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Niveau: Secondaire, Lycée, Première
e n t r e t i e n ? 1 4 2 - S E P T E M B R E 2 0 0 5 diversité v i l l e é c o l e i n t é g r a t i o n ? 7 M A R I E R AY N A L Marcel Gauchet, votre ouvrage Le Désenchantement du monde est paru il y a environ vingt ans. Le titre est si connu que l'on en a oublié l'origine. C'est Max Weber, n'est-ce pas, qui fit connaître la for- mule? M A R C E L G A U C H E T La première chose à rappeler, en effet, c'est d'où vient la formule. C'est une formule poétique qui vient du grand poète allemand Schiller et qui a été reprise par Max Weber dans deux sens assez différents. Dans un sens technique d'abord, très précis, qui est celui du désensorcellement du monde – le terme allemand «Entzauberung» exprime bien cette dimension de sorcellerie mêlée au divin. C'est la sortie de la vision magique des choses au profit d'une vision scientifique imposée par la science mécaniste de la nature. Par la suite, Weber a un peu élargi la chose en fonction d'une thèse qu'il avait développée dans l'entre-temps, sa thèse centrale sur la modernité comme processus de rationalisation de l'ensemble des sphères d'activité, de l'économie bien sûr, mais aussi de la politique, de l'administration, du droit… Sous l'effet de cette rationalisation, tout

  • religieuse

  • croyance religieuse des individus

  • dieu

  • ancienne organisation sacrale du monde

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  • humain

  • sortie de la religion dans la modernité

  • reli


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M A R I E R AY N A LMarcel Gauchet, votre ouvrageLeDésenchantementdumondeest paru il y a environ vingt ans. Le titre est si connu que l’on en a oublié l’origine. C’est Max Weber, n’est-ce pas, qui fit connaître la for-mule ?
M A R C E L G A U C H E TLa première chose à rappeler, en effet, c’est d’où vient la formule.
Marcel GAUCHET
C’est une formule poétique qui vient du grand poète allemand Schiller et qui a été reprise par Max Weber dans deux sens assez différents. Dans un sens technique d’abord, très précis, qui est celui dudésensorcellementdu monde – le terme allemand« Entzauberung »exprime bien cette dimension de sorcellerie mêlée au divin. C’est la sortie de la vision magique des choses au profit d’une vision scientifique imposée par la science mécaniste de la nature. Par la suite, Weber a un peu élargi la chose en fonction d’une thèse qu’il avait développée dans l’entre-temps, sa thèse centrale sur la modernité comme processus de rationalisation de l’ensemble des sphères d’activité, de l’économie bien sûr, mais aussi de la politique, de l’administration, du droit… Sous l’effet de cette rationalisation, tout ce qui est vision non seulement magique, mais si je puis dire aussi inspirée, charismatique, portée par l’esprit et la croyance, recule devant les exigences d’une rationalité interne qui s’im-
e n t r e t i e n Marcel Gauchet
pose à tout le monde. Voilà le point de départ. J’ai repris la notion parce qu’elle est belle, suggestive, et aussi parce que, à titre personnel, cela m’intéressait de m’inscrire directement dans le sillage de Weber, même si c’était pour faire quelque chose d’un peu différent de lui. C’est une sorte d’hommage et de reconnaissance de dette à son égard. Cette expression signifie pour moi « sortie de la reli-gion », une expression qui me semble plus exacte que celles que l’on a généralement employées, les classiques « sécu-larisation » ou « laïcisation », notions qui à mon sens font problème parce qu’elles viennent en grande partie des reli-gions elles-mêmes : on est laïc par rapport aux clercs, et séculier par rapport à la sphère des choses sacrées, ou direc-tement célestes. C’est le siècle contre la surnature. « Sortie de la religion» est beaucoup plus neutre et désigne en même temps le phénomène profond – quelque chose que n’envi-sage pas Weber –, la sortie non pas nécessairement de la croyance religieuse des individus, mais de l’organisation religieuse du monde. C’est le point crucial : la religion pour nous aujour-d’hui est devenue un système de croyances – les religions sont les croyances religieuses des individus. Mais, dans le monde pré-moderne, pour employer une qualification qui n’implique aucune polémique et sur laquelle tout le monde sera d’accord, la religion ne recouvre pas seulement les croyances religieuses des individus ni les appareils spécia-lisés, les Églises, le personnel du culte, c’est infiniment plus. C’est une organisation d’ensemble de l’espace social, juri-dique et politique, toute une modalité d’organisation des liens entre les êtres, que ce soit en termes de pouvoir poli-tique, en termes de rapports sociaux, en termes de forme des communautés humaines. Cette organisation religieuse du monde se déploie selon une très grande variété civilisa-tionnelle, mais, en même temps, dans une permanence tout à fait remarquable dont l’exemple le plus simple est celui du pouvoir politique. Il existe évidemment diverses manières d’institu-tionnaliser le pouvoir politique, mais il y en a une qui revient avec une constance marquée, à savoir l’autorisation surna-
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