PROTOCOLES D’ENTREVUES
4.1. RECOMMANDATIONS ET GUIDE D’ENTREVUE
4.2. EFFETS DE LA FORMATION SUR LES ENTREVUES
4.3. LE GUIDE DU NICHD
5. CONSÉQUENCES PRATIQUES
6. PISTES DE RECHERCHES À VENIR
Tableau 2.1. Éléments clés de la recension des écrits
Tableau 2.2. Conséquences pour la pratique
RÉFÉRENCES
CHAPITRE 3
L’INTERVENTION MÉDICALE ET MÉDICOLÉGALE AUPRÈS DES ENFANTS ET DES ADOLESCENTS VICTIMES D’AGRESSIONS SEXUELLES Claire Allard-Dansereau et Jean-Yves Frappier
1. HISTORIQUE
2. DÉTECTION DES AGRESSIONS SEXUELLES CHEZ LES ENFANTS: LES INDICES
3. DÉLAIS ET LIEUX RELATIFS À L’INTERVENTION MÉDICALE
3.1. DÉLAIS RELATIFS À L’INTERVENTION MÉDICALE
3.2. CENTRES DÉSIGNÉS ET CLINIQUES SPÉCIALISÉES
4. DÉROULEMENT DE LA VISITE MÉDICALE: L’HISTOIRE
4.1. RÉCIT DE L’AGRESSION SEXUELLE
4.2. REVUE DES SYSTÈMES, DES ANTÉCÉDENTS MÉDICAUX ET DE L’HISTOIRE SOCIOFAMILIALE
5. DÉROULEMENT DE LA VISITE MÉDICALE: L’EXAMEN
5.1. CONSENTEMENT À L’EXAMEN
5.2. RÉACTIONS LORS DE L’EXAMEN MÉDICAL
5.3. EXAMEN GÉNÉRAL
5.4. EXAMEN GÉNITAL DE LA FILLETTE PRÉPUBÈRE
5.5. STADES DE MATURATION SEXUELLE
5.6. COLPOSCOPE ET PHOTOGRAPHIE LORS DE L’EXAMEN GÉNITAL
5.7. POSITIONS LORS DE L’EXAMEN GÉNITAL
5.8. ANATOMIE NORMALE ET TECHNIQUES D’EXAMEN GÉNITAL
5.9. CONSTATATIONS À L’EXAMEN
5.9.1. Variantes de la norme, anomalies congénitales et pathologies médicales non traumatiques aux régions génitale et anale
5.9.2. Observations non spécifiques
5.9.3. Observations spécifiques (des lésions traumatiques ou des ITS)
5.10. EXAMEN GÉNITAL DE L’ADOLESCENTE
5.11. EXAMEN GÉNITAL DU GARÇON
5.12. EXAMEN ANAL
5.13. TRAUMATISME ACCIDENTEL ET AGRESSION SEXUELLE
5.14. GUIDE D’INTERPRÉTATION (ADAMS) DES LÉSIONS OU DES SIGNES PHYSIQUES NOTÉS LORS DE L’EXAMEN OU EN LABORATOIRE
5.15. LIMITES DE L’EXAMEN MÉDICAL
5.16. CONCORDANCE DU RÉCIT ET DE L’EXAMEN
5.17. EFFETS DE LA VISITE MÉDICALE SUR L’ENFANT
6. PRÉLÈVEMENTS
6.1. TEST DE GROSSESSE
6.2. LES INFECTIONS TRANSMISSIBLES SEXUELLEMENT ET PAR LE SANG (ITSS)
6.2.1. Prévalence des ITSS
6.2.2. Quel dépistage? Pour qui?
6.2.3. Quand faire ce dépistage?
6.2.4. Une ITSS comme «preuve» de l’agression sexuelle?
6.2.5. Traitement et prévention des ITSS à la suite d’une agression sexuelle
6.3. PRÉLÈVEMENTS MÉDICOLÉGAUX
6.3.1. Trousse médicolégale, conditions d’utilisation et prélèvements
6.3.2. Prélèvements médicolégaux chez l’enfant prépubère
7. PRISE EN CHARGE ET SUIVI
8. PERSPECTIVES DE RECHERCHE
CONCLUSION
Tableau 3.1. Éléments clés de la recension des écrits
Tableau 3.2. Conséquences pour la pratique
RÉFÉRENCES
CHAPITRE 4
LES PROFILS ET L’ÉVALUATION DES ENFANTS VICTIMES D’AGRESSION SEXUELLE Martine Hébert
1. MODÈLES CONCEPTUELS
1.1. MODÈLE DES DYNAMIQUES TRAUMAGÉNIQUES DE FINKELHOR ET BROWNE
1.2. MODÈLE TRANSACTIONNEL DE SPACCARELLI
1.3. MODÈLE DES SYMPTÔMES DE STRESS POST-TRAUMATIQUE
2. CONSÉQUENCES ASSOCIÉES À L’AGRESSION SEXUELLE
2.1. CONSÉQUENCES ASSOCIÉES À L’AGRESSION SEXUELLE CHEZ LES ENFANTS
2.2. DIVERSITÉ DES PROFILS
2.3. PORTRAIT DES ENFANTS D’ÂGE PRÉSCOLAIRE
2.4. PORTRAIT DES ADOLESCENTES
3. FACTEURS ASSOCIÉS À LA DIVERSITÉ DES PROFILS DES VICTIMES D’AGRESSION SEXUELLE
3.1. VARIABLES LIÉES À L’AGRESSION SEXUELLE
3.2. VARIABLES PERSONNELLES
3.3. VARIABLES FAMILIALES
3.4. VARIABLES EXTRAFAMILIALES
4. TYPOLOGIE DES ENFANTS VICTIMES D’AGRESSION SEXUELLE
4.1. ANALYSE DE LA DIVERSITÉ DES PROFILS
5. ÉVALUATION DES ENFANTS VICTIMES D’AGRESSION SEXUELLE
5.1. REMARQUES GÉNÉRALES
5.2. ÉVALUATION DES TRAUMAS SUBIS ET DES SYMPTÔMES DE STRESS POST-TRAUMATIQUE
5.3. ÉVALUATION DES AUTRES SYMPTÔMES ASSOCIÉS À L’AGRESSION SEXUELLE
5.4. ÉVALUATION DES FACTEURS ASSOCIÉS AUX CONSÉQUENCES
6. LIMITES DES ÉTUDES ET PERSPECTIVES DE RECHERCHES À VENIR
CONCLUSION
Tableau 4.1. Éléments clés de la recension des écrits
Tableau 4.2. Conséquences pour la pratique
RÉFÉRENCES
CHAPITRE 5
LES EFFETS DES INTERVENTIONS OFFERTES AUX JEUNES VICTIMES D’AGRESSION SEXUELLE Martine Hébert, Marie-Josée Bernier et Ann Claude Simoneau
1. EFFICACITÉ DES INTERVENTIONS AUPRÈS DES JEUNES VICTIMES D’AGRESSION SEXUELLE
2. FACTEURS ASSOCIÉS À L’EFFICACITÉ DES INTERVENTIONS DESTINÉES AUX JEUNES VICTIMES D’AGRESSION SEXUELLE
2.1. QUALITÉ MÉTHODOLOGIQUE DES ÉTUDES RÉPERTORIÉES
2.2. CARACTÉRISTIQUES LIÉES AUX PARTICIPANTS
2.3. APPROCHE THÉRAPEUTIQUE
2.4. MODALITÉ D’INTERVENTION: APPROCHE INDIVIDUELLE VERSUS DE GROUPE
2.5. PARTICIPATION DU PARENT NON AGRESSEUR
3. ÉTABLISSEMENT DE PRATIQUES EXEMPLAIRES POUR L’INTERVENTION AUPRÈS DES JEUNES VICTIMES D’AGRESSION SEXUELLE
3.1. CLASSIFICATION DES INTERVENTIONS
3.2 RECENSION DES ÉTUDES ÉVALUATIVES PORTANT SUR LA THÉRAPIE COGNITIVO-COMPORTEMENTALE AXÉE SUR LE TRAUMA POUR LES ENFANTS VICTIMES D’AGRESSION SEXUELLE
4. ÉTUDES ÉVALUATIVES DES INTERVENTIONS IMPLANTÉES EN SOL QUÉBÉCOIS
4.1. ÉTUDES ÉVALUATIVES D’INTERVENTIONS POUR LES ENFANTS
4.2. ÉTUDES ÉVALUATIVES D’INTERVENTIONS POUR LES ADOLESCENTS
5. INTERVENTIONS POUR LES ENFANTS VICTIMES DE TRAUMAS MULTIPLES
5.1. APERÇU DES INTERVENTIONS
6. LIMITES DES ÉTUDES ÉVALUATIVES DES TRAITEMENTS OFFERTS AUX ENFANTS VICTIMES D’AGRESSION SEXUELLE
7. PISTES DE RECHERCHES À VENIR
8. ENJEUX SUR LE PLAN DE L’INTERVENTION AUPRÈS DES JEUNES VICTIMES D’AGRESSION SEXUELLE
8.1. IMPLANTATION D’APPROCHES FONDÉES SUR DES DONNÉES PROBANTES
8.2. CIBLE DES TRAITEMENTS
CONCLUSION
Tableau 5.1. Éléments clés de la recension des écrits
Tableau 5.2. Conséquences pour la pratique
RÉFÉRENCES
CHAPITRE 6
LE PROFIL ET L’ÉVALUATION DES PARENTS DONT LES ENFANTS ONT ÉTÉ AGRESSÉS SEXUELLEMENT Mireille Cyr, Stéphanie Zuk et Mylène Payer
1. RÉACTIONS DES PARENTS À LA SUITE DU DÉVOILEMENT DE L’AGRESSION SEXUELLE
1.1. LE MYTHE DE LA MAUVAISE MÈRE
1.2. TRAUMATISATION SECONDAIRE
2. SOUTIEN PARENTAL
2.1. DÉFINITION DES FORMES DE SOUTIEN
2.2. SOUTIEN PARENTAL ET ADAPTATION
3. QUI SONT LES PARENTS DES ENFANTS AGRESSÉS SEXUELLEMENT?
4. ÉVALUATION DES PARENTS LORS DU DÉVOILEMENT DE L’AGRESSION SEXUELLE DE L’ENFANT
4.1. SANTÉ MENTALE DU PARENT
4.2. PERSONNALITÉ DU PARENT
4.3. AGRESSION SEXUELLE ET AUTRES MAUVAIS TRAITEMENTS SUBIS DURANT L’ENFANCE
4.4. SOUTIEN ET PRATIQUES PARENTALES
4.5. RELATION PARENT-ENFANT
4.6. CLIMAT FAMILIAL ET RELATION CONJUGALE
4.7. ABUS DE SUBSTANCES
4.8. SOURCES DE STRESS
5. CONSÉQUENCES POUR LA PRATIQUE
6. PISTES DE RECHERCHES À VENIR
Tableau 6.1. Éléments clés de la recension des écrits
Tableau 6.2. Conséquences pour la pratique
RÉFÉRENCES
CHAPITRE 7
LES INTERVENTIONS CURATIVES AUPRÈS DES ADULTES AYANT ÉTÉ VICTIMES D’AGRESSION SEXUELLE PENDANT LEUR ENFANCE Mireille Cyr et Mylène Payer
1. SÉQUELLES DES AGRESSIONS SEXUELLES SUBIES DURANT L’ENFANCE
2. MODÈLE DE GUÉRISON
3. DESCRIPTION DES TYPES DE THÉRAPIES OFFERTES AUX VICTIMES D’AGRESSION SEXUELLE
3.1. THÉRAPIE COGNITIVE COMPORTEMENTALE
3.2. THÉRAPIE AXÉE SUR LES ÉMOTIONS
3.3. THÉRAPIE BASÉE SUR LE MODÈLE FÉMINISTE
3.4. THÉRAPIE PSYCHODYNAMIQUE
3.5. GROUPE DE SOUTIEN
3.6. DÉSENSIBILISATION ET RETRAITEMENT PAR LES MOUVEMENTS OCULAIRES
4. EFFICACITÉ DES TRAITEMENTS DESTINÉS AUX SURVIVANTS
5. DISCUSSION
Tableau 7.1. Éléments clés de la recension des écrits
Tableau 7.2. Conséquences pour la pratique
RÉFÉRENCES
CHAPITRE 8
LES COMPORTEMENTS SEXUELS PROBLÉMATIQUES CHEZ LES ENFANTS ÂGÉS DE 12 ANS ET MOINS Évaluation et traitement Mélanie M. Gagnon et Marc Tourigny
1. PORTRAIT DE LA PROBLÉMATIQUE
1.1. DÉFINITION
1.2. PRÉVALENCE ET INCIDENCE
1.3. ORIGINE DES COMPORTEMENTS SEXUELS PROBLÉMATIQUES (CSP)
1.4. FACTEURS ASSOCIÉS AUX CSP DES ENFANTS
1.4.1. Facteurs relatifs à l’histoire de vie
1.4.2. Facteurs personnels
1.4.3. Facteurs parentaux et familiaux
1.5. TYPOLOGIES
2. LIGNES DIRECTRICES EN MATIÈRE D’ÉVALUATION
2.1. PROFIL PSYCHOLOGIQUE ET COMPORTEMENTAL DE L’ENFANT
2.2. ENVIRONNEMENT FAMILIAL ET SOCIAL DE L’ENFANT
3. PROGRAMME DE TRAITEMENT
3.1. ÉTUDES ÉVALUATIVES
3.2. BILAN DES ÉTUDES ÉVALUATIVES
3.2.1. Efficacité des traitements
3.2.2. Composantes du traitement
3.2.3. Modalités de traitement
4. DISCUSSION ET CONCLUSION
Tableau 8.1. Éléments clés de la recension des écrits
Tableau 8.2. Conséquences pour la pratique
RÉFÉRENCES
CHAPITRE 9
LA THÉRAPIE COGNITIVO-COMPORTEMENTALE AXÉE SUR LE TRAUMA Ann Claude Simoneau, Isabelle V. Daignault et Martine Hébert
1. LOGIQUE QUI SOUS-TEND LE TRAITEMENT TF-CBT ET OBJECTIFS THÉRAPEUTIQUES
1.1. RENCONTRES AVEC L’ENFANT
1.2. RENCONTRES AVEC LE PARENT
1.3. RENCONTRES DYADIQUES PARENT-ENFANT
2. COMPOSANTES DU TRAITEMENT TF-CBT
2.1. VOLET ENFANT
2.1.1. Reconnaissance et expression des émotions
2.1.2. Reconnaissance des pensées et restructuration cognitive
2.1.3. Techniques de relaxation
2.1.4. Psychoéducation et éducation sexuelle
2.1.5. Narration du trauma
2.1.6. Habiletés de protection et prévention de nouvelles agressions
2.2. VOLET PARENT
2.2.1. Reconnaissance et expression des émotions
2.2.2. Reconnaissance des pensées et restructuration cognitive
2.2.3. Techniques de relaxation
2.2.4. Éducation sexuelle
2.2.5. Pratiques parentales
2.2.6. Préparation au partage du récit de l’enfant
2.3. VOLET DYADIQUE
2.4. PARCOURS THÉRAPEUTIQUE
3. CRITÈRES D'EXCLUSION
4. CONDITIONS OPTIMALES DE L’APPLICATION DU TRAITEMENT
CONCLUSION
RÉFÉRENCES
CHAPITRE 10
LE TRAITEMENT BASÉ SUR LA MENTALISATION CHEZ LES ENFANTS AGRESSÉS SEXUELLEMENT ET LEURS PARENTS Karin Ensink et Lina Normandin
1. CONTEXTE THÉORIQUE
1.1. QU’ENTENDONS-NOUS PAR MENTALISATION?
1.2. DÉVELOPPEMENT NORMAL DE LA MENTALISATION RELATIVE À SOI ET À AUTRUI
1.3. JEU ET MENTALISATION
1.4. TRAUMA ET MENTALISATION
1.5. DONNÉES DE RECHERCHE DE NOTRE LABORATOIRE
1.5.1. Fonctionnement réflexif des enfants agressés sexuellement et de leurs parents
1.5.2. Jeu et fonctionnement réflexif
1.5.3. Image de soi et fonctionnement réflexif
1.5.4. Dissociation et processus de mentalisation
1.5.5. Fonctionnement réflexif et régulation de soi, des affects et du comportement
2. ÉVALUATION DE L’ENFANT DANS UN CONTEXTE D’AGRESSION SEXUELLE
2.1. ÉVALUATION PAR LE JEU
2.1.1. Perturbations dans la capacité à jouer et à élaborer le jeu
2.1.2. Compulsion de répétition et aspect documentaire du jeu
2.2. CAPACITÉ DE MENTALISATION
2.3. SENTIMENTS PAR RAPPORT À SOI: ÉVALUATION AU MIROIR
2.4. DISSOCIATION
2.4.1. Immobilisation
2.4.2. Dépersonnalisation
2.4.3. Oublis
2.4.4. Tendance à avoir des accidents
3. ÉVALUATION DES PARENTS
3.1. COMPRÉHENSION QUE LE PARENT A DE SON ENFANT
3.2. SENSIBILITÉ, COMPRÉHENSION DES ÉTATS MENTAUX ET STRUCTURE DE L’INTERACTION AVEC L’ENFANT
3.3. TRAITS DE PERSONNALITÉ ET ANTÉCÉDENTS DE TRAUMAS, DE DÉPRESSION ET DE DISSOCIATION
3.4. INTÉGRATION DES RÉSULTATS DE L’ÉVALUATION ET FORMULATION D’UN PLAN DE TRAITEMENT
4. THÉRAPIE AVEC L’ENFANT
4.1. RÔLE DU THÉRAPEUTE ET CADRE THÉRAPEUTIQUE
4.2. TRAITEMENT CIBLÉ
4.3. OBJECTIFS DU TRAITEMENT
4.3.1. Développement d’un langage socioémotionnel
4.3.2. Rétablissement de la capacité à jouer et diminution de l’hypervigilance
4.3.3. Élaboration d’un récit de l’expérience traumatique
4.3.4. Acquisition d’une meilleure conscience des identifications traumatiques
4.3.5. Récupération de l’estime de soi et réduction de la confusion relationnelle
4.3.6. Réduction des comportements sexualisés
4.3.7. Diminution des phénomènes associés à la dissociation
4.4. INTERVENTIONS THÉRAPEUTIQUES
5. THÉRAPIE PARENT-ENFANT ET THÉRAPIE PARENTALE
5.1. BESOINS D’ATTACHEMENT DE L’ENFANT
5.2. PERTURBATIONS DE LA REPRÉSENTATION DE L’ENFANT
5.3. RÉGULATION DES AFFECTS
5.4. DÉSENGAGEMENT AFFECTIF DU PARENT
5.5. DISSOCIATION
5.6. JUGEMENT DU PARENT
5.7. TRAVAIL INDIVIDUEL AVEC LE PARENT
CONCLUSION
RÉFÉRENCES
CHAPITRE 11
LA PRÉVENTION ET LA FORMATION EN MATIÈRE D’AGRESSION SEXUELLE CONTRE LES ENFANTS Manon Bergeron et Martine Hébert
1. MODÈLES CONCEPTUELS DE PRÉVENTION DES AGRESSIONS SEXUELLES CONTRE LES ENFANTS
Figure 11.1. Modèle écologique
2. STRATÉGIES DE PRÉVENTION VISANT LES ENFANTS
2.1. SURVOL DES CARACTÉRISTIQUES DES PROGRAMMES DE PRÉVENTION DESTINÉS AUX ENFANTS
2.2. RECENSION DES ÉTUDES ÉVALUATIVES DES PROGRAMMES DE PRÉVENTION DESTINÉS AUX ENFANTS
3. STRATÉGIES DE PRÉVENTION VISANT LES PARENTS
4. STRATÉGIES DE FORMATION VISANT LES INTERVENANTS
4.1. RECENSION DES ANALYSES DES BESOINS DE FORMATION
4.1.1. Analyse des besoins des intervenants du milieu scolaire
4.1.2. Analyse des besoins des intervenants du milieu de la santé
4.1.3. Analyse des besoins des intervenants issus de milieux diversifiés
4.1.4. Synthèse des analyses des besoins de formation
4.2. ÉTUDES ÉVALUATIVES DES PROGRAMMES DE FORMATION
5. STRATÉGIES DE PRÉVENTION VISANT LA POPULATION
6. LIMITES DES ÉTUDES ÉVALUATIVES EN MATIÈRE DE PRÉVENTION DES AGRESSIONS SEXUELLES
7. PERSPECTIVES À VENIR POUR UNE PRÉVENTION OPTIMALE
CONCLUSION
Tableau 11.1. Éléments clés de la recension des écrits
Tableau 11.2. Conséquences pour la pratique
RÉFÉRENCES
NOTICES BIOGRAPHIQUES
QUATRIÈME DE COUVERTURE
Presses de l’Université du Québec
Le Delta I, 2875, boulevard Laurier, bureau 450, Québec (Québec) G1V 2M2
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Diffusion / Distribution :
Canada et autres pays : Prologue inc., 1650, boulevard Lionel-Bertrand, Boisbriand (Québec)
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Afrique : Action pédagogique pour l’éducation et la formation, Angle des rues Jilali Taj Eddine et El Ghadfa, Maârif 20100, Casablanca, Maroc – Tél.: 212 (0) 22-23-12-22
Belgique : Patrimoine SPRL, 168, rue du Noyer, 1030 Bruxelles, Belgique – Tél.: 02 7366847
Suisse : Servidis SA, Chemin des Chalets, 1279 Chavannes-de-Bogis, Suisse – Tél.: 022 960.95.32

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

Vedette principale au titre:
L'agression sexuelle envers les enfants
(Collection Santé et société)
Comprend des réf. bibliogr.
ISBN 978-2-7605-3012-6 (v. 1) ISBN EPUB 978-2-7605-3014-0

1. Abus sexuels à l'égard des enfants. 2. Filles victimes d'abus sexuels. 3. Enfants victimes d'abus sexuels - Soins médicaux. 4. Parents d'enfants victimes d'abus sexuels. 5. Enfants victimes d'abus sexuels devenus adultes. I. Hébert, Martine, 1959- . II. Cyr, Mireille, 1955- . III. Tourigny, Marc, 1957- . IV. Collection: Collection Santé et société.

