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+ Encart sur Greco Catholique
Charles et Gabriel sont deux jeunes
diplômés,
amis
depuis
toujours.
Ensemble et à bicyclette, ils sont partis
un an pour découvrir l'Eglise catholique
partout dans le monde. Sur les chemins
de Roumanie, ils ont croisé le Père Alin
Cindea. Jeune prêtre de la petite ville de
Beclean, cet homme de Dieu se bat pour
la paix et l’unité dans un pays qui se
réveille difficilement. Gréco-catholique,
il nous livre sans tabou son histoire
douloureuse et la spécificité de sa
vocation de prêtre marié.
Dites-nous un peu qui vous êtes !
Je m’appelle Alin Cindea, j’ai 31 ans et je
suis prêtre depuis 3 ans et demi à Beclean,
en Transylvanie (Roumanie). J'ai fait 5 ans
d’études de théologie en France, à Paray le
Monial et à Paris.
Je suis né dans une famille peu chrétienne,
à l'époque de Ceaucescu. Seuls mes grands
parents allaient à l'église orthodoxe. A 7
ans, j'ai décidé de devenir prêtre. Je suis
alors rentré au petit séminaire orthodoxe
de Baia Mare. Après avoir appris à mieux
connaître l'Eglise orthodoxe, j’ai réalisé
que mes formateurs avaient un idéal qui ne
me convenait pas, et j’ai renoncé à devenir
prêtre de cette Eglise. J’ai alors commencé
à travailler et ai mis ma vocation de côté.
C’est le Seigneur qui est venu me trouver,
avant que je ne me remette à Le chercher.
J’ai rencontré un prêtre gréco-catholique,
qui m’a réappris à écouter ce que nous
transmettait Jésus-Christ.
Il y avait une petite église dans mon
village. En 1998, aidé par mes parents que
j'avais convaincus, nous avons réussi à la
récupérer et à y faire venir un prêtre gréco-
catholique. Nous avons alors été les
victimes d’une persécution moderne : la
police, le maire, des prêtres orthodoxes se
sont organisés pour nous humilier. Nous
avons été enfermés dans l'église, nous
avons même été battus… C'est difficile de
vous parler de cela. Entendre que des
Chrétiens sont persécutés par des athées
ou des musulmans, c’est fréquent. Mais
lorsque la persécution est le fait d’autres
Chrétiens, de nos propres frères, les choses
sont bien plus difficiles à comprendre.
Nous nous sommes accrochés, accrochés
au Christ. Toutes ces difficultés nous ont
en fait rapprochés de Lui. Mon père, qui
d'habitude n'allait jamais à la messe, est
aujourd'hui l'un des plus fervents fidèles
du village.
Je suis entré au séminaire gréco-catholique
de Cluj. Plus tard, mon évêque m'a envoyé
en France.
L’année 1948 a marqué un tournant
dans l'histoire de la Roumanie et de son
Eglise. Que s’est-il passé?
En 1948, les communistes arrivés de
Russie se sont servis de l'Eglise orthodoxe
comme d’un moyen de propagande. Ils ont
ainsi véhiculé leur idéologie dans les
villages
les
plus
perdus.
Largement
appuyée par les communistes, l'Eglise
orthodoxe en a alors profité pour régler
une vieille rancoeur : celle du détachement
en
1700
de
l’Eglise
orthodoxe
de
Transylvanie qui, ayant reconnu l’autorité
du Pape, devint l’Eglise gréco-catholique.
Tous les évêques gréco-catholiques furent
emprisonnés. L'un d'eux, Vasile Aftenie,
fut battu à mort par la police de Bucarest.
De nombreux prêtres finirent leurs jours
en prison. Tous les biens de l'Eglise gréco-
catholique furent confisqués par le régime
communiste pour être confiés à l'Eglise
orthodoxe.
Attention, je ne dis pas que toute l’Eglise
orthodoxe de Roumanie a collaboré avec
le parti communiste. Nous reconnaissons
comme notre soeur l'Eglise orthodoxe, c'est
important!
Pour autant, il y a eu dans mon pays des
situations
très
délicates.
L'Eglise
catholique
a
été
détruite
dans
ses
fondations, et l'Eglise orthodoxe détruite
de l'intérieur. Moi qui, jeune, voulais
simplement vivre l’Evangile, j'ai été très
choqué.
En 1989, nous avons retrouvé le droit de
pratiquer notre culte en public. Nous
n’avions plus d’églises, et donc pas d’autre
choix que de prier chez les particuliers ou
à l’ombre d’un arbre. Environ 2000 églises
et monastères avaient été confisqués par
l'Etat et donnés aux orthodoxes - une
centaine seulement nous a été rendue
aujourd’hui.
Dans notre région de Bistrita, les relations
avec nos frères orthodoxes sont encore très
tendues. Il nous faut redoubler nos prières
pour la paix, pour que s’apaisent les coeurs
de
toutes
les
personnes
qui
disent
appartenir aux Eglises chrétiennes, prêtres
et fidèles.
Vous êtes très attaché à la Roumanie:
quelles sont vos idées pour participer à
sa reconstruction ?
La situation de la Roumanie est difficile :
bien qu’il soit dit démocratique, le régime
est
proche
du
communisme.
« Du
Président au balais », comme on le dit ici,
tout est politisé.
Il faut redonner aux jeunes leur dignité de
roumains, dont j’ai vu à quel point elle
était détruite grâce au recul que j’ai pu
prendre lors de mes études en France. Il
faut leur faire retrouver cette fidélité à leur
foi, à leur famille, à leur pays, et leur
permettre en même temps d’avoir un
regard ouvert sur le monde.
Concrètement, comment agissez-vous
auprès des jeunes roumains ?
