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THESE Charlotte ULLMANN

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° 152 NETCOM, vol. 22 (2008), n 1-2 & NETSUDS, vol. 3 (2008) LES SITES WEB D’INFORMATION URBAINE AU MAROC. ELEMENTS POUR UN ETAT DES LIEUX 5BEATRICE ALLAIN-EL MANSOURI Le Maroc, en tant que pays émergent, est confronté à des degrés divers aux problèmes urbains que connaissent de façon récurrente les pays du Sud, en particulier ceux du continent africain : pauvreté, persistance des bidonvilles et prolifération de l’habitat insalubre et non réglementaire, engorgement des transports urbains, défaillance des services de base (eau potable, électricité et assainissement liquide) et dégradation de l’environnement (pollution). Dans le cadre des Objectifs du Millénaire définis par les Nations-Unies, plusieurs programmes ont été engagés : celui « Villes sans bidonvilles » ainsi que celui relatif aux Villes nouvelles fin 2004; la réforme du code de l’Urbanisme et l’« Initiative Nationale de Développement Humain (INDH) » en 2005, la généralisation des Agences Urbaines en 2006. Ces programmes sont donc initiés et financés par l’Etat avec éventuellement l’appui de bailleurs de fonds internationaux. Ces questions ne sont pas nouvelles au Maroc, mais leur traitement a contribué à l’émergence et à la mise en œuvre de nouvelles approches. Il s’agit moins d’avoir une démarche techniciste et sectorielle (éradiquer par exemple les baraques et construire de nouveaux logements) que de ...
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NETCOM, vol. 22 (2008), n
°
1-2 & NETSUDS, vol. 3 (2008)
152
LES SITES WEB D’INFORMATION URBAINE AU MAROC. ELEMENTS POUR
UN ETAT DES LIEUX
B
EATRICE
ALLAIN-EL MANSOURI
5
Le Maroc, en tant que pays émergent, est confronté à des degrés divers aux
problèmes urbains que connaissent de façon récurrente les pays du Sud, en particulier ceux du
continent africain : pauvreté, persistance des bidonvilles et prolifération de l’habitat insalubre
et non réglementaire, engorgement des transports urbains, défaillance des services de base (eau
potable, électricité et assainissement liquide) et dégradation de l’environnement (pollution).
Dans le cadre des Objectifs du Millénaire définis par les Nations-Unies, plusieurs programmes
ont été engagés : celui « Villes sans bidonvilles » ainsi que celui relatif aux Villes nouvelles fin
2004; la réforme du code de l’Urbanisme et l’« Initiative Nationale de Développement Humain
(INDH) » en 2005, la généralisation des Agences Urbaines en 2006. Ces programmes sont
donc initiés et financés par l’Etat avec éventuellement l’appui de bailleurs de fonds
internationaux.
Ces questions ne sont pas nouvelles au Maroc, mais leur traitement a contribué à
l’émergence et à la mise en oeuvre de nouvelles approches. Il s’agit moins d’avoir une démarche
techniciste et sectorielle (éradiquer par exemple les baraques et construire de nouveaux
logements) que de viser la mise en oeuvre de synergies nouvelles, propres à contribuer à la
mobilisation de l’ensemble des acteurs intéressés : habitants, associations et ONG, autorités,
ministères collectivités locales, opérateurs privés, bailleurs de fonds internationaux, agences
nationales, comme l’Agence du Développement Social (ADS).
Le Maroc vise donc à s’engager dans de nouveaux modes de gouvernance articulés
autour de quelques grands axes : décentralisation (« nouveau concept d’autorité », rôle accru
des collectivités locales, valorisation de la coopération décentralisée) et
promotion de la
démocratie participative (mobilisation croissante de
la société civile au sein d’un réseau
associatif foisonnant à l’échelle locale.