HV6570. A372011 362.76 C2011-941197-0

Les Presses de l’Université du Québec reconnaissent l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada et du Conseil des Arts du Canada pour leurs activités d’édition.
Elles remercient également la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) pour son soutien financier.

Mise en pages: I NTERSCRIPT
Couverture – Conception: R ICHARD H ODGSON
Illustration: J OSÉE M ASSE

2011-1.1 –  Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés

© 2011, Presses de l’Université du Québec

Dépôt légal – 3 e trimestre 2011 – Bibliothèque et Archives nationales du Québec/Bibliothèque
Introduction

Martine HÉBERT
Mireille CYR
Marc TOURIGNY


L’agression sexuelle est un phénomène qui interpelle le public en général, les chercheurs, les intervenants et tout spécialement ceux appelés à œuvrer auprès des jeunes. Si la médiatisation de situations d’agression sexuelle a permis une certaine prise de conscience de l’ampleur et de la réalité des enfants confrontés à une telle situation, il n’en demeure pas moins que les meilleures approches au plan de l’évaluation, de l’intervention et de la prévention en cette matière demeurent encore insuffisamment implantées dans les milieux de pratique. Un des obstacles liés à une vaste implantation réside dans l’accessibilité des résultats de recherche les plus récents, de la diffusion des connaissances et de l’expertise clinique acquise au cours des dernières années auprès des différents acteurs appelés à intervenir auprès des enfants victimes d’agression sexuelle et les membres de leurs familles.
Cet ouvrage est né d’une préoccupation de vouloir offrir une synthèse des plus récentes recherches et connaissances dans le domaine de l’agression sexuelle envers les enfants, et ce, en langue française. Des progrès importants ont été réalisées au cours des dernières années et plusieurs infrastructures de recherche et de partenariat avec les milieux de pratique ont permis de mieux cerner les enjeux et les pratiques de pointe ayant trait à l’évaluation et au traitement des enfants et des parents non agresseurs confrontés à une situation d’agression sexuelle.
Ainsi, dès le début des années 1990, le Partenariat de recherche et d’intervention en matière d’abus sexuel (PRIMASE) a amorcé une série de travaux portant sur l’incidence et la prévalence de l’agression sexuelle, les facteurs de risque et la question de la prévention, le profil multidimensionnel des différents acteurs impliqués et les recherches évaluatives des interventions visant à alléger les conséquences chez les personnes victimes de violence sexuelle. Les projets de recherche et les activités scientifiques du PRIMASE ainsi que celles de deux autres équipes travaillant sur les relations interpersonnelles et conjugales ont graduellement été intégrés dans une structure de recherche plus large, jetant ainsi les bases de ce qui allait devenir un regroupement stratégique. Mis sur pied en 2002, le Centre de recherche interdisciplinaire sur les problèmes conjugaux et les agressions sexuelles (CRIPCAS), bénéficiant du soutien du Fonds de recherche sur la société et la culture (FQRSC), s’intéresse aux agressions sexuelles ainsi qu’aux problèmes conjugaux et aux interrelations entre ces deux problématiques. Plus récemment, l’Équipe Violence sexuelle et santé (ÉVISSA), financée par le FQRSC, a consolidé une programmation de recherche sur les conséquences liées à l’agression sexuelle, et ce, dans différents contextes de vie. Par ailleurs, la Chaire interuniversitaire Marie-Vincent sur les agressions sexuelles envers les enfants a entrepris des travaux visant à mieux documenter les profils des enfants et des parents à la suite du dévoilement d’une agression sexuelle.
Des chercheurs et des cliniciens provenant de différentes disciplines telles que la psychologie, la médecine, la psychoéducation et la sexologie ont contribué à l’ouvrage en apportant une réflexion sur l’ensemble des facteurs susceptibles d’influencer le vécu de l’enfant victime d’agression sexuelle. À partir de synthèses des connaissances issues des recherches et de l’expérience clinique, des pistes d’intervention sont proposées pour la prévention, l’évaluation et l’intervention auprès des jeunes victimes d’agression sexuelle et leur famille. De façon plus particulière, le premier chapitre permet de mieux cerner l’ampleur du phénomène de l’agression sexuelle envers les enfants, tout en repérant les principaux défis méthodologiques impliqués dans ce champ d’études. Les auteurs offrent une synthèse des principaux facteurs de risque liés aux caractéristiques des agresseurs, aux variables personnelles et familiales, facteurs qui semblent influer sur la probabilité de subir une situation d’agression sexuelle. Le deuxième chapitre aborde l’entrevue effectuée auprès de l’enfant afin d’évaluer si les faits rapportés d’agression sexuelle sont fondés. Le chapitre traite des principaux défis rencontrés lors d’une entrevue d’enquête avec un enfant en abordant les dimensions liées à la mémoire et à la suggestibilité des enfants. Le troisième chapitre aborde de façon détaillée les différents aspects liés à l’intervention médicale et médicolégale auprès des enfants et adolescents victimes d’une agression sexuelle. Les principes directeurs de cette évaluation de même que l’interprétation des données issues de cet examen sont abordés.
Le chapitre 4 trace le portrait des principales conséquences associées à l’agression sexuelle chez les enfants et les adolescents, tout en abordant les différents facteurs qui influent sur l’intensité ou la nature des symptômes associés à l’agression sexuelle chez les jeunes. Ce chapitre aborde aussi les principales considérations quant à l’évaluation des enfants victimes d’agression sexuelle, plus particulièrement aux dimensions à privilégier afin d’orienter le traitement. Le chapitre 5 présente un état des connaissances quant à l’efficacité des traitements offerts aux enfants victimes d’agression sexuelle et un aperçu des principales variables pouvant avoir un impact sur l’effet des traitements. Ce chapitre offre aussi un résumé des études évaluatives récentes visant à décrire quelques-unes des interventions implantées en sol québécois.
Dans le chapitre suivant, les connaissances actuellement disponibles sur les caractéristiques des parents dont l’enfant a été agressé sexuellement, les réactions psychologiques, le soutien ainsi que la traumatisation secondaire vécue par ces parents à la suite du dévoilement de l’agression sexuelle de leur enfant sont synthétisés. Les différentes dimensions qui doivent être considérées lors de l’évaluation de ces parents sont par ailleurs décrites. Les agressions sexuelles subies dans l’enfance sont susceptibles de provoquer de nombreuses séquelles au plan psychologique, physique, comportemental et relationnel qui peuvent perdurer à l’âge adulte. Une recension des différents programmes d’intervention visant à traiter ces séquelles et de leur efficacité fait l’objet du chapitre 7. L’émergence des comportements sexuels problématiques chez les jeunes enfants est une préoccupation des cliniciens et des chercheurs qui se questionnent sur les modalités d’évaluation et d’intervention à privilégier auprès de ces enfants. L’état des connaissances actuelles sur les facteurs associés aux comportements sexuels problématiques et les lignes directrices en matière d’évaluation et d’intervention seront abordés dans le chapitre 8.
Les deux chapitres suivants décrivent des interventions destinées aux enfants victimes d’agression sexuelle et ont une orientation résolument plus clinique. Ainsi le chapitre 9 se veut une introduction à l’approche cognitive comportementale axée vers le trauma. Les différentes composantes du traitement sont décrites en fonction du volet enfant, du volet parent et du volet dyadique alors que la chapitre 10 porte sur le traitement basé sur la mentalisation . Finalement, le dernier chapitre se consacre à la question de la prévention des agressions sexuelles envers les enfants. Les auteurs résument les principales stratégies préventives visant le niveau individuel, relationnel, communautaire et sociétal mises en place pour contrer le phénomène de l’agression sexuelle.
Initialement, ce projet de livre visait à répondre aux besoins des étudiants en formation, inscrits dans différents programmes des sciences humaines dont le programme de sexologie, de psychologie et de psychoéducation, programmes dans lesquels nous sommes appelés à intervenir. Si ce livre est d’abord issu d’une préoccupation d’offrir aux candidats en formation un ouvrage de base résumant les faits saillants de la littérature scientifique dans le domaine de l’agression sexuelle envers les enfants, nous avons aussi voulu que l’ouvrage intéresse les intervenants de différents milieux de pratique, interpellés par le phénomène de l’agression sexuelle, en offrant non seulement une synthèse des données de recherche récentes mais aussi un aperçu des pratiques existantes en ce qui concerne l’évaluation et le traitement des victimes d’agression sexuelle.
Le lecteur pourra cibler des chapitres ou considérer la totalité de l’ouvrage selon l’intérêt qu’il porte à la problématique. Divers intervenants œuvrant en protection de la jeunesse (intervenant social, policier, procureur, juge) trouveront utile de retrouver dans un même volume une synthèse des défis liés tant à l’entrevue d’enquête, l’évaluation des profils psychosociaux et le traitement des jeunes victimes d’agression sexuelle. Certains chapitres pourraient particulièrement intéresser les milieux scolaires et de garde sollicités par des initiatives de prévention de la violence et qui peuvent être confrontés à des jeunes démontrant des comportements sexuels problématiques en milieu scolaire. Les professionnels du secteur médical trouveront certainement des informations pertinentes concernant l’évaluation médicale des enfants mais puiseront aussi des connaissances leur permettant de mieux saisir la diversité des clientèles rencontrées et les enjeux liés à l’intervention auprès des enfants. Finalement, toute personne qui s’intéresse de façon plus particulière à la violence sexuelle exercée à l’endroit des enfants trouvera dans cet ouvrage une riche source d’information.
Outre l’appui de l’Équipe Violence sexuelle et santé (ÉVISSA), la publication de cet ouvrage a été rendue possible grâce à l’aide financière du Réseau de recherche en santé des populations du Québec, qui, dans le cadre, de sa mission générale, soutient des initiatives visant à documenter et à diffuser des recherches en santé. Nous désirons également souligner la contribution de la Fondation Marie-Vincent par le biais du financement des activités de la Chaire interuniversitaire Marie-Vincent sur les agressions sexuelles et la contribution du CRIPCAS.
Nous tenons également à offrir nos sincères remerciements à Mélanie St-Hilaire et Manon Robichaud qui ont collaboré de près, et cela avec beaucoup de persévérance, aux diverses étapes de la réalisation de ce livre. Cet ouvrage n’aurait pu voir le jour sans l’appui de l’équipe des Presses de l’Université du Québec, qui a cru en ce projet et qui a su démontrer un professionnalisme exemplaire tout au long du processus. De plus, nous soulignons la participation de tous les collaborateurs à cet ouvrage qui ont accepté de partager leur expertise et ainsi en bonifier le contenu.
Finalement, sur une note plus personnelle, MH tient à remercier Richard qui l’accompagne jour après jour dans les projets les plus fous et qui a su offrir son soutien inconditionnel tout au long de ce projet. À ma belle Roxanne, je te souhaite de réaliser tous tes rêves et n’oublie pas que je serai toujours là pour toi! MC tient à remercier son conjoint, Marc, et ses deux belles filles, Fanny et Marie-Ève, qui ont compris et accepté que le travail occupe une place importante dans sa vie.
CHAPITRE 1
LES AGRESSIONS SEXUELLES DURANT L’ENFANCE Ampleur et facteurs de risque
Marc TOURIGNY , Ph. D.
Karine BARIL , candidate au doctorat en éducation

