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Ambition numérique : Pour une politique française et européenne de la transition numérique

De
398 pages
Super Chaton, Manufacture d’idées e-magine, Louis Pouzin, Michel Léonard, Cyberlex, E4N, Opendata Angers, manhack, Etudiants Telecom Paris Tech, AFDEL, Elisabeth Porteneuve, Terms of Service; Didn’t Read, Vincent Lorphelin, Jean Noel, ONE France, Didier Acier, Alain Bensoussan, Polytechnique Toulouse, Renaissance Numérique, Temesis, Bordeaux Metropole, Dilab, CECyF, Conseil général de LoireAtlantique, Université Paris Ouest Nanterre-La Défense, Fundshop, Transparency International France, Studio Labs, Sncd, Thierry Petit, France Télévisions, Frederic Panico, Reporters sans frontières, ACN, Nicolas Colin, UNIFAB, Olivier Jamault, ADIJ, Commission numérique du MEDEF, Linagora, GFII, Jean-Yves Jeannas, Pascal Petitcollot, SYNTEC Numérique, Bastien Jaja, François Goube, Pierre-Yves Oudeyer, 33 entrepreneurs, Philippe Le Van, Henri Hay, World Wide Web Foundation, Yannis Adelbost, GITEP TICS, Olivier Benoist, Etalab, Trans Europe Experts, Jacques Houdremont, La Ruche qui dit Oui !
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Super Chaton, Manufacture d’idées e-magine, Louis Pouzin, Michel Léonard, Cyberlex, E4N, Opendata Angers, manhack, Etudiants Telecom
Paris Tech, AFDEL, Elisabeth Porteneuve, Terms of Service; Didn’t Read, Vincent Lorphelin, Jean Noel, ONE France, Didier Acier, Alain
Bensoussan, Polytechnique Toulouse, Renaissance Numérique, Temesis, Bordeaux Metropole, Dilab, CECyF, Conseil général de
LoireAtlantique, Université Paris Ouest Nanterre-La Défense, Fundshop, Transparency International France, Studio Labs, Sncd, Thierry Petit,
France Télévisions, Frederic Panico, Reporters sans frontières, ACN, Nicolas Colin, UNIFAB, Olivier Jamault, ADIJ, Commission numérique du
MEDEF, Linagora, GFII, Jean-Yves Jeannas, Pascal Petitcollot, SYNTEC Numérique, Bastien Jaja, François Goube, Pierre-Yves Oudeyer, 33
entrepreneurs, Philippe Le Van, Henri Hay, World Wide Web Foundation, Yannis Adelbost, GITEP TICS, Olivier Benoist, Etalab, Trans Europe
Experts, Jacques Houdremont, La Ruche qui dit Oui !, COSPACE, Nico as, Ecrelinf, Mickael Clement, Mercure, Orange, Inria, Alcatel-Lucent,
UDA, Fabienne Brilland, Capgemini, Florence Rivière, Florie Fauche, Sabine Delaplace, Legal Start, Rémy Fayon, Laure Curien, Eutelsat, Pôle
Systematic, Yvan Beraud, CFDT, Anne Rabot, Louis-Alexandre Louvet, Philippe Koch, Stéphane Clauzonnier, CSA, Kilian Bazin, OMPI/Unistra,
Isabelle Clep-Guetny, Toucan Toco, Colette Gissinger, Olivia Zarcate, Chaire Valeurs, Beenome, Julien Blanc, Inès Galland, CNIL, Frank Guisnet,
Jean-Marie Gilliot, Michèle Pasteur, Stéphane Kau, GESTE, Arnaut Tessier, Ouistock, Gabriel Plassat, ICOMP, Christian Pasco, Gildas
Stenzhorm, Karine Foret, UDECAM, Jeanne-Marie Laurendeau, Ericsson France, PNNA, Juriconnexion, Anahid Hanimyan, Julien Boye, Laurent
Prott, Michèle Tillard, Défenseur des droits, IGN, AFISI, Simon Templar, Louisa Melbouci, Olivier Mehani, Marché de Raymond, GS1 France,
Yann Petit, Mastercard, Negostice, Jean Marie Coulin, Institut National de l’Audiovisuel,
Jaidemaville, CGT, Patrick Richard, Association des petites villes de France, Conseil général de
la Meuse, Ville de Brest, ARTIC, CDC Caisse des Dépôts, Association des maires ruraux de MERCI France, Emmanuel Gaudin, FING, Coalition IGF pour la neutralité du net, NOVEA, Bouziane
Antoinette, eLamp, Eric Cherel, La Quadrature du AUX CONTRIBUTEURS Net, Alain Pothin, Projet VLC, SCAM, SNE, Open
Data France, Edouard Schlumberger, AFA, Science Po Lille, Stéphane Clauzonnier, Mes
droits mon avocat, David Rubin, SNITEM, Décider Ensemble, Crij, Philippe Lemoine, Regards Citoyens, Luca Belli, Breizh Small Business Act,
Olivier Tizio, BSN, Bertrand Pancher, Francesca Musiani, Mutinerie, Creative Commons France, Renata Avila, Fédération Française des
Télécoms, Ludovic Boudi, France Digitale, Pierre Bonis, BlaBlaCar, Jacques Rossard, Deways, MonEcocity, Nicolas de Taeye, La Poste, Justine
Marg, Showroom Privé, Arthur Bonhême, Patrick Waelbroeck, Solidarnum, Koolikar, Quéméner Myriam, MyCookr, Jean-Pierre Archambault,
David Roche, SavoirComm1s, Open Law, Emmaüs Connect, Délégation aux Usages Internet, Nicolas Krameyer, Florette Eynemier, IMPGT,
