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ETUDES HISTORIQUES JURIDIQUES ET POLITIQUES

De
166 pages

  • exposé - matière potentielle : des structures théoriques

  • exposé


BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE 1. - ETUDES HISTORIQUES, JURIDIQUES ET POLITIQUES BOUTEOS-Gnnu (Boutres). - Le mouvement afro-asiatique, Paris, P.U.F., 1969. (Travaux et recherches de la Faculté de Droit de Paris, série Afrique, no 6), 197 p. Nous avions donné dans l'A.A.N., 1968, p. 905, un compte rendu du précédent ouvrage de M. Boutroç-Ghali portant sur l'O.U.A. Cette fois c'est l'ensemble du mou- vement afro-asiatique que décrit l'auteur avec l'aide de Sirnone Dreyfus. Ce livre est plutôt un manuel qui sera fort utile non seulement aux étudiants mais encore à tous les spécialistes du Tiers-Monde; comme l'exige le genre, l'ouvrage est essentiel- lement descriptif. M.BG. décrit minutieusement l'historique du mouvement afro-asiatique depuis 1926. Suit un chapitre sur le panislamisme et un autre sur l'arabisme. On voit bien là un des problèmes fondamentaux du Moyen Orient actuel: la confusion entre deux concepts essentiellement différents. On peut regretter toutefois que trois pages seulement soient consacrées a u marxisme et à ses positions vis-à-vis de l'Afro-asiatisme. B.G. propose alors - sans trop les discuter - deux définitions de I'Airo-asiatisme : celle de Malek Bennabi et celle de Jansen.

  • instrument d'intégration nationale

  • leaders du tiers-monde

  • pays africain

  • égard de la position soviétique sur le problème palestinien

  • socialisme arabe

  • problèmes fondamentaux du moyen orient actuel

  • leader

  • théorie du personnage


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BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE ·
I. - ANTHROPOLOGIE
L'année 1979 confirme l'intérêt de la recherche concernant les sociétés nomades
au Maghreb, au Sahara et dans d'autres régions du monde, études ponctuelles approfon­
dies ou analyses comparatives de plus en plus élaborées. Des réunions internationales,
des séminaires leur sont consacrés. Presque partout la régression du mode de vie
nomade est constatée, avec les mêmes difficultés d'adaptation des populations à une
civilisation technique qui dépend essentiellement des centres urbains, dans un régime
économique productiviste.
En même temps, dans les mêmes territoires, l'on constate un raidissement des
gouvernements à l'égard des recherches en sciences humaines. Serait-ce la mauvaise
conscience des dirigeants à l'égard de l'écrasement culturel et économique qu'on peut
relever chez un certain nombre de ces populations?
Un autre pôle d'intérêt s'affirme de plus en plus ces dernières années, c'est celui
de la culture juive au Maghreb, de son transfert en Europe, de son rapport avec les
terroirs d'origine et la culture islamique. Etant donné la production littéraire et
scientifique dans ce domaine nous lui accorderons plus de place ici dans notre prochaine
rubrique. Enfin, à travers les revendications des minorités, le monde des femmes
s'exprime de plus en plus. Le numéro de la revue Tisuraf en est un exemple éloquent.
Partout l'on éprouve la même impression de mondes qui finissent, de savoirs qui
disparaissent, de qualité de vie transformée par un conditionnement socio-économique
nouveau, implacable, lui· même régi par des conditions politiques à l'échelle de la
planète.
Marceau GAST
SUR QUATRE THÈSES DE RECHERCHES

