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La réalisation de la nouvelle agglomération de Timgad pendant la guerre d'Algérie : Roland Simounet et sa « mission impossible » (1958-1960) - article ; n°1 ; vol.9, pg 149-159

De
13 pages
Livraisons d'histoire de l'architecture - Année 2005 - Volume 9 - Numéro 1 - Pages 149-159
« La réalisation de la Nouvelle agglomération de Timgad pendant la guerre d'Algérie : l'architecte Roland Simounet et sa mission impossible (1958-1960) », par Kumiko Soda Roland Simounet est l'une des grandes figures de l'architecture française de la deuxième moitié du XXe siècle. Comme Le Corbusier et Tadao Ando, il fait partie de la famille des architectes autodidactes qui n'ont pas eu de diplôme et qui pourtant ont fortement marqué leur temps par leurs œuvres et leur personnalité. Architecte français d'origine algéroise, il est aujourd'hui célèbre en France principalement pour ses musées. En dehors de la France, sa carrière se déroule principalement en Algérie. Basées sur ses expériences au cœur d'un bidonville d'Alger, avec économie des moyens, en respectant le site et par le jeu de la lumière, ses œuvres concrétisent le « luxe de la simplicité ». En 1958, Roland Simounet a été sollicité pour réaliser une nouvelle agglomération à Timgad, se situant au sud de l'Algérie. Bien qu'elle ait été appelée au début une « mission impossible », la construction de cette agglomération a pu être menée à bien grâce à l'esprit plein de ressources de l'architecte qui a su surmonter les difficultés rencontrées au cours de travaux et qui portait toujours un regard attentif aux hommes. La plus fondamentale des leçons de Roland Simounet reste celle de l'humanisme.
The Realization of the New Town at Timgad during the Algerian War : Roland Simou- net's 'Mission Impossible' (1958-1960), by Kumiko Soda. Roland Simounet is one of the great French architects of the second half of the 20th century. Like Le Corbusier and Tadao Ando, he was self-taught and practiced without a diploma, yet his works and personality had a pronounced impact on his era. An Algerian by birth, Simounet is now famous in France principally for his museums. Outside of France, most of his work was in Algeria. Based on his experience in a slum in Alger, his work combines an economy of means with a respect for landscape and a sensitivity to light, producing an architecture of luxurious simplicity. In 1958, Simounet was commissioned to build a new town at Timgad in the south of Algeria. Although this project was initially regarded as a kind of 'mission impossible', its eventual realization was a testament to the architect's resourcefulness and his ability to overcome all difficulties encountered during construction. At the core of Simounet's success was his humanism.
« Die Entstehung der neuen Siedlung in Timgad während des Krieges in Algerien : die mission impossible des Architekten Roland Simounet », von Kumiko Soda Roland Simounet gilt als eine der Hauptfiguren unter den franzosischen Architekten der zweiten Hälfte des XX. Jahrhunderts. Ebenso wie Le Corbusier und Tadao Ando gehört er der Familie der Autodidakten an, die nicht diplomiert wurden und trotzdem ihre Zeit stark geprägt haben durch ihre Werke und ihre Persönlichkeit. Als franzosischer Architekt aus Algier ist Simounet heutzutage in Frankreich bekannt als Erbauer von Museen. Aufierhalb Frankreichs verläuft seine Karriere hauptsächlich in Algerien. Seinen Bauten liegt seine Erfahrung aus den Elendsvierteln Algiers zugrunde Er baut also mit sparsamen Mitteln, berücksichtigt die Lage und spielt mit dem Licht, so dass seine Werke « Luxus in Einfachheit » ausdrücken. 1958 bekam Roland Simounet den Auftrag, eine neue Siedlung in Timgad, Siidalgerien, zu bauen. Obwohl dieser Auftrag am Anfang als unmoglich bezeichnet wurde, wusste der erfinderische Simounet die Schwierigkeiten auf der Baustelle zu beseitigen. Sein Blick war immer aufmerksam auf die Menschen gerichtet, so dass die bedeutendste Lehre von Roland Simounet Humanismus heifit.
