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18e du mois - Mai 2017

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Le dossier du mois Récup, disco soupes, maraudes, compost… : comment le 18e lutte contre le gaspillage alimentaire Produits oubliés dans les frigos familiaux, dates limites dépassées en magasin : chaque année des aliments sont jetés par millions de tonnes. La loi anti-gaspi oblige depuis plus d’un an à plus de vigilance pour éviter cette gabegie chez les commerçants et les particuliers. l y a de quoi faire pâlir un asticot : chaque année en France, dix millions de tonnes d’aliments sont perdues,Ide la production à la consommation, soit 20 % de la quantité produite. Depuis le 3 février 2016, la loi de lutte contre le gaspillage alimentaire, entre autres mesures, oblige les grandes et moyennes surfaces à donner les produits encore bons à la consommation. À Paris, la mairie soutient les projets de récupération des aliments dans les supermarchés. Le 18e du mois fait un tour d’horizon des initiatives qui ont émergé dans notre arrondissement autour de trois axes : produire moins de déchets à la source, donner ce qui peut être encore consom mé, trier et valoriser ce qui ne peut plus être mangé. Cette liste n’est pas exhaustive. N’hésitez pas à nous signaler les expériences qui vous paraissent intéressantes ! Limiter les déchets Chaque Français jette en moyenne 30 kg de nourriture chaque année. Des militants de Solidarité Nomade (voir p.
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Le dossier du mois
Récup, disco soupes, maraudes,
compost… : comment le 18e lutte
contre le gaspillage alimentaire
Produits oubliés dans les frigos familiaux, dates limites dépassées en magasin : chaque année des aliments sont jetés
par millions de tonnes. La loi anti-gaspi oblige depuis plus d’un an à plus de vigilance pour éviter cette gabegie
chez les commerçants et les particuliers.
l y a de quoi faire pâlir un
asticot : chaque année en
France, dix millions de
tonnes d’aliments sont perdues,Ide la production à la
consommation, soit 20 % de la
quantité produite. Depuis le 3 février 2016,
la loi de lutte contre le gaspillage
alimentaire, entre autres mesures,
oblige les grandes et moyennes surfaces à
donner les produits encore bons à la
consommation. À Paris, la mairie
soutient les projets de récupération des
aliments dans les supermarchés. Le
18e du mois fait un tour d’horizon des
initiatives qui ont émergé dans notre
arrondissement autour de trois axes :
produire moins de déchets à la source,
donner ce qui peut être encore
consom mé, trier et valoriser ce qui ne
peut plus être mangé. Cette liste n’est
pas exhaustive. N’hésitez pas à nous
signaler les expériences qui vous
paraissent intéressantes !
Limiter les déchets
Chaque Français jette en moyenne
30 kg de nourriture chaque année. Des militants de Solidarité Nomade (voir p. 11), ainsi que ceux de plusieurs autres associations, récupèrent les
denC’est un cinquième de la nourriture rées proches de la péremption dans les supermarchés du 18e pour les redistribuer.
gâché. Parmi cela, 7 kg sont jetés sans
même avoir été déballés. Une
meilleure prise de conscience de ce dre la date « à consommer de préfé- Parallèlement à ces initiatives, la « Depuis la loi anti-gaspillage de
gâchis passe notamment par des rence avant » avec la date de péremp- grande distribution fait évoluer ses 2016, les moyennes et grandes
suractions de sensibilisation, impulsées 2tion, connaître les aliments que l’on pratiques, faisant la chasse à la perte faces de plus de 400 m doivent
donces dernières années sous les formes peut consommer une fois la date pas- financière liée aux invendus : les pro- ner les invendus à des associations
les plus diverses. sée comme les yaourts, rappeler la duits « moches » ou proches de la date agréées, dans le respect de la date
Exemple : les disco soupes orga- recette du pain perdu ou apprendre de péremption sont bradés, la gestion limite de consommation », nous
indinisées par la mairie du 18e. Le celle, plus originale, du gâteau à la des stocks est améliorée. « Depuis que Xavier Corval, fondateur
20 septembre dernier square Carpeau, peau de banane ou de la soupe de janvier, j’ai divisé par deux la quan- d’Eqosphère.
