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  • politique étrangère

  • actuel président de la federal reserve

  • reconnaissance des cercles vicieux

  • système financier

  • crise

  • turation du système bancaire

  • crise actuelle

  • accroissement de la dette publique


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1929-1990-2008: les leçons des crises passées
face à la crise actuelle
pa Pierre-Noël Girau
Pierre-Noël Giraud est professeur d’économie à l’École des Mines, ParisTech, et à
l’Université de Paris-Dauphine. Ses travaux portent sur la globalisation des entreprises et
de la finance, et sur le développement durable.
Lacrise de 1929, lacrise japonaise desannées 1990, génèrent leurs leçons
en politique intérieure. D’abord l’obligation de prendre très au sérieux les
menaces de crises systémiques, et les premières mesures à leur opposer :
injection de liquidités, pur, du système financier, relance budgétaire... Elles
ont aussi leurs leçons en matière de coordination internationale, au premie
chef sur lesaxes possibles de réforme du système financier: liberté de mou
vement descapitaux, oucloisonnement de la finance.
politique étrangère
L’intérêt d’une comparaison entre la crise financière et économiqu
actuelle et la crise mondiale déclenchée en 1929 à Wall Street, ou la cris
japonaise desannées 1990, réside dans le fait que les politiques économi-
ques d’aujourd’hui sont, pour l’essentiel, issues des leçons tirées de ce
deuxprécédents.Ilestpourtantcertainquelacrisede2008-2009estspéci-
fique,au moins parcertainsaspects qui peuvent s’avérer importants.Ce
différences constituent assez naturellement des zones d’ombre pour la
politique économique, zones qu’il convient d’identifier pour éviter le
traversquel’onprêtesouventauxétats-majorsmilitaires:commencerune
guerreavec lesconcepts victorieux de la dernière.
On distinguera ici d’entrée deux grands domaines de la politiqu
économique: la politique intérieure et la coordination entre États. C’est
danslapremièrequelesleçonslesplusfortesontétéretenues,etellesson
dansl’ensembleadaptéesàlasituationprésente.S’agissantdelacoordina
tionentreÉtats,lesenjeuxcommelessolutionssemblentnettementmoin
(bien) maîtrisés.
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Les leçons de politique intérieure
Lesdeuxprincipalesleçonsdelacrisede1929ontététiréesdèslesannée
1930 par John M.Keynes et consolidées par la suite. Premièrement, la
reconnaissance de l’instabilité intrinsèque de la finance, dueà la difficult
d’ancrer la valeur des actifs financiers dans des valeurs « réelles » et aux
comportements mimétiques que cette incertitude engendre. Avoir cons
cience decette instabilité implique d’une part de réglementer les marché
financierset,d’autrepart,pourlabanquecentrale,detraiterrapidemente
avec une grande énergie les menaces de crise des liquidités bancaires.
Deuxièmement, la reconnaissance descercles vicieux (crise économique
crisefinancière)quis’approfondissentréciproquement,quiaconvaincude
la nécessité d’interventions publiques massives sur la sphère réelle, finan-
cées par unaccroissement de la dette publique.
À la fin de l’année 1989, quanda éclaté le double krach de labourse e
del’immobilierquidevaitplongerleJapondansplusde10ansdestagna
tion,legouvernementjaponaisnesemblaitpasavoirbiencomprislaleçon
concernantlanécessité,pourlabanquecentrale,d’agirtrèsviteettrèsfort
faceàlamenaced’unecrisedeliquidités,endonnantauxbanquesunaccè
instantané et illimitéà la monnaiecentrale.En effet, durant l’année 1990,
alors que la bourse et l’immobilier s’effondraient, la banque centrale n’a
cessédereleversontauxdirecteur,politiquequiavaitd’ailleursdéclenché
les krachs. Elle a ainsi perdu un temps précieux dans le traitemen
d’urgencedelacrisebancairequicommençaitàsedéployer.Unedespre-
mières leçons de lacrise japonaise fut donc que lacrise de liquidités doi
être prise trèsau sérieux, et si possible très enamont.
