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Composition en langue étrangère 2004 Agrégation d'anglais Agrégation (Interne)

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Concours de la Fonction Publique Agrégation (Interne). Sujet de Composition en langue étrangère 2004. Retrouvez le corrigé Composition en langue étrangère 2004 sur Bankexam.fr.
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RAPPORT
SUR LES
ÉPREUVES ÉCRITES  
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        COMPOSITION EN LANGUE ÉTRANGÈRE      (Durée : 7 heures; coefficient : 1)
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Sujet
             Comment upon the following quotation:  « [The special relationship] helped to reinforce the image of Britain as a great power, capable of playing an independent world role. The result […] was that Britain was deflected from coming to terms with her European destiny. »  
                    
 
John B AYLIS , Anglo-American relations since 1939 , Manchester University Press, 1997, pp. 12-13.
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 Commentaire général  Quil sagisse dune composition en littérature ou en civilisation, quelques principes régulièrement rappelés dans les rapports de jury demeurent dactualité. On ne saurait trop donc encourager les candidats à consulter les rapports antérieurs, dautant quils sappuient sur lobservation dun grand nombre de copies et donnent des conseils de bon aloi. Comme le rapport de lannée dernière la souligné, quatre points méritent une attention particulière : la construction dune problématique dès lintroduction, lélaboration dune argumentation, le rôle de la conclusion et limportance dune expression soignée. Les trois premiers sont en rapport étroit avec le problème majeur constaté par le jury, à savoir la difficulté de passer du placage de connaissances à largumentation. Cela suppose une préparation sérieuse, lassimilation des connaissances afin de pouvoir les déployer au service dune réflexion personnelle, et un entraînement à lépreuve de la composition. En effet, cest une épreuve qui ne simprovise pas, et tout candidat qui veut mettre toutes les chances de son côté doit absolument saisir les occasions offertes dans le cadre de la préparation – épreuves blanches et compositions en temps libre – pour parfaire sa réflexion sur la question et saméliorer. Lintroduction  Si lon prend ces quatre points dans lordre, lintroduction occupe une place stratégique dans une composition : elle définit langle sous lequel le sujet est abordé, le cadre dans lequel il sera traité. Il est donc essentiel de sattacher à analyser les termes du sujet ou de la citation dès lintroduction, afin de bien en percevoir la portée et de prendre une certaine distance. Dans le cas dune composition en civilisation, il convient entre autres de bien cerner la période à traiter. En loccurrence, le programme définit 1945-1990 comme la période étudiée, il nest donc guère utile de sétendre outre mesure sur la Seconde Guerre mondiale ou sur lactualité récente, comme la guerre dIrak, même si, de toute évidence, létude de lhistoire permet de mieux comprendre le présent. Le sujet proposé portait sur lensemble de la période au programme, encore quil pouvait éventuellement être interprété comme se référant à la période 1945-1972, eu égard au temps du verbe ( « was deflected » ). De fait, Baylis fait ici référence au point de vue dun diplomate américain sexprimant en 1972. Une introduction qui aborde la citation dun point de vue linguistique – en sinterrogeant sur la voie passive de « was deflected »  par exemple – ou sous un angle pseudo-philosophique - en amorçant une réflexion sur le sens général du terme « image »  - mais qui ne senracine pas dans le contexte historique de la question au programme, révèle une méconnaissance de la nature même de lépreuve puisque lépreuve de civilisation suppose une réflexion fondée sur la maîtrise de la question au programme. De même, une simple copie du sujet ou une paraphrase de la citation met en évidence un manque de préparation et dentraînement. Certaines copies se contentent même parfois de mettre les éléments de la citation à la forme interrogative, puis négative. Dautres se demandent si Baylis a tort ou raison, mais ne parviennent pas à approfondir lanalyse. Les meilleures copies, par contre, mettent
 