CONCERNANT LES NOMADES SAHARIENS

Casajus (Dominique) : La tente et "essuf, Parenté et mariage dans une fraction
touarègue du Nord Niger. Thèse de Ille cycle (ethnologie) soutenue le 16
novembre 1979 (directeur D. de Coppet), Université de Paris V, 485 p.
ronéo.
. Cette rubrique a été réalisée sous la responsabilité de Noureddine SRAÏEB. BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE 1184
Claudot (Hélène) : La sémantique au service de l'anthropologie. Recherche métho­
dologique et application à l'étude de la parenté chez les Touaregs de
l'Ahaggar. Thèse de Ille cycle (ethno-linguistique) soutenue le 10 février
1979 (directeur Professeur G. Mounin), Université d'Aix en Provence,
193 p., 9 pl. photos.
Pelligra (Daniel) : Systèmes de relations nomades: région de Touggourt (Algérie).
Thèse de Ille cycle (sociologie) soutenue en 1979 (directeur G. Tillion),
E.H.E.S.S., 290 p. ronéo.
Horney <Alain}: Les Sa 'ïd 'Atbii de N'Goussa, Histoire et état actuel de leur
nomadisme: wilaya de Ouargla (Algérie). Thèse de Ille cycle (anthropolo­
gie) soutenue en 1978 (directeur G. Tillion), E.H.E.S.S., 253 p., 1 carte
h.t.
Ces quatre thèses, toutes différentes les unes des autres dans leur orientation,
problématique et méthodologie de recherche ont pourtant plusieurs points communs:
elles concernent des populations de pasteurs nomades en voie de transformation, elles
sont le résultat d'une longue et profonde approche du terrain, d'une communication
intime et fraternelle entre le chercheur et les populations concernées; elles représentent
une somme de témoignages valorisant la qualité de ces sociétés sur le plan de leur
organisation sociale et économique, leur adaptation aux conditions écologiques en milieu
aride, leur désir d'évoluer tout en sauvegardant certains traits de leur identité, variables
selon les cas et les latitudes. Les deux premières études concernent des populations
touarègues du Niger et du Hoggar en Algérie, les deux suivantes des nomades du nord
Sahara des régions de Ouargla et de Touggourt. Si les recherches théoriques de fond
caractérisent les premières, les secondes se placent nettement dans le cadre du dévelop­
pement et de l'insertion actuelle de ces populations au niveau national. Ce choix
correspond probablement à la différence du statut des chercheurs (nous pensons qu'il est
intéressant de relever ce trait pour comprendre la dynamique et l'orientation des
recherches en sciences sociales dans les pays en développement) : les uns sont étrangers
non résidents permanents, les autres sont aussi étrangers mais résidents permanents
(coopérants ou en contrat).
L'ouvrage de D. Casajus concerne le groupe de tawsit des Kel Ferwan ou c gens
d'Iferwan - nom que se donnent les Touaregs nomadisant à l'ouest d'Agadez, au nord du
Niger. La tawsit étant un ensemble de personnes nomadisant sur les mêmes terres,
pariant la même langue (le tamacheq), et qui prétendent descendre du même ancêtre
féminin, sans toujours pouvoir établir une chaîne généalogique effective prouvant cette
parenté. Ces tawsit peuvent absorber des Touaregs étrangers venus s'installer sur leurs
territoires, et les descendants de ceux-ci sont véritablement intégrés au bout de
quelques générations. Au nombre de dix mille personnes environ les Kel Ferwan
comprennent une quinzaine de tawsit parmi lesquelles une seule est dite imajeghan, mot
qu'on peut traduire par· noble -. C'est elle qui fournit les chefs responsables de
l'ensemble Kel Kerwan. Les autres tawsit sont dites imghad (plébéiens); mais dans le cas
des Kel Ferwan ce ne sont pas de véritables tributaires comme les imghad des Kel
Ahaggar par exemple. Les imajeghan possédaient autrefois d'immenses troupeaux de
dromadaires et les imghad n'élevaient que des chèvres et des moutons. Le chameau était
l'animal du commerce, des relations sociales et guerrières alors que la chèvre était le plus utile pour la subsistance quotidienne. A côté de ces deux classes
d'hommes libres se situent les forgerons inadan, les affranchis ighawalen et les esclaves
eklan. La condition servile a été désormais abolie et les esclaves sont tous en principe ANTHROPOLOGIE 1185
affranchis. L'eghawil est celui dont les parents ont été affranchis avant la période
coloniale, l'ekli celui dont les parents ont été affranchis sous la pression extérieure.
Cette structure sociale peut rappeler une structure segmentaire mais où les segments
seraient hiérarchisés (avec toutefois une absence totale de lien de parenté entre la
première et la deuxième catégorie de gens).
Après avoir étudié l'habitat, l'élevage et sa conceptualisation, les rapports imajeg·
hanlimghad, chameliers/chevriers (. ce que l'amghid recevait de son amajegh, c'était
non pas l'assurance de ne pas être pillé, mais celle de ne pas l'être par un autre que
lui ., p. 61), l'auteur aborde à propos de l'idéologie .la notion d'essuf. (p. 69). A partir
de cette analyse, de celle très subtile des différentes terminologies de parenté et des
rapports qu'il établit entre les structures spatiales de la tente, !'essuf (territoires des
génies), les cérémonies du mariage et la morphologie des contes, nous pouvons dire que
D. Casajus fait véritablement une œuvre de recherche créatrice, originale et féconde,
même si on ne le suit pas toujours dans l'enchaînement quasi mathématique qu'il nous