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Kumiko Soda
La réalisation de la nouvelle agglomération de Timgad pendant
la guerre d'Algérie : Roland Simounet et sa « mission impossible
» (1958-1960)
In: Livraisons d'histoire de l'architecture. n°9, 1er semestre 2005. pp. 149-159.
Citer ce document / Cite this document :
Soda Kumiko. La réalisation de la nouvelle agglomération de Timgad pendant la guerre d'Algérie : Roland Simounet et sa «
mission impossible » (1958-1960). In: Livraisons d'histoire de l'architecture. n°9, 1er semestre 2005. pp. 149-159.
doi : 10.3406/lha.2005.1004
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/lha_1627-4970_2005_num_9_1_1004Résumé
« La réalisation de la Nouvelle agglomération de Timgad pendant la guerre d'Algérie : l'architecte
Roland Simounet et sa "mission impossible" (1958-1960) », par Kumiko Soda Roland Simounet est
l'une des grandes figures de l'architecture française de la deuxième moitié du XXe siècle. Comme Le
Corbusier et Tadao Ando, il fait partie de la famille des architectes autodidactes qui n'ont pas eu de
diplôme et qui pourtant ont fortement marqué leur temps par leurs œuvres et leur personnalité.
Architecte français d'origine algéroise, il est aujourd'hui célèbre en France principalement pour ses
musées. En dehors de la France, sa carrière se déroule principalement en Algérie. Basées sur ses
expériences au cœur d'un bidonville d'Alger, avec économie des moyens, en respectant le site et par le
jeu de la lumière, ses œuvres concrétisent le « luxe de la simplicité ». En 1958, Roland Simounet a été
sollicité pour réaliser une nouvelle agglomération à Timgad, se situant au sud de l'Algérie. Bien qu'elle
ait été appelée au début une « mission impossible », la construction de cette agglomération a pu être
menée à bien grâce à l'esprit plein de ressources de l'architecte qui a su surmonter les difficultés
rencontrées au cours de travaux et qui portait toujours un regard attentif aux hommes. La plus
fondamentale des leçons de Roland Simounet reste celle de l'humanisme.
Abstract
"The Realization of the New Town at Timgad during the Algerian War : Roland Simou- net's 'Mission
Impossible' (1958-1960)", by Kumiko Soda. Roland Simounet is one of the great French architects of
the second half of the 20th century. Like Le Corbusier and Tadao Ando, he was self-taught and
practiced without a diploma, yet his works and personality had a pronounced impact on his era. An
Algerian by birth, Simounet is now famous in France principally for his museums. Outside of France,
most of his work was in Algeria. Based on his experience in a slum in Alger, his work combines an
economy of means with a respect for landscape and a sensitivity to light, producing an architecture of
luxurious simplicity. In 1958, Simounet was commissioned to build a new town at Timgad in the south of
Algeria. Although this project was initially regarded as a kind of 'mission impossible', its eventual
realization was a testament to the architect's resourcefulness and his ability to overcome all difficulties
encountered during construction. At the core of Simounet's success was his humanism.