En même temps que se complexifient les conditions de l’aménagement et de la
gestion des villes, on assiste depuis quelques années à la multiplication sur le Net de
sites
marocains dédiés à l’information urbaine
. Nous désignons par cette expression :
-
Les sites produits par les organismes publics qui interviennent sur l’espace
urbain (aménagement et gestion) tels les ministères, les agences urbaines ou les
établissements publics ou l’INDH,
-
ceux qui prennent en compte la ville en tant qu’espace support de leurs
interventions, comme les Centres Régionaux d’Investissement,
-
ceux qui émanent d’acteurs impliqués dans des projets ayant pour cadre la
ville : les associations de quartiers, les ONG, les organismes de micro-crédits,
-
ainsi que ceux produits par les villes elles-mêmes, qu’ils soient publics ou
privés.
Bien que de création relativement récente au Maroc
6
, le réseau
internet
apparaît doté
d’un potentiel de développement important, au regard de la multiplication du nombre de sites
et du nombre d’internautes.
5
Chercheur associé, Centre Jacques Berque, UMS 2254, Rabat (Maroc), baelm1@hotmail.com
6
Au milieu des années 90.
NOTES, COMPTE RENDUS, INFORMATIONS
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Problématique :
Le projet de recherche lancé dans le cadre d’eATLAS F.A.O. et soutenu par l’Agence
Universitaire de la Francophonie, est le premier du genre au Maroc à notre connaissance. Il
vise à s’interroger sur les modes de fonctionnement des sites web de l’information urbaine au
Maroc, d’analyser les modalités émergentes de planification, de participation et d’élaboration
des politiques urbaines, en terme de gouvernance, de participation citoyenne dans
l’aménagement des espaces urbains dans la perspective du développement durable.
Il s’est agi de présenter les grandes lignes du dispositif « internet » au Maroc, puis de
s’intéresser aux différents sites dévolus à l’information urbaine. Un inventaire des sites
existants a donc été réalisé et régulièrement mis à jour, en cherchant à repérer si tous les
acteurs à l’échelle nationale et à l’échelle locale
7
, intervenant en milieu urbain ont fait le choix
de se doter d’un site et la nature de l’information mise en ligne.
Il s’agissait d’apprécier en quoi ces sites constituent
un nouvel outil de
communication, permettant de faire la promotion des actions et projets conduits par ceux qui
les ont initiés et d’apprécier dans quelle mesure ils peuvent contribuer par certains aspects à
l’émergence de nouvelles relations entre acteurs (pouvoirs publics, élus et populations).
La construction en cours de ces sites constitue-t-elle un indicateur de l’émergence au
Maroc d’un nouveau type de société de l’information, porteur de pratiques nouvelles en
matière de gouvernance, et ce à différentes échelles ? Parce que l’architecture des sites
d’information urbaine, opérationnels sur la « toile » reflète les dispositifs existants dans le
« réel », il convenait de vérifier si les sites existants se rattachent à des processus d’injonction
(modèle et dispositifs de type « top down ») ou au contraire s’ils participent d’un processus de
construction sociale (modèle et dispositifs de type « bottom - up »), ou encore à des processus
hybrides articulant des informations provenant de différents acteurs et accordant une place – à
définir – à l’interactivité et à la construction d’outils communs.
Le premier constat de l’étude est qu’au fur et à mesure que l’on « descend » à l’échelle
locale, le nombre de sites tend à s’amenuiser, voire à être inexistant. Dans ces conditions, il
semble intéressant de s’interroger sur l’existence de «
lucarnes aveugles
» dès lors qu’une adresse
URL débouche sur un site non fonctionnel. Sont-elles liées à
des contraintes financières : Coûts d’installation et de maintenance d’un réseau
informatique, de la création d’un poste de
webmaster
,
des entraves techniques : Problème de connexion, poids de l’analphabétisme,
des difficultés organisationnelles : (Que mettre en ligne ? ou formuler
autrement « qui produit quoi » ?),
des réticences liées à la nature même de l’outil internet : l’information doit-elle
circuler ? Comment ? Et à quelles fins ?
Si l’on tient compte du nombre de communes urbaines (278), il n’était pas possible
dans le temps imparti de couvrir l’ensemble des villes marocaines. Aussi cette première
approche a-t’elle été concentrée sur l’information relative aux villes du programme « Agenda 21
local », en l’occurrence Agadir, Meknès et Marrakech
8
. Ont été ajoutées à cette liste, Rabat et
7
Il s’agit des autorités locales, des élus, des services déconcentrés et de la société civile.