R ÉSUMÉ
Un grand nombre d’enfants subiront une agression sexuelle au cours de leur enfance ou de leur adolescence. Malgré des limites méthodologiques, les études de prévalence permettent d’estimer qu’au moins une femme sur cinq et un homme sur dix rapportent avoir vécu une agression sexuelle durant l’enfance. Les agressions sexuelles sont souvent accompagnées d’autres formes de mauvais traitements (occurrence), soit dans près d’un cas sur trois selon les études de prévalence, et jusqu’à un cas sur deux dans certaines études d’incidence.
Les études des facteurs de risque associés à une agression sexuelle contre un enfant suggèrent que les agresseurs sexuels d’enfants présentent un certain nombre de caractéristiques qui les distinguent des hommes de la population générale ou des hommes ayant commis des crimes non sexuels. Ainsi, les agresseurs sexuels d’enfants ont vécu davantage d’adversité familiale dans l’enfance (dont une histoire d’agression sexuelle ou physique et un milieu familial dysfonctionnel), plus de comportements extériorisés (comme l’abus de substances), plus de comportements intériorisés (dont une estime de soi plus faible et des troubles de l’humeur), davantage de déficits sociaux et de troubles de la personnalité, et plus de problèmes sexuels et de cognitions erronées quant à l’agression sexuelle d’enfants. De plus, les agresseurs sexuels d’enfants présentent des différences plus marquées en ce qui concerne une histoire d’agression sexuelle dans l’enfance, la personnalité antisociale, les difficultés dans les relations intimes, la discipline coercitive subie pendant l’enfance et l’isolement social comparativement aux hommes de la population générale ou ceux ayant commis des crimes non sexuels.
Enfin, en ce qui concerne le risque qu’un enfant soit victime d’agression sexuelle, peu de facteurs ont été clairement définis à ce jour. Parmi ceux-ci figurent plusieurs caractéristiques, liées à la famille et aux figures parentales, qui semblent influencer la capacité des parents à bien exercer une supervision optimale de leurs enfants tout en augmentant la vulnérabilité de ceux-ci en présence d’un agresseur sexuel.
Depuis une trentaine d’années, nous avons pris conscience en tant que société de l’ampleur des agressions sexuelles commises contre les enfants. Ce phénomène représente un enjeu social majeur puisque ses conséquences à court et à long terme sur les victimes et leur famille sont importantes (Heflin, & Deblinger, 2007; Jumper, 1995; Kendall-Tackett, Meyer-Williams, & Finkelhor, 1993; Wolfe, 2007). De plus, les agressions sexuelles contre les enfants canadiens coûtent plus de trois milliards de dollars annuellement en soins de santé ainsi qu’en services sociaux, éducatifs et judiciaires (Hankivsky, & Draker, 2003). Comme plusieurs pays et États américains, le Québec s’est doté de lois et d’un système de protection de l’enfance afin de protéger les enfants victimes de mauvais traitements. Les pratiques en matière d’intervention sociale auprès des enfants agressés sexuellement ont sensiblement changé, parfois en fonction des nouvelles connaissances scientifiques sur les agressions sexuelles, parfois en fonction de changements législatifs ou administratifs. De même, les connaissances scientifiques concernant l’ampleur des agressions sexuelles contre des enfants et les facteurs de risque qui y sont associés ont évolué durant cette période. Le but de ce chapitre est de faire état des connaissances scientifiques entourant ces deux derniers aspects. Nous aborderons en premier lieu les différentes définitions de l’agression sexuelle. Par la suite, nous traiterons de l’ampleur du phénomène en terme d’incidence et de prévalence, puis des facteurs de risque associés à l’agression sexuelle.
1. PRINCIPALES DÉFINITIONS DES AGRESSIONS SEXUELLES CONTRE LES ENFANTS
Dans la littérature, il existe un consensus relatif à la difficulté de définir la notion d’agression sexuelle contre un enfant (0-17 ans) (Trickett, 2006). Outre les aspects légaux, qui varient selon les régions et les cultures, il n’existe pas de critères unanimes pour la définir (Putnam, 2003). Nous proposons une définition qui englobe les principaux éléments que l’on peut retrouver dans les littératures scientifique et légale, dans lesquelles l’agression sexuelle contre un enfant est définie comme tout acte ou jeu sexuel, hétérosexuel ou homosexuel, entre une ou des personnes en situation de pouvoir, d’autorité ou de contrôle, et un enfant mineur (de moins de 18 ans). Ces actes sexuels ont pour but de stimuler sexuellement l’enfant ou de l’utiliser pour se stimuler soi-même sexuellement ou pour stimuler une autre personne. Lorsqu’il s’agit d’un adulte ou d’une personne ayant de trois à cinq ans de plus que la victime, les lois de plusieurs pays prévoient qu’il y a automatiquement une situation de pouvoir et qu’il s’agit donc d’agression sexuelle. Lorsqu’il n’y a pas de situation de pouvoir ou de contrôle, il y a agression sexuelle si la victime ne consent pas à l’activité sexuelle. Selon les lois et les situations, l’âge auquel la victime peut consentir à des activités sexuelles non exploitantes peut varier. Il s’agit là d’une définition large de l’agression sexuelle qui inclut les agressions sexuelles avec contact physique ou non ainsi que les actes commis par un agresseur mineur considéré comme étant en situation de pouvoir par rapport à l’enfant victime ou agissant sans le consentement de l’enfant. On distingue généralement deux types d’agression sexuelle: l’agression sexuelle intrafamiliale, qui se définit comme une agression commise par un agresseur ayant un lien de parenté avec la victime (le lien de parenté est généralement pris dans son sens large, c’est-à-dire les liens légaux, de sang ou de faits) 1 , et l’agression sexuelle extrafamiliale, définie comme toute agression commise par un agresseur sans aucun lien de parenté avec la victime.
Pour sa part, le Comité québécois sur les orientations gouvernementales en matière d’agression sexuelle définit l’agression sexuelle comme
un geste à caractère sexuel, avec ou sans contact physique, commis par un individu sans le consentement de la personne visée, ou dans certains cas, notamment dans celui des enfants, par une manipulation affective ou par du chantage. Selon cette définition, l’abus de pouvoir visant à assujettir une autre personne à ses propres désirs peut se produire par l’utilisation de la force ou de la contrainte, ou sous la menace implicite ou explicite, ce qui porte atteinte aux droits fondamentaux, notamment à l’intégrité physique et psychologique et à la sécurité de la personne. (Gouvernement du Québec, 2001, p. 22.)
Cette définition est donc celle utilisée dans les travaux gouvernementaux québécois; elle est toutefois moins détaillée que la précédente, surtout en ce qui concerne les agressions sexuelles contre un enfant et entre enfants.
Toujours au Québec, tel que décrit à l’article 38 de la Loi sur la protection de la jeunesse (LPJ), on considère que la sécurité ou le développement d’un enfant est compromis quand celui-ci se retrouve dans une situation d’abus sexuel 2 . Par abus sexuel d’un enfant, on entend les gestes à caractère sexuel, avec ou sans contact physique, de la part de ses parents ou d’une autre personne. Le Guide d’intervention lors d’allégations d’abus sexuels envers les enfants (Association des centres jeunesse du Québec [ACJQ], 2000) précise davantage cette définition. L’agression sexuelle se définit comme
tout geste posé [ sic ] par une personne donnant ou recherchant une stimulation sexuelle non appropriée quant à l’âge et au niveau de développement de l’enfant ou de l’adolescent, portant ainsi atteinte à son intégrité corporelle ou psychique, alors que l’abuseur a un lien de consanguinité avec la victime ou qu’il est en position de responsabilité, d’autorité ou de domination avec elle. (ACJQ, 2000, p. 15.)
Enfin, soulignons que le Code criminel canadien prévoit un ensemble d’infractions d’ordre sexuel, dont trois niveaux de sévérité d’agression sexuelle (simple, armée et grave), ainsi que plusieurs types d’agression sexuelle contre les enfants (inceste, contacts sexuels, incitation à des contacts sexuels, exploitation sexuelle) (Gouvernement du Canada, 2009a). En ce qui concerne l’agression sexuelle contre des enfants, le projet de loi C-22 adopté en 2007 a fait passer l’âge de consentement légal de 14 à 16 ans, ce qui correspond à l’âge requis pour consentir légalement à des activités sexuelles de nature non exploitante (Gouvernement du Canada, 2009b). La loi prévoit une exception en permettant à toute personne de se livrer à des activités sexuelles avec un adolescent de 14 ans ou de 15 ans si elle a moins de cinq ans de plus, et avec un adolescent de 12 ans ou de 13 ans si elle a moins de deux ans de plus. Toutefois, l’âge de consentement légal demeure 18 ans pour toute situation d’exploitation ou d’abus de confiance, c’est-à-dire quand intervient la prostitution, la pornographie ou toute relation de confiance, d’autorité ou de dépendance.
La difficulté de définir les agressions sexuelles se reflète nécessairement dans les études sur ce phénomène; les définitions employées sont souvent vagues et diffèrent entre les études (Trickett, 2006). Ces variations sont en quelque sorte inévitables, puisque les différentes définitions sont souvent basées sur les lois qui, elles, diffèrent en fonction du temps et des régions. Selon Hilarski (2008), cette variation a engendré de la confusion et de l’inconsistance dans les résultats de recherche sur la problématique des agressions sexuelles contre les enfants, puisque l’agression sexuelle est la variable dépendante dans toutes les études qui s’intéressent aux conséquences et aux facteurs de risque relatifs à cette problématique. La même difficulté se présente dans les études de prévalence, où la définition du phénomène dont on tente de mesurer l’ampleur varie d’une étude à l’autre, ce qui rend les comparaisons plus difficiles. Même s’il n’existe pas de définition unanimement reconnue des agressions sexuelles contre les enfants dans les littératures scientifique et légale, on décrit souvent ces agressions en détaillant les actes sexuels commis, l’âge de la victime et de l’agresseur, le lien entre la victime et l’agresseur ainsi que les conditions «abusives 3 » (Alaggia, 2004; Finkelhor, 1994; Trickett, 2006). De plus, il faut noter que la majorité des recherches ne font aucune distinction entre les agressions sexuelles intrafamiliale et extrafamiliale. Pour cette raison, les prochaines sections concernent les agressions sexuelles tant intrafamiliales qu’extrafamiliales, sauf dans quelques exceptions où le type d’agression sexuelle dont il est question sera précisé.
2. AMPLEUR DES AGRESSIONS SEXUELLES CONTRE LES ENFANTS
Cette section précisera l’ampleur du problème des agressions sexuelles commises contre des enfants de moins de 18 ans. Deux indices sont généralement utilisés pour évaluer cette ampleur; il s’agit de l’incidence et de la prévalence. L’incidence des agressions sexuelles contre les enfants est définie comme le nombre de nouveaux cas d’enfants ayant été agressés sexuellement au cours d’une période donnée, habituellement une année (ces cas sont généralement reconnus ou identifiés par les services de protection de la jeunesse ou les services policiers.) L’incidence s’exprime soit comme un nombre d’enfants agressés sexuellement durant une année (p. ex., 348 enfants ont été agressés sexuellement pour la première fois en 2009), soit comme un taux annuel (p. ex., un enfant québécois sur 1000 a été agressé sexuellement pour la première fois en 2009). Il n’existe toutefois pas d’études permettant de documenter le nombre réel de nouveaux cas d’enfants victimes d’agressions sexuelles chaque année, que ce soit au Québec ou dans le reste de l’Amérique du Nord. Quant à la prévalence des agressions sexuelles contre les enfants, elle est définie comme la proportion de personnes d’une population donnée ayant été agressées sexuellement au moins une fois durant une période donnée (généralement durant l’enfance, c’est-à-dire avant l’âge de 18 ans). La prévalence est habituellement exprimée en pourcentage par rapport à une population donnée et à une période donnée (p. ex., 15 % des Québécois ont été agressés sexuellement avant d’avoir 18 ans).
2.1. I NCIDENCE DES AGRESSIONS SEXUELLES SIGNALÉES À LA P ROTECTION DE LA JEUNESSE
Des études menées auprès des services de protection de l’enfance représentatifs de différents territoires permettent de connaître le nombre de signalements pour agression sexuelle contre un enfant considérés comme fondés au cours d’une année, sans toutefois préciser s’il s’agit ou non de nouveaux cas. Dans une recension d’une vingtaine d’études d’incidence effectuées principalement en Amérique du Nord, Lavergne et Tourigny (2000) concluent que les enfants agressés sexuellement constituent de 10 à 12 % des enfants maltraités signalés aux services de protection de l’enfance et que les taux d’incidence varient selon les études, soit de 0,7 à 4,5 cas d’enfants agressés sexuellement pour 1000 enfants.
Aux États-Unis, les données les plus récentes indiquent qu’en 2006, les cas d’agression sexuelle constituaient près de 9 % de tous les cas de mauvais traitements fondés signalés aux services de protection de l’enfance américains, avec 80 000 cas (U. S. Department of Health and Human Services, 2008). Une première augmentation importante des taux d’incidence des cas de violence sexuelle a eu lieu au début des années 1980 aux États-Unis (Jones, & Finkelhor, 2001), mais les données provenant des différentes agences de protection de l’enfance américaines montrent toutefois que l’incidence des cas d’agression sexuelle jugés fondés aurait diminué au cours des 20 dernières années, avec une baisse moyenne de 53 % entre 1992 et 2006 (Finkelhor, & Jones, 2008). Au Canada, les études d’incidence relatives aux mauvais traitements contre les enfants établissent également une diminution des cas d’agression sexuelle jugés fondés dans la dernière décennie. Selon l’Étude canadienne d’incidence des signalements d’abus et de négligence contre les enfants de 2003 et celle de 2008 (Trocmé, Fallon, MacLaurin, Daciuk et al. , 2005; Trocmé, Fallon, MacLaurin, Sinha et al. , 2010), les cas d’agression sexuelle signalés et jugés fondés par les services de protection de l’enfance canadiens représentaient environ 3 % et 2 % de tous les cas en 2003 et 2008, respectivement, et comportaient un taux d’incidence de 0,6 cas fondé d’agression sexuelle par 1000 enfants canadiens en 2003 et de 0,34 cas fondé d’agression sexuelle par 1000 enfants en 2008. Par rapport à 1998, ces taux représentent une diminution de 30 % pour 2003 et de près de 60 % pour 2008 (Trocmé, Fallon, MacLaurin, & Neves, 2003).
Finkelhor et Jones (2008) rapportent certains facteurs pour expliquer cette diminution significative des taux d’incidence d’agression sexuelle aux États-Unis; cependant, selon eux, ces facteurs ne font pas nécessairement l’unanimité. Ils soutiennent que le début du déclin des taux d’incidence coïncide avec une amélioration soutenue de l’économie, une augmentation des effectifs policiers et du personnel travaillant pour la protection de l’enfance, des politiques criminelles plus persuasives, une conscientisation plus grande de la société à cette problématique, une diffusion plus grande d’options de traitements et, finalement, l’adoption de lois permettant l’établissement de registres de délinquants dangereux. Cependant, il est difficile de se baser sur ces taux pour prétendre que le nombre de victimes d’agression sexuelle dans l’enfance a réellement diminué, car ces statistiques ne représentent que le nombre de victimes connues des autorités (Collin-Vézina, Hélie, & Roy, 2009).
L’évolution de l’incidence des cas d’agression sexuelle contre les enfants semble néanmoins différente au Québec par rapport au Canada et aux États-Unis. Tout comme chez nos voisins du Sud, un premier accroissement des taux d’incidence de la violence sexuelle a eu lieu au début des années 1980 au Québec (Wright, Tourigny, Trocmé, & Mayer, 2000). En effet, au cours des 20 premières années suivant la mise en vigueur de la LPJ en 1979, les statistiques du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec montrent que le nombre annuel d’enfants victimes d’agression sexuelle et signalés à la DPJ a augmenté de manière importante, passant d’une centaine d’enfants à la fin des années 1970 à plus de 1500 enfants à la fin des années 1990 (Lavergne, & Tourigny, 2000; Tourigny, 1991). Toutefois, selon l’analyse de l’Observatoire sur les mauvais traitements contre les enfants, le taux d’incidence des agressions sexuelles au Québec jugées fondées par les services de protection de la jeunesse a plutôt connu une hausse d’environ 11 % entre 1998 et 2005, pour se situer cette dernière année à 0,87 cas d’agression sexuelle par 1000 enfants (Collin-Vézina et al. , 2009).
Une étude d’incidence québécoise (ÉIQ) ayant documenté près de 10 000 situations signalées à la DPJ en 1998-1999 permet de décrire les caractéristiques des agressions sexuelles vécues par les enfants (Tourigny et al. , 2002). Pour les 1500 enfants dont l’agression sexuelle a été jugée fondée par la DPJ, les résultats de l’ÉIQ indiquent que, dans 65 % des cas, il s’agit d’attouchements et de caresses, suivis de relations sexuelles complètes dans 14 % des cas, de tentatives de relations sexuelles complètes (9 %) et de situations d’exhibitionnisme-voyeurisme (6 %). Un peu plus de quatre enfants sur 10, soit 43 % d’entre eux, subissaient ces agressions depuis plus de six mois au moment de leur signalement, alors que 31 % d’entre eux avaient été agressés une seule fois. Huit pour cent (8 %) des enfants avaient des blessures ou des atteintes physiques lors de l’évaluation qui a suivi le signalement. Parmi eux, 33 % ont eu besoin d’un traitement médical. Les blessures décelées étaient le plus souvent des ecchymoses, des coupures et des éraflures.
Ces données ne donnent toutefois qu’une image partielle de l’ampleur du phénomène des agressions sexuelles contre les enfants. En effet, ces taux d’incidence ne concernent que les cas d’agressions sexuelles connus et jugés fondés par les services de protection de l’enfance, ce qui ne représenterait qu’une faible proportion des agressions sexuelles contre les enfants (Wolfe, 2007). En effet, certaines études montrent clairement que la majorité des agressions sexuelles dont sont victimes les enfants ne seront pas dévoilées à leur entourage ou aux autorités (c’est-à-dire aux services de protection, aux hôpitaux, aux policiers, etc.) avant que ceux-ci atteignent l’âge adulte ou ne seront jamais dévoilées ou rapportées. Dans une recension des études de prévalence internationales rétrospectives effectuées auprès d’échantillons d’adultes, London, Bruck, Wright, & Ceci (2008) soutiennent qu’en dépit de variations méthodologiques entre les études recensées, une proportion importante des adultes ayant été victimes d’agression sexuelle dans l’enfance rapportent n’avoir jamais dévoilé leurs agressions sexuelles, et que seulement une minorité de ces adultes les ont rapportées aux autorités. Ces auteurs estiment que de 10 à 46 % des victimes n’avaient jamais dévoilé les agressions sexuelles; de 5 à 18 % d’entre elles avaient rapporté les agressions sexuelles aux autorités au moment de l’étude. Deux enquêtes québécoises récentes réalisées auprès d’échantillons représentatifs d’adultes québécois montrent également que 31 % des hommes n’ont jamais dévoilé les agressions sexuelles dont ils ont été victimes dans l’enfance, alors que ce taux varie de 16 à 26 % chez les femmes québécoises (Baril, & Tourigny, 2010; Hébert, Tourigny, Cyr, McDuff, & Joly, 2009). Enfin, une enquête ontarienne réalisée auprès d’un large échantillon de la population montrait que moins de 9 % des victimes d’agressions sexuelles avaient rapporté l’événement aux services de protection de l’enfance (MacMillan, Jamieson, & Walsh, 2003). En somme, ces données démontrent que, malgré le grand nombre d’enfants agressés sexuellement, peu d’entre eux seront repérés par les services susceptibles de les aider ou de les protéger; une proportion non négligeable de ces enfants ne parleront à personne des agressions dont ils ont été victimes.
2.2. P RÉVALENCE DES AGRESSIONS SEXUELLES DANS LA POPULATION
L’examen des études de prévalence montre que les taux de prévalence des agressions sexuelles durant l’enfance varient considérablement d’une étude à l’autre. Plusieurs recensions des écrits scientifiques portant sur la prévalence des agressions sexuelles rapportent des écarts relatifs aux taux de prévalence, avec des taux variant de 2 à 71 % chez les femmes et de 3 à 76 % chez les hommes (Finkelhor, 1994; Holmes, & Slap, 1998; Hunter, 2006; Peters, Wyatt, & Finkelhor, 1986; Wolfe, 2007). Selon plusieurs auteurs, des différences importantes dans la définition des agressions sexuelles (âge de la victime, lien avec l’agresseur, inclusion des contacts non physiques, etc.), les caractéristiques particulières des populations étudiées (ethnicité, statut socioéconomique, âge des répondants, etc.) et les méthodologies (échantillonnage, mode de collecte, type de question, etc.) expliqueraient en grande partie ces écarts (Finkelhor, 1994; Gorey, & Leslie, 1997; Haugaard, & Emery, 1989; Holmes, & Slap, 1998).
Gorey et Leslie (1997) ont effectué une recension de 16 études nord-américaines de prévalence de l’agression sexuelle durant l’enfance auprès d’échantillons d’adultes (âgés de 18 ans et plus), dont 75 % étaient aléatoires et représentaient diverses populations. En regroupant les échantillons et en contrôlant certaines de leurs caractéristiques, les auteurs estiment que le taux de prévalence des agressions sexuelles durant l’enfance est de 22,3 % pour les femmes et de 8,5 % pour les hommes. Une analyse de régression a été réalisée afin de déterminer les caractéristiques associées au taux de prévalence. Les résultats ont démontré que seuls le taux de réponse des participants et la définition des agressions sexuelles sont associés au taux de prévalence, alors que l’année de l’étude, le pays (Canada ou États-Unis), la taille de l’échantillon, le type d’échantillon (aléatoire ou de convenance), la population (générale ou collégiale), la méthode de collecte des données (entrevue en personne ou au téléphone, ou questionnaire envoyé par la poste) n’y sont pas associés. Ces résultats montrent donc que plus le taux de réponse est faible, plus les taux de prévalence sont élevés, alors que plus la définition de l’agression sexuelle est large plutôt que restrictive, plus les taux de prévalence augmentent.
Plus récemment, Pereda, Guilera, Forns et Gòmez-Benito (2009) ont réalisé une méta-analyse à partir de 65 articles scientifiques regroupant 63 échantillons de femmes et 37 échantillons d’hommes provenant de 22 pays différents, et ce, afin de déterminer la prévalence internationale des agressions sexuelles contre les enfants et aussi d’examiner les variables modératrices pouvant influencer le taux de prévalence. Le taux moyen de la prévalence des agressions sexuelles durant l’enfance est de 7,9 % chez les hommes, alors que celui des femmes est de 19,7 %.
L’exploration de l’influence des caractéristiques méthodologiques des études sur le taux de prévalence à partir de l’analyse de régression montre que seules deux caractéristiques sont associées au taux de prévalence, soit le sexe des répondants et le territoire où a été réalisée l’étude. Les taux de prévalence rapportés sont en effet plus élevés chez les femmes que chez les hommes. De même, les taux varient selon le territoire couvert par l’étude (régional ou national); les études représentant des populations plus régionales ont des taux de prévalence plus élevés que celles relatives à des populations nationales. Les caractéristiques suivantes n’ont pas été retenues dans le modèle, bien que certaines aient une relation statistiquement significative avec le taux de prévalence dans les analyses univariées. Ces variables sont le niveau de développement économique du pays (développé ou en voie de développement), le continent, la population à l’étude (générale ou étudiante), le type d’échantillonnage (aléatoire ou de convenance), le mode de collecte des données (questionnaire ou entrevue), la définition de l’agression sexuelle (restrictive ou large), la période considérée dans le calcul du taux de prévalence (agression sexuelle ayant eu lieu quand la victime avait entre 12 et 18 ans) et l’âge des répondants au moment de l’étude. Ce dernier résultat suggère que les taux de prévalence n’augmentent pas avec le temps, puisque l’âge des répondants et le taux de prévalence ne semblent pas associés.
Plus près de nous, deux études québécoises de prévalence des mauvais traitements contre les enfants auprès d’échantillons représentatifs de la population montrent qu’environ un homme sur dix rapporte avoir été agressé sexuellement durant l’enfance, alors qu’une femme sur cinq le rapporte (Tourigny, Gagné, Joly, & Chartrand, 2006; Tourigny, Hébert, Joly, Cyr, & Baril, 2008). Dans les deux études, le taux de prévalence n’est pas associé à l’âge des répondants, ce qui suggère également que le taux ne varie pas en fonction du temps.
En somme, les études de prévalence (principalement nord-américaines) tendent à confirmer qu’environ un homme sur dix et qu’une femme sur cinq déclarent avoir été agressée sexuellement au cours de leur enfance. Les recensions des écrits les plus rigoureuses sur le plan de la méthodologie n’ont toutefois pas pu confirmer que divers aspects expliquent la grande variation des taux. Par contre, le sexe des répondants, le taux de réponse, la définition des agressions sexuelles et la région géographique couverte par l’étude semblent influencer le taux de prévalence. Ces résultats montrent que ces aspects méthodologiques sont à considérer dans l’interprétation des taux de prévalence de victimisation sexuelle dans l’enfance. Enfin, il faut noter que la recension ayant exploré le lien entre le taux de prévalence et l’âge des répondants n’a trouvé aucun lien statistiquement significatif, ce qui suggère que la prévalence des agressions sexuelles ne varierait pas avec le temps (Pereda et al. , 2009), contrairement à ce que nous observons en ce qui concerne les taux d’incidence. En effet, l’incidence de l’agression sexuelle, qui constitue davantage une mesure de la tendance des signalements d’agression sexuelle aux autorités, tend à varier en fonction du temps et des régions. La variation observée dans les taux d’incidence semblerait alors davantage liée à différents facteurs – comme des changements relatifs aux pratiques des services de protection ou aux facteurs facilitant ou non le signalement d’une situation d’agression sexuelle – plutôt qu’à des changements réels du phénomène.
2.3. COOCCURRENCE DES AUTRES FORMES DE MAUVAIS TRAITEMENTS
L’agression sexuelle n’est pas toujours seule à troubler l’enfance des victimes. En effet, une proportion importante des enfants qui en sont victimes semblent aussi vivre d’autres formes de mauvais traitements. On définit habituellement la cooccurrence des différentes formes de mauvais traitements comme une situation dans laquelle l’enfant subit plus d’une forme de mauvais traitement au cours de son enfance, en même temps ou l’une après l’autre, qu’il y ait une relation ou non entre elles. Dans une recension des écrits, Higgins et McCabe (2001) ont repéré 29 études rétrospectives menées auprès de populations adultes et ayant mesuré plus d’une forme de mauvais traitements vécus dans l’enfance. Les formes de mauvais traitements examinées dans ces études sont l’agression sexuelle, l’abus physique, l’abus psychologique, la négligence et le fait d’être témoin de violence conjugale. En dépit des limites de ce champ d’études, soulevées par les auteurs de cette recension (dont la non-représentativité des échantillons utilisés), Higgins et McCabe établissent la prévalence moyenne de cooccurrence double avec l’agression sexuelle, soit les cas où une victime rapporte avoir vécu de la violence sexuelle et une autre forme de mauvais traitement durant l’enfance, à 16 % des échantillons recensés. Ils situent entre 5 et 17 % la prévalence de cooccurrence triple qui inclut l’agression sexuelle (Higgins, & McCabe, 2001).
