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Un monde d'inégalités

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1
20/09/2006.
La société américaine : une société inégalitaire.
Si les Etats-Unis, avec 5% de la population mondiale, contribuent à la formation du quart des
richesses produites sur la planète, la société américaine n’est pas le strict reflet de la puissance
américaine. Sans perdre de vue ni les principes idéologiques américains (« droit au bonheur »,
libéralisme), ni sa réussite d’hyperpuissance, on ne peut faire l’économie d’une analyse des
inégalités qui divisent autant la société que le territoire américain quand on s’interroge sur le
fonctionnement social de la première puissance mondiale. Il s’agit alors non seulement de
comprendre de quelle nature sont ces inégalités (tout en s’interrogeant sur les fractures
qu’elles induisent dans le corps social américain), mais aussi de s’interroger sur leur
traduction spatiale. Pour analyser ces inégalités et la sociétés qu’elles produisent, il est
nécessaire de se demander comment elles évoluent et quels sont les effets des politiques
sociales. Génèrent-elles ou réduisent-elles les inégalités sociales ?
I-
Une société fracturée.
A-
Des écarts économiques qui se creusent…
La croissance des inégalités a été
importante ces vingt dernières années. 20% des ménages les plus riches perçoivent 50% des
revenus du pays contre 44% il y a 30 ans. Dans le même temps, les 20% les plus pauvres n’en
reçoivent que 3,5%. L’accroissement de ces inégalités s’explique par différents facteurs :
l’ouverture commerciale qui met en concurrence la main d’ouvre non spécialisé avec le reste
du monde, l’enrichissement de tous les investisseurs dans les nouvelles technologies, les
changements institutionnels (recul de la syndicalisation+déréglementation+restructurations),
la politique fiscale dépendante des orientations idéologiques des gouvernements. Ces
inégalités de revenus sont renforcées par une inégale sécurité face à l’avenir, la maladie, le
chômage. Les Etats-Unis demeurent l’un des seuls pays industrialisés qui ne dispose pas de
système de couverture universelle. La part des personnes sans assurance maladie est passée de
12,8% en 1987 à 16% en 2002.
B-
… Auxquels s’ajoutent de fortes distinctions raciales…
Si l’égalité civile est
acquise pour les Noirs américains depuis 1964, les inégalités économiques distinguent encore
cette minorité. Les inégalités touchent les minorités de façon différenciée. Le taux de pauvreté
est particulièrement significatif de cette fracture : il est de 8,2% pour les Blancs non
hispaniques, de 12% pour les Asiatiques, de 24% pour les Noirs, et de 22,5% pour les
Hispaniques. Chaque forme d’inégalité atteint plus brutalement les minorités ethniques. La
baisse du niveau de vie des ménages en 2003 a particulièrement touché les minorités noires,
hispaniques et asiatiques (-4%). 1/5 de la population noire et 1/3 des Hispaniques n’ont pas
d’assurance maladie.
C-
Une Amérique pauvre ?
En 2003, les Etats-Unis comptent 35,9 millions de pauvres,
soit 4,3 millions de plus par rapport à la décennie précédente. Si les critères raciaux
interviennent largement dans ce bilan, les non-actifs liés à l’âge sont aussi des victimes de ces
inégalités. Le taux de pauvreté des jeunes de moins de 18 ans atteint 18% soit près de 13
millions de personnes. La corrélation entre assurance maladie, retraites et revenus des
individus fragilise les personnes âgées dans l’incapacité de travailler et ayant vécu une vie
active précaire ou faiblement rémunérée. Toutefois l’activité et l’appartenance ethnique ne
sont pas les seuls critères : de plus en plus de travailleurs vivent sous le seuil de pauvreté
(
working poors
).
II-
Des
inégalités
socio-économiques
qui
fracturent
l’espace
américain : vers une « sud-africanisation » ?
A-
Des disparités à l’échelle nationale.
La pauvreté touche principalement les
populations vivant dans le Sud du pays. Ex : le Mississipi, l’Arkansas, le Nouveau-Mexique
et la Louisiane ont un taux de pauvreté supérieur à 17%. Elle est plus forte dans les grandes
villes (17,5%) qu’en milieu rural (14,2%) ou en banlieue (9,1%).
B-
De
la
ségrégation
volontaire…
Le
phénomène
des
Gated
Communities
(communautés fermées) n’est pas nouveau. Ex : les ghettos de luxe de Tuxedo Park à New
York au 19e s. Il a toutefois tendance à s’accentuer (thèse récente de Renaud Le Goix) : leur