présente. Il distingue trois terminologies de parenté (les Touaregs sont des gens
véritablement compliqués, ce qui explique les difficultés des chercheurs à y voir clair
dans la subtilité de leurs rapports sociaux) : la première caractérise la relation entre un
homme et son neveu utérin, la seconde particularise la relation fils/père, la troisième
utilisée parfois par les forgerons, désigne par le même nom tous les collatéraux d'un
homme (alors que les deux précédentes se caractérisent par des différences d'appella·
tions entre Ego et ses cousins croisés ou parallèles, masculins ou féminins). Il serait
trop long ici d'analyser la véritable découverte de D. Casajus concernant ce domaine très
spécialisé des structures de parenté et qui plus est, dans le domaine touareg. Disons
tout de suite que D. Casajus s'est livré avec bonheur à ce difficile exercice grâce à deux
de ses principaux atouts en la matière: outre sa bonne formation en ethnologie, il est
aussi mathématicien (polytechnicien) et il parle très bien le tamacheq (il a suivi une
formation en linguistique touarègue en pl us de ses années de pratique sur le terrain).
Après cette première découverte l'auteur constate que dans le mariage, l'échange n'est
pas la valeur première. Une exigence supérieure est posée avant le mariage, c'est la
pérennité de la tente. La tente est le centre de gravité d'un jeu social. A travers l'analyse
structurale de plusieurs contes et celle de la notion très complexe de l'essuf (qui est une
relation, un extérieur par rapport à, proche et menaçant), l'auteur établit une corréla·
tion entre les rapports sociaux définis par les différentes terminologies de parenté, ceux
existants entre l'époux, la tente où siège l'épouse, le père, le frère et l'essuf et les
différents types d'héritage. La pensée touarègue lui paraît dominée par. le souci de
l'englobement de l'extérieur •. Il analyse ensuite le rôle de l'amajegh dans la circulation
du butin et celle des femmes, le mariage comme violence reproduisant symboliquement
le rapt des femmes, le rituel du mariage et ses significations. Il rappelle une légende
concernant des veuves sans descendance et qui vont implorer le roi David. Celui-ci leur
demanda de s'étendre auprès des cadavres de leurs maris et elles furent fécondées. Ainsi
naquirent les forgerons et les imghad. L'ensemble des Touaregs apparaît comme né de
l'essuf. Lors du mariage. en quittant la tente de sa sœur pour entrer dans la tente
d'une étrangère, l'homme connaît un certain exil, où seul l'Islam l'accompagne •.
Après avoir étudié l'attribution des noms des enfants, l'auteur aboutit à la
constatation suivante: • Les rituels du mariage et de la nomination mettent en jeu les
concepts de tente et de campements qui par ailleurs nous sont apparus comme centraux
dans l'étude de la morphologie sociale. Ces concepts, dont il est clair qu'ils ne décrivent
pas seulement la tente et le campement matériel mais des éléments de l'idéologie, nous
paraissent, pour une étude de la société touarègue, plus adéquats que ceux de matrili·
néarité et de patrilinéarité, dont ils se rapprochent sans se confondre avec eux •. Voilà BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE 1186
une hypothèse de recherche fort intéressante tant il est vrai qu'on ne peut analyser les
sociétés touarègues essentiellement en référence au système de filiation. Le dernier
colloque organisé à Gif-sur·Yvette du 23 au 26 septembre 1980 par le Laboratoire
d'anthropologie sociale du Collège de France et le L.A.P.M.O. d'Aix-en·Provence a
nettement prouvé les difficultés d'une pareille analyse.
L'auteur analyse ensuite une série de chants du mariage pour situer la place du
forgeron comme celle d'un lettré qui légitimise le mariage, et présente aussi diverses
versions des contes d'Aniguran toujours en rapport avec le monde de la tente, le monde
du campement où l'homme devient souvent un génie, donc l'expression de la relation
avec l'essuf. Pour lui, c'est dans le cycle des contes d'Aniguran, héros de la littérature
pan·touarègue, que • l'idéologie touarègue de la parenté réalise sa propre synthèse­
[p. 355). Dans toute cette partie II de l'ouvrage (qui compte trois chapitres) nous avons
une série d'analyses de contes magistralement menées en cohérence avec les orientations
de recherche et les pôles de références précédemment présentés dans l'idéologie de cette
société. Les relations oncle maternel/neveu utérin, père/fils, frère/sœur sont analysées
à travers plusieurs lectures des onze contes qui sont présentés ainsi que les mythes sur
l'origine du port du voile et celle des Touaregs.
Les conclusions de l'auteur sont particulièrement originales et après de rigoureu­
ses démonstrations méthodologiques, atteignent un degré de haute philosophie.• La
société touarègue nous y est apparue préoccupée de l'expérience de la limite. Société
nomade vivant aux frontières d'elle·même, confrontée quotidiennement à l'essui, le
néant, la solitude, la mort ou simplement la frontière, elle fait de l'essuf un élément
essentiel de son idéologie -.• A cet essuf omniprésent, auquel la tente s'oppose mais
avec lequel elle se confond parfois s'ajoute l'Islam, autre élément essentiel de l'idéologie
touarègue - (p. 464). Pour D. Casajus l'activité guerrière n'a pas le sens premier qu'on a
souvent voulu lui donner. Elle est aussi une manifestation de la relation à l'essui, à