Au Québec, selon l’enquête de 2002 de Tourigny et al . (2006), 19 % des Québécoises et Québécois qui rapportaient avoir été agressés sexuellement durant leur enfance mentionnaient avoir également vécu de la violence physique et 14 %, de la violence psychologique. La négligence n’a pas été pris en compte dans cette étude. Enfin, en ce qui concerne les services de protection de l’enfance, on constate qu’entre 25 et 49 % des enfants québécois et canadiens dont les agressions sexuelles ont été jugées fondées ont vécu une autre forme de mauvais traitement, incluant l’abus physique, l’abus psychologique, la négligence et l’exposition à la violence conjugale, et ce, entre 1998 et 2003 (Tourigny, Hébert, Daigneault, Jacob, & Wright, 2005; Trocmé et al. , 2003, 2005).
Depuis une dizaine d’années, on constate un intérêt grandissant concernant la cooccurrence des mauvais traitements vécus par les enfants, étant donné les considérations scientifiques et cliniques qu’implique cette réalité. Comme le soulignent Higgins et McCabe (2001), en dépit des taux de cooccurrence rapportés considérables, les chercheurs ont tendance à orienter leur étude sur une seule forme de mauvais traitement, comme l’agression sexuelle, et tiennent rarement compte des autres formes de mauvais traitements qui ont pu être subies par un même enfant. Ainsi, ces chercheurs qui n’évaluent pas les autres formes de mauvais traitements possiblement vécues par l’enfant victime d’agression sexuelle ne peuvent prétendre que leurs résultats sont associés uniquement à ce phénomène. La cooccurrence des mauvais traitements doit donc être considérée dans l’interprétation des études relatives aux agressions sexuelles contre les enfants, puisque celles-ci sont fréquemment accompagnées d’autres formes de mauvais traitements.
3. FACTEURS DE RISQUE ASSOCIÉS AUX AGRESSIONS SEXUELLES
Deux champs d’études distincts se sont développés dans le but de comprendre l’étiologie de l’agression sexuelle contre les enfants. D’un côté, de nombreuses études ont tenté de comprendre les facteurs de risque associés à l’agression sexuelle d’un enfant, en plus de proposer différentes théories explicatives des comportements sexuels déviants envers les enfants. De l’autre, certaines études ont exploré les facteurs augmentant les risques qu’un enfant soit victime d’agression sexuelle (Whitaker et al. , 2008; Wolfe, 2007). Les connaissances scientifiques issues de ce deuxième champ d’études sont basées sur un nombre limité d’études qui s’avèrent peu récentes et qui ont des faiblesses méthodologiques dont on doit tenir compte. Parmi les limites méthodologiques importantes dans ce domaine, il faut noter que les études actuelles sont principalement rétrospectives ou transversales, ce qui rend difficile l’établissement d’une séquence, c’est-à-dire les facteurs qui précèdent la violence sexuelle vécue par les enfants et, par conséquent, qui contribuent réellement à en augmenter les risques.
3.1. MODÈLES EXPLICATIFS
Les modèles théoriques explicatifs de l’agression sexuelle d’enfants ont principalement porté sur les facteurs liés à l’agresseur. Ces travaux ont surtout tenté de concevoir des classifications d’agresseurs sexuels d’enfants (p. ex., Knight, & Prentky, 1990) ou d’expliquer le risque de récidive des agresseurs à la suite d’un traitement (p. ex., Beech, & Ward, 2004). Mais dans une perspective de prévention primaire, il devient essentiel de comprendre les facteurs qui poussent initialement une personne à agresser sexuellement un enfant (Whitaker et al. , 2008).
Finkelhor (1984) a été l’un des premiers à proposer un modèle explicatif de l’agression sexuelle d’enfants, dans lequel l’agresseur est l’acteur central, faisant suite aux premières théories proposées, dans lesquelles la victime (féminine) était vue comme ayant un rôle actif dans l’agression et où la complicité de la mère était davantage mise en cause (p. ex., Vander May, & Neff, 1982). Le modèle de Finkelhor (1984) suggère que quatre préconditions doivent être présentes successivement pour qu’un agresseur parvienne à agresser sexuellement un enfant. Premièrement, une personne doit avoir de la motivation ou de l’intérêt pour l’agression sexuelle d’un enfant. Trois sources de motivation possibles peuvent être présentes: la congruence émotionnelle entre les besoins d’un agresseur et les caractéristiques d’un enfant, rendant ainsi plus satisfaisante la relation avec un enfant; l’excitation sexuelle liée à un enfant; ou encore l’incapacité de satisfaire ses besoins émotionnels ou sexuels lors de relations privilégiées avec des adultes. Or, même avec une motivation suffisante pour l’agression sexuelle d’un enfant, l’agresseur potentiel doit passer outre à ses inhibitions internes concernant l’agression sexuelle d’un enfant, ce qui constitue la deuxième précondition du modèle. Les distorsions cognitives, un désordre affectif ou l’abus de drogues ou d’alcool peuvent faciliter le dépassement de ces inhibitions internes et favoriser le passage à l’acte. Par la suite, l’agresseur potentiel doit pouvoir avoir accès à un enfant; il doit alors passer outre aux inhibiteurs et aux obstacles externes comme les lois, tout en cherchant à isoler l’enfant. Le manque de supervision parentale, l’isolement social de l’enfant et les situations familiales de promiscuité sont alors des contextes environnementaux qui rendent l’enfant plus disponible pour un agresseur sexuel. Finalement, l’agresseur doit pouvoir vaincre la résistance de l’enfant vis-à-vis de l’agression sexuelle. Il le fait alors par différentes stratégies, soit par la désensibilisation de l’enfant, par l’établissement d’une dépendance émotionnelle ou d’une relation comportant des échanges de cadeaux, ou, dans certains cas, par l’utilisation de menaces ou l’emploi de la force.
Le modèle de Finkelhor (1984), en incluant différents facteurs provenant de théories psychanalytiques, systémiques, féministes, comportementales et sociologiques, constitue un large cadre d’analyse pouvant contenir les avancées théoriques et les données empiriques récentes (Hébert, & Tremblay, 2000; Proulx, Perreault, Ouimet, & Guay, 2000). Ce modèle semble le seul à inclure, en plus des facteurs de risque liés à l’agresseur sexuel, les caractéristiques de l’environnement de l’enfant (obstacles externes) et les caractéristiques de l’enfant (capacité de résister à l’agression sexuelle).
Hall et Hirschman (1992) ont également proposé un modèle de l’agression sexuelle d’un enfant résultant de l’interaction de quatre facteurs, qui sont: 1) une attirance sexuelle envers des enfants; 2) des distorsions cognitives soutenant des activités sexuelles impliquant des enfants; 3) des désordres affectifs; et 4) un trouble de la personnalité. Contrairement au modèle séquentiel de Finkelhor (1984), le modèle de Hall et Hirschman (1992) est basé sur une interaction synergique des composantes et sous-entend qu’un seul facteur puisse être le précurseur principal du délit; les autres facteurs s’y ajoutent pour augmenter les risques d’agression sexuelle. Pour leur part, Marshall et Barbaree (1990) proposent une théorie intégrative dans laquelle la propension à agresser sexuellement un enfant résulterait d’un nombre d’interactions entre des facteurs distaux et proximaux, dont les expériences d’adversité vécues dans l’enfance, des facteurs biologiques, soit neurologiques ou endocriniens, et l’aspect socioculturel. Ainsi, les expériences négatives dans l’enfance favorisent le développement de modèles opérationnels internes déformés des relations, plus spécifiquement en ce qui concerne la sexualité et l’agression, ce qui risque de rendre la transition vers l’adolescence, période des premières relations intimes et du développement de la sexualité, plus critique. Les auteurs proposent une base biologique au développement de comportements sexuels déviants en soutenant que l’augmentation importante d’hormones sexuelles à l’adolescence, chez les individus ayant vécu certaines difficultés durant l’enfance et ayant une pauvre estime de soi ainsi que de faibles habiletés sociales et de régulation émotionnelle, influence la différenciation entre agression et sexualité. «La sexualité qui se développe dans le contexte de déficits répandus sur le plan de l’intimité tend à être impersonnelle et égoïste, et même accusatoire.» (Hanson, & Morton-Bourgon, 2005, p. 2.) Jumelées à un manque d’inhibition et d’empathie dans une relation, ces conditions favorisent le passage à l’acte par une actualisation des pulsions sexuelles.
Finalement, avec leur modèle de trajectoires ( Pathways Model ), Ward et Siegert (2002) suggèrent la présence d’avenues multiples qui conduisent à l’agression sexuelle d’enfants; chacune de ces avenues rassemble des influences développementales, un ensemble de mécanismes dysfonctionnels et la possibilité de commettre une agression sexuelle. Comme dans les modèles conçus précédemment, les auteurs de ce modèle définissent quatre mécanismes psychologiques dysfonctionnels augmentant le risque d’agresser sexuellement un enfant, soit: le déficit des habiletés sociales et d’intimité, les scénarios sexuels déviants, la régulation émotionnelle déficiente et les distorsions cognitives. Selon ces auteurs, chacun de ces mécanismes constitue un facteur de risque central associé au développement de comportements d’agression sexuelle, lesquels sont le résultat d’autres facteurs, dont les facteurs biologiques, sociaux et environnementaux ou encore les facteurs liés à des événements (p. ex., un attachement anxieux-évitant résultant de mauvais traitements dans l’enfance peut rendre difficile le développement des habiletés sociales nécessaires à l’établissement d’une relation intime satisfaisante). Chaque mécanisme dysfonctionnel entraîne des profils comportementaux et psychologiques variables qui peuvent mener à un comportement d’agression sexuelle. Contrairement au modèle de Hall et Hirschman (1992), le modèle de Ward et Siegert (2002) soutient que toutes les agressions sexuelles nécessitent la présence des quatre mécanismes psychologiques.
En somme, les théories explicatives de l’agression sexuelle contre les enfants intègrent des facteurs tant biologiques et psychologiques que sociaux, et certaines d’entre elles considèrent également les aspects développementaux et contextuels qui mènent un individu à agresser sexuellement un enfant (Whitaker et al. , 2008). Dans l’ensemble de ces théories, il appert que l’agression sexuelle d’enfants est un phénomène dont le développement est multifactoriel et qui peut emprunter différentes trajectoires. Le fait qu’il existe plusieurs types d’agression sexuelle commise sur un large éventail d’enfants, perpétrées par des individus ayant des caractéristiques très variées, et ce, dans des circonstances également très diverses, est une explication plausible de cette situation. Les analyses typologiques tendent à soutenir une telle diversité (Knight, & Prentky 1993). Les prochaines sections présentent les résultats de recherches concernant différents facteurs de risque qui peuvent permettre de valider ou non les théories qui viennent d’être énoncées.
3.2. CARACTÉRISTIQUES DES AGRESSEURS
Qui sont ces personnes qui agressent sexuellement des enfants? Une première façon de définir les personnes qui risquent le plus de commettre des agressions sexuelles contre un enfant est d’établir les caractéristiques des agresseurs connus. Tant les études d’incidence que celles de prévalence montrent que l’agresseur est très majoritairement de sexe masculin (Badgley et al. , 1984; Holmes, & Slap, 1998; Knutson, 1995; Tourigny, 1991; Wolfe, 2007). Selon les études, les hommes représentent de 85 à 100 % des agresseurs sexuels (Finkelhor, Hotaling, Lewis, & Smith, 1990; Knutson, 1995; Wolfe, 2007). La proportion d’hommes parmi les agresseurs sexuels semble toutefois plus grande lorsque la victime est une fille que lorsqu’il s’agit d’un garçon. Selon les données de Dube et al. (2005), la grande majorité des victimes de sexe féminin sont agressées par des hommes (92 %), 2 % le sont par des femmes et 4 % sont agressées à la fois par des hommes et des femmes. La proportion d’agresseurs sexuels masculins chute à 51 % pour les garçons victimes d’agression sexuelle, alors que ceux-ci seraient agressés par des femmes dans 21 % des cas et à la fois par des hommes et des femmes dans 18 % des cas. Selon une recension exhaustive de Holmes et Slap (1998), les études ayant un large échantillon et réalisées auprès d’hommes ou d’adolescents victimes d’agressions sexuelles démontrent que de 53 à 94 % des agresseurs sexuels de garçons sont des hommes.
La majorité des agresseurs ont entre 30 et 40 ans, mais une proportion importante a moins de 18 ans (Hamel, & Cadrin, 1991; Russell, 1983; Wolfe, 2007). Dans leur recension des écrits, Pithers et Gray (1998) estiment qu’environ 40 % de la violence sexuelle est perpétrée par des personnes âgées de moins de 20 ans et que de 13 à 18 % des victimes d’agression sexuelle sont agressées par d’autres enfants de moins de 13 ans.
L’agresseur sexuel d’enfants est très fréquemment connu de sa victime, soit dans 75 à 90 % des cas (Badgley et al. , 1984; Finkelhor et al. , 1990; Knutson, 1995); cependant, dans la majorité des cas, il n’y a pas de lien de parenté avec cette dernière (Badgley et al. , 1984; Black, Heyman, & Slep, 2001; Finkelhor et al., 1990; Wolfe, 2007). La figure parentale constitue environ le quart des agresseurs sexuels d’enfants (Sedlak, & Broadhust, 1996). Plusieurs recherches ont également montré que les filles sont davantage à risque que les garçons d’agression sexuelle intrafamiliale (Finkelhor et al. , 1990; Tourigny, 1991; Wolfe, 2007) et que les garçons sont plus souvent que les filles victimes d’un agresseur inconnu (Badgley et al. , 1984; Budin, & Johnson, 1989; Finkelhor et al. , 1990; Gordon, 1990). Spécifiquement chez les garçons, Holmes et Slap (1998) soulignent que les études ayant de grands échantillons rapportent que les proportions d’agresseurs extrafamiliaux varient de 54 à 89 % et que 21 à 40 % de ces agresseurs ne sont pas connus des victimes.
En ce qui concerne les agressions sexuelles intrafamiliales, près du quart des victimes interrogées dans le cadre d’une enquête populationnelle québécoise rapportait avoir été agressées par un membre de leur famille immédiate, soit un parent, soit ou un membre de la fratrie (Tourigny et al. , 2008). Plus spécifiquement, selon les plus récentes études québécoise (ÉIQ-1998) et canadienne (ÉCI-2003) d’incidence des mauvais traitements dans l’enfance, dans tous les signalements pour agression sexuelle jugés fondés au Québec en 1998 et au Canada en 2003 4  , le père biologique était l’agresseur dans respectivement 14 et 9 % des cas, et le beau-père dans 17 et 13 % des cas, alors que la mère était l’agresseur dans moins de 5 % des cas (Tourigny et al. , 2002; Trocmé et al. , 2005). Il s’avère que la présence d’un beau-père, incluant l’ami ou le conjoint de la mère, d’un parent adoptif ou d’un parent d’accueil serait un facteur de risque associé à l’agression sexuelle des filles (Finkelhor, & Baron, 1986; H. Parker, & S. Parker, 1986; Wolfe, 2007).
Même si ces études d’incidence n’établissaient pas spécifiquement que les membres de la fratrie pouvaient être responsables de l’agression sexuelle de l’enfant, respectivement 28 et 35 % des agresseurs y étaient considérés comme d’autres membres de la famille immédiate (excluant les parents biologiques, les beaux-parents, les parents adoptifs et la famille élargie), ce qui suggère que les membres de la fratrie puissent représenter une proportion non négligeable des agresseurs de l’enfant. Même si peu d’études ont porté sur l’inceste commis par un membre de la fratrie, certains auteurs rapportent que l’agression sexuelle est plus souvent commise par un membre de la fratrie que par une figure paternelle (Cyr, Wright, McDuff, & Perron, 2002; Salazar, Camp, DiClemente, & Wingood, 2005), voire qu’elle l’est de trois à cinq fois plus souvent que l’est l’inceste père-fille (Grant et al. , 2009; Wolfe, 2007). Salazar et al. (2005) avancent même que la présence d’études dans lesquelles le taux d’agression sexuelle par un membre de la fratrie est plus faible s’expliquerait par le fait que ce type d’agression est sous-rapporté en raison du tabou plus grand dont il ferait l’objet. Enfin, dans les cas d’agression sexuelle par la fratrie, il s’avère que l’inceste frère-sœur serait le plus fréquent, suivi de l’inceste entre frères; ces deux agressions représenteraient ensemble près de 90 % des cas d’inceste commis par la fratrie, ce qui montre que le frère demeure l’agresseur dans la grande majorité des cas (Caffaro, & Conn-Caffaro, 1998).
3.3. FACTEURS DE RISQUE ASSOCIÉS À L ’ AGRESSION SEXUELLE CONTRE UN ENFANT
En 2001, Black et al. soulignaient que les recherches n’ont pas clairement démontré que la plupart des agresseurs sexuels d’enfants ont une personnalité ou une pathologie particulière. Cependant, dans le cadre d’une méta-analyse récente de 89 études portant sur les facteurs de risque associés à l’agression sexuelle contre un enfant, Whitaker et al. (2008) démontrent que les agresseurs sexuels d’enfants présentent plus de facteurs de risque (regroupés en six catégories, soit les facteurs familiaux, les comportements extériorisés, les comportements intériorisés, les déficits sociaux, les problèmes sexuels et les cognitions soutenant l’agression sexuelle) que des hommes de la population générale. Ainsi, par rapport aux hommes de la population générale, les agresseurs sexuels d’enfants ont fait face à davantage d’adversité familiale durant l’enfance, dont une histoire d’abus et un fonctionnement familial dysfonctionnel; ils ont plus de comportements extériorisés, comme l’abus de substances; ils ont plus de comportements intériorisés, dont une estime de soi plus faible et des troubles de l’humeur; ils souffrent davantage de déficits sociaux et de troubles de personnalité; ils ont plus de problèmes sexuels; et leurs cognitions relatives à l’agression sexuelle d’enfants sont plus souvent erronées. Les différences plus marquées entre les deux groupes concernent une histoire d’agression sexuelle dans l’enfance, la personnalité antisociale, les difficultés dans les relations intimes, la discipline coercitive subie pendant l’enfance et l’isolement social.
Dans cette méta-analyse, des différences importantes ont également été établies entre les agresseurs sexuels d’enfants et des criminels non sexuels. Ces différences concernent les problèmes sexuels et les attitudes et cognitions à l’égard de l’agression sexuelle, alors qu’on constate des différences plus modestes relativement aux problèmes familiaux et aux déficits sociaux. Ces résultats laissent croire que les problèmes sexuels et les cognitions favorables à l’agression sexuelle sont plus spécifiques à une délinquance ou à une criminalité sexuelle. Les auteurs ont également comparé ces six catégories de facteurs de risque chez des agresseurs sexuels d’enfants et des agresseurs sexuels d’adultes; ils relèvent peu de différences significatives entre ces deux groupes, à l’exception de comportements extériorisés plus fréquemment rapportés par les agresseurs sexuels d’adultes. Les auteurs concluent que les données de cette recension concordent avec les modèles théoriques de l’agression sexuelle conçus dans les 20 dernières années. Les études recensées dans cette méta-analyse portaient sur des échantillons hétérogènes d’agresseurs sexuels, en ce qui concerne tant leurs caractéristiques personnelles que les caractéristiques des agressions qu’ils ont commises (p. ex., intrafamiliales ou extrafamiliales), ce qui doit être pris en compte dans l’interprétation des résultats. Aussi, les auteurs ne précisent pas le sexe des agresseurs dans les échantillons des études.
D’ailleurs, considérant qu’une proportion de femmes peut aussi être à l’origine d’agressions sexuelles contre des enfants, particulièrement contre des garçons, il devient pertinent d’explorer les facteurs de risque qui pourraient leur être spécifiques. Or, les auteurs s’entendent sur le fait que la littérature portant sur les femmes qui commettent des agressions sexuelles est limitée, en raison du faible dévoilement et de la plus grande rareté du phénomène (Tardif, Auclair, Jacob, & Carpentier, 2005). Conséquemment, les connaissances scientifiques dépendent d’un nombre limité d’études, dont les échantillons sont petits et teintés d’un biais de sélection. La littérature actuelle permet surtout de conclure qu’il est difficile de dresser un portrait type des femmes qui agressent sexuellement en raison de l’hétérogénéité de leurs profils (Grayston, & De Luca, 1999; Saradjian, & Hanks, 1996). En dépit de cette hétérogénéité, les différentes études avancent que ces femmes ont été, dans une grande proportion, victimes d’agression sexuelle durant leur enfance; qu’elles tendent à dépendre davantage des hommes ou à être rejetées par eux; qu’elles proviennent souvent de familles chaotiques et abusives; que leur développement a présenté une accumulation de perturbations, incluant l’abandon parental, des relations parentales conflictuelles et de l’abus physique durant l’enfance; qu’elles rapportent des perturbations dans la relation avec leur mère; qu’elles ont une sexualité dysfonctionnelle; et qu’elles souffrent de problèmes psychologiques, dont la dépression, l’anxiété, la dissociation, les psychoses et le stress post-traumatique (Boroughs, 2004; Jennings, 1993; Johansson-Love, & Fremouw, 2006; Tardif et al. , 2005).
3.3.1. Rôle de la pornographie
Seto, Maric et Barbaree (2001) ont réalisé une recension des écrits scientifiques afin de faire le point sur le rôle de l’utilisation de la pornographie comme facteur de risque associé à l’agression sexuelle, tant contre un adulte que contre un enfant. Ces auteurs concluent qu’actuellement, il existe peu de preuves d’un lien causal direct entre l’utilisation de la pornographie et le fait de commettre une agression sexuelle. Ils ajoutent que ce sont principalement les individus déjà à risque de commettre une agression sexuelle qui seraient influencés par l’exposition à de la pornographie, alors que les hommes non prédisposés à commettre une agression sexuelle seraient peu susceptibles d’être influencés par une exposition à du matériel pornographique. Leurs conclusions rejoignent certaines hypothèses explicatives, comme celle de Mosher (1988), qui suggère que les personnes pouvant être influencées par l’exposition à la pornographie seraient celles chez qui le contenu pornographique concorde avec des fantasmes déjà existants: ce contenu ne ferait alors que rendre plus concrets leurs scénarios sexuels.
Si Seto et al. (2001) concluent qu’il existe peu de preuves d’un lien direct entre l’usage de la pornographie et l’agression sexuelle, certaines études démontrent plutôt que l’utilisation de la pornographie serait indirectement liée au fait de commettre une agression sexuelle (Allen, D’Alessio, & Brezgel, 1995; Allen, Emmers, Gebhardt, & Giery, 1995). Deux méta-analyses réalisées par Allen et ses collègues (Allen, D’Alessio, et al. , 1995; Allen, Emmers et al. , 1995) démontrent en effet qu’il existe un lien entre l’usage de la pornographie et l’acceptation des mythes liés au viol, de même qu’entre le visionnement de matériel pornographique et la propension à commettre une agression physique.
3.3.2. Rôle de la victimisation sexuelle durant l’enfance
L’idée qu’il existe un cycle victime-agresseur relatif à l’agression sexuelle, c’est-à-dire que le fait d’avoir été victime d’agression sexuelle durant l’enfance puisse faire en sorte que l’on devienne agresseur sexuel à l’âge adulte, est largement répandue (Salter et al. , 2003). Avant l’essor du champ d’études des facteurs de risque associés à l’agression sexuelle, on a utilisé ce facteur pour tenter d’expliquer l’agression sexuelle. Les études ont principalement exploré le cycle victime-agresseur par l’examen des taux de victimisation sexuelle durant l’enfance des agresseurs. Ainsi, peu de recherches se sont intéressées aux facteurs autres qu’un passé de victimisation sexuelle et le fait de commettre des agressions sexuelles (Lambie, Seymour, Lee, & Adams, 2002). Plusieurs hypothèses théoriques ont toutefois été évoquées pour comprendre le cycle victime-agresseur chez les garçons agressés sexuellement, telles que: les théories psychanalytiques soulevant l’identification à l’agresseur ou encore l’agression comme reprise de son pouvoir par la victime; la théorie de l’apprentissage social, qui suggère la reproduction de relations abusives par la victime; la théorie comportementale, qui propose un conditionnement à l’érotisation de l’enfant; la théorie de l’attachement, selon laquelle les difficultés relationnelles et conjugales engendrées par l’abus augmenteraient les risques de vouloir combler ses besoins avec des enfants (pour une recension, voir Milcent, 1999).
Selon les premières recensions d’écrits, les preuves empiriques seraient peu concluantes pour confirmer qu’un passé d’agression sexuelle explique la majorité des comportements d’agression sexuelle (Garland, & Dougher, 1990; Glasser et al. , 2001). Une méta-analyse basée sur 18 études publiées entre 1980 et 1987 et incluant 1717 agresseurs masculins qui admettaient leur délit montrait des taux de victimisation sexuelle durant l’enfance de 0 à 75 %, tels que rapportés par les agresseurs (Hanson, & Slater, 1988). Les auteurs établissent toutefois un taux global de victimisation sexuelle de 23 % chez les agresseurs sexuels. Les auteurs de cette méta-analyse, tout comme ceux d’autres recensions d’études rétrospectives sur le sujet qui ont obtenu des taux similaires et d’une aussi grande variabilité (de 0 % à 57 %: Garland, & Dougher, 1990; de 0 % à 79 %: United State General Accounting Office, 1996), concluent que la victimisation sexuelle durant l’enfance des agresseurs sexuels serait plus importante que dans la population en général (elle est d’environ 10 % dans celle-ci). Tous les auteurs s’entendent cependant pour dire que le lien entre la victimisation sexuelle dans l’enfance et la perpétration de la violence sexuelle à l’âge adulte n’est pas clair, notamment en raison des grandes variations selon les études.
Entre autres, tous les auteurs s’entendent sur le fait que des agresseurs sexuels connus des autorités seraient plus motivés à rapporter une histoire d’agression sexuelle durant l’enfance dans le but d’obtenir de la sympathie, d’excuser ou de minimiser leurs gestes, ou encore d’obtenir des sentences plus favorables. À cet effet, une étude de Hindman (1988) a révélé que 29 % des délinquants sexuels en traitement à qui on a dit qu’ils devaient soumettre leur histoire d’abus à un test de polygraphe ont rapporté avoir été victime d’agression sexuelle durant l’enfance, comparativement à 67 % de ceux à qui on a simplement demandé d’écrire l’histoire de leur agression.
Récemment, deux méta-analyses ont exploré les différents facteurs de risque associés aux agressions sexuelles contre des enfants (Whitaker et al. , 2008) ou examiné plus spécifiquement le rôle d’un passé de victimisation dans le développement de comportements d’agression sexuelle (Jespersen, Lalumière, & Seto, 2009). Ces études concluent que les agresseurs sexuels d’enfants sont significativement plus susceptibles d’avoir été victimes d’agression sexuelle durant l’enfance que les agresseurs sexuels d’adultes (Jespersen et al. , 2009), mais aussi que les criminels non sexuels et que la population générale (Whitaker et al. , 2008). Les deux méta-analyses concluent que la victimisation sexuelle durant l’enfance est un facteur de risque important associé à l’agression sexuelle d’enfants, mais que cela ne signifie pas non plus qu’il s’agisse de l’unique facteur de risque jouant un rôle important. Selon ces auteurs, la majorité des victimes d’agression sexuelle durant l’enfance ne deviendront pas des agresseurs sexuels, et une histoire de victimisation sexuelle ne s’avère ni une condition suffisante ni une condition nécessaire pour commettre une agression sexuelle.
Certaines études et recensions ont montré que le lien entre le passé de victimisation sexuelle et le fait de commettre à son tour des agressions sexuelles serait davantage présent chez les agresseurs d’enfants; ces derniers rapporteraient significativement plus d’histoires d’agression sexuelle durant l’enfance que les violeurs de femmes adultes (Garland, & Dougher, 1990; Jespersen et al. , 2009; Simons, Wurtele, & Durham, 2008). Cependant, une récente étude ne décèle pas de différences significatives entre la victimisation sexuelle durant l’enfance d’agresseurs d’enfants et d’agresseurs d’adultes (Connolly, & Woollons, 2008). En ce qui concerne les agresseurs incestueux, Glasser et al. (2001) soutiennent que les figures paternelles incestueuses de leur échantillon rapportaient légèrement plus d’histoires d’agression sexuelle (38 %) que les agresseurs pédophiles incarcérés (33 %), sans toutefois que cette différence ait fait l’objet de test statistique. Trickett et Putman (1998), sur la base de quatre études effectuées auprès de figures paternelles incestueuses non incarcérées, estiment qu’environ 25 % de ces hommes rapportaient avoir vécu une agression sexuelle durant leur enfance. Ces auteurs concluent que les données divergent sur les différences entre les taux de victimisation sexuelle durant l’enfance selon le type de figure paternelle impliqué dans l’agression; certaines études ont trouvé que les beaux-pères qui commettent des agressions sexuelles sont plus susceptibles de rapporter une histoire d’agression sexuelle (p. ex., Erickson, Walbeck, & Seely, 1987), alors que d’autres ont montré que c’était le cas du père biologique (p. ex., Faller, 1989).
