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Les jésuites à Caen / par Léon Puiseux LES JÉSUITES A CAEN

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Les jésuites à Caen / par Léon Puiseux LES JÉSUITES A CAEN

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Ajouté le : 21 juillet 2011
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(1604-1764.)
Les jésuites à Caen / par Léon Puiseux   LES JÉSUITES A CAEN
  
PREMIÈRE PARTIE. ÉTABLISSEMENT DU COLLÉGE DES JÉSUITES A CAEN. CHAPITRE Ier. Les Jésuites sollicitent leur rappel en France. — D ispositions de Henri IV, ses terreurs, sa oliti ue. — Il livre la France aux Jé suites. — Pro rès de la Société. — Propagande habile.  Vers le milieu de l'année 1603, le roi Henri IV, de débonnaire et valeureuse mémoire, fit un vo a e à Metz. Là, uatre reli ieux, se disant de la com a nie de Jésus 1 , le vinrent trouver au nom de leur ordre, le su liant de leur rouvrir l'entrée du royaume, protestant [p. 2] de la plus fidèle et sincère obéissance à l'avenir et promettant de ne se plus mêler des affaires publiques. Le roi tomba dans une rande er lexité. Il savait ue les cor s les lus res ectables, le arlement, l'évê ue et les curés de Paris, la Faculté de théolo ie et l'Université tout entiere s'étaient rononcés constamment, et dans les termes les moins équivoques, contre l'introduction de la Société dans le royaume [2] ; que lui-même [p. 3] avait ratifié un arrêt solennel qui les flétrissait et les bannissait commecorrupteurs de la eunesse, perturbateurs du repos public, ennemis du Roi et de l'Etat[3]. Pouvait-il oublier que les Jésuites s'étaient montrés les fauteurs les lus ardents de la Li ue et de l'Es a ne 4 ; ue ces assassins dont Dieu, ar une râce merveilleuse, avait us u'alors détourné le bras levé sur lui, Barrière 5 , Chastel 6 , sortaient du confessionnal ou des le ons de morale des Pères, et qu'enfin tout récemment un Jésuite, confesseur d'un Roi et l'une des lumières de son ordre, éri eant en théorie cette abominable pratique du ré icide, avait divinisé Jacques Clément, l'assassin plus heureux de Henri III, son parent, son prédécesseur [7] ? [p. 4]  Il fallait donc fermer plus que amais la France à cette terrible milice et à ses doctrines : mais un refus, n'était-ce oint rovo uer d'inévitables ven eances ? ceux aux uels on retirait le rand our ne ouvaient-ils se lisser lus sûrement dans l'ombre ? Telles étaient les in uiétudes amères et les tortures d'es rit ue Henri confia un ou à son vieil et fidèle ami Sull : « Par nécessité, il me faut à présent faire de deux choses l'une ; à savoir, les admettre les Jésuites urement et sim lement ; les déchar er des diffames et o robres des uels ils ont été flétris, et les mettre à l'é reuve de leurs tant beaux serments et romesses excellentes, ou bien les re eter lus absolument que amais et leur user de toutes ri ueurs et duretés dont l'on se pourra aviser, afin qu'ils ne s'approchent jamais de moi, ni de mes états : auquel cas, il n'y a point de doute que ce ne soit les jeter [p. 5] au dernier désespoir, et. par icelui dans des desseins d'attenter à ma vie ; ce qui me la rendrait si misérable et
 
lan oureuse, demeurant tou ours dans les défiances d'être empoisonné ou bien assassiné ; car ces ens ont des intelli ences et correspondances partout, et rande dextérité à disposer les esprits selon qu'il leur plait [8]. » Douloureux pressentiment que six ans plus tard le poignard d'un Ravaillac ne devait que trop justifier !  