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En route vers l'ailleurs. L'émigration française - Espace Culture ...

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En route vers l'ailleurs. L'émigration française - Espace Culture ...

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Ajouté le : 21 juillet 2011
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6
LNA
#55
/
cycle migrations
L’espoir d’une Nouvelle France
Depuis le XVI
ème
siècle et l’aventure des Grandes Découvertes,
les Français ne cessent de jouer un rôle très actif dans
l’exploration d’un « nouveau monde » et la prospection de
nouveaux territoires outre-mer – même si ce mouvement
n’aura déplacé, au total, à travers océans et continents que
quelques dizaines de milliers de migrants. Les premiers à
s’établir au Canada sont des pêcheurs et des commerçants ;
puis, vient le temps des premiers colons issus principalement
des campagnes et des provinces de l’ouest de la France
(Maine, Poitou, Charente). Champlain fonde Québec sur
l’embouchure du Saint-Laurent en 1608 et obtient de
Richelieu (1627) la création de la Compagnie de la Nouvelle
France pour les territoires situés en Amérique du Nord et
s’étendant jusqu’à la Floride. Après la reconnaissance des
rives du Saint-Laurent par Jacques Cartier et ses malouins,
sous le règne de François I
er
, le pouvoir royal, conscient des
enjeux géopolitiques de ces implantations outre-mer,
investit le domaine de la mobilité outre-mer et en fait, théo-
riquement, l’une des bases de la politique d’appropriation
coloniale. 30 000 Français se sont embarqués pour la belle
province entre 1635 et 1760, mais, après le traité de Paris
(1767) qui consacrait la perte de la Nouvelle-France, ils
n’étaient plus que 9 000 en 1780. Néanmoins, ils ont fondé une
forte communauté à forte identité francophone (6,8 mil-
lions au recensement canadien de 2006, auxquels on peut
ajouter 3 millions de ceux qui se sont déclarés d’origine
canadienne-française au recensement américain de 2004).
L’exode des Huguenots
La vive tension religieuse autant que politique, apparue en
Europe continentale avec la Réforme, la « guerre de reli-
gions » qui ensanglante la France au cours du XVI
ème
siècle
sont à l’origine de flux migratoires importants. Les massacres
de la Saint-Barthélemy et, surtout, la révocation de l’Édit
de Nantes en 1681 (suppression des temples et des écoles,
bannissement des prêtres refusant de se soumettre, obliga-
tion du baptême et de l’éducation catholique) provoquent le
départ de 300 000 à 400 000 réformés (« Huguenots ») qui
partent vers le « Refuge », en Grande-Bretagne, en Suisse,
en Prusse, dans les Provinces-Unies [ et, de là, en Afrique du
Sud où ils font alliance avec les colons néerlandais (Boers) ],
aux États-Unis et en Nouvelle-Zélande. L’apport de cette
population instruite, détentrice de savoir-faire variés dans
l’artisanat, a été une véritable aubaine pour l’économie des
pays d’accueil, où elle a contribué, d’ailleurs, à répandre
l’usage de la langue française. Par contre, l’exode des
protestants a été une perte d’importance pour l’économie
française avec le départ du cinquième environ de l’ « élite »
professionnelle du pays. Dans un mémoire, Vauban a tenté
de convaincre Louis XIV d’annuler l’édit de Nantes, mais
en vain.
L’ « émigration » française sous la Révolution
Aux temps de la Révolution française, le terme d’émigration
prend un sens politique très marqué et la question des
émigrés ne cesse d’agiter le monde politique et de troubler
l’opinion publique depuis la prise de la Bastille et jusqu’à
la Restauration. La tournure politique de la Révolution,
le développement des troubles révolutionnaires amènent
140 000 personnes à quitter le territoire, soit pour com-
battre le nouveau régime en place et son évolution, soit pour
tenter de protéger leur vie et/ou leurs biens. La majorité est
constituée d’aristocrates et de personnes très attachées à la
monarchie, de riches bourgeois, de membres du haut-clergé
mais aussi, à partir de la Constitution civile du clergé
(12 juillet 1790), de simples prêtres dits « réfractaires ». Les
émigrés s’établissent en Angleterre, aux Pays-Bas, en Alle-
magne dans les villes de Coblence et de Worms, principaux
lieux de résidence de l’opposition monarchique, en Italie et
en Espagne, aux États-Unis. L’escalade du conflit s’aggrave
à partir de la fuite de Louis XVI et de son arrestation
à Varennes (17 juin 1791) qui renforcent la volonté des
« émigrés » de combattre le nouveau régime par tous les
moyens, à l’extérieur comme à l’intérieur de la France
(participation armée à la coalition anti-révolutionnaire lors
de la bataille de Valmy, échec du débarquement avec les
Anglais à Quiberon en 1795). La politique du gouverne-
ment se durcit sous la Convention (interdiction de sortir
du territoire, confiscation des biens, établissement d’une
liste d’émigrés équivalant à une véritable condamnation à
mort comme « traîtres » à la patrie en 1792). Leurs biens
En route vers l’ailleurs
L’émigration française au cours des siècles
Géographe, professeur émérite de l’Université de Poitiers
Par
Gildas SIMON
Par rapport à leurs voisins européens, les Français sont réputés casaniers ; pourtant, la France, terre traditionnelle d’im-
migration et d’asile depuis l’Ancien Régime, patrie de la liberté et des droits de l’Homme, a été, à plusieurs reprises au
cours de son histoire, une terre d’émigration et même d’exodes importants. En ce début de XXI
ème
siècle marqué par une
nouvelle phase de la mondialisation, les Français s’expatrient de plus en plus fréquemment.
En conférence le 7 décembre
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