Enfin, quelques rares études prospectives ont aussi tenté d’examiner le lien entre un passé d’agression sexuelle durant l’enfance et le fait de commettre des crimes sexuels (Salter et al. , 2003; Widom, & Ames, 1994). Une étude ayant suivi pendant 23 ans un échantillon de 908 enfants dont les agressions sexuelles ont été déterminées à partir de dossiers de la Cour indique qu’il n’y avait pas de différence significative entre les enfants agressés sexuellement et ceux n’ayant pas été agressés sexuellement quant aux délits sexuels commis à l’âge adulte (Widom, & Ames, 1994). Malgré l’utilisation d’un devis prospectif, cette étude ne permet pas de tirer des conclusions claires étant donné que l’agression sexuelle des enfants de l’échantillon devait avoir été commise et avoir été dévoilée avant que ceux-ci aient 12 ans; que les données n’ont pas été présentées selon le sexe; et que les délits sexuels commis, regroupés sous une catégorie hétérogène, devaient avoir mené à une arrestation. Une deuxième étude plus récente a suivi de façon longitudinale 224 garçons agressés sexuellement et traités dans une clinique spécialisée; à partir d’archives policières et juridiques, elle a trouvé que 12 % d’entre eux avait rapporté avoir commis une agression sexuelle dans les sept à 19 années suivant le début de l’étude. La plupart de ces agressions avaient été commises contre des enfants et principalement à l’extérieur de la famille. Toutefois, l’absence de groupe témoin ne permet pas de faire une comparaison pour déterminer si ce taux est supérieur à celui d’un groupe de garçons n’ayant pas été victimes d’agressions sexuelles (Salter et al. , 2003).
3.3.3. Rôle de la consommation d’alcool ou de drogue
Dans une recension exhaustive relative au lien entre la consommation d’alcool ou de drogue et la violence sexuelle envers les enfants, les adolescentes et les adultes, Tourigny et Dufour (2000) ont exploré ce lien tant chez les adultes que chez les adolescents qui commettent des agressions sexuelles. Chez les adultes, les études démontrent de façon systématique que la consommation d’alcool précédant l’agression sexuelle contre une femme, une adolescente ou un enfant est un phénomène fréquent. La proportion des agresseurs sexuels ayant consommé de l’alcool avant l’agression sexuelle varie toutefois beaucoup, soit de 12 à 96 %, selon les études et les types d’agresseur sexuel. Les violeurs (c’est-à-dire les agresseurs ayant violé des adolescentes ou des femmes) sont ceux qui consomment le plus avant l’agression sexuelle; leurs taux sont supérieurs à 50 % dans presque toutes les études. Cette recension démontre également qu’une proportion importante des agresseurs sexuels a des problèmes d’alcoolisme, car plus d’une vingtaine d’études rapportent qu’un agresseur sur trois a un tel problème. Toutefois, les études d’échantillons provenant des services de protection de l’enfance (et donc composés principalement d’agresseurs sexuels incestueux) ont des résultats contradictoires. En effet, Tourigny et Dufour (2000) soulignent que certaines études montrent que les agresseurs sexuels d’enfants ont moins de problèmes que les hommes qui agressent physiquement leur enfant ou qui les négligent, alors qu’à l’inverse, quelques études démontrent plutôt que les agresseurs incestueux ont davantage de problèmes d’alcool que les hommes qui font subir d’autres formes de mauvais traitements aux enfants.
En ce qui concerne les adolescents agresseurs sexuels, Tourigny et Dufour (2000) concluent que leur consommation de substances au moment de l’agression sexuelle varie autant que celle des adultes agresseurs sexuels, soit de 3 à 72 %, probablement en fonction du type d’adolescents agresseurs sexuels et des contextes de l’agression. Les études les plus rigoureuses sur le plan de la méthodologie suggèrent qu’environ la moitié des adolescents agresseurs sexuels avaient consommé de l’alcool ou des drogues avant l’agression. La consommation d’alcool au moment de l’agression semble plus répandue chez les adolescents qui agressent un pair ou un adulte que chez ceux qui agressent un enfant. Enfin, la consommation de drogues a été moins étudiée et semble moins présente lors des agressions sexuelles commises par des adolescents.
3.4. F ACTEURS DE RISQUE ASSOCIÉS AUX AGRESSIONS SEXUELLES COMMISES PAR DES ADOLESCENTS
Les adolescents de 13 à 17 ans constituent le groupe d’âge dont les taux d’infraction sexuelle sont les plus élevés au Canada (Statistique Canada, 2003). De plus, les victimes des adolescents qui commettent des agressions sexuelles sont majoritairement des enfants (Lafortune, 1997; Lagueux, & Tourigny, 1999). Il importe de comprendre les facteurs qui poussent des adolescents à agresser sexuellement des enfants compte tenu de l’ampleur du phénomène, mais aussi de l’évolution possible de ces comportements d’agression précoces qui surviennent dans une période développementale importante.
À l’instar des agresseurs sexuels adultes, la population des adolescents agresseurs sexuels connus est hétérogène. Différentes études recensées le suggèrent, et ce, en ce qui concerne tant les caractéristiques des actes sexuels commis et des victimes choisies que les caractéristiques des agresseurs eux-mêmes, comme les caractéristiques démographiques, environnementales, liées à l’histoire du sujet ou psychologiques (Grant et al. , 2009; Lagueux, & Tourigny, 1999). À ce jour, quelques tentatives de classification des adolescents agresseurs sexuels ont été proposées (p. ex., Langstrom, Grann, & Lindblad, 2000; O’Brien, & Bera, 1986). Comme chez les agresseurs sexuels adultes, plusieurs auteurs s’entendent pour dire qu’un modèle explicatif du développement de l’agression sexuelle commise par les adolescents serait multifactoriel et inclurait des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux (Grant et al. , 2009; Lagueux, & Tourigny, 1999).
Les adolescents agresseurs sexuels diffèrent toutefois des agresseurs sexuels adultes, particulièrement en ce qui concerne la présence de psychopathologies et leurs niveaux d’excitation paraphilique. Hunter et Becker (1994) soutiennent que les adolescents qui commettent des agressions sexuelles ont davantage de symptômes traumatiques et de problèmes familiaux que les agresseurs sexuels adultes. Par ailleurs, les recherches tendent à montrer que les adolescents agresseurs sexuels partageraient plus de similitudes que de différences avec les adolescents délinquants non sexuels (Hoghughi, Bhate, & Graham, 1997).
Les facteurs de risque que la littérature a associés au fait, pour un adolescent, de commettre des agressions sexuelles contre des enfants sont les suivants: 1) avoir été victime d’agression sexuelle ou d’abus physique durant l’enfance; 2) provenir d’une famille dysfonctionnelle (particulièrement pour les agressions dans la fratrie) dans laquelle sont présents l’abus de substances des parents, les difficultés relationnelles et les difficultés conjugales; 3) avoir des difficultés psychologiques, dont des troubles de comportements extériorisés et intériorisés ainsi que des déficits relatifs aux habiletés sociales (Grant et al. , 2009).
Certaines études ont étudié plus spécifiquement les adolescents qui commettent des agressions sexuelles dans la fratrie. Ces études montrent que l’environnement familial dans lequel a lieu l’inceste commis par un membre de la fratrie est plus chaotique que celui des adolescents qui ont commis des agressions sexuelles extrafamiliales ou qui n’ont pas commis d’agression sexuelle (Alder, & Schutz, 1995; Cyr et al. , 2002; Grant et al. , 2009; Laviola, 1992). Les parents des familles dans lesquelles a lieu l’agression sexuelle commise par la fratrie ont davantage de difficultés personnelles, dont des problèmes d’alcool, de conflits conjugaux et d’insatisfaction sexuelle, mais ont également vécu plus d’agressions physiques et sexuelles durant l’enfance que les parents des familles dont l’adolescent a commis une agression sexuelle extrafamiliale (Alder, & Schutz, 1995; Cyr et al. , 2002; Grant et al. , 2009; Rudd, & Herzberger, 1999; Salazar et al. , 2005; Worling, 1995). Également, les études s’étant penchées sur les caractéristiques individuelles des adolescents agresseurs dans la fratrie ont principalement soulevé la présence plus importante de diagnostics psychiatriques chez ces derniers par rapport aux adolescents qui ont commis des agressions sexuelles à l’extérieur de la famille ou aux adolescents n’en ayant pas commis. Salazar et al. (2005) ont ainsi remarqué dans leur recension que les troubles de conduite, les difficultés d’apprentissage, le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité, les troubles de l’humeur et les troubles anxieux, dont les phobies et le trouble de stress post-traumatique, caractérisaient davantage les adolescents ayant commis des agressions sexuelles dans la fratrie.
En ce qui concerne plus spécifiquement l’influence d’un passé d’agression sexuelle chez les adolescents agresseurs sexuels, Burton (2003) soutient que, tout comme dans le cas des agresseurs sexuels adultes, les taux d’agression sexuelle dans l’enfance des adolescents agresseurs varient grandement selon les études (de 0 à 80 %). Cet auteur conclut qu’en dépit de cette variation, il est possible d’estimer que le taux de victimisation sexuelle durant l’enfance des adolescents ayant commis une agression sexuelle serait de trois à quatre fois supérieur au taux de 10 % de la population générale d’adolescents. Quelques études plus spécifiques ont montré que les adolescents incestueux, en plus de rapporter des taux de victimisation sexuelle supérieurs à ceux des adolescents de la population générale, rapportaient aussi plus de victimisation sexuelle par rapport aux adolescents agresseurs sexuels d’enfants extérieurs à la famille, même si ces différences n’ont pas fait l’objet de tests statistiques (O’Brien, 1991; L. H. Pierce, & R. L. Pierce, 1987; Worling, 1995).
Bref, les adolescents qui commettent des agressions sexuelles ressemblent aux agresseurs sexuels adultes quant à l’hétérogénéité de leurs profils, mais aussi par la présence de facteurs familiaux, psychologiques et sociaux expliquant les agressions qu’ils commettent.
3.5. F ACTEURS DE RISQUE ASSOCIÉS AU FAIT D ’ ÊTRE VICTIME D ’ UNE AGRESSION SEXUELLE
Cette section s’intéresse aux facteurs associés au risque, pour un enfant, d’être victime d’une agression sexuelle. Les études abordées ici ont tenté d’établir ce qui pouvait caractériser les victimes et leurs environnements. Il faut souligner que peu d’études ont été réalisées dans ce domaine et que celles-ci sont surtout descriptives, ce qui rend difficile de prétendre que ces facteurs étaient présents avant l’agression sexuelle. Ainsi, ces facteurs établis que l’on retrouve davantage chez les enfants victimes d’agression sexuelle que chez les autres enfants des caractéristiques ou des environnements qui peuvent avoir augmenté la vulnérabilité des victimes vis-à-vis d’un agresseur potentiel.
3.5.1. Caractéristiques des victimes d’agression sexuelle
Selon Fleming, Mullen et Bammer (1997), l’étude des facteurs de risque associés au fait d’être victime d’une agression sexuelle durant l’enfance passe par la compréhension des caractéristiques communes aux enfants qui en sont victimes et des circonstances dans lesquelles les agressions ont lieu, cela afin de fournir des indices pour découvrir les enfants qui sont les plus à risque. Ainsi, les enfants victimes d’agressions sexuelles sont majoritairement de sexe féminin, quoiqu’il y ait une proportion non négligeable de victimes de sexe masculin. On estime que les filles représentent de 75 à 85 % des victimes d’agression sexuelle (Black et al. , 2001; Finkelhor, & Baron, 1986; Knutson, 1995; Wolfe, 2007). Par exemple, dans leur recension des facteurs de risque associés aux agressions sexuelles contre les enfants, Black et al. (2001) soutiennent que les filles risquent trois fois plus que les garçons d’être victimes d’agression sexuelle durant leur enfance.
Chez les enfants, certains groupes d’âge semblent plus à risque. Par exemple, les filles âgées de six ans et sept ans et celles âgées de 10 à 12 ans risquent le plus d’être victimes d’agression sexuelle, alors que les enfants de moins de six ans sont les moins à risque (Finkelhor, & Baron, 1986; Wolfe, 2007). Par contre, Russell (1983) constate peu de différences dans la prévalence selon les âges, mais note que les adolescentes sont davantage agressées par des pairs. Holmes et Slap (1998) soulignent que, chez les garçons victimes d’agression sexuelle, la première agression sexuelle survient en moyenne quand la victime a environ 10 ans.
Il semble que les enfants de moins de 12 ans, notamment ceux qui ont entre six et 11 ans, soient particulièrement à risque d’agression sexuelle intrafamiliale (Alter-Reid, Gibbs, Lachenmeyer, Sigal, & Massoth, 1986; Vander May, & Neff, 1982). Dans le cadre de leur recension, Black et al. (2001) prétendent toutefois qu’en dépit de résultats mitigés, l’adolescence est la période pendant laquelle les enfants (principalement les filles) courent le plus de risques d’être victimes d’une agression sexuelle. D’ailleurs, l’examen des cas d’agression sexuelle signalés aux services québécois de protection de l’enfance et jugés fondés tend à confirmer que les adolescents sont légèrement plus à risque. Tourigny et al. (2005) montrent qu’en 1998, 42 % des cas d’agression sexuelle concernaient des adolescents, comparativement à 35 % pour les enfants âgés de six à 12 ans. Comme le soulignent Finkelhor et Baron (1986) ainsi que Wolfe (2007), il est probable que les différences observées selon l’âge s’expliquent par la nature de l’agression et le lien avec l’agresseur. Ainsi, des données représentatives récentes montrent que 45 % des victimes d’attouchements sexuels durant l’enfance l’ont été pour la première fois entre six et 11 ans, alors que 69 % des victimes de viol ont été agressées à l’adolescence (Tourigny et al. , 2008).
Différentes caractéristiques liées à l’enfant augmenteraient le risque qu’il soit victime d’agression sexuelle. Les écrits scientifiques sur le sujet rapportent notamment des problèmes de comportement chez l’enfant, particulièrement chez les garçons; des déficits sur le plan de l’intellect et des difficultés scolaires; l’isolement social; le fait d’avoir été victime d’abus physique au sein de la famille ou d’avoir déjà été victime de violence sexuelle dans le passé; un très grand besoin d’attention; et le fait d’avoir un handicap physique (Black et al. , 2001; Finkelhor, & Baron, 1986; Fleming et al. , 1997; Knutson, 1995; Wolfe, 2007). Wolfe (2007) souligne que les enfants qui reçoivent des soins institutionnels ou qui sont en résidence pour différents problèmes, tels qu’un handicap physique ou intellectuel, risquent plus de connaître de la violence sexuelle que les autres enfants.
Même s’il n’est pas encore clairement prouvé que l’isolement social de l’enfant puisse être un facteur de risque, Budin et Johnson (1989) rapportent que les agresseurs disent rechercher les enfants passifs, tranquilles, troublés, isolés et provenant de familles brisées. Les premières enquêtes sur la violence sexuelle envers des enfants approchés par Internet semblent également confirmer que les agresseurs ciblent des enfants plus isolés, passifs ou vulnérables sur le plan des émotions (Wolfe, 2007).
3.5.2. Facteurs de risque parentaux et familiaux
Dans sa recension des écrits, Wolfe (2007) a établi une série de facteurs familiaux et parentaux pouvant être associés aux risques d’être victime d’agression sexuelle durant l’enfance. Ces facteurs peuvent concerner la capacité parentale à bien superviser l’enfant ou toucher directement l’enfant en augmentant sa vulnérabilité quant à une éventuelle situation d’agression sexuelle, ce qui correspond aux troisième et quatrième préconditions du modèle explicatif proposé par Finkelhor (1984). En ce qui concerne les parents, ces facteurs sont: une grossesse non désirée, un faible niveau d’éducation de la mère, la consommation de drogue ou d’alcool, des problèmes de santé mentale chez les parents, une relation parent/enfant difficile, un faible sentiment de compétence parentale (particulièrement chez la mère) et une perception plus faible de la qualité du soutien émotif que peut offrir le parent (Black et al. , 2001; Finkelhor, & Baron, 1986; Fleming et al. , 1997; Tourigny, & Dufour, 2000; Wolfe, 2007).
De plus, un ensemble d’indicateurs de perturbation du milieu familial serait lié à un risque plus élevé d’être victime d’agression sexuelle durant l’enfance. Ces indicateurs sont de deux ordres: dans le premier cas, l’enfant ne vit pas avec ses deux parents biologiques en raison de la mort ou de l’absence prolongée d’un des deux parents, d’une séparation, d’un divorce ou d’une recomposition familiale. Dans le deuxième cas, les parents ont une relation conjugale difficile (Black et al. , 2001; Faller, 1991; Finkelhor, & Baron, 1986; Wolfe, 2007). Dans leur recension des écrits portant sur les agressions sexuelles contre des garçons, Holmes et Slap (1998) mentionnent que les facteurs familiaux suivants constituent des facteurs de risque associés au fait d’être victime d’agression: vivre dans une famille à faible revenu, ne pas vivre avec son père et appartenir à un groupe ethnique minoritaire.
Les données provenant des études d’incidence qui décrivent les familles d’enfants victimes d’agression sexuelle semblent confirmer ces caractéristiques. Par exemple, au Québec, 28 % des 1500 enfants dont le signalement pour agression sexuelle a été jugé fondé vivaient avec une figure parentale qui avait récemment connu un divorce ou une séparation, 65 % ne vivaient pas avec leurs deux parents biologiques, 30 % vivaient dans une famille recomposée et 33 %, dans une famille monoparentale (Tourigny et al. , 2005). De même, cette dernière étude montrait que les parents étaient aux prises avec différentes difficultés, telles que, dans 36 % des cas, la maltraitance durant leur enfance; dans 49 % des cas, la violence conjugale; dans 21 % des cas, la consommation d’alcool ou de drogue; dans 20 % des cas, un manque de soutien social (Tourigny et al. , 2005).
3.5.3. Facteurs sociodémographiques
Il existe une certaine controverse au sujet du rôle que jouent la classe sociale et l’origine ethnique de la famille en tant que facteurs de risque associés au fait d’être victime d’agression sexuelle. Alors que Black et al. (2001) soutiennent, à partir de l’analyse des résultats concernant deux échantillons représentatifs américains, que le fait d’être un enfant de race noire est associé à un risque plus élevé d’être victime d’agression sexuelle et que le fait d’être un enfant d’origine caucasienne en diminue les risques, d’autres études et deux recensions moins récentes n’établissent pas de tel lien (Alter-Reid et al. , 1986; Finkelhor, & Baron, 1986; Hamel, & Cadrin, 1991). De même, Bolen (2001), à partir d’une recension d’études ayant utilisé uniquement des échantillons populationnels représentatifs, conclut qu’il est difficile de déterminer si l’ethnicité et la classe sociale sont des facteurs de risque associés aux agressions sexuelles.
Selon Hamel et Cadrin (1991), les recherches ayant établi un lien entre la classe sociale ou l’ethnicité et l’agression sexuelle d’un enfant sont principalement des recherches effectuées auprès des services de protection de l’enfance. Le lien en question doit davantage être attribué au fait que ces services seraient plus à même de détecter les problèmes dans les familles les plus pauvres et les plus marginales. Par exemple, les données québécoises provenant des services de protection de l’enfance montrent en effet une surreprésentation des familles défavorisées économiquement: 41 % des enfants dont le signalement pour agression sexuelle a été retenu et fondé vivaient avec au moins une figure parentale dont la source de revenu était l’aide sociale, et plus du quart des parents de ces enfants, soit 26 % d’entre eux, avaient des problèmes d’ordre économique (Tourigny et al. , 2005).
En résumé, même si le champ d’études relatif aux facteurs de risque de victimisation sexuelle est moins développé que celui relatif aux facteurs de risque associés à l’agression sexuelle d’un enfant, les recherches permettent d’établir certaines caractéristiques personnelles et familiales des enfants victimes d’agression sexuelle qui peuvent influencer la vulnérabilité d’un enfant face un agresseur. Les problèmes de comportement intériorisés et extériorisés, les déficits intellectuels, les problèmes scolaires, l’isolement social, le fait d’avoir été victime d’abus physique et d’agression sexuelle ou de recevoir des soins institutionnels sont des facteurs qui augmentent les risques qu’un enfant soit agressé sexuellement. De plus, les enfants grandissant dans un milieu familial empreint de violence et d’instabilité familiale, et dans lequel les parents ont de grandes difficultés, à la fois psychologiques et dans l’exercice de leur rôle parental, sont plus susceptibles d’être victimes d’agression sexuelle.
3.6. L IMITES DES ÉTUDES
Les études portant sur les facteurs de risque associés à l’agression sexuelle ou au fait d’en être victime comportent des limites méthodologiques qui entravent l’interprétation et limitent la généralisation des résultats. Une première limite importante concerne la quasi-absence d’études longitudinales. De plus, les études présentées ici portent généralement sur des échantillons cliniques incluant des agresseurs sexuels ou des victimes d’agressions sexuelles de tout âge, et des agressions sexuelles très hétérogènes (intrafamiliales, extrafamiliales; contre des enfants, des adolescents et parfois même des femmes adultes), ce qui ne permet pas, notamment, d’appliquer les facteurs de risque établis à des sous-types particuliers d’agresseurs, comme les figures paternelles ou la fratrie. De plus, le recours exclusif à des populations d’agresseurs ou de victimes connues des autorités, les définitions variées du terme «agression sexuelle» utilisées, la variabilité des sources d’informations relatives à la victimisation sexuelle passée (autorévélée, clinique ou légale) ou l’absence de groupes témoins appariés sont des limites méthodologiques à considérer dans l’étude des facteurs de risque associés à l’agression sexuelle.
CONCLUSION
Les études actuelles ne laissent aucun doute quant à l’ampleur du phénomène des agressions sexuelles contre les enfants. Un nombre considérable d’enfants en serait victime, car on établit à partir d’échantillons internationaux que près de 20 % des femmes et 9 % des hommes rapportent avoir été victimes d’agression sexuelle durant leur enfance. Malgré ces taux élevés, une faible proportion des victimes parvient à l’attention des autorités à cause de faibles taux de dévoilement. Notre compréhension des facteurs de risque associés à l’agression sexuelle d’un enfant demeure très partielle, ce qui compromet notre capacité à prévenir ce problème.
Le modèle explicatif de Finkelhor (1984) semble le seul à intégrer dans sa compréhension du phénomène des facteurs de risque liés à la fois à l’agresseur et à l’enfant et son environnement. Même s’il a été proposé il y a plus de 25 ans, ce modèle intègre, dans sa séquence des quatre préconditions conduisant à l’agression sexuelle d’un enfant, les facteurs que les recherches ont associés à l’agression sexuelle des enfants. Ainsi, la victimisation sexuelle antérieure et les autres mauvais traitements vécus durant l’enfance, l’histoire familiale, l’isolement social, les difficultés relationnelles et les problèmes de personnalité peuvent, chez un individu, favoriser le développement d’un intérêt sexuel pour les enfants et de la motivation à agresser (première précondition), mais aussi le dépassement des inhibitions internes concernant l’agression sexuelle d’un enfant, lequel peut être facilité par des distorsions cognitives, un désordre affectif ou l’abus de substances. En concordance avec l’étude des facteurs conduisant à l’agression sexuelle d’un enfant, ce modèle ne conçoit pas qu’un facteur particulier soit nécessaire au développement d’un comportement d’agression. Il prétend plutôt que différents facteurs se rapportant à l’histoire familiale ainsi qu’aux difficultés psychologiques, relationnelles et sociales d’un individu sont à la base de conditions universelles s’appliquant aux situations d’agressions sexuelles d’enfants. Toutefois, contrairement à d’autres modèles proposés, celui de Finkelhor (1984) ne considère pas que des facteurs génétiques et des processus biologiques puissent être à l’origine des préconditions menant à l’agression sexuelle d’un enfant. Dans le même sens, même si Marshall et Barbaree (1990) soutiennent que, sans les aspects biologiques, il manque des éléments à la compréhension du phénomène des agressions sexuelles contre les enfants, les récents travaux sur le sujet sont peu nombreux, et ces connaissances devront être intégrées aux modèles actuels.
Le modèle de Finkelhor (1984) établit également que le passage à l’acte d’un agresseur potentiel sera facilité par l’accès à un enfant (troisième précondition) et par des caractéristiques de ce dernier qui pourraient diminuer sa capacité à «résister» à un agresseur (quatrième précondition). Ces préconditions sont ici encore des séquences nécessaires au passage à l’acte et sont donc, à l’origine, les facteurs personnels et familiaux associés aux enfants victimes d’agression sexuelle. En effet, les enfants évoluant dans un milieu familial perturbé, caractérisé par la violence, les conflits, l’absence d’un parent ou l’instabilité familiale, peuvent être moins supervisés que les autres enfants et présenter des carences affectives et un grand besoin d’attention, ce qui les rend plus vulnérables à un agresseur sexuel (Finkelhor et al. , 1990). Cependant, comme les facteurs de risque associés au fait, pour un enfant, d’être agressé sexuellement sont basés sur un faible nombre d’études qui ne permettent pas de distinguer les facteurs présents avant l’agression sexuelle de ceux associés à différentes catégories d’agression, dont les agressions intrafamiliales ou extrafamiliales, il devient difficile de comprendre comment ces facteurs interviennent exactement dans l’augmentation du risque; les recherches futures devront relever ce défi.
Finalement, les facteurs liés au contexte socioculturel semblent avoir été oubliés dans l’étude du phénomène, même s’ils ont été soulevés il y a plusieurs années dans le modèle intégratif de Marshall et Barbaree (1990) et même si le modèle de Finkelhor (1984) prétend que les lois peuvent être la source d’inhibitions externes chez un agresseur. Les lois, la médiatisation de cas célèbres et les campagnes nationales de sensibilisation influencent la position d’une société quant à l’agression sexuelle des enfants. Même si la reconnaissance et l’intolérance actuelles des sociétés modernes vis-à-vis de cette problématique ne seront pas suffisantes pour faire disparaître le phénomène, les recherches futures devront considérer l’influence du contexte socioculturel dans l’apparition de l’agression sexuelle contre les enfants.
Comme en traite le chapitre 11 du présent volume, l’analyse des pratiques de prévention montre également qu’un ajustement relatif aux facteurs de risque connus et aux cibles des programmes de prévention demeure à faire afin que ces programmes soient le plus efficace possible. Parmi les défis à relever dans les prochaines années, il faut noter l’arrivée d’Internet dans la grande majorité des foyers, ce qui introduit de nouvelles formes d’exploitation sexuelle des enfants. Ces éléments devront donc être explorés davantage et complexifient bien sûr la tâche de prévenir les agressions sexuelles contre les enfants.
Tableau 1.1. Éléments clés de la recension des écrits