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en relation les termes, identifient et analysent les mots clés, les situent dans un contexte et proposent un fil conducteur qui structure la composition. Dans ce dernier cas, l’annonce du plan est en général cohérente avec l’analyse et permet d’approfondir le sujet et d’argumenter de manière pertinente. Ainsi, certains candidats ont-ils évoqué le poids de l’illusion impériale, l’influence de la théorie des « trois cercles » définie par Churchill sur ses successeurs, et l’incompatibilité du point de vue britannique entre la relation spéciale et la participation aux projets d’intégration européenne. Plus souvent, les copies étaient articulées autour de termes centraux de la citation, tels que « grande puissance », « indépendance » et « destin européen », avec un succès variable, selon les liens établis entre les différentes parties. Lorsque celles-ci étaient simplement juxtaposées, elles ne permettaient guère de cerner la question : des exemples souvent justes et pertinents étaient proposés pour illustrer les termes de la citation, mais non pour alimenter une réflexion. A l’inverse, lorsqu’un fil conducteur, voire une problématique, était annoncé dès l’introduction, en s’appuyant par exemple sur les notions de déclin/redressement, image/réalité, dépendance/indépendance, destin atlantique ou européen, etc., les bases d’une véritable réflexion étaient ainsi posées, et le jury a pu apprécier des démonstrations personnelles convaincantes et variées. Certains plans s’inspirant parfois du programme officiel (enjeux stratégiques, économiques, relations personnelles entre dirigeants) ou relevant du plan passe-partout (diplomatie, économie, politique) s’apparentaient davantage à des cadres généraux qui entraînent un étalage de connaissances sans mise en rapport explicite avec le sujet proposé. D’autres enfin ont plaqué une problématique sans rapport évident avec la citation (mythe ou réalité, etc.). C’est le signe d’une préparation non aboutie qui ne permet pas aux candidats de réagir au sujet proposé. Largumentation  Elle découle en partie de l’introduction et du degré d’élaboration de la problématique. Elle est également symptomatique du degré de maîtrise des connaissances qui, bien qu’indispensables à une argumentation pertinente, ne sont pas suffisantes. La plupart du temps les candidats maîtrisent les données factuelles essentielles malgré quelques erreurs ici ou là. Ces dernières ne portent pas préjudice à la réflexion d’ensemble, et le jury est capable de faire preuve d’indulgence, compte tenu de la masse d’informations à assimiler face à un programme aussi vaste. En revanche, certains événements tels que Suez, par exemple, doivent être connus. Il s’agit d’un tournant majeur dans l’histoire de la relation spéciale, et il est indispensable d’en maîtriser les tenants et aboutissants. La question des armes nucléaires est également centrale puisque après 1945 les grandes puissances se définissent par rapport à la possession d’un tel arsenal. La simple mention de quelques dates principales ne suffit pas. Encore faut-il souligner les enjeux des missiles américains pour le Royaume-Uni qui se maintient ainsi comme grande puissance à moindre prix tout en devenant totalement dépendant des Etats-Unis et compromet le rapprochement avec l’Europe. Les accords de Nassau furent bien l’une des raisons qui poussèrent de Gaulle à opposer son veto à la première demande d’adhésion britannique. Kennedy y était d’ailleurs initialement hostile et Macmillan dut le supplier pour qu’il accepte de les signer. Il est donc indispensable de sélectionner les connaissances pertinentes afin de les utiliser dans le cadre d’un raisonnement, d’une démonstration. C’est la compétence principale qui est évaluée dans cette épreuve.
 
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D’autre part, une argumentation trop manichéenne ou simpliste n’est pas non plus satisfaisante, car elle ne permet pas de rendre compte de la complexité des faits historiques. Il faut savoir nuancer ses propos pour faire preuve d’une compréhension fine. Pour ne donner qu’un exemple, la politique américaine vis-à-vis de l’Empire britannique est fort ambiguë. D’une part, Washington est opposé pour des raisons idéologiques à cette organisation d’origine coloniale, difficilement compatible avec le droit à l’autodétermination nationale, d’autre part, la zone sterling et le système de préférence impériale vont à l’encontre du libre-échange défendu par les Etats-Unis. Si l’Empire est à l’origine de la puissance britannique, les Etats-Unis vont bel et bien contribuer à son déclin et ainsi affaiblir la Grande-Bretagne, tant sur le plan diplomatique que sur le plan économique, et la pousser à adhérer à la CEE. Mais dans le même temps, les bases militaires britanniques répandues à travers le monde s’avèrent fort utiles dans le cadre de la politique d’endiguement du communisme. Johnson en particulier insiste donc auprès de Wilson pour que Londres y maintienne une présence forte, quitte à soutenir la livre pour atténuer le poids financier de ces engagements. De ce point de vue, la relation spéciale a bien contribué à retarder l’inéluctable retrait de la Grande Bretagne à l’ouest de Suez mais aussi à différer sa deuxième demande d’adhésion à la CEE. Si les connaissances historiques sont bien évidemment la matière première d’une réflexion de qualité, il est recommandé de connaître les positions des principales écoles de pensée historiographiques. Dans son introduction, John Baylis, auteur de la citation proposée comme sujet, développe plusieurs interprétations de la relation spéciale, dont celle qui insiste sur la