Vincent Pretêt, Seoxis, Amalyste, Pierre Chrzanowski, Imagidroit, Justine Marg, Jacky Grisey, Alice Robert, ASIP, Conférence des Présidents
d’Universités, Commission nationale consultative des droits de l’homme, Chris Delepierre, CCI Paris Ile de France, Martine Pergent, Hélène
Casado, Accenture, Chloé Lebon, Eurovision, EBU, Fabien Cauchi, Isoc France, Jordan Tourneur, Groupement des comparateurs d’assurances,
Monique Joly, Quentin Grimaux, Sticky Ads, Raphael Jolivet, HEC, Benoit Maujean, Nathalie Van de Wiele, Qwant, Facebook, ARCEP, Eric
Wacquez, Eric Brunel, Dominique Hebert, Sébastien Bonnegent, Louisa Melbouci, Christophe Fialeix, Simplon.co, Philippe Saint-Aubin,
Direction RSE Vivendi, Lot ? Jean-Baptiste Dézard, FGI France, Cogniteev, Armen Katchatourov, Guyon Benoît, Manuel Francois, J-Alpha,
PierreMetivier, Alexis Normand, FIEEC, Marie-Pierre Border, Gustav Malis, Abdel Kander, Rebecca Lecat, Saniya al Saadi, Spiil, Marc,
Assemblée des Directeurs d’IUT-ADIU, Marine Saudreau, Thomas F, Jean-Baptiste Kempf, Francois Sillion, AACC, Lara Tomas, Aurel Daniel,
Jérôme Dupré, Pierre P ster, Flobu09, Cécile Coudriou, Giroptic, Vincent Ricard, UPE, Pierre Langlais, Matthieu Giroux, Fifty Five, Guillaume
Maillard, CERNA, Service interministériel des Archives de France, Amnesty International France, Music Wont Stop, Pascal Greliche, Adrien
Fabre, Christian Quest, Barreau de Paris, Microsoft France, Laurence Malherbe, Francisco Ordas, Cibul, Jacky Grisey, Telecom ParisTech,
Kilian Bazin, Université de Nantes, Pierre Aïdan, Guillaume Champeau, Sony, PMU, Frédéric Bos, Audiens, Frédéric Maupin, Adopt a CTO,
Helene Monnie, Henri Verdier, Romain Pradeau, Catherine Anterrieu, AirDur, Antoine Achard, Citeez, Publiez Ce Que Vous Payez, Jean-Philipp
Gouigoux, AACC, Loïc Gervais, Finance Innovation, Romain Lange, Thierry Rault, Céline Faivre, Marie Pierre Border, SACEM, Eric Pommereau,
Emmanuel Cauvin, CNAC, Ronan James, Etienne Beatrix, Lucien Pauliac, DISIC, Sylvie Péron, WestCoastCanada, pixocode, Loïc Pajot,
Nathanaël Martel, Tri-D, Michaël SMK, Fabiano Durimel, Cédric André, AAF, Florian Lorber, Lighthouse Europe, Lucie Milou, Google France, Pour une politique française et européenne
SFIB, Chantal Enguehard, EnterNext, Gaël Deperpi, Pascale Jouy, Démocratie ouverte, Yves Buisson, Béatrice Grimonpont, Direction générale
des entreprises, AFNIC, Jean-Yves Tillier, Cap Digital, Pierre Pezet, Fabrice Van Borren, Lim-Dûl, Laurent-Pierre Gilliard, CIGREF Réseau des de la transition numérique
grandes entreprises, Christian Casenave, Karine Foret, Mourad Hammoud, Syndicat des Régies Internet, AFMM, Said El Ouazzani, SILLAGES,
Clionautes, Cédric André, Société informatique de France, Léonard de Tilly, FEVAD, Stéphane Savouré, SACD, Armelle Gilliard, Open-Root,
Open Internet Project, Leïla Atmani, FixMaVille, Yann de Pinieux, Godefroy Ponsinet, Saïda, Luis-Manuel Duvault, Eric van den Broek, Saniya al Rapport remis au Premier Ministre
Saadi, CTM Pub TV, Bouygues Telecom, Nicolas Chagny, Fabien Dronkert, Chris Blanchard, @rchives, Moustapha Diagne, SNPTV, Forum
d’Avignon, IGN, Brest Métropole, Mégalis Bretagne, Université Perpignan, Colin Lorrain, Michel de Rougemont, Cyril Lage, Cashway, Dominique
Rérat, CRI, Alliance Sciences Société, Patrick Hayere, Les Petits Débrouillards, Marília Maciel, Hugo Roy, Fondation Getulio Vargas, Nanterre
Juin 2015
Digital, Christophe Dumais, Jacques Rossard, Gautier Mariage, Gilles Babinet, Patricia Lemarchand, Nicolas Brignol, IUT de Bordeaux,
Constance Parodi, BIME, Jérôme Humbert, IAB France, François Folch, Dania Saleh, Aurelien Vanwelden, Association PiNG, Chaire Valeurs et
politiques des informations personnelles, Club JADE, Umberto Di Venosa, CSDEM, Vincent Bouthors, Ozzers, Cyril Garrech, André Marin,
Destination Quebec, eduMedia, ellis-car, EnovFormation, Nathalie Laurent, Innorama, Richard Ollier, Rectutement Pôle Emploi, Gilles Chetelat,
Brigeek, Simon Ryckembusch, Neville Ricour, Service interministériel des Archives de France, TEMIS, Aurélien Gaucherand, Cédric Houssin,
Alexandre Coma, Gilles Le Couster, Olivier Lépine, Nicolas Gilbert, Ubisoft, collectif urban, Les Entrepreneuriales, Cardiologie Tonkin, Patrick
Copine, Inès Galland, Raphael Orsini, Indy De Deken, Babgi, FEVeM, Philippe de Tilbourg, Thomas Hennequin, Alissa, Antoine Riche, ...