Tableau 1.2. Conséquences pour la pratique

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1 Cependant, dans le cadre de la Loi sur la protection de la jeunesse et de l’intervention de la Direction de la protection de la jeunesse, la notion d’agression sexuelle intrafamiliale réfère uniquement aux situations ou un parent naturel ou adoptif est l’agresseur.

2 La Direction de la protection de la jeunesse utilise le terme «abus sexuel». Tout au long du chapitre, nous utiliserons le terme «agression sexuelle», comme le suggère l’Office de la langue française, plutôt qu’ «abus sexuel», ce dernier étant considéré comme un anglicisme.

3 Par conditions abusives, Finkelhor (1994) précise qu’il s’agit de conditions qui rendent la relation inégale en termes de relation de pouvoir ou qui contreviennent à la notion de consentement. Une situation d’autorité vis-à-vis d’un enfant, le fait qu’il y ait un écart d’âge considérable, qu’il y ait utilisation de la force physique sont des exemples de conditions abusives.

4 Ces données excluent celles du Québec.
CHAPITRE 2
L’ENTREVUE D’ENQUÊTE AVEC DES ENFANTS Défis et solutions
Mireille CYR, Ph. D.
Karine TROTIER SYLVAIN, candidate au doctorat en psychologie
Jennifer LEWY, candidate au doctorat en psychologie