Zusammenfassung
« Die Entstehung der neuen Siedlung in Timgad während des Krieges in Algerien : die "mission
impossible" des Architekten Roland Simounet », von Kumiko Soda Roland Simounet gilt als eine der
Hauptfiguren unter den franzosischen Architekten der zweiten Hälfte des XX. Jahrhunderts. Ebenso wie
Le Corbusier und Tadao Ando gehört er der Familie der Autodidakten an, die nicht diplomiert wurden
und trotzdem ihre Zeit stark geprägt haben durch ihre Werke und ihre Persönlichkeit. Als franzosischer
Architekt aus Algier ist Simounet heutzutage in Frankreich bekannt als Erbauer von Museen. Aufierhalb
Frankreichs verläuft seine Karriere hauptsächlich in Algerien. Seinen Bauten liegt seine Erfahrung aus
den Elendsvierteln Algiers zugrunde Er baut also mit sparsamen Mitteln, berücksichtigt die Lage und
spielt mit dem Licht, so dass seine Werke « Luxus in Einfachheit » ausdrücken. 1958 bekam Roland
Simounet den Auftrag, eine neue Siedlung in Timgad, Siidalgerien, zu bauen. Obwohl dieser Auftrag am
Anfang als unmoglich bezeichnet wurde, wusste der erfinderische Simounet die Schwierigkeiten auf der
Baustelle zu beseitigen. Sein Blick war immer aufmerksam auf die Menschen gerichtet, so dass die
bedeutendste Lehre von Roland Simounet Humanismus heifit.Kumiko Soda Par
LA RÉALISATION DE LA NOUVELLE AGGLOMÉRATION
DE TIMGAD PENDANT LA GUERRE D'ALGÉRIE :
ROLAND SIMOUNET ET SA « MISSION IMPOSSIBLE »
(1958-1960)1
Ces dernières années, l'aide aux pays en voie de développement ou la recons
truction de villes dévastées par les catastrophes naturelles, telles qu'un séisme, ou
par la guerre ont de plus en plus justifié la nécessité de l'envoi de matériaux et de
personnel technique dans une région sinistrée, souvent étrangère. Il n'est pas nécess
aire de revenir sur la qualité des activités de ces envoyés, dont les pays d'origine
sont aussi variés que leurs échelles de valeurs : il est extrêmement difficile, quelle
que soit l'époque, d'exécuter ce genre de mission, aux crédits limités, tout en tenant
compte des coutumes locales.
Il y a environ un demi-siècle, Roland Simounet (1927-1996), architecte français
n'ayant que trente et un ans, a accepté de réaliser le grand projet de construire une
nouvelle agglomération à Timgad en Algérie, alors que Pierre Saur2, urbaniste en
service au gouvernement algérien, lui avait affirmé que c'était pratiquement « une
mission impossible »3, la guerre d'indépendance de l'Algérie ayant rendu complexe
la situation sociale de l'époque. Qui est Roland Simounet, aujourd'hui une des
grandes figures de l'architecture française de la deuxième moitié du XXe siècle ?
Français d'origine algéroise de la cinquième génération4, Roland Simounet fait
partie, comme Le Corbusier et Tadao Ando, de la famille des architectes autodi
dactes qui n'ont pas eu de diplôme et qui ont pourtant fortement marqué leur
temps par leurs œuvres et leur personnalité. Aujourd'hui, il est célèbre principal
ement pour les trois musées qu'il a réalisés après son installation en France à la suite
de la guerre d'Algérie : le musée de la Préhistoire d'Ile-de-France de Nemours
(1976-1980), le musée d'Art moderne du Nord de Villeneuve-d'Ascq (1979-1983)
et le musée Picasso de Paris (1976-1985) (rénovation et aménagement de l'hôtel
1. La présente étude est extraite de la thèse de doctorat soutenue en septembre 2001 à l'Université de
Paris-Sorbonne (Paris-IV) sous le titre : Roland Simounet (1927-1996) : œuvres et rayonnement, alors
que l'auteur était inscrite au département de l'histoire de l'art de cette université. Quelques modifi
cations ont été apportées à ce jour.
2. Roland Simounet et M. Pierre Saur (né en 1924) se sont connus en 1953 en Algérie. Ils étaient
ensemble à l'École des beaux-arts d'Alger.
3. Entretien avec Mme Françoise Simounet, le 20 mars 2001.
4. Originaire de Bergerac, le premier Simounet était pharmacien-herboriste de l'armée et vint en Algér
ie vers 1831. Roland Simounet lui-même était très qualifié en botanique : voir l'aménagement des
jardins de la maison Daniel Aboulker à El-Biar (1953-1955).
Ылжшогы d'bLitoirc de l'architecture n° 9 150 KUMIKOSODA
Salé). Par ailleurs, les logements de Saint-Denis-Basilique en banlieue parisienne
(1977-1983) 5 et l'École nationale supérieure de danse de Marseille (1985-1992)
comptent également parmi ses œuvres principales.
