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Etude de cas 1

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Etude de cas - Promotion de l’hygiène en milieu scolaire et communautaire en Afrique de l’OuestSe positionnant dans ce contexte, le CREPA a engagé une dynamique de réflexion sur des stratégies de chan-gement de comportement respectueuses des us et coutumes des zones d’intervention. Dans le cadre de l’édu-cation à l’hygiène, l’école est apparue comme une porte d’entrée afin de susciter un changement de compor-tement au sein de la communauté.Après quelques expériences de projets initiés dans le domaine de l’éducation à l’hygiène en milieu scolaireet communautaire dans la sous-région ouest africaine (Bénin, Burkina, Mali, Togo), des résultats, certesmodestes, ont été atteints. Le présent article expose la démarche d’intervention du CREPA dans ces projets et présente les leçons appri-ses de ces expériences.Lesraisonsd’uneinterventionenmilieuscolaireL’école représente, après la famille, le lieu d’instruction propice à l’acquisition de nouvelles connaissances etpratiques dans divers domaines pour les enfants qui la fréquentent. Scolarisés dès le bas âge, entre 5 et 7 ans,les tous-petits s’inscrivent dans un processus d’apprentissage où leur sont enseignés des savoirs, des savoir-faire, des savoir-être et un savoir-vivre. L’enfance symbolisant la phase de formation de la personnalité, lesvaleurs et les pratiques assimilées et intériorisées à cette période de la vie ont de grandes chances d’être, unefois adulte, appliquées au quotidien. Ouverts et attentifs au ...
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Etude de cas - Promotion de l’hygiène en milieu scolaire et communautaire en Afrique de l’Ouest
Se positionnant dans ce contexte, le CREPA a engagé une dynamique de réflexion sur des stratégies de chan-
gement de comportement respectueuses des us et coutumes des zones d’intervention. Dans le cadre de l’édu-
cation à l’hygiène, l’école est apparue comme une porte d’entrée afin de susciter un changement de compor-
tement au sein de la communauté.
Après quelques expériences de projets initiés dans le domaine de l’éducation à l’hygiène en milieu scolaire
et communautaire dans la sous-région ouest africaine (Bénin, Burkina, Mali, Togo), des résultats, certes
modestes, ont été atteints.
Le présent article expose la démarche d’intervention du CREPA dans ces projets et présente les leçons appri-
ses de ces expériences.
Lesraisonsd’uneinterventionenmilieuscolaire
L’école représente, après la famille, le lieu d’instruction propice à l’acquisition de nouvelles connaissances et
pratiques dans divers domaines pour les enfants qui la fréquentent. Scolarisés dès le bas âge, entre 5 et 7 ans,
les tous-petits s’inscrivent dans un processus d’apprentissage où leur sont enseignés des savoirs, des savoir-
faire, des savoir-être et un savoir-vivre. L’enfance symbolisant la phase de formation de la personnalité, les
valeurs et les pratiques assimilées et intériorisées à cette période de la vie ont de grandes chances d’être, une
fois adulte, appliquées au quotidien. Ouverts et attentifs au monde qui les entourent, les enfants diffusent à
travers le comportement, le langage et les jeux, les connaissances et expériences apprises dans des cadres for-
mels. Les gestes régulièrement encouragés par les aînés sont répétés, ceux rejetés sont modifiés. Toutefois,
c’est aussi à cette phase de la vie que les risques de mortalité sont plus élevés dans les pays en voie de déve-
loppement.
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) révélait dans son bulletin “Aide Mémoire” n° 272 d’avril 2003
que plus de cinq millions d’enfants mouraient chaque année de maladies et pathologies causées par l’envi-
ronnement dans lequel ils vivent, s’instruisent et s’amusent. Pour les maladies liées au manque d’hygiène et
d’assainissement, la même source de l’OMS constate que la diarrhée demeure la première cause de mortalité
infantile causant 12 % des décès d’enfants de moins de 5 ans dans les pays en développement soit, au total,
1,3 millions de morts par an. Quant aux maladies du même registre (vers intestinaux, paludisme, hépatite A,
choléra, etc.), leurs impacts se chiffrent toujours à des millions de décès par an pour les enfants dans les pays
à revenu faible. Dans ces pays, les enfants en âge de scolarisation sont donc les plus exposés aux maladies
gastro-intestinales qui limitent, souvent, l’expression de leur pleine capacité d’apprentissage.