dimension fonctionnelle ( functional ) de cette relation, par opposition à la vision « sentimentale » ( evangelical ) qu’en avait par exemple Winston Churchill. De fait, la notion d’instrumentalisation s’avère un angle d’approche utile pour traiter le sujet, puisque Londres est à l’origine de la notion de relation spéciale, en partie pour maintenir son prestige et son influence internationaux. Si les dirigeants britanniques ont choisi de privilégier cette relation au détriment de l’Europe, ce n’est pas faute d’encouragements américains à participer à l’intégration européenne, bien au contraire. La conclusion  L’absence de conclusion est assez fréquente, soit par manque de temps, soit à cause d’une problématisation insuffisante : arrivés au terme d’une composition essentiellement descriptive, certains candidats n’ont plus rien à dire et s’engagent parfois dans une fuite en avant, tel un commentaire prolongé sur la guerre d’Irak. S’il est légitime, voire recommandé d’élargir le propos par une référence à la suite des événements, il ne faut pas oublier pour autant de reprendre les grandes lignes de la composition, de synthétiser les principales conclusions intermédiaires, afin de faire le bilan de son travail. Cette étape est essentielle car une conclusion réussie peut faire toute la différence entre une copie faible et une copie acceptable. Lorsque la direction d’ensemble a tendance à se perdre au fur et à mesure du développement, une conclusion qui reprend les idées du propos introductif, permet de relier les fils de la réflexion et de faire aboutir la composition, laisse le lecteur sur une impression plus favorable. 
 
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Lexpression  Forme et fond étant étroitement liés, la qualité de l’expression est tout à fait essentielle. Elle couvre plusieurs aspects, qui vont de l’orthographe à la ponctuation, en passant par la mise en page et le vocabulaire. L’expérience confirme d’ailleurs que, dans l’ensemble, les bonnes compositions sont rédigées dans une langue précise et claire, voire élégante. Une bonne présentation facilite la lecture et permet de mieux suivre le fil de la pensée. Ainsi, le découpage en paragraphe qui doit être mis en évidence par un retrait en début de ligne doit correspondre à une transition entre deux idées ou deux thèmes importants. De même, la ponctuation, y compris l’utilisation de majuscules et de minuscules, contribue à l’intelligibilité de l’expression. Le vocabulaire utilisé dans les copies a été jugé convenable dans l’ensemble, même si certains termes ne sont pas toujours maîtrisés. Pour ne donner que deux exemples, le « lend-lease »  est souvent devenu le « land-lease » , ce qui engendre un doute sur la nature de cette loi votée par le Congrès américain, et un certain nombre de pays ou d’hommes politiques ont vu leur nom malmené, ce qui peut être gênant lorsqu’il s’agit d’hommes d’Etat majeurs. En effet, de telles in exactitudes enlèvent toute crédibilité aux autres connaissances historiques et donnent l’impression que le candidat n’a consulté aucun ouvrage sur le sujet. Par ailleurs, certaines formes ne sont pas toujours maîtrisées ( to prevent someone from doing something , etc.) et le temps des verbes est parfois erroné. Il faut signaler à cet égard que le présent de narration, fréquent en français, est à éviter en anglais, du moins dans le cadre d’une composition de civilisation . Quelques mots sont déformés par rapprochement avec le français – redoublement des consonnes (*ennemy, *developped, *abandonned), calques (*independance, *negociate, *responsability), etc. –, tandis que la distinction entre « economic » et « economical » pose problème dans de nombreuses copies. Suggestion de corrigé :  Ce qui suit est une manière parmi d’autres d’aborder le sujet, et non l’interprétation historique définitive d’une question qui n’en finit pas de susciter ouvrages et réactions de la part d’historiens et de civilisationnistes. Le jury a d’ailleurs pu vérifier que bon nombre de candidats étaient en mesure de proposer des approches différentes, personnelles et tout à fait valables. Le but de ce corrigé est seulement d’indiquer quelques pistes de réflexion.  En 1948, Churchill définit la position de son pays comme étant à l’intersection de « trois cercles » :   l’Empire, les Etats-Unis et l’Europe, dans cet ordre. Cette théorie eut une grande influence sur ses successeurs, qui prirent soin de ne pas privilégier une sphère d’influence au détriment des autres. Or, si cette théorie pouvait se justifier au sortir de la Seconde Guerre mondiale, à une époque où l’Empire paraissait encore solide et où l’union européenne en était encore à ses balbutiements, elle perdit rapidement de sa pertinence avec la décolonisation et la signature du Traité de Rome. Malgré les révisions douloureuses effectuées par Harold Wilson à la fin des années soixante, le Royaume-Uni continua à manifester une certaine réserve à l’égard de la construction européenne, en partie au nom de la relation spéciale.