En dehors de la France, sa carrière se déroule principalement en Algérie : la cité
de transit Djenan el-Hasan à Alger (1956-1958) et la nouvelle agglomération de
Timgad (1958-1960) proche de vestiges romains, avec un épisode à Madagascar :
la résidence et les établissements universitaires de Tananarive (1962-1971). Inspiré
par ses propres expériences de jeunesse au cœur d'un bidonville d'Alger dont il a
étudié la structure architecturale au contact de ses habitants, il n'a cessé de s'effor
cer de concrétiser le « luxe de la simplicité » par ses œuvres, en tenant compte de
l'économie des moyens, de la sauvegarde du site ainsi que du jeu de la lumière.
Portant toujours un regard attentif aux hommes, Roland Simounet nous a laissé
des leçons dont la plus fondamentale reste celle de « l'humanisme ».
On se propose dans la présente étude de mettre en relief les plus grands travaux
publics que Roland Simounet nous a légués, au risque de sa vie, en pleine guerre
en Algérie, pays qu'il aimait passionnément et qu'il a appelé toute sa vie « mon
pays », et d'examiner ainsi la signification architecturale de la création d'une nouv
elle agglomération pour, et surtout, avec un peuple étranger.
Cadre historique de l'urbanisme et situation du site sélectionné
Possédant un vaste territoire national, l'Algérie est l'un des grands pays de
l'Afrique du Nord. La ville de Timgad est située à environ 550 kilomètres au sud-
est d'Alger, capitale du pays. Elle est au centre d'une région agricole, à une altitude
moyenne de 1 000 mètres. C'est un lieu d'échange naturel.
En effet, dès 1948, il était déjà question de reconstruire une cité de recasement
équipée de tout le confort moderne (électricité, gaz et eau) pour les habitants du
centre actuel. Le premier site prévu pour une nouvelle cité n'a pas été retenu, pas
plus que le premier projet, qui n'était pas de Roland Simounet, à cause du terrain
beaucoup trop bas, d'où les risques d'empiétements de l'oued (ou « wadi » en algé
rien). En 1957, les services de l'urbanisme et des antiquités de l'Algérie décident
enfin la création d'une nouvelle agglomération à Timgad pour sauvegarder son site,
les abords des célèbres vestiges romains (60 hectares de ruines) et pour regrouper
une population agricole dans un centre bien équipé. Le terrain de cette nouvelle
agglomération est prévu sur un site vierge situé parallèlement à 1000 mètres au
nord de la ville antique de Thamugadi, ville romaine fondée par ordre de Trajan
en l'an 100 après J.-C. (ill. 1).
Roland Simounet, qui a attiré l'attention sur lui depuis la construction de la
cité de transit Djenan el-Hasan, commencée en 1956, est désigné en qualité d'ur-
5. Ensuite, l'îlot 1 de rénovation du centre de Saint-Denis (deuxième partie) a été entrepris de 1983
à 1985.
Livrauoná д 'histoire de l'architecture n° 9 LA RÉALISATION DE IA NOUVELLE AGGLOMÉRATION DE TIMGAD 151
Ш. 1 : Timgad, Plan d'ensemble. Arch. Roland Simounet (Arch. nat., centre des archives du monde
du travail).
baniste et d'auteur du bâtiment6 pour cet important projet à Timgad. Le même
devait s'occuper de la conception de l'agglomération et de la construction de l'e
nsemble des bâtiments. En vue de cette réalisation, Roland Simounet a mené minu
tieusement son « enquête préparatoire à l'établissement du projet d'aménagement
de la commune de Timgad »7. Elle porte sur des domaines variés : géographie, cl
imatologie, démographie, activité de la population, habitat, habitudes locales et
monuments historiques. L'architecte a élaboré le programme en tenant compte de
leurs résultats.