Mais deux autres leçons ont été tirées de cette crise, en particulier pa
l’actuel président de laFederalReserve (FED),BenBernanke, quia étudié
de près la question. La première est la pratique de la « détent
quantitative », soit l’augmentation rapide de l’actif dubilan de labanqu
centrale, quiadmet encontrepartie de sacréation monétaire descréance
beaucoup moins sûres etbeaucoup plus impor
Les leçon tantes en volume. La banque centrale se trans
forme ainsi en prêteur de dernier ressort, nondescrises précédente
seulementpourlesbanquesmais,àtraverselles,ont été retenue
pour l’économie tout entière. La seconde leçon
estqu’ilestinutile,voirenéfaste,dedifférerlapurgenécessairedescréan-
cesetdestitrestrèssurévaluésquedétiennentlesbanques.Ilfaut,aucon-
traire, épurer au plus vite le système financier de son « mistigri » et en
profiter pour le restructurer en profondeur, afin qu’il puisse reprendr
rapidementsonrôledefinancementdel’économie.C’estdanscedomaine
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1929-1990-2008: les leçons descrises passées faceà lacriseactuelle
que le gouvernement japonais a particulièrement hésité, répugnant à
prendre des mesures dont la brutalité capitaliste «anglo-saxonne »
rudoyait saculture.
Cetensembledeleçonsissuestoutautantdelacrisede1929quedelacris
japonaise concernent la politique économique intérieure. Elles ont été dan
l’ensemble strictement appliquées par les gouvernements dans la cris
actuelle.Dansledomainedutraitementdelacrised’illiquidité,onnoteratout
au plus une hésitation de laBanquecentrale européenne (BCE)àbaisser se
tauxdèsl’éclatementdelacrisedessubprime enaoût2007puisqu’ellelesaa
contraireaugmentésenjuillet2008.Enrevanche,lorsdelaparalysietotaled
marché interbancaire qui a suivi la faillite de Lehman Brothers, les banque
centrales ontagi deconcertavec une rapidité et une efficacité remarquables.
Laleçonaété,danscecas,parfaitementcompriseetappliquée.
Cette politiquea étéassumée et mise en oeuvre d’après la méthode de
laBanquecentralejaponaise,quiavaitréussiàsortirlepaysdel’ornièreen
appliquant la « détente quantitative ».Cetteapprocheconduitcependant,
commeonl’adit,àbouleverserprofondémentlebilandesbanquescentra
les.Cedernieratriplé,voirequadruplé,etcontientdésormaisdescréance
à risques sur l’ensemble de l’économie. La banque centrale devient ainsi
porteuse d’une partie des risques de l’économie.Jusqu’où doit-elleconti-
nuer dans ce sens ? Combien de temps doit-elle porter ces risques ? On
imagine mal qu’il soit considéré comme « démocratique » de la laisse
décidersouverainementdequestionsd’unetelleimportancemacro-écono-
mique. Certains y voient la fin de l’indépendance des banques centrales.
Surce planau moins, une période s’achèverait.
Plus fondamental pour la sortie de crise est le processus de purge d
« mistigri »etderestructurationdusystèmefinancier.Danscedomaine,il
fautreconnaîtrequelegouvernementaméricainaquelquepeutergiversé.
Entre le sauvetage de Bear Stearns et la faillite de Lehman Brothers, il a
incontestablement hésitéà mettre en œuvre un plan drastique de restruc
turation du systèmebancaire.En vérité, en mai 2009ce plancommence à
peineà être mis en œuvre et sa nature profonde reste encore malconnue.
Car il s’agit d’une question politique essentielle dans toute cris
financière: qui sera l’ultime détenteur du « mistigri », en d’autres terme
qui subira des pertes de revenus ? On comprend que les débats fassen
rageàce sujet et que, malgré laconviction qu’il fautaller viteaujourd’hui
largement partagée par les experts, les gouvernements piétinent.
Le choix de laisser tomber en faillite Lehman Brothers peut lui-même
s’interpréter à la lumière des leçons tirées de la crise japonaise. L
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suser9--uussesetse
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gouvernement américain a, semble-t-il, voulu signifier brutalement a
système financier et à ses actionnaires que la crise ne prendrait pas la
même tournure qu’auJapon,c’est-à-dire qu’il n’yaurait pas de socialisa
tion quasi totale des pertes du système financier. Les actionnaire
devraient prendre leur part. Beaucoup affirment aujourd’hui que cett
entorse au principe du « too big to fail » finira par coûter beaucoup plus
cher aux contribuables qu’un sauvetage de Lehman Brothers et de se
actionnaires,mêmeréaliséavec100 %d’argentpublic.Enparticulierdan
lesinstitutionsfinancièresquiaimeraientqueleprincipeénoncéci-dessus
continue d’être strictementappliqué.Une telleassurance gratuite est tou
joursbonneà prendre.Quoi qu’il en soit, tous les gouvernements – et pa
seulementlegouvernementaméricain–doiventdésormaisdéciderquiva
subir unebaisse de revenus.L’issue de lacrise dépend incontestablemen
de la rapidité deces processus, fondamentalement politiques.