Henri IV céda à ses terreurs : il u ea lus rudent d'avoir les ésuites our amis ue our ennemis. C'est le père Jouvenc , l'historien de la société qui nous l'apprend [9]. La société fut rappelée en France [10]. On mit une condition, bien onéreuse sans doute : ils durent prêter le serment que voici :  « Je romets et e ure de vouloir vivre dans la foi catholi ue, a ostoli ue et romaine, sous l'obéissance de Henri lV, roi très chrétien et catholique de France et de Navarre, et e renonce à toutes li ues et assemblées faites contre son service, et je n'entreprendrai rien contre son autorité [11]. »  Cet en a ement, les Jésuites de France refusèrent tout d'abord de le contracter. Leur énéral Claude Aquaviva fit les derniers efforts pour les en faire dispenser. [p. 6] Le roi né ocia à Rome, descendit aux rières au rès des Jésuites u'il avait autour de lui. « Il ne cessait d'inviter doucementleniterceux-ci à se tenir en repos, à faire pour le moment ce qu'il souhaitait d'eux : qu'il ferait à son tour dans la suite tout ce qu'ils voudraient [12]. » N'est-ce pas là traiter de puissance à puissance ? Les Jésuites urèrent 13 ; mais dès-lors Henri IV fut à leur merci. Il leur rendit leurs collé es, il rit un confesseur ésuite, le ère Coton. Peut-être s'accommoda-t-il, à l'é reuve, de ce ou ui d'abord lui avait aru si dur, si honteux ; on serait tenté de le croire. Ces noirs oiseaux de proie parlaient parfois un rama e si plein de miel et d'enchantement : comment résister à cettedévotion aisée, ui a lanissait les scruà cette casuisti ue facile ules sur la route et menait si doucement au salut ? Et uis levert- alant uel tou ours fol retour de uen'avait-il as eunesse à se faire ardonne ? Pour la aix de son cor s et le re os de sa conscience, Henri IV livra la France aux Jésuites.  Peut-être enfin le roi dans cette affaire céda-t-il à des motifs plus nobles, plus politiques du moins.  Henri avait recon uis son ro aume sur la Li ue, le Pa e et le roi d'Es a ne. Mais en était-il véritablement le maître ? Ici les chefs li ueurs avec qui il avait fallu transi er ; là les ro alistes catholiques, et les hu uenots, ces vieux com a nons de la fortune du Béarnais, créanciers exi eants, ui n'estimaient nulle récom ense tro rande pour leurs services. Gratifications, pensions, gouvernements, [p. 7] leur avaient été etés à leines mains. Le roi se sai nait our cette nouvelle féodalité ui se arta eait les dé ouilles de la France. Biron démentant douze années d'une lorieuse fidélité avait a é de sa tête son indi ne trahison ; mais les lus rands sei neurs avaient a laudi secrètement à son ro et de démembrer le ro aume ; les rotestants leins de défiance et de colère envers le rince ui avait déserté leur foi, revenaient à leur vieille o osition ré ublicaine ; unis, uoi ue dis ersés, fortement or anisés, ils as iraient à former un Etat dans l'Etat, à dicter du moins les conditions de leur obéissance. Enfin au-dessous de cette turbulente noblesse, les randes communes du ro aume, na uères li ueuses pour la plupart, tou ours catholiques exaltées, n'avaient accepté, qu'avec hésitation un roi né de la réforme.  Si la noblesse s'était fait acheter, les masses catholi ues étaient accessibles à des séductions moins intéressées, plus énéreuses. C'est à elles que Henri avait sacrifié ses cro ances premières : c'est à elles sans doute qu'il croyait donner un nouveau gage en rappelant les Jésuites.  Proscrit, cet ordre, uoi u'absent, entretenait les haînes, râce à ses ramifications infinies ; ra elé dans ses honneurs, il travaillerait puissamment à rattacher à la ro auté la population des villes, contre-poids formidable opposé à la féodalité renaissante. Si telle fut la pensée d'Henri IV, il se trompa grandement : sur la reconnaissance des Jésuites d'abord ; et ensuite sur la coo ération u'il en ouvait es érer à l'intérieur, lors ue lui-même au-dehors succédait à Elisabeth d'Angleterre comme chef du parti protestant en Europe.  Toujours est-il que les Jésuites furent rappelés.  Aux termes des lettres de rétablissement de sept.