l'étranger, le mariage étant l'autre relation.• Que l'Etranger soit en dernier ressort la
mort, et que l'Etranger soit présent dans le familier a quelque chose de troublant... ce
qui est véritablement troublant, ce n'est pas que l'idéologie touarègue dise cela, mais
qu'elle fasse de cette vérité son fondement... Là résiderait peut·être l'origine de la
fascination que le Targui a pu exercer sur l'Européen - (p. 466). On est saisi par le
souvenir d'Albert Camus à la lecture de ces réflexions. L'auteur en a·t·il eu conscience?
Ce n'est pas certain tant il a été porté, commandé par son sujet depuis les relations
ethnographiques les plus minutieuses jusqu'aux considérations philosophiques de ses
structurale de D. Casajus, sa conclusions. On peut contester le goût de l'analyse
fascination à l'égard des contes, mythes, légendes, ses agglutinations d'indices à propos
du voile (qui sont en effet très contestables), du nom, du mariage et du symbolisme de la
tente. On peut lui reprocher, après avoir entrepris une analyse rigoureuse et métho·
dique des terminologies de parenté et de la structure sociale, d'avoir décollé de plus en
plus des contingences matérielles de la vie de ces nomades pour voguer dans l'univers
fantastique des mythes et de leur interprétation philosophique. L'on peut aussi s'éton·
ner qu'il n'ait pas donné, comme toujours dans la plupart des études sur les sociétés
nomades, une prépondérance à l'activité pastorale et qu'il n'ait pas fait graviter son
étude autour de cet axe économique conditionné par des relations écologiques et
politiques. Toutes ces critiques pourraient être sévères certes; mais si toutefois l'on
avait affaire à un auteur qui méconnaisse les détails de l'organisation matérielle, sociale,
économique, politique de la population concernée et qui ne les maîtrise pas. Or, ce n'est
pas le cas de D. Casajus. Il connaît bien la langue et ses subtilités pour pouvoir traduire
lui-même des poèmes difficiles, découvrir les nuances des termes de parenté dans tous
leur emplois. Il a suffisamment pratiqué la vie quotidienne des campements pour ANTHROPOLOGIE 1187
pouvoir en apprécier tous les aspects matériels, économiques et sociaux. C'est donc en
toute connaissance de cause qu'il a choisi une autre méthode d'analyse, d'autres pôles de
référence conditionnant le fonctionnement et l'âme de cette société.
Il reste que toute contestation formulée, son apport à la connaissance approfondie
d'une société touarègue sur le plan de l'analyse théorique en anthropologie sociale, nous
En effet les études sur les sociétés touarègues buttent depuis dix ans paraît important.
sur l'inadéquation entre les structures d'analyses proposées par Cl. Lévi·Strauss (théorie
de l'alliance et de la filiation) et les caractères fondamentaux des sociétés concernées.
Avec une grande audace intellectuelle et une grande imagination créatrice, D. Casajus
propose autre chose qui représente à la fois un champ de connaissances nouvelles à
travers des grilles d'analyse totalement différentes, suivant des pôles de références
entièrement nouveaux, mais aussi une orientation théorique autre. Après avoir usé de
l'analyse structurale, il abandonne la théorie de la filiation et de l'alliance comme outil
principal d'analyse de l'organisation des rapports sociaux et propose de considérer le
choix idéologique de cette société comme fondamental. Ce choix se perçoit selon lui à
travers l'idéologie du sacrifice, la vision cosmogonique de l'homme dans ses rapports
avec l'au-delà et son environnement. Il constate une continuité de thèmes entre les
contes africains et les contes touaregs. Voilà un apport qui renforcera les tendances
actuelles de l'anthropologie qui se soucie de plus en plus de prendre en compte les
idéologies dans l'analyse de sociétés (voir à ce sujet le nO 3-4, t. XVIII, juillet·décembre
1978 de l'Homme consacré aux Idéologies où marxistes, structuralistes et autres théori­
ciens s'affrontent dans ce domaine).
Souhaitons que l'ouvrage de D. Casajus soit rapidement imprimé pour être plus
facilement mis à la disposition des chercheurs de toutes disciplines et pour jouer son
rôle d'instrument de connaissance et de réflexion collective.
L'ouvrage d'Hélène Claudot se place au même niveau de qualité que le précédent,
au même plan de recherche théorique et fondamentale. mais avec des outils d'analyse et
des objectifs différents, sur une société touarègue voisine des Kel Ferwan, celle des Kel
Ahaggar ou c Touaregs du Hoggar ». L'auteur définit son travail comme c un itinéraire
autour de la double interrogation sur le statut de l'ethno·linguistique d'une part, et
l'interprétation de la parenté dans la société Kel Ahaggar d'autre part,. (p. ll). En
effet, avec sa double formation de linguiste et d'ethnologue, H. Claudot s'est donné
comme objectif de tester les limites de l'analyse componentielle du vocabulaire de la
parenté, de remettre en cause les pré-supposés théoriques qui sous·tendent l'analyse
sémantique utilisée en anthropologie. Elle pose le problème de la relation des significa·
tions linguistiques et des significations sociales qui poursuivent le mème objet mais ne
peuvent pas nécessairement s'appuyer sur la même méthode.
Cet ouvrage d'environ 300 pages ronéotées a l'avantage d'être présenté d'une
