Les plaines de Mayjong

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Dans une ville du sud de la France, la vie de Pauline s’écoule tranquillement entre la faculté de Lettres où elle étudie et les week-ends chez ses parents au bord de la Méditerranée.
Elle est secrètement amoureuse de Christophe, un garçon très populaire plus âgé qu’elle, qui suit le même cursus universitaire.
Mais voilà que Pauline commence à faire des rêves étranges. Au début, ce ne sont que des visions éphémères : une plaine, une tempête, le visage d’un inconnu.
Un jour, au hasard d’un détour chez un libraire, le paysage d’un calendrier va profondément la perturber. Elle a déjà vu cet endroit, mais quand et où ?
Dès lors, tout s’accélère. Ses rêves prennent l’allure d’une vie parallèle et le visage de l’inconnu l’obsède jusqu’à lui faire oublier son amour pour Christophe !
Folie, rêve ou réalité ? Et si le monde était bien plus vaste que ce qu’elle pouvait percevoir ?

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Ajouté le 15 février 2016
Nombre de lectures 592
EAN13 9782370114006
Langue Français
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Les Plaines de Mayjong
Emma Cornellis
© Éditions Hélène Jacob, 2016. CollectionFantastique. Tous droits réservés. ISBN : 978-2-37011-401-3
1Tao
Elle se réveille. Un rayon de soleil réchauffe son corps engourdi par le froid. Il danse sur son visage, elle sourit sans ouvrir les yeux. Un sentiment de bien-être lenvahit, elle sétire, les yeux toujours clos, comme pour prolonger ce moment. Lentement, elle sort de sa torpeur, les rêves éclatent comme des bulles de savon, ne laissant que des souvenirs dimages, des impressions aux couleurs vives qui disparaissent avant quelle
nait pu sen saisir. Elle soulève enfin ses paupières. Gênée par la clarté, elle se tourne, abandonnant sa nuque au rayon intrus. Ses yeux scrutent la pénombre. Un mur de toile, un sol de terre battue, des couvertures bariolées, des ustensiles de cuisine en céramique. Elle se redresse dun bond, sa tête touche presque la base du toit conique de la tente. Oui, elle se trouve bien dans une tente de trois ou quatre mètres de diamètre, avec une ouverture au sommet pour laisser entrer la lumière. Un cri muet traverse son esprit,que fais-je ici ?Désorientée, elle se rassoit sur la couverture qui lui a servi de lit. Si je ferme les yeux, tout va disparaître. Paupières closes, elle compte jusquà dix, rouvre les yeux, rien na changé. Elle recommence, une fois, deux fois, jusquà en perdre le nombre.Je ne devrais pas être ici,se répète-t-elle avec insistance. Soudain elle se fige.Pourquoi ne devrais-je pas être ici ?Elle a beau fouiller sa mémoire, pas de réponse.
