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L'humanisme
 Lafréquentation des auteurs anciensà travers les manuscrits apportés en Italie par les Grecs développe dès le XVème siècle l'étude deshumanioreslitteraelettres (cesqui rendent plus humain) que les Romains opposaient auxdiviniores litteraedivines) :ces "lettres humaines", ou "humanités", (lettreslongtemps mises sous le boisseau par l'Église, rassemblent les connaissances profanes dont l'homme est le centre.« Faireses humanités» signifiera longtemps étudier les auteurs grecs et latins et s'employer à les traduire et à les commenter.Mais ce travail de traduction et d'exégèse qui, appliqué à l'Écriture sainte, fortifie l'évangélisme, ne pouvait manquer d'inspirer aussi tous les espoirs de progrès que devaient permettre l'esprit d'examen et l'expérimentation scientifique. C'est ce deuxième sens que privilégiera le mot "humanisme", à partir du XIXème siècle, en désignantuneconfiance exaltée dans les facultés humaines, qu'à vrai dire la Renaissance, ensanglantée par les luttes religieuses, mettra vite à mal.  Lecorpus que nous présentons souhaite évoquer ces aspects en quatre textes qui pourront faire l'objet de questions destinées à la lecture analytique ou au commentaire.
1. « Faire ses humanités »
C'est tout naturellement autour de l'éducation que se rejoignent d'abord les humanistes, soucieux de la débarrasser du psittacisme scolastique et de l'ouvrir aux nouvelles branches du savoir. On appréciera dans le texte cidessous l'ampleur du programme auquel Gargantua invite son fils, comme à un festin d'où devrait sortir un homme nouveau.
Rabelais
FrançoisRABELAIS(14941553)
Pantagruel (1532) chapitre VIII
texte original / texte modernisé.
CommentPantagruelétantàParisreçutdeslettresdesonpèreGargantua,etlacopiedecellecsi.
Très cher fils, [...] encores que mon feu pere de bonne memoire Grandgousier eust adonné tout son estude, à ce que ie proffitasse en toute perfection & sçavoir politicque, & que mon labeur & estude correspondit tresbien, voire encores oultrepassast son desir, toutesfois comme tu peulx bien entendre, le temps n’estoit tant ydoine ny commode es lettres, comme est de present, et n’avoys copie de tels precepteurs comme tu as eu. Le temps estoit encores tenebreux & sentant l’infelicité & calamité des Goths qui avoient mis à destruction toute bonne literature. Mais par la bonté divine, la lumiere & dignité a esté de mon aage rendue es lettres, & y voy tel amendement, que de present à difficulté seroys ie receu en la premiere classe des petitz grimaulx, qui en mon aage virile estoys non à tord reputé le plus sçavant dudict siecle. [...] Maintenant toutes disciplines sont restituées, les langues instaurées : Grecque, sans laquelle c’est honte qu’une personne se die sçavant; Hebraicque, Caldeicque, Latine. Les impressions tant elegantes et correctes en usance, qui ont esté inventées de mon aage par inspiration divine, comme à contrefil l’artillerie par suggestion diabolicque. Tout le monde est plain de gens sçavans, de precepteurs tresdoctes, de librairies tresamples, qu’il m’est advis que ny au temps de Platon, ny de Ciceron, ny de Papinian, n'etait telle commodité d’estude qu’on y voit maintenant; et ne se fauldra plus dorenavant trouver en place ny en compaignie qui ne sera bien expoly en l’officine de Minerve. Ie voy les brigans, les bourreaux, les avanturiers, les palefreniers de maintenant plus doctes que les docteurs et prescheurs de mon temps. Que dirayie ? Les femmes et les filles ont aspiré à ceste louange & à ceste manne celeste de bonne doctrine. Tant y a qu’en
 Très cher fils, [...] bien que feu mon regretté père Grandgousier eût déployé tous ses efforts pour que je progresse en perfection et savoir politique, et que mon labeur et mon étude correspondissent bien à son désir et même l'aient dépassé, l'époque toutefois, comme tu peux bien le comprendre, n'était pas aussi opportune ni commode pour étudier les lettres qu'elle l'est à présent, et il n'existait alors aucun précepteur qui puisse ressembler à ceux que tu as eus. Les temps étaient encore ténébreux, ils sentaient l'infélicité et la calamité des Goths, qui avaient ruiné toute bonne littérature. Mais, grâce à la bonté divine, la lumière et la dignité ont été à mon époque rendues aux lettres, et j'y vois de tels progrès qu'il me serait aujourd'hui difficile d'être reçu dans la première classe des petits écoliers, moi qui, dans mon âge mûr, étais réputé (non à tort) comme le plus savant du siècle. [...]  Maintenanttoutes les disciplines sont restaurées, les langues mises l'honneur : le grec, sans lequel il est honteux qu'on se dise savant, l'hébreu, le chaldéen, le latin. Des livres imprimés, fort élégants et corrects, sont utilisés partout, qui ont été inventés à mon époque par inspiration divine, comme inversement l'artillerie l'a été par suggestion du diable. Le monde entier est plein de gens savants, de précepteurs très doctes, de bibliothèques très vastes, au point qu'à l'époque de Platon, de Cicéron ou de Papinien, il n'y avait, à mon avis, autant de commodité d'étude qu'il s'en rencontre aujourd'hui; et il ne faudra plus dorénavant trouver en lieu et compagnie qui ne sera bien p dans l'atelier de Minerve. Je vois les brigands, les bourreaux, les aventuriers, les palefreniers d'aujourd'hui plus savants que les docteurs et les prêcheurs de mon temps. Que diraije ? Les femmes et les filles ellesmêmes ont aspiré à cette gloire, à cette manne céleste du beau savoir. Tant et si bien qu'à mon
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