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Revue Française de Sociologie

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Revue Française de Sociologie

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Ajouté le : 21 juillet 2011
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Revue Française de Sociologie (Quatrième version révisée) Processus mimétiques et identité collective : Gloire et déclin du « Silicon Sentier »
Yan Dalla Pria Doctorant en Sociologie CSO-CNRS-IEP-Paris y.dallapria@cso.cnrs.fr Jérôme Vicente Maître de Conférences en Sciences Economiques LEREPS-GRES-IEP-Toulouse vicente@univ-tlse1.fr
Résumé : L’objectif de l’article est d’expliquer le processus de construction puis de déconstruction de la proximité géographique et de l’identité collective qui ont caractérisé la brève histoire du Silicon Sentier, haut lieu parisien de la net-économie durant la période de la bulle Internet. Pour cela, nous réfutons l’explication selon laquelle le Silicon Sentier serait le résultat d’une multitude de décisions individuelles de localisation indépendantes les unes des autres et uniquement liées aux caractéristiques économiques du territoire. Nous montrons au contraire comment les processus mimétiques intervenant dans la formation de ces décisions et dans leur dynamique d’agrégation ont provoqué l’émergence d’une norme de localisation, c’est à dire d’un territoire qui rassemble un nombre significatif d’acteurs du secteur et leur confère une légitimité aux yeux de leur environnement. La nature de ces processus mimétiques nous permet en outre d’analyser et d’illustrer les propriétés de stabilité du district.
Mots-clefs : processus mimétiques, proximité géographique, identité collective, stabilité, Silicon Sentier.
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Processus mimétiques et identité collective : Gloire et déclin du « Silicon Sentier »
Introduction Le quartier parisien du Sentier a été à la fin des années 1990 le théâtre d’un processus fortement médiatisé d’agglomération d’entreprises de la net-économie ("L'histoire retiendra qu'à la fin du XXème siècle, le quartier parisien que l'on appelle "le Sentier" et qui pendant des années a été reconnu comme étant le quartier traditionnel du textile, est devenu tout d'un coup le symbole de la nouvelle économie en France", France Info, 25 mai 2001). En l’espace de trois années, environ 300 start-up se sont localisées dans ce fief historique de l’industrie textile. Rapidement labellisé Silicon Sentier, en référence à la Silicon Valley californienne (Saxenian, 1994), le quartier a ensuite connu une phase de déclin au début des années 2000, à la suite de l’éclatement de la bulle spéculative sur les marchés internationaux des nouvelles technologies ( "Fini la mode des start-up dans le quartier du Sentier. La Mecque parisienne de l'Internet tourne la page… et revient au textile. […] Le Silicon Sentier est mort, vive le Sentier" , Le Point, 21 septembre 2001). Ce retournement suffit à lui seul à montrer que derrière l’analogie du label se cachent des réalités dissemblables, puisque la Silicon Valley a bien résisté à l’éclatement de la bulle, en reconvertissant nombre d’activités vers les bio et nanotechnologies. L’histoire du Silicon Sentier est intéressante à plusieurs titres. Elle soulève d’abord la question de savoir pourquoi des regroupements géographiques de ce type existent dans un secteur d’activités – l’infomédiation – dont la spécificité productive et commerciale ne semble pas requérir une telle contrainte. En effet, compte tenu des vertus décentralisatrices de la technologie Internet ainsi que des discours relayés par les médias sur la « fin de la géographie », nombreux étaient ceux qui voyaient dans l’émergence de ces activités (e-commerce, médias en ligne, portails Internet et autres moteurs de recherches) une source potentielle de déconcentration spatiale de l’activité économique. Les modèles traditionnels d’économie géographique justifient la pression agglomérative des offreurs et des consommateurs par le poids des coûts de transport (Fujita, Krugman & Venables, 1999). Or, ces derniers étant marginaux dans l’activité des start-up, il devenait logique d’anticiper une localisation de ce type d’activités dans les zones périphériques ou rurales. Certes, on peut imputer l’agglomération de ces  Nous remercions vivement Pierre François, Michel Grossetti, Christine Musselin et Raphaël Suire ainsi que les rapporteurs de la revue, et tout particulièrement Denis Segrestin, pour l'aide précieuse qu'ils nous ont apportée lors de la réalisation de cet article. Nous restons évidemment seuls responsables des imperfections du présent travail.
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