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L'Epreuve des Mots

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  • dissertation


1 Noémie Aulombard L'Epreuve des Mots Je pense que l'écriture est une affaire entre soi et soi-même, avant d'impliquer le rapport à l'autre. Cependant, lorsque j'écris, il me semble que je ne suis ni tout à fait moi, ni tout à fait une autre : pendant la création, je me métamorphose quelque peu ; et c'est ce qui fait le charme de créer. L'écriture est, selon moi, une alchimie complexe entre soi-même et l'autre. J'ai commencé à raconter des petites histoires par écrit, vers l'âge de cinq ans. Ce si jeune âge doit vous surprendre, je le conçois. Cependant, mon handicap m'a appris à emprunter d'autres chemins que ceux que prennent d'ordinaire les enfants valides. Limitée dans mon expression orale, j'ai donc dû privilégier l'écrit. J'ai su, très tôt, mettre des mots sur mes sentiments, écrire ce qui s'était passé dans la journée, à l'école ou à la maison. Par ailleurs, j'étais une petite fille très dynamique ; mais mon corps désobéissant ne pouvait m'amener bien loin ; c'était mon imagination qui me conduisait toujours par monts et par vaux. Je fus chevalier, pirate, j'allais sur la lune et j'en revenais pour l'heure du dîner. Très vite, il m'apparut très amusant de consigner mes aventures par écrit.

  • genres littéraires de prédilection

  • stylisation de la réalité

  • production littéraire

  • abstraction de la dure réalité matérielle

  • moment

  • moment de la publication sur le site de l'académie

  • fondement de la liberté créatrice

  • temps au travail de création


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1
Noémie Aulombard
L’Epreuve des Mots
Je pense que l’écriture est une affaire entre soi et soi-même, avant d’impliquer le rapport à
l’autre. Cependant, lorsque j’écris, il me semble que je ne suis ni tout à fait moi, ni tout à fait
une autre : pendant la création, je me métamorphose quelque peu ; et c'est ce qui fait le
charme de créer. L’écriture est, selon moi, une alchimie complexe entre soi-même et l’autre.
J’ai commencé à raconter des petites histoires par écrit, vers l’âge de cinq ans. Ce si jeune âge
doit vous surprendre, je le conçois. Cependant, mon handicap m’a appris à emprunter d’autres
chemins que ceux que prennent d’ordinaire les enfants valides. Limitée dans mon expression
orale, j’ai donc dû privilégier l’écrit. J’ai su, très tôt, mettre des mots sur mes sentiments,
écrire ce qui s’était passé dans la journée, à l’école ou à la maison. Par ailleurs, j’étais une
petite fille très dynamique ; mais mon corps désobéissant ne pouvait m’amener bien
loin ; c'était
mon imagination qui me conduisait toujours par monts et par vaux. Je fus
chevalier, pirate, j’allais sur la lune et j’en
revenais pour l’heure du dîner. Très vite, il
m’apparut très amusant de consigner mes aventures par écrit. Pour moi, l’écriture a donc été
tout d’abord une sorte de jeu.
Cependant, en disant cela, je crains de corroborer l’amalgame que j’entends, hélas ! très
souvent – trop souvent –,
selon lequel j’écris parce que je suis handicapée. C'est un fâcheux
raccourci car mon être, ma vie, ne se résument pas à mon handicap. Selon moi, l’existence est
de la contingence à l’état pur, que l’on saisit au vol ; et je pense qu’à l’instar de tant d’autres
éléments de mon existence, mon goût pour les mots, pour la littérature, pour l’écriture, s’est
constituée sous l’égide du hasard des rencontres. Rencontre avec mon
grand-père, ancien
typographe, qui récite des poèmes d’Hugo, de Lamartine… ; rencontres avec des professeurs
de collège, de lycée, de Classe Préparatoire, qui me firent découvrir des auteurs, tels que
Pagnol, Montaigne, Camus, Flaubert… ; rencontres avec des amis, passionnés de littérature ;
rencontres, enfin, avec des livres et des auteurs : lorsqu’à 16 ans, je lus le roman d’Alessandro
Baricco intitulé
Soie
, je compris la place prépondérante du style dans la création littéraire.
Ces rencontres, chacune à leur manière, ont fait changer ma perception de l’écriture, m’ont
fait découvrir d’autres pans de la création littéraire que, jusqu’alors, je n’avais pas explorés.
Comme je l’ai dit, je suis en Classe Préparatoire depuis trois ans, en Khâgne, plus exactement.
On m’a interrogée sur le rapport entre ces études et l’écriture, si la Khâgne pouvait nourrir
une vocation d’écrivain. Sur ce point, mon avis est partagé. En effet, pendant ces trois ans de
travail intense, j’ai dû ralentir ma production littéraire, voire arrêter d’écrire pour un certain
temps. Cependant, lorsque je reprenais la plume, je ressentais davantage d’aisance à manier
les mots. Je pense que l’enseignement que l’on nous dispense en Khâgne, certes très
théoriques, nourrit incontestablement le travail d’écriture. Le travail de dissertation s’est
substitué pour un temps au travail de création : j’apprenais à structurer mes idées et à trouver
les mots justes pour corroborer la thèse que je voulais défendre. Côtoyer les grands auteurs et
les grands critiques m’a obligée à m’interroger sur des problématiques que je n’aurais sans
doute jamais perçues, sans ces lectures, et à avoir ainsi une certaine réflexivité sur ma propre
création. Néanmoins, à mon sens, l’enseignement de la Khâgne, davantage centrée sur la
sphère théorique que pratique, encourage plus à l’étude qu’à la création, à la métalittérature
qu’à la littérature elle-même. Il y a quelques mois, je me suis rendue compte que je