R ÉSUMÉ
L’entrevue d’enquête avec des enfants est une tâche complexe dont les conséquences sont cruciales d’une part pour la protection des enfants et d’autre part pour la présomption d’innocence des présumés agresseurs. Bien que les jeunes enfants aient la capacité de se remémorer des événements importants qui leur sont arrivés, leur mémoire est en partie limitée par leur stade de développement. L’exactitude du témoignage des enfants est également influencée par la façon dont sera conduite l’entrevue. La plus grande suggestibilité des enfants les rend aussi vulnérables aux pressions qu’ils peuvent subir durant l’entrevue ou aux pratiques inadéquates des interviewers. La principale difficulté éprouvée par les intervenants des milieux sociaux, policiers ou judiciaires est la nécessité de tenir compte du stade de développement cognitif, langagier et socioaffectif de l’enfant et de s’y adapter. Des guides d’entrevue structurée, comme celui du National Institute of Child Health and Human Development (NICHD), dont les recherches empiriques ont démontré l’efficacité, sont offerts pour aider les interviewers à utiliser des pratiques d’entrevue soutenant les enfants afin que ceux-ci fournissent un témoignage détaillé et véridique. Le présent chapitre traitera donc de la mémoire, de la suggestibilité, du développement cognitif, affectif et socioaffectif des enfants ainsi que de leur influence sur leur récit d’agression sexuelle lors d’une entrevue d’enquête. L’influence de l’attitude de l’interviewer et des questions utilisées sur le témoignage des enfants sera également documentée. Finalement, la formation des intervenants en ce qui concerne la conduite de l’entrevue non suggestive et les guides offerts seront brièvement décrits.
Au Québec, dans le cadre de l’application de l’entente multisectorielle (Gouvernement du Québec, 2001), les policiers et les intervenants des services de protection de l’enfance ont la responsabilité d’effectuer la première entrevue avec des jeunes victimes pour évaluer si les faits rapportés d’agression sexuelle sont fondés. Cette tâche est fort complexe et ces entrevues posent de réels défis aux interviewers, particulièrement lorsqu’il s’agit d’interroger des enfants. Dans leur synthèse des recherches portant sur les écueils des entrevues d’investigation en matière d’agression sexuelle, Wood et Garven (2000) indiquent que, quand les entrevues avec les enfants victimes d’agression sexuelle sont effectuées incorrectement, elles peuvent bifurquer dans deux directions, soit les entrevues incorrectes, soit les entrevues maladroites. Les entrevues incorrectes peuvent conduire à l’obtention de fausses allégations de la part de l’enfant; les entrevues maladroites ne produisent pas nécessairement de fausses allégations, mais peuvent avoir d’autres conséquences négatives, notamment rendre la déclaration de l’enfant non convaincante, incomplète ou moins crédible. Dans les entrevues incorrectes, les interviewers utilisent une ou plusieurs techniques inadéquates qui ont pour effet d’influencer le témoignage de l’enfant, de lui suggérer des informations et de renforcer certains types de détails. Les entrevues maladroites ne comportent pas de techniques suggestives à proscrire. Toutefois, elles sont conduites en l’absence d’une ou de plusieurs compétences (p. ex., inattention au bien-être de l’enfant, vocabulaire trop complexe, phrases trop longues, questions fermées ou directives, introduction du sujet de façon suggestive).
La distinction entre les entrevues incorrectes et maladroites n’est pas absolue. Néanmoins, conduire ces types d’entrevue a des conséquences importantes tant pour l’enfant et le présumé agresseur que pour les enquêteurs et les procureurs. Ainsi, l’enfant peut être séparé de ses parents sans que cela soit nécessaire, ce qui lui fait subir du stress et de la souffrance, ainsi qu’à sa famille. Des individus innocents peuvent être accusés à la suite de fausses allégations. Une véritable déclaration d’agression sexuelle peut être contaminée par des mensonges ou des inexactitudes. La crédibilité de l’enfant peut être remise en question par les adultes. D’autre part, les ressources professionnelles disponibles peuvent s’épuiser en menant des enquêtes et des procès infructueux, ce qui réduit les fonds et le temps disponibles pour aider les enfants véritablement victimes d’agression sexuelle. Les entrevues incorrectes peuvent également attirer l’attention des médias et ainsi nuire à la réputation des professionnels, des enquêteurs et des procureurs, et alimenter certaines appréhensions chez les parents.
Les recherches conduites sur les capacités des enfants à donner des témoignages véridiques et sur les autres facteurs susceptibles d’influer sur cette capacité se sont multipliées au cours des 30 dernières années. Les connaissances se sont considérablement accrues, et ce champ d’études est de plus en plus vaste et bien documenté (Eisen, Quas, & Goodman, 2002; Pipe, Lamb, Orbach, & Cederborg, 2007; Pipe, Lamb, Orbach, & Esplin, 2004; Poole, & Lamb, 1998). Le présent chapitre a pour objectif de traiter des principaux défis à relever lors d’une entrevue d’investigation avec des enfants en abordant les modalités liées à la mémoire et à la suggestibilité des enfants. De plus, nous aborderons les aspects du développement cognitif, langagier et socioaffectif qui peuvent influencer la qualité du témoignage des enfants. Des guides d’entrevue conçus pour faciliter la tâche complexe de l’interviewer seront brièvement décrits, plus particulièrement le guide du NICHD, utilisé au Québec. Les conséquences pratiques découlant de ces recherches seront énoncées, de même que les pistes de recherche à venir.
1. DÉFIS LIÉS À LA MÉMOIRE DES ENFANTS
Tout témoignage de la part d’un enfant ou d’un adulte repose d’abord et avant tout sur l’information qui a été enregistrée par la mémoire. Les recherches ont démontré que de jeunes enfants âgés de seulement trois ans (voir Peterson, 2002, pour une recension des écrits) peuvent se souvenir d’événements importants survenus au cours de l’année. Les capacités mnémoniques des enfants augmentent avec l’âge, ce qui permet d’obtenir des récits plus étoffés sur le plan des actes commis, de la description des personnes concernées, des lieux et de la temporalité des événements (Akehurst, Milne, & Koehnken, 2003; Baker-Ward, Gordon, Ornstein, Larus, & Clubb, 1993; Fivush, 1998; Geddie, Fradin, & Beer, 2000; Lamb, Sternberg, Orbach, Esplin, et al. , 2003; Ornstein, & Haden, 2002; Poole, & Lamb, 1998; Roediger, & Gallo, 2002). Les processus en jeu dans la mémoire ont fait l’objet d’un nombre important de recherches, depuis plus de 100 ans. Les chercheurs s’entendent pour dire que le contenu des souvenirs et leur exactitude sont formés par des sources d’information et des expériences variées. En ce sens, la mémoire est un processus plutôt qu’un événement fixe; c’est une «reconstruction, non une reproduction» (Yapko, 1994). Ainsi, comme le soulignent Ceci et Bruck (1995), les souvenirs ne sont pas enregistrés passivement par nos sens pour être ensuite conservés dans leur forme initiale dans un casier du cerveau qui préserverait leur qualité initiale. Ils ne sont pas non plus récupérés mécaniquement dans leur état initial lors de la remémoration. À cause de sa nature reconstructive, la mémoire peut être modifiée par plusieurs facteurs qui agiront dès l’enregistrement initial, durant la conservation des souvenirs ou lors du rappel de ceux-ci.
1.1. E NCODAGE
Avant même l’enregistrement d’un événement dans la mémoire, nos schémas, c’est-à-dire nos connaissances, nos préjugés, nos expériences et nos attitudes, vont influencer notre perception et notre interprétation d’un événement (Roediger, & Gallo, 2002). Ainsi, si plusieurs personnes vivent un même événement, leur interprétation de celui-ci dépendra de leurs expériences antérieures, ce qui fait en sorte que des éléments différents retiendront leur attention. Les expériences passées jouent également un rôle important dans la rétention de l’information, puisqu’une nouvelle information correspondant à des connaissances antérieures ou à un schéma sera plus facilement mémorisée. Cela explique en partie pourquoi les jeunes enfants ont des souvenirs moins détaillés. De plus, parce qu’ils connaissent peu la sexualité ou qu’ils ne la connaissent pas du tout, ils ne savent pas classer cette information et peuvent oublier plus facilement certains gestes ou certaines actions liées à l’agression sexuelle (Pipe et al. , 2004). Lors de l’événement, l’enregistrement de l’information, aussi appelé encodage (Cyr, & Dion, 2006; Melton, 1963; Roediger, & Gallo, 2002), est partiel. En effet, l’enfant, tout comme l’adulte, ne peut enregistrer tous les détails d’un événement d’agression sexuelle. Les informations enregistrées sont généralement celles qui ont une signification pour lui. La mémoire est donc nécessairement sélective et incomplète.
1.2. E NTREPOSAGE
Sur le plan de la rétention, leur développement cognitif n’étant pas complété, les enfants éprouvent de la difficulté à gérer l’information à retenir. Comme pour les adultes, plus le temps passe et plus les souvenirs risquent de s’estomper. Des recherches ont démontré que ce sont les détails entourant l’agression sexuelle qui seront d’abord oubliés (Roediger, & Gallo, 2002). Quelques recherches indiquent également que les souvenirs traumatiques, par leur caractère inusité et distinctif, seraient mieux retenus (Howe, 2000; Ornstein, Gordon, & Larus, 1992). Toutefois, comme le soulignent Pipe et al. (2004), tous les incidents d’agression sexuelle ne sont pas douloureux ou traumatiques. Conséquemment, on ne peut tenir pour acquis que toutes les agressions sexuelles bénéficieront de l’effet saillant et marquant de l’événement et de l’effet potentiellement facilitateur sur l’enregistrement par la mémoire. Par ailleurs, les recherches (voir Howe, Cicchetti, Toth, & Cerito, 2004) relatives à l’influence des mauvais traitements sur la mémoire autobiographique des enfants suggèrent que le stress chronique associé à des agressions répétitives peut suractiver l’axe du stress (l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien qui concerne le cortisol), ce qui aurait comme conséquence une atrophie de l’hippocampe. Cette atrophie est susceptible de provoquer des problèmes relatifs à la mémoire épisodique et à la mémoire à long terme, notamment des trous de mémoire et des oublis. Toutefois, l’étude de Eisen, Qin, Goodman et Davis (2002) démontre qu’il n’y a pas de différences entre le fonctionnement de la mémoire d’enfants maltraités et celui de la mémoire d’enfants non maltraités. D’autres études sont donc requises pour déterminer dans quelles circonstances les enfants maltraités ou agressés sexuellement auront une meilleure mémoire parce qu’ils sont plus vigilants (Rieder, & Cicchetti, 1989) ou, au contraire, dans quelles circonstances ils présenteront un déficit de la mémoire causé par des changements physiologiques (Bremner, Krystal, Southwick, & Charney, 1995), ou une combinaison des deux.
Plusieurs facteurs peuvent altérer les informations enregistrées pendant la rétention de l’information. Roediger et Gallo (2002) soulignent l’interférence rétroactive, c’est-à-dire le fait que de nouveaux événements semblables modifient la mémorisation ou le fait d’incorporer des éléments imaginés au souvenir. La confusion relative à la source d’enregistrement des souvenirs est un autre facteur susceptible d’altérer l’exactitude des souvenirs enregistrés (Poole, & Lindsay, 2001; Roberts, 2002; Roberts, & Blades, 2000), de même que la quantité d’informations que l’enfant sera en mesure de rapporter par la suite lors de l’entrevue d’investigation (Thierry, Lamb, & Orbach, 2003). Ici, la difficulté à laquelle les enfants font face est leur capacité à déterminer d’où vient le souvenir qu’ils ont enregistré dans leur mémoire. Par exemple, est-ce quelque chose qu’ils ont réellement vécu ou quelque chose qu’on leur a raconté? Par ailleurs, les événements qui se sont produits plusieurs fois sont susceptibles d’être mieux enregistrés par la mémoire, tout comme les événements que l’on se remémore non verbalement en imagination ou dont on reparle (Poole, & Lindsay, 2002; Roberts, & Powell, 2001). Dans ce dernier cas, comme il est rare que les enfants parlent de leur agression sexuelle, on peut penser que ces souvenirs résisteront moins au passage du temps. Par ailleurs, les agressions sexuelles qui se sont produites plusieurs fois donnent lieu à une mémoire dite de scénario, puisque les souvenirs et les détails des différents épisodes d’agression sont amalgamés dans un script, un récit qui ne retient que les détails communs ou habituels à ces différents épisodes. Pour cette raison, les récits des incidents multiples d’agression sont souvent plus pauvres que ceux portant sur un seul épisode (Pipe et al. , 2004; Poole, & Lamb, 1998).
1.3. R APPEL
En ce qui concerne le rappel, la façon d’accéder au souvenir est importante, voire primordiale. Les recherches (voir Pipe et al. , 2004; Poole, & Lamb, 1998; Roediger, & Gallo, 2002 pour des recensions) ont démontré de façon consistante que le rappel libre, le rappel en série (c’est-à-dire dans l’ordre d’apparition) ou le rappel effectué à l’aide d’indices préalablement fournis par l’enfant sont plus susceptibles de fournir des détails exacts que les souvenirs recueillis par la mémoire de reconnaissance, soit lorsque différentes options sont présentées à l’enfant. Toutefois, le rappel libre fournit un nombre limité de détails. À cet effet, Lamb et ses collègues (Lamb, Sternberg, Orbach, Esplin et al. , 2003) ont démontré que l’utilisation d’indices révélés par l’enfant permet d’augmenter la quantité de détails obtenue lors de l’entrevue, les indices portant sur des actions étant les plus efficaces.
À ce jour, les recherches n’ont pas documenté l’effet du stress qui peut être causé par l’environnement dans lequel le rappel a lieu (p. ex., salle d’audience à la cour, poste de police). Or, selon Nathanson et Saywitz (2003), il semble raisonnable de penser que le stress peut influer sur la qualité du rappel. Le fait que l’incident à rapporter puisse susciter des sentiments de honte, de culpabilité ou de responsabilité peut également influencer le rappel (Pipe, & Salmon, 2002).
Les recherches en contexte de laboratoire et d’entrevue réelle d’investigation (voir Pipe, & Salmon, 2002) ont aussi démontré que la reconstitution du contexte de l’agression, de façon mentale ou physique, en réalisant l’entrevue sur les lieux de l’incident, aide les enfants à se souvenir de plus de détails. La technique d’élaboration cognitive ( Narrative Elaboration Technique [NET]) conçue par Saywitz et ses collègues (Saywitz, & Moan-Hardie, 1996; Saywitz, & Snyder, 1996) favorise l’obtention de détails de la part des enfants en les entraînant, dans une première entrevue, à donner plus d’informations sur des éléments du récit présentés sur des cartes, tels que les participants, l’environnement, les actions, les conversations et les affects. L’efficacité d’une version modifiée, adaptée au contexte réel de l’entrevue d’investigation et utilisant des indices verbaux pour les mêmes catégories, a été démontrée; cette version permet d’obtenir plus de détails relatifs à ces catégories (Bowen, & Howie, 2002; Brown, & Pipe, 2003a, 2003b; Elischberger, & Roebers, 2001).
Tous ces éléments ont des conséquences sur la conduite d’entrevue avec les enfants. Ces entrevues devraient se dérouler le plus tôt possible après le dévoilement ou le dernier incident afin de favoriser l’obtention d’un récit plus détaillé. Il est également important de récupérer les informations que contient la mémoire par l’intermédiaire de questions qui visent la mémoire de rappel et non celle de reconnaissance. Donc, il faut privilégier des questions ouvertes plutôt que des questions directes (voir la section 3.1., p. 64). Dans le cas d’événements multiples, les enfants fourniront des récits plus détaillés si on les invite à distinguer les événements; entre autres, en leur parlant d’abord des détails du dernier incident, puis du premier et, finalement, d’un autre dont ils se souviennent bien. D’autre part, bien que le questionnement relatif aux avantages et aux inconvénients d’interroger les enfants une deuxième fois ne soit pas complètement résolu, les recherches (Ceci, & Bruck, 1995; Hershkowitz, & Terner, 2007; Peterson, 1999; Quas et al. , 2007) semblent indiquer qu’une deuxième entrevue permet aux enfants d’accéder à de nouveaux détails sur les agressions. Hershkowitz et Terner (2007) ont observé que des enfants âgés de six à 13 ans avaient donné 25 % de nouveaux détails lors d’une deuxième entrevue portant sur leur agression sexuelle et réalisée après une pause de 30 minutes. De plus, le fait de parler des événements à différentes occasions permet aux souvenirs de mieux s’inscrire dans la mémoire; de ce fait, les enfants deviennent moins suggestibles aux questions trop dirigées des interviewers (Ceci, & Bruck, 1995; Quas et al. , 2007). Toutefois, il est primordial de réaliser ces entrevues dans les règles de l’art, c’est-à-dire en travaillant à l’aide de questions ouvertes qui sollicitent la mémoire de rappel, afin de ne pas contaminer la mémoire de l’enfant (Ceci, & Bruck, 1995; Peterson, 1999; Quas et al. , 2007).
En conclusion, la mémoire est un processus complexe de reconstruction dont l’exactitude peut être influencée à différentes étapes par un ensemble de facteurs. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que les chercheurs se soient penchés sur les faux souvenirs. Ce champ d’études, qui a d’abord porté sur l’implantation chez des adultes de fausses mémoires d’agressions sexuelles vécues durant l’enfance, s’est ensuite intéressé à la malléabilité de la mémoire des enfants. Loftus et ses collègues (voir Loftus, 2007 pour une recension) ont démontré de façon convaincante avec de nombreuses recherches que les adultes et les enfants à qui l’on donne de faux renseignements sur un incident auquel ils ont assisté peuvent intégrer ces nouvelles données à leur version et y croire fermement. De plus, leurs études analogues portant sur des événements qui n’ont jamais eu lieu ont démontré que des adultes peuvent croire et raconter s’être perdus à l’âge de six ans dans un centre d’achat ou avoir fait un voyage en montgolfière (Loftus, 2007), et que des enfants peuvent se souvenir d’avoir coincé leurs doigts dans une trappe à souris et d’être allés à l’hôpital pour l’enlever (Ceci, Huffman, Smith, & Loftus, 1994). L’implantation de fausses mémoires fait appel à plusieurs mécanismes décrits précédemment lors de l’encodage, de l’enregistrement et du rappel, notamment la source d’enregistrement de l’information et la contamination post-événement, mais elle touche aussi des processus liés à la suggestibilité des enfants, telle qu’elle est présentée à la prochaine section.
2. DÉFIS LIÉS À LA SUGGESTIBILITÉ DES ENFANTS
La suggestibilité peut être définie comme le degré auquel les personnes acceptent et subséquemment incorporent des informations post-événements au sein de leurs souvenirs (Gudjonsson, 1986, p. 195). Selon Westcott, Davies et Bull (2002), la suggestibilité est une tendance à être influencé par des entrevues incorrectes utilisant des techniques inappropriées (p. ex., des questions suggestives). Il est largement reconnu dans la littérature portant sur la suggestibilité des enfants que les deux facteurs les plus déterminants de celle-ci sont le type de questions posées et l’attitude de l’interviewer (Ceci, & Bruck, 1995; Pipe, & Salmon, 2002; Poole, & Lamb, 1998). Parmi les mécanismes susceptibles d’influencer les enfants, nous aborderons ceux qui touchent le questionnement relatif à des événements inscrits dans la mémoire, le niveau de développement et les pressions sociales (Ceci, & Bruck, 1995; Poole, & Lamb, 1998)
2.1. S UGGESTIBILITÉ ET QUESTIONS
Afin d’obtenir des détails exacts et véridiques, il est préférable de faire appel à la mémoire de rappel libre plutôt qu’à celle de reconnaissance. Pour accéder à la mémoire de rappel libre, les interviewers doivent poser des questions les plus ouvertes possible (Hershkowitz, 2001; Lamb, Sternberg, Orbach, Esplin et al. , 2003; Pipe et al. , 2004). Ces questions, aussi appelées invitations , peuvent être de trois types, soit des invitations générales ainsi que des invitations utilisant des indices ou des segmentations de temps (Hershkowitz 2001; Lamb, Sternberg, Orbach, Esplin et al. , 2003; Orbach et al. , 2000; Sternberg, Lamb, Orbach, Esplin, & Mitchell, 2001). Les invitations générales demandent aux enfants de décrire ce qui leur est arrivé; p. ex.: «Dis-moi tout sur ça.» «Et après, qu’est-ce qui s’est passé?» L’invitation avec indices utilise un indice préalablement donné par l’enfant pour l’aider à se concentrer sur cette information en particulier; p. ex.: «Parle-moi plus de sa main sur ton ventre.» L’invitation avec segmentations de temps utilise deux indices donnés par l’enfant pour l’amener à se concentrer et à fournir des détails sur les événements qui se sont déroulés entre ces deux moments; p. ex.: «Dis-moi tout de qui se passe du moment où il entre dans ta chambre jusqu’au moment où il te touche.» Les questions directives débutant par «où, quand, quoi, qui, comment, qu’est-ce» font également appel à la mémoire de rappel, bien que ce soit l’interviewer qui spécifie la catégorie sur laquelle l’enfant doit porter son attention. Le caractère ouvert et non suggestif de ces questions fait toutefois l’objet d’un débat (Poole, & Lamb, 1998), puisque certaines de ces questions sont plus ouvertes que d’autres. Par exemple, «Comment cela s’est-il passé?» est une question entièrement ouverte, alors que «De quelle couleur est sa chemise?» demande une information très spécifique. Ainsi, si l’enfant n’a pas enregistré cette information dans sa mémoire, il risque d’inventer une réponse pour satisfaire l’interviewer.