façon extrêmement claire et systématique. Les six chapitres sont pour chacun d'eux
précédés de la présentation de leur plan; chaque partie, paragraphe, sous-titre étant
numéroté. Le texte lui-même est net, bien présenté dans son ordonnance graphique,
méthodique, les termes vernaculaires sont systématiquement soulignés; de nombreux
graphiques de parenté aident judicieusement la compréhension de l'analyse théorique,
les notes infrapaginales se situent en bas de pages. Une série de onze planches de photos
noir et blanc agrémente la lecture en décrivant par l'image la vie des hommes et la
qualité des paysages. Bref, l'impression de clarté, de solidité que l'on perçoit en 1188 BIBLIOGRAPHIE CRITI(,lUE
feuilletant rapidement l'ouvrage ne fait que se confirmer à la lecture de ce travail.
Lecture qui demande une formation (ou information) suffisante en linguistique et en
anthropologie sociale.
L'auteur analyse d'abord les principaux traits d'identification des Kel Ahaggar en
présentant le cadre général de vie de cette population: géographique, écologique,
économique, sociologique et historique. Dans un deuxième chapitre, H. Claudot aborde
immédiatement le trait majeur qui caractérise cet ensemble social: la référence à la
parenté. Elle constate que sur les quatre critères principaux qui définissent la position
d'un homme (par rapport à sa classe sociale, son toboi et sa tausit, dans sa tausit, dans
son campement et sa tente), trois de ces critères sont basés sur la parenté. c On constate
rapidement que la « parenté» sert d'argument universel pour justifier nombre de faits
et gestes, qu'il s'agisse de l'évocation des origines, des rapports entre groupes, des
comportements, du choix d'un conjoint, des échanges de biens et de services, des modes
de l'héritage et de la succession à la chefferie, en somme d'un ensemble de relations
d'ordre à la fois psychologique, matrimonial, économique et politique» (p. 43). La forme
du réseau généalogique met en valeur deux types de segmentation, l'un binaire, l'autre
ternaire. Les structures segmentaires se trouvent projetées ainsi dans les appellations
territoriales ou les oppositions binaires manifestées au niveau des couleurs (désignant
des catégories sociales) ou au niveau de la parenté (aînés/ cadets, frère/sœur, sœur/
sœur). Après avoir posé un certain nombre de problèmes et de questions à partir de ces
observations ethnographiques, l'auteur passe alors, au chapitre III, à l'analyse des
terminologies de parenté et à celle de la sémantique de ces termes.
Le problème de fond en ce domaine reste celui que les anthropologues discutent
depuis la fin du XIX· siècle avec L.H. Morgan: y a-t-il corrélation entre la terminologie
de parenté et les autres aspects de la vie sociale? Quels sont les rapports entre langue,
pensée et société? Après avoir passé rapidement en revue l'historique des démarches
théoriques en ce domaine (L.H. Morgan, Murdock, W. H.R. Rivers, Malinowski, Radcliff­
Brown, Kroeber), l'auteur aborde « l'analyse componentielle ». c En fait, ce type d'ana­
lyse remonte au moins à Leibniz - sinon à Raymond Lulle... » nous dit G. Mounin
(Ciefs pour la linguistique, Seghers, 1968, p. 160). Redécouverte par les Américains et
introduite en anthropologie sociale à partir de la linguistique moderne, cette méthode a
défrayé la chronique des recherches surtout aux environs de 1956/1960 et 65 après les
études de Goodenough, Wallace et Atkins, Conklin, Lounsbury, Burling, Scheffler,
Romney, Hammel et beaucoup d'autres. c Dérivée de l'analyse phonologique en traits
distinctifs, cette méthode part de l'hypothèse que les significations linguistiques for­
ment un système et se découpent en plusieurs sous-ensembles, identifiables et structu­
rables, et d'autre part que le contenu de chaque terme est décomposable en unités de
signification plus petites qui en sont les composantes (components) élémentaires»
(p. 69). Maitrisant parfaitement tout le vocabulaire de la parenté touarègue des Kel
Ahaggar, H. Claudot se livre alors à travers les préalables théoriques de cette méthode, à
une série d'analyses qu'il serait trop long de détailler ici. Elle en tire des conclusions de
deux ordres: les unes concernant l'organisation de la société touarègue, les autres
concernant la critique de la méthode et des rapports entre la linguistique et l'anthropo­
logie sociale.
«L'organisation de type iroquois est la plus complète et certainement la plus
ancienne. Elle rend plausible l'existence sous·jacente d'une pratique d'alliance entre
cousins croisés... L'équilibre bilinéaire, observé dans ce système, pourrait manifester un
principe de double filiation» (p. 88). La tendance actuelle d'évolution vers le système dit
« arabe» (mariage avec la cousine parallèle, fille du frère du père, et l'emploi récent de
l'appellation arabe de 'ammi pour l'oncle paternel) c traduirait un affaiblissement de ANTHROPOLOGIE 1189
l'opposition entre parallèles et croisiés, au profit de l'institution d'une unité fonction­
nelle au niveau des parents directs» (p. 89). Ces observations avaient déjà été faites
récemment par d'autres chercheurs sur le même terrain, mais à partir de méthodes
empiriques moins rigoureuses. Il était important de les voir confirmées par l'analyse
linguistique.
Après s'être livré à cette démonstration pratique et systématique, l'auteur