Forme de l'organisation de la nouvelle agglomération
Tous les établissements nécessaires pour la vie quotidienne de la population de
Timgad — logements, centre commercial, bain maure, établissement d'enseigne
ment, centre sportif, mosquée, établissement d'hébergement, organismes publics
pour affaires économiques et autres, technique (verger expérimental),
étable, dépôt de produits agricoles (silos) - sont regroupés dans un plan rectangul
aire qui occupe une superficie d'environ 6 hectares (ill. 2). En ce qui concerne les
canalisations de réseau d'eau potable, les installations d'épuration des eaux usées et
les canaux d'évacuation pour réutilisation d'eaux de pluie, on a modifié leurs itiné-
6. Jusqu'en 1960, Roland Simounet n'avait pas de titre d'architecte. Son inscription à l'ordre a été
acceptée en 1961.
7. Cette enquête date, sans doute, de 1958.
LLvraiàoru d'hiàtoire de l'architecture n° 9 152 KUMIKO SODA
111. 2 : Roland Simounet, nouvelle agglomération de Timgad, plan masse (Arch. nat., centre des archives
du monde du travail).
raires, en déplaçant le « vieux marché » existant pour que ces canalisations arrivent
à la nouvelle agglomération.
Dans cette nouvelle cité, les rues sont particulièrement étroites : elles n'ont que
de 2,26 mètres à 3,96 mètres de large (ill. 3). Les raisons de cette étroitesse se
résument à cinq soucis majeurs. Premièrement, la protection contre le vent et le
soleil : excepté quelques produits agricoles spécifiques, l'implantation d'arbres étant
difficile à cause de la sécheresse âpre, il est cependant nécessaire que les murs des
bâtiments donnent de l'ombre et permettent ainsi aux habitants de jouir de la fra
îcheur. Deuxièmement, la réduction des frais de revêtement routier : les rues sont
entièrement imperméabilisées afin de pouvoir recueillir efficacement les eaux de
pluie précieuses dans les fossés construits à côté des trottoirs. L'inclinaison uni
forme du terrain était propice à un tel recueil d'eaux de pluie. Troisièmement,
l'économie de tuyaux de branchement et de canalisations des conduites d'eau en
fer ainsi que des fils électriques pour logements privés. Quatrièmement, la protec
tion de la vie privée : il n'existe pas, en effet, de fenêtres sur les façades donnant sur
les trottoirs des quartiers résidentiels. Selon la coutume traditionnelle, les femmes
musulmanes ont tendance à détester « être vues par les autres ». Simounet a donc
pris leurs habitudes en considération. Enfin, cinquièmement, le maintien de
« l'échelle humaine » de la nouvelle cité. Ainsi, après mûres réflexions, Roland
Simounet a décidé de tracer les plans de la nouvelle agglomération, en s'appuyant
sur ces principes.
LivraUoru d'biàtoire de l'architecture n° 9 1 RÉALISA: OX Dli LA \OUVELLE AO.lSl.OMÉRA'l ION DE У'/ЛЛ, iD 153
Illustration non autorisée à la diffusion
111. 3 Roland Simounet, nouvelle agglomération île Timgad. une rue (,Arch. nat., centre dos archives
du nvmde du travail).
Quel est l'habitat le plus adapté ?
Depuis qu'il a construit en 1951 la maison Tosi à Bouzareah dans la banlieue
d'Alger, Roland Simounet a commencé à être connu comme auteur de logements
individuels et collectifs. Même pour les logements équipés du confort moderne tels
que '.л maison de Daniel Aboulker à El-Riar (1953-1955)- il a dirige lui-même tous
les tiavaux y compris la construction du jardin. Mais il excellait en particulier dans
le domaine de la construction d'un habitat confortable pour les Algériens, dont il
a respecté avant tout la culture et les coutumes : Simounet n'a jamais impose aux
Lisniuioiui J'hÎAoire de l\irchiteetuir n° 9 154 KUMIKOSODA
habitants d'une région donnée un espace de vie censé être confortable pour ceux
d'une autre région ou d'une autre culture, comme le faisaient souvent, à cette
époque dans des pays d'Afrique du Nord, certains architectes venus tout droit de
pays occidentaux.