Dès lors, la promotion de l’hygiène dans les écoles devient un impératif. Par la position centrale qu’elle
occupe dans la communauté et par son statut de temple du savoir, l’école joue un rôle capital dans la trans-
mission des connaissances et des valeurs véhiculées par la société. Elle est aussi le lieu de rencontres et
d’échanges entre des enfants venant de divers horizons. Pour les élèves, elle est comme une seconde demeure
où l’on devrait pouvoir satisfaire certains besoins essentiels : boire, manger, déféquer, aller et venir en toute
sécurité. Les écoliers qui apprennent à s’accepter mutuellement dans le monde scolaire, y trouvent un espace
convivial, une sphère à la fois instructive et ludique où se vit la majeure partie de leur temps. Les enseignants
qui se doivent d’être des modèles pour ces jeunes esprits, passent du statut d’instituteur à celui d’éducateur
accompagnant ainsi les élèves dans les activités
concourant à leur bien-être. Critères de choix d’une école au Mali
Il apparaît donc que les écoles conditionneraient en
partie le bien-être des enfants en leur offrant un Pour le projet d’éducation à l’hygiène en milieu de
milieu salubre ou insalubre. La nécessité d’instal- 2002, le CREPA Mali a dégagé 5 critères afin de
lations sanitaires scolaires s’impose pour la pro- départir les écoles postulantes. Ces sont :
motion de bonnes pratiques d’hygiène par les 1-Disposition d’un point d’eau ;
enfants qui en feront des habitudes positives pour 2-Besoin d’ouvrages d’assainissement ;
toute la vie. Cependant, sur la base des constats de 3-Engagement de l’école ;
terrain, deux caractéristiques non reluisantes affec- 4-Engagement de la communauté ;
tent l’image des installations sanitaires dans bon 5-Formation des enseignants.
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Etude de cas - Promotion de l’hygiène en milieu scolaire et communautaire en Afrique de l’Ouest
nombre d’écoles des pays les moins avancés : soit elles sont inappropriées et insuffisantes, soit elles sont
inexistantes. Dans les deux cas, on observe des déperditions scolaires accentuées surtout parmi les filles.
Au regard de toutes les raisons ci-dessus évoquées, un déclic provoqué à l’intérieur de cet espace a de fortes
chances de se répercuter sur l’ensemble de la société.
Lescritèresdechoix
Le constat est qu’il faut construire un environnement sain et propice aux enfants en réalisant des ouvrages
d’eau et d’assainissement dans les écoles pour encourager la scolarisation des enfants notamment des filles.
Les expériences du CREPA en matière de promotion de l’hygiène en milieu scolaire se sont bâties avec la col-
laboration de partenaires tels l’OMS, l’UNICEF, Plan et bien d’autres structures. Il s’agit pour le CREPA et
ses partenaires d’assurer la durabilité des ouvrages en unissant leurs efforts, leurs compétences et leurs expé-
riences respectives dans le secteur de l’AEPHA. Pour ce faire, les écoles désireuses d’un appui dans ce sens
sont invitées à mobiliser l’ensemble des acteurs impliqués dans l’administration de l’institution scolaire. Des
inspections d’enseignements primaires aux parents d’élèves en passant par les enseignants et les écoliers, la
participation de tous les partenaires techniques, sociaux et du personnel scolaire est sollicitée pour un projet
d’éducation à l’hygiène à l’école. Les inspections s’engagent à apporter un appui administratif pour le dérou-
lement des activités et les enseignants acceptent de se former aux méthodes SARAR / PHAST afin d’assurer
un meilleur encadrement aux élèves. Quant aux parents d’élèves, ils consentent à accompagner les activités
du projet par des soutiens en nature et / ou en espèces. Les élèves, conseillés par les maîtres, s’organisent et
s’investissent pour l’utilisation et l’entretien des infrastructures d’eau et d’assainissement. En cas de réalisa-
tion ou de réhabilitation d’infrastructures, partenaires et bénéficiaires décident de commun accord de la
démarche à adopter tout en définissant les responsabilités de chaque partie.
