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J-C GRUMBERG,
Le petit Chaperon Uf
Actes Sud papiers, 2005
Analyse
:
Du conte à la contre-utopie
La collection Actes Sud papiers a pour vocation de témoigner
d’activités théâtrales
récentes. Elle contribue à la construction et à la diffusion d’un « répertoire
théâtral pour la jeunesse» ; en ce sens, elle comble un vide et répond à un besoin
urgent : donner à l’éducation artistique des enfants et des adolescents toute sa place, en
s’appuyant sur des oeuvres de qualité, porteuses de sens ( au pluriel !), porteuse de
valeurs, permettant aux lecteurs et acteurs amateurs à la fois de s’amuser, de se
projeter, et de penser la société dans laquelle ils vivent. De son côté, J-C Grumberg
n’écrit pas sans nécessité : nécessité de témoigner, de dire l’abomination du nazisme à
des générations d’enfants qui n’y accès que par les livres d’histoire. Toute l’oeuvre de
J-C Grumberg est traversée par ce témoignage qui est en même temps le drame de sa
vie d’enfant et d’homme : une vie qui a rencontré l’Histoire, et que l’Histoire (la
persécution des Juifs par les Nazis, la mort de son père en déportation) a déchirée.
Reste l’écriture, pour que nul n’oublie.
La relecture d’un conte d’avertissement
-
Relecture d’un conte traditionnel : conte « fondateur » dans la culture européenne,
parangon du conte,
Le Petit Chaperon Rouge
est sans doute le plus connu et le plus
raconté si l’on observe la
littérature jeunesse, les images anciennes et récentes, les
albums et les manuels scolaires (de la maternelle à la classe de seconde). D’abord
littérature orale, répandue en milieu rural, il a été promu au rang de « conte littéraire »
par Perrault à la fin du XVII° siècle, avec le succès que l’on sait. On conserve de ce
conte diverses transcriptions et versions selon les régions (variantes qui concernent
surtout la fin, l’éventuel châtiment du loup). Il
se présente comme un conte
d’avertissement (
1
). Cette sorte de conte est destinée à avertir de manière cryptée, mais
aisément décryptable, les fillettes et les jeunes filles. Il leur conseille de se méfier des
hommes qui cherchent à attirer les trop naïves dans leur lit, programmant ainsi en
quelque sorte leur « mort » sociale : la perte de la virginité avec toutes ses
conséquences, honte, déshonneur, bâtardise. Dans
le Petit Chaperon Rouge
, édulcorer
la dévoration finale définitive en faisant revivre la jeune fille et la « mère- grand » par
l’intercession du « chasseur » (figure de l’homme légitimé à tuer, figure du mari), rend
le conte moins cruel mais moins édifiant et l’avertissement un peu moins terrifiant (2).
La fin du texte de J-C Grumberg met en scène les deux versions du conte, l’une
racontée par la fillette (châtiment du loup), l’autre défendue par le loup-caporal : «
pas du tout…le conte s’arrête quand le loup croque le Chaperon rouge, point à la
ligne. »
La relecture contemporaine du conte lui restitue son statut de conte d’avertissement :
l’histoire du
petit Chaperon Uf
n’est pas seulement une histoire passée, c’est peut-être
aussi une histoire à venir, nous dit J-C Grumberg
en exergue, ce texte liminaire que
l’on appelle parfois « avertissement au lecteur » :
« Demain, si l’on n’y prend garde, les loups s’attaqueront peut-être aux enfants Ifs ou
Gnifs ou Gnoufs, les loups seront toujours les loups et vous savez comment ils savent
dissimuler leur bave et leurs grandes dents sous de belles et trompeuses paroles avant