procède alors à une analyse critique de la sémantique des linguistes et de celles des
ethnologues en expliquant les malentendus possibles, les limites en chaque discipline et
les difficultés de l'ethno-linguistique. Elle démontre que l'analyse sémantique d'un
lexique « ne signifie plus rien en soi» et que les deux analyses (linguistique et anthropo­
logique) ne doivent en faire qu'une seule. Plutôt que de garder comme orientation
d'analyse le « lien entre le principe de réciprocité et une structure logique universelle»
proposé par Ch. Levi-Strauss, il lui apparaît que la « contrainte de coopération» est « le
trait constitutif de toute société» et « qui peut prendre les formes les plus diverses»
(p. 146).
Progressant sans cesse à la fois dans sa réflexion et l'application à cette société
des matériaux d'analyse que fournit l'anthropologie, H. Claudot passe alors dans le
chapitre V, « au peigne fin », pourrait-on dire, les « niveaux de la signification ». Toutes
les institutions parentales de l'axe matrilinéaire (filiation, mariage, transmission des
droits, fonction du « ventre ») et celles de l'axe patrilinéaire (résidence, avec tout ce qui
en découle et l'héritage des biens individuels) sont analysées en parallèle ou en opposi­
tion, mais l'on constate que le principe de l'unifiliation n'est par pertinent. Il est
« constamment assoupli, biaisé, dénaturé ou contredit par l'utilisation toujours latente de
la bilatéralité » (p. 210).
Tout ce que l'auteur peut tirer de la théorie structuraliste est mis en œuvre au
chapitre VI et ne fait que renforcer les caractéristiques déjà annoncées: « .. .l'endogamie
déclarée de la tausit pose un obstacle majeur au maintien de ces traits d·unifiliation.
Dans ce cas, en effet, les liens de parenté, qui unissent les membres du groupe de
filiation deviennent nécessairement bilatéraux» (p. 255). «En fait, dès que l'on s'atta­
che à la parenté pratique, c'est bien la bilatéralité (ou parenté indifférenciée) qui domine,
servant à contourner les règles établies qui protègent la cohésion de la communauté
élargie (tausit) ... La parenté n'est plus qu'un masque, une façade officielle qui voile les
intérêts privés non avouables» (p. 256).
Est-ce à dire qu'Hélène Claudot a réglé son compte à l'idéologie de la parenté
touarègue, clé de l'organisation sociale chez ces populations? Certainement pas. Mais
les progrès de nos connaissances en la matière sont nets. L'on est sorti une fois pour
toutes des évaluations empiriques et des convictions personnelles, grâce à l'emploi
rigoureux et critique à la fois de la méthode linguistique et des cadres de l'analyse
structurale, pour aborder un domaine de certitudes. Certitudes plus négatives que
positives pour l'instant: démonstration lucide et conséquente des limites de l'analyse
sémantique, exigences au niveau de la qualité des matériaux ethnographiques, analyse
systématique de ces matériaux sans présupposés théoriques, faute de quoi ils ne
satisfont pas les «modèles ». D'autre par le «fonctionnement des significations qui
s'érigent dans une société donnée, ne peut davantage coïncider avec les représentations
qu'en ont les sujets sociaux» (p. 259).
L'auteur considère moàestement son travail comme une simple étape de défriche­
ment de «l'étude de la formalisation sociale dans son ensemble ». Vingt deux pages de
sélection bibliographique de bonne qualité terminent l'ouvrage (concernant l'ethnologie
touarègue et la linguistique) ainsi qu'un index des noms propres avec leur transcription 1190 BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE
(suivant la grille de trans-littération présentée page 211). Cet ouvrage, comme le
précédent, est une bonne contribution à la connaissance d'une société touarègue tradi·
tionnelle. Le courage intellectuel qu'affirme Hélène Claudot dans cette entreprise
périlleuse, ses solides qualités de linguiste et d'ethnologue font de cette étude à la fois
une remarquable exploration méthodologique et un bon outil de travail et de réflexion.
Son apport théorique à une réflexion générale sur l'analyse des sociétés humaines est
indéniable. Cependant, il faut retenir comme son auteur le propose, qu'il n'est qu'une
étape de la recherche qui peut encore être très féconde dans ce monde si riche,
extraordinairement dense et complexe du point de vue de l'idéologie et de l'organisation
sociale que représentent les sociétés touarègues.
Avec les thèses de Daniel Pelligra et Alain Romey nous abordons non seulement
un monde différent concernant des sociétés de pasteurs-cultivateurs du Sahara septen­
trional, mais surtout vues et analysées sous des angles et rapports différents.
D. Pelligra raconte, en introduction, son aventure. Jeune coopérant en 1971 dans
l'enseignement secondaire, il s'intéresse d'abord à ces curieux nomades cassant des
cailloux aux abords de Touggourt et triant les dattes l'hiver. Ceux-ci deviennent ses
amis; il apprend petit à petit leur langue, les héberge chez lui les veilles de marché, va
chez eux avec sa tente, les photographie et entreprend dè tourner un film avec leur
concours actif. Perçu tout d'abord comme amateur d'exotisme, il passe alors pour un
professionnel qui peut être utile ou dangereux. L'amitié demeure mais le niveau de
relation est alors différent: le spectateur devient acteur et protagoniste, non seulement