A l'âge de vingt-quatre ans, Roland Simounet a participé au groupe des congrès
internationaux d'architecture moderne (CLAM) d'Alger8 et s'est lié d'amitié avec
Jean de Maisonseul9, alors chef du groupe, et avec d'autres membres. Lors du
IXe CLAM tenu en 1953 à Aix-en-Provence, dont le thème est la « Charte de
l'habitat », afin de faire une communication à ce congrès et de dresser un rapport
de recherches sur le bidonville de Mahieddine situé au centre d'Alger, le groupe
s'est proposé d'analyser la particularité de cette « ville » des quatre points de vue
suivants : « habiter », « travailler », « cultiver le corps et l'esprit » et « circuler ». Le
groupe a chargé Roland Simounet et un ami suisse à lui, les plus jeunes des
membres, de visiter les habitants du bidonville et de leur poser des questions ins
crites sur une liste 10 préparée auparavant. Ainsi, dans ce bidonville dont la pauvreté
seule l'avait impressionnée, Simounet a tiré une leçon précieuse de cette expérience,
leçon qui a jeté les fondements des principes inébranlables de toute sa carrière d'ar
chitecte. Plus tard, il a évoqué ces souvenirs en ces termes :
À mon grand étonnement, je découvrais un habitat spontané, ingénieux,
économie de moyens, des espaces maîtrisés, un respect de l'ancrage et de la
végétation, une vie de quartier organisée, une solidarité saisissante. Bien sûr,
la trame sanitaire restait nécessaire et urgente, mais la leçon d'espoir était là
et la poésie sous-tendue interdisait de détruire le milieu sans discernement,
sans une longue réflexion. Ainsi, cette formule à laquelle je crois toujours
vint s'inscrire sur les panneaux présentés au congrès d'Aix : « ne rien
détruire avant d'être sûr de proposer mieux ». La leçon reçue du bidonville
d'Alger est très forte et restera déterminante pour toute l'œuvre architectur
ale à venir.
La maison Bernou (1956-1957) que Roland Simounet a construite à El-Biar
après avoir vécu un mois avec les Bernou, famille algérienne, est l'incarnation de
son souci de réaliser une maison adaptée au mieux au mode de vie des habitants,
dans la limite des crédits accordés. Quant à la cité de transit Djenan el-Hasan à
Alger, elle a été réalisée par Simounet comme un logement provisoire permettant
de loger les habitants du bidonville d'Alger jusqu'à ce qu'ils puissent s'installer dans
8. Le groupe CIAM d'Alger a été officiellement constitué en 1952.
9. Son amitié avec Jean de Maisonseul durera pendant toute sa vie. Simounet dit qu'il a été pour lui
plus qu'un père spirituel. Le rôle de Jean de Maisonseul était remarquable. Fondateur de l'Institut
d'urbanisme, il a contribué à la modernisation architecturale et urbanistique de l'Algérie. En même
temps, il a encouragé les jeunes architectes de talent comme Roland Simounet. Jean de Maisonseul
est aussi peintre.
10. La grille CIAM d'urbanisme a été préparée par Le Corbusier dans le cadre de l'ASCORAL, afin
d'analyser et de confronter les projets d'urbanisme. Il l'a proposée lors du VIIe CIAM de Bergame
(juillet 1949).
Lwraiàoiu d'hiàtoire de l'architecture n° 9 LA RÉALISATION DE LA NOUVELLE AGGLOMÉRATION DE T1MGAD 155
un logement collectif équipé de tout le confort moderne. Il a ainsi réussi à
construire une cité abritant finalement environ trois cents ménages sur un terrain
en pente raide, alors qu'il ne disposait que de fonds très limités11. Cette précieuse
expérience Га conduit à mener à bien le projet de construction de la nouvelle
agglomération de Timgad qui constitue effectivement la somme de ses recherches
architecturales.
