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CHAPITRE 5
Tant qu’il y aura des informaticiens
Luc de Brabandère
Quand, au siècle prochain, un étudiant écrira une thèse sur les débuts de
l’informatisation des entreprises ou de la société en général, il identifiera certainement trois
époques bien distinctes.
Le premier temps est celui de la mécanographie et des machines à calculer, celui de la
préhistoire de l’informatique. Le deuxième couvre les trente-cinq dernières années. Il a vu
l’invasion des ordinateurs, principalement dans le secteur tertiaire, mais qui a souvent conduit
les entreprises et les organisations dans une situation décevante, il faut bien le reconnaître, en-
deçà des gains en productivité espérés ou promis. Le troisième temps sera celui de la vraie
rupture. Elle se réalisera d’une part par la mise en réseau de tous les acteurs – nouvel
hardware
– et d’autre part par la mise dans une structure relationnelle de toutes les données –
nouveau
software.
Ma conviction est que le passage du temps deux au temps trois est bien plus difficile à
réaliser que celui qui consistait à passer du premier au deuxième, c'est-à-dire de l’absence de
toute informatique à l’achat du premier ordinateur. Contrairement à ce qu’on pourrait penser à
première vue, le vrai défi et la vraie rupture se présentent aujourd’hui. La raison en est double.
D’abord, il est toujours plus facile de partir d’un terrain vierge. Un raisonnement
from scratch
est plus efficace qu’une réflexion qui plie sous le poids d’un passé contraignant, qui doit
prendre en compte le déterminisme de décisions anciennes.
Mais les responsables du changement se heurtent aujourd’hui à une deuxième
difficulté qui explique peut-être de manière plus fondamentale encore la résistance qu’ils
rencontrent face à leurs projets. La première informatisation n’affectait en effet pas vraiment
la manière de réfléchir des utilisateurs. Les boîtes de fiches rangées dans une armoire se
retrouvaient en fait dans une même organisation séquentielle sur le disque magnétique du
premier ordinateur de l’entreprise. Mentalement, l’accès y était identique. L’armoire était
simplement devenue fichier et l’étiquette collée sur le dossier était remplacée par une clé
d’accès à taper sur un clavier.
Aujourd’hui il en va tout autrement. Ni la gestion des réseaux
(hardware)
ni les
banques de données relationnelles
(software)
n’ont d’équivalent dans les procédures du passé.
Ils n’ont pas d’équivalent matériel, et les banques de données ne trouveront toute leur raison
d’être que lorsque l’utilisateur acceptera de penser autrement. C’est Copernic deux fois.
L’ «armoire–machine»
qui était centrale devient périphérique du réseau, la «fiche–donnée»,
qui était centrale, devient l’extrémité d’une relation, d’un lien.
Le magma de l’information
Contrairement à ce que les mots «numérique», «code» ou «programme» pourraient
laisser penser, l’information qui nous entoure n’est plus ordonnée, structurée, linéaire. Elle
constitue plutôt un magma informel, plus mouvant que stabilisé, aux frontières plus floues
que précises.