au plan de sa personne et de ses relations, mais aussi comme élément politique dans une
société en mutation. C'est ce rapport avec l'autre dans un pays en développement, dans
le cadre d'une idéologie nationale, avec l'idée implicite de la servir du moins en partie et
d'aider les populations étudiées que l'auteur nous décrit en somme, dans cette étude
monographique sur les Ouled Sayah.
Le c pays ~ des Ouled Sayah se situe dans l'oued Righ d'El M'raier à El Hadjira
sur environ 200 km et de Taïbet à Dzioua, d'est en ouest sur environ 100 km. Cette
portion de territoire comprend une partie dans l'oued Souf et l'autre dans l'oued Righ,
ces deux grandes vallées riches en palmiers dattiers et orientées sud-nord. Ce pays
comprend des zones caillouteuses et de grandes régions sableuses très spécifiques. A tel
point que l'auteur perçoit nettement dans le même groupe c ceux du caillou ~ et c ceux
de l'erg~; de même pour les dromadaires: ceux de l'erg aux soles larges et molles sont
incapables d'affronter les déserts de pierres où ils se blessent affreusement. D'ans l'erg
les mœurs semblent plus douces à l'image du paysage semble-t-il. Cependant la même
méfiance pour ce qui est urbain affecte communément tous ces nomades.
Après une rapide présentation géographique du pays, l'auteur présente l'histoire
du peuplement de l'oued Righ jusqu'à la période coloniale qui, d'après lui, a porté un
c coup décisif à la suprématie du nomade sur le sédentaire, comme dans toutes les
autres régions sahariennes ~ (p. 35). Cette dévalorisation de la vie nomade ne fait que
s'accentuer après l'indépendance de l'Algérie, puisque ceux-ci ne se voient aucune
perspective proposée par les planificateurs (comme elle a été réalisée pour ceux des
steppes). Il semble que leur suppression soit la voie la plus simple pour résoudre les
problèmes qu'ils posent (p. 35).
Nous remarquons au passage, à propos de l'histoire de ces populations, le nombre
d'ancêtres ou chefs féminins signalés par l'auteur. C'est d'abord la fondatrice de ANTHROPOLOGIE 1191
Touggourt, courtisane du nom de Tggurt el Bahadja, Oum Hani cheikh el Arab féminin
d'un bey de Constantine et d'une captive espagnole qui fit mettre à des Daouaouada fille
mort son mari et le sultan de Touggourt; Zermina. Meriem et Aïchouch toutes les trois
sultanes. Le frère de cette dernière participa aux pourparlers avec les Français en 1831.
Elle-même gouverna le pays de 1833 à 1840, fit mettre à mort son mari et le sultan de
Touggourt puis mourut emmurée après avoir été prisonnière des Mehadjeria. L'oued
Righ fut aussi dans son histoire sous la coupe des Ibn Ghania, célèbre famille qui défraya
la chronique dans une grande partie du Maghreb au Moyen Age. Or Ghania était une
femme, et bien qu'elle fut mariée légalement, ses descendants portèrent son nom sur
plusieurs générations. Ceci indique certainement la force de son prestige et de son
autorité qui ont prévalu sur la soi·disant et sacro-sainte patrilinéarité arabe. D'ailleurs,
toutes ces familles sont d'origine arabe de la péninsule. bien que devenues maghrébines
de par leur histoire et leur assimilation locale. Il y aurait lieu, à travers ces multiples
exemples, de reconsidérer sérieusement les idées qui prévalent dans le monde occidental
sur la parenté « arabe -. J. Chelhod avait déjà remarqué les différences notoires entre les
civilisations sud-arabe et celle des bédouins du nord de la Péninsule. Celles du sud ont
depuis des temps immémoriaux valorisé la position de la femme dans les structures
matrimoniales et politiques. Depuis la reine de Saba et Bilkis, l'histoire de ces régions
fourmille d'exemples que peu de chercheurs occidentaux ont pris en compte dans leurs
considérations théoriques sur les sociétés arabes.
Mais revenons à la thèse de Pelligra qui considère fort pertinemment qu'une
« bonne connaissance du passé peut éclairer. non seulement la situation actuelle, mais
aussi les diverses voies vers lesquelles celle-ci peut évoluer - (p. 36). Voilà une réflexion
qui justifie amplement l'approche historique et ethnologique dans les pays en développe­
ment. L'auteur passe en revue tous les chiffres fournis durant la période coloniale sur la
démographie des tribus, leurs cheptels, leurs productions et constate sur un siècle le
déclin inexorable de la force et de la fortune de ces nomades. Il analyse les problèmes de
transhumance estivale des troupeaux et l'arithmétique des relations des nomades avec
les propriétaires des terres à blé qui leur servaient de pâturages d'été et de terres de
glanage après les moissons. Main-d'œuvre d'été dans le nord, main-d'œuvre d'hiver dans
les oasis, contrôle minutieux de l'Etat à tous moments: « à certaines époques, la terre
manque de bras, à tout moment le nomade manque de denrées - (p. 57).
L'analyse du gardiennage des troupeaux est bien menée (p. 44-47,57-60 et 190­
195) et montre comment, suivant le territoire et la technique employée, celui-ci
conditionne la vie de la communauté; petits troupeaux des sédentaires gardés par des
nomades non loin des oasis. troupeaux de moutons donnés en gardiennage à longue
distance à d'autres nomades. les propriétaires se louflnt l'hiver dans les centres de tri
des dattes, troupeaux de chameaux gardés dans l'erg par des tribus spécialisées vivant à
côté des animaux. les décomptes des bêtes possédées, gardées, vendues ou achetées ont