8
Cette expérimentation a été conduite sur la période (2000-2005) par le Ministère de
l’Aménagement du Territoire, de l’Eau et de l’Environnement, dans le cadre d’une convention
signée avec le PNUD.
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Salé pour lesquelles on pouvait disposer de nombreux travaux antérieurs (dans le cadre pour la
première du programme NEPAD-Cities et pour la seconde du programme des Objectifs du
Millénaire
9
). Enfin, a été incorporé dans ce premier échantillon, la province d’El Hajeb, située
au coeur du Moyen Atlas (Région Meknès-Tafilalelt), dont le lancement du projet Agenda 21
local a été signé le 27 avril 2007 et s’inscrit dans le même dispositif institutionnel
10
.
L’objectif a donc été de repérer les lignes de forces qui président à l’organisation de la
« toile » en matière d’information urbaine au Maroc, en privilégiant dans un premier temps
comme clé d’entrée « Agenda 21 local », puis l’ensemble du domaine « .ma ».
Quelques éléments du bilan :
Le développement d’internet au Maroc a été extrêmement rapide. En moins d’une
décennie, cette nouvelle technologie de communication et d’information, qui suscitait quelques
manifestations de scepticisme quant à son ancrage dans le pays, s’est véritablement imposée.
Présent dans la vie quotidienne des Marocains, internet est entré dans les habitudes au même
titre que le téléphone mobile. Le démarrage de l’ADSL, fin 2003, a facilité cette expansion, car
il a contribué à l’amélioration des connexions.
Les pouvoirs publics ont joué un rôle moteur dans cette dynamique.
Avec l’étude des
sites d’information urbaine, nous avons pu constater que le domaine « .ma » est en pleine
structuration. Aujourd’hui
, ces sites apparaissent encore balbutiants. Néanmoins, le processus
de création est bel et bien enclenché. Inscrit dans une démarche essentiellement « top down »,
il renvoie à la politique volontariste menée par l’Etat pour développer la visibilité des
organismes publics sur la toile. Plus encore, le choix de la décentralisation devrait à terme
conduire au développement de services en ligne en vue de faciliter les démarches
administratives
des
citoyens.
On
peut
donc
considérer
que
les
modalités
d’un
«
cybergouvernement
» semblent en cours de réalisation.
En revanche, celles d’une «
cybergouvernance »
s’inscrivent dans des perspectives plus
lointaines. Les formes d’interactivité sur les sites d’information urbaines sont encore peu
développées. Ainsi, la démarche Agenda 21 local, porteuse de dynamiques nouvelles, en termes
d’approche participative et concertée, dans la gestion de la ville dans le « réel », n’a pas encore
donné lieu sur l’espace « virtuel » marocain à une inscription significative. Néanmoins, les
choses devraient être appelées à évoluer, si l’on tient compte des synergies déjà à l’oeuvre. A
partir du moment où se développent des modes de gouvernance concertés dans le « réel », on
peut considérer qu’à plus ou moins longue échéance, la « toile » devrait être appelée à jouer un
rôle significatif en la matière, par le développement de sites interactifs, mais aussi des blogs
animés par les différents acteurs impliqués dans la gestion de la ville.
9
Ces documents ont été conçus par ONU-HABITAT comme des éléments de « diagnostic »,
proposés aux acteurs locaux dans la perspective de les aider dans leur projet de mise en oeuvre
de futurs « agenda 21 locaux » tant dans la capitale politique du Royaume qu’à Salé. Ils ont été
présentés dans un premier temps respectivement à Lagos (Nigéria) en mai 2004 et à Vancouver
(Canada) lors du Forum urbain mondial en juin 2006. Puis ils ont donné lieu dans un second
temps à une présentation aux acteurs locaux à Rabat (juin 2004) et à Salé (juillet 2006).
10
En partenariat avec le Ministère de l’Aménagement du Territoire, de l’Eau et de
l’Environnement et le PNUD.