Composition des logements et types d'espace vital
dans la nouvelle agglomération de Timgad
Pour comprendre que Roland Simounet était soucieux avant tout du bien-être
des habitants de Timgad lors de la rédaction du plan de cette cité, le mieux est
d'analyser la composition de ses logements. Dans cette agglomération, tous les
logements tant individuels que collectifs font face au sud ou à l'est. Certains loge
ments collectifs sont légèrement ouverts du côté nord (ill. 4), mais chacun est fermé
du côté ouest pour se protéger de l'ardeur du soleil couchant (ill. 5). Ces logements
individuels et collectifs peuvent abriter dans leur ensemble environ 2 500 per
sonnes, et pour chacun d'entre eux, sept types d'espace vital ont été conçus, compte
tenu des coutumes locales ainsi que du mode de vie et des activités professionnelles
de ses habitants. La composition des différents types de logements est la suivante :
Logements individuels
A — Individuel à rez-de-chaussée « 3 pièces » : une entrée chicanée à ciel ouvert, un
W.C. à la turque avec robinet d'ablutions, une salle commune avec cuve à
laver profonde, coin de feu et murs-placards, un abri avec foyer extérieur,
2 chambres avec placard, un jardin clôturé : 42 m2 (76 logements).
В - Individuel à rez-de-chaussée « 2 pieces » : mêmes dispositions que le type A,
mais avec une seule chambre : 31 m2 (6 logements).
С — Individuel « 2 pièces avec écurie » : mêmes dispositions que le type B, mais
avec écurie avec accès indépendant et communication vers le jardin : 31 +
20 m2 (22 logements).
D — Individuel « 2 pièces duplex » : un patio, un abri, un W.C. douche et robinet
d'ablutions, une salle commune avec cuve à laver et coin cuisine, un escalier
d'accès à l'étage avec niches, une chambre en soupente avec placard, un cabi
net de toilette avec lavabo : 38 m2 (5 logements).
E - Individuel « 2 pièces rez-de-chaussée » du collectif: une chambre, une salle
commune avec coin cuisine, paillasse, cuve à laver, un cabinet de toilette avec
W.C, douche et lavabo, un jardin clôturé : 29 m2 (20 logements).
11. Après l'achèvement du chantier, Djenan el-Hasan n'a pas pu rester la cité de transit qu'elle aurait
dû être. Une partie des habitants de l'ancien bidonville est allée occuper les nouveaux logements,
mais beaucoup d'entre eux ont voulu rester à Djenan el-Hasan tant ils s'y sont trouvés bien. De
plus, c'est également à cause de la guerre d'Algérie que l'opération envisagée n'a pas pu être menée
jusqu'au bout. Dans les années 1990, la cité jouait toujours un rôle d'« habitat exemplaire ».
IÂvraiâoru d'bLftoire de l'architecture n° 9 i
:
156 KUMIKO SODA
Illustration non autorisée à la diffusion
III. Rol.uul SimouiK't, nouvelle agglomération de Timgad, immeuble à l'étage, front nord (Arch,
пас, centre des archives du monde du travail).
Immeubles collectifs
F — Collectif à l'étage « 2 pièces » : une pièce de réception, un coin cuisine avec
paillasse, cuve à laver, une salle commune avec loggia, un cabinet de toilette
avec W.C., douche et lavabo, mur-placards : 29 m2 (21 appartements).
G - Collectif à l'étage « 3 pièces » : mêmes dispositions que le type F, mais avec
une chambre et une loggia de plus : 43 nr (23 appartements).
L'espace de lavage ainsi que l'espace de travail utilisés en commun dans les loge
ments individuels et collectifs sont installés au rez-de-chaussée des logements col
lectifs. Le nombre total des logements est de 173, ce qui pourrait sembler très
insuffisant pour le nombre d'habitants prévu. Rappelons-nous cependant qu'à cette
époque, dans une agglomération située en province de Г Algérie, une grande famille
habitait ensemble dans un espace restreint. On dit, en effet, que pour un grand
nombre d'habitants de Timgad, ces logements, avec leurs équipements, étaient
« ultramodernes ».
uTcujonj à'huiloire de l'architecture 11° 9