Quant aux mesures de relance budgétaire, elles ont été de grande
ampleur, en particulierauxÉtats-Unis et enChine, la fragmentation poli-
tique de l’Europe empêchantcelle-ci de faire un effortaussiconsidérable.
Notonsenpassantunecaractéristiquedelapériodeactuelle:cecomporte-
ment de « passager clandestin » adopté par l’Europe (qui bénéficiera en
effet de la relance des autres plus que les autres ne bénéficieront de la
sienne), et parcertainsÉtats européens vis-à-vis desautres, n’a heureuse-
ment pas engendré de tension internationale ni de mesures de rétorsion,
pour le moment...
Lacoordination internationale
Dans le domaine de lacoordination économique internationale, les leçon
des deux grandes crises précédentes sont parfois plus difficiles à tirer, e
quandbien même elles le sont, elles sontaussi plus difficilesà transpose
dans la réalitéactuelle.
Les défauts decoordination internationale ontcontribué de façon déci-
siveà l’approfondissement età l’extension de lacrise desannées 1930 en
dehors desÉtats-Unis.Ils ont fait l’objet d’études détaillées etconcernen
les domaines financier et commercial. Dans la sphère financière, le Gold
Exchange Standard contraignait chaque pays à maintenir un taux de
change fixe,alors que les mouvements decapitaux étaient libres et impor
tants. Dans de telles conditions, on sait que les politiques économique
doivent généralement être coordonnées et que le «chacun pour soi »
plongetoutlemondedansladépression.Telaétéledéroulementdesévé-
nements, aggravés par le même type de comportement en matière com-
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1929-1990-2008: les leçons descrises passées faceà lacriseactuelle
merciale. Le protectionnisme et la crise elle-même ont fait chuter de prè
de deux tiers lecommerce mondial.
Quantauxdéfautsdecoordinationinternationaleàproposdelacrisejapo-
naise, ils ont probablement été moinsbien identifiés et médités.On peut en
effetconsidérer que l’origine de lacrise japonaise se trouve dans lesaccord
duLouvrede1987,quivisaientàstopperunechuteinquiétantedudollarpa
unecoordination des politiques économiques entre lesÉtats-Unis, l’Allema
gne et leJapon.En fait decoordination, lesÉtats-Unis ont demandé instam-
mentàl’AllemagneetauJaponderelancerleuréconomie.PourleJapon,qui
s’est aussitôt exécuté, cela s’est traduit par une hausse extrêmement rapide
du yen. La Banque centrale du Japon a alors tenté de
luttercontre les effets récessifs decette hausse par une «Éviter le
politique monétaire extrêmement laxiste, laquelle a protectionnisme »:
incontestablement alimenté la bulle immobilière et la
uneconclusionbulle desactions, qui ont éclatéà la fin de l’année 1989.
Probablement en serait-il allé autrement si, au-delà de réductric
l’accordduLouvre,unevéritablecoordinationdespoli-
tiques économiquesavait été mise en place, permettantauJapon unajuste-
ment plus progressif. Par ailleurs, les effets internationaux de la politiqu
monétaire de labanquecentrale japonaise pendant la stagnation desannée
1990 ont sans doute eux aussi été mal mesurés. Elle a conduit à des taux
d’emprunts nominaux nuls ou quasi nuls sur lesactifs en yens et il n’est pa
exclu que ceci ait contribué au maintien d’une situation de liquidités abon-
dantesdanslesystèmefinanciermondialjusqu’audébutdesannées2000.
Danscesdeuxcas,lesdéfautsdecoordinationinterétatiquesontàlafoi
une des causes des crises économiques et financières et un des facteurs
explicatifs fondamentaux de leur généralisation et de leurapprofondisse-
ment. Les leçons qui ont pu en être tirées se réduisent cependant pour
l’essentiel à l’adage «Il faut éviter le protectionnisme », qui fait bien sûr
partie desconclusionsà retenir mais reste très réducteur.