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Sommaire général
PRÉFACE DE BENOÎT THIEULIN 3
VOLET 1 . Loyauté et liberté dans un espace numérique en commun 29
VOLET 2 . Vers une nouvelle conception de l’action publique :
ouverture, innovation, participation 93
VOLET 3 . Mettre en mouvement la croissance française :
vers une économie de l'innovation 173
VOLET 4 . Solidarité, équité, émancipation :
enjeux d'une société numérique 255
POSTFACE DE LOUIS POUZIN 335
ANNEXES 337


Révolution numérique : tenir
les promesses d’empouvoirement
de la société et de transformation
de l’économie.
Le voile de la Valley : la dérive californienne du numérique
La S i l i c o n V al l ey fait au jo u rd ’hui o ffi c e d e mod èle p o u r
t o u t c e q u e l ’Euro p e c o mp t e d ’inn o v at eurs . P l u s q u ’u n l i eu,
d avant age q u ’u n éco sy st ème p art i c u l i er favorisa nt l e
d yna mi sm e entr p reuna ri al et l ’inv e nt i o n, ell e est d e v enue
u n ét at d ’espri t à d u p l i q u e r : ce sont les arcanes du succès
californien que les acteurs publics et privés cherchent à
p ercer l o rs q u ’ils év o q u ent l e numéri q u e . Du fait d e ses
réussites éclatantes, on pare la Valley de toutes les vertus :
terre promise des inventeurs du monde de demain, aux
commandes de la révolution numérique mondiale, elle
Benoît Thieulin, serait l e gr a nd a i l l eurs d e l a p e nsée euro p ée nne , q u i n ’a d e
président du CNNum c esse d e c o nt em p l er s es p rop res fa i b l ess es su r l ’ écra n
b ri l l ant q u ’el l e lu i t end .
Néanmoins il est temps de briser quelques idoles. La C al i fo rn i e est au ss i l e nom d ’u ne
dérive historique du numérique. Une histoire politique du numérique est à produire,
d e l a mêm e mani ère q u e S mart d e F rédéric Mart el nou s a mont ré q u e l ’o n p o u v ait
faire u ne gé o gr a p h i e d u nu méri q u e . L’i nfor mat i q u e, d ès so n a pparition, le numérique
au jou rd ’hui, so nt l ’en je u et l e t h éât re d e c o nt rove rses, d e c o nflit s i nt ensé men t
politiques : réseaux ouverts contre réseaux fermés, brevets ou pas sur les logiciels,
architectures décentralisées contre centralisées, logiciel libre c o nt re p ropr i ét a i re…
L’ét erne l p rése nt d e l a S i l i c o n V al l ey, fait d e my ri a d es d ’inn o v at i o n s p e rman entes
su i v ant u ne l o gi q u e d ’éc o sy st ème q u i su b s i st e e n s e renou v ela nt c o nt i nuel l e men t ,
recèle des évolutions souterraines.
PRÉFACE Ambition numérique 3
En effet il est clair que le réseau d ’a u jou rd ’hui n e c o rresp o nd p l u s t o u t à fait à c elu i
q u ’a v ai ent i mag i né ses i n v enteu rs et ses p i o nn i ers . C erta i ns, jus q u ’à s es fo nd at eurs ,
o nt t ô t fait d e d i re q u ’il n’en a ni l e goû t ni l ’o d eur. F ruit d ’u n d i al o gue p erma nent
ayant fait se répondre les avancées techniques et les usages sociaux, la trajectoire
d ’In t erne t se m b l e amo rc e r u n reto u rnem ent p rogr essif d es v al eurs q u i o nt p r ési d é à sa
c o nc ep t i o n . Ou v ertu r e, c o l l ab o rat i o n , c o mmuns , ac c ro i ss eme nt d u p o u v o i r d ’a gi r , d e
l ’emp o u v o i rem ent, au t ant d e p ro messes annoncées par la mise en réseau de la société,
qui laissent de plus en plus la place à une hypercentralisation organisée de manière
grandissante par des entreprises parfois guidées par leur seule croissance et à la
consommation trop passive de conte nus et d ’a p p l i c at i o ns.