été minutieusement relevés sur une année dans un campement. Mais malgré cette
mobilité, cette adaptation dans la réponse aux propositions d'embauche et aux types de
travaux: production de dattes, transport, artisanant, céréaliculture, travaux itinérants,
ces pasteurs de vocation et de culture au milieu de multiples agressions, concurrences,
conditionnements et règlements qui leur sont hostiles, se dévalorisent eux-mêmes.
Du chapitre IV au chapitre VI l'auteur nous fait davantage entrer dans l'intimité
des Ouled Sayah, après la présentation des problèmes d'ensemble concernant les terri­
toires où ceux-ci ont des relations socio-économiques. Plus qu'une analyse ethnologique
détaillée et systématique l'auteur présente tour à tour les traits qui l'ont le plus frappé
dans l'organisation sociale, les relations matrimoniales, la vie des campements. leur
organisation spatiale par saison et selon les lieux et le côté relationnel des
------------------~--1192 BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE
Cette partie (88-125) pourvue de nombreux croquis de position de tente selon les
saisons, est particulièrement originale et nouvelle dans la connaissance de ces tribus
nord-sahariennes. Il est intéressant de noter que cet auteur, sensible aux aspects socio­
économiques reconnaît aussi l'importance des rapports avec « la terre, les puissances
occultes. (p. 126). La stratégie étant dans les alliances, les assimilations à la tribu, est
toujours la même: désir d'endogamie, besoin d'élargir les alliances et les relations
sociales pour des raisons économiques. Comme en Arabie du sud les jeunes enfants sont
promis très tôt les uns les autres à défaut d'être mariés lors de leurs premières années,
pour des raisons de soutien économique, La consommation alimentaire est présentée
avec les repas, exceptionnels lors des fêtes. D. Pelligra remarque que le nomade n'a
jamais de «surplus. (son bien étant vivant et sur pied) mais des «réserves. sur
lesquelles il peut prélever en cas de besoin ou de festivités. Cependant, il est exception­
nel qu'il sacrifie un mouton pour satisfaire son besoin de viande sauf pour la grande fête
de la fin du Ramadan. Autre détail où l'on mesure l'économie et la rigueur de ces
populations: « je n'ai jamais assité à une visite d'un personnage suffisamment impor­
tant pour qu'on lui sacrifie un mouton. (p. 190). Nous somme loin de l'opulence des
éleveurs des steppes à alfa.
Bref, il est clair que les Ouled Sayah ne maîtrisent pas les rapports de production
dans le système socio-économique qui est le leur et le tissu de relations politiques dont
ils sont les victimes. L'ajustement entre « la population, le cheptel et le milieu. n'est ni
facile ni toujours possible. L'auteur estime que la taille minimale pour un campement
de dix tentes c'est trente chameaux, plus les ovins et les caprins dont le nombre dépend
de la force physique des campements. Il se pose la question de savoir si la fonction
prédatrice retirée aux nomades est bien à l'origine de leur récession dans ces territoires
et si on ne leur a pas trop vite retiré leur aptitude aux progrès techniques. Le besoin
latent d'ouverture à l'étranger, l'absence surprenante de résistance aux organismes
humanitaires sont pour lui des causes assez fortes pour déséquilibrer de pareils groupes.
Enfin, revenant à l'actualité politique, D. Pelligra se démarque sans complaisance
des tendances qui prédominent en Algérie en ce qui concerne la gestion et l'assimilation
de ces populations. Répétition d'idées reçues, clichés éternellement appliqués aux
nomades, « le mot d'ordre a précédé l'étude .... « l'u tilisation des sciences sociales est
pernicieuse: on leur fait appel pour cautionner une décision, après coup, rarement pour
conseiller, et bien entendu, jamais pour dénoncer. (p. 215). Tout le chapitre VIII
« L'Algérie des nomades. fourmille de vérités premières et de constatations pratiques.
Les impressions de l'auteur participant à une enquête de recensement mériteraient
d'illustrer une pièce de théâtre maghrébin: rôle de l'enquêteur, rôle de l'enquêté.
ceux-ci se font un devoir de jouer leur propre rôle de personne à qui l'on doit
assistance. (p. 216). « Le visiteur s'en va, la conscience apaisée et persuadé du cours
irréversible de l'Histoire..... « Le questionnaire culturel, qui est sur une feuille séparée,
est souvent oublié, tant on est persuadé qu'en dehors de Khelili Ahmed et de ses
chansons, le nomade ne s'intéresse pas aux émissions radiophoniques. (p. 220). L'au­
teur dénonce à juste raison l'intérêt de l'Etat pour les seuls nomades des steppes, gros
producteurs de mou tons et de chameaux et réclame justice pour ceux-ci dans les plans
de développement. Il propose une série d'interventions au niveau de l'habitat, de la
santé, de la scolarité, de la relation avec la production des oasis et de la production
pastorale, etc. Il plaide pour une revalorisation du mode de vie nomade passant du
«domaine du rêve ou de l'utopie à une réalité vécue par les intéressés d'une façon
honorable. (p. 234), pour éviter le « gaspillage irrémédiable de cette somme de connais­
sances humaines qu'est la «civilisation du désert. (p. 234). Nous applaudissons des
deux mains et constatons que décidément tous les hommes qui approchent ces popula·

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