La mise en place duG20
En dehors de la synchronisation remarquable des politiques monétaire
dans la phase aiguë de la crise interbancaire, le premier acte issu de la
volonté de ne pas répéter les erreurs passéesa été lacréation duG20, et en
particulier la réunion deschefs d’État enavril 2009, où futcélébrée l’entrée
en politique internationale de Barack Obama. Il fallait à tout prix éviter le
fiasco, désespérant pour l’opinion publique, de laconférence monétaire de
1933.C’estainsiqueleG9aététransforméenG20àlasatisfactiongénérale,
et que le G20 d’avril 2009 a: 1) affiché une cohésion sans faille, 2)assur
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esesr-éss1ss
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qu’onneretomberaitpasdansleserreursdupassé,et3)énuméréuncertain
nombre de résolutions pour réformer le système financier global.L’examen
attentif du programme proposé a rapidement révélé sa vraie nature: un
simplecatalogue debonnes intentions, sansaucune mesure susceptible de
«changer lecapitalisme » ou plus modestement de négocier «un nouvea
BrettonWoods ».Toutefois, une leçon,au moins,abien étécomprise: réta
blir un lien de confiance peut s’avérer suffisant pour résoudre ce type de
crise.Les effets d’annoncesont donctrès importants.
Cependant, les déclarations des membres du G20 sur leur volonté de
s’opposeràtoutprixauprotectionnismenedoiventtromperpersonne.D
nos jours, le véritable enjeu ne concerne pas le protectionnisme commer
cial.L’exercice des nationalismes et le manque decoordination prendron
beaucoup plus la forme de désordresau niveau des taux dechange et de
perturbationsdesmarchésfinanciers.Ilnesuffitdoncpasd’affirmerqu’on
ne sera pas protectionniste mais de définir les objectifs et d’inventer le
formes d’une coopération économique internationale profondémen
renouvelée.Orlecheminàparcourirestencorelong:deuxdesproblème
les plus importants révélés par lacriseactuelle et relevant de lacoordina
tion internationale ont fait l’objet d’un traitement très peuconvaincant o
ont simplement été ignorés.
Contrôler l’instabilité de la finance
1Le premier est la réforme du système financier globalis . Les mesure
envisagées ne sont pour l’instant que cosmétiques. Il s’agit en effet, pour
l’essentiel,deréglementerunpeuplusetunpeupluslargement,sanstou
tefois préciser les modalités ni les effets attendus quant au problème de
fondsoulevé par lacriseactuelle,àsavoir la facilitéavec laquelle lerisqu
systémique s’est déclenché et propagé dans la finance globale.
Pour déterminer le niveauauquel devrait intervenir une politique réel-
lement destinéeàatténuer ou du moinscantonner l’instabilité intrinsèqu
delafinancedemarché,ilestutilederetracerlecheminparcouruen30an
par laréforme financière initiée dans lesannées 1980.Fondamentalement,
ces réformes ont consisté d’une part à libéraliser la circulation des capi-
taux, d’autre part à décloisonner l’ensemble des métiers de la finance,
engendrant ipso fact l’interconnexion de tous les marchés.
1.L’objet de cet article n’étant pas d’analyser en détail les propositions débattues dans ce domaine, voi
P.-N. Giraud, « Les crises de la finance globale de marché : imprévisibles, nécessaires, inéquitables »
in J.L. Chambon et J.H David, Repenser la planète finance, Paris, Les Échos/Eyrolles, mai 2009 ; P.-N.
Giraud, Mondialisation, émergences et fragmentations, Paris, Éditions Sciences Humaines, 2008.
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1929-1990-2008: les leçons descrises passées faceà lacriseactuelle
Il est doncclair qu’une réforme qui ne se veut pas superficielle doitana
lysercequ’ilconviendraitdefairesurcesdeuxaxes:lalibertédecirculation
descapitauxetlecloisonnementdelafinance.Beaucouppensentqu’ilserai
néfaste d’entraver de nouveau les mouvements decapitaux.Les investisse-
ments directs étrangers (IDE) – qui supposent la possibilité de flux decapi-
taux inverses – sont en effet le vecteur fondamental du rattrapage des pays
émergents,etaprèseuxdespayspauvres,rattrapagequ’ilconvientévidem-
mentdefavoriser.Enconséquence,c’estdansledomaineducloisonnemen
de la finance qu’il faut rechercher des solutions originales, si l’on veutatté-
nuerl’instabilitédelasphèrefinancièreetenprotégerlerestedel’économie.