A c et é gard, l ’éc o nomi e c o l l ab o rat i v e , nou v ell e f r o nt i ère en t erm es d e m o d èle
éco nomi q u e, en est u n ex emp l e fra p p a nt . C e mou v e men t s’ est à l ’o ri gi ne c o ns t i t u é
au t o u r d e rev endica t i o ns al t ernat i v es : p r éém i ne nc e d e l a v al eur d ’u sa ge s ur la valeur
d ’éc h ange , fi n d e l a p ropr i é t é p ri v ée exc l u siv e … A u jou rd ’hui, l ’éc o no mi e c o l l a b o r at i v e
se reconfigure autour des modèles traditionnels de redistribution de la valeur. Il serait
b i e n sû r fau x d ’a ffi r mer d ’u n b l o c q u e l es mod èles c o l l ab o rat i fs n e portent plus de
p rojet al t ernat i f, d ans l a mesure o ù l e t erm e “c o l l ab o rat i f” r eco u v re u ne gr and e
d i v ers i t é d ’ini t i at i v es et d e d émarch es. N éa nmoi ns, fo rc e est d e c o nst at er q u e l a
c o u v ertu re d e F o r b es d e f év ri er 2 01 3 à p ro p o s d e l ’éc o nomie c o l l ab o rat i v e , “ Wh o
want s t o b e a b i l l i o naire ?” , p ara î t d e mo i ns en mo i ns d éca l ée à mesure q u ’ex p l o sent
l es c api t al i sa t i o ns d es gé a nt s d e l ’éc o nomie c o l l ab o r at i v e, à l ’i mag e d ’A i rb nb , q u i a
su p p l ant é C o u c h su rfi ng . C e t t e i nd u st ri al i sa t i o n d u c o l l ab o rat i f, n’ est p as sa ns évoquer
l a rep ri s e, p ar l e c ap i t al i sm e, d e l a c ri t i q u e art i st e q u ’a v ait p o rt é l e mou v e men t d e mai
1 968 au t o u r d es c o nc ep t s d e li b erté au t ra v ail et d ’a u t o nomie d ans l ’ent re p ri se , c o mme
l ’o nt exp l i q u é Luc B o l t ans k i et E v e C h i a p ell o d ans L e N o u v el esp r i t d u capitalisme.
N éanmoins ell e c o nt r i b u e à d i ffu ser d es p rat i q u es no u v ell es. I l rest e q u e l ’inscr i p t i o n
d e c es u sa ge s nou v eau x d ans d es mod èles d ’o rg anis at i o n et d e p art age d e v al eur
t rad i t i o nnels refe rme l e d éb at q u e t entent d ’o u v r i r l es d éfenseurs d u mo d èle
collaboratif à propos des nouvelles formes de travail, de vie et de partage de la valeur à
inventer dans un contexte de rétractation des emplois et de crise économique et
écologique persistantes.
N e nou s l aisso ns p as p o u r au t ant ab u ser p ar l es c h i m ères d ’ un récit originel opposant
sy st émat i q u eme nt l es v al eurs p o s i t i v es d es d é b u t s d ’In t erne t à l eur d év o i e men t
contemporain : ce qui est en jeu est moins une lutte de valeurs que la redéfinition de
leur portée politique émancipatrice. Les nouveaux sachants de la Silicon Valley, qui
construisent la société de demain sans toujours rendre des comptes à celle
d ’a u jou rd ’hui, o nt e n effet moins ab a nd o nné l es v al e u rs fo nd at ri c es q u ’ils n e l e s o nt
v i d ées d e l eur sens p o l i t i q u e. L’o u v ertu re , l ’em p o u v o i r eme nt i nd i v i d u el e t la nécessité
p erma nente d e r env erser l ’o rd re ét ab l i (la d éso rma i s fameu se d i sru p t i o n) t i e n nent
t o u jou rs l i eu d e r elig i o n c h ez l es d i r i ge a nt s et l es c h i e f s ev an ge l i st s. C ’est l ’i nsp i ra t i o n
4 PRÉFACE Ambition numérique
politique, généreuse, qui sous- t enda i t c e d i sc o u rs q u i s’ est p rogr essivement diluée
dans la conquête de parts de marché et les levées de fonds - plus que nécessaires, par
ailleurs - , consommant ainsi le divorce entre certains geeks et la politique. Se sont
ainsi reconstituées dans le monde numérique les barrières, les dominations et les
aliénations dénoncées dans le monde économique et politique traditionnel. Les digital
nat i v es so nt b i en d es enfa nt s d u nu méri q u e et t rait és c o mm e t els : l o i n d ’êt re en
p o sition d e c o nst ruire en c o nsc i ence l es o u t i l s d e d e mai n et d e s’ é man ciper vis-à-vis
des nouvelles aliénations, ils les subissent le plus souvent davantage que leurs aînés.