[p. 8]
1603, la Société ne devait avoir de maisons professes que dans neuf villes ou localités dési nées, et de collé es, que dans quatre seulement, Paris, La Flèche, L on, Di on. Ils devaient être tous Fran ais, soumis à toutes les lois du ro aume, aux uridictions diocésaines, et au droit commun de l'é lise allicane. Mais ces entraves u'ils semblaient acce ter, on les vit les élar ir eu à eu, les ron er atiemment, les briser enfin et s'en faire des férules pour régenter les rois et les peuples. Vingt fois les parlements, les universités donnèrent l'éveil et les liens furent renoués ; vin t fois ils se sont remis à l'oeuvre, tenaces et infati ables, us u'à la rande catastro he de 1762. Un succès meilleur leur serait-il réservé ?  A eine ont-ils remis le ied sur le sol du ro aume et ré aré les brèches de l'exil u'ils ra onnent autour des résidences où l'on a em risonné leur zèle. Dé à ils ont su s'im oser : bientôt, ce ui est bien lus habile, ils vont se faire désirer, demander. Leurs méthodes d'ensei nement, sans être aussi merveilleuses u'on l'a bien voulu dire, avaient sur celles des autres établissements certains avanta es ui n'étaient as de médiocre im ortance. Ceux-ci faisaient de leurs élèves des savants, mais aussi parfois de sauva es érudits et des pédants. Les Jésuites savaient leur donner un vernis de savoir mondain et de belles manières ui séduisait. Aux occasions solennelles, de etits docteurs de 16 ans venaient ravement discuter en ublic les subtilités les lus ardues de la scholastique ou soupirer sur les pipeaux de Tytire et de Damis, un hymne éternel aux ruisseaux susurrants et à la fraîche o acité des bois. A rès venait la comédie, voir même le ballet. La foule a laudissait et les tendres mères pleuraient de joie.
[p. 9]  Prédicateurs, les Jésuites avaient une tenue ro re et décente, une arole mesurée et olie, une élo uence insinuante et onctueuse ui contrastait a réablement avec la bure rossière, les ima es o ulaires, la rude et violente franchise des Cordeliers ou des Franciscains. Chacun les voulait entendre, chacun aussi voulut avoir pour confesseurs des théologiens si habiles qui trouvaient une excuse là où vous ne voyiez qu'une faute.  Bon nombre de villes demandèrent des Jésuites, Rouen entr'autres, An oulême, etc., et Henri IV se rendant à leurs voeux s'em ressa d'élar ir successivement our elles les clauses de son remier édit. D'autres moins ferventes se défendirent tant qu'elles purent de cette faveur ; il leur fallut bon ré mal ré l'accepter et non seulement recevoir les bons ères, mais aussi les lo er et les héber er. Caen et Reims furent de ces villes, et l'histoire mérite d'être racontée.
[p. 10] CHAPITRE II Caen, ville anti-li ueuse. — Le P. Coton à Caen. — Vœu supposé des habitants en faveur des Jésuites. — Ruse grossière déjouée. — Nouvelles intrigues ; le P. Gontier. — Lettres d'établissement surprises à Henr i IV. — Lettres closes du Roi aux maire et échevins. — Convocation clandestin e.  Caen, cette ville du droit et de la vieille lé alité, n'avait oint hésité à reconnaître Henri IV dès son avènement au trône 1589 . Ne vo ant en lui ue le roi, et riant our la conversion du hu uenot, elle lui avait ardé une inaltérable fidélité, et dans les remières années si difficiles de son rè ne, endant sa lutte contre Ma enne et la Li ue, elle lui avait fourni constamment des hommes, de l'artillerie, du blé, de l'ar ent 14 . Jamais l'âcre levain de la Li ue ne fermenta dans la bonne ville de Caen. Sa o ulation se com osait à cette é o ue de deux tiers de catholi ues ; le reste était rotestant. Mais de uis lon -tem s les vieilles haines reli ieuses étaient oubliées ; et les habitants des deux communions vivaient
[p. 11] côte-à-côte dans une tolérance mutuelle et une admirable entente our le bien ublic. C'était our les Jésuites une conquête difficile [15], mais lorieuse, d'autant plus lorieuse que Caen exer ait alors autour d'elle, par ses rands établissements d'instruction, une remar uable in-fluence intellectuelle et morale, et sa ré utation de science et de olitesse s'était ré andue au loin. Ecoutons le témoi na e de l'historien des Jésuites : « Caen, ca itale de la Basse-Normandie est com tée ustement armi les remières cités du ro aume, tant à cause de l'ancienneté, de l'élé ance et de la randeur de la ville, u'à cause de la olitesse, des talents, de la iété, et de l'érudition dé ses citoyens : les muses y ont établi leur siége dans une florissante Académie [16]. »  Lors ue les Jésuites avaient eté leurs vues sur une ville riche et considérable, ils se ardaient bien de s' annoncer en conquérants. D'ordinaire on y députait un des plus habiles, puis deux, puis trois pour reconnaître le pays. Ils devaient chercher à se rendre agréables aux habitants ; se montraient fort empressés du salut du