Il faut néanmoins souligner que les critères de choix d’un projet au niveau des écoles ne sont pas figés. Ils
varient selon les partenaires et selon la zone d’intervention. Dans certains projets de recherche ou de
démonstration, il arrive souvent que le CREPA expérimente des processus d’accompagnement afin de tirer
des enseignements pour des activités à venir. Toutefois, la seule condition indubitable exigée par l’institu-
tion, est l’engagement volontaire des bénéficiaires à une participation effective dans les phases pré et post
projet sans laquelle toute intervention en milieu scolaire paraît vaine.
Leprocessusd’intervention
Le processus d’intervention dans la mise en œuvre des activités de promotion de l’hygiène en milieu scolaire
est une succession d’activités concourant à l’atteinte des résultats grâce à une participation de l’ensemble des
acteurs impliqués. La démarche d’intervention est une adaptation de la stratégie HESAWA (Health trough
Sanitation and Water) développée dans des programmes similaires en Afrique de l’Est. Le programme
HESAWA vise à mobiliser tous les concernés par les questions de santé et d’assainissement dans la commu-
nauté en passant par l’école. Le CREPA a adopté la méthode en l’adaptant au contexte ouest africain. La stra-
tégie d’intervention du CREPA en milieu scolaire comprend différentes étapes qui pourraient se résumer en
5 phases essentielles. Chacune d’elles comporte un certain nombre d’activités à réaliser par résultats atten-
dus.
Les activités d’information et de plaidoyer
La prise de contact avec les communautés bénéficiaires d’un projet est une phase déterminante pour les pro-
moteurs. Des premiers échanges naissent généralement les causes de succès (ou d’échecs) des projets de
développement. Pour le CREPA, il s’agit ici d’informer les administrations sanitaires, les inspections primai-
res, les parents d’élèves, les enseignants et les élèves du projet à entreprendre dans leurs zones de travail et
de résidence. L’information vise à une harmonisation de la perception des objectifs, des résultats à atteindre
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Etude de cas - Promotion de l’hygiène en milieu scolaire et communautaire en Afrique de l’Ouest
ainsi que de la démarche d’exécution des travaux sur La stratégie HESAWA
le terrain.
Une fois les contacts établis, une rencontre de planifi- Les grandes lignes de la stratégie HESAWA se
cation avec les autorités scolaires et la communauté présentent comme suit :
est fixée pour identifier les problèmes relatifs à l’eau
potable et à l’assainissement, en priorité ceux liés aux 1-Présentation du projet aux autorités sanitaires de la
provinceeaux usées et aux excréta observés à l’école. Une
2- Présentation du projet à l’inspection de l’écoleenquête sanitaire permet de recenser les maladies cou-
3- Rencontre avec les chefs coutumiers et religieux du vil -
ramment contractées par les élèves en mentionnant les
lage
cas spécifiques relatifs au manque d’eau potable, d’as- 4- Visites médicales des élèves ou enquêtes sur les mala -
sainissement et à l’insuffisance de bonnes pratiques dies des enfants
5- Rencontre avec les parents d’élèvesd’hygiène. Une restitution des résultats est ensuite
6- Seconde rencontre avec les chefs coutumiers et reli -faite aux acteurs à impliquer dans le projet tout en
gieux du village
plaidant pour la mise en œuvre de mesures appro-
7- Deuxième rencontre avec les parents d’élèves
priées. Les discussions avec les structures compéten- 8- troisième avec les chefs coutumiers et reli -
tes conduisent à la convocation d’une assemblée géné- gieux
9- Mise en place et formation des membres du Club derale où sera négocié le déroulement des travaux. Les
Santé Villageois ( CSV)responsabilités sont définies avec les contributions des
10- Formation des enseignants
différentes parties. Au cours de l’atelier de planifica-
11-Mise en place et formation des membres du Club de
tion, le CREPA inventorie les institutions locales exis- Santé Scolaire (CSS)
tantes et dresse l’état des lieux de leur fonctionne- 12- Mise en œuvre des activités planifiées par les villa -
geoisment. Durant cette période de dialogue, les ouvrages
13- Première évaluation du projet après 6 mois d’activitéscomplémentaires nécessaires au bon déroulement du
14- Rencontre avec le CSS et le CSV
projet sont présentés et leurs technologies commen-
15- Seconde évaluation 12 à 18 mois plus tard et répéti -
tées aux populations afin qu’elles choisissent les tion de la démarche.
options appropriées pour l’école.