Son regard se pose à nouveau sur lendroit qui lui paraît si étrange, le bien-être quelle a ressenti en se réveillant est toujours présent. Je ne reconnais rien, pense-t-elle, et pourtant tout est si familier, si apaisant. Elle frissonne. Malgré le soleil qui entre par le toit, lair est frais, comme si le jour venait de se lever. Elle senveloppe avec la couverture. Réfléchir calmement. Sa mémoire reste vide. Imperceptiblement, elle se rend compte que le silence nest pas absolu. De lextérieur arrivent des sons, assourdis par le feutre épais de la tente. Des tintements
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métalliques et tranquilles, qui ne réveillent aucun souvenir. Des animaux. Elle finit par mettre une image sur les gémissements tremblotants : des moutons ? Curieuse, elle se lève pour sortir. Cest alors quelle remarque aussi les vêtements qui lhabillent. Une tunique bleue, grossièrement découpée dans un tissu rêche, lui descend jusquaux genoux, et un pantalon noir de matière identique senfonce dans des bottes de cuir trop grandes pour ses pieds. De toute évidence, ces hardes, quelle ne reconnaît pas, ne sont pas les siennes. Elle tâtonne la paroi à la recherche dune ouverture, soulève un lourd pan détoffe et se retrouve dehors, médusée par le spectacle qui laccueille. La plaine. À perte de vue, une végétation foisonnante où mille teintes de vert se mêlent aux reflets dorés du soleil encore bas sur lhorizon. Et dans ce pâturage sans fin, des moutons paissent tranquillement. Certains portent un collier orné de cloches, tintinnabulant au gré de leur marche. En tournant la tête, elle peut voir, loin derrière la tente, un monticule rocheux au sommet nu et râpé qui surplombe le paysage comme un gardien solitaire. Soudain, elle tressaille de surprise. À quelques mètres delle, devant un feu de braises endormies, un homme assis lui tourne le dos. Bonjour ! dit-il, en entendant ses pas. Elle sapproche, intriguée, saccroupit en face de linconnu qui na pas bougé. Très jeune, il est vêtu comme elle, mais ses bottes, fatiguées et usées, sont pleines de boue. Malgré cette pauvre apparence, elle est immédiatement troublée par son aspect. La lumière matinale peint des reflets bleus dans ses cheveux noirs qui tombent en mèches désordonnées sur son visage, comme pour occulter sa beauté. Il a des yeux aussi sombres que sa chevelure et légèrement bridés, une bouche aux lèvres pleines et lorsquil lui sourit, une fossette se creuse sur sa joue gauche. Sous sa tunique croisée, elle entrevoit son corps ; sa peau est dorée comme le jour qui est en train de se lever. Gêné par le regard insistant de la jeune fille, il remonte la capuche de son vêtement sur sa tête.
Bonjour, répète-t-il en lui tendant une timbale métallique pleine dun liquide chaud, du thé ? Elle boit doucement, réchauffant ses mains contre la tasse brûlante. Du thé ! Elle ne sait pas pourquoi, mais le nom et la saveur légèrement amère lui sont familiers. Je mappelle Tao. Vous avez bien dormi ? La question du jeune homme la tire de sa rêverie. Ses paroles tintent étrangement à ses oreilles, et les mots ressemblent à une suite de syllabes décousues dénuées de tout sens. Pourtant,
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elle finit par répondre : Oui. Enfin, je ne me souviens plus. Où suis-je ? Sa voix est rauque, hésitante, comme si elle reparlait après des jours de silence. Sur les pâturages du seigneur ToWong, à un jour de marche du village de Mayjong. Tous ces noms ne signifient rien pour elle, et une évidence simpose : Je ne sais plus qui je suis ! Je ne reconnais pas cet endroit ! Vous voulez dire que vous ne vous souvenez de rien ? Elle acquiesce avant de demander sans trop despoir : Tu me connais ? Non ! Je vous ai trouvée, hier soir. Enfin, pour être plus juste, cest lui qui vous a trouvée, dit-il en désignant un chien tout pelé qui somnole non loin du feu. Vous dormiez sur la plaine, pas très loin dici. Je dormais ? Oui. Cétait étrange. Vous naviez aucun bagage, aucun cheval, pas même une couverture pour vous protéger. Vous étiez nue, ajoute-t-il en baissant les yeux avec embarras. Mais vous dormiez, aussi bizarre que cela paraisse, allongée dans lherbe, la tête posée sur vos mains. Jétais nue ? Elle regarde, incrédule, les vêtements quelle porte. Ce sont mes vêtements. Un instant troublée à lidée quil ait pu la voir dans le plus simple appareil, elle réoriente son interrogatoire : Jétais évanouie, inconsciente ? Non ! Vous dormiez. Je sais reconnaître une personne endormie. Le teint vif, la respiration calme, en plus, vous souriiez, pourtant, je nai pu vous réveiller. Alors, je vous ai portée jusquà 1 mon ger et jai attendu. Et ? Et cest tout ! Vous avez faim ? Il lui tend un morceau de pain dont elle se saisit machinalement. Le garçon se renferme dans son silence. Il ne peut expliquer la présence de cette jeune fille endormie nue si près de son campement. À un endroit mille fois foulé par les bêtes et lui-même depuis quils sont installés là. Cest comme si elle avait été déposée en pleine nuit pour quil la découvre au petit matin. Il sait bien que cest impossible, les chiens nont pas aboyé et aucune 1 Yourte en mongol.
