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L'ABJURATION du cimetière de Saint-Ouen d'après les textes

198 pages
  • exposé - matière potentielle : du procès
  • mémoire
  • exposé
  • dissertation - matière potentielle : spéciale
HISTOIRE COMPLÈTE DE JEANNE D'ARC L'ABJURATION DU CIMETIÈRE SAINT-OUEN D'APRES LES TEXTES ÉTUDE CRITIQUE PRÉCÉDEE D'UNE LETTRE A Mr TOUCHET, ÉVÊQUE D'ORLEANS PAR M. L'ABBÉ P H . - H . DUNAND ANCIEN AUMONIER DU LYCÉE DE TOULOUSE CHANOINE DE LA METROPOLE Mens sana in corpore sano, Mens sancta in corpore sancto ! PARIS LIBRAIRIE CH. POUSSIELGUE RUE CASSETTE, 15 TOULOUSE LIBRAIRIE EDOUARD PRIVAT, RUE DES TOURNEURS, 45 1901
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HISTOIRE COMPLÈTE DE JEANNE D'ARC
L'ABJURATION
DU
CIMETIÈRE SAINT-OUEN
D'APRES LES TEXTES
ÉTUDE CRITIQUE
rPRÉCÉDEE D'UNE LETTRE A M TOUCHET, ÉVÊQUE D'ORLEANS
PAR
M. L'ABBÉ PH.-H. DUNAND
ANCIEN AUMONIER DU LYCÉE DE TOULOUSE
CHANOINE DE LA METROPOLE
Mens sana in corpore sano,
Mens sancta ine sancto !
PARIS
LIBRAIRIE CH. POUSSIELGUE
RUE CASSETTE, 15
TOULOUSE
LIBRAIRIE EDOUARD PRIVAT, RUE DES TOURNEURS, 45
1901« Imprimatur. »
Toulouse, le 7 mars 1901.
JEAN-AUGUSTIN GERMAIN
Archevêque de Ioulouse.A SA GRANDEUR
MONSEIGNEUR STANISLAS TOUCHET
EVÊQUE D'ORLÉANS
MONSEIGNEUR,
Vous avez fait à l'auteur de l'HISTOIRE COMPLÈTE DE
JEANNE D'ARC un grand honneur en l'invitant à étudier,
dans une Dissertation spéciale, l'abjuration arrachée à
la Pucelle au cimetière Saint-Ouen. C'est une des pages
de sa vie qui a prêté le plus aux méprises, aux erreurs,
à la calomnie. Vous, Monseigneur, qui, justement fier
r
de poursuivre l'œuvre glorieuse entreprise par M Du-
panloup, d'éloquente mémoire, et continuée par le Car-
dinal Coulié, votre Éminent prédécesseur, avez à cœur
de présenter à la France, à l'Église, au monde entier,
dans toute sa pureté et dans tout son éclat, la sainte
figure de la Libératrice d'Orléans, vous voudriez que,
en cette page comme dans les autres, plus même qu'en-
toutes les autres, les méprises soient dissipées, les
erreurs réfutées, la calomnie confondue.
L'Étude que je soumets humblement à votre haute
appréciation répondra-t-elle à votre attente, Monsei-
gneur ? J'oserais n'en pas désespérer si, pour établir la
légitimité des conclusions auxquelles elle aboutit, c'étaitassez d'un travail consciencieux et d'une conviction
personnelle inébranlable.
Quelle qu'elle soit, Votre Grandeur, j'en ai la con-
fiance, daignera l'accueillir avec l'indulgence que les
esprits supérieurs ne refusent jamais aux laborieux
de bonne volonté.
J'ai bien l'honneur d'être, Monseigneur, avec les
sentiments d'une vénération profonde et du plus grand
respect.
De Votre Grandeur
le serviteur très obéissant;
PH.-H. DUNAND,
Chanoine titulaire de la Métropole de Toulouse,
theologal du ChapitreAVANT-PROPOS
Dans notre Histoire complète de Jeanne
d'Arc, publiée sur la fin de 1899, nous avons
essayé (t. III, ch. XXXIX) de retracer la physio-
nomie de ce « preschement » du cimetière Saint-
Ouen, qui avait pour but l'abjuration de la
Pucelle. Après avoir exposé toutes les particula-
rités que fournissent les documents de l'épo-
que, et raconté dans quelles conditions s'était
produite la soumission de l'héroïne, nous nous
appliquâmes à dégager de l'ensemble des faits
la conclusion qui nous paraissait en être la con-
séquence rigoureuse. Cette conclusion revenait
à ceci :
Il s'est produit, au cimetière Saint-Ouen, une
chose qu'on a voulu faire passer pour une abju-
ration canonique en cause de foi. Etudiés deVIII AVANT-PROPOS.
près, les faits répondent qu'il y a eu un sem-
blant d'abjuration, une prétendue abjuration;
mais de véritable abjuration canonique en
cause de foi il n'y en a pas eu, et, vu la manière
dont les choses se sont passées, il n'a pu y en
avoir.  