Les activités de formation
La formation des enseignants et des élèves concernés par les projets de promotion de l’hygiène est une des
conditions sine qua non d’un changement de comportement chez ces derniers en matière d’hygiène et d’as-
sainissement. Avant le démarrage des activités dans l’enceinte scolaire, les enseignants sont formés aux tech-
niques d’éducation à l’hygiène et à l’assainissement à l’aide des outils SARAR. Les instituteurs ainsi formés,
se chargeront de l’encadrement des élèves à travers le Club de santé scolaire (CSS) pour l’application des
4Etude de cas - Promotion de l’hygiène en milieu scolaire et communautaire en Afrique de l’Ouest
règles d’hygiène à l’école. Un kit d’outils comprenant l’histoire à hiatus, les trois piles de cartes assorties, les
voies de contamination et barrières est fourni à la fin de la formation. Les images composant ce kit traduisent
la situation réelle de l’hygiène et de l’assainissement en milieu scolaire.
La mise en œuvre
Les ouvrages complémentaires nouveaux où à réhabili-
ter (dispositif de lave-mains, Poste d’eau potable, latri-
nes, source d’eau) nécessaires au projet choisis par les
parents d’élèves en assemblée générale sont implantés
avec leur contribution et celle des enseignants. Suite à
l’implantation, la mise en place du CSS consacre le
démarrage des activités. Les critères d’exemplarité en
matière d’hygiène et d’assainissement conditionnent
l’élection des élèves comme membres du bureau.
Structure chargée de l’organisation des élèves pour la
promotion des bonnes pratiques d’hygiène, le CSS mis
en place se chargera de veiller à l’utilisation et à l’en-
tretien des ouvrages, à la salubrité dans les classes ainsi
que dans le domaine scolaire tout en donnant le bon
exemple. Un accent particulier est mis sur le lavage des
mains avant comme après les repas et, surtout après uti-
lisation des latrines pour réduire les risques liés au péril
fécal qui constitue partout l’une des premières causes
de maladies des enfants. Les encadreurs, pour encoura-
ger le dévouement des membres du bureau du CSS,
leur octroient parfois des motivations en nature.
Dans certains projets, le CREPA a étendu la formation
aux vendeuses d’aliments qui s’installent dans la cour
de l’école afin que les denrées proposées par ces der-
nières ne soient pas des sources d’infections pour les
enfants. Dans l’ensemble des projets où l’école coha-
bite avec un marché scolaire, le CSS veille à ce que les revendeuses respectent les règles d’hygiène que sont
la couverture des aliments, la salubrité des points de vente, le non étalage des aliments à même le sol, l’hy-
giène corporelle et vestimentaire des revendeuses.
Le suivi et l’évaluation
Le suivi des activités du projet s’effectue aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur de l’école. Au niveau
interne, les enseignants formés encadrent le Club de santé scolaire et orientent les attitudes à adopter sur toute
la chaîne des pratiques hygiéniques. Ces pratiques recouvrent autant l’utilisation et l’entretien des ouvrages
que l’hygiène corporelle, vestimentaire et alimentaire. Les écoles disposant de cantines surveillent la prépa-
ration et le service des repas en contrôlant la propreté des ustensiles de cuisine et des assiettes utilisées au ser-
vice. Par ailleurs, les enseignants peuvent interpeller le partenaire CREPA en cas de besoin pour des informa-
tions complémentaires. Les supports en images sont utilisés par les maîtres pendant les cours pour permettre
aux élèves de mieux percevoir la réalité. Les enseignants sont appuyés temporairement par des animateurs du
CREPA dans l’encadrement des élèves.