V o i l à p o u rq u o i l e C o nsei l nat i o nal d u num éri q u e s’ es t t ant i nt éressé à l a q u est i o n d e
l ’éd u c at i o n tout au long de son mandat : si le numérique peut être utilisé pour
mod i fi e r l ’éc o l e d e l ’i nt éri eur, c ell e -ci doit se voir confier la mission de diffuser la
l i t t érat i e num éri q u e , c ’est -à-dire de permettre aux jeunes générations de développer
l eur ma î t ri se d es sa v o i rs et d es c o mp ét e nc es numér i q u es, af i n q u ’el les puissent faire
d u numéri q u e un l i eu d ’é m anc i p at i o n et d ’enga ge men t .
La plateformisation ambivalente du Web : empouvoirement
et domination
I nt erne t a ét é ma rq u é p ar l ’a p p arition , as s ez r écent e, d es gr and es p l at efo rmes .
C at al ys eurs d ’inn o v at i o n , ell es i mpulsent les interactions sociales et proposent des
fonctionnalités de grande valeur. Ainsi participent-elles positivement au
d év elo p p e men t d u numér i q u e, d e l ’éc o no mi e et d e l a so c i ét é en g énér al : A p p l e et
Google ont indéniablement changé nos vies. Elles ont contribué à transformer les
entreprises et les institutions plus puissamment que bien des décisions de nos
gou v ern eme nt s d ep u i s 2 0 ans , c e q u i , av ec d ’a u t res fac t eurs , c o nt ri b u e à rong er l e
levier politique traditionnel de nos sociétés démocratiques. Néanmoins cette poignée
d ’a c t eurs i nc o nt o u rnab l es c entra l i sent e nt re l eurs m ains u ne p art i e c roissa nt e d u
réseau , à l ’o ri gi n e t rès d é c entra l i sé : l a rev ertica l i s at i o n d u Web est en ma rc h e.
L’env i ronne men t nu méri q u e s’ y p rête p art i c u l i è rem e nt , c ara c t éri sé p a r les effets de
réseaux. Dans L’ A beil l e et l ’é c o no mi st e, Yann Moulier-Boutang analyse le modèle de
création de la valeur qui est propre au Web, celui de la pollinisation : de la même
manière que le calcul de la valeur créée par les abeilles ne peut se résumer à la seule
p rod u c t i o n d e mi el ma i s d o i t p re nd re en c o m p t e l e t ravai l d e p o l l i n i sa t i o n q u ’e l l es
effectuent (pour ⅓ de la production agricole mondiale), sur le Web la valeur est issue
de la multiplicité des interactions, des traces et des clics des utilisateurs du numérique,
q u i mod i f i ent en p er mane nc e l es serv i c es et l ’a rc h i t e c t u re gé n éral e d u rés eau . A i nsi
bascule-t- o n d ’u ne éco nom i e d e l ’éc h ang e et d e l a p r o d u c t i o n à u ne éco no mi e d e l a
pollinisation et de la contribution.
Les plateformes jouent un rôle ambivalent dans la structuration de cette nouvelle
éco nomie et c ’est c e q u i rend si mal aisé e l a c ri t i q u e t ranc h ée d es GAF A , t erme
stigmatisant qui oublie un peu vite leur gigantesque contribution à la transformation
PRÉFACE Ambition numérique 5
du monde par la révolution numérique. Cette ambivalence fondamentale tient à ce que
l es p l at eform es c o nt ri b u e nt p o siti v e men t à l ’e mp o u v o i re men t d es i nd i v i d u s, à l a
d i ffu sion d es c o nna i ss anc es, à l ’o u v ertu re d es p o ss i b l es au x n i v eau x i nd i v i d u el et
c o l l ect i f, mai s q u ’e n m ême t emp s ell es p re nnent un ascendant sur les individus et les
i nst i t u t i o ns t rad i t i o n nell es (E t at s, entre p r i ses) . P o u r r ep re nd re l ’a nal o gi e, s i ell es so nt
les moyens privilégiés de la pollinisation, elles sont également les lieux de
l ’explo i t at i o n d u t ra v ail d e s ab e i l l es -int ernau t es. C et t e d o mi nat i o n résu l t e t o u t d ’a b o rd
d e l a c apta t i o n d e l a v al eur i ss u e d u “t ra v ail” d es i nt er nau t es et d e l a r éco l t e mas siv e
d es d o nnée s p erso nnell es, not amment p o u r l es ex p l o i t er c o mme rc i al e men t : ell e n’est
donc pas uniquement un problème de redistribution de la valeur, dans la mesure où
elle induit également un rapport de consommation passive aux choses, fondée sur un
marketing envahissant. La plateformisation entraîne en outre une verticalisation
grandissante qui va de pair avec la reconstit u t i o n d e silo s et l ’émerg ence d e t rès gr and s
gr o u p es q u i o nt l es mo yens d ’im p o ser l eurs r èg l es au x au t res ac t eurs . C et t e
d o mi nat i o n , q u i p rend so u v ent l a fo rme d ’u ne situ at i o n q u as i -monopolistique sur le
marché, conduit à ce que la sénatrice Catherine Morin- De ss a i l l y a a p p elé “la
c o l o ni sa t i o n nu mér i q u e d e l ’Euro p e” . A c et é gard, l ’Euro p e fa i t justement figure
d ’exc ep t i o n : d ’a u t res es p a c es c o mm e l a C h i ne , l a R u ss i e, mai s su rt o u t l e Jap o n, l a
C o rée d u S u d , l e B rési l , l ’In d o nési e, so nt p ar v enus à d év elo p p er d es écosystèmes
numéri q u es l o c au x q u e l ’o n p ei ne à v o i r se d év elo p p er d ans l es p ay s euro p é en s. La
protection que constituent leurs langues, ainsi que le caractère autoritaire des régimes
de certains de ces pays, n’ex p l i q u ent pas t o u t .