et le 17 décembre dernier rue du cosses de petits pois ! tité d’invendus, nous indique le gérant Dans notre arrondissement,
pluPoteau, des apprentis cuisiniers dan- du Franprix rue Custine. Nous avons sieurs stratégies existent selon les
seurs se sont déhanchés au son de la Bradés mais bons eu des formations, appris de nouvel- magasins interrogés. « Tous les
magamusique, tout en cuisinant des fruits Des applications intéressantes sont les méthodes pour gérer les stocks, sins Carrefour ont obligation de
paset légumes issus de surplus ou d’in- nées sur ce thème ces dernières pour mieux adapter nos commandes ser convention avec une association
vendus. Selon leurs fondateurs, « les années. Les sites « Frigo magic » ou à la consommation des clients ; la qui récupère les invendus, explique le
disco soupes permettent l’éducation « Le Bruit du frigo » proposent, en direction suit cela de très près. » gérant du magasin du boulevard
à une cuisine saine et goûtue, la (re) fonction des produits dont on dispo- Des entreprises ou associations sont Barbès. Les produits frais, nous les
découverte du plaisir de cuisiner se, une recette de tous les jours. nées ces dernières années pour accom- donnons à J-1. Les fruits et légumes
ensemble, la création de zones de L’application « Partage ton frigo » pagner l’ensemble des professionnels sont triés chaque jour. Ceux qui ont
convivialité non-marchandes éphé- permet d’indiquer à tous ses voisins concernés vers une réduction du une tache peuvent être donnés, les au -
mères dans l’espace public et, bien que l’on en a cuisiné dix fois trop ! gâchis. C’est le cas notamment tres trop abîmés (la plupart) sont
sûr, la sensibilisation du plus grand Un autre « partageur » vient alors d’Eqosqhère, entreprise sociale pion- jetés. » Le magasin donne à
l’assonombre au gaspillage alimentaire ». chercher les restes chez vous. Cette nière dans le domaine, qui accompa- ciation JNI, qui collecte auprès de 30
L’occasion de donner des conseils application facilite aussi la mise en gne dans ce sens des magasins du 18e, magasins, dont Monoprix, Naturalia
pour moins jeter : apprendre à mieux place d’un frigo collaboratif (dans un des traiteurs, et plus récemment des et Simply dans le 18e et le 17e, et
conserver les aliments, ne pas confon- immeuble, des bureaux…). hôpitaux et la gare de l’Est. redistribue tous les jours à l’église du
Mai 2017 Le 18e du mois-9
© Christian AdninLe dossier du mois Lutte contre le gaspillage alimentaire
re à la consommation, si elle est
séparée des autres déchets, peut être
transformée en engrais ou en biogaz et
avoir une seconde vie. Deux
procédés existent : le compost, qui donne
de l’engrais en quatre à six mois, et la
méthanisation : « Ce procédé permet
d’obtenir du biogaz, réinjecté
directement dans le réseau du gaz de ville
ou utilisé par nos véhicules, et aussi
de l’engrais », nous apprend le
président de Love Your Waste. Cette
entreprise sociale organise la collecte des
biodéchets auprès de professionnels
(écoles, restaurants, cantines, etc.) et
coordonne leur transformation. Dans
le 18e, une structure similaire, Mou-
lino Compost, récupère les biodéchets
triés depuis les plateaux de cantines
par les enfants d’une dizaine d’écoles
et du collège Roland Dorgelès. Une
démarche déjà généralisée dans les
établissements scolaires du 2e
arrondissement de Paris. « Nous
réfléchissons avec Moulino Compost à élargir
rapidement ce système à l’ensemble
des écoles du 18e », nous précise
Frédéric Badina.
Exemple parfait d’économie
circulaire, ces initiatives se multiplient
Xavier Corval à gauche, fondateur d’Eqosphère, met en relation les commerces avec les associations qui peuvent et, en 2016, le biogaz produit en
distribuer leurs surplus alimentaires, comme ici, celle de Rachid Arar La Table ouverte. France équivaut à la consommation
de 18 000 logements. À la prise de
conscience grandissante s’ajoutent les
obligations prévues par la loi Grenelleboulevard Barbès. « Environ 250 et redistribue via La Table ouverte, la nourriture à petits prix, en
choi2. Elle impose depuis le 1er janvierfamilles viennent s’approvisionner, EGDO (Les Enfants de la Goutte sissant elles-mêmes la nature et les
2016 à tout établissement produisantelles sont de plus en plus nombreu- d’Or) et l’église Saint-Bernard, ou quantités de produits achetés. Rachid
plus de dix tonnes de biodéchets parses », d’après l’un des bénévoles. directement à Entraide citoyenne rue Arar, responsable de la Table
ouveran de les trier et recycler. C’est l’équi -Autre enseigne, autre stratégie : Pierre l’Ermite, La Chorba pour tous te : « Des gens du 18e sont obligés
valent de ce que produit un restaurant« Nous donnons surtout des conser- (située dans le 19e mais qui redistri- d’aller dans le 19e faire leurs
courde 150 couverts. Ce seuil s’abaisseraves et aliments secs, lorsqu’il y a des bue également dans le 18e), l’anten- ses à l’épicerie solidaire La Courte