Les questions proposant un choix font appel à la mémoire de reconnaissance et sont plus susceptibles d’influencer le souvenir des enfants. On y répond par «oui» ou «non» (p. ex.: «Est-ce qu’il avait une barbe?»), ou elles offrent à l’enfant un ensemble de choix (p. ex.: «Est-ce arrivé le matin, le midi ou le soir?»). Ces questions rendent les enfants plus suggestibles pour plusieurs raisons. Elles peuvent être influencées par un préjugé relatif à la réponse, qui fait que l’enfant a tendance à répondre toujours «oui» ou «non», peu importe la question. En outre, les choix présentés ne sont pas toujours exhaustifs, limitant ainsi l’enfant quant aux réponses possibles (Poole, & Lamb, 1998; Poole, & Lindsay, 1995), comme dans l’exemple précédent ou «la nuit» n’était pas mentionnée. Finalement, certaines questions sont en soi suggestives; soit elles poussent l’enfant à abonder dans le sens de l’interviewer (p. ex., «Il t’a fait mal, n’est-ce pas?»), soit elles ne renforcent qu’un certain type de détail au détriment d’un autre ou introduisent de l’information qui ne provient pas de l’enfant (p. ex., le nom du présumé agresseur, les prétendus actes commis). De plus, lorsque l’interviewer pose une même question plus d’une fois, les enfants ont tendance à se dire que celui-ci n’est pas satisfait de leur réponse ou encore que la réponse donnée n’est pas considérée comme une bonne réponse; conséquemment, ils changent leur version des faits pour tenter de donner une réponse qu’ils pensent plus satisfaisante pour l’interviewer (Poole, & White, 1991, 1995).
De plus, toute question qui ne respecte pas le niveau de développement de l’enfant interrogé est également susceptible d’accroître sa suggestibilité, puisque celui-ci ne dira probablement pas qu’il ne comprend pas la question ou qu’il ne connaît pas la réponse. Ces questions peuvent utiliser un vocabulaire trop abstrait ou trop relié au domaine légal, des concepts non maîtrisés par les jeunes enfants (p. ex., le temps ou les nombres) ou des phrases trop complexes en raison de leur longueur, du nombre de questions qu’elles comportent ou de leur structure (p. ex., des négations). Dans ces cas, l’enfant tentera de donner une réponse pour faire plaisir à l’interviewer ou parce qu’il se sent obligé de répondre aux questions que l’on lui pose (Ceci, & Bruck, 1995; Poole, & Lamb, 1998; Walker, 1999). En outre, il est même possible que l’enfant ne soit pas conscient qu’il n’a pas bien compris la question posée (Saywitz, Nathanson, & Snyder, 1993; Walker, & Warren, 1995), ce qui limite la cohérence de sa réponse. La conduite d’entrevues sensibles au développement de l’enfant sera abordée de façon plus détaillée à la section quatre.
2.2. S TYLE DE L ’ INTERVIEWER
L’attitude ou le style de l’interviewer est un autre facteur important qui peut rendre l’enfant suggestible en lui faisant subir une pression sociale. Les styles soutenant et non soutenant ont été particulièrement examinés. Le style soutenant implique une communication verbale (p. ex., compliments, encouragements) et non verbale (p. ex., sourires, regards fréquents, position corporelle ouverte) qui favorise le bien-être de l’enfant et permet de le mettre à l’aise (Burleson, Albrecht, Goldsmith, & Sarason, 1994). Ce style serait associé à moins de réactions physiologiques et à une réduction de l’anxiété (Burleson et al. , 1994). À l’inverse, le style non soutenant implique une communication froide, distante et intimidante qui peut comporter également une mise en doute du récit de l’enfant; le tout favorise la position de domination de l’interviewer (Davis, & Bottoms, 2002; Hershkowitz et al. , 2007). Plusieurs études concluent que les entrevues soutenantes permettent aux enfants de mieux résister aux questions trompeuses (Carter, Bottoms, & Levine, 1996; Davis, & Bottoms, 2002; Goodman, Bottoms, Schwartz-Kenny, & Rudy, 1991), et ce, même chez les enfants âgés de trois et quatre ans (Goodman et al., 1991). Quas, Wallin, Papini, Lench et Scullin (2005) indiquent que les enfants de cinq et six ans font significativement plus d’erreurs quand l’interviewer est non soutenant plutôt que soutenant. Walker (1999) souligne également que l’attitude de l’interviewer peut avoir un effet sur la quantité d’informations que les enfants rapportent. Une attitude objective fait augmenter la quantité d’informations sans accroître le niveau d’erreur. À l’inverse, une attitude distante et froide fait augmenter la quantité d’informations inexactes rapportées par les enfants d’âge préscolaire.
Les résultats de Hershkowitz et al. (2007) démontrent qu’en contexte réel d’entrevue d’investigation, les interviewers qui emploient des techniques soutenantes recommandées par le guide du NICHD avec des enfants soupçonnés d’avoir vécu une agression sexuelle obtiennent un plus haut taux de dévoilement. À l’inverse, les enfants qui ne reçoivent pas de soutien social de la part de l’interviewer ont plus tendance à nier les faits. Ces techniques soutenantes incluent l’utilisation d’encouragements non suggestifs ( «hum hum»), de renforcement positif non suggestif ( «Tu racontes très bien…»), du prénom de l’enfant pour s’adresser à lui ou encore d’empathie quant à ses émotions ( «Je comprends qu’il est difficile pour toi de me raconter cela…»). Toutefois, il est difficile de savoir si ce sont les interviewers non soutenants qui provoquent de la résistance chez les enfants ou s’il s’agit plutôt de la résistance des enfants qui amène l’interviewer à employer des techniques non soutenantes.
2.3. F ACTEURS SOCIAUX ET MOTIVATIONNELS
La suggestibilité de l’enfant est aussi influencée par d’autres mécanismes sociaux et motivationnels. Entre autres, la perception et les croyances des enfants à propos des adultes sont des facteurs importants (voir Lamb, & Brown, 2006, pour une recension). Les enfants voient les adultes comme des sources crédibles et fiables d’informations (Ceci, & Bruck, 1993; Saywitz, & Camparo, 1998; Yuille, Marxsen, & Cooper, 1999), ce qui les rend plus vulnérables aux entrevues suggestives conduites par les interviewers. En outre, les enfants sentent qu’ils doivent posséder une réponse aux questions des adultes; ils ne répondront d’ailleurs que rarement «je ne sais pas» (Ceci, & Bruck, 1993; Lamb, Sternberg, & Esplin, 1998; Yuille et al. , 1999). Cela les pousse également à tenter de répondre aux questions des adultes même quand celles-ci leur semblent bizarres. Bien que les enfants aient l’habitude d’être testés par les adultes, ils sont rarement traités comme une source unique d’informations (Lamb et al. , 1998), ce qui peut expliquer une attitude de dépendance quant aux questions de l’adulte. Les enfants sont également plus réticents à se livrer à des adultes qu’ils connaissent moins (Lamb et al. , 1998; Yuille et al. , 1999). Certaines motivations poussant les enfants à mentir ont aussi été étudiées, dont le fait de vouloir éviter une punition, de prolonger un jeu, de tenir une promesse, d’obtenir un gain personnel et d’éviter de l’embarras (Bussey, Lee et Grimbeek, 1993; Ceci et Bruck, 1993).
En résumé, l’attitude de l’interviewer, le climat qu’il crée lorsqu’il interroge un enfant ainsi que la nature des questions qu’il pose sont susceptibles d’influencer les éléments inscrits dans la mémoire de l’enfant ou de faire en sorte que, sans modifier ses souvenirs, l’enfant choisisse de modifier sa version des faits ou de créer de nouveaux éléments pour répondre aux pressions qu’on lui pose. La suggestion effectuée par les interviewers lors de l’entrevue, ou préalablement par toute personne ayant reçu le dévoilement, peut influer sur la façon dont l’enfant va se remémorer les événements. Cette contamination est d’autant plus grande quand l’enfant est interviewé à de multiples occasions par des personnes peu ou pas formées. Ainsi, il semble d’une grande importance que les interviewers suivent une formation relative à un protocole d’entrevue d’investigation ayant démontré son efficacité pour réduire leurs comportements suggestifs. Les divers protocoles d’entrevue d’investigation avec des enfants seront présentés à la section quatre.
3. DÉFIS LIÉS AU DÉVELOPPEMENT DES ENFANTS
Quand on questionne les enfants comme s’ils étaient des adultes, des malentendus et des erreurs évitables peuvent miner leur crédibilité et contaminer leur déclaration (Saywitz, & Camparo, 1998). Il est donc reconnu que les interviewers doivent adapter leur style d’entrevue et interpréter les réponses des enfants en fonction de leur niveau de développement de façon à maximiser la quantité et la crédibilité des informations recueillies; cela représente un défi de taille (Lamb, Orbach, Hershkowitz, & Esplin, 2008; Lamb, Orbach, Hershkowitz, Esplin, & Horowitz, 2007; Saywitz, & Camparo, 1998; Tang, 2006).
Dès l’âge de quatre ans, les enfants peuvent rapporter une quantité substantielle d’informations pertinentes concernant l’incident d’agression sexuelle qu’ils ont vécu (Lamb, Sternberg, & Esplin, 2000; Lamb, Sternberg, Orbach, Esplin et al. , 2003). Or, l’âge des enfants est fortement associé au taux de dévoilement (Hershkowitz, Horowitz, & Lamb, 2005; Pipe, Lamb, Orbach, Sternberg et al. , 2007), à la quantité de détails rapportés lors de l’entrevue d’investigation (Aldridge, & Wood, 1999; Dion, Cyr, Richard, & McDuff, 2006; Lamb et al. , 2000; Lamb, Sternberg, Orbach, Esplin et al. , 2003), de même qu’à la cohérence et à la complexité de leurs récits autobiographiques évaluées dans des contextes de recherches analogues (Fivush, Haden, & Adam, 1995; Simcock, & Hayne, 2003).
D’une part, ces différences relatives à l’âge peuvent s’expliquer par l’acquisition d’habiletés cognitives et langagières qui permettent aux enfants d’utiliser de meilleures stratégies mnémoniques, en plus d’augmenter leur compréhension des questions posées et leur capacité à y répondre (Korkman, Santtila, Drzewiecki, & Sandnabba, 2008; Walker, 1999). Malheureusement, les recherches indiquent que le langage utilisé lors des entrevues excède souvent le niveau cognitif et langagier des enfants interrogés (M. Brennan, & R. E. Brennan, 1988; Cederborg, La Rooy, & Lamb, 2008; Korkman, Santtila, & Sandnabba, 2006; Korkman et al. , 2008). D’autre part, la capacité d’adaptation aux demandes de la situation d’entrevue, comme la détresse engendrée par la séparation d’avec la figure parentale ou la timidité ressentie en présence de personnes inconnues, peut varier selon l’âge de l’enfant et son développement socioaffectif (Alexander, Quas, & Goodman, 2002; Chae, & Ceci, 2005). La documentation scientifique relative au développement cognitif, langagier et socioaffectif des enfants sera brièvement revue afin d’établir des attentes réalistes concernant les capacités des enfants interrogés, de façon à guider les interviewers dans le choix de questions plus appropriées.
3.1. D ÉVELOPPEMENT COGNITIF
Les travaux de Piaget sur le développement cognitif des enfants ont permis de conclure que ceux-ci ne réfléchissent pas comme de petits adultes (Piaget, 1926; Ginsburg, & Opper, 1969). Selon cette théorie, le stade préopératoire, qui fait référence aux enfants âgés de deux à sept ans, est caractérisé par l’acquisition rapide du langage. Les enfants d’âge préscolaire ne maîtrisent pas l’habileté à catégoriser les objets et les expériences de la même façon que les enfants d’âge scolaire. Par exemple, il est possible que le mot «pyjama» ne fasse pas partie de la catégorie des «vêtements» pour l’enfant de stade préopératoire, et que celui-ci réponde «non» à la question «A-t-il enlevé tes vêtements?» même si l’agresseur lui a réellement enlevé son pyjama. Ces jeunes enfants éprouvent également de la difficulté à comparer des objets, des personnes ou des événements, et ils ont tendance à n’être attentifs qu’à un seul aspect à la fois (Ginsburg, & Opper, 1969; Hornick, & Paetsch, 1995). Leur développement conceptuel est donc peu avancé, et les concepts formés sont rigides et irréversibles.
De plus, les enfants d’âge préscolaire sont souvent décrits comme égocentriques, ce qui signifie qu’ils ont de la difficulté à tenir compte de la perspective d’une autre personne qu’eux-mêmes (Ginsburg, & Opper, 1969). Ainsi, ils ont de la difficulté à comprendre que leur interlocuteur ne sait rien de l’événement qu’ils racontent (voir Lamb, & Brown, 2006, pour une recension). Ce phénomène relatif au développement, pourtant normal à cet âge, peut être mal interprété comme l’indice d’un souvenir faible et d’une pauvre habileté à effectuer une entrevue (Hornick, & Paetsch, 1995). Or, les enfants sont généralement en mesure de faire un récit plus complet de l’événement si l’interviewer leur demande de donner des détails (Lamb et al. , 2000, Lamb, Sternberg, Orbach, Esplin et al. , 2003; Sternberg et al. , 1996).
C’est durant la période opératoire concrète, entre l’âge de sept et 11 ans, que les enfants deviennent sensibles aux motifs et aux intentions des autres; ils peuvent donc mieux comprendre la perspective de leur interlocuteur lors des entrevues (Ginsburg, & Opper, 1969). En outre, c’est durant cette période que les enfants développent une pensée logique, bien que celle-ci demeure très concrète. Ils sont plus habiles à conceptualiser les objets, les événements ou les personnes dans des catégories plus spécifiques et appropriées. C’est d’ailleurs vers l’âge de huit à 10 ans que la compréhension des catégories temporelles émerge (Orbach, & Lamb, 2007), ce qui permet graduellement de spécifier le moment (p. ex., «Quand est-ce arrivé?»), la fréquence (p. ex., «Combien de fois est-ce arrivé?»), la durée et la séquence de l’agression sexuelle. En effet, selon Walker (1999), les mots indiquant une séquence ( «avant», «après») ou une fréquence ( «plus», «moins») sont difficiles à comprendre pour les enfants âgés de moins de huit ans, qui utilisent ces termes bien avant d’en saisir les concepts sous-jacents. La question «Est-ce arrivé plus d’une fois?» peut donc constituer un problème pour les jeunes enfants, et il est préférable de formuler la question «Est-ce que c’est arrivé une fois ou plus d’une fois?» (Poole, & Lamb, 1998).
Par contre, Orbach et Lamb (2007) ont observé dans des entrevues d’investigation que les enfants font spontanément peu référence aux dimensions temporelles, qui sont pourtant cruciales pour une investigation policière ou pour établir la crédibilité d’une victime au tribunal. Dans une étude analogue, Friedman et Lyon (2005) observent également que les enfants ne spécifient que rarement des dimensions temporelles de leur récit de façon spontanée. En réponse à des questions portant directement sur ces dimensions, jusqu’à 40 % des enfants âgés de huit à 13 ans donnent des réponses dans lesquelles le moment de la journée où est survenu un incident n’est pas exact, et 20 % des enfants âgés de 11 ans et plus font des erreurs sur la saison. Certains interviewers évaluent le niveau de développement de l’enfant en lui demandant de réciter des listes culturelles apprises, telles que les jours de la semaine ou les nombres. Or, la capacité de réciter de telles listes n’équivaut pas à la compréhension des concepts associés à ces mots (Walker, 1999). Ainsi, l’enfant qui connaît les jours de la semaine ou qui sait compter n’est pas nécessairement en mesure d’indiquer de façon exacte le jour où a eu lieu l’agression sexuelle ou le nombre de fois que cet événement s’est produit. Selon Poole et Lamb (1998), il est préférable de poser des questions plus générales sur le contexte de l’événement afin d’obtenir des indices permettant à l’enquêteur de reconstituer le moment de l’agression (p. ex., «Était-ce un jour d’école ou de congé?»).
C’est au cours du stade opératoire formel, soit entre 11 et 16 ans, que les enfants développent une pensée abstraite et sont donc de plus en plus en mesure de raisonner de façon «hypothético-déductive» et de répondre à des questions commençant par «Et si…». D’ailleurs, dans leur développement, les enfants répondent plus tôt aux questions «quoi», «qui» et «où» qu’aux questions «quand», «comment» et «pourquoi» (J. G. de Villiers, & P. A. de Villiers, 1978; Orbach, & Lamb, 2007). Ces dernières questions demandent des habiletés cognitives plus avancées, que les enfants âgés de 10 ans et moins maîtrisent mal. Par exemple, la question «pourquoi» demande de réfléchir à un état mental; cette habileté perfectionnée n’émerge pas avant l’âge de huit ans à 10 ans pour les propres états mentaux de l’enfant, et pas avant l’âge de 10 à 13 ans pour les motifs des autres (Walker, 1999).
Enfin, il est important de considérer le fait que les enfants victimes d’agression sexuelle ont plus souvent des retards cognitifs et langagiers que les autres (Sullivan, & Knutson, 2000). Or, les enfants souffrant de difficultés intellectuelles ou langagières produisent des récits moins détaillés dans le cadre de l’entrevue d’investigation d’agression sexuelle (Dion et al. , 2006) de même qu’en contexte de laboratoire (Brown, & Pipe, 2003a).
3.2. L ANGAGE ET VOCABULAIRE
Les enfants dépendent du langage pour comprendre les demandes de l’interviewer ainsi que pour communiquer les détails relatifs aux événements sur lesquels on enquête (Fivush, & Nelson, 2004; Tang, 2006). L’étude des compétences langagières comprend généralement quatre thèmes, soit la prononciation, l’acquisition du vocabulaire, la syntaxe, c’est-à-dire les règles de combinaison des mots pour en faire des phrases, et les fonctions sociales du langage.
Il arrive fréquemment que les adultes éprouvent des difficultés à comprendre les mots prononcés par les jeunes enfants. D’ailleurs, plusieurs sons ne sont pas complètement maîtrisés par les enfants de quatre ans, et 10 % des enfants ne maîtrisent pas tous les sons avant l’âge de huit ans (Reich, 1986). Les erreurs de prononciation les plus communes sont la suppression de sons ( «tois» pour «trois»), l’addition de sons ( «kirème» pour «crème»), la substitution de sons ( «tousser» pour «toucher»), l’assimilation de sons ( «pinis» pour «pénis») et l’inversion de sons ( «cocholat» pour «chocolat») (J. G. de Villiers, & P. A. de Villiers, 1978; Reich, 1986). Lorsque les adultes ne comprennent pas certains mots prononcés par les enfants interrogés, ils ont tendance à les ignorer ou à suggérer un mot semblable (Warren, Woodal, Hunt, & Perry, 1996), ce qu’il faut éviter puisque les enfants ont tendance à acquiescer aux corrections des adultes (Poole, & Lamb, 1998; Warren et al. , 1996). Il est préférable de demander à l’enfant de répéter le mot mal prononcé, de l’écrire et de poser des questions susceptibles de clarifier sa signification.
En ce qui concerne l’acquisition du vocabulaire, les enfants d’âge préscolaire entrent dans une phase d’acquisition rapide des mots, passant d’un répertoire d’environ 250 à 300 mots vers l’âge de deux ans pour atteindre environ 8 000 à 14 000 mots vers l’âge de six ans (Carey, 1978; Stoel-Gammon, & Vogel Sosa, 2007). Toutefois, il existe d’importantes différences individuelles, notamment à cause des contextes familiaux et culturels différents auxquels les enfants sont exposés (Hoff, 2002; Hoff, & Tian, 2005). Par exemple, les mères issues d’un niveau socioéconomique favorisé utilisent un vocabulaire riche et des phrases longues lorsqu’elles s’adressent à leurs enfants d’âge préscolaire (Hoff, 2002; Hoff, & Tian, 2005). À l’inverse, certains parents formulent des phrases courtes, utilisent des mots vagues et ont tendance à tenir pour acquis que l’interlocuteur sait de quoi il est question (Bernstein, 1972). En outre, certains parents ont un style discursif fluide et soutiennent l’enfant en utilisant des questions pour l’aider à compléter sa narration lorsqu’il raconte des expériences passés, alors que d’autres parents peu portés sur la discussion posent peu de questions et répètent la même question pour obtenir un récit correct (Reese, & Fivush, 1993). Dans le cadre de l’entrevue d’investigation, connaître les différents styles de conversation existant dans les familles permet d’avoir des interprétations de rechange quand un enfant semble délibérément vague, réticent ou silencieux (Walker, 1999).
Choisir les mots adéquats pour être compris de l’enfant n’est pas une tâche simple, puisqu’elle concerne le développement conceptuel de même que l’acquisition linguistique du sens des mots. Un mot peut donc être difficile à comprendre parce que les enfants l’ont rarement entendu, parce qu’il fait référence à un concept qui n’a pas encore été acquis dans le développement cognitif de l’enfant ou parce que la phrase dans laquelle il est utilisé est trop avancée grammaticalement. D’ailleurs, il est fréquent que les enfants utilisent des mots dont ils ne comprennent pas complètement la signification (Walker, 1999; Walker, & Warren, 1995). En effet, les enfants interprètent souvent les mots de façon idiosyncratique (p. ex., pour se souvenir, il faut d’abord avoir oublié), de façon plus restrictive (p. ex., un pyjama n’est pas considéré comme un vêtement) ou plus inclusive (p. ex., ils confondent «dans» et «entre») que les adultes le font, ce qui fait en sorte que le même mot peut avoir une signification différente pour l’enfant et pour l’adulte qui l’interroge. De plus, les enfants interprètent souvent les phrases de façon littérale, ce qui peut également créer une certaine confusion (Walker, 1999). Par exemple, une fillette de cinq ans a répondu lors d’un procès qu’elle n’avait pas mis sa bouche sur le pénis de papa, mais elle a affirmé par la suite que c’était papa qui avait mis son pénis dans sa bouche (Berliner, & Barbieri, 1984). Ces deux actions similaires d’un point de vue adulte sont bien distinctes du point de vue concret de cette enfant.
Parmi les concepts qui font référence à une agression sexuelle et que les enfants ont particulièrement de la difficulté à comprendre et à maîtriser, on trouve les actes commis, les prépositions (p. ex., «dans», «entre»), les termes temporels, les références floues aux personnes, aux objets, aux endroits et aux gestes, et les termes légaux (Imhoff, & Baker-Ward, 1999; Korkman et al. , 2008; Poole, & Lamb, 1998; Walker, 1999). Plus précisément, les mots relatifs aux touchers sont complexes pour les enfants d’âge

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