Bientôt un droit de vote chez Amazon et Apple ?
N éanmoins c e q u i est en j eu d ans l e mo nd e nu mér i q u e ne p eut s’ ana l ys er sel o n une
grille purement économique : en effet la domination qui est exercée a une dimension
p rof o nd ém ent p o l i t i q u e. Le num éri q u e n’est p as u n esp ac e c o mm e un autre ni
seulement un medium d ’in t erac t i o n : i l est l e nou v ea u l i eu d u p o u v o i r éco nom i q u e,
social et politique. De la même manière que les infrastructures physiques, routes,
ponts, ports et relais de poste, o nt p er mi s au x Eta t s d ’o rg aniser l e s t erri t o i res et de
d ép l o yer u ne so u v era i net é p o l i t i q u e , c e so nt ma i n t enant l es “i n fo st ruc t u res” q u i
agencent l es nou v eau x p o u v o i rs. L’o r gani sa t i o n, l a maî t ri se et l ’o b se rv at i o n d es fl u x
d ’informat i o ns p er mett ent b i e n so u v ent d e st ruc t u rer l es c o mp o rt em ents p ar exe m ple
en hiérarchisant les contenus qui circulent, la manière dont ils le font et les publics
au xq u els i l s s’ ad resse nt . Les p roc essu s d e v ertica l i sa t i o n, d e c entra l i sa t i o n et d e
ferme t u re q u i so nt p art i e l l eme nt à l ’œ u v re p o sent d o nc d e mani ère nou v el l e l a
qu est i o n d e l a d émoc rat i e e t d e l’ au t o nomie p o l i t i q u e.
C ’est so u s c et angle q u e l a mont ée en p u i ss anc e d u “ b i g d at a” d o i t êt re ana l ys é e. S i
celle- c i est d éj à à l ’o ri g i ne d ’u n ensem b l e d ’inn o v at i o ns et d e nou v eau x ser v i c es, l a
q u est i o n q u ’el l e so u l èv e est au s si p o l i t i q u e : d e l a m êm e man i ère q u ’il re p o sa i t h i e r su r
6 PRÉFACE Ambition numérique
l e sec ret et l a ferme t u re, l e p o u v o i r est au jou rd ’hui i nt ell i ge nt et o u v ert , fl u i d e et
connecté. Il est avant tout fondé sur les données, dont le volume est sur le point
d ’explo ser d u fa i t d e l ’inte rconnexion toujours plus élargie des individus et des choses.
En ce sens, il est un nouveau type de pouvoir, qui ne passe plus par la régulation,
l ’inst au rat i o n d e r èg l es v er t i c al es, ma i s p a r l e c o nt rôl e, l ’ind i v i d u al i sa t i o n, l a mi se en
profils, la modulation, la surveillance, le traçage.
Ce sont plus généralement les modes traditionnels de régulation des pouvoirs qui sont
largement remis en question par les grands acteurs du numérique. Osons le dire, les
p o u v o i rs p u b l i c s so nt me nac és d ’o b so l esc enc e : q u e c e soit dans leur capacité à
enca d rer l e marc h é p o u r l ’intérêt gé néral o u enco re à fo u rni r d es ser v i c es p u b l i c s,
garant s d e l ’égal i t é , au c œ u r d u c o nt rat so c i al . C o nt i nuo ns d e nég l i ge r d ’u n r ev ers d e
mai n l es mod i fi c at i o ns q u i so nt à l ’œ u v re d u h au t d es c i t adelles fortifiées (mais
c raq u elées ) d e l ’a d mi n i st rat i o n et d ema i n p eut -être Le Bon Coin et Amazon
Mechanical Turk assumeront la fonction de Pôle Emploi, YouTube déterminera la
politique de financement de la culture et Apple la politique de santé. La simple
c o mp ara i so n d e l ’ef fi c ac i t é (en t erme s d e c o nc e p t i o n , d e m i se en p l ac e et d e se rv i c e
rendu ) d e l ’A p p l e Health kit et du dossier médical personnel devrait faire vaciller les
c ertit u d es l es p l u s anc ré es. Mais c e n’ est p as si mp l e men t u ne l u t t e p o u r p l u s
d ’efficacité et de simplicité des services qui est en jeu, mais bien la capacité de
p rod u i re et d e d i ffu se r u n age nd a p o l i t i q u e, c ’es t -à-dire, fondamentalement, la
souveraineté. Et donc la démocratie dont elle constitue encore, et malgré tout, le
principal cadre, dans le monde actuel. Si ce sont des services privés qui déterminent la
fo rme q u e p r endro nt l es s erv i c es et l es p o l i t i q u es p u b l i c s, c ’est en effet l a p o ss i b i l i t é
collective de faire des choix, la souveraineté démocratique, qui disparaîtra.