Telleétaitlapositiondugouvernementamé-
Serait-ilnéfasted’entraverricaindanslesannées1930,qui,entirantune
leçon fondamentale de lacrise de 1929,avai les mouvements de
compris qu’une certaine régulation d capitaux
système bancaire était nécessaire. Ainsi fut
établi,entreautres,leGlassSteagallAct,quiaélevédespare-feuauseind
système en isolant lesbanques de dépôt (qualifiées debanquescommercia
les)desbanquesd’affairesintervenantsurlesmarchésetserefinançantuni-
quement sur le marché monétaire. Il serait certes absurde d’affirmer, san
autreformed’analyse,qu’ilconviendraitderétablirleGlassSteagallActo
un de sesclones, mais il est évident quecette question doit être soulevée e
des solutions envisagées. En effet, s’agissant de réformer le système finan-
cieractuel pour le rendre plus stable sans le priver de sacapacitéà fairecir
culer et à allouer efficacement l’épargne et la monnaie nouvelle, deux
grandesvoies deréformes’ouvrenta priori.
Étendre le champ de la réglementation
La première voie, la seule actuellement examinée, consiste à approfondi
etàétendrelechampdelaréglementation:réviserlaréglementationban-
caireenladurcissant,enlaprécisantetenl’étendantauhors-bilan ;l’élar
girà d’autresacteurs susceptibles d’engendrer un risque systémique, tel
quecertains hedge fund etassureursainsi que lesagences de notation ; e
enfincontrôler les flux decapitaux vers les « paradis fiscaux ».Il s’agit là
de réglementations dites « micro-prudentielles », qui portent directemen
surlecomportementdesacteursfinanciers.Onpeutsedemandersileren-
forcementaujourd’hui préconisé des réglementations dece type n’est pa
une course perdue d’avance face à l’ampleur de l’innovation financière,
qui trouvera toujours à les contourner. Cette voie comporte cependan
aussi une interrogation importante sur les moyens d’une réglementation
« macro-prudentielle »quiauraitpourobjectifessentielderégulerl’ampli-
tude des effets de levier utilisés par les acteurs financiers, c’est-à-dire de
contrôler l’impact du crédit sur la hausse du prix des actifs financiers.
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Toutefois, il faut reconnaître que les moyens de cette macro-réglementa
tion restent encoreassez difficilesà définir.Onconvient en général que la
seule politique monétaire ne peut suffire, et qu’un deuxième instrumen
est nécessaire. Mais lequel ? On envisage de demander aux banques de
constituer des provisions variables en fonction de la conjoncture. En
dehors des problèmes techniques, on se heurte égalementà une difficult
plusfondamentale,fortbienposéedèslafindesannées1990parlefameux
« dilemme deGreenspan »: pour déclencher uneaction visantàcontrôle
l’effet de levier moyen dans l’économie, il faut être certain que cet effe
devienttropimportant,ouaucontrairepasassez.Celarevientdoncàjuge
si telle ou telle catégorie d’actifs financiers est sur ou sous-évaluée. Alan
Greenspan s’interrogeait sur la légitimité d’une intervention de la politi-
que monétaire pour influencer l’évolution du prix des actifs. Un vast
débat eut lieu, et la quasi-unanimité des experts et des économistes de
l’époque conclurent que ce n’était pas souhaitable. Pour deux raisons: la
première est que l’État n’est pas nécessairement mieux placé que l’ensem-
ble des investisseurs pour juger si le prix des actifs financiers est sur- o
sous-évalué ; la seconde est qu’une intervention de l’État peut provoquer,
en raison d’anticipations auto-réalisatrices, des krachs, ou au contrair
amorcer desbooms.La question està nouveau d’uneactualitébrûlante e
les débats en cours n’avancent pas véritablement sur ce point crucial, o
alors très latéralement. Ce qui laisse penser que rien de fondamental ne
changera surce front.