 
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Au-delà des liens culturels et humains entre Britanniques et Américains, la relation spéciale s’appuya sur des intérêts bien compris de part et d’autre. Ainsi, pour Londres, elle a pu être perçue comme un moyen de peser sur le cours des événements à travers le monde, de continuer à exercer une influence internationale décisive malgré son déclin économique et politique précipité par la Seconde Guerre mondiale. D’une certaine manière, la relation spéciale a permis au Royaume-Uni d’entretenir l’illusion qu’il était encore une grande puissance impériale. Mais le prix à payer a été une dépendance accrue vis-à-vis de Washington, notamment dans les domaines de l’arme nucléaire – symbole par excellence des grandes puissances – et des finances. La relation spéciale a également constitué un facteur important de la réticence britannique à participer pleinement aux projets d’intégration européenne, malgré les encouragements de Washington en ce sens. Cela a sans aucun doute porté préjudice à la politique étrangère et économique du pays. Même si les années quatre-vingt virent un renouveau de la relation spéciale, associé à un regain d’influence du Royaume-Uni sur la scène internationale, il n’en demeure pas moins que l’architecte de ce redressement, Margaret Thatcher, dut démissionner sous la pression de ses ministres, qui étaient convaincus que sa politique européenne portait gravement atteinte aux intérêts nationaux. Lillusion impériale  En 1945, le Royaume-Uni fait partie des puissances victorieuses, et la présence de Churchill à Yalta, la place de membre permanent à la nouvelle Organisation des Nations Unies et le vaste Empire britannique témoignent de la grandeur et de l’influence du pays. L’action de ministres des Affaires étrangères comme Ernest Bevin ou Anthony Eden confirment que le Royaume-Uni peut encore jouer un rôle déterminant dans le cours de l’histoire, et tant dans l’Asie du sud-est qu’en Europe, Londres est un acteur central. Mais, tout comme la Grande-Bretagne n’avait pu triompher des puissances de l’Axe que grâce à la coopération avec les Etats-Unis, elle ne put pas non plus prétendre s’opposer seule à la menace soviétique. C’est pourquoi Churchill prononça son célèbre discours à Fulton en 1946, afin de persuader l’opinion américaine que le maintien de la relation spéciale était l’unique solution face au rideau de fer qui s’était abattu sur l’Europe. De même, Bevin déploya des efforts considérables pour maintenir une présence américaine sur le vieux continent, efforts couronnés de succès si l’on en juge par la fondation de l’OECE en 1948 et surtout de l’OTAN en 1949. De manière plus générale, les alliés anglo-saxons firent cause commune pour endiguer le communisme et devinrent ainsi les gendarmes autoproclamés du monde. Londres participa à l’effort de guerre en Corée, et fonda avec Washington l’OTASE en 1954, afin de stabiliser l’Asie du sud-est. Plus tard, Margaret Thatcher et Ronald Reagan menèrent de concert une politique agressive dans le contexte de la nouvelle guerre froide, et le soutien logistique apporté par Washington permit à Londres de reprendre les Malouines au terme d’un conflit qui semblait annoncer un renouveau de la puissance britannique. Mais les Malouines ne sont qu’un maigre vestige d’un Empire qui s’est transformé en Commonwealth, organisation de pays indépendants et égaux. L’indépendance de l’Inde, proclamée en 1947, fut suivie par celle de nombreuses autres colonies, réduisant l’influence de Londres de manière importante, tandis que la crise rhodésienne affectait de manière durable l’unité du Commonwealth. La relation spéciale devint de moins en moins équilibrée, il ne s’agissait plus d’une relation entre partenaires égaux mais d’une relation asymétrique où Londres était en position d’infériorité. La crise de Suez de 1956 révéla de manière indiscutable la perte d’influence du
 