Si les peuples ne veulent pas en être réduits à demander un jour le droit de vote chez
Amazon ou Apple, il faudra bien q u e l ’U ni o n euro p éen ne m et t e en p l ac e u ne st rat ég i e
globale, c o mm e o nt su s i b i en l e fa i re l es A mé ri c ains e n l eur t em p s . L’Euro p e a b eso i n
d ’u ne v i s ion générale, prospective, qui ne se résume pas à un empilement de normes
pour différents secteurs, ni à une harmonisation des règles entre Etats-membres.
L’éc h ec d e l a st rat ég i e d e Li sb o nn e a mont ré l a fai b l e c apac i t é q u ’a v aie nt l ’U ni o n
européenne et les Etats-membres à se projeter stratégiquement. En ce sens, nous
devons imiter les Etats-Unis, non pas tant sur le fond, que sur la forme. Depuis plus de
50 ans , i l s o nt d éfi n i u ne l i gn e d i r ect ri c e p o u r l e d év elo p p e men t d e l ’infor m at i o n
comme outil de puissance et vecteur de croissance, que ce soit en fixant des priorités
pour le développement des infrastructures et les infostructures ou en permettant le
d év elo p p e men t d ’e nt rep r i s es c l efs d u sec t eur. En t ém o i gn e nt l a l i b éral i sa t i o n d u GPS ,
les actions de l ’a d ministration Clinton/Gore en faveur des Information
SuperHighways , l’ Internet Tax Freedom Act d e 1 99 8 et p l u s r écem men t l ’o u v er t u re
des données publiques, le National Broadband Plan et le programme Startup
America. L’ac c o mp ag nem ent d u d é v elo p p e men t d ’ u n gr a nd nombre de startups
PRÉFACE Ambition numérique 7
p romet t eus es , t ell es q u e Go o gle, not amme nt e n l es fi na nç ant en p h as e d ’a morç age , est
également une preuve éclatante de la vision de long terme du gouvernement
américain.
La révolution européenne du Web
Or rappelons-nous à cet égard ce q u ’In t e rnet et l e Web d o i v e nt à d es i ng é n i eurs
euro p ée ns et q u e c ’est i c i q u e p eut se p o u rsu i v re l a r év o l u t i o n d u p o u v o i r d ’a gi r , q u i
est au c œ u r d e la rév o l u t i o n numér i q u e .
S i l e net est d ’o ri gi ne fo rt eme nt a mér i c aine , fi gu r ent p a rmi ses fo nd at eurs d es
Européens, comme Louis Pouzin, qui signe la postface de ce rapport et que je salue. De
même, bien que la culture numérique ait longtemps été en gestation dans des
communautés pionnières américaines (je pense notamment au réseau The Well, qui
existe encore au jou rd ’ h u i ) , c ’est b i en u ne i nv entio n euro p éenn e q u i d o nna u ne
d i men s i o n u n i v e rsel l e à l a rév o l u t i o n num éri q u e. Le We b , d o nt l ’a p p o rt a ét é p l u s
gr and q u ’o n ne v eut b i e n l e d i re, est en eff et né en Euro p e et est p rof o nd é men t mar q u é
p ar ses v al eurs . Et c ’e st grâce au Web et donc à une institution de recherche
européenne, le CERN, ain si q u ’ à des grands Européens comme Tim Berners-Lee et
Robert Cailliau que le réseau a basculé dans les usages du grand public.
En fi n , l ’Euro p e a ét é à l a p o i nt e d es c o m b at s p o l i t i q u es d éc i sifs p o u r l ’a v eni r
d ’In t erne t , comme celui pour la non brevetabilité du logiciel dans les années 1990,
p o u rsu i v i e au jou rd ’hui p ar celui c o nt re l a b rev et ab i l i t é d u v i v a nt . C ’est d o nc à p art i r d e
l ’a mb i t i o n p o l i t i q u e euro p é enne q u ’il est p o ss i ble de donner un sens nouveau au projet
numéri q u e mond i al . I l est u rg ent d ’a gi r. D e p i l o t er l a rév o l u t i o n à l ’œ u v re p o u r n e p as
la subir. Pour redonner un sens politique à notre numérique. Pour que les individus
reprennent le contrôle sur Internet. Pour réaffirmer les valeurs fondatrices qui ont
présidé à sa création.