Segmenter la sphère financière
La seconde voie de réforme possible,aujourd’hui largement ignorée,con-
sisterait à segmenter la sphère financière en trouvant les moyens d’isole
quelque peu la monnaie et le crédit de la collecte de l’épargne et de son
investissement en actifs financiers, par des barrières réglementaire
portantdirectementsurleursinteractions.Onobtiendraitainsiunelimita
tion de l’effet de levier – mais par des moyens brutaux –, et un contrôle
presque quantitatif de la manière dont lecrédit influence, ou non, l’évolu
tionduprixdesactifsfinanciers.C’étaitl’espritduGlassSteagallAct.Cer
taines propositions encore plus radicales ont été faites,bienavant lacris
actuelle,commecelles du professeurMauriceAllais.Dès lesannées 1980,
ayant bien compris la pente que prenait la libéralisation financière,
M.Allaissescandalisaitdel’autorisationdonnéeauxbanquesde« jouer à
labourseavecleursfondspropreset,encorepire,aveclamonnaiequ’elle
cré[ai]entpourcela ».Ilpréconisaituneséparationabsolueentrelasphèr
de la monnaie et ducrédit etcelle de la finance de marché.Il n’estcerte
pas exclu – et c’est évidemment la ligne de défense de ceux qui son
opposésàuncloisonnementdelafinance–qu’uneentraveàlafluiditéd
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système réduise son efficacité. Il n’est cependant pas certain qu’une telle
chose se produise, dans deux domainesconsidéréscomme les principaux
àl’aunedecertainscritèresnormatifs:lefinancementdel’innovationetle
financement d’un niveau « raisonnable » de déficits internationaux. Mai
s’il existe, comme c’est probable, un arbitrage efficacité/instabilité, une
préférence sociale peut parfaitement s’exprimer pour plus de stabilité,
éventuellementau prix de moins d’efficacité.Il s’agit d’unchoix politiqu
sur lequel les économistes n’ont pas leur motà dire.
***
Quelles réponses donne-t-onaujourd’huiau dilemme deGreenspan et, s’il
faut mettre en place une réglementation macro-prudentielle, quels en
seraientlesobjectifsetlesmoyens ?Quelsseraientlescoûts,lesavantagese
les modalités d’un re-cloisonnement du système financier ? Telles sont le
questions pertinentes si l’on veut s’attacher sérieusementà une réforme en
profondeurdusystèmefinancier.Danslesdébatspubliésparlesgroupesde
travail duG20,ces questions sont éludées oualors traitées de manière dila
toire.Voilàquipermetd’affirmerauprintemps2009quesicettetendances
prolonge,lamontagneduG20n’accoucheraqued’unesourisenmatièrede
réforme du système financier, ce qui ne lui ôte cependant pas le mérit
d’exister. C’est naturellement ce que souhaite l’essentiel du système finan-
cier actuel. Cela ne veut pas dire qu’il n’entreprendra pas de lui-même un
certainnombrederéformes,maisilnetientpasàcequ’onlesluiimpose.La
raison profonde de la grande timidité – e
Quelscoûts etavantageségardauxenjeux–despropositionsactuelle
de réforme du système financier tient san pour le re-cloisonnement
doute à une volonté très limitée de coopéra de la finance
tionintergouvernementaleencedomaine.En
témoigneenparticulierlaquestiondesparadisfiscaux.Untraitementréelde
cette questionaurait engagétous lesÉtats dansune disciplinecollective qui
seule permettrait une véritable réglementation de l’industrie financière glo-
bale.Ordeuxjoursaprèsl’annoncedel’oppositiondesmembresduG20aux
paradis fiscaux,ces derniersavaient disparu !La « liste noire » de l’Organi-
sation decoopération et de développement économiques (OCDE),celle de
pays susceptibles de faire l’objet de sanctions, était vide. Certains de
paradis fiscaux européensavérés n’étaient même plus inscrits sur la « list
grise »,celledeceuxquiontencoredeseffortsàfaire !Autrementdit,letrai-
tement de ce sujet, véritable mise à l’épreuve de la volonté des gouverne-
ments de coopérer entre eux pour changer quelque chose à l’état de la
financeglobale,s’esttransforméenmascarade.Enfin,leproblèmeprincipal,
quiestévidemment,commeen1930,celuidelacoordinationdespolitique
économiques, n’a même pas étéabordé.
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REPÈRES

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