Au niveau externe et après 6 mois d’exercice, une rencontre entre le CREPA et les autres partenaires est orga-
nisée où sont discutées les questions relatives aux difficultés rencontrées dans la mise en œuvre du projet. En
cas de problèmes concrets, des solutions pratiques sont adoptées par les acteurs en présence pour la suite des
activités. Dans le déroulement du projet, ce moment de dialogue entre promoteurs, bénéficiaires et autres
5Etude de cas - Promotion de l’hygiène en milieu scolaire et communautaire en Afrique de l’Ouest
acteurs, correspond à l’évaluation à mi-parcours des activités planifiées. Une fois les rectificatifs apportés, le
programme poursuit son cours normal. L’étape ultime avant l’évaluation finale conduit à l’organisation de
concours de salubrité interclasses ou inter-écoles au cas où plusieurs écoles d’une même localité seraient tou-
chées par un programme similaire. En fonction du temps et des moyens disponibles, une visite d’échange est
o rganisée avec un établissement
ayant bien mené son projet d’éduca-
tion à l’hygiène. L’échange permet
aux élèves et enseignants de partager
leurs expériences respectives et de
faire des propositions pour une meil-
leure promotion de l’hygiène en
milieu scolaire.
A 9 mois de fonctionnement du pro-
jet, ce qui correspond à la fin de
l’année scolaire, intervient l’évalua-
tion finale. Promoteurs et bénéficiai-
res font l’analyse de la situation
antérieure et présente. Une restitu-
tion est ensuite faite aux partenaires
financiers. La fin du suivi et de l’évaluation ne signifie pas l’arrêt du processus de la promotion de l’hygiène
en milieu scolaire. A la rentrée suivante, les encadreurs organisent le renouvellement du bureau du CSS et
continuent de s’investir pour son encadrement. Les outils de promotion, les infrastructures d’AEPHA étant
disponibles, le projet se pérennise d’année en année et de génération en génération si toutefois il n’existe pas
de rupture ou de failles dans l’encadrement.
Le passage à la communauté
Les élèves sensibilisés aux bonnes pratiques d’hygiène à l’école commencent à être plus exigeants sur les pra-
tiques d’approvisionnement en eau et assainissement au sein de leurs familles. Ils informent les parents sur
les activités qu’ils mènent au quotidien et les consignes que leur donnent les enseignants sur les comporte-
ments à adopter. Les parents par l’intermédiaire des enfants découvrent les messages de promotion de l’hy-
giène et apprennent la nécessité de respecter les consignes propagées par les enfants. Ce même travail d’in-
formation et de sensibilisation est fait par les membres de l’APE qui ont assidûment et activement participé
aux réalisations intervenues dans l’école. L’interpénétration ‘école-communauté’ aide les parents à se déci-
der. C’est ainsi que des besoins d’ouvrages naissent dans la communauté qui essaie de s’organiser dans l’ob-
jectif d’en disposer. Les promoteurs peuvent dès lors être approchés pour que l’expertise développée à l’école
s’étende à l’ensemble de la population. Le CREPA, dans sa stratégie d’intervention procède d’abord à une
évaluation des besoins de l’ensemble de la population. Cette évaluation permet d’avoir une vue transversale
des préoccupations des résidants de la zone d’intervention puis de planifier les besoins d’AEPHA. Quelques
ouvrages de démonstration sont ensuite implantés sur des sites pilotes. La démonstration permet d’évaluer les
coûts de réalisation et d’envisager des mécanismes de financement alternatifs susceptibles de couvrir les
besoins dans le milieu. De la subvention au crédit en passant par d’autres formes d’entraide (caution soli-
daire), des initiatives sont mises au point pour faciliter l’acquisition des ouvrages par des demandeurs.
Lesdifficultésrencontrées
La spécificité du monde scolaire entraîne des difficultés particulières dans la mise en œuvre et dans la péren-
nisation des projets de promotion de l’hygiène à l’école.
Certaines ont trait au chronogramme. L’année scolaire s’étalant normalement sur 9 mois, pour une bonne
marche du projet, le calendrier de planification doit correspondre au calendrier scolaire. Un démarrage tardif
du second entraîne des perturbations sur le premier.