Le net a p erdu so n i n noc ence : l ’a l t ernat i v e n’est p l u s entre c eux q u i d éfe n d ent
l ’u rg ence d e l a t ra nsition numéri q u e et c eux q u i l a nég l i ge nt o u l a reta rd ent . La
transition numérique est en cours, partout, pour tous. Les positions doivent se cliver :
plusieurs numériques sont possibles et il est temps de construire un numérique
européen, plus politique, p l u s c o nforme au x p ro mess es d ’em p o u v o i r eme nt c o m me à
celles des pères fondateurs. Il revie nt à l a F ranc e et à l ’ Euro p e d e d éf i ni r c e nu mér i q u e
et de mettre en place des politiques publiques pour le construire.

8 PRÉFACE Ambition numérique
Une stratégie française et européenne ambitieuse est à
construire
C et t e st rat ég i e d o i t t o u t d ’a b o rd p r éser v er l a c a p ac i t é d e rég u l at i o n des acteurs publics
et la pérennité des services p u b l i c s. C ’ est l a c o nd i t i o n d e la mise en place de tout
mod èle al t ernat i f. I l s’ agi t t o u t d ’a b o rd d e retro u v er l es c o nd i t i o ns fi nanc i ère s d e
l ’a c t i o n d e l ’Et at , en i nst au rant u ne just i c e fi sc al e p o u r l es g rands acteurs du
numéri q u e . C ’est en s’ ap p u ya nt su r l a c apac i t é d ’inn o v at i o n d es ag ents p u b l i c s et d e
l ’ensem b l e d e l a so c i ét é c i v i l e q u e l es p o u v o i rs p u b l i c s p o u rront rés i st er à c et t e
p ressio n en fo u rn i ss ant d es servi c es c o rr esp o nd a nt au x exi ge nc es d ’égal ité, de
c o nt i nuit é et d e neut ral i t é d u ser v i c e p u b l i c . L’ Eta t et l es c o l l ect i v i t és t e rri t o ri al es
d o i v ent se t ransf o rmer i nt ég ral em ent p o u r p l u s d ’a g i l i t é, d ’i nnovat i o n , d e mi s e en
réseau , d ’i nt ell i g ence c o l l ec t i v e, d e co l l ab o rat i o n . . .
L’Euro p e se d o i t é gal em en t d e p réser v er l ’inn o v at i o n éco nomi q u e en c o nst ru i sa nt u n
env i ro nne men t p rop i c e au x i nnovat eurs . C ela su p p o s e t o u t d ’a b o rd d e rest au r e r d es
conditions de concurrence loyale entre les acteurs économiques étrangers et
euro p ée ns. S o u t eni r l ’in nov at i o n sig n i fi e q u e l a p ri o r i t é d es Eta t s mem b r es d e l ’U ni o n
euro p ée nne et d e l a C o mm i ss i o n euro p ée nne d o i t êt re d e favoriser l a c roissa nc e d ’u n
écosystème numérique européen : un financement adapté, des mesures de préférence,
une diffusion plus importante de la littératie, en sont les instruments premiers.
Le nu mér i q u e p eut êt r e, en c e sens , l a mat ri c e d ’ u n renou v eau d e l a politique
industrielle. L ’in novat i o n à l ’heure d u num éri q u e, o rg a ni sée au t o u r d u p a rt age et d e l a
c o nst i t u t i o n d ’éc o sy st ème s , p er met d e d é p as ser l ’o p p o sition a b st raite entre p o l i t i q u e
industrielle horizontale, destinée à créer des incitations économiques et des cadres
rég l em enta i r es favora b l es à l ’indu st ri e et p o l i t i q u e i n d u st ri ell e v ert i c al e, s ect o ri ell e et
soutenant des champions nationaux. En ef fet l es c o nd i t i o ns d e c roissa nc e d ’u ne
éco nomie d e l ’in novat i o n f o nd ée su r l e num éri q u e so nt l e d ép a ss em ent d es s i l o s, l es
échanges, les externalités positives. La structuration de filières industrielles dans le
monde numérique repose donc sur la mise en p l a c e d e c o nd i t i o ns d ’inn o v a t i o ns
communes et de transformation générale des modèles de croissance.
La stratégie numérique européenne devra rompre avec les actions réactives et le
soutien à court terme des stratégies de grands groupes industriels, sans véritable
évaluation, sans cohérence et parfois à contretemps. Elle ne saurait avoir pour finalité
u ni q u e d e p ropul se r d es c h amp i o ns eu ropé ens p o u r q u ’ils p re nnent l a p l ac e d es
c h amp i o ns am éri c ai ns. I l n e s’ agi t p as d e re p rod u i re l es sc h émas d e p l at efor mi s at i on
et d e d o mi nat i o n éco nom i q u e et p o l i t i q u e . De m ê me, l ’Et at ne p eut se c o nt enter
d ’a d o p t er, c o mm e i l l e fait t rop so u v ent, l a mê me ra t i o nal i t é q u e l es gr and s ac t eurs
économiques de la société de contrôle en cédant aux tentations de surveillance
généralisé e d e l ’In t ern et . A v ec u ne e ffi c ac i t é b i en m o i n d re. . .
PRÉFACE Ambition numérique 9

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