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Site académique Aix-Marseille Histoire et Géographie
Retour sur image - Revoir notre histoire
Jacques Estal
Le 1
er
novembre 1999
Professeur d’histoire-géographie
Académie d’AIX-MARSEILLE
j.estal@wanadoo.fr
Stage P.N.F. n° REEM/01/E ; E.N.S. de Saint-Cloud.
12 / 16 décembre 1994
Sous la direction de Frédéric LAMBERT, ce stage a été animé par François NINEY et Cathie DAMBEL
(E.N.S.)
Stagiaires: une quinzaine; I.P.R. et professeurs d'histoire-géographie, formateurs M.A.F.P.E.N.,
intervenants I.U.F.M., C.L.E.M.I.
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F.LAMBERT
: Ce stage, répondant à une stratégie "d'infiltration", ambitionne de dépasser le simple
cadre historique; il se veut "transversal" plus que disciplinaire.
La
mémoire
est toujours, comme le film, une
reconstitution
de l'imaginaire. Mémoire et film sont
des représentations liées à notre présent.
La
T.V.
est par contre un
"média immédiat"
, qui nous donne le monde tel qu'il est, sans recul,
sans construction du réel; c'est le "nobody's point of view" selon un ancien directeur de CBS News.
Mais la T.V. n'est pas l'auteur de ses maux: elle est plus largement une figure du monde capitaliste
contemporain. Elle est
plus proche du monde du supermarché
que de celui de Fellini: ses
responsables vendent des produits.
Ces critères de monstration du monde sont différents du travail du
documentariste
qui tient
compte du
facteur incontournable du temps.
Ex.: dans "Le couteau dans l'eau" de Polanski, un
jeune auto-stoppeur dans la Pologne stalinienne tue le mari du couple qui le prend dans sa voiture;
en R.F.A., on y voyait un hollygan tuant un bourgeois; en R.D.A., c'était un dissident tuant un
apparatchik. Autre ex.: "La Grande Illusion", oeuvre vue comme pacifiste et plus ou moins
socialisante avant 1939, est passé pour un film "collabo" après guerre, a subi des coupures, et n'a
pu être reconstitué que difficilement vers 1950.
Aucune oeuvre n'est univoque; c'est vrai aussi (cf. F.Braudel) pour un livre d'histoire, trop
lié à une époque et sans légitimation au-delà des générations.
Exemple de la
carte
: on peut par elle s'approprier un bout d'espace-temps et le projeter ailleurs;
cela devient un spectacle que l'on domine, contrôle. Cette reproduction contrôlable est également
une propriété du
cinéma
, inventé pour reproduire le mouvement (Marey, Muybridge, les frères
Lumière qui n'ont fait qu'assembler diverses inventions), et devenu un instrument de
reconnaissance de terrain, de "propagande pour le moral de la Nation", capable d'apporter les
images ailleurs.
De simple "montreur de vues", le cinéma atteint rapidement le rang de
"7° art"
par l'invention du
montage
(Vertov, Griffith...)
: passage du tableau vivant à la narration, du fait divers au
documentaire: ouverture de la dialectique de la "collure", du "produit" de sens
(Einsenstein)
obtenu
par 2 plans collés et que n'existe ni dans l'un ni dans l'autre de ces plans. Etablissant des relations
à des faits, cette dynamique du cinéma s'applique aux montages d'archives qui, comme tout art,
sont des
faux
, faisant apparaître chez nous des images qui ne sont pas le film.
"Jamais une image
n'épuisera le réel" (Mallarmé)
. En cela, le cinéma s'oppose à la T.V. où l'image n'est que l'analogue
du fait (et précisément le cinéma documentariste s'oppose au reportage T.V type J.T.). Le cinéma à
partir de Rossellini est un révélateur, faisant prendre conscience au spectateur. Vertov invente le
montage "polyphonique": la caméra ("kino-glass", ciné-oeil) doit être de partout, montrant par
exemple 24 heures de la vie d'une ville et en même temps le film en train de se faire: c'est une
Un pour Un
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