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Etude de cas - Promotion de l’hygiène en milieu scolaire et communautaire en Afrique de l’Ouest
Quant à la pérennisation des activités, la mobilité des enseignants entraîne le ralentissement voire l’abandon
des activités dans bon nombre de projets. Les nouveaux arrivent souvent sans être suffisamment
outillés en technique d’animation de l’éducation à l’hygiène. A cette difficulté viennent s’ajouter le départ ou
l’accession des premiers élèves formés au secondaire. Par manque d’encadrement, le CSS, même renouvelé,
sombre parfois dans une léthargie préjudiciable au changement de comportement et à la diffusion du message
aux élèves nouvellement inscrits. En outre, les services d’inspection, en tant que structures coordonnatrices
de l’enseignement et aussi souscripteurs à l’idée du projet dans les écoles, n’arrivent pas à effectuer un suivi
régulier des activités d’année en année dans les écoles bénéficiaires. Dès lors, il arrive que les enseignants à
tort ou à raison emportent souvent avec eux les kits d’outils offerts à l’école. Les enseignants remplaçants
n’ont plus de kit d’outils pour les cours à donner aux écoliers.
Lesleçonsapprisesdesexpériences
Les leçons apprises des expériences du CREPA sont tirées des projets mis en œuvre au Bénin, au Burkina,
au Mali et au Togo.
L’analyse transversale de ces projets présente des situations similaires communes à tous et propres à chacun
d’eux. Du déroulement des activités à la pérennisation des acquis, le milieu scolaire se distingue des autres
sphères de développement par son administration et par la mobilité du personnel. Les leçons apprises des
expériences du CREPA couvrent aussi bien les aspects institutionnels que techniques et socio-économiques.
Au niveau institutionnel
Le montage semble être la clé de voûte du
Exemple de difficultés rencontrées déroulement des activités de promotion de l’hygiène en
milieu scolaire. Les autorités en charge de l’éducation sont
Au Burkina Faso, les enseignants formés, s’atten-
les premiers garants des bonnes conditions d’études des élè- dent à être payés pour ce qu’ils font dans le cadre
ves. Pour ce faire, une grande implication de leur part dans des activités de promotion de l’hygiène car
disent-ils, ceci constitue un travail supplémen-les projets visant l’amélioration des conditions de vie, de tra-
taire qui s’ajoute à leurs tâches quotidiennes.vail des élèves et des enseignants parait nécessaire pour une
meilleure intégration des aspects d’hygiène dans l’évaluation
du personnel scolaire. Les diverses expériences menées dans les écoles ont montré que la mobilité des ensei-
gnants compromet la pérennisation des acquis dans les changements enregistrés par les écoles en matière
d’hygiène et d’assainissement. Il s’avère indispensable que les responsables administratifs intègrent l’hygiène
dans la formation de base des enseignants et dans l’évaluation des élèves. Cette situation aura l’avantage de
prévenir les blocages découlant du faible nombre et de la mobilité des enseignants formés ainsi que de sou-
tenir l’engagement des élèves à persévérer dans de bonnes pratiques d’assainissement au quotidien.
Au niveau de la mobilisation des acteurs
La promotion de l’hygiène en milieu scolaire, en intégrant tous les aspects de l’AEPHA, revêt une importance
capitale pour prévenir des crises relatives aux pratiques et comportements non hygiéniques à l’école. Partant
des enfants pour atteindre la communauté, le projet a l’avantage de produire des résultats en des temps rela-
tivement courts (9 mois) grâce à l’apprentissage précoce des bonnes habitudes par les enfants et
Stratégie institutionnelle d’intervention idéale pour le CREPA dans le cadre
de la promotion de l’hygiène en milieu scolaire
La stratégie institutionnelle d’intervention idéale pour le CREPA dans le cadre de la promotion de l’hygiène en milieu
scolaire dans un pays serait d’apporter un appui stratégique au ministère chargé de l’enseignement primaire et un appui
technique aux structures intervenant dans la formation et l’encadrement des enseignants (Institut pédagogique national,
école de formation des enseignants du primaire, inspection d’enseignement primaire, etc.)
L’appui stratégique consistera à plaider pour la prise en compte de la promotion de l’hygiène au niveau des politiques.
Ltechnique s’orientera vers le renforcement des capacités des acteurs de terrain.