En tant que prêtre, je pense avoir une vraie
mission auprès d’eux: je les emmène
souvent en voyage dans d’autres pays
d’Europe, afin qu’ils voient eux-mêmes
d’autres atmosphères, d’autres manières de
vivre. Il est vrai qu’ils auront aussi besoin
de courage. La foi chrétienne alimente le
courage.
Monseigneur
d’Ornellas
(
l’actuel
archevêque de Rennes en France, ndrl
),
m’a dit un jour que l’unité entre les
Chrétiens
dans
un
pays
comme
la
Roumanie, dans lequel les blessures sont
encore
vives,
pouvait
passer,
très
concrètement, par de vraies amitiés entre
les fidèles.
J'essaie donc de favoriser ces amitiés, à
travers notamment la mise en place d’un
groupe
marial
d’évangélisation.
Aux
jeunes gréco-catholiques du début sont
venus s’ajouter des orthodoxes, puis des
protestants..
Les
orthodoxes
y
sont
maintenant majoritaires.
Nous apprenons ensemble à regarder le
Christ et moins l'Histoire faite par les
hommes, qui nous a séparés en déchirant
l’Eglise.
Vous avez été appelé à deux vocations,
mariage et sacerdoce. Comment vivez-
vous cette situation ?
J’ai souhaité servir le Christ dès l’âge de 7
ans. J’ai su par la suite que ce serait en tant
qu’homme
marié.
Ce
choix
a
été
longuement mûri, j’ai été accompagné par
des conseillers spirituels. La réponse m’est
venue dans la prière, grâce notamment à la
pratique des exercices spirituels de Saint
Ignace.
Je vous présente mon fils Benedict
(il
prend son fils sur les genoux, le regarde
avec tendresse).
Il porte le même nom que
le Saint Père.
Peut-être faut-il expliquer la situation de
cette manière : j’exerce mon ministère de
prêtre en tant qu’homme marié. J’ai une
spécificité qui ne m’empêche d’exercer le
même ministère que les prêtres non
mariés. C’est une manière particulière de
vivre le sacerdoce, d’essayer de suivre le
Christ. Ma vie de famille, j’essaie de la
mettre au coeur de l’Eglise : mon épouse
m’aide beaucoup dans mon ministère, et
me soutient au quotidien. Une chose est
sûre :
j’exerce
mon
ministère
avec
beaucoup plus de joie, en tant qu’homme
marié.
En France, l'Eglise défend le célibat des
prêtres. Vous faites partie de cette
même Eglise, mais vous êtes marié.
N’est-ce pas contradictoire?
Non, ca n'est pas un manque de cohérence,
c’est une question de tradition. La tradition
de l'Eglise latine prône le célibat des
prêtres. L'Eglise gréco-catholique, elle,
suit un droit canon qui lui est propre, et
autorise le mariage des prêtres. Elle a
intégré l’Eglise catholique Universelle
avec sa tradition, ses spécificités. Selon
moi, notre Eglise universelle est riche de
ces diversités.
Comment réussissez-vous
à aimer à la
fois votre femme et le Christ ?
On n'aime pas le Christ et sa femme du
même amour. Non, je ne vis pas mon
sacerdoce comme un concubinage entre le
Christ et ma femme.
Tout mon amour est dirigé vers le Christ,
ce qui ne veut pas dire que j’aime moins
ma femme. Au contraire, en l’aimant, c’est
encore le Christ que j’aime. Elle m’aide à
mieux aimer le Christ. En maintenant
l’union et l’amour dans ma famille, je
veux refléter une petite partie de l’amour
du Christ ici-bas.
Comment
votre
femme
vit-elle
au
quotidien son mariage avec un prêtre ?
Ma femme ne s'est pas mariée avec un
prêtre, mais avec un homme que, j’espère,
elle a aimé et qu'elle aime toujours.
Cet
homme est maintenant ordonné prêtre.
Elle
était
prévenue.
Psychologue
et
sociologue, elle m’apporte son aide quand
les personnes qui viennent me voir
présentent un problème qui n’est pas de
nature spirituelle. De plus, elle participe,
avec ses idées, aux projets et aux activités
paroissiales.
Elle se doit aussi d’être un exemple en tant
que mère. Elle parle avec les familles et
les autres femmes de choses que je peux
difficilement aborder en temps que prêtre.
Et la chasteté?
Tous les Chrétiens sont appelés à vivre
dans la chasteté. Avec ma femme, nous
essayons comme les autres de vivre cette
chasteté. Notre fidélité l’un à l’autre est un
fondement essentiel. Quant au respect de
la vie, nous souhaitons suivre les principes
que propose l’Eglise.
Pensez vous qu’autoriser le mariage des
prêtres pourrait être un remède à la
"crise des vocations"?
Non (
il force le ton
). J’ai entendu dire en
France que le célibat des prêtres était à
l’origine de la crise des vocations. C'est
faux, et je le dis en tant que prêtre marié.
Je pense que s’il y a moins de prêtres
aujourd’hui, c’est qu’il y a de moins en
moins de jeunes qui savent aimer et qui
veulent s’engager, dans quoi que ce soit.
En Roumanie, les séminaristes peuvent se
marier avant d'être ordonnés prêtres. Il y a
10
ans,
sur
50
personnes
qui
se
présentaient au premier examen d'entrée
au séminaire, 25 étaient pris. Cette année,
2 jeunes seulement se sont présentés. La
question ne se situe pas au niveau du
célibat,
mais
bien
au
niveau
de
l'engagement. Cela fait peur de s'engager
pour la vie.
L'aventure continue ! Prochaine étape: le
Moyen Orient. Renseignez-vous sur le
projet Corpus sur www.cor-pus.com et
redécouvrez l'Eglise avec Charles et
Gabriel.