prochain, remplissaient d'humbles offices dans les hôpitaux, visitaient [p. 12] les auvres, les affli és, les risonniers, confessaient rom tement, cultivaient la faveur des ersonnes notables du lieu, enfin faisaient araître une charité extraordinaire our tous. Quand ils avaient ainsi ris racine dans les coeurs, ils partaient brusquement, laissant derrière eux des re rets sans nombre et un vide irréparable. On ne ouvait lus vivre sans les Pères, on les voulait avoir non as une semaine, une année, mais tou ours ; on su liait, alors le Roi, ar une très-humble re uête, d'autoriser l'établissement d'une Maison ou d'un collé e de la Société : le prince, bien et dûment préparé, applaudissait à tant dé ferveur et approuvait par lettres-patentes l'établissement tant désiré, à la très-vive satisfaction de tous et à la plus grande gloire de Dieu.  Caen, il est vrai, se montra lus rebelle. Henri IV vint dans cette ville au mois de se tembre 1603, uel ues ours a rès avoir si né à Rouen l'édit de ra el des Jésuites. Il fit son entrée solennelle le 11 ou le 13 et sé ourna us u'au 19 ou 20 du même mois : il était accom a né de son nouveau confesseur, le ère Coton, ui rit dès lors un tel ascendant sur son es rit u'on disait communément à la cour : « On voit bien ue le Roi a du coton l'idée endantdans les oreilles. » Ce fut ère Henri aurait, suivant le ue ce sé our u con , Jouvenc d'établir la société à Caen [17]. L'année suivante le père Coton, de l'aveu du Roi, vint prêcher le carême [18]. C'était un bomme d'une exquise politesse, d'une [p. 13] rande douceur de manières, parlant avec onction, d'une intelli ence exaltée par les uns, fort rabaissée par les autres, du reste très-habile. Il se trom a ce endant sur l'o ortunité de son entre rise, et nous allons u er du nombre de prosélytes qu'il sut faire.  Le père Coton était peut-être encore à Caen, lorsqu'un certain Pasquier Savar , docteur en Théolo ie et ré ent à l'un, des collé es de l'Université de Caen, épris d'un sin ulier amour pour la Société, arriva à Paris, se disant dé uté ar la ville de Caen, et résenta au Roi une re uête ourdemander l'établissement d'un collé e de ères Jésuites à Caen, au nom du général des habitans[19].  Mais cette mission n'était qu'une indi ne usurpation de pouvoirs. A peine le docteur Savar était-il parti, que les officiers munici aux, instruits de son dessein et de sa démarche, réunirent les habitants, les consultèrent et écrivirent immédiatement au Roi pour désavouer le prétendu député.  Au Roi  « Sire, Vos très humbles et obéissans su ets les ouverneurs, échevins et remier s ndic de votre ville de Caen,au nom du corps commun et général des Habitans d'icelle,vous remonstrent que quelques particuliers de [p. 14] ladite ville auraient fait dessein de vouloir establir en icelle un collége de Jésuistes, et sans avoir sur ce esté fait assemblée énérale desdits habitans our délibérer sur la commodité ou incommodité d'un tel establissement, ils ont dé uté un ré ent d'un des collé es de l'Université dudit Caen, nommé Savar , our en aller faire la demande à votre Ma esté au nom du énéral de la ville, et obtenir sur ce votre permission, en quoi ils procèdent sans aveu et ouvoir lé itime ; à ces causes est votre Ma esté très-humblement su liéeles vouloir débouter de leur demande et poursuite,et ordonner qu'avant que d'être ouis, ils feront apparoir comme, en convention et assemblée énérale des habitans, faite en l'Hôtel commun de ladite ville, ainsi qu'en tel cas est accoutumé, il aura été arrêté ue c'est le bien et commodité de ladite ville de faire cette oursuite ; et les su lians continueront de prier Dieu pour la prospérité de votre Majesté. — F ait ce troisième jour de mars 1604 » [20].  La protestation arriva à temps apparemment. Les Jésuites contrariés dans leur dessein le réservèrent pour un moment plus propice, et Henri, qui n'était point encore tout entier à leur dévotion, n'osa faire violences cette fois aux ré u nances d'une ville fidèle et considérable. Le docteur Savar revint avec un refus, refus sous le uel se cachait peut-être une promesse pour l'avenir.  La ruse des Jésuites était rossière : mais l'extrême finesse est-elle souvent plus heureuse que la supercherie vulgaire ? Ce moyen qui vient de faire faute une fois aux [p. 15]
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