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Etude de cas - Promotion de l’hygiène en milieu scolaire et communautaire en Afrique de l’Ouest
grâce à la diffusion systématique des informations au moyen de canaux informels pour atteindre des masses
non encore sensibilisées. Mais pour parvenir à ces résultats, l’éducation à l’hygiène à l’école doit se départir
des formes d’enseignement didactique classique et s’appuyer sur des méthodes appropriées soutenues par du
matériel pédagogique adéquat. La promotion de l’hygiène, compte tenu du fait qu’elle relève plus du domaine
des attitudes et des comportements pratiques que de celui des simples connaissances théoriques, se doit d’être
active et participative. Elle demande une formation des enseignants sur les méthodes participatives adaptées
aux projets d’AEPHA. Elle exige l’implication ainsi que la responsabilisation des élèves au travers d’une
structure élue, organisatrice des activités dans le domaine scolaire pour la maintenance des infrastructures
implantées à cet effet. Cette structure, de concert avec les encadreurs, mènera des activités extra-scolaires
dans l’objectif de sensibiliser les cibles non scolaires. Une forte implication des services de santé comme
relayeurs des informations diffusées au cours de la sensibilisation permet de convaincre les plus réticents aux
messages véhiculés par les écoliers au sein des familles. La prise de conscience des parents améliore leur per-
ception du projet et les motive à investir dans la maintenance des ouvrages scolaires ainsi qu’à en demander
pour leur propre confort. La conjugaison des efforts de tous les acteurs contribue à améliorer les rendements
scolaires en fournissant aux enseignants un cadre enchanteur et des élèves sains et motivés, à remplir les
conditions propices à un bon apprentissage.
Les approches, enfant pour enfant, où les enfants se sensibilisent mutuellement et école-communauté où
l’école entraîne la communauté vers un changement qualitatif de comportement en matière d’hygiène et d’as-
sainissement, mobilisent tous les acteurs pour la promotion de l’hygiène.
Pour les agents de santé, la promotion de l’hygiène leur allège la tâche de sensibilisation des populations aux
bonnes pratiques de santé.
Au niveau technique
L’installation des ouvrages d’assainissement dans les projets de promotion de l’hygiène en milieu scolaire
doit obéir aux exigences du genre. Les filles, par nature plus pudiques que les garçons, ont besoin d’installa-
tions préservant leur intimité. Dans les cas où ces conditions ne sont pas respectées, elles sont souvent ame-
nées à quitter l’école pour se soulager à l’abri des regards indiscrets, souvent pour y revenir, parfois jamais.
Le palliatif de l’abandon des ouvrages serait de fixer le nombre d’installations sanitaires distinctes propor-
tionnellement au genre dans les écoles. Pour les garçons, on pourrait prévoir des urinoirs afin d’augmenter le
nombre de latrines pour les filles au besoin. Dans l’implantation des infrastructures sanitaires, les construc-
8Etude de cas - Promotion de l’hygiène en milieu scolaire et communautaire en Afrique de l’Ouest
teurs devraient aussi tenir compte de leur positionnement géographique par rapport aux salles de classe de
telle sorte que le lieu d’implantation n’empêche pas les élèves d’utiliser les latrines. L’intérieur des latrines
devrait être éclairé par la lumière du jour afin d’éviter les peurs que rencontrent les enfants quand ils entrent
dans les latrines obscures.
Il apparaît au regard des expériences passées, que les technologies promues en milieu scolaire sont simples,
faciles à utiliser et à entretenir. Les facilités d’utilisation et d’entretien de ces technologies font qu’elles sont
naturellement acceptées par l’école et la communauté.
Suivi et évaluation
La promotion de l’hygiène en milieu scolaire, pour être durable, ne s’accommode d’aucune interruption une
fois initiée dans une école. Pour ce faire, une franche collaboration est souhaitable entre tous les acteurs au
fil du processus d’exécution des activités. Le suivi, pour être efficace, s’effectuera de manière participative
en vue de faciliter les améliorations futures à apporter au projet. Important pour l’atteinte des objectifs, ce
suivi fera appel à des indicateurs qualitatifs et quantitatifs sur les conditions environnementales et de change-
ment de comportement relatif à l’hygiène. Les données collectées seront mises à la disposition de tous les par-
tenaires pour en mesurer l’efficacité et faciliter l’évaluation du projet. Un auto-suivi peut s’établir dans les
écoles par l’enregistrement par les élèves, dans un registre, des maladies courantes rencontrées au cours d’une
année afin d’initier des actions de sensibilisation dans ce sens. Ce mécanisme pourrait à long terme servir
d’aide-mémoire pour les enfants sur les notions apprises en matière d’hygiène et de renforcer qualitativement
les changements pratiqués dans le comportement. Un suivi des connaissances par des études de cas ou autres
formes d’évaluation des connaissances doit accompagner celui des changements de comportement par l’ob-
servation.