Du côté des juges, la scène du cimetière
Saint-Ouen n'a été que la parodie criminelle de
l'acte grave et solennel que la langue théolo-
gique désigne sous le nom d'Abjuration. A tout
prix, il fallait à ces juges un acte de l'accusée
qu'ils pussent faire prendre au public pour une
abjuration effective. Ils ne purent lui donner
en spectacle une abjuration selon les règles;
ils lui en donnèrent la parodie et la contrefaçon.
Du côté de la Pucelle, dans les conditions
morales où l'acte qui lui fut arraché se pro-
duisit, cet acte n'a été qu'un acte de haute
vertu. En s'y prêtant, Jeanne ne céda qu'au
motif le plus louable : témoigner son amour
envers l'Eglise et en donner une preuve au tri-
bunal qui la représentait. Dans les engagements
qu'elle souscrivit, il n'y avait rien que d'accep-
table et d'irrépréhensible.
Ainsi, en ce qu'on appelle l'abjuration du ci-
metière Saint-Ouen, moralement et théologique-AVANT-PROPOS. IX
ment, Jeanne n'a été coupable à aucun degré,
pas plus d'une offense contre Dieu que d'une
faute contre la délicatesse, le patriotisme et
l'honneur; judiciairement, elle a été victime et
elle n'a été que victime : victime de ses enne-
mis qui, se servant de ce semblant d'abju-
ration comme d'une arme empoisonnée, comp-
taient la frapper mortellement en son honneur
de jeune fille, de chrétienne, de française, en
attendant qu'ils lui fissent subir le supplice
effroyable réservé aux relaps.
En reprenant ce sujet, sur l'invitation qu'un
Prince de l'Église nous a fait l'honneur de nous
adresser, nous n'avons nullement l'intention
d'atténuer, d'infirmer les conclusions formulées
dans notre Histoire, mais plutôt de les corro-
borer par l'étude critique des documents, par
le rapprochement des témoignages, par une
discussion plus serrée des textes, par un examen
approfondi des questions théologiques, canoni-
ques et morales que ces textes soulèvent, de
manière à projeter une pleine lumière sur les
solutions auxquelles le problème posé aboutit.
Un des érudits qui connaissent le mieux l'his-
toire de Jeanne d'Arc et celle de notre quin-
zième siècle, M. Léopold Delisle, de l'Institut,X AVANT-PROPOS.
a bien voulu nous louer d'avoir consacré un
des tomes de notre Histoire complète de Jeanne
d'Arc, le troisième, à l'exposé du Procès de
Rouen, et d'avoir « traité ce sujet à fond ».
« Traiter à fond » le sujet de l'abjuration de
la Pucelle, tel a été aussi notre dessein en
écrivant la présente Etude. La conséquence
qui, nous osons l'espérer, s'en dégagera, c'est
que, loin de ternir la sainte figure de Jeanne,
la prétendue abjuration que ses ennemis lui
ont reprochée tourne à son honneur et ajoute
à sa gloire. En aucune autre circonstance de sa
vie si merveilleuse, tout bien pesé, la Libéra-
trice d'Orléans ne s'est montrée plus admirable
de patriotisme, de force morale et de foi qu'en
ce drame douloureux du cimetière Saint-Ouen.
Après en avoir suivi les phases, tout chrétien
et tout Français s'inclinera avec une vénération
plus profonde devant la Fille de Dieu; il redira
une fois encore :
Mens sana in corpore sano ;
Mens sancta in sancto !
Toulouse, 15 février 1901.L'ABJURATION
DE
JEANNE D'ARCCHAPITRE PREMIER.
LE PROBLÈME HISTORIQUE DE L'ABJURATION
DE JEANNE D'ARC.
I.
Comment il se pose. — Importance et difficultés,
Le 24 mai 1431, quelques jours seulement avant le sup-
plice de Jeanne d'Arc, il se passa dans la capitale de la
Normandie, au cimetière Saint-Ouen, derrière la grande
église de ce nom, une scène émouvante que le Procès
officiel de condamnation désigne sous le nom d'Abjura-
tion de la Pucelle. A ce sujet se pose naturellement cette
question : Un tel nom est-il justifié?
S'il l'était vraiment, en tant qu'il s'agit d'une abjuration
canonique en cause de foi, si la Libératrice d'Orléans
« avait prononcé et signé, de son plein gré, en toute liberté,
sous la foi du serment, le formulaire d'une abjuration
véritable, qu'adviendrait-il de sa mémoire, qu'advien-
drait-il de sa réputation de sainteté?
Or, ce nom d'Abjuration de la Pucelle, en tant qu'abju-
ration canonique en cause de foi, serait justifié pleine-
ment, il faut en convenir, si l'Évêque de Beauvais, juge,
au Procès, a eu le droit de s'exprimer comme il l'a fait