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CHAPITRE : LE TEMPS DE LA PROSPÉRITÉ (1950-1973)
HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET SOCIALE DE LA FRANCE
Les années cinquante soixante constituent une période de mutations considérables pour l’économie et la société
française. Dès le début des années cinquante, les goulots d’étranglement matériels et financiers sont définitivement
surmontés. Le temps de la reconstruction et des difficultés fait place à une période de croissance économique sans précédent
(Progression du PIB de 5% par an pendant cette période contre 2% depuis la révolution industrielle) entraînant des
mutations économiques et sociales impressionnantes : « les Trente Glorieuses » selon l’expression de Jean Fourastié. Cette
expression est néanmoins contestée par des historiens comme Jean Bouvier qui préfère évoquer plutôt les « Vingt
Glorieuses » (en rappelant que l’après-guerre a été particulièrement
difficile).
I_UNE CROISSANCE SANS PRÉCÉDENT
La France a déjà connu des phases de croissance importante au XXe siècle (1900-1914, années vingt) mais cette
période est unique par sa durée (début années cinquante - milieu années soixante-dix).
A. Les facteurs d’impulsion de la croissance
Cette période de croissance répond à la convergence de facteurs favorables, à la fois internationaux (coût
décroissant de l’énergie, libéralisation des échanges) et internes (poussée démographique, rôle de l’État en faveur de la
modernisation économique, développement de l’investissement et de la productivité).
Le coût décroissant de l’énergie et le choix du pétrole
Le coût décroissant de l’énergie, s’expliquant par un gain de productivité dans l’exploitation des différentes sources
d’énergie,
permet à l’industrie d’
abaisser
la part de ce facteur dans son coût d’exploitation. Mais cette baisse bénéficie
surtout au pétrole (coût décroissant
d’extraction et situation du marché mondial nettement défavorable aux pays producteurs)
rendant ainsi le charbon non-compétitif (son coût d’exploitation atteint le double de celui des hydrocarbures).
La France n’étant pas productrice de pétrole, elle se retrouve dépendante des importations étrangères pour près des
trois-quarts de sa consommation. Mais cette dépendance énergétique a pourtant été délibérément recherchée par le
gouvernement afin de se procurer de l’énergie à meilleur prix que celle qui pouvait être extraite sur le territoire national (le
« plan Jeanneney » confirme ce choix en prévoyant la fermeture des mines de charbon les moins rentables). En revanche, le
pays se dote d’un équipement pétrolier important (industries de raffinage, pétrochimie).
Le choix du pétrole libère l’ensemble de l’économie française du handicap énergétique qui avait pesé sur toute son
histoire.
Le choix de l’ouverture rompant avec le protectionnisme d’avant 1914 et du repli des années 1930
L’ouverture de l’économie française, a joué un rôle impulsif (multiplication des échanges, encouragement à la
modernisation des structures économiques afin d'accroître la compétitivité de l'économie).
La France participe au libéralisme mondial d'après-guerre : adhésion en 1948 au GATT dont l'objectif est la
diminution des droits de douane et ainsi l'établissement de relations commerciales entre pays développés; adhésion au FMI
des accords de Bretton Woods (juillet 1944) et obligeant les pays à avoir une parité « fixe » de leur monnaie (plus ou moins
1%) par rapport à l'or ou à une devise librement convertible (rapidement le dollar). Les dévaluations compétitives observées
pendant l'entre-deux-guerres et leurs conséquences dramatiques sont ainsi limitées.
Malgré cela, la France procède jusqu'en 1958 au rétablissement d'un strict contrôle du commerce extérieur (à cause
des tensions inflationnistes). Le retour au pouvoir de de Gaulle en 1958 permet une libéralisation importante des échanges.
La France s'ouvre ainsi vers l'extérieur grâce à la construction européenne. Le 18 avril 1951, sur l’initiative de
Robert Schumann et Jean Monnet, est instituée la CECA, mettant en place un marché commun pour ces deux produits et
concernant six pays (RFA, Italie, Benelux
et France). La création d'une Communauté Économique Européenne (CEE), suite
au Traité de Rome (1957), caractérise une libre circulation des marchandises et des capitaux. Cette création de la CEE
n'entraîne aucun protectionnisme renforcé à l'égard du reste du monde. Les pays tiers doivent ainsi payer un "Tarif Extérieur
Commun", puis après de nombreuses réductions, les droits de douane sont abolis en juillet 1968.
La France tire de nombreux avantages de ce marché commun : élargissement des débouchés, encouragement de la
production et des investissements, avantage comparatif dans certains secteurs … La concurrence extérieure oblige également
les producteurs nationaux à se moderniser. Enfin la France, dont l'agriculture est l'une des plus puissantes d'Europe, obtient la
mise en place d'un marché commun agricole ainsi que d'une Politique Agricole Commune (PAC) en 1962.
Cette stimulation se traduit par une croissance importante des exportations françaises au cours de la période
(exportations: 12%PNB en 1950 ; 18% en 1973). Ces exportations constituent un moteur de la croissance et leur
augmentation concerne tous les secteurs.
Le commerce extérieur est réorienté vers les pays du marché commun (exportations françaises vers le marché
commun : 16% en 1952 ; 50% en 1970) qui remplacent les débouchés de l'Empire colonial (exportations : 30 à 4%).
La nouvelle donne démographique et la pression de la demande
La "révolution démographique" et la forte croissance de la population française apparaissent comme d'autres
stimulants à la croissance de ces deux décennies (population française : 40,5 millions en 1946 ; 53,7 millions en 1975 soit +
13 millions en 20 ans (autant à peu près qu’entre 1800 et 1945).
Cela s'explique par la reprise de la natalité et du "baby boom" des années d'après-guerre. Cette reprise de la natalité
observait dès 1942 procède de plusieurs causes : phénomène de rattrapage des naissances différées par la guerre, sentiment
d'un avenir meilleur, encouragement de l'État (Sécurité Sociale, allocations familiales … ). Cette reprise de la natalité
s'observe dans tous les pays européens, mais elle plus marquée en France.
L'accroissement naturel résulte aussi du recul de la mortalité, grâce aux progrès de la médecine et à la
généralisation de la protection sociale.
Enfin, un tiers de l'accroissement de la population française entre 1946 et le début des années soixante-dix
s'explique par l'immigration (nombre d'étrangers : 1,7million en 1946 ; 3,4 millions en 1974 soit 6,5% de la population,