Lesdéfis
Bien que perçue comme étant d’un apport capital dans la formation des élèves, la promotion de l’hygiène en
milieu scolaire fait face à des défis qui méritent d’être soulignés et relever sur le court terme :
1- La mobilité des enseignants formés : Il arrive souvent que les enseignants formés soient affectés en cours
ou en fin d’année dans d’autres localités. Cette mobilité, constituant un handicap pour l’école engagée dans
la promotion de l’hygiène, porte préjudice au suivi et/ou à l’enchaînement des activités, perturbe le renouvel-
lement du bureau des CSS, freine l’engouement suscité au début du projet.
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Etude de cas - Promotion de l’hygiène en milieu scolaire et communautaire en Afrique de l’Ouest
2- L’implication des inspections de l’enseignement primaire dans les activités de suivi : les inspecteurs
de l’enseignement primaire, bien que partageant la philosophie du projet, peuvent ne pas jouer les rôles qui
sont les leurs dans le suivi de la promotion de l’hygiène. Une fois le visa d’intervention à l’école accordé,
ces derniers n’intègrent pas le suivi du projet dans leurs plages horaires habituelles.
3- Le développement des capacités des Organisations à base communautaire (OBC) en matière de
conduite de projet d’AEPHA : il a été le plus souvent constaté au sein des communautés une léthargie dans
la poursuite des activités une fois les promoteurs partis. Ainsi, les changements de comportements suscités
par le projet s’estompent au fil des ans.
Perspectives
Les expériences du réseau CREPA à travers la sous-région ouest africaine montrent qu’en terme de promo-
tion à l’hygiène, l’école primaire serait incontournable. Par conséquent, des efforts doivent être déployés par
tous les partenaires sociaux (l’administration scolaire, les ONG, les institutions locales) afin de faire des éco-
les une porte d’entrée pour le changement de comportement en matière d’hygiène et d’assainissement dans
les communautés.
Dans le souci de lever les difficultés relatives à la mobilité des enseignants et à l’engagement des inspections
primaires, le CREPA s’oriente vers un plaidoyer en direction des ministères de tutelle. L’objectif du plai-
doyer envisagé est d’intégrer les modules de promotion de l’hygiène dans les curricula de formation et d’éva-
luation des enseignants. Cet objectif vise aussi à assurer un appui technique aux inspections primaire pour la
mise en œuvre et le suivi des projets. Le partenariat CREPA-Ministère chargé de l’enseignement primaire
permettra d’intégrer un nouveau critère dans l’évaluation professionnelle des enseignants, ce qui facilitera
davantage l’engagement de ces derniers sur les questions d’AEPHA en milieu scolaire.
Au niveau communautaire, les OBC devront profiter du
passage de l’école à la communauté pour développer leur
capacité organisationnelle et de management en vue de se
substituer à court terme aux promoteurs. Les leaders
communautaires pourront à leur tour élaborer des projets
dans le secteur de l’AEPHA pour combler les aspects non
pris en compte dans la promotion de l’hygiène et se faire
conseiller par les premiers venus dans la recherche de
financement. L’engagement des OBC auprès d’autres
partenaires pour la mise en œuvre d’un projet d’AEPHA
motivera les populations à être plus regardantes du coté
de l’école et à veiller aux respects des principes de la pro-
motion de l’hygiène. Par la sensibilisation et par la per-
ception des impacts du projet sur la vie sociale, un chan-
gement de comportement durable se développera dans les
pratiques habituelles des bénéficiaires. Les expériences
porteuses d’espoir doivent être capitalisées par les pro-
moteurs et mises à disposition pour une large consulta-
tion et diffusion. La capitalisation enseignera sur les ten-
tatives de réplication par les tiers en leur fournissant des
outils utiles favorables à l’atteinte des résultats dans les
projets d’AEPHA
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