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Royaume-Uni, qui ne put tenir le canal stratégique plus d’une semaine face à l’opposition des Etats-Unis. Incapables de jouer un rôle indépendant, la France et le Royaume-Uni, tous deux impliqués dans ce fiasco, optèrent cependant pour deux voies différentes : l’interdépendance européenne et la dépendance vis-à-vis des Etats-Unis. Dépendance ou interdépendance ?  Cela dit, cette dépendance était déjà manifeste dans le domaine économique depuis 1945. En effet, les ravages du conflit mondial avaient laissé l’économie britannique exsangue, et Londres dut solliciter un emprunt auprès de Washington afin d’éviter la banqueroute. Par la suite, la livre sterling, soumise à une spéculation financière implacable, dut être dévaluée à deux reprises, mais la seconde dévaluation aurait certainement eu lieu plus tôt sans le soutien des Etats-Unis. Si Washington avait insisté pour que la livre devienne convertible le plus tôt possible en 1945, précipitant ainsi la crise financière, les dirigeants prirent conscience de l’utilité des bases britanniques répandues à travers le monde. Puisqu’elles représentaient un véritable fardeau économique pour Londres, ils consentirent de nombreux prêts afin d’encourager le maintien des forces britanniques à l’Est de Suez. Mais dès lors que Harold Wilson refusa d’engager des troupes au Vietnam et annonça le retrait à l’Ouest de Suez, le soutien américain fut interrompu. Cela démontra si besoin en était la dépendance financière du Royaume-Uni vis-à-vis des Etats-Unis. Sur le plan diplomatique, l’invasion de la Grenade par les Etats-Unis en 1983 confirma les limites de l’influence de Londres sur Washington, même si les relations personnelles entre Thatcher et Reagan étaient nettement meilleures que celles entretenues par Wilson et Johnson. Dans le domaine des armes nucléaires, Washington signa plusieurs accords avec Londres, s’engageant à fournir des missiles que le Royaume-Uni ne pouvait plus développer par lui-même. Bien qu’avantageux sur le plan financier, puisque ces accords permirent à Londres de se maintenir à la pointe du progrès en matière de dissuasion nucléaire, ils concrétisèrent la dépendance britannique. De ce point de vue, c’est surtout l’image du Royaume-Uni qui fut renforcée, au détriment de son indépendance.  Macmillan put justifier les accords de Nassau en évoquant la thèse d’une interdépendance entre les deux pays, plutôt que celle d’une dépendance, mais dès 1961 il prit conscience que le Royaume-Uni ne pouvait plus prétendre à l’indépendance économique et qu’il lui fallait donc négocier l’entrée de son pays dans la CEE. Il voulut ainsi concilier la relation spéciale et les relations avec les pays européens continentaux, la première étant perçue comme vitale sur le plan stratégique, les secondes sur le plan économique. La suite des événements devait montrer qu’une telle conciliation n’avait rien dévident. Destin atlantique contre destin européen  Les Etats-Unis encouragèrent le Royaume-Uni à participer à l’aventure européenne dès 1947, en partie parce que du point de vue de Washington la construction d’une organisation de nature en partie fédérale rejoignait les principes fondateurs de l’histoire américaine. Mais le gouvernement américain espérait aussi que l’influence britannique contribuerait à façonner une union européenne favorable aux intérêts américains, notamment par rapport au libre-échange et à la défense du monde occidental. Cependant, du point de vue britannique, une organisation supranationale était difficile à
 
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accepter et Bevin réussit à imposer le principe d’une organisation intergouvernementale pour l’OECE. Par la suite, Londres refusa de participer à la CECA qui remettait également en cause la souveraineté nationale. Or le déclin britannique de l’après-guerre ne permettait plus de maintenir une véritable souveraineté de manière isolée. Les autres pays européens choisirent donc la voie de l’intégration, mais Londres put arguer de son Empire et de la relation spéciale pour s’y dérober, du moins pendant quelque temps, alors même que Washington la pressait de prendre les devants afin de former une alliance militaire européenne. La politique européenne du Royaume-Uni était certes très favorable à une plus grande union entre les pays du continent, à ceci près qu’il ne voulait pas y participer lui-même (Churchill disait que son pays était avec  l’Europe, mais non de  l’Europe). C’est ainsi que la contribution britannique au sommet de Messine fut très limitée et que Londres ne signa pas le Traité de Rome en 1957. Pourtant, dès 1961 Macmillan fit une première demande d’adhésion à la CEE, conscient de la nécessité de trouver un remède à la balance commerciale déficitaire, à un taux de croissance faible et à une inflation plus élevée que sur le continent. Wilson en arriva à la même conclusion, mais dut également essuyer un refus de De Gaulle qui considérait que le Royaume-Uni était un cheval de Troie américain. En ce sens, on peut dire en effet