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caravane nest passée. Il glisse un regard sur létrangère qui dévore le bout de pain. Comment expliquer limpression qui semble vouloir sinstaller en lui chaque fois quil pose les yeux sur elle ? Comme sil avait déjà vécu ce moment, mais était incapable de sen souvenir. Vu létat de dénuement dans lequel je vous ai trouvée, je pense que vous avez dû survivre à une attaque de Sans-terre, bien que personne nen ait encore jamais observé saventurant aussi près de Mayjong. Vous ne deviez pas venir de très loin non plus : vous reposiez sur lherbe depuis peu, sinon vous seriez morte de froid. Une chose étrange pourtant(Il sourit de nouveau et la dévisage avec insistance avant de se corriger) Enfin, plus étrange que le reste ! Vous ne ressemblez pas à quelquun dici ! Comment ça ? Intriguée, elle comprend soudain quelle ne peut se souvenir de sa propre apparence. Je ne sais plus à quoi je ressemble ! sécrie-t-elle ne sachant si elle doit en rire ou en pleurer.
Vous êtes très belle, dit-il dans un souffle, si bas quelle ne peut lentendre. Pardon ? Attendez ! Il se lève dun bond et sengouffre dans la tente, pour en ressortir presque immédiatement, avec un éclat de miroir à la main. Il est si petit quelle ne peut y voir son reflet en entier et doit se contenter de bouts de visage à assembler comme un puzzle. Des yeux azur comme un ciel sans nuage, un nez droit un peu long, une peau claire et des cheveux dorés, épais et bouclés. Elle pose le miroir avec une moue résignée : Je ne me reconnais pas. Peut-être, au village, des gens auront entendu parler dune famille avec une fille à la peau blanche ? Tu nas pas lair convaincu ! Non ! Je ne connais personne qui ait rencontré des gens à la peau claire. Mais peut-être faisiez-vous partie dune caravane qui sest fait surprendre par des bandits ! Et je dormais si profondément quils mauraient oubliée ? Il a un geste dimpuissance. Vous avez peut-être réussi à leur échapper ? Vous avez une meilleure idée ? Elle tente dimaginer une explication à sa présence sur ce bout de plaine inconnue, mais très vite elle abandonne, découragée par le vide qui résonne dans sa tête. Et toi, demande-t-elle brusquement, qui es-tu ?
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Elle vient de prendre conscience quelle ne sait rien non plus de son interlocuteur. Moi ? (Il a lair surpris) Je mappelle Tao et je suis esclave. Mon maître est le chef de notre clan, il possède plusieurs villes-campements, dont Mayjong est la plus importante. Tu es esclave ? Frappée de stupeur, elle fait abstraction du reste de ses explications. Sans savoir pourquoi cette idée la dérange, elle sent en elle une révolte profonde. Je ne comprends pas, dit-elle enfin, je pensais que lesclavage nexistait plus. Nexistait plus ? La curiosité du jeune homme est mise en éveil. Quest-ce qui peut bien vous faire dire ça ? Aussi loin que remonte lhistoire de notre peuple, il y a des hommes libres et des esclaves. Elle hausse les épaules avec résignation. Aucune idée ! Sincèrement, je ne sais pas. Dommage, jaurais aimé connaître ce pays sans esclaves. Il ne peut être que très loin dici, vous avez dû faire un long chemin. (Il se lève, étire son corps mince avec nonchalance, et reprend avec une grimace) Je dois me remettre au travail, dans deux ou trois jours, le chariot qui apporte des vivres passera. Vous pourrez repartir avec lui et demander à être reçue par le seigneur ToWong, mon maître, ajoute-t-il avec un sourire triste. Lui pourra sans doute vous aider. Tu ne peux pas me conduire à lui avant ? Non ! Jai trois cents têtes sous ma responsabilité, et qui sait, la mémoire pourrait bien vous revenir entre-temps. Tu es optimiste ! Tao lui recommande de rester à proximité du ger, puis enfourche le seul cheval du campement, une jument baie, plus très jeune, mais encore vaillante. Suivi des quatre ou cinq chiens qui doivent laider à regrouper le troupeau, il séloigne lentement. Elle le regarde partir avec regret. Le bivouac, installé près dun trou deau élargi par le travail des hommes, est des plus rudimentaires. Une tente, un foyer allumé au centre dun cercle de terre soigneusement désherbé, et un petit enclos de broussailles entrelacées où se prélassent quelques bêtes. Hormis la colline au nord, rien ne vient perturber la plaine verdoyante. Le silence nest troublé que par les bêlements paresseux des moutons et les aboiements lointains des chiens. Elle se sent seule. Sans même un souvenir pour lui tenir compagnie. Elle passe la matinée à flâner aux alentours. La végétation se révèle dune richesse étonnante. Dhumeur joyeuse, elle commence à cueillir toutes sortes de fleurs. Dans lherbe courte,
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régulièrement tondue par les moutons, elle décèle une multitude de fleurs violettes au parfum enivrant ainsi que de drôles de boules cotonneuses grosses comme le poing, si fragiles quelles se décomposent et senvolent en flocons vaporeux au moindre souffle. Elle renonce très vite à les cueillir, se retrouvant, à chaque nouvel essai, avec une tige nue entre les doigts. Plus loin, lherbe prend des proportions surnaturelles. Elle y découvre des plantes aux feuilles longues, effilées et coupantes, tandis que dautres, plus tendres, lui viennent presque jusquà la taille.
Midi nest pas loin, et la chaleur commence à être intenable lorsquelle retourne enfin au campement, une brassée de plantes et de fleurs serrée sur la poitrine. Tao la voit arriver, radieuse, les joues enflammées, avec de lherbe jusque dans les boucles défaites de sa chevelure. La beauté presque sauvage de létrange jeune fille le déstabilise. Parvenue à sa hauteur, elle lâche son butin sur le sol, un sourire triomphant aux lèvres : Il me faudrait un vase pour les mettre ! Elle enlève dun geste rapide les mèches de cheveux collées sur son front par la sueur. Il la regarde sans comprendre. Un vase ? Oui ! Un vase avec de leau, pour faire un bouquet avec toutes ces fleurs ! Vous nêtes vraiment pas dici. Je n’ai pas de vase, ni de récipient assez grand pour votre…(Il sarrête, ne sachant pas comment qualifier le tas de végétaux inutiles gisant à ses pieds) Mais on peut les faire sécher, ajoute-t-il devant le regard déçu de la jeune fille. Il sagenouille pour trier lenchevêtrement odorant et coloré. Vous ne reconnaissez aucune de ces plantes ? demande-t-il sans trop despoir. Aucune ! Son attention sest à nouveau tournée vers Tao. Elle observe les mains du jeune homme sélectionner et rassembler les fleurs violettes. Des mains longues et musclées, aux ongles noircis de terre. Il lui tend le bouquet à lodeur entêtante. Une fois séchées, celles-ci pourront parfumer un coffre à vêtements. Fascinée par son compagnon, elle lécoute distraitement énumérer avec patience le nom et les propriétés des plantes quelle vient de cueillir. La chaleur devenant insupportable, ils se réfugient à lintérieur de la tente. Tao prépare une collation de pain noir, de fromage et de lait caillé, quelle avale avidement, comme si elle navait rien mangé depuis des jours. Ce qui est peut-être le cas dailleurs, pense-t-elle entre deux bouchées. Ils restent un long moment à labri pour échapper aux heures les plus chaudes de la journée.
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Les milliers de questions qui lassaillent ne franchissent pas ses lèvres. Comme si parler pouvait gâcher linstant présent. Une sensation à la fois étrange et rassurante. Sans passé ni avenir, sans même un nom dans un pays quelle ne reconnaît pas, le monde semble commencer ici, sur les couvertures multicolores de la tente, pour finir à lhorizon. J’ai l’impression que plus rien n’existe en dehors de nous. Pas pour moi, hélas ! Mais je pourrais faire semblant ! ajoute-t-il, rêveur. Cest une bonne idée, aujourdhui je ne sais plus qui je suis. Jai oublié Tao, mon maître et ma vie sans avenir. Il sallonge, les mains sous la tête et le visage illuminé par cette perspective. Et qui voudrais-tu être ? demande-t-elle. Javoue que je timagine plus en chevalier quen esclave ! Le jeune homme semble gêné, jamais il na reçu de compliments aussi étranges, surtout venant dune femme. Son audace le déroute. Il se lève sur un coude pour parler, mais elle ne le laisse pas commencer. Sapprochant de lui, elle pose doucement ses doigts sur sa bouche.
Tu ! dit-elle. Dis-moi tu ! Il ny a plus desclave. Les lèvres de Tao sur sa main et le regard du jeune homme la troublent plus quelle ne laurait voulu, elle sécarte de lui. Tu tobstines à me vouvoyer, reprend-elle embarrassée. Mais qui te dit que je ne suis pas esclave comme toi ? Impossible, vous ne parlez pas comme une esclave. De plus, vous ne portez aucun tatouage. Disant cela, il relève la manche de sa tunique : deux marques, pas plus grandes que des médaillons, sont visibles sur la face intérieure de son avant-bras. Chacun des symboles, imprimé à lencre noire dans sa peau, semble se composer de plusieurs caractères qui, pour elle, ne sont rien dautre quun délicat enchevêtrement de courbes et de figures géométriques. Quest-ce que cest ? Le nom du clan auquel jappartiens, ainsi que celui dans lequel je suis né. La plupart des esclaves nont quun seul tatouage, mais jai déjà été vendu une fois. Je ne men souviens pas, jétais trop jeune. La peau de son bras à elle est intacte. Blanche, douce et bleutée, là où les veines affleurent. Tao prend sa main dans la sienne, le contraste est flagrant : Votre peau, vos mains, ce ne sont pas celles dune esclave. Aussi troublé quelle, il sécarte en lui rendant sa main. Quand la chaleur décline, Tao sort soccuper du troupeau, pour ne revenir que lorsque le soleil
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se pose enfin sur lhorizon, embrasant le ciel de ses traînées de feu. La température baisse rapidement et les bêtes se serrent en un amas compact pour passer la nuit au chaud, tandis que Tao ravive le foyer. Les chiens aussi se pelotonnent dans un coin, certains non loin des flammes qui commencent à monter, dautres, plus audacieux, sinvitent au milieu des toisons tièdes des moutons. Tao a sorti des tapis quil dépose devant la flambée : Il fait plus chaud à lintérieur du ger, mais ici on est plus près des étoiles. En lhonneur de son invitée, il prépare un repas de viande grillée et de racines comestibles cuites sous la cendre, ce qui la sort de son ordinaire fait de pain et de lait caillé. Ils parlent peu. Bientôt, la nuit froide et paisible envahit le paysage. Les couleurs chatoyantes du long crépuscule dété ont fait place à un noir profond parsemé détoiles lorsquils se décident enfin à rentrer sous la tente. À lintérieur, Tao improvise une séparation à laide dune couverture tendue, afin de préserver lintimité de la jeune fille. À son grand étonnement, celle-ci le prend avec beaucoup de désinvolture, affirmant quelle ne va pas enlever sa tunique pour dormir et promettant de fermer les yeux sil veut se déshabiller. Peut-être, est-ce moi qui ai besoin de me soustraire à la tentation ! répond-il, un peu agacé. Elle rougit sans rien ajouter et se réfugie de lautre côté de la tenture. Bonne nuit, Tao, dit-elle en se pelotonnant frileusement sur son matelas dherbes sèches. Bonne nuit ! La yourte plongée dans les ténèbres, elle sendort rapidement dun sommeil lourd et sans rêve.
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