progressivement pour atteindre, enerreurs de stocks par exemple, expli- ne du 18e de la Croix-Rouge, l’Épi- échelle. Ils sont envoyés par les
ser2025, une collecte généralisée desque le gérant d’un magasin Leader cerie solidaire du Secours populaire vices sociaux car ce type de
structubiodéchets en France.Price. Les fruits et légumes abîmés à rue Montcalm, ou encore Solidarité re répond vraiment à leurs besoins. »
Pour les particuliers, une expéri-réception sont retournés au produc- nomade. La Louve, rue des Pois- La responsable de cette épicerie
mentation vient de démarrer dans lesteur, les autres sont jetés. Nous bra- sonniers, travaille avec une autre struc- nous confirme : « Nous recevons
2e et 12e arrondissements de Paris :dons les produits frais à J-1 et nous ture de ce type, Le Chaînon manquant, effectivement beaucoup de
personune nouvelle poubelle à côté des pou-vendons quasiment tout. S’il en reste également bien implantée dans le 18e : nes du 18e. Nous travaillons en
combelles jaunes ou vertes lorsque l’im-à J, ce sont des quantités très faibles, elle livre Les Restos du cœur boule- plément des autres épiceries car nous
meuble le permet, ou une collecte aunous jetons. » vard Ney, Entraide citoyenne, le cen- avons des critères moins restrictifs
porte à porte, et l’installation de bacsDans quelques magasins, rue de la tre d’hébergement rue René Binet et que la plupart des autres structures :
dédiés dans l’espace public. En jan-Goutte d’Or ou rue Myrha par exem- l’Épicerie solidaire. nous accueillons toute personne
vier 2018, ce système devrait êtreple, les invendus sont jetés en gran- Ces mêmes associations redistri- adressée par une assistante sociale. »
généralisé à tous les arrondissements,de quantité dans des poubelles, aus- buent sous des formes diverses : Un projet de ce type, porté par une
18e compris. Sans attendre cette date,sitôt récupérés par des personnes qui maraudes (par exemple Entraide soli- habitante du 18e, est d’ailleurs en
plusieurs immeubles de l’arrondis-attendent la fermeture. Pour les rive- daire, 200 à 500 repas distribués par gestation selon Frédéric Badina,
sement ont demandé et reçu des bacsrains et associatifs rencontrés, cette jour), distribution des produits non adjoint au maire du 18e en charge de
à compost où les résidents déposentpratique choque car elle a quelque transformés pour JNI (250 bénéfi- l’économie circulaire.
leurs déchets organiques pour récu-chose de dégradant pour les bénéfi- ciaires), lors d’un brunch pour l’égli-
pérer ensuite un riche terreau pourMême les tout pourris !ciaires. Heureusement, avec les obli- se Saint-Bernard (100 à 200
personleurs jardinières (Le 18e du mois degations imposées par la loi, cette pra- nes, essentiellement des migrants) à Quant aux marchés, la mairie du février 2016) .tique devient minoritaire. D’autant domicile comme Solidarité nomade, 18e a désigné l’entreprise Dadoune Concernant les magasins d’ali-que les dons donnent lieu à une réduc- ou sous forme de repas comme La comme délégataire afin d’organiser mentation, dans aucun de ceux ren-tion fiscale de 60 % de leur montant. Chorba pour tous (environ 900 repas la collecte des invendus de l’ensem- contrés nous n’avons trouvé de col-par jours) ou la Table ouverte (200 à ble des marchés de l’arrondissement, lecte séparée des biodéchets. UneAssociations sur le terrain 300 personnes pendant trente jours, mais cette dernière n’a pas accepté démarche à mettre en place dans laen hiver et en été).Les associations bénéficiaires des de nous répondre. Dadoune serait en continuité de toutes ces initiatives et
dons travaillent soit en partenariat discussion avec Biocycle, associa- changements d’habitudes, afin queUne épicerie solidaire
direct avec les magasins comme JNI, tion qui redistribue les invendus à rien ne se perde et tout se transfor-de plus ?soit par l’intermédiaire de structures vélo. En attendant, les glaneurs en fin me, vraiment !
Plusieurs acteurs intervenant à la Lucie Créchetcomme Eqosphere. « Nous mettons en de marché sont là pour éviter que tout
relation ceux qui produisent des sur- Goutte d’Or jugent nécessaire la créa- ne parte à la poubelle. Et lorsque les
q Pour plus d’infos : Discosoup.org/leplus alimentaires avec ceux qui peu- tion d’une épicerie solidaire dans le fruits et légumes sont trop abîmés
gaspillage-alimentairevent les redistribuer », nous indique quartier : elle permettrait de stocker et pour être mangés, ils pourraient eux
Ademe.fr. Étude de 2016 : « Pertes etvendre les invendus à bas prix. EnXavier Corval. Cette entreprise socia- aussi être revalorisés. gaspillages alimentaires, l’état des lieux
le collecte auprès de magasins complément des distributions, cela Fruits et légumes trop abîmés, éplu- et leur gestion par étapes de chaîne
aliFranprix, Leader Price ou G20 du 18e permettrait aux familles d’ache ter de chures, restes : la nourriture improp- mentaire ».
10 - Le 18e du mois Mai 2017
© Christian Adnin

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