que la relation spéciale fut nuisible du point de vue de la participation britannique à la CEE. La leçon fut bien comprise par Edward Heath, qui pris ses distances par rapport à Nixon afin de convaincre ses homologues européens de la sincérité de sa démarche, qui aboutit en 1973 à l’entrée du Royaume-Uni dans la CEE. Mais dès 1979 le rapprochement entre Londres et Washington s’accompagna de tensions croissantes entre Thatcher et ses partenaires européens, notamment sur des questions idéologiques où elle était beaucoup plus proche du néo-libéralisme américain. Ce fut le sens du discours qu’elle prononça à Bruges en 1988. Conclusion  Selon l’historien Max Beloff, le succès de la notion d’une relation spéciale s’explique en partie par le fait qu’elle permit au Royaume-Uni de s’accrocher à son passé impérial, de ne pas prendre conscience tout de suite de son déclin (« it was a self-delusion to help cushion the reality of national decline » ). De fait, une relation bilatérale ne porte pas atteinte à l’image de la souveraineté nationale, liée à ces « mille ans d’histoire » évoqués par Hugh Gaitskell en 1962 pour s’opposer à l’entrée dans la CEE, tandis qu’une organisation supranationale touche cette image de plein fouet. Dean Acheson, pourtant anglophile, ne s’embarrassa pas de ces questions d’image lorsqu’il déclara en 1962 que la Grande-Bretagne « avait perdu un Empire mais n’avait pas encore trouvé de rôle », persuadé qu’il était que le destin du pays était désormais européen. Exemple dune bonne copie commentée :  Le jury a eu le plaisir de noter de nombreuses copies de qualité, fondées sur une bonne maîtrise des connaissances, sur une volonté d’argumenter de manière scientifique, et sur un anglais idiomatique et riche.
 
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Voici une bonne copie parmi d’autres, avec quelques commentaires visant à souligner les points forts et faibles d’un travail qui, sans être le meilleur, répond aux exigences du jury et constitue un modèle réaliste pour les candidats au titre d’agrégé même si l’anglais n’est pas parfait.
Points forts Points faibles  That the special relationship helped Britain preserve  and reinforce its image as a great power seems Effort pour cerner undeniable. However the wording used by John Baylis l’ambivalence de is important, as we are indeed dealing with an image, certains termes clés which takes into account British military might and de la citation diplomatic influence, but not its economic reality.  When Winston Churchill used the term “special  relationship” in March 1946, it was with the purpose of  making the United States an ally against Communism.  However the United States also used this notion as a De même, un autre means to their own ends and, for about twenty years, terme important est the special relationship gave Britain a flattering but commenté distorted image of itself, keeping it from seeing its own  true position.  The renewed post-war cooperation between these  two nations looked more and more like a relation of Recul par rapport à dependence, and not independence, on the part of la notion de relation Britain. Indeed, the United States did not want to see spéciale their economic rival recover its former glory and partly  contributed to its economic dwindling, by using the  British commitment to close ties with the United Paradoxe fort States. What is paradoxical is that, in trying to pertinent par rapport maintain Britain in a state of dependence, they Le terme de au sujet sometimes forced it to choose between the special survie est  relationship and its own survival. maladroit  The question of European integration is another  paradox, since Britain was too committed to the Encore une fois des special relationship to risk seeing its ties with its points de discussions North-Atlantic partner loosen. Even though the fertiles sont évoqués Americans strongly encouraged the successive Prime  Ministers to take part in European construction,  convincing them took a long time and has not yielded  the expected results.  We will therefore examine how the military giant Annonce de plan could ignore its weaknesses, until the British elite correspondant aux eventually had to face the harsh facts in the 1960s; to idées développées et what extent Britain remained independent and, finally, à la citation to what extent the paradox regarding the